Gros coup de cœur pour cet album terriblement humain. Venice Beach à LA, où l’Amérique fortunée côtoie la plus grande pauvreté. C’est déjà une terrible entrée en matière. Dans cet univers en marge de la société, un clochard alcoolique découvre par hasard le cadavre d’une jeune fille dans une poubelle. Eddie, le clochard, va mener son enquête à sa manière et à son rythme, interrogeant les SDF, remontant la piste du tueur, tout en continuant à chercher un coin pour dormir et une bière à boire. Le personnage est attachant, la construction du scénario fonctionne parfaitement, on alterne entre l’enquête et les bas-fonds de LA. Les deux s’entremêlent jusqu’au dénouement de l’affaire. Le fait que ce soit un clochard qui mène l’enquête est tout à fait crédible, on suit ses avancées, ses doutes, ses émotions et les autres personnages qui interviennent dans l’histoire sont tout aussi intéressants. En marge de l’enquête, Eddie est aussi confronté à la relation avec son fils. On découvre une autre facette du personnage qui aurait gagné à être développée. Le récit est fluide, le dessin très beau avec les gueules des sans abris plus abimées par la vie les unes que les autres. Un thriller bien mené avec en arrière-plan une vraie claque sur cet univers sans espoir.
3ème avis du week-end sur Le Labyrinthe inachevé de Jeff Lemire. Cette BD mérite d'avoir le vent en poupe.
Les avis élogieux m'ont poussé à feuilleter le bouquin dont le thème m'intéressait. Puis le feuilletage m'a complètement poussé à l'achat. Déjà pour ce qui sautait aux yeux, le dessin, qui m'a plu direct. Quelques traits subtils suffisent à changer l'expression des personnages du tout au tout, il y a du détail, une colorisation qui s'adapte... Et puis beaucoup de cases muettes, et ça, ça m'intriguait. Voir si peu de textes
Et pourtant ce texte il reste en tête, la traduction n'ayant certainement pas dénaturé la version originale. Très puissant et efficace, il nous permet de rester en plein cœur de l'intrigue et des pensées de William. Chaque mot et chaque dialogue sont à leur place.
Et puis j'ajoute le coup de cœur pour le scénario. Le lecteur lui-même est au cœur de ce labyrinthe, sachant ce qu'il aimerait trouvé mais n'ayant aucune idée du chemin qui sera pris. On se demande si Will va s'en sortir, alors que ses pensées se confrontent avec la réalité, le rêve, l'illusion et l'amnésie. Toute cette quête m'a ému à plusieurs reprises, et il y a une tension ambiante qui empêche de fermer le bouquin. Les nouvelles lectures n'en seront pas moins intéressantes, car il y a d'autres sujets à explorer que l'histoire en elle-même.
La petite magie de cette histoire est, je trouve, d'avoir réussi à créer une histoire si personnelle et profondément émouvante avec une lecture aussi limpide. Laisser la place au silence permet parfois de s'exprimer davantage.
Une approche vraiment originale sur le deuil, où l'allégorie du labyrinthe prend tout son sens. Le style du dessin tient un rôle essentiel, il y a intérêt de l'apprécier pour aimer ce récit je pense. En ce qui me concerne, c'est une des pépites de l'année
Le labyrinthe inachevé de Jeff Lemire chez Futuropolis - 2022
Will est inspecteur des bâtiments pour la ville. Quand il rentre le soir chez lui, on sent sa solitude et sa neurasthénie. Il a perdu sa fille il y a 10 ans et ses traits qui s'estompent dans sa mémoire le désespère. Un jour il reçoit un coup de fil mystérieux. La voix qu'il entend c'est celle de sa fille qui lui dit qu'elle est coincée au centre. Il se remémore les Labyrinthes qu'elle aimait faire et contre toute vraisemblance il part à sa recherche, convaincu que c'est bien elle.
Dans un graphisme maîtrisé, l'auteur reste sobre dans ses couleurs qui sont apposés soit façon lavis soit comme des aquarelles. Il nous invite, cependant à suivre un fil rouge, celui, du vieux pull que la fillette affectionnait.
De recherches en rencontres, Will avance et cherche. Saura-t-il trouver?
Ça parle de mémoire, d'oubli, de deuil, de rédemption, de reconstruction, d'espoir. Ça se lit en apnée, avec l'émotion au bord des lèvres.
Une BD magnifique tant par le dessin qui semble fait, par moment, dans l'urgence, que par le texte qui génére un coup AU cœur. Un véritable coup DE cœur
#lelabyrintheinacheve #lelabyrintheinachevé #jefflemire #futuropolis #bd #deuil
J’ai beaucoup aimé « Un Jardin extraordinaire », équivalent jeunesse de l’excellent L'Oasis de Simon Hureau, même si ce dernier ne s’occupe ici que du dessin.
J’ai eu un peu de mal avec certains concept un peu trop « new age » pour moi (parler aux plantes pour les rendre heureuses), mais de manière générale j’ai beaucoup apprécié la philosophie proche de la nature de la grand-mère, véritable bouffée d’air frais pour les enfants trop souvent collés à leurs écrans.
D’autant plus que le dessin de Simon Hureau convient parfaitement à ce genre d’histoire : on sent presque les herbes aromatiques, l’odeur de la terre chaude, on entend le chant des oiseaux… Il s’en dégage une certaine nostalgie qui m’a beaucoup plu.
Un album jeunesse recommandable.
Voilà bien une BD d’enquête politique comme on les aime ! Publié conjointement par Delcourt et l’excellente Revue dessinée, « Très chers élus » est le fruit d’un travail méticuleux d'Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet, tous deux journalistes de la cellule investigation de Radio France. Le duo s’est appuyé sur des archives diverses (de presse, audiovisuelles ou institutionnelles), des dossiers judiciaires rendus publics et des interviews. Le résultat est un ouvrage salutaire et indispensable, de nature à faire avancer le schmilblick politique et peut-être réduire un tant soit peu le taux d’abstention qui en France ne cesse de croître d’élection en élection…
Une fois passée la courte et édifiante introduction montrant Macron implorant la larme à l’œil un parterre de financiers pour l’aider à financer sa campagne de 2017, tout commence un peu à la manière d’un film d’espionnage, avec la rencontre « incognito » des deux journalistes avec un mystérieux Monsieur X, imper, chapeau, écharpe et lunettes rouges, dont on saura seulement qu’il a « tout vu de l’arrière-boutique des partis sous la Ve République ». Des valises de billets aux origines douteuses, des fonds spéciaux Matignon ou de la Françafrique, l’homme, dont la fonction lui a permis de côtoyer les hautes sphères, semble en connaître un rayon sur la question sulfureuse du financement des partis politiques ! Et aucun n’y échappe, y compris Jean-Luc Mélenchon…
En résumé, l’ouvrage nous remet en mémoire des affaires qui ont fait la Une ces dernières décennies, notamment les fraudes dans le financement des campagnes de Chirac et Balladur en 1995, à coup de mallettes et autres rétrocommissions (remember Karachi ?). Mais le champion toutes catégories, nous rappelle-t-on, reste Sarkozy, qui avait dépensé en 2012 deux fois plus que la limite autorisée (Bygmalion, ça vous parle ?). Sans parler des factures étrangement gonflées. Tout cela ne serait « rien » si les frais de campagne n’étaient pas remboursés par l’Etat = nos impôts.
Cette enquête nous livre également quelques éléments éclairants sur la vie politique :
- Les « formations » plus ou moins bidon, en marge des universités politiques (les fameuses universités d’été notamment !) sont entièrement prises en charge par les collectivités locales = nos impôts.
- Les micro-partis qui fleurissent avant chaque campagne ne servent qu’à permettre la multiplicité des sources de financement, les donateurs étant bien sûr remboursés, quelque soit le montant engagé (ce qui évidemment profite beaucoup aux plus riches qui ne savent pas toujours quoi faire de leur argent), dans le cadre des réductions d’impôts = nos impôts.
Le livre reviendra également sur les frais de mandat dont certains ont profité abusivement jusqu’à gratter le moindre centime, et dont découlent bien souvent les fameux emplois fictifs ou familiaux (cf. le « Penelopegate ») = nos impôts.
S’il pourra conforter un moment ceux qui aiment à rabâcher à l’envi l’argument du « tous pourris », cet ouvrage, qui ne tombe pas dans ce piège démagogique, tempérera bien vite leur ardeur à casser systématiquement du politique. De plus, ceux qui sont tentés par les votes extrêmes pour mieux clamer leur ras-le-bol réaliseront que le RN (ex-FN) est loin d’avoir les mains aussi propres qu’il le prétend. Bien sûr, tout ça n’est pas très glorieux pour notre République, mais les auteurs insistent sur le fait que si ces malversations concernent tous les partis, elles n’impliquent pas pour autant individuellement la majorité des hommes et femmes politiques. L’espoir est donc permis, même si la tâche est ardue et que les institutions ont tendance à privilégier une certaine opacité ! Mais d’année en année l’étau se resserre, souvent plus lentement que dans d’autres pays voisins plus pragmatiques (c’est ça la France !), à chaque fois en réponse à la magouille. Des fraudes autrefois tolérées sont de plus en plus remises en cause par la justice… quand bien sûr on lui donne les moyens de faire son travail (Monsieur Macron, un avis ?).
« Très chers élus » prouve tout son intérêt en ne se contentant pas de dénoncer mais en fournissant la piste à suivre pour atteindre cette transparence qui semble toujours un peu utopique dans l’Hexagone. Et cette piste nous vient des Britanniques, eux aussi confrontés à ce type d’affaires, lesquels ont mis à disposition du citoyen un site où il est possible de consulter les notes de frais de chaque député.
Indéniablement, la trame narrative est très maligne. Plutôt que d’aligner faits et assertions de manière linéaire et fastidieuse, les auteurs, en s’adjoignant les services d’Erwann Terrier, ont su parfaitement utiliser les codes et atouts de la bande dessinée pour embarquer le lecteur, y compris le plus récalcitrant (« Moué… Encore une BD politique chiante par des journalistes à la botte des « merdias » ? »). Ainsi, Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet nous livrent une enquête claire et passionnante qui, loin de vous donner des maux de tête, fonctionne en grande partie grâce à son schéma ternaire : d’un côté les deux journalistes qui remplissent leur mission en restant à la fois factuels et "candides", d’un autre ce Monsieur X, qui balance ses infos tout en se faisant paradoxalement l’avocat du diable (et qui parfois s’agace des propos de ses interlocuteurs), et enfin du troisième, le dessinateur Erwann Terrier dont l’excellent trait réaliste effleure subtilement la caricature et répond aux textes avec une causticité jubilatoire – certains portraits peuvent même déclencher des fous-rires incontrôlés ! Un ouvrage chaudement recommandé !
Un témoignage sur le quotidien d'un homme dans le couloir de la mort.
L'autrice prend contact avec un prisonnier condamné à la peine capitale par l'intermédiaire d'une association pour correspondre avec lui. Elle s'applique à retranscrire le plus fidèlement possible les rêves, les espoirs et les envies du prisonnier. Au fil des années, le fruit de cette correspondance devient une bd qui nous fait vivre l'évolution des relations entre les deux auteurs.
Une œuvre remarquable par l'engagement dans la durée de l'autrice et par le sujet traité, la force de cette bd c'est sa capacité a nous faire ressentir les sentiments des personnages et à ne rien cacher de la vie de ces prisonniers spéciaux.
L'autrice ne juge pas le prisonnier, son récit n'est pas un réquisitoire contre la peine de mort mais elle dénonce les excès du système carcéral qu'elle souhaiterait exemplaire.
Le dessin à quatre mains est d'une qualité supérieure aux autres bd documentaires. Un noir et blanc avec quelques rares couleurs qui font ressentir l'émotion entre Valentine Cuny Le Callet et Renaldo McGirth et qui mettent en valeur la richesse de leurs échanges par courrier malgré les contraintes de la censure et des matériaux utilisés par Renaldo pour dessiner.
Une bd qui questionne sur le fonctionnement de la peine de mort aux Etats Unis et de l'utilité d'une durée d'attente aléatoire pour tous les prisonniers avant leur exécution.
Entre espoir et désespoir, le quotidien de Renaldo nous est révélé et se résume au titre "Perpendiculaire au soleil" qui signifie toujours vivant mais pour combien de temps.
Un gros coup de cœur pour l’originalité et la créativité de certaines illustrations, toujours parfaitement en adéquation avec les propos mais qui nous les montrent avec un angle de vue très personnel et souvent poétique.
L’histoire, elle, prend la forme d’une fable. Une fable par laquelle les autrices pointent du doigt les mécanismes et les dangers du conformisme et invitent de ce fait les jeunes lectrices et jeunes lecteurs à réfléchir à ce qui leur est proposé/imposé par la société, à ce qui est acceptable, à ce qui a un sens. Et cette histoire de boucle d’oreille est très bien pensée, de ce point de vue. C’est à la fois absurde et proche du quotidien des jeunes (la pression sur les codes vestimentaires à respecter à l’école –tant par la direction que par les copines et copains de classe- est une réalité malheureusement bien connue).
Au niveau de la narration, nous nous situons à mi-chemin entre le livre illustré et la bande dessinée. Le résultat est agréable à regarder, facile à lire, mais très vite lu. La progression scénaristique est assez abrupte mais dans le cadre d’un livre destiné à de jeunes lecteurs, ce n’est pas plus mal.
En définitive, je trouve vraiment que c’est un récit intéressant. Il invitera les lectrices et lecteurs à réfléchir à leur propre réalité quotidienne. Il propose de belles illustrations. Peut-être lui manque-t-il juste une pointe d’humour devant l’absurdité de la situation (mais c’est juste pour pinailler).
Un album des plus recommandables !
Une adaptation bd de Hawkmoon, ça faisait bien 10 ans que j’en entendais parler, depuis ma rencontre avec les auteurs d’Elric (Glénat) chez le même éditeur à un stand de dédicace. Et enfin, ça y est, avec une autre équipe, tout aussi talentueuse d’ailleurs, cette autre série culte appartenant au multivers du champion éternel du sieur Michael Moorcock voit le jour.
Je croise les doigts pour que l’équipe d’auteurs demeure la même, c’est à dire Jérôme Le Gris dans le rôle de maître du jeu, le duo qui se complète à merveille Benoît Dellac et Didier Poli (seul rescapé d’Elric) au dessin, et Bruno Tatti qui sublime tout cela avec sa palette de couleurs. Déjà sur le premier tome d’Elric il y avait du sacré level avec Recht, Bastide, Poli et Blondel, mais je suis très impressionné car j’ai bien l’impression qu’on est parti sur la même dynamique. Je veux dire par la que « Oh putain de bordel de merde, qu’est-ce que c’est beau ! ». J’avais lu les bouquins d’Elric le nécromancien, bien aimé les années pulp mais la suite sans plus, pas lu en revanche Hawkmoon, c’est l’occasion de se rattraper. C’est un univers un peu bâtard, et pour essayer d’en donner une définition c’est du post-apocalyptique (voir même en pleine apocalypse) se déroulant dans notre réalité, où la société est retournée à un état médiéval-féodal dystopique, mais où subsiste néanmoins des bribes d’une technologie plus avancée par rapport à la notre. Pas de trace de magie pour le moment mais si cet élément apparaît à l’avenir on pourra parler d’une série dark-science fantasy. C’est un projet ambitieux donc, avec Dellac et Poli on sort les poids lourds et les mecs assurent mais grave. Londra est flippante, on la croirait sortie de l’imaginaire de Clive Barker où les « pike head » d’Hellraiser dirigent cet empire destructeur et dévoreur. Les vaisseaux sont stylés façon Star Wars donc plutôt cool, les tenues et armures sont inspirées à fond par la fantasy plus que le médiéval historique, sachant qu’en plus on y ajoute des pistolets du XVIIIème siècle (mais qui crachent autre chose que de la poudre à canon, plus puissant) ; on a donc un univers visuel qui fait très « fourbi » mais qui reste cohérent et digeste. Et pour terminer là-dessus j’adore le style graphique, voilà si on connaît un peu le dessin de Dellac sur Nottingham ou Serpent Dieu, y aura pas de soucis, c’est un vrai régal. Respect à lui de sortir autant de séries de cette qualité dans ce laps de temps quand d’autres mettent des années à sortir un album… Force à toi mec, merci.
