Après le très bon Dérives, MY Schmitt nous propose un autre roman intimiste de grande qualité.
Autour de quatre groupes distincts qui ont pour point commun d'habiter le même quartier parisien, l'auteur construit une valse à mille temps qui tourbillonne sans jamais trébucher.
Je trouve que l'exercice du roman intimiste est compliqué. Les auteurs tombent assez vite dans le biographique autocentré de leurs déconvenues sentimentales autour de bouteilles d'alcools à se poser en victimes du sens de leur vie.
Cela m'ennuie très souvent.
Ici rien de tel. Je trouve la perception psychologique de Schmitt pour tous ses personnages très juste et très fine.
Ce que j'aime en premier lieu est que l'auteur nous propose de l'intergénérationnel avec la même réussite pour tous ces couples.
Que dire de ce trio de sexagénaires avec Anne-Marie qui s'offre une liaison extra conjugale et une redécouverte de sa sexualité à 65 ans. Schmitt ose même un nu de grand-mère sans que cela ne soit déplacé ou choquant.
Camille, cette femme moderne qui gagne sa vie au téléphone rose sans aucune honte et qui fait les bonnes remarques au bon moment à un Max psychologiquement dépassé par la situation.
Car Schmitt nous abreuve de dialogues d'une justesse admirable pour toutes les situations. C'est percutant à chaque ligne et surtout dans la bouche de ses personnages féminins. Car ce sont ses femmes qui occupent le premier plan, bien obligées d'affirmer leurs forces devant les pesanteurs masculines. Schmitt introduit une tension dramatique au sein de chaque relation qui va crescendo jusqu'à une panne de courant qui servira de révélateur.
Le scénario est d'une excellente fluidité car l'auteur arrive à faire voltiger ces quatre situations à tout allure sans aucun choc tels quatre couples de danseurs aguerris.
Le graphisme est précis sans fioriture superficielle s'attachant surtout à l'expression des visages si importante dans ces dialogues de couples. Les extérieurs sont succincts mais bien travaillés. Schmitt travaille en bichromie ce qui renforce l'ambiance de face à face pour chaque situation.
Une excellente lecture d'un auteur dont j'apprécie de plus en plus les productions.
Ça commence fort avec, dans le Japon médiéval, l'affrontement d'un quatuor de samouraïs et d'un de leurs congénères, protégés par une impressionnante armure noire. On fait un saut dans le temps pour se retrouver avec Katsuo, un adolescent typiquement moderne, c'est à dire qu'il a toutes les caractéristiques de l'endive, malgré les tentatives de son grand-père pour l'intéresser aux arts martiaux asiatiques. Et puis le hasard l'amène, d'un seul coup, dans le passé de son pays (pratique pour la langue, je suppose que le japonais a moins évolué que le français par exemple). Il se retrouve donc dans une histoire impliquant ce samouraï noir.
L'histoire est un peu confuse, avec cette guerrière de 13 ou 14 ans, cette autre adolescente qui accompagne nos amis, et ce sabre aux origines obscures mais qui se met d'un coup à briller... Mais qu'importe, finalement, le récit, truffé de péripéties est agréable à suivre, on ne s'ennuie pas et c'est l'essentiel. Dans le deuxième tome le voyage dans le temps s'effectue dans l'autre sens, les jeunes gens du passé arrivent dans l'époque de Katsuo, et le choc des cultures est assez finement amené. L'affrontement avec Yoko a enfin lieu, et on se demande, à la fin de ce deuxième volet, si l'histoire est vraiment terminée, notamment au regard du destin de Daisuke...
Raoul Paoli a un style graphique assez simple, il propose une mise en scène recherchée, même si les décors sont un peu absents à mon goût. Je suis un peu plus réservé sur les visages, surtout celui de Katsuo, qui me semble un peu "léger", mais l'ensemble est plaisant visuellement. On notera la chouette couverture, avec du vernis sélectif, preuve que l'éditeur croit dans le succès de cette série, et on lui souhaite d'avoir raison, c'est frais, c'est dynamique, il y a une vraie passion pour le Japon d'hier et d'aujourd'hui dans cette histoire, même s'il y a besoin de quelques réglages.
La vie d'Alexandre Jacob, marin, cambrioleur et surtout anarchiste convaincu est une épopée en soi. Ce récit biographique est celui d’un homme courageux qui, jusqu’à sa mort, restera fidèle à ses principes quitte à subir les jugements arbitraires et les condamnations injustes. On apprend beaucoup des choses dans cet album tant sur le personnage que sur l’époque. On y aborde aussi des sujets importants comme la lutte des classes, la justice ou l’inhumanité du bagne. Le scénario suit chronologiquement la vie d'Alexandre Jacob, de son enfance à sa mort. Le récit a du rythme. S’il va assez vite (un peu trop à mon goût) au début, passe d’un événement à un autre pour faire avancer l’histoire, ensuite, il ralentit un peu, avec le passage à la vie d’adulte et à la maturité politique d’Alexander Jacob avant de reprendre un rythme un peu rapide qui conduit le lecteur jusqu’à la mort du héros. Pas de temps morts, mais de l’action, un personnage charismatique et cohérent, et un engagement politique que rien ne semble pouvoir faire vaciller. Le dessin est soigné, je l’ai trouvé délicat, avec une belle mise en page. C’est du très beau travail.
Les Amants sacrifiés est d'abord un film de Kiyoshi Kurasawa, sorti il y a un an en France. Le protéiforme Masasumi Kakizaki, qui s'est illustré notamment dans l'horreur et le western, s'essaie à ce thriller historique teinté de romance, qui va être publié en deux volumes.
On y voit enfin un couple dont le bonheur est fissuré par le voyage du mari (avec son neveu) dans la province alors occupée par le Japon de Mandchourie. Un voyage au cours duquel les deux hommes vont découvrir un secret d'Etat, propre à causer la perte de leur patrie. Yusaku, avec l'aide son neveu Fumio, est bien décidé à révéler au monde occidental ce qui se trame, tandis que son épouse, qui découvre progressivement la vérité, s'enfonce dans la folie... C'est franchement très intéressant, on plonge dans l'atmosphère du Japon des années 1940, peu avant de basculer dans la guerre avec les Etats-Unis. Je ne sais pas s'il s'agit d'une histoire vraie, d'un scénario totalement original de Kurosawa et ses collaborateurs, ou si c'est entre les deux, mais les menées du Pays du Soleil Levant dans cette histoire sont suffisamment crédibles pour faire une bonne histoire. Et ça marche plutôt pas mal, on voit bien le tiraillement au sein du couple, d'autant plus qu'une femme, une infirmière japonaise rapatriée de Mandchourie vient compliquer l'équation...
Je trouve le graphisme de Kakizaki un peu étrange, surtout au sujet de Satoko, l'épouse, qui a un air très juvénile. A l'opposé le représentant de la police militaire, qui se trouve être un ami d'enfance, est totalement impavide. C'est dommage car les autres personnages sont quant à eux vraiment réalistes dans leur traitement, ce qui rend tout de même l'histoire sacrément prenante. Ma note de 3/5 est plus une note d'attente qu'une note définitive, j'ai hâte de lire la fin du diptyque pour en juger pleinement.
Je trouve que David Ratte s'est aventuré dans un concept original et courageux. Le sujet de la laïcité étant ce qu'il est en France proposer une relecture des Evangiles pour en faire une BD humoristique est une gageure.
Sa série est un bel exemple de liberté d'expression et je trouve cela très bien. J'avoue que j'ai été bluffé par les trois tomes du cycle 1. Je ne sais pas si le parti pris de David Ratte d'une vision des textes évangéliques via trois pères des apôtres avait déjà été exploitée mais je trouve que sa proposition est vraiment intéressante.
Pour ma part j'ai trouvé le scénario très créatif malgré la volonté de l'auteur de suivre au plus près la trame du parcours de Jésus décrite dans le Nouveau Testament et de garder un vocabulaire fidèle avec l'esprit du texte. Je trouve que cette double vision intérieure (la croyance) et extérieure (le scepticisme) est proposée avec beaucoup d'intelligence.
Le pont entre les deux points de vue étant l'humour fourni essentiellement par Jonas dans le cycle 1 puis par les conspirateurs dans le cycle 2. Paradoxalement je trouve que c'est quand David Ratte est plus libre de son récit (T4 et T5) qu'il est un peu moins bon. Cela est vite rattrapé par le T6 que je trouve très bon avec un épilogue original qui conclut de façon inattendue et intelligente cette belle série.
J'aime beaucoup ce type de graphisme semi réaliste qui convient à une BD aux dessins classiques destinés à tous les publics. J'ai particulièrement apprécié le soin apporté aux dessins des extérieurs villes et campagnes de Palestine. Les visages sont très expressifs dans leurs mimiques d'humour avec un côté légèrement caricatural pour certains personnages comme les romains.
La mise en couleur est vraiment bien adaptée au récit avec ce très bon travail sur les jaunes et les bruns qui colorent les peaux, les villes et les terres arides des campagnes palestiniennes.
Une belle série qui m'a conquis avec l'envie de poursuivre dans l'oeuvre de David Ratte.
Tome 1 - Les Mains d'Illian
Le joli néologisme du titre reflète à merveille ce conte où il est question d’oiseaux sculptés dans le bois. On connaissait le talent de conteur de Hubert, scénariste prolifique dont on ne citera que la fabuleuse saga gothique des « Ogres-Dieux ». Son talent, il le met cette fois au service de Gaëlle Hersant, dessinatrice remarquée en 2015 pour sa biographie sur Marie-Angélique Leblanc, Sauvage (Delcourt).
« Le Boiseleur » possède tous les attraits des contes de notre enfance, ne serait-ce que parce qu’il emprunte à la magie de « Pinocchio », Illian évoquant de loin le personnage de Geppetto. Le livre bénéficie par ailleurs d’une narration simple avec des thématiques très contemporaines. Sans vouloir interpréter à outrance les propos de l’auteur, le jeune ouvrier Illian ne symbolise-t-il pas d’une certaine manière tous les enfants des pays pauvres exploités pour la fabrication des jouets à destination des Occidentaux ? Le même Illian qui ose faire la cour à la fille de son patron, n’enfreint-il pas les règles implicites voulues par les classes dirigeantes, consistant à maintenir les couches populaires dans leurs conditions misérables, à les empêcher de s’élever au dessus du plafond de verre séparant les dominants des dominés ?… Le don du jeune garçon pour sculpter les oiseaux est à ce titre on ne peut plus symbolique…
Cette thématique sociale vieille comme le monde se double d’une autre, plus sociétale, qui aurait à voir avec nos comportements consuméristes aux effets pervers. Ici, c’est le don extraordinaire d’Illian qui, à cause du panurgisme des habitants de Solidor, va devenir une malédiction, entraînant la disparition des vrais oiseaux de l’île, et avec eux leurs chants…
Le bel univers graphique de Gaëlle Hersent est loin d’être étranger au charme très particulier de ce récit. Comme si les oiseaux l’avaient inspirée, son trait semble se déployer à la manière du long plumage de ces merveilleuses créatures, pour la plupart exotiques, si bien qu’on aurait presque la sensation de les entendre agiter leurs ailes ou jaser leurs trilles harmonieuses. Des chants d’oiseaux qui persistent dans votre tête et vos oreilles longtemps après avoir refermé le livre… Il y a décidément de la magie dans ce « Boiseleur »…
Non dénué d’un certain humour, le premier tome de ce diptyque se referme sur une note inattendue pleine de poésie, suggérant d’autres belles séquences à venir. Publiée dans la collection « Métamorphose », l’ouvrage bénéficie, faut-il le préciser, d’une magnifique présentation.
Tome 2 - L'Esprit d'atelier
Alors que la première partie était centrée sur l’activité sur bois de notre jeune héros Illian, « L’Esprit d’atelier » nous fait pénétrer dans le monde de la sculpture sur pierre, ce qui renouvelle de façon originale ce conte plein de magie. Le grand mérite de l’histoire est de nous faire aborder la sculpture sous l’angle du merveilleux tout en initiant les plus béotiens d’entre nous (dont je fais partie) au « plus mystérieux des arts ». Illian lui-même, coutumier de la sculpture sur bois, réalise que travailler la pierre, ce n’est pas du tout la même limonade ! S’il a su faire preuve de son talent avec ses oiseaux en bois, le pauvre garçon est désormais totalement déboussolé, avouant ne rien piper aux principes de façonnage de ce matériau. Le bois, c’est tendre, mais le caillou, c’est pas chou ! L’identification au jeune artiste sera d’autant plus aisée pour les « cancres » en la matière…
Mettre en images un tel sujet n’était pas à la portée de n’importe quel dessinateur. Gaëlle Hersent se montre largement à la hauteur, très à l’aise pour représenter les formes, le mouvement et les courbes de la statuaire. Son crayon virevolte au rythme du ciseau, et certaines planches nous laissent admiratif, avec cette sensation de nous être appropriés les bases d’un art fascinant. Après ça, forcément, on ne regardera plus tout à fait les statues de la même façon… En revanche, si la colorisation est sobre, on pourra regretter, même si ça ne gâche pas l’ensemble, cette propension à utiliser les mêmes tonalités, qui voient principalement le marron converser avec le beige, l’orange ou un bleu tirant vers le gris, ce qui confère à l’ensemble une certaine monotonie.
Comme pour chacune de ses œuvres, Hubert n’a pas oublié d’être « inclusif », sans ostentation toutefois, en intégrant à l’histoire des personnages d’origine ethnique diverses et en faisant des femmes autre chose que les faire-valoir de la gent mâle. Mais ce que l’on retiendra surtout, c’est le contenu philosophique de ce conte, dans lequel les artistes « officiels », les vaniteux, qui sont souvent les mêmes, en prennent pour leur grade. L’arrogance et l’esbroufe, c’est pas le genre de la maison Hubert ! Quant au twist final qui vient ponctuer la compétition finale entre les deux ateliers desquels le timide Illian est l’un des représentants — avec un enjeu terrible, la mise au ban de l’atelier perdant ! —, il nous invite peut-être juste à être nous-mêmes, en évitant le « côté obscur » induit par un ego surdimensionné aux effets potentiellement dévastateurs… Et pour les plus romantiques d’entre nous, les auteurs n’ont bien sûr pas oublié la discrète « love story » entre Illian et Flora, sa dulcinée restée au pays qu’il croyait perdue à jamais. Mais les auteurs nous évitent le « Ils-furent-heureux-et-eurent-beaucoup-d ’enfants » en privilégiant une fin plus subtile… Avec pour seule conclusion : en art comme en amour, c’est toujours la pureté des sentiments qui prime…. Et pour le second, pas besoin de ciseau, de gouge ou de rabot…
Avec la collection « signé » de chez Le Lombard, nous sommes rarement déçus. Et je ne suis pas le plus facile à séduire ! Et pourtant sur ce coup-là, je vous le dis tout de go, ce nouvel album va bien au-delà de mes attentes. C’est sublissime ! Mes yeux se sont écarquillés devant ces planches magnifiques ! Ayant sillonné de long en large l’Arizona, le Nevada ou encore l’Utah, je peux affirmer haut et fort que dès les premières pages vous êtes transportés dans le désert au point de se demander si Philippe Xavier n’y habite pas.
Admirable, merveilleux, superbe, les superlatifs me manquent. J’apprécie particulièrement le trait précis de Philippe Xavier. Les détails fourmillent dans toutes les planches. Après une lecture d’une seule traite, j’ai immédiatement remis le couvert pour cette fois-ci scruter et fouiller les cases dans le moindre recoin. Je suis émerveillé. Le travail est colossal. Chapeau bas !
Même si le dessin est brillant, quid du scénario ? Matz est sur le même niveau que Philippe Xavier. C’est de la haute volée. L’histoire ne s’essouffle pas. Il y a du rythme et du suspens. C’est dynamique mes aïeux vous pouvez me croire ! Pas une seconde de répit pour le lecteur. Vous avalerez l’album comme un petit bonbon acidulé. Ca pique mais que c’est bon !
Vous pouvez faire cette virée dans le far west des années 70, les yeux fermés – ou plutôt les yeux ouverts. Dans le commentaire d’ Agecanonix qui a lu l’album en noir et blanc – une hérésie à mon avis cet album – "j'imagine qu'en couleurs, ça doit déchirer sa race" ! je confirme. Tout est dit. Cet album déchire sa race ! pour être plus conventionnel je dirais … Xavier & Matz au sommet de leur art ! Bravo !
Jim Bishop a du talent.
Pour son deuxième album comme auteur complet, Jim Bishop nous offre un petit bijou qui brille par son ingéniosité, sa trame et sa sensibilité.
Un roman graphique, oui mais avec tous les ingrédients du conte, un conte avec un relent de Peter Pan (ses fées et sa forêt magique).
Dans un monde médiéval et féerique, Cléa, une jolie princesse, fuit un mariage arrangé avec Berthier, prince de l'Eau. Elle part avec Pierrot le magicien pour vivre le grand amour.
L'amour est bien présent, mais il n'est que le fil conducteur qui va dénuder les âmes avec la perte de l'innocence, le mensonge, le sacrifice et la soif de liberté.
Une narration intelligente et dérangeante qui questionne sur les méfaits de l'amour et l'appropriation d'une personne aimée, mais surtout sur cette petite flamme qui brûle en chacun de nous qu'on appelle "nos rêves".
Une fin touchante qui m'a ému.
Un dessin tout en délicatesse avec une petite touche de manga dans certaines expressions des visages. Un trait fin, précis et expressif.
Une mise en page flamboyante.
Des couleurs chatoyantes.
Hypnotisant.
Une vraie belle surprise.
Un album à découvrir de toute urgence.
Coup de cœur.
Jim Bishop a du talent.
Un étrange conteur, au début du XIXème siècle, se rend dans une taverne et propose le gite et le foyer une une histoire prenante. Introduction classique, pour une histoire qui l'est moins : nous sommes ramenés 20 ans en arrière, dans un récite fantastique mêlant navire fantômes, et démons marins qui à priori s'attachent à tuer certains membres d'équipages et à les marquer d'un grand "A". Le personnage centrale du récit dans le récit est un jeune mousse (dont on devine qu'il s'agit du conteur du début du récit) qui interprète les évènements par le biais d'un carnet de croquis. L'atmosphère est prenante, l'ensemble mystérieux, mêlant horreur, fantastique et dans une très moindre mesure enquête policière.
La double chute que viendra clore le récit nous emmènera dans une toute autre direction, nous rappelant les plus grands monstres sont au sein de l'humanité.
Tout n'est certes pas parfait, mais on est scotché de A à Z.
Avec les éditions Nada, vous aurez assurément une BD engagée. Les sujets sociaux sont au cœur de sa ligne éditoriale. Et franchement je vous l’assure, vous ne serez pas déçus ! Un peu de culture bon sang, cela n’a jamais fait de mal à personne.
Avec cet album vous plongerez allégrement dans des moments de la vie trépidante et mouvementée de Margaret Sanger, une militante américaine qui lutta pour la contraception et la liberté d'expression, ce qui l'amena à fonder l'American Birth Control League (ligue pour le contrôle des naissances), qui devient le planning familial américain – rien que ça ! - sous le nom de Planned Parenthood. Initialement reçues avec beaucoup de résistances – nous sommes dans les années 1920/1930 - l’idée qu'une femme puisse décider de quand et comment elle serait enceinte, gagnèrent peu à peu de l'audience, tant dans le public qu'auprès des tribunaux. Margaret Sanger a été un élément fondateur dans l'accès à la contraception et au contrôle des naissances. Un CV impressionnant non ?
Margaret Sanger a dû batailler pour se faire entendre. Elle était sur tous les fronts sans jamais se décourager, sans jamais être démoralisée, sans jamais courber l’échine devant l’adversité ou la justice des hommes. Les menaces reçues, sa santé vacillante l’ont rendue plus forte ! Sa détermination est à saluer par tous car le travail accompli est stupéfiant. Sa cause est au-dessus de tout, même de sa propre famille.
Il faut l’avouer, son opiniâtreté sans faille à changer le cours de l’histoire de millions de femmes à travers le monde. L’accès légal à la contraception est sa plus grande victoire. Margaret Sanger, je le dis haut et fort devrait être prix Nobel ! C’est presque une sainte ! Pourtant aujourd’hui, alors que cela devrait être un acquis, la cour suprême des Etats- Unis a annulé en juin 2022 le droit à l’avortement dans tout le pays ! Chaque état pourra donc autoriser ou d’interdire l’IVG ! Mais dans quel monde vivons-nous ? Comment est ce possible encore aujourd'hui ? Nous ne sommes pas encore sortis le cul des ronces !
Peter Bagge a réussi son pari. Faire une biographie dessinée dynamique tout en mettant l’accent sur la force de cette femme incroyable. Les chapitres sont courts. Ce s’enchaine aisément. La lecture est fluide et subtile. Et pourtant ce n’est pas aisé comme exercice. Je suis donc particulièrement séduit par le rendu énergique. Cette bande dessinée engagée est magnifique. Je recommande vivement sa lecture surtout que les éditions Nada viennent de re imprimer cet album.
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Ainsi danse
Après le très bon Dérives, MY Schmitt nous propose un autre roman intimiste de grande qualité. Autour de quatre groupes distincts qui ont pour point commun d'habiter le même quartier parisien, l'auteur construit une valse à mille temps qui tourbillonne sans jamais trébucher. Je trouve que l'exercice du roman intimiste est compliqué. Les auteurs tombent assez vite dans le biographique autocentré de leurs déconvenues sentimentales autour de bouteilles d'alcools à se poser en victimes du sens de leur vie. Cela m'ennuie très souvent. Ici rien de tel. Je trouve la perception psychologique de Schmitt pour tous ses personnages très juste et très fine. Ce que j'aime en premier lieu est que l'auteur nous propose de l'intergénérationnel avec la même réussite pour tous ces couples. Que dire de ce trio de sexagénaires avec Anne-Marie qui s'offre une liaison extra conjugale et une redécouverte de sa sexualité à 65 ans. Schmitt ose même un nu de grand-mère sans que cela ne soit déplacé ou choquant. Camille, cette femme moderne qui gagne sa vie au téléphone rose sans aucune honte et qui fait les bonnes remarques au bon moment à un Max psychologiquement dépassé par la situation. Car Schmitt nous abreuve de dialogues d'une justesse admirable pour toutes les situations. C'est percutant à chaque ligne et surtout dans la bouche de ses personnages féminins. Car ce sont ses femmes qui occupent le premier plan, bien obligées d'affirmer leurs forces devant les pesanteurs masculines. Schmitt introduit une tension dramatique au sein de chaque relation qui va crescendo jusqu'à une panne de courant qui servira de révélateur. Le scénario est d'une excellente fluidité car l'auteur arrive à faire voltiger ces quatre situations à tout allure sans aucun choc tels quatre couples de danseurs aguerris. Le graphisme est précis sans fioriture superficielle s'attachant surtout à l'expression des visages si importante dans ces dialogues de couples. Les extérieurs sont succincts mais bien travaillés. Schmitt travaille en bichromie ce qui renforce l'ambiance de face à face pour chaque situation. Une excellente lecture d'un auteur dont j'apprécie de plus en plus les productions.
Katsuo
Ça commence fort avec, dans le Japon médiéval, l'affrontement d'un quatuor de samouraïs et d'un de leurs congénères, protégés par une impressionnante armure noire. On fait un saut dans le temps pour se retrouver avec Katsuo, un adolescent typiquement moderne, c'est à dire qu'il a toutes les caractéristiques de l'endive, malgré les tentatives de son grand-père pour l'intéresser aux arts martiaux asiatiques. Et puis le hasard l'amène, d'un seul coup, dans le passé de son pays (pratique pour la langue, je suppose que le japonais a moins évolué que le français par exemple). Il se retrouve donc dans une histoire impliquant ce samouraï noir. L'histoire est un peu confuse, avec cette guerrière de 13 ou 14 ans, cette autre adolescente qui accompagne nos amis, et ce sabre aux origines obscures mais qui se met d'un coup à briller... Mais qu'importe, finalement, le récit, truffé de péripéties est agréable à suivre, on ne s'ennuie pas et c'est l'essentiel. Dans le deuxième tome le voyage dans le temps s'effectue dans l'autre sens, les jeunes gens du passé arrivent dans l'époque de Katsuo, et le choc des cultures est assez finement amené. L'affrontement avec Yoko a enfin lieu, et on se demande, à la fin de ce deuxième volet, si l'histoire est vraiment terminée, notamment au regard du destin de Daisuke... Raoul Paoli a un style graphique assez simple, il propose une mise en scène recherchée, même si les décors sont un peu absents à mon goût. Je suis un peu plus réservé sur les visages, surtout celui de Katsuo, qui me semble un peu "léger", mais l'ensemble est plaisant visuellement. On notera la chouette couverture, avec du vernis sélectif, preuve que l'éditeur croit dans le succès de cette série, et on lui souhaite d'avoir raison, c'est frais, c'est dynamique, il y a une vraie passion pour le Japon d'hier et d'aujourd'hui dans cette histoire, même s'il y a besoin de quelques réglages.
Le Travailleur de la nuit
La vie d'Alexandre Jacob, marin, cambrioleur et surtout anarchiste convaincu est une épopée en soi. Ce récit biographique est celui d’un homme courageux qui, jusqu’à sa mort, restera fidèle à ses principes quitte à subir les jugements arbitraires et les condamnations injustes. On apprend beaucoup des choses dans cet album tant sur le personnage que sur l’époque. On y aborde aussi des sujets importants comme la lutte des classes, la justice ou l’inhumanité du bagne. Le scénario suit chronologiquement la vie d'Alexandre Jacob, de son enfance à sa mort. Le récit a du rythme. S’il va assez vite (un peu trop à mon goût) au début, passe d’un événement à un autre pour faire avancer l’histoire, ensuite, il ralentit un peu, avec le passage à la vie d’adulte et à la maturité politique d’Alexander Jacob avant de reprendre un rythme un peu rapide qui conduit le lecteur jusqu’à la mort du héros. Pas de temps morts, mais de l’action, un personnage charismatique et cohérent, et un engagement politique que rien ne semble pouvoir faire vaciller. Le dessin est soigné, je l’ai trouvé délicat, avec une belle mise en page. C’est du très beau travail.
Les Amants sacrifiés
Les Amants sacrifiés est d'abord un film de Kiyoshi Kurasawa, sorti il y a un an en France. Le protéiforme Masasumi Kakizaki, qui s'est illustré notamment dans l'horreur et le western, s'essaie à ce thriller historique teinté de romance, qui va être publié en deux volumes. On y voit enfin un couple dont le bonheur est fissuré par le voyage du mari (avec son neveu) dans la province alors occupée par le Japon de Mandchourie. Un voyage au cours duquel les deux hommes vont découvrir un secret d'Etat, propre à causer la perte de leur patrie. Yusaku, avec l'aide son neveu Fumio, est bien décidé à révéler au monde occidental ce qui se trame, tandis que son épouse, qui découvre progressivement la vérité, s'enfonce dans la folie... C'est franchement très intéressant, on plonge dans l'atmosphère du Japon des années 1940, peu avant de basculer dans la guerre avec les Etats-Unis. Je ne sais pas s'il s'agit d'une histoire vraie, d'un scénario totalement original de Kurosawa et ses collaborateurs, ou si c'est entre les deux, mais les menées du Pays du Soleil Levant dans cette histoire sont suffisamment crédibles pour faire une bonne histoire. Et ça marche plutôt pas mal, on voit bien le tiraillement au sein du couple, d'autant plus qu'une femme, une infirmière japonaise rapatriée de Mandchourie vient compliquer l'équation... Je trouve le graphisme de Kakizaki un peu étrange, surtout au sujet de Satoko, l'épouse, qui a un air très juvénile. A l'opposé le représentant de la police militaire, qui se trouve être un ami d'enfance, est totalement impavide. C'est dommage car les autres personnages sont quant à eux vraiment réalistes dans leur traitement, ce qui rend tout de même l'histoire sacrément prenante. Ma note de 3/5 est plus une note d'attente qu'une note définitive, j'ai hâte de lire la fin du diptyque pour en juger pleinement.
Le Voyage des Pères
Je trouve que David Ratte s'est aventuré dans un concept original et courageux. Le sujet de la laïcité étant ce qu'il est en France proposer une relecture des Evangiles pour en faire une BD humoristique est une gageure. Sa série est un bel exemple de liberté d'expression et je trouve cela très bien. J'avoue que j'ai été bluffé par les trois tomes du cycle 1. Je ne sais pas si le parti pris de David Ratte d'une vision des textes évangéliques via trois pères des apôtres avait déjà été exploitée mais je trouve que sa proposition est vraiment intéressante. Pour ma part j'ai trouvé le scénario très créatif malgré la volonté de l'auteur de suivre au plus près la trame du parcours de Jésus décrite dans le Nouveau Testament et de garder un vocabulaire fidèle avec l'esprit du texte. Je trouve que cette double vision intérieure (la croyance) et extérieure (le scepticisme) est proposée avec beaucoup d'intelligence. Le pont entre les deux points de vue étant l'humour fourni essentiellement par Jonas dans le cycle 1 puis par les conspirateurs dans le cycle 2. Paradoxalement je trouve que c'est quand David Ratte est plus libre de son récit (T4 et T5) qu'il est un peu moins bon. Cela est vite rattrapé par le T6 que je trouve très bon avec un épilogue original qui conclut de façon inattendue et intelligente cette belle série. J'aime beaucoup ce type de graphisme semi réaliste qui convient à une BD aux dessins classiques destinés à tous les publics. J'ai particulièrement apprécié le soin apporté aux dessins des extérieurs villes et campagnes de Palestine. Les visages sont très expressifs dans leurs mimiques d'humour avec un côté légèrement caricatural pour certains personnages comme les romains. La mise en couleur est vraiment bien adaptée au récit avec ce très bon travail sur les jaunes et les bruns qui colorent les peaux, les villes et les terres arides des campagnes palestiniennes. Une belle série qui m'a conquis avec l'envie de poursuivre dans l'oeuvre de David Ratte.
Le Boiseleur
Tome 1 - Les Mains d'Illian Le joli néologisme du titre reflète à merveille ce conte où il est question d’oiseaux sculptés dans le bois. On connaissait le talent de conteur de Hubert, scénariste prolifique dont on ne citera que la fabuleuse saga gothique des « Ogres-Dieux ». Son talent, il le met cette fois au service de Gaëlle Hersant, dessinatrice remarquée en 2015 pour sa biographie sur Marie-Angélique Leblanc, Sauvage (Delcourt). « Le Boiseleur » possède tous les attraits des contes de notre enfance, ne serait-ce que parce qu’il emprunte à la magie de « Pinocchio », Illian évoquant de loin le personnage de Geppetto. Le livre bénéficie par ailleurs d’une narration simple avec des thématiques très contemporaines. Sans vouloir interpréter à outrance les propos de l’auteur, le jeune ouvrier Illian ne symbolise-t-il pas d’une certaine manière tous les enfants des pays pauvres exploités pour la fabrication des jouets à destination des Occidentaux ? Le même Illian qui ose faire la cour à la fille de son patron, n’enfreint-il pas les règles implicites voulues par les classes dirigeantes, consistant à maintenir les couches populaires dans leurs conditions misérables, à les empêcher de s’élever au dessus du plafond de verre séparant les dominants des dominés ?