Les derniers avis (32288 avis)

Par PAco
Note: 4/5
Couverture de la série Qin Shi Huang
Qin Shi Huang

Qin Shi Huang ? Mais si vous connaissez ! Non ? Et si je vous parle de l'armée de soldats de terre cuite qui garde son mausolée ça vous parle déjà plus ? Ah ! Vous voyez ! Mais comme beaucoup (et moi le premier), à part cette imposante armée à taille réelle, je ne connaissais rien de celui qui fût pourtant le 1er à porter le titre d'empereur. La dynastie Qin (221-206 av. J.-C.) qu'il fonda (prononcée "Tchin") donna son nom à la Chine... C'est donc de cet important personnage qu'il est question ; pourtant sorti de l'anonymat grâce à la soif de pouvoir de son père, le jeune Zheng va finir héritier du trône, fonder sa propre dynastie, réunifier toutes les provinces en guerre du territoire chinois pour réussir à former l'embryon de ce qui sera la Chine que nous connaissons. Ce parcours assez improbable nous est ici brillamment relaté pour rester compréhensible. Car pour ma part, peu versé dans l'histoire de la Chine ancienne, les subtilités des cours de l'époque, les territoires engagés et les intérêts de chacun me sont assez abscons. Heureusement Fabrice Linck nous livre un scénario épuré qui semble rester assez fidèle à la vie de notre cher Qin, tout en proposant une narration fluide et intéressante qui sait captiver le lecteur. L'idée de mettre l'un de ses plus ancien et fidèle soldats de sa garde rapprochée comme narrateur est pertinente et permet de faire ce pas de côté et d'apporter un regard plus critique quand c'est nécessaire. Au dessin, on retrouve David Soyeur qui avait déjà collaboré avec Fabrice Linck sur Puzzler. Son trait se fait encore plus réaliste, (BD historique oblige) et on sent que le bougre a dû passer quelques nuits à potasser l'architecture et les costumes d'époque pour nous proposer ce résultat fort concluant. On notera également un beau travail de découpage des planches qui rend parfaitement hommage à son dessin tout en appuyant la narration. Bref, du bon boulot, bien fait et intelligemment qui permet de découvrir un personnage marquant de l'histoire de l’Asie.

03/11/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Akkinen - Zone toxique
Akkinen - Zone toxique

Voila une très jolie BD, qui ne paye pas de mine mais a su me contenter par une maitrise narrative parfaite ! J'ai surtout été attiré par la magnifique couverture et cette statue énigmatique, promesse d'une histoire intrigante. Et je reconnais qu'elle l'est. Prenant place dans un grand nord non identifié, car finalement partout en même temps : grand nord canadien, grand nord russe, grand nord lapon, tout les endroits où l'humain peut s'installer pour exploiter les sols et polluer la nature. Si la BD est clairement écologique dans son message, il est appréciable qu'elle ait choisi un angle plus nuancé que d'habitude, et c'est tout ce qu'on peut souhaiter. En parlant de cet homme célibataire qui vient travailler dans une entreprise gérée par son frère, nous aurons des aperçus de plusieurs points de vue. Comment une société peut dicter sa loi aux humains du coin, la police presque à sa botte, les travailleurs qui refusent de changer les choses par peur de perdre leurs emplois, quand eux-mêmes sont exposés aux risques. La BD mêle des idées de spiritualité, de lutte sociale, de questionnements environnementaux mais se paye le luxe d'être avant tout un polar bien mené. Sans dire qu'il soit révolutionnaire, il maintient son ambiance et son suspense tout au long du récit pour dérouler une histoire implacable, jusqu'au final. Pas mal de choses sont mêlées et pourtant je n'ai jamais senti d'artificialité dans le récit. D'ailleurs la fin peut sembler en partie heureuse, avec une semi résolution, mais la dernière image est plutôt sombre. Ces containers de polluants étalés sur une si grande surface, attendant de tomber en ruine pour libérer tout ce qu'ils contiennent … C'est un rappel du poids de ces pollutions pour quelques gouttes de pétrole supplémentaires. Le dessin est excellent, avec une colorisation en gris et rouge qui suffit à exprimer un nuancier de couleur. Les visages, les environnements, tout s'assemble à merveille pour nous porter dans le récit. Personnellement je n'ai pas décroché de ma lecture une seconde. C'est une BD que je recommande à la lecture, elle est franchement bien menée et pose des problématiques encore bien réelles, sans apporter de réponse qui serait de toute façon incomplète. A lire !

