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Couverture de la série Le Grand incident
Le Grand incident

Le Grand Incident est une farce, dans le sens littéral du terme. Mais plus encore, il s’agit d’un récit qui nous incite à réfléchir sur le statut de la femme dans l’art. Et l’analyse s’avère pertinente. Elle aura en tous les cas réussi à modifier mon regard sur certaines œuvres. De la farce, Zelba a gardé les personnages grotesques (le duo à la tête du musée du Louvres affublé de très longs nez), les équivoques (jumeau et jumelle, les deux personnages à la tête du musée sont souvent confondus), la ruse et la mystification (lassées des regards et attouchements dont elles sont victimes, les personnages féminins nus présents au Louvres ont décidé de se rebeller, et vont tout simplement devenir invisibles, alors même que le duo à la tête du musée change de rôle en fonction des compétences de l’une ou de l’autre). Si je dois faire un reproche à cet album, cela tiendra au fait que cette partie « farce » en occupe peut-être une trop grosse part. Ceci dit, je la trouve sympathique, avec un humour absurde à mon goût (les visiteurs masculins ont l’obligation de se déshabiller avant d’entrer dans le musée, condition non négociable pour que les nus féminins acceptent d’être à nouveau visibles). Mais la partie la plus réussie (du moins celle que j’ai le plus appréciée) se situe au moment où, via l’une de ses protagonistes, l’autrice nous montre en quoi certains nus sont vraiment problématiques. Expliquer avec humour, pertinence, nuances et simplicité le caractère pernicieux, voire pervers de ces œuvres pousse le lecteur à la réflexion. Certes, on peut ne pas partager toutes les convictions de l’autrice (à titre personnel, je doute vraiment très fort qu’un homme nu n’attirera pas de regards déplacés de la part des femmes et ne sera jamais victime d’attouchements car, pour moi, ce n’est pas le sexe de la personne mais le sentiment d’impunité qui encourage les comportements irrespectueux) mais en ce qui concerne les tableaux et sculptures évoqués, la démonstration est sans équivoque. La fin du récit tombe peut-être un peu trop dans l’excès. Peut-être est-ce dû aux origines de Zelba (le naturisme est quelque chose de bien plus naturel en Allemagne qu’en France) mais la facilité avec laquelle des élus politiques acceptent de se dénuder, entrainés par le clone de Christiane Taubira, m’a paru trop facile, trop énorme, même dans le cadre d’une farce. Ceci dit, cela permet de conclure le récit sur une note joyeuse et optimiste (tout le monde accepte le corps d’autrui sans jugement et par conséquence accepte mieux son propre corps), donc pourquoi pas ? Au niveau du dessin, Zelba a un style à la fois très spontané et travaillé. Les personnages ont souvent des physiques proches du grotesque alors que les œuvres d’art sont croquées avec une plus grande volonté d’en retranscrire la beauté. La colorisation se limite à certains choix simples qui permettent de mettre en évidence les éléments choisis. Dans le genre, c’est agréable à lire même si, au premier abord, cela peut paraître un peu bordélique. Pour la note, j’hésite entre le franchement bien (qui récompenserait l’originalité du récit et la pertinence de la critique) et le pas mal (qui sanctionnerait un peu le caractère excessif de la farce et certaines facilités dans l’analyse). Bon allez ! Soyons positifs : 4/5 !

01/11/2023 (modifier)
Couverture de la série Nowhere girl
Nowhere girl

J'ai vraiment été séduit par ce récit autobiographique de Magali Le Huche. J'avais beaucoup aimé son travail dans la série Verte/Pome/Mauve et je ne suis pas déçu de la retrouver dans un récit beaucoup plus intime. De plus comme je suis fan des Fab Four, son récit ne pouvait que me toucher. Magali s'expose courageusement dans le récit de son passage de l'enfance à l'âge adulte. Deuxième fille dans une famille intellectuelle supérieure, elle se retrouve en forte difficulté à son entrée en sixième dans un grand collège parisien. J'ai alors retrouvé une ambiance à la Kubrik dans son face à face avec Crioufolle, sa perverse (et raciste ?) prof de français. Comme pour la confrontation entre Baleine et Hartman, la rencontre entre Le Huche et Crioufolle provoque la destruction psychique de celle qui n'est pas dans le moule. C'est une thématique peu abordée que développe Magali avec sa phobie scolaire et la quasi-destruction de son moi par un système élitiste aveugle aux particularités des enfants. Issu d'un grand collège parisien, je connais bien cette ambiance même si je n'ai pas eu les soucis de Magali. La phobie scolaire est un casse-tête très culpabilisant pour les parents. La description qu'en donne Magali Le Huche est une vraie piste de réflexion pour tous les parents peu présents et qui voient les choses leur échapper. La couverture est magnifique de sens. La petite Magali doit traverser la route, son Abbey Road, pour grandir dans ce monde gris et souvent terrifiant. Les parents ont montré leurs limites alors Magali a trouvé des compagnons de route. Pas n'importe lesquels : des Immortels, même si le 8 décembre 1980 un dingue a déchargé son flingue sur un génie quand Magali était bébé. Car Magali a trouvé son monde coloré, un peu psychédélique dont elle a compris intuitivement toutes les richesses. Le graphisme de Magali Le Huche travaille sur la distance à soi dans l'autodérision touchante avec son trait fin et souple. Ces épisodes sont presque en N&B tout juste adouci par des nuances de roses. Dans ce récit touchant s'introduit comme par effraction des doubles pages colorées de façon très travaillées et abouties. Grâce soit rendue aux quatre de Liverpool pour avoir accompagné Magali sur le chemin de la créativité qui produit ce petit bijou. Bien d'autres enfants rencontrent des compagnons de route bien plus malveillants dans leurs mondes parallèles. La série de Magali montre que les Beatles ont sauvé au moins une étoile de mer échouée sur la plage, c'est déjà immense. "Elève Le Huche, levez-vous ! Félicitation vous saurez rendre des lecteurs/rices heureux/ses !!"