… Le don du jeune garçon pour sculpter les oiseaux est à ce titre on ne peut plus symbolique… Cette thématique sociale vieille comme le monde se double d’une autre, plus sociétale, qui aurait à voir avec nos comportements consuméristes aux effets pervers. Ici, c’est le don extraordinaire d’Illian qui, à cause du panurgisme des habitants de Solidor, va devenir une malédiction, entraînant la disparition des vrais oiseaux de l’île, et avec eux leurs chants… Le bel univers graphique de Gaëlle Hersent est loin d’être étranger au charme très particulier de ce récit. Comme si les oiseaux l’avaient inspirée, son trait semble se déployer à la manière du long plumage de ces merveilleuses créatures, pour la plupart exotiques, si bien qu’on aurait presque la sensation de les entendre agiter leurs ailes ou jaser leurs trilles harmonieuses. Des chants d’oiseaux qui persistent dans votre tête et vos oreilles longtemps après avoir refermé le livre… Il y a décidément de la magie dans ce « Boiseleur »… Non dénué d’un certain humour, le premier tome de ce diptyque se referme sur une note inattendue pleine de poésie, suggérant d’autres belles séquences à venir. Publiée dans la collection « Métamorphose », l’ouvrage bénéficie, faut-il le préciser, d’une magnifique présentation. Tome 2 - L'Esprit d'atelier Alors que la première partie était centrée sur l’activité sur bois de notre jeune héros Illian, « L’Esprit d’atelier » nous fait pénétrer dans le monde de la sculpture sur pierre, ce qui renouvelle de façon originale ce conte plein de magie. Le grand mérite de l’histoire est de nous faire aborder la sculpture sous l’angle du merveilleux tout en initiant les plus béotiens d’entre nous (dont je fais partie) au « plus mystérieux des arts ». Illian lui-même, coutumier de la sculpture sur bois, réalise que travailler la pierre, ce n’est pas du tout la même limonade ! S’il a su faire preuve de son talent avec ses oiseaux en bois, le pauvre garçon est désormais totalement déboussolé, avouant ne rien piper aux principes de façonnage de ce matériau. Le bois, c’est tendre, mais le caillou, c’est pas chou ! L’identification au jeune artiste sera d’autant plus aisée pour les « cancres » en la matière… Mettre en images un tel sujet n’était pas à la portée de n’importe quel dessinateur. Gaëlle Hersent se montre largement à la hauteur, très à l’aise pour représenter les formes, le mouvement et les courbes de la statuaire. Son crayon virevolte au rythme du ciseau, et certaines planches nous laissent admiratif, avec cette sensation de nous être appropriés les bases d’un art fascinant. Après ça, forcément, on ne regardera plus tout à fait les statues de la même façon… En revanche, si la colorisation est sobre, on pourra regretter, même si ça ne gâche pas l’ensemble, cette propension à utiliser les mêmes tonalités, qui voient principalement le marron converser avec le beige, l’orange ou un bleu tirant vers le gris, ce qui confère à l’ensemble une certaine monotonie. Comme pour chacune de ses œuvres, Hubert n’a pas oublié d’être « inclusif », sans ostentation toutefois, en intégrant à l’histoire des personnages d’origine ethnique diverses et en faisant des femmes autre chose que les faire-valoir de la gent mâle. Mais ce que l’on retiendra surtout, c’est le contenu philosophique de ce conte, dans lequel les artistes « officiels », les vaniteux, qui sont souvent les mêmes, en prennent pour leur grade. L’arrogance et l’esbroufe, c’est pas le genre de la maison Hubert ! Quant au twist final qui vient ponctuer la compétition finale entre les deux ateliers desquels le timide Illian est l’un des représentants — avec un enjeu terrible, la mise au ban de l’atelier perdant ! —, il nous invite peut-être juste à être nous-mêmes, en évitant le « côté obscur » induit par un ego surdimensionné aux effets potentiellement dévastateurs… Et pour les plus romantiques d’entre nous, les auteurs n’ont bien sûr pas oublié la discrète « love story » entre Illian et Flora, sa dulcinée restée au pays qu’il croyait perdue à jamais. Mais les auteurs nous évitent le « Ils-furent-heureux-et-eurent-beaucoup-d ’enfants » en privilégiant une fin plus subtile… Avec pour seule conclusion : en art comme en amour, c’est toujours la pureté des sentiments qui prime…. Et pour le second, pas besoin de ciseau, de gouge ou de rabot…
Le Serpent et le Coyote
Avec la collection « signé » de chez Le Lombard, nous sommes rarement déçus. Et je ne suis pas le plus facile à séduire ! Et pourtant sur ce coup-là, je vous le dis tout de go, ce nouvel album va bien au-delà de mes attentes. C’est sublissime ! Mes yeux se sont écarquillés devant ces planches magnifiques ! Ayant sillonné de long en large l’Arizona, le Nevada ou encore l’Utah, je peux affirmer haut et fort que dès les premières pages vous êtes transportés dans le désert au point de se demander si Philippe Xavier n’y habite pas. Admirable, merveilleux, superbe, les superlatifs me manquent. J’apprécie particulièrement le trait précis de Philippe Xavier. Les détails fourmillent dans toutes les planches. Après une lecture d’une seule traite, j’ai immédiatement remis le couvert pour cette fois-ci scruter et fouiller les cases dans le moindre recoin. Je suis émerveillé. Le travail est colossal. Chapeau bas ! Même si le dessin est brillant, quid du scénario ? Matz est sur le même niveau que Philippe Xavier. C’est de la haute volée. L’histoire ne s’essouffle pas. Il y a du rythme et du suspens. C’est dynamique mes aïeux vous pouvez me croire ! Pas une seconde de répit pour le lecteur. Vous avalerez l’album comme un petit bonbon acidulé. Ca pique mais que c’est bon ! Vous pouvez faire cette virée dans le far west des années 70, les yeux fermés – ou plutôt les yeux ouverts. Dans le commentaire d’ Agecanonix qui a lu l’album en noir et blanc – une hérésie à mon avis cet album – "j'imagine qu'en couleurs, ça doit déchirer sa race" ! je confirme. Tout est dit. Cet album déchire sa race ! pour être plus conventionnel je dirais … Xavier & Matz au sommet de leur art ! Bravo !
Mon ami Pierrot
Jim Bishop a du talent. Pour son deuxième album comme auteur complet, Jim Bishop nous offre un petit bijou qui brille par son ingéniosité, sa trame et sa sensibilité. Un roman graphique, oui mais avec tous les ingrédients du conte, un conte avec un relent de Peter Pan (ses fées et sa forêt magique). Dans un monde médiéval et féerique, Cléa, une jolie princesse, fuit un mariage arrangé avec Berthier, prince de l'Eau. Elle part avec Pierrot le magicien pour vivre le grand amour. L'amour est bien présent, mais il n'est que le fil conducteur qui va dénuder les âmes avec la perte de l'innocence, le mensonge, le sacrifice et la soif de liberté. Une narration intelligente et dérangeante qui questionne sur les méfaits de l'amour et l'appropriation d'une personne aimée, mais surtout sur cette petite flamme qui brûle en chacun de nous qu'on appelle "nos rêves". Une fin touchante qui m'a ému. Un dessin tout en délicatesse avec une petite touche de manga dans certaines expressions des visages. Un trait fin, précis et expressif. Une mise en page flamboyante. Des couleurs chatoyantes. Hypnotisant. Une vraie belle surprise. Un album à découvrir de toute urgence. Coup de cœur. Jim Bishop a du talent.
Les Damnés du grand large
Un étrange conteur, au début du XIXème siècle, se rend dans une taverne et propose le gite et le foyer une une histoire prenante. Introduction classique, pour une histoire qui l'est moins : nous sommes ramenés 20 ans en arrière, dans un récite fantastique mêlant navire fantômes, et démons marins qui à priori s'attachent à tuer certains membres d'équipages et à les marquer d'un grand "A". Le personnage centrale du récit dans le récit est un jeune mousse (dont on devine qu'il s'agit du conteur du début du récit) qui interprète les évènements par le biais d'un carnet de croquis. L'atmosphère est prenante, l'ensemble mystérieux, mêlant horreur, fantastique et dans une très moindre mesure enquête policière. La double chute que viendra clore le récit nous emmènera dans une toute autre direction, nous rappelant les plus grands monstres sont au sein de l'humanité. Tout n'est certes pas parfait, mais on est scotché de A à Z.
Femme rebelle - L'histoire de Margaret Sanger
Avec les éditions Nada, vous aurez assurément une BD engagée. Les sujets sociaux sont au cœur de sa ligne éditoriale. Et franchement je vous l’assure, vous ne serez pas déçus ! Un peu de culture bon sang, cela n’a jamais fait de mal à personne. Avec cet album vous plongerez allégrement dans des moments de la vie trépidante et mouvementée de Margaret Sanger, une militante américaine qui lutta pour la contraception et la liberté d'expression, ce qui l'amena à fonder l'American Birth Control League (ligue pour le contrôle des naissances), qui devient le planning familial américain – rien que ça ! - sous le nom de Planned Parenthood. Initialement reçues avec beaucoup de résistances – nous sommes dans les années 1920/1930 - l’idée qu'une femme puisse décider de quand et comment elle serait enceinte, gagnèrent peu à peu de l'audience, tant dans le public qu'auprès des tribunaux. Margaret Sanger a été un élément fondateur dans l'accès à la contraception et au contrôle des naissances. Un CV impressionnant non ? Margaret Sanger a dû batailler pour se faire entendre. Elle était sur tous les fronts sans jamais se décourager, sans jamais être démoralisée, sans jamais courber l’échine devant l’adversité ou la justice des hommes. Les menaces reçues, sa santé vacillante l’ont rendue plus forte ! Sa détermination est à saluer par tous car le travail accompli est stupéfiant. Sa cause est au-dessus de tout, même de sa propre famille. Il faut l’avouer, son opiniâtreté sans faille à changer le cours de l’histoire de millions de femmes à travers le monde. L’accès légal à la contraception est sa plus grande victoire. Margaret Sanger, je le dis haut et fort devrait être prix Nobel ! C’est presque une sainte ! Pourtant aujourd’hui, alors que cela devrait être un acquis, la cour suprême des Etats- Unis a annulé en juin 2022 le droit à l’avortement dans tout le pays ! Chaque état pourra donc autoriser ou d’interdire l’IVG ! Mais dans quel monde vivons-nous ? Comment est ce possible encore aujourd'hui ? Nous ne sommes pas encore sortis le cul des ronces ! Peter Bagge a réussi son pari. Faire une biographie dessinée dynamique tout en mettant l’accent sur la force de cette femme incroyable. Les chapitres sont courts. Ce s’enchaine aisément. La lecture est fluide et subtile. Et pourtant ce n’est pas aisé comme exercice. Je suis donc particulièrement séduit par le rendu énergique. Cette bande dessinée engagée est magnifique. Je recommande vivement sa lecture surtout que les éditions Nada viennent de re imprimer cet album.