03/11/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Caravage
Le Caravage

Manara adaptant la vie du Caravage, je ne pouvais pas passer à côté ! Quelle idée brillante, quelle fougue de la part d'un auteur accusant ses 78 ans cette année. J'ai eu l'occasion de voir le Caravage passer dans mes cours d'histoire de l'art (bien trop vite, malheureusement) et j'ai surtout vu ses œuvres dans certains musées. Il est vrai qu'un tableau du Caravage à quelque chose qui marque, ses poses, ses lumières qui attire l'œil. Ce sont des peintures qu'il faut surtout voir en vrai, pour ressentir pleinement la vie qu'il y a insufflé. Manara adapte donc la vie de ce peintre, mais je dirais qu'il tente aussi de faire par là une œuvre qui le concerne pleinement. Les amateurs de fesses en trouveront bien une ou deux au détour d'une planche, mais les proportions de femmes dénudées sont diminuées par rapport au Manara classique. Et surtout, son personnage du Caravage est avant tout un artiste, pleinement tourné vers son art et uniquement concerné par lui. Batailleur, arrogant, fier, investi, le Caravage est dépeint comme l'artiste fiévreux, celui qui doit peindre et doit toucher du doigt une perfection. Les tableaux sont représentés tout au long de la BD, mais plusieurs clin d'œil sont aussi dissimulés de ci, de là, donnant à la BD un intérêt certain si vous la relisez après avoir découvert d'autres artistes du Cinquecento italien ! Tout amateur d'art saura s'amuser à décortiquer les références, les citations explicites. Mais cette BD n'est pas qu'une adaptation de la vie du Caravage, et au-delà de l'histoire j'y vois indéniablement un sous texte dans lequel Manara semble parler de lui-même. Les doubles sens abondent : la grâce vers laquelle le Caravage tend semble tout autant la grâce papale lui permettant de rejoindre Rome que la Grace divine, celle artistique, vers lequel il tend par ses œuvres. Manara parle d'un artiste, présente son obsession pour l'art jusque dans les moindres recoins de sa vie (la scène où regardant une croupe de femme il ne s'intéresse qu'a la lumière par exemple). Sans faire de psychanalyse de comptoir, j'aurais presque l'impression que Manara nous dévoile une œuvre plus personnelle, somme d'une vie de travail sur le dessin. Il rend hommage aux maitres italiens qui semblent l'avoir marqués, il se projette peut-être dans un artiste dévoué à son art jusqu'au bout et qui semble mélancolique lorsque l'œuvre est fini, incapable de s'arrêter de peindre (comme il semble incapable d'arrêter la bande dessinée à près de 80 ans). Je ne parle bien sur pas des dessins, magnifiques. Outre les références et les citations, Manara s'amuse à reconstruire minutieusement des ateliers d'artistes, des costumes d'époques, des lieux tels qu'on pourrait les imaginer à cette époque. C'est une plongée dans l'Italie de la Renaissance, une magnifique mise en image qui explique par le dessin la lumière qui marque tant le Caravage. Manara n'a plus vraiment besoin de faire ses preuves sur le plan pictural, et pourtant il prouve encore qu'il en a sous le capot. Remarquable !

03/11/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Dernier week-end de janvier
Dernier week-end de janvier

Je suis assez client de Bastien Vives, qui sait m'intéresser à ses histoires et dont j'apprécie le trait. Cette BD ne fait pas exception et je vois qu'elle a une certaine polarisation des avis, ce que je comprends après l'avoir lu. Bastien Vives divise pas mal les critiques. Pour ma part, j'ai été client de cette BD qui présente le trait habituel de l'auteur dans un enrobage de nuances de gris. Il en ressort quelque chose d'assez sobre, ou le mouvement importe plus que la précision. Les décors, les détails s'oublient pour se concentrer sur ce qui importe : les humains, leurs attitudes et leurs comportements. C'est parce que Bastien Vives aime travailler sur le silence, les non-dits et les moments où ce qui se joue est dans l'expression. Il accentue pas mal cet aspect dans son récit et dans son œuvre au global, ses histoires étant assez souvent concentrées sur le mouvement. L'histoire peut ne pas plaire, mais pour ma part je trouve qu'elle fonctionne. Elle a des gouts de regrets, d'envies fugaces dans un moment unique. Le festival d'Angoulême est bien présent dans le récit, ce mélange de lecteurs de tout genre (que Bastien Vives ne se prive pas de saisir dans toutes leurs nuances parfois très drôles) et d'auteurs blasés, fatigués, malade ou au contraire enthousiaste, ravi et dynamique. J'ai trouvé que ça respirait les anecdotes réelles (d'autant que j'ai reconnu des lieux que j'ai moi-même vu), et c'est déjà une bonne ambiance qui s'installe. Sur la question de la relation, je dois dire que je l'ai trouvé fonctionnel : sans trop savoir pourquoi et même sans réellement comprendre comment c'est possible, j'y ai cru à cette relation qui émerge progressivement et se concrétise dans le foutoir qu'est ce festival où tout est compliqué, envahi de monde et sans temps disponible. Après je suis conscient des quelques défauts de l'œuvre et de ce qui peut rebuter des personnes, mais je trouve que ça marche. En plus j'ai l'impression de voir dans l'opposition entre le mari et le dessinateur une opposition entre deux personnes qui représentent deux façon d'être, comme si Marc était un double négatif de l'auteur. Sa volonté d'écrire des histoires mais de ne jamais avoir eu le temps, même dans le dessin qui oppose les visages par son traitement. Je ne sais pas trop comment, mais j'ai la sensation d'y voir un commentaire sur la vie du dessinateur, comme une mise en perspective. Pour ma part, une belle découverte !

02/11/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Un peu de bois et d'acier
Un peu de bois et d'acier

Chabouté me semble un auteur aimant l'exercice de style. J'avais déjà lu cette BD il y a quelques temps mais c'est en en faisant enfin l'acquisition que je me suis rendu compte que je connaissais l'histoire (si tant est qu'on puisse parler d'histoire). Et je ne regrette pas du tout mon achat ! C'est une BD au concept clé : voir toute la vie d'un banc, les petits moments échangés et les humains qui passent par lui. Ca commence par des enfants qui inscrivent leurs initiales, puis on passe sur les années successives, que l'on comprend par certains personnages qui vieillissent. C'est une très belle BD sur le temps qui passe, sur les départs et les changements. Plusieurs histoires sont touchantes et un peu triste, certaines sont drôles et quelques moments m'ont fait éclater de rire. Mais c'est surtout une longue suite de rencontres : le banc est le lieu de sociabilité par excellence, cet endroit où l'on peut s'asseoir et rencontrer du monde. Je trouve qu'au cœur du récit se trouve ces rencontres et ces échanges qui passent par le regard, l'attitude. Ces petites histoires de personnages qui se retrouvent successivement pour des dénouements sympathiques. Je suis franchement conquis par ce récit, certes trop vite lu à mon gout (les planches muettes s'enchainent bien vite) mais qui raconte quelque chose de simple et de touchant. C'est un exercice de style réussi, à mon gout. On peut trouver l'ensemble trop mou ou trop gentil, mais je trouve que l'idée est menée d'une main de maitre et je retiens cette sensation d'humanité qui prédomine, ces rencontres heureuses et ces petites histoires touchantes. Une vraie réussite !

02/11/2023 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5
Couverture de la série Comme un oiseau dans un bocal - Portraits de surdoués
Comme un oiseau dans un bocal - Portraits de surdoués

Bon, je ne vais pas m'étendre sur cette BD. Je partage globalement l'avis de Blue Boy. En quelques mots, je dirais que le trait est sympatoche et alerte, qu'il y a des trouvailles graphiques très bien senties (la tête de Raya avec le poisson dans le bocal, j'adore !!!), que cette BD offre une opportunité de découvrir la particularité des neuro-atypiques (ce n'est ni un trouble, ni une pathologie), et à ce titre reste tout à fait susceptible d'orienter les lecteurs qui d'aventure se sentiraient concernés. En outre, il y a quand même un petit scénar là au milieu qui ne donne pas du tout l'impression d'être artificiel, mais au contraire est la colonne vertébrale de cette BD doc, tout en apporte un peu de cette fluidité qui fait parfois défaut aux BD docs. Un excellent portrait, un paysage complet des zèbres HPI qui évite les poncifs... C'est très bien, et je suis persuadé que ce titre, contrairement à beaucoup d'autres, a une utilité, qu'il apportera des réponses, ouvrira un chemin. Bref ! Ce n'est peut-être pas une BD qui concernera beaucoup de gens, mais est-ce son but ? Elle concernera cellezéceux qu'elle doit concerner, à coup sur, et c'est déjà une beaucoup.

