Emprunté par hasard dans le rayon bd d’une des bibliothèques universitaires de ma ville, ce livre a su me toucher positivement et fortement. « Le Chœur des femmes » raconte l’intégration d’une stagiaire nommée Jean Atwood au sein d’un service de gynécologie.
Cette bande dessinée pourrait être scindée en deux principaux thématiques : la découverte des principes de la gynécologie et la vie de Jean Atwood.
Je n’étais pas particulièrement enthousiaste à découvrir les dessous de cette spécialité médico-chirurgicale… Après lecture, j’en ressors complétement transfiguré car ce récit m’a carrément intéressé et passionné. En effet, je ne pensais pas que la physiologie de l’organe féminin soit à ce point complexe et sensible. Ce livre regorge tellement d’informations à ce sujet que cela ne m’étonne guère qu’il ait été mis à la disposition des étudiants en médecine.
Et surtout, ce que je retiens le plus dans cette bande dessinée, c’est la détermination des auteurs à lutter contre la violence faite aux femmes au nom de la médecine parce qu’elles ont la réputation d’être trop « chochottes » face aux opérations dont certains docteurs ne se soucient guère du ressentiment de leurs patientes. Ce volet est particulièrement développé à travers la personnalité de Karma (drôle de nom, n’est-ce pas ?), un médecin dont ses méthodes et ses réflexions s’avèrent déroutantes au premier abord mais qui, au final, sont d’une redoutable efficacité.
Quand on sait que cette bande dessinée est une adaptation d’un roman de Martin Winckler, on se dit que tout cela n’est qu’une fiction et que c’est trop beau pour qu’on y croie : ce n’est pas faux au vu des nombreux évènements un peu trop téléphonés à mon goût qui concluent ce one-shot, au vu également de la personnalité de Jean Atwood dont on peut deviner que son fort caractère est un (bon) moyen pour le scénariste d’incorporer des scènes humoristiques et dramatiques dans son récit. Mais tout cela marche très bien, c’est plaisant et je ressors de cette lecture marquée par ces deux principaux protagonistes dont leurs échanges sont empreints de bons sens et d’humanisme. J’ai apprécié l’évolution de Jean Atwood dont son tempérament forgé initialement par la virilité des médecins, va se montrer de plus en plus attentive aux aspirations des patientes.
La mise en page et le coup de crayon semblent simplistes, c’est de la ligne claire et les couleurs pastelles sont plaisantes à l’œil : le tout forme une bande dessinée très agréable à contempler et d’une lisibilité redoutable. C’est du bel ouvrage pour un récit qui ne demandait rien de plus.
Vu le thème abordé, la gynécologie, « Le Chœur des femmes » semble être une bande dessinée qui est uniquement destiné au lectorat féminin… Que nenni ! Messieurs, ayez au moins la curiosité de lire cet album d’une sensibilité et d’une grande richesse d’informations qui a su me captiver jusqu’à son dénouement ! En tout cas, c’est avec un œil différent, un regard beaucoup plus tendre et compréhensif qu’avant sur la gente féminine que je ressors de cette lecture.
Il y a tellement de belles choses dans cet album.
Romain, protagoniste de cette histoire, est attachant au possible. La façon dont il se préoccupe de son institutrice est touchante, son point de vue d’enfant, rempli d’incompréhension et de désir de vouloir décrypter le monde des grands, apporte une tendresse incroyable au récit. J’ai aussi beaucoup aimé la complicité avec sa grande sœur. Au final, l’auteur aborde le sujet des troubles alimentaires avec une humanité qui fait chaud au cœur.
La mise en image d’Hippolyte contribue d’ailleurs beaucoup à cette tendresse, grâce à un trait tout en rondeur et des couleurs aquarelles chaudes… les planches sont un délice pour les yeux.
Un album qui m’a beaucoup ému, et un coup de cœur. Magnifique.
Patrick Prugne nous livre une nouvelle « histoire d’indiens », inspirée cette fois-ci du personnage réel de Pocahontas.
La précision historique est pointue, l’auteur a fait beaucoup de recherches sur les événements, les personnages, mais aussi les navires, les armes, la forme du fort bâti par les colons… le tout au service d’une histoire certes classique mais prenante et remarquablement narrée. Un énième rappel des horreurs de la colonisation de l’Amérique du Nord.
Le dessin est dans la lignée de ses œuvres précédentes : un trait précis, des couleurs aquarelles magnifiques, et des grands espaces sauvages. Que c’est beau.
Voilà, Prugne fait du Prugne, mais moi, j’en redemande.
Blue in Green est mon quatrième Ram V après These Savage Shores, Toutes les morts de Laila Starr et Swamp Thing Infinite. Et toujours pas déçu.
Ram V est un formidable conteur d'histoires, il a ce talent pour embarquer le lecteur, le captiver et ne plus le lâcher.
Un récit où vient se croiser la musique (le jazz), un secret de famille et l'envie de réussir sur fond de fantastique.
L'histoire d'un homme, Erik, qui revient dans la maison familiale pour l'enterrement de sa mère et à partir de là, les événements vont s'enchaîner avec l'apparition d'un ectoplasme.
Un récit qui prend son temps, les personnages sont complexes et attachants et l'introspection d'Erik sur le sens à donner à sa vie, à son art, est vraiment bien rendu et d'une forte épaisseur émotionnelle.
Sommes-nous prêts à tout pour réussir ? Quitte à vendre son âme au diable ?
Une délicieuse lecture avec une fin particulièrement poignante.
Je découvre Anand RK et son style graphique est bien singulier, il se rapproche de Dave McKean, mais surtout de Martin Simmonds dans The Department of Truth. Bref, j'adore ! Il sied à merveille pour dépeindre l'ambiance tourmentée qui flotte autour d'Erik.
La mise en page et les couleurs sont au diapason.
Superbe !
Comme l'explique Ram V en fin d'album, le scénario s'est construit au fil de l'eau comme un bon vieux morceau de jazz improvisé, parfaitement orchestré et sans fausses notes.
Album plus que recommandable.
J’ai adoré !
J’ai aimé la justesse de ton, les réflexions de Romain, la délicatesse avec laquelle ces difficiles sujets sont abordés. J’ai aimé la tendresse, l’humour, l’humanité qui se dégagent de ce récit. J’ai aimé ce dessin épuré et pourtant si expressif. J’ai aimé la luminosité des couleurs. J’ai aimé ce découpage aéré, ces grandes cases qui laissent le dessin s’exprimer et les émotions nous submerger. J’ai aimé le début et j’ai aimé la fin. J’ai aimé les petites cruautés si finement observées, les petites lâchetés qui nous sont quotidiennes et les vérités qui nous sont assénées.
J’ai adoré…
Alors que cet élégant petit bouquin commence à faire parler de lui par les prix récoltés ici et là, j'avoue que c'est une annonce de son éditeur qui m'a fait de l'oeil sur son concept. Concept que vous pouvez facilement comprendre en tapant dans votre barre de recherches "Martin Panchaud Star Wars" et vous évitera une explication tarabiscotée de mon propre jus.
Pour faire simple, il s'agit d'une bande dessinée minimaliste à l'extrème en vue du dessus comme les premiers jeux vidéo GTA. Les personnages sont représentées par des pions et des couleurs et un flechage plus ou moins habile ou intrusif permet de situer le lecteur dans cet espace bien particulier.
Donc oui on peut d'ors et déjà convenir que c'est original mais que l'ensemble ne risque pas de flatter la rétine comme une toile de Rembrandt. L'histoire également n'est qu'un prétexte pour justifier ce parti pris graphique surprenant : on y suit l'histoire d'un jeune ado obèse et méprisé par tout le monde ou presque, y compris son propre paternel. Les choses vont changer lorsque le jeune homme va gagner le gros lot sur un jeu d'argent.
Entre mystères de famille, tentative de meurtrer et la vie d'une baleine intercalée de façon absurde (mais pas tant que cela au final), l'auteur met en scène un véritable road movie avec ses petits rebondissements avec suffisamment d'intérêt pour garder le lecteur en haleine.
Si au final, certaines tournures n'enrichissent pas davantage le scénario, on reste scotché jusqu'à la dernière page.
Avec un humour pince sans rires et une narration différente mais rapidement assimilée, Martin Panchaud crée un petit style bien propre à lui qui ne devrait pas non plus être décuplé à l'infini dans d'autres histoires similaires mais ce parti pris original mérite toute attention comme on peut dévorer également une mini série télévisée avec ses surprises, lenteurs et purs petits moment de bonheur.
C'est également une merveilleuse porte d'entrée pour un public pas forcément adepte de nos bandes dessinées.
Voici ici une collection courte de 2 ouvrages faisant office d'une excellente introduction à l'univers horrifique si particulier de Junji Ito. Il s'agit à l'instar d'une anthologie comme les Tales from the Crypt de EC Comics de courtes histoires complètement indépendantes et soigneusement sélectionnées par ce nouvel éditeur nous présentant un florilège d'histoires tour à tour glaçantes, malsaines voire perturbantes.
Si le principe reste assez convenu avec l'irruption du surnaturel ou même bien souvent de situations absurdes, la facilité avec laquelle on enchaine la lecture permet de s'immerger rapidement jusqu'à sa conclusion bien souvent brutale et précipitée.
Tout comme l'avis de Gaston à ce sujet, je trouve malheureusement comme seul point négatif cette rapidité avec laquelle l'auteur conclut ses histoires comme s'il était pris par le temps ou par une limite de pagination alors qu'il prend vraisemblablement son temps pour mettre en place et développer ces récits.
Certaines histoires sont également inégales en intérêt comme les premières de chaque tome (le tout est classé par ordre chronologique et on ressent bien la progression de l'auteur tant par le dessin que par le contenu) mais il subsiste de véritables pépites comme "Les Ballons Pendus" qui résonne longuement en mémoire par sa cruauté et la frayeur procurée ou La Femme limace en récit phare de "Body Horror" à la David Cronenberg.
En conclusion, je ne peux que vous en recommander la lecture si vous avez le coeur bien accroché et le moral en poupe. Une très chouette compilation à la hauteur de la réputation du maître.
Un album qui ne laissera pas indifférent, soit on adore, soit on déteste.
L'histoire romancée de Christophe Thomas Knight, l'histoire d'un homme qui va disparaître pendant 25 ans en pleine forêt du Maine, il n'aura aucun contact direct avec une autre personne. Il avait 24 ans lors de sa disparition. Il vivra de petits cambriolages pour se mettre à l'abri des intempéries et pour se nourrir, ce sera son mode de survie. Mais toujours en ne prenant que le strict minimum, sans jamais rien détériorer.
Une narration littéraire avec la voix off de Christophe comme fond sonore. Un récit hors du temps qui se concentre sur les premiers jours de cette fugue ce qui permet de "comprendre" les raisons de ce besoin de se couper du monde et ensuite comment il va s'adapter à son nouvel environnement. Comment il va se déplacer sans laisser de traces, d'empreintes de pas. Il va modifier sa façon de se déplacer en prenant des points d'appui sur un tronc tombé à terre ou sur une pierre. Bondir, atterrir et équilibre vont le rendre furtif. Et ainsi ouvrir des pistes invisibles au milieu de la forêt.
Une belle réflexion sur le sens de la vie.
Pour bien disparaître, il ne faut pas être cherché.
J'ai pris un plaisir fou à suivre le parcours incroyable de cet homme, dont on ne verra jamais le visage.
Un dessin qui m'a transporté dans cette folle aventure, un dessin hypnotique, psychédélique. D'une beauté à couper le souffle.
Une technique avec un usage de formes pleines réalisées au pinceau et à l'encre de Chine, sans recours au trait de contour. Les formes pleines ont été numériquement traduites en deux couches superposées et retravaillées à la palette graphique, afin d'obtenir une impression en deux passages de tons directs, un bleu et un orange. La troisième couleur, un marron, est obtenue par leur superposition (dixit Xavier Mussat).
Un dessin qui suit les aléas de notre homme des bois et qui retranscrit à merveille le côté sauvage et indompté de la nature avec tantôt des formes arrondies, tantôt des formes géométriques. Il faut prendre son temps, certaines cases peuvent paraître un peu fouillis, mais en y regardant de plus près, on peut y découvrir des formes animales, où l'art et la manière de les rendre invisibles.
La mise en page est immersive.
Une belle réussite à mes yeux.
Voilà, vous êtes prévenus.
A vous de choisir !
L’Étranger, un monument dans l’œuvre de Camus ! Jacques Ferrandez s’attaque avec réussite à l’adaptation de ce grand roman. Dès la première case, on est transporté à Alger avec sa lumière et sa chaleur comme sait si bien les restituer Jacques Ferrandez. On s’installe pour un confortable moment de lecture et, que l’on ait lu ou non le roman d’Albert Camus, on est pris par l’histoire de cet homme qui n’a rien demandé à personne et qui veut juste vivre comme il l’entend. Il est indifférent à ce qui l’entoure, c’est comme ça ! Mais la société le rattrape et porte sur lui un jugement moral sans appel. C’est là que l’histoire bascule dans l’absurde noir et sans issue. Ferrandez réalise là un superbe travail d’adaptation dans lequel on retrouve toute la qualité du roman original. Vraiment, une très belle lecture.
Petite Madeleine de Proust ravivée avec cette BD au doux parfum de nostalgeek.
Car oui, comme un certain nombre d'enfants de ma génération, j'ai joué à certains de ces jeux sur console. Pas chez moi, comme Loïc Clément (travesti en pixel pour l'occasion) j'ai dépendu pendant longtemps de la générosité et des invitations de mes copains pour pouvoir un peu jouer à ces titres inoubliables... Mais c'était très limité, et ce n'est que plus tard, en acquérant une Sega MS 2, que j'ai pu en découvrir d'autres. Une console qui sert aujourd'hui à mon fils. Bref, revenons à nos pixels.
J'avoue que je me suis reconnu un peu dans ces anecdotes de copains, d'attente fébrile de la sortie de tel ou tel jeu video. Rigolo aussi comme on peut avoir des interprétations communes des caractères des parents de copains (en plus on habitait la même région)... Par contre, le père de Loïc, comment dire... Ca pourrait faire l'objet d'une BD à visée plus psychanalytique je pense. Les histoires m'ont bien plu, alternant entre ces anecdotes et des petits résumés sur les jeux les plus emblématiques, avec des pixels entièrement recréés par Boris Mirroir. Celui-ci, passionné de retro-gaming, me semblait en effet la personne idéale pour faire une BD sur les jeux video de cette époque.
Bref, une BD bien sympathique, qui rappelle des bons souvenirs à ma génération.
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Le Choeur des femmes
Emprunté par hasard dans le rayon bd d’une des bibliothèques universitaires de ma ville, ce livre a su me toucher positivement et fortement. « Le Chœur des femmes » raconte l’intégration d’une stagiaire nommée Jean Atwood au sein d’un service de gynécologie. Cette bande dessinée pourrait être scindée en deux principaux thématiques : la découverte des principes de la gynécologie et la vie de Jean Atwood. Je n’étais pas particulièrement enthousiaste à découvrir les dessous de cette spécialité médico-chirurgicale… Après lecture, j’en ressors complétement transfiguré car ce récit m’a carrément intéressé et passionné. En effet, je ne pensais pas que la physiologie de l’organe féminin soit à ce point complexe et sensible. Ce livre regorge tellement d’informations à ce sujet que cela ne m’étonne guère qu’il ait été mis à la disposition des étudiants en médecine. Et surtout, ce que je retiens le plus dans cette bande dessinée, c’est la détermination des auteurs à lutter contre la violence faite aux femmes au nom de la médecine parce qu’elles ont la réputation d’être trop « chochottes » face aux opérations dont certains docteurs ne se soucient guère du ressentiment de leurs patientes. Ce volet est particulièrement développé à travers la personnalité de Karma (drôle de nom, n’est-ce pas ?), un médecin dont ses méthodes et ses réflexions s’avèrent déroutantes au premier abord mais qui, au final, sont d’une redoutable efficacité. Quand on sait que cette bande dessinée est une adaptation d’un roman de Martin Winckler, on se dit que tout cela n’est qu’une fiction et que c’est trop beau pour qu’on y croie : ce n’est pas faux au vu des nombreux évènements un peu trop téléphonés à mon goût qui concluent ce one-shot, au vu également de la personnalité de Jean Atwood dont on peut deviner que son fort caractère est un (bon) moyen pour le scénariste d’incorporer des scènes humoristiques et dramatiques dans son récit. Mais tout cela marche très bien, c’est plaisant et je ressors de cette lecture marquée par ces deux principaux protagonistes dont leurs échanges sont empreints de bons sens et d’humanisme. J’ai apprécié l’évolution de Jean Atwood dont son tempérament forgé initialement par la virilité des médecins, va se montrer de plus en plus attentive aux aspirations des patientes. La mise en page et le coup de crayon semblent simplistes, c’est de la ligne claire et les couleurs pastelles sont plaisantes à l’œil : le tout forme une bande dessinée très agréable à contempler et d’une lisibilité redoutable. C’est du bel ouvrage pour un récit qui ne demandait rien de plus. Vu le thème abordé, la gynécologie, « Le Chœur des femmes » semble être une bande dessinée qui est uniquement destiné au lectorat féminin… Que nenni ! Messieurs, ayez au moins la curiosité de lire cet album d’une sensibilité et d’une grande richesse d’informations qui a su me captiver jusqu’à son dénouement ! En tout cas, c’est avec un œil différent, un regard beaucoup plus tendre et compréhensif qu’avant sur la gente féminine que je ressors de cette lecture.
Mademoiselle Sophie ou la fable du lion et de l'hippopotame
Il y a tellement de belles choses dans cet album. Romain, protagoniste de cette histoire, est attachant au possible. La façon dont il se préoccupe de son institutrice est touchante, son point de vue d’enfant, rempli d’incompréhension et de désir de vouloir décrypter le monde des grands, apporte une tendresse incroyable au récit. J’ai aussi beaucoup aimé la complicité avec sa grande sœur. Au final, l’auteur aborde le sujet des troubles alimentaires avec une humanité qui fait chaud au cœur. La mise en image d’Hippolyte contribue d’ailleurs beaucoup à cette tendresse, grâce à un trait tout en rondeur et des couleurs aquarelles chaudes… les planches sont un délice pour les yeux. Un album qui m’a beaucoup ému, et un coup de cœur. Magnifique.
Pocahontas (Patrick Prugne)
Patrick Prugne nous livre une nouvelle « histoire d’indiens », inspirée cette fois-ci du personnage réel de Pocahontas. La précision historique est pointue, l’auteur a fait beaucoup de recherches sur les événements, les personnages, mais aussi les navires, les armes, la forme du fort bâti par les colons… le tout au service d’une histoire certes classique mais prenante et remarquablement narrée. Un énième rappel des horreurs de la colonisation de l’Amérique du Nord. Le dessin est dans la lignée de ses œuvres précédentes : un trait précis, des couleurs aquarelles magnifiques, et des grands espaces sauvages. Que c’est beau. Voilà, Prugne fait du Prugne, mais moi, j’en redemande.
Blue in green
Blue in Green est mon quatrième Ram V après These Savage Shores, Toutes les morts de Laila Starr et Swamp Thing Infinite. Et toujours pas déçu. Ram V est un formidable conteur d'histoires, il a ce talent pour embarquer le lecteur, le captiver et ne plus le lâcher. Un récit où vient se croiser la musique (le jazz), un secret de famille et l'envie de réussir sur fond de fantastique. L'histoire d'un homme, Erik, qui revient dans la maison familiale pour l'enterrement de sa mère et à partir de là, les événements vont s'enchaîner avec l'apparition d'un ectoplasme. Un récit qui prend son temps, les personnages sont complexes et attachants et l'introspection d'Erik sur le sens à donner à sa vie, à son art, est vraiment bien rendu et d'une forte épaisseur émotionnelle. Sommes-nous prêts à tout pour réussir ? Quitte à vendre son âme au diable ? Une délicieuse lecture avec une fin particulièrement poignante. Je découvre Anand RK et son style graphique est bien singulier, il se rapproche de Dave McKean, mais surtout de Martin Simmonds dans The Department of Truth. Bref, j'adore ! Il sied à merveille pour dépeindre l'ambiance tourmentée qui flotte autour d'Erik. La mise en page et les couleurs sont au diapason. Superbe ! Comme l'explique Ram V en fin d'album, le scénario s'est construit au fil de l'eau comme un bon vieux morceau de jazz improvisé, parfaitement orchestré et sans fausses notes. Album plus que recommandable.
Mademoiselle Sophie ou la fable du lion et de l'hippopotame
J’ai adoré ! J’ai aimé la justesse de ton, les réflexions de Romain, la délicatesse avec laquelle ces difficiles sujets sont abordés. J’ai aimé la tendresse, l’humour, l’humanité qui se dégagent de ce récit. J’ai aimé ce dessin épuré et pourtant si expressif. J’ai aimé la luminosité des couleurs. J’ai aimé ce découpage aéré, ces grandes cases qui laissent le dessin s’exprimer et les émotions nous submerger. J’ai aimé le début et j’ai aimé la fin. J’ai aimé les petites cruautés si finement observées, les petites lâchetés qui nous sont quotidiennes et les vérités qui nous sont assénées. J’ai adoré…
La Couleur des choses
Alors que cet élégant petit bouquin commence à faire parler de lui par les prix récoltés ici et là, j'avoue que c'est une annonce de son éditeur qui m'a fait de l'oeil sur son concept. Concept que vous pouvez facilement comprendre en tapant dans votre barre de recherches "Martin Panchaud Star Wars" et vous évitera une explication tarabiscotée de mon propre jus. Pour faire simple, il s'agit d'une bande dessinée minimaliste à l'extrème en vue du dessus comme les premiers jeux vidéo GTA. Les personnages sont représentées par des pions et des couleurs et un flechage plus ou moins habile ou intrusif permet de situer le lecteur dans cet espace bien particulier. Donc oui on peut d'ors et déjà convenir que c'est original mais que l'ensemble ne risque pas de flatter la rétine comme une toile de Rembrandt. L'histoire également n'est qu'un prétexte pour justifier ce parti pris graphique surprenant : on y suit l'histoire d'un jeune ado obèse et méprisé par tout le monde ou presque, y compris son propre paternel. Les choses vont changer lorsque le jeune homme va gagner le gros lot sur un jeu d'argent. Entre mystères de famille, tentative de meurtrer et la vie d'une baleine intercalée de façon absurde (mais pas tant que cela au final), l'auteur met en scène un véritable road movie avec ses petits rebondissements avec suffisamment d'intérêt pour garder le lecteur en haleine. Si au final, certaines tournures n'enrichissent pas davantage le scénario, on reste scotché jusqu'à la dernière page. Avec un humour pince sans rires et une narration différente mais rapidement assimilée, Martin Panchaud crée un petit style bien propre à lui qui ne devrait pas non plus être décuplé à l'infini dans d'autres histoires similaires mais ce parti pris original mérite toute attention comme on peut dévorer également une mini série télévisée avec ses surprises, lenteurs et purs petits moment de bonheur. C'est également une merveilleuse porte d'entrée pour un public pas forcément adepte de nos bandes dessinées.
Les Chefs-d'œuvre de Junji Ito
Voici ici une collection courte de 2 ouvrages faisant office d'une excellente introduction à l'univers horrifique si particulier de Junji Ito. Il s'agit à l'instar d'une anthologie comme les Tales from the Crypt de EC Comics de courtes histoires complètement indépendantes et soigneusement sélectionnées par ce nouvel éditeur nous présentant un florilège d'histoires tour à tour glaçantes, malsaines voire perturbantes. Si le principe reste assez convenu avec l'irruption du surnaturel ou même bien souvent de situations absurdes, la facilité avec laquelle on enchaine la lecture permet de s'immerger rapidement jusqu'à sa conclusion bien souvent brutale et précipitée. Tout comme l'avis de Gaston à ce sujet, je trouve malheureusement comme seul point négatif cette rapidité avec laquelle l'auteur conclut ses histoires comme s'il était pris par le temps ou par une limite de pagination alors qu'il prend vraisemblablement son temps pour mettre en place et développer ces récits. Certaines histoires sont également inégales en intérêt comme les premières de chaque tome (le tout est classé par ordre chronologique et on ressent bien la progression de l'auteur tant par le dessin que par le contenu) mais il subsiste de véritables pépites comme "Les Ballons Pendus" qui résonne longuement en mémoire par sa cruauté et la frayeur procurée ou La Femme limace en récit phare de "Body Horror" à la David Cronenberg. En conclusion, je ne peux que vous en recommander la lecture si vous avez le coeur bien accroché et le moral en poupe. Une très chouette compilation à la hauteur de la réputation du maître.