01/11/2023 (modifier)
Par Bruno :)
Note: 4/5
Couverture de la série Elektra - Le Retour
Elektra - Le Retour

C'est un peu le surf sur la vague du succès, cet album-là. On ne peut pas lui en vouloir, en même temps : il devait absolument vouloir dire encore plein de trucs sur ce personnage emblématique de sa carrière. Il y a un véritable effort de découpage -rien que cette montée d'escaliers, sans interruptions de cases, alors qu'effectivement les personnages avancent ! Pas mal du tout. L'ajout des couleurs peintes de Lynn Varley donne aussi quelques jolis résultats : la glace qui se brise en soulignant la courbe du câble sur lequel virevolte Daredevil, par exemple. Alors oui : c'est un peu facile de nous refourguer cette pauvre Elektra, même pas tranquille dans l'au-delà ! Le concept original était déjà bien excitant mais, évidemment, après la refonte extraordinaire du personnage dans "Elektra Assassin", qui faisait tout soudain de la "simple" Ninja une sorte de X-Woman parée de tout un tas de capacités para-normales, son élimination dans la série qui l'avait vue naitre devait lui sembler un beau gâchis tant ces "nouvelles" dispositions auraient pu nourrir des pages et des pages d'intrigues passionnantes. Ce sursaut créatif sous forme d'album n'est cependant pas du temps perdu, puisqu'il permet à Frank Miller de libérer un peu Matt Murdock du poids du manque et, si on y est sensible, de se permettre une expérimentation un poil différente dans son éternelle recherche graphique, plus axée ambiance -ça bouge moins que d'habitude. C'est peut-être un caprice de la part de l'auteur, mais pas mal réussi et honnêtement justifié par la conclusion du mythe.

01/11/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Le Passeur (Lowry)
Le Passeur (Lowry)

Je confirme, ce comics, c’est du lourd. Cet album est une adaptation d’un roman de Lois Lowry, « The Giver » qui fait lui-même partie d’une tétralogie. Je découvre l’autrice et son œuvre. Philip Craig Russel, dont j’aime beaucoup la plume et le crayonné, a réalisé un formidable travail d’adaptation. Un auteur surtout connu en France pour ses collaborations avec Neil Gaiman (Sandman et Sandman - Nuits Éternelles) ou ses adaptations de Neil Gaiman ("L’Étrange vie de Nobody Owens" et Coraline). Cependant, on connaît moins sa passion pour l’opéra et ses adaptations en comics de Pelléas et Mélisande, La flûte enchantée ou L’anneau du Nibelung entre autres. Et j’attends toujours une traduction en français. Je disais donc un formidable travail d’adaptation, on va en apprendre de plus en plus sur la vie dans cette communauté au fil des pages. Une société structurée qui vit en autarcie. Un monde sans couleur, sans douleur et sans passé où la vie est ordonnée et disciplinée mais un monde sans amour, aseptisé. On ne dit pas « hommes et femmes » mais « mâles et femelles » ! Une narration maîtrisée qui prend le temps de suivre l’évolution du jeune Jonas qui va fêter ses douze ans. Un âge qui va faire entrer ce jeune garçon dans la vie adulte lors de la cérémonie des « douze », puisque qu’à l’issue de celle-ci, sa future fonction lui sera désignée : il sera le nouveau Receveur, le gardien des souvenirs. A partir de là, sa vision sur le monde va changer. Un récit riche, dense et captivant ! Le trait de Philip Craig Russel est délicat et très expressif. L'intensité de l'encrage ainsi que la présence de couleurs ou non suivront l'évolution du scénario. Un formidable travail graphique qui donne une puissance supplémentaire au récit. Du grand art ! Je recommande aux fans de dystopies et d'anticipation.

31/10/2023 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Les Dossiers de l'Archange
Les Dossiers de l'Archange

3.5 C'est toujours un peu difficile d'aviser une série abandonnée que j'ai bien aimée parce que malgré des qualités, la série ne va jamais avoir de fin et c'est frustrant. C'est une autre série polar de Godard. Cela commence de manière classique avec un pauvre gars qui se retrouve malgré lui pris dans une grosse affaire qui le dépasse alors qu'il n'a fait que son boulot et des gens hauts placés vont tout faire pour l'éliminer. On retrouve les personnages classiques de ce genre de récits et je pense que dans d'autres circonstances j'aurais trouvé cela au mieux sympathique sans plus. Ce qui fait l'originalité du scénario est que Godard va placer du fantastique dans son récit: le héros découvre un livre qui raconte sa vie et notamment ce qui va lui arriver dans le futur. À partir de là, on retrouve la folie que j'aime bien retrouver dans les scénarios de Godard. Le scénario est bien maitrisé avec des retours dans le temps qui ne rendent pas le scénario inutilement compliqué, il y a de très bonnes scènes et de bons dialogues....Le seul défaut est que les scènes de cul sont tout de même un peu trop gratuites et que comme il y a pas de fin, on n'aura jamais toutes les réponses aux questions qu'on se pose tout le long des deux tomes, notamment pour tout ce qui touche au fantastique. En plus, le deuxième tome se termine avec un cliffhanger frustrant. Sinon, le dessin de Clavé est excellent. C'est du dessin réaliste à l'ancienne comme je l'aime avec des couleurs excellentes. À lire si on tombe dessus, mais il faut avoir en tête qu’il y a pas de vraie fin.

31/10/2023 (modifier)
Couverture de la série Batman - Curse of the White Knight
Batman - Curse of the White Knight

J’avais trouvé sympathique l’approche de l’univers par Sean Murphy dans White Knight. Je découvre la suite dans la même collection au prix modique, et je dois dire que Curse of the White Knight enfonce le clou. A mes yeux, la suite surpasse même l’original. Un récit dense qui redistribue les cartes, l’auteur n’hésite pas à tailler dans le gras. Cette histoire est complètement indépendante de la franchise, des rôles importants disparaîtront, la relation entre les personnages m’a bien plu, Batman et Harley en tête. Bref je dois dire que ça me plaît bien, je me suis très facilement laissé emporté par l’ambiance. Niveau graphique, le premier album ne m’avait pas tant subjugué, c’est vraiment solide, un trait précis, une narration impeccable et des couleurs bien senties. Il n’y a qu’à comparer avec le trait pourtant pas désagréable de Klaus Janson (qui illustre l’histoire bonus sur Von Freeze), pour se dire qu’on ne perd absolument pas au change. Sean Murphy assure vraiment du bon boulot, je guette la parution de la suite dans la même collection.

30/10/2023 (modifier)
Par Jashugan
Note: 4/5
Couverture de la série Ces jours qui disparaissent
Ces jours qui disparaissent

Timothé a touché ma fibre Lehanesque avec ce récit qui va brouiller les pistes du lecteurs et nous laissera une interprétation libre dans sa conclusion. J'adore ce genre de récit, et Timothé qui n'avait pas 30 ans au moment de l'écrire, nous montre une maitrise et une minutie à toute épreuve pour sa seconde BD de sa jeune et prometteuse carrière. Et oui la France a encore des incroyables talents. Pourtant j'étais assez septique au départ, car dans le style graphique je retrouve du Culbard notamment dans le choix des couleurs et ces lignes claires, dont le comics Everything m'avait laissé un goût fadesque malgré les louanges qu'il a obtennu. Et bien avec Ces jours qui disparaissent nous avons là entre le main une oeuvre d'un tout autre niveau. Je fut d'autant plus convaincu que grace à mes conseils avisés, j'ai pu convaincre une collègue de se le procurer à un prix tout a fait descent dans un Gibert, et son retour me n'a pas laissé sans surprise. Elle l'a lu le soir même d'une traite, et l'a occupé le temps d'une nuit blanche à refaire le récit et se poser des questions métaphysique sur sa propre existance et sur la vie de proche atteint de bipolarisme. Alors si je n'ai pas était atteint d'une manière aussi intense par le récit, et bien qu'ayant adopté une approche rationnelle, cela ne signifie par pour autant que je n'ai pris un grand plaisir à lire cette oeuvre qui mérite sa place dans toute bibliotheque de BDphile au sens large. On est tout proche du Panthéon pour ma part, et je le classe parmis les classiques de la BD contemporaine.