02/11/2023 (modifier)
Par grogro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Au cœur des solitudes
Au cœur des solitudes

Cette BD basée sur la vie et les voyages de John Muir, écologiste avant la lettre, manque d'un chouia sa cinquième étoile. Peut-être parce que j'ai trouvé ça tellement admirable malgré mes réserves de départ, que j'en ressens finalement un peu de frustration. En fait, j'aurais aimé que ce soit encore plus long, plus étoffé. Allez, je lui colle un coup de cœur quand même. Ca les vaut amplement. D'abord graphiquement, le dessin est splendide. Le trait est remarquable de finesse et contient une foultitude de détails. Ca foisonne, ça vibre. Les contours fourmillent comme dans les tableaux pointillistes (alors qu'on a affaire à des traits bien marqués, hein ?). Le noir et blanc, qui peut être source de frustration (on imagine aisément le travail de coloriste que cela pourrait engendrer), apporte pourtant la touche contemplative. En effet, mon impression avant d'entamer ma lecture était de tenir une BD terne, presque vide comme ces dessins que l'on trouve dans les carnets de coloriage pour enfants. Mais non, le dessin est vraiment splendide et colle finalement très bien à l'état intérieur de cet homme tout entier happé dans l'environnement qu'il traverse. En outre, notre personnage sort d'une longue période de convalescence qui a bien failli le laisser définitivement aveugle. Alors oui, le dessin, à la fois net et pâle, retranscrit ce retour à la vue, à la vie, et traduit assez bien l'émerveillement de John Muir devant cette nature extraordinairement subtile. Ce voyage est agréable à suivre. On est avec lui, dans l'immensité de territoires encore vierges de souillures humaines. De longs passages muets et méditatifs composent et rythment le récit. Contrairement à Cosme, j'ai trouvé le propos juste et profond, que ce soit au niveau écologique ou spirituel. Lomig présente John Muir un peu à la façon d'un Adam moderne, et ça fonctionne parfaitement. Le propos est d'une actualité brulante et tragique. Bien entendu, il n'y a pas d'intrigue. Il s'agit d'un voyage, d'une déambulation solitaire à travers les Etats-Unis d'avant la conquête totale de l'Ouest sauvage, pas d'une enquête policière. Chercher un scénario ici avec moults rebondissements me parait un non-sens. Néanmoins, les images accompagnent parfaitement les réflexions de Muir et offrent de très belles transitions. Moi, en tout cas, ça me va complètement. En outre, ça m'a rappelé le récit de Jean-Jacques Audubon qui a fait également l'objet d'une adaptation BD, plus classique. Mais il y a dans la BD de Lomig une force poétique incontestable, absente du livre de Grolleau et Royer. Il permet d'inscrire ce voyage de découverte dans une attitude spirituelle profonde et juste : la "Nature" (pour les peuples animistes, la Nature n'existe pas en dehors d'eux ; ils en font parti intégralement) est une source d'inspiration, permet la méditation. Une promenade vaut toutes les gamberges du monde. Quiconque a déjà fait cette expérience le sait. T'as un souci, tu te poses des questions en boucle sans parvenir à démêler la pelote ? Alors va faire une balade, et la solution, si tu sais regarder, viendra à toi. C'est aussi simple et magique que cela. Ouais ! Cette solitude vaut bien un coup au cœur.

02/11/2023 (modifier)
Par LuluZifer
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Walking Dead - Clementine
Walking Dead - Clementine

"Vous les mômes qui grandissez là-dedans... Vous accordez trop de pouvoir aux morts. Ça vous détourne." J'ai lu le 1er volume de Clémentine par Tillie Walden, dans l'univers Wdead (série prévue en 3 volumes), et d'après les jeux vidéo édités par Telltale. Plus exactement, ça reprend la suite des jeux vidéo avec ce personnage. Tillie Walden, c'est une autrice américaine, que j'apprécie beaucoup et qui est éditée en vf en France chez Gallimard jeunesse avec des ouvrages tels que Spinning ou Dans un rayon de soleil. Et maintenant, avec sa série Wdead Clémentine chez Delcourt. Ce premier volume comporte un préambule à l'histoire pour la liaison entre les jeux vidéo et ce qu'il va se déroulee dans ces 3 volumes. Alors, je ne connaissais pas du tout car je n'ai pas joué aux jeux vidéo mais concrètement ce n'est pas très grave car dans le récit, Tillie Walden réussit à placer des flash-back, pour que l'on apprenne un tant soit peu l'histoire de Clémentine. Là Clémentine a 17 ans à peu près et elle va rencontrer de nouvelles personnes avec qui elle va devoir affronter les rôdeurs et bien plus. Les personnages sont des adolescents, comme Tillie sait très bien les raconter, avec leurs doutes et leurs questionnements, mais avec en plus cette sombre réalité qui est la leur puisque ils vivent ou sont nés dans un monde post-apocalyptique. Tillie a réussi à s'approprier l'univers Wdead tout en finesse et avec toujours cette touche intimiste qui lui est propre. Avec de plus son graphisme très reconnaissable, et ce noir et gris à la Wdead qu'elle arrive à sublimer. J'ai vraiment beaucoup aimé. Il y a des scènes très émouvantes et intenses. On est tout de suite embarqué aux côtés de ces personnages à la sensibilité toute réaliste. Belle réussite pour cette autrice qui est à découvrir. Et vraiment hâte de lire la suite des aventures de Clémentine en comics.

01/11/2023 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Kaboul Disco
Kaboul Disco

Avec simplicité et autodérision, Nicolas Wild fait le récit de sa mission en Afghanistan. Parti sur un coup de tête, il prend rapidement conscience qu’il a atterri dans un pays à la fois dangereux et attachant. L’auteur nous plonge dans son quotidien de dessinateur dans une agence de communication. Sur fond de plans d’aide américains, d’actions de communication pour des programmes onusiens ou d’aide humanitaire… les expatriés vivent à l’Occidentale dans leur quartier haute sécurité, leur bar-restaurant « La Joie de Vivre » (ça ne s’invente pas !), leur piscine et leurs fêtes entre expats. A l’inverse, la population afghane manque de tout, de nourriture, de soins médicaux, d’écoles. Le premier tome est fluide et le second est aussi bon. Cette fois, il est question du trafic d’opium et des tentatives occidentales pour l’endiguer. Ce deuxième tome est particulièrement intéressant pour montrer le décalage qui existe entre la vision occidentale de la question afghane et la réalité sur le terrain. Nicolas Wild décrypte les plans occidentaux et les fausses bonnes-solutions de l’ONU qui ne font qu’aggraver le problème faute d’avoir correctement analysé la situation locale. Croisant carnet de voyage et album documentaire, Kaboul disco raconte un pays, l’Afghanistan, que l’on a envie de mieux connaitre et de mieux comprendre.

01/11/2023 (modifier)
Couverture de la série Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)
Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)

J’ai vraiment bien aimé ce récit de Jordi Lafebre, qui a eu l’intelligence de totalement changer de registre après son très réussi « Malgré tout ». Pas de love story ici mais bien un polar, pourtant l’auteur garde une marque de fabrique : ses personnages ! Ceux-ci sont toujours aussi attachants et continuent de cacher leurs failles, leurs doutes, leur fragilité derrière une façade désinvolte. J’adore ce type de personnage et je trouve que Jordi Lafebre les maîtrise très bien. Par ailleurs, ce polar qui en est un sans vraiment en être un est vraiment bien mené. C’est certes très classique avec ce personnage central qui va nous raconter son histoire (ici via des séances avec un psy) et cet héritage autour duquel une famille se déchire, mais c’est prenant car on a envie de connaître le fin mot de l’affaire. De plus, la conclusion est implacable et très humaine. Côté dessin, rien à redire. Jordi Lafebre maîtrise son sujet. Le trait est lumineux et expressif, les émotions passent, les décors sont soignés, la mise en page est classique et efficace. C’est vraiment très agréable à lire comme à voir. En conclusion, je dirais que Jordi Lafebre a réussi à me séduire dans un domaine dans lequel je ne l’attendais pas vraiment, en parvenant à conserver ses qualités principales (dessin soigné et personnages attachants).

01/11/2023 (modifier)