Les Pistes Invisibles
Un album qui ne laissera pas indifférent, soit on adore, soit on déteste. L'histoire romancée de Christophe Thomas Knight, l'histoire d'un homme qui va disparaître pendant 25 ans en pleine forêt du Maine, il n'aura aucun contact direct avec une autre personne. Il avait 24 ans lors de sa disparition. Il vivra de petits cambriolages pour se mettre à l'abri des intempéries et pour se nourrir, ce sera son mode de survie. Mais toujours en ne prenant que le strict minimum, sans jamais rien détériorer. Une narration littéraire avec la voix off de Christophe comme fond sonore. Un récit hors du temps qui se concentre sur les premiers jours de cette fugue ce qui permet de "comprendre" les raisons de ce besoin de se couper du monde et ensuite comment il va s'adapter à son nouvel environnement. Comment il va se déplacer sans laisser de traces, d'empreintes de pas. Il va modifier sa façon de se déplacer en prenant des points d'appui sur un tronc tombé à terre ou sur une pierre. Bondir, atterrir et équilibre vont le rendre furtif. Et ainsi ouvrir des pistes invisibles au milieu de la forêt. Une belle réflexion sur le sens de la vie. Pour bien disparaître, il ne faut pas être cherché. J'ai pris un plaisir fou à suivre le parcours incroyable de cet homme, dont on ne verra jamais le visage. Un dessin qui m'a transporté dans cette folle aventure, un dessin hypnotique, psychédélique. D'une beauté à couper le souffle. Une technique avec un usage de formes pleines réalisées au pinceau et à l'encre de Chine, sans recours au trait de contour. Les formes pleines ont été numériquement traduites en deux couches superposées et retravaillées à la palette graphique, afin d'obtenir une impression en deux passages de tons directs, un bleu et un orange. La troisième couleur, un marron, est obtenue par leur superposition (dixit Xavier Mussat). Un dessin qui suit les aléas de notre homme des bois et qui retranscrit à merveille le côté sauvage et indompté de la nature avec tantôt des formes arrondies, tantôt des formes géométriques. Il faut prendre son temps, certaines cases peuvent paraître un peu fouillis, mais en y regardant de plus près, on peut y découvrir des formes animales, où l'art et la manière de les rendre invisibles. La mise en page est immersive. Une belle réussite à mes yeux. Voilà, vous êtes prévenus. A vous de choisir !
L'Etranger
L’Étranger, un monument dans l’œuvre de Camus ! Jacques Ferrandez s’attaque avec réussite à l’adaptation de ce grand roman. Dès la première case, on est transporté à Alger avec sa lumière et sa chaleur comme sait si bien les restituer Jacques Ferrandez. On s’installe pour un confortable moment de lecture et, que l’on ait lu ou non le roman d’Albert Camus, on est pris par l’histoire de cet homme qui n’a rien demandé à personne et qui veut juste vivre comme il l’entend. Il est indifférent à ce qui l’entoure, c’est comme ça ! Mais la société le rattrape et porte sur lui un jugement moral sans appel. C’est là que l’histoire bascule dans l’absurde noir et sans issue. Ferrandez réalise là un superbe travail d’adaptation dans lequel on retrouve toute la qualité du roman original. Vraiment, une très belle lecture.
Super Pixel Boy
Petite Madeleine de Proust ravivée avec cette BD au doux parfum de nostalgeek. Car oui, comme un certain nombre d'enfants de ma génération, j'ai joué à certains de ces jeux sur console. Pas chez moi, comme Loïc Clément (travesti en pixel pour l'occasion) j'ai dépendu pendant longtemps de la générosité et des invitations de mes copains pour pouvoir un peu jouer à ces titres inoubliables... Mais c'était très limité, et ce n'est que plus tard, en acquérant une Sega MS 2, que j'ai pu en découvrir d'autres. Une console qui sert aujourd'hui à mon fils. Bref, revenons à nos pixels. J'avoue que je me suis reconnu un peu dans ces anecdotes de copains, d'attente fébrile de la sortie de tel ou tel jeu video. Rigolo aussi comme on peut avoir des interprétations communes des caractères des parents de copains (en plus on habitait la même région)... Par contre, le père de Loïc, comment dire... Ca pourrait faire l'objet d'une BD à visée plus psychanalytique je pense. Les histoires m'ont bien plu, alternant entre ces anecdotes et des petits résumés sur les jeux les plus emblématiques, avec des pixels entièrement recréés par Boris Mirroir. Celui-ci, passionné de retro-gaming, me semblait en effet la personne idéale pour faire une BD sur les jeux video de cette époque. Bref, une BD bien sympathique, qui rappelle des bons souvenirs à ma génération.