Quant à l’histoire, bon, j’imagine qu’on se dirige vers un Elric bis : le mythe du champion éternel où le héros est le jouet des dieux et de puissances qui le dépasse, la Loi contre le Chaos, critique intelligente contre tout type d’impérialisme rampant, le multivers tout ça… Je l’ai déjà lu, oui, mais si c’est bien raconté et que ça reste aussi bien chiadé que ce premier numéro, je veux être de la partie. La série est culte, donc en ce moment c’est la mode on adapte les grands classiques de la fantasy. Après je trouve quand même parfois les dialogues un peu poussiéreux et les péripéties ont été tellement rabâché que s’en est devenu cliché avec le temps : avec le héros qui nous fait sa victime durant trois plombs, le méchant qui est vraiment très très méchant et qui ne peut pas s’empêcher de faire le cake en toute circonstance, le héros a qui on laisse toujours la vie sauve tu te demandes pourquoi, etc. Bon, si les éditeurs manquent d’idées de cycles de fantasy de moins de 20 ans à adapter, où de grands auteurs n’ayant jamais été adapté, je peux leurs souffler quelques tuyaux…
En tout cas, pour tout amateur de fantasy, à lire impérativement. Combien la série va durer par contre je n’ai pas tout compris. J’ai lu que selon Dellac chaque roman sera divisé en deux albums. Si je compte bien, il y a sept romans, soit quatorze albums, mais pour l’instant l’éditeur prévoit d’adapter un premier cycle de quatre albums. Ça va se terminer comme Elric, je le sens bien (ou mal).
Comme le sous-titre l’indique, il s’agit d’une histoire, au fil des âges, des relations entre les humains et les autres animaux.
Le documentaire est excellent, il faut bien le dire mais … qu’est-ce que c’est dur de se faire mettre le nez dans le caca comme ça.
Parce qu’on s’en doute, dans l’immense majorité des cas, la cohabitation n’a pas été de tout repos, pour les animaux s’entend. L’auteure est une spécialiste du comportement animal et des relations que nous entretenons avec nos colocataires sur cette planète.
Tout y passe, ou presque. L’époque chasseur-cueilleur paraît somme toute la plus équilibrée dans cette difficile histoire que nous partageons de gré ou de force. L’émergence de l’agriculture et de l’élevage a permis – et surtout permet encore – les pires exactions vis à vis des animaux vus en tant que ressources alimentaires. Et tout ça, même s’il y a des prises de conscience des opinions publiques, ne s’arrange pas au fil du temps, ne serait-ce qu’en terme d’échelle globale.
Là comme ailleurs, la rentabilité restant le maître mot, l’humanité (le sentiment j’entends) n’a pas toujours pas droit de cité.
Les animaux-aliments, mais aussi les animaux bêtes de somme, les chevaux dans les mines, les animaux compagnons qui ne sont pas toujours respectés, les animaux destinés aux spectacles pas mieux lotis voire pire…
On se doute aussi que ce rapport de domination débouche également sur le problème écologique du maintien des écosystèmes favorables à la faune sauvage, et là, on ne peut pas dire qu’on va dans la bonne direction… Tout est lié.
L’humanité (l’espèce cette fois) est et reste capable du pire, même si les auteurs nous montrent aussi quelques exemples d’humains qui essaient désespérément de faire comprendre aux autres que nos compagnons de planète ne sont pas que de bêtes bêtes.
Édifiant. Franchement bien réalisé et documenté. Le propos est dur, mais la lecture est aisée, même si agréable n’est pas forcément le mot le plus approprié, on s’en doute. Pour faire passer leur message, les auteurs ont inséré des pointes d’humour dans les dialogues des animaux. J’avoue qu’elles sont les bienvenues, j’ai apprécié.
Et le dessin n’est pas en reste. Beau, très beau même, mais dur quand il faut l’être. Ça saigne et ça fait mal parce que ce n’est pas de la fiction.
Je suis dure, parce que le récit montre également quelques, trop rares, cohabitations qui sont harmonieuses pour tous, hommes et animaux.
À lire, à faire lire. Même si ce sont des faits que l’on connaît tous inconsciemment ou pas. Il est toujours bon de se rappeler qu’il faut continuer de se mobiliser, d’exiger d’autres pratiques et de s’interroger sur nos modes de vie.
(désolée d’avoir été aussi longue et aussi chiante et moralisatrice, c’est un petit coup de gueule)
C’est suite à la lecture de l’avis de Mac Arthur que je me suis procuré cet album. Un grand merci Mac parce qu’avec sunlight je me suis régalé comme jamais.
C’est du Christophe Bec pur jus. Le scénario reprend les mêmes ingrédients que dans Bikini Atoll mais comme je suis fan de ces huis clos dramatiques, ma lecture a été délicieuse. Le suspens progresse au fil des pages. Les tensions entre les protagonistes s’exacerbent davantage plus l’histoire avance. Le côte noir et blanc souligne le côté éprouvant de ces trois spéléologues en difficulté qui luttent pour survivre dans une mine abandonnée. Frissons assurés ! Tensions omniprésentes ! Hummm mais que c’est bon !
Certains diront que cette histoire est très conventionnelle et qu’il n’y a pas grand chose de nouveau à se mettre sous la pupille. Ils ont raison. Mais c’est ma came et au final j’ai savouré l’album de la première à la dernière page sublimé par le trait de Bernard Khattou.
Je ne peux que conseiller ce pavé angoissant de 160 planches. Les claustrophobes vont déguster !
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Goodnight paradise
Gros coup de cœur pour cet album terriblement humain. Venice Beach à LA, où l’Amérique fortunée côtoie la plus grande pauvreté. C’est déjà une terrible entrée en matière. Dans cet univers en marge de la société, un clochard alcoolique découvre par hasard le cadavre d’une jeune fille dans une poubelle. Eddie, le clochard, va mener son enquête à sa manière et à son rythme, interrogeant les SDF, remontant la piste du tueur, tout en continuant à chercher un coin pour dormir et une bière à boire. Le personnage est attachant, la construction du scénario fonctionne parfaitement, on alterne entre l’enquête et les bas-fonds de LA. Les deux s’entremêlent jusqu’au dénouement de l’affaire. Le fait que ce soit un clochard qui mène l’enquête est tout à fait crédible, on suit ses avancées, ses doutes, ses émotions et les autres personnages qui interviennent dans l’histoire sont tout aussi intéressants. En marge de l’enquête, Eddie est aussi confronté à la relation avec son fils. On découvre une autre facette du personnage qui aurait gagné à être développée. Le récit est fluide, le dessin très beau avec les gueules des sans abris plus abimées par la vie les unes que les autres. Un thriller bien mené avec en arrière-plan une vraie claque sur cet univers sans espoir.
Le Labyrinthe inachevé
3ème avis du week-end sur Le Labyrinthe inachevé de Jeff Lemire. Cette BD mérite d'avoir le vent en poupe. Les avis élogieux m'ont poussé à feuilleter le bouquin dont le thème m'intéressait. Puis le feuilletage m'a complètement poussé à l'achat. Déjà pour ce qui sautait aux yeux, le dessin, qui m'a plu direct. Quelques traits subtils suffisent à changer l'expression des personnages du tout au tout, il y a du détail, une colorisation qui s'adapte... Et puis beaucoup de cases muettes, et ça, ça m'intriguait. Voir si peu de textes Et pourtant ce texte il reste en tête, la traduction n'ayant certainement pas dénaturé la version originale. Très puissant et efficace, il nous permet de rester en plein cœur de l'intrigue et des pensées de William. Chaque mot et chaque dialogue sont à leur place. Et puis j'ajoute le coup de cœur pour le scénario. Le lecteur lui-même est au cœur de ce labyrinthe, sachant ce qu'il aimerait trouvé mais n'ayant aucune idée du chemin qui sera pris. On se demande si Will va s'en sortir, alors que ses pensées se confrontent avec la réalité, le rêve, l'illusion et l'amnésie. Toute cette quête m'a ému à plusieurs reprises, et il y a une tension ambiante qui empêche de fermer le bouquin. Les nouvelles lectures n'en seront pas moins intéressantes, car il y a d'autres sujets à explorer que l'histoire en elle-même. La petite magie de cette histoire est, je trouve, d'avoir réussi à créer une histoire si personnelle et profondément émouvante avec une lecture aussi limpide. Laisser la place au silence permet parfois de s'exprimer davantage. Une approche vraiment originale sur le deuil, où l'allégorie du labyrinthe prend tout son sens. Le style du dessin tient un rôle essentiel, il y a intérêt de l'apprécier pour aimer ce récit je pense. En ce qui me concerne, c'est une des pépites de l'année
Le Labyrinthe inachevé
Le labyrinthe inachevé de Jeff Lemire chez Futuropolis - 2022 Will est inspecteur des bâtiments pour la ville. Quand il rentre le soir chez lui, on sent sa solitude et sa neurasthénie. Il a perdu sa fille il y a 10 ans et ses traits qui s'estompent dans sa mémoire le désespère. Un jour il reçoit un coup de fil mystérieux. La voix qu'il entend c'est celle de sa fille qui lui dit qu'elle est coincée au centre. Il se remémore les Labyrinthes qu'elle aimait faire et contre toute vraisemblance il part à sa recherche, convaincu que c'est bien elle. Dans un graphisme maîtrisé, l'auteur reste sobre dans ses couleurs qui sont apposés soit façon lavis soit comme des aquarelles. Il nous invite, cependant à suivre un fil rouge, celui, du vieux pull que la fillette affectionnait. De recherches en rencontres, Will avance et cherche. Saura-t-il trouver? Ça parle de mémoire, d'oubli, de deuil, de rédemption, de reconstruction, d'espoir. Ça se lit en apnée, avec l'émotion au bord des lèvres. Une BD magnifique tant par le dessin qui semble fait, par moment, dans l'urgence, que par le texte qui génére un coup AU cœur. Un véritable coup DE cœur #lelabyrintheinacheve #lelabyrintheinachevé #jefflemire #futuropolis #bd #deuil
Un Jardin extraordinaire
J’ai beaucoup aimé « Un Jardin extraordinaire », équivalent jeunesse de l’excellent L'Oasis de Simon Hureau, même si ce dernier ne s’occupe ici que du dessin. J’ai eu un peu de mal avec certains concept un peu trop « new age » pour moi (parler aux plantes pour les rendre heureuses), mais de manière générale j’ai beaucoup apprécié la philosophie proche de la nature de la grand-mère, véritable bouffée d’air frais pour les enfants trop souvent collés à leurs écrans. D’autant plus que le dessin de Simon Hureau convient parfaitement à ce genre d’histoire : on sent presque les herbes aromatiques, l’odeur de la terre chaude, on entend le chant des oiseaux… Il s’en dégage une certaine nostalgie qui m’a beaucoup plu. Un album jeunesse recommandable.
Très chers élus - 40 ans de financement politique
Voilà bien une BD d’enquête politique comme on les aime ! Publié conjointement par Delcourt et l’excellente Revue dessinée, « Très chers élus » est le fruit d’un travail méticuleux d'Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet, tous deux journalistes de la cellule investigation de Radio France. Le duo s’est appuyé sur des archives diverses (de presse, audiovisuelles ou institutionnelles), des dossiers judiciaires rendus publics et des interviews. Le résultat est un ouvrage salutaire et indispensable, de nature à faire avancer le schmilblick politique et peut-être réduire un tant soit peu le taux d’abstention qui en France ne cesse de croître d’élection en élection… Une fois passée la courte et édifiante introduction montrant Macron implorant la larme à l’œil un parterre de financiers pour l’aider à financer sa campagne de 2017, tout commence un peu à la manière d’un film d’espionnage, avec la rencontre « incognito » des deux journalistes avec un mystérieux Monsieur X, imper, chapeau, écharpe et lunettes rouges, dont on saura seulement qu’il a « tout vu de l’arrière-boutique des partis sous la Ve République ». Des valises de billets aux origines douteuses, des fonds spéciaux Matignon ou de la Françafrique, l’homme, dont la fonction lui a permis de côtoyer les hautes sphères, semble en connaître un rayon sur la question sulfureuse du financement des partis politiques ! Et aucun n’y échappe, y compris Jean-Luc Mélenchon… En résumé, l’ouvrage nous remet en mémoire des affaires qui ont fait la Une ces dernières décennies, notamment les fraudes dans le financement des campagnes de Chirac et Balladur en 1995, à coup de mallettes et autres rétrocommissions (remember Karachi ?). Mais le champion toutes catégories, nous rappelle-t-on, reste Sarkozy, qui avait dépensé en 2012 deux fois plus que la limite autorisée (Bygmalion, ça vous parle ?). Sans parler des factures étrangement gonflées. Tout cela ne serait « rien » si les frais de campagne n’étaient pas remboursés par l’Etat = nos impôts. Cette enquête nous livre également quelques éléments éclairants sur la vie politique : - Les « formations » plus ou moins bidon, en marge des universités politiques (les fameuses universités d’été notamment !) sont entièrement prises en charge par les collectivités locales = nos impôts. - Les micro-partis qui fleurissent avant chaque campagne ne servent qu’à permettre la multiplicité des sources de financement, les donateurs étant bien sûr remboursés, quelque soit le montant engagé (ce qui évidemment profite beaucoup aux plus riches qui ne savent pas toujours quoi faire de leur argent), dans le cadre des réductions d’impôts = nos impôts. Le livre reviendra également sur les frais de mandat dont certains ont profité abusivement jusqu’à gratter le moindre centime, et dont découlent bien souvent les fameux emplois fictifs ou familiaux (cf. le « Penelopegate ») = nos impôts. S’il pourra conforter un moment ceux qui aiment à rabâcher à l’envi l’argument du « tous pourris », cet ouvrage, qui ne tombe pas dans ce piège démagogique, tempérera bien vite leur ardeur à casser systématiquement du politique. De plus, ceux qui sont tentés par les votes extrêmes pour mieux clamer leur ras-le-bol réaliseront que le RN (ex-FN) est loin d’avoir les mains aussi propres qu’il le prétend. Bien sûr, tout ça n’est pas très glorieux pour notre République, mais les auteurs insistent sur le fait que si ces malversations concernent tous les partis, elles n’impliquent pas pour autant individuellement la majorité des hommes et femmes politiques. L’espoir est donc permis, même si la tâche est ardue et que les institutions ont tendance à privilégier une certaine opacité ! Mais d’année en année l’étau se resserre, souvent plus lentement que dans d’autres pays voisins plus pragmatiques (c’est ça la France !), à chaque fois en réponse à la magouille. Des fraudes autrefois tolérées sont de plus en plus remises en cause par la justice… quand bien sûr on lui donne les moyens de faire son travail (Monsieur Macron, un avis ?). « Très chers élus » prouve tout son intérêt en ne se contentant pas de dénoncer mais en fournissant la piste à suivre pour atteindre cette transparence qui semble toujours un peu utopique dans l’Hexagone. Et cette piste nous vient des Britanniques, eux aussi confrontés à ce type d’affaires, lesquels ont mis à disposition du citoyen un site où il est possible de consulter les notes de frais de chaque député. Indéniablement, la trame narrative est très maligne. Plutôt que d’aligner faits et assertions de manière linéaire et fastidieuse, les auteurs, en s’adjoignant les services d’Erwann Terrier, ont su parfaitement utiliser les codes et atouts de la bande dessinée pour embarquer le lecteur, y compris le plus récalcitrant (« Moué… Encore une BD politique chiante par des journalistes à la botte des « merdias » ? »). Ainsi, Elodie Guéguen et Sylvain Tronchet nous livrent une enquête claire et passionnante qui, loin de vous donner des maux de tête, fonctionne en grande partie grâce à son schéma ternaire : d’un côté les deux journalistes qui remplissent leur mission en restant à la fois factuels et "candides", d’un autre ce Monsieur X, qui balance ses infos tout en se faisant paradoxalement l’avocat du diable (et qui parfois s’agace des propos de ses interlocuteurs), et enfin du troisième, le dessinateur Erwann Terrier dont l’excellent trait réaliste effleure subtilement la caricature et répond aux textes avec une causticité jubilatoire – certains portraits peuvent même déclencher des fous-rires incontrôlés ! Un ouvrage chaudement recommandé !
Perpendiculaire au soleil
Un témoignage sur le quotidien d'un homme dans le couloir de la mort. L'autrice prend contact avec un prisonnier condamné à la peine capitale par l'intermédiaire d'une association pour correspondre avec lui. Elle s'applique à retranscrire le plus fidèlement possible les rêves, les espoirs et les envies du prisonnier. Au fil des années, le fruit de cette correspondance devient une bd qui nous fait vivre l'évolution des relations entre les deux auteurs. Une œuvre remarquable par l'engagement dans la durée de l'autrice et par le sujet traité, la force de cette bd c'est sa capacité a nous faire ressentir les sentiments des personnages et à ne rien cacher de la vie de ces prisonniers spéciaux. L'autrice ne juge pas le prisonnier, son récit n'est pas un réquisitoire contre la peine de mort mais elle dénonce les excès du système carcéral qu'elle souhaiterait exemplaire. Le dessin à quatre mains est d'une qualité supérieure aux autres bd documentaires. Un noir et blanc avec quelques rares couleurs qui font ressentir l'émotion entre Valentine Cuny Le Callet et Renaldo McGirth et qui mettent en valeur la richesse de leurs échanges par courrier malgré les contraintes de la censure et des matériaux utilisés par Renaldo pour dessiner. Une bd qui questionne sur le fonctionnement de la peine de mort aux Etats Unis et de l'utilité d'une durée d'attente aléatoire pour tous les prisonniers avant leur exécution. Entre espoir et désespoir, le quotidien de Renaldo nous est révélé et se résume au titre "Perpendiculaire au soleil" qui signifie toujours vivant mais pour combien de temps.
La Boucle d'oreille rose
Un gros coup de cœur pour l’originalité et la créativité de certaines illustrations, toujours parfaitement en adéquation avec les propos mais qui nous les montrent avec un angle de vue très personnel et souvent poétique. L’histoire, elle, prend la forme d’une fable. Une fable par laquelle les autrices pointent du doigt les mécanismes et les dangers du conformisme et invitent de ce fait les jeunes lectrices et jeunes lecteurs à réfléchir à ce qui leur est proposé/imposé par la société, à ce qui est acceptable, à ce qui a un sens. Et cette histoire de boucle d’oreille est très bien pensée, de ce point de vue. C’est à la fois absurde et proche du quotidien des jeunes (la pression sur les codes vestimentaires à respecter à l’école –tant par la direction que par les copines et copains de classe- est une réalité malheureusement bien connue). Au niveau de la narration, nous nous situons à mi-chemin entre le livre illustré et la bande dessinée. Le résultat est agréable à regarder, facile à lire, mais très vite lu. La progression scénaristique est assez abrupte mais dans le cadre d’un livre destiné à de jeunes lecteurs, ce n’est pas plus mal. En définitive, je trouve vraiment que c’est un récit intéressant. Il invitera les lectrices et lecteurs à réfléchir à leur propre réalité quotidienne. Il propose de belles illustrations. Peut-être lui manque-t-il juste une pointe d’humour devant l’absurdité de la situation (mais c’est juste pour pinailler). Un album des plus recommandables !
Hawkmoon
Une adaptation bd de Hawkmoon, ça faisait bien 10 ans que j’en entendais parler, depuis ma rencontre avec les auteurs d’Elric (Glénat) chez le même éditeur à un stand de dédicace. Et enfin, ça y est, avec une autre équipe, tout aussi talentueuse d’ailleurs, cette autre série culte appartenant au multivers du champion éternel du sieur Michael Moorcock voit le jour. Je croise les doigts pour que l’équipe d’auteurs demeure la même, c’est à dire Jérôme Le Gris dans le rôle de maître du jeu, le duo qui se complète à merveille Benoît Dellac et Didier Poli (seul rescapé d’Elric) au dessin, et Bruno Tatti qui sublime tout cela avec sa palette de couleurs. Déjà sur le premier tome d’Elric il y avait du sacré level avec Recht, Bastide, Poli et Blondel, mais je suis très impressionné car j’ai bien l’impression qu’on est parti sur la même dynamique. Je veux dire par la que « Oh putain de bordel de merde, qu’est-ce que c’est beau ! ». J’avais lu les bouquins d’Elric le nécromancien, bien aimé les années pulp mais la suite sans plus, pas lu en revanche Hawkmoon, c’est l’occasion de se rattraper. C’est un univers un peu bâtard, et pour essayer d’en donner une définition c’est du post-apocalyptique (voir même en pleine apocalypse) se déroulant dans notre réalité, où la société est retournée à un état médiéval-féodal dystopique, mais où subsiste néanmoins des bribes d’une technologie plus avancée par rapport à la notre. Pas de trace de magie pour le moment mais si cet élément apparaît à l’avenir on pourra parler d’une série dark-science fantasy. C’est un projet ambitieux donc, avec Dellac et Poli on sort les poids lourds et les mecs assurent mais grave. Londra est flippante, on la croirait sortie de l’imaginaire de Clive Barker où les « pike head » d’Hellraiser dirigent cet empire destructeur et dévoreur. Les vaisseaux sont stylés façon Star Wars donc plutôt cool, les tenues et armures sont inspirées à fond par la fantasy plus que le médiéval historique, sachant qu’en plus on y ajoute des pistolets du XVIIIème siècle (mais qui crachent autre chose que de la poudre à canon, plus puissant) ; on a donc un univers visuel qui fait très « fourbi » mais qui reste cohérent et digeste. Et pour terminer là-dessus j’adore le style graphique, voilà si on connaît un peu le dessin de Dellac sur Nottingham ou Serpent Dieu, y aura pas de soucis, c’est un vrai régal. Respect à lui de sortir autant de séries de cette qualité dans ce laps de temps quand d’autres mettent des années à sortir un album… Force à toi mec, merci. Quant à l’histoire, bon, j’imagine qu’on se dirige vers un Elric bis : le mythe du champion éternel où le héros est le jouet des dieux et de puissances qui le dépasse, la Loi contre le Chaos, critique intelligente contre tout type d’impérialisme rampant, le multivers tout ça… Je l’ai déjà lu, oui, mais si c’est bien raconté et que ça reste aussi bien chiadé que ce premier numéro, je veux être de la partie. La série est culte, donc en ce moment c’est la mode on adapte les grands classiques de la fantasy. Après je trouve quand même parfois les dialogues un peu poussiéreux et les péripéties ont été tellement rabâché que s’en est devenu cliché avec le temps : avec le héros qui nous fait sa victime durant trois plombs, le méchant qui est vraiment très très méchant et qui ne peut pas s’empêcher de faire le cake en toute circonstance, le héros a qui on laisse toujours la vie sauve tu te demandes pourquoi, etc. Bon, si les éditeurs manquent d’idées de cycles de fantasy de moins de 20 ans à adapter, où de grands auteurs n’ayant jamais été adapté, je peux leurs souffler quelques tuyaux… En tout cas, pour tout amateur de fantasy, à lire impérativement. Combien la série va durer par contre je n’ai pas tout compris. J’ai lu que selon Dellac chaque roman sera divisé en deux albums. Si je compte bien, il y a sept romans, soit quatorze albums, mais pour l’instant l’éditeur prévoit d’adapter un premier cycle de quatre albums. Ça va se terminer comme Elric, je le sens bien (ou mal).
L'Incroyable Histoire des Animaux
Comme le sous-titre l’indique, il s’agit d’une histoire, au fil des âges, des relations entre les humains et les autres animaux. Le documentaire est excellent, il faut bien le dire mais … qu’est-ce que c’est dur de se faire mettre le nez dans le caca comme ça. Parce qu’on s’en doute, dans l’immense majorité des cas, la cohabitation n’a pas été de tout repos, pour les animaux s’entend. L’auteure est une spécialiste du comportement animal et des relations que nous entretenons avec nos colocataires sur cette planète. Tout y passe, ou presque. L’époque chasseur-cueilleur paraît somme toute la plus équilibrée dans cette difficile histoire que nous partageons de gré ou de force. L’émergence de l’agriculture et de l’élevage a permis – et surtout permet encore – les pires exactions vis à vis des animaux vus en tant que ressources alimentaires. Et tout ça, même s’il y a des prises de conscience des opinions publiques, ne s’arrange pas au fil du temps, ne serait-ce qu’en terme d’échelle globale. Là comme ailleurs, la rentabilité restant le maître mot, l’humanité (le sentiment j’entends) n’a pas toujours pas droit de cité. Les animaux-aliments, mais aussi les animaux bêtes de somme, les chevaux dans les mines, les animaux compagnons qui ne sont pas toujours respectés, les animaux destinés aux spectacles pas mieux lotis voire pire… On se doute aussi que ce rapport de domination débouche également sur le problème écologique du maintien des écosystèmes favorables à la faune sauvage, et là, on ne peut pas dire qu’on va dans la bonne direction… Tout est lié. L’humanité (l’espèce cette fois) est et reste capable du pire, même si les auteurs nous montrent aussi quelques exemples d’humains qui essaient désespérément de faire comprendre aux autres que nos compagnons de planète ne sont pas que de bêtes bêtes. Édifiant. Franchement bien réalisé et documenté. Le propos est dur, mais la lecture est aisée, même si agréable n’est pas forcément le mot le plus approprié, on s’en doute. Pour faire passer leur message, les auteurs ont inséré des pointes d’humour dans les dialogues des animaux. J’avoue qu’elles sont les bienvenues, j’ai apprécié. Et le dessin n’est pas en reste. Beau, très beau même, mais dur quand il faut l’être. Ça saigne et ça fait mal parce que ce n’est pas de la fiction. Je suis dure, parce que le récit montre également quelques, trop rares, cohabitations qui sont harmonieuses pour tous, hommes et animaux. À lire, à faire lire. Même si ce sont des faits que l’on connaît tous inconsciemment ou pas. Il est toujours bon de se rappeler qu’il faut continuer de se mobiliser, d’exiger d’autres pratiques et de s’interroger sur nos modes de vie. (désolée d’avoir été aussi longue et aussi chiante et moralisatrice, c’est un petit coup de gueule)
Sunlight
C’est suite à la lecture de l’avis de Mac Arthur que je me suis procuré cet album. Un grand merci Mac parce qu’avec sunlight je me suis régalé comme jamais. C’est du Christophe Bec pur jus. Le scénario reprend les mêmes ingrédients que dans Bikini Atoll mais comme je suis fan de ces huis clos dramatiques, ma lecture a été délicieuse. Le suspens progresse au fil des pages. Les tensions entre les protagonistes s’exacerbent davantage plus l’histoire avance. Le côte noir et blanc souligne le côté éprouvant de ces trois spéléologues en difficulté qui luttent pour survivre dans une mine abandonnée. Frissons assurés ! Tensions omniprésentes ! Hummm mais que c’est bon ! Certains diront que cette histoire est très conventionnelle et qu’il n’y a pas grand chose de nouveau à se mettre sous la pupille. Ils ont raison. Mais c’est ma came et au final j’ai savouré l’album de la première à la dernière page sublimé par le trait de Bernard Khattou. Je ne peux que conseiller ce pavé angoissant de 160 planches. Les claustrophobes vont déguster !