29/10/2023 (modifier)
Par Jashugan
Note: 4/5
Couverture de la série Poison City
Poison City

Tsutsui Tetsuya est un habitué des récits traitant des problèmes sociétaux contemporains, qui probablement sans le vouloir ne touche pas seulement le Japon mais bien tout l'Occident (oui oui le Japon fait partie de l'Occident d'autant plus si tu places les USA au centre d'une carte), qui vit depuis 2 décénnies au moins, une crise de Sens majeur. Le manga va ainsi forcément nous parler à tous. Le thème principal il est clair, c'est la censure de l'Etat sur des oeuvres culturels. Au Japon comme cela est relaté aussi dans un autre récit du même auteur Prophecy, la société vit une fracture entre leur "boomer" et la jeune génération internet. En France le conflit est davantage civilisationnel, lié au fait notamment qu'on s'est éloigné de notre racine dogmatique (le christiannisme), la perte de notre souverainneté et la sous-culture migrationniste constamment mis en avant. Mais si les 2 causes sont différentes, on y retrouve des maux communs, et notamment l'emprise de + en + forte de l'Etat sur la liberté d'expression et plus globalement le contrôle des masses et de l'information. Effectivement Big Brother is watching you. Tsutsui va nous interroger sur les conséquences de la censure sur la Culture et le sens moral avec brio, son dessin et son découpage est limpide jusqu'à la conclusion de son propos. C'est brillant, intelligent et bien construit. Je conseille par ailleurs la plupart des récis de Tsutsui, ce sont des récits courts, qui sans se ruiner va nous proposer des reflexions interessantes sur nos maux. Pour classer ses mangas comme chef d'oeuvre, il va malgré tout me manquer cette dimension "poétique" difficile à décrire, et des émotions profondes que seul quelques auteurs de BD peuvent nous procurer. 2 notions très subjectives car impalpable et qui appartient qu'à notre expérience personnel.

29/10/2023 (modifier)
Couverture de la série Golden West
Golden West

A travers la vie de Woan, Christian Rossi construit une grande fresque épique qui nous conte en filigrane l'inévitable déclin ("forcé") de la civilisation Apache. Le pari était assez osé mais est pleinement réussi, on s'attache très rapidement à notre héros et à sa destinée. Mais pas que. En effet, de nombreux personnages secondaires fort intéressants viennent enrichir le récit (Entre autre: Ines, Lozen, Ta-Nah...). On y croisera également régulièrement l'un des acteurs majeurs de cette période coté apache en la personne de Géronimo. Le récit est plutôt orienté aventure/action. Au travers des 168 pages, on ne s'ennuie pas une seconde. On se dit même que l'histoire (Surtout la fin) aurait pu (du?) être beaucoup plus développé pour apporter encore plus de richesses et de réflexion à l'ouvrage. Le graphisme est remarquable. C'est du Christian Rossi au sommet de son art. A mes yeux, une grande Oeuvre de 2023 et un vrai plaisir de lecture.

28/10/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Melancholia
Melancholia

Je déambulais dans les allées de ma librairie préférée lorsque j'ai aperçu un album à la couverture intrigante. J'ai été mystérieusement attiré et je n'ai pas résisté au plaisir de lire ses 44 pages, là, debout, coupé du monde ! Une lecture possible puisque le récit est muet, mais une lecture pas si évidente que cela. Un récit qui va vous entraîner dans un lieu loin de tout où vit un homme solitaire avec pour animal de compagnie, un chat. On va aussi découvrir une famille pas comme les autres, la famille La Mort. Et comme il est de coutume, la mère veut transmettre son joli métier à sa fille. Mais celle-ci est insouciante et s'éprend de dame nature et plus particulièrement d'un lapin. Après quelques péripéties, notre homme solitaire et La Mort vont se retrouver pour un tête à tête. Le reste, je vous laisse le découvrir et chacun pourra en faire son interprétation, donner un sens aux images. Un récit intemporel, sinistre et ironique avec une part d'humour noir, mais pouvait-il en être autrement avec la mort ? La partie graphique (carte à gratter) est sublime, le noir et blanc retranscrit parfaitement la mélancolie qui suinte sur chaque planche dans un beau format à l'italienne. Une image par planche pour mieux l'apprécier, mieux l'interpréter (scrutez les nombreux détails). Et la couleur mauve en fin d'album donne une nouvelle dimension au dessin. Fabuleux ! Une œuvre atypique que je recommande. Un 4 étoiles un peu généreux, mais je ne pouvais pas mettre moins. Coup de cœur pour le dessin.

27/10/2023 (modifier)