Mon premier véritable Tronchet, j’avais trouvé sympathiques ses précédentes collaborations lues (avec Jouvray, Balez et Nicoby) mais ici je le découvre enfin au dessin.
Une excellente pioche puisque Le chanteur perdu s’avère une agréable découverte, jusqu’à maintenant ses récits ne m’avaient pas parlé autant.
La quête de notre bibliothécaire est des plus agréables à suivre, un road movie au quotidien. C’est parfaitement chapitré, on se laisse emporter tranquillement. Ça parlera d’autant plus aux amateurs de chanteurs à texte, auquel l’auteur rend un bel hommage.
La mise en scène assure parfaitement le taf, je me suis toujours méfié de son dessin mais alors là rien à dire, c’est parfaitement rehaussé par des couleurs bien senties.
Bref un chouette roman graphique et la postface sur la genèse de l’œuvre est très intéressante. Ça m’a donné envie d'approfondir cet auteur.
Quelle bonne surprise ! Je me retrouve entièrement dans l'avis de Canarde après la lecture du fauve d'or 2022.
Prix bien mérité à mes yeux tellement j'ai été happé par ce roman de Marcello Quintanilha. Comme de nombreux lecteurs, la couverture psychédélique façon puzzle et collage ne m'engageait pas trop.
Au bout de cinq pages, j'ai totalement changé de point de vue tellement les personnalités de Màrcia, Jacqueline et Aluìsio m'ont saisi par leur justesse de ton et d'attitude.
Probablement que mon passé associatif a influencé ma lecture mais j'ai tout de suite été immergé dans l'ambiance à travers cette violente dispute mère/fille dans un dialogue qui résonne de vécu.
Marcello nous entraîne dans un Brésil loin des cartes postales de la plage de Copacabana avec ses parties de foot entre apollons où se promènent des bimbos taille 36 en mini bikinis.
Màrcia et Jacqueline sont loin des barbies standardisées que l'on trouve dans la plupart des séries et pourtant elles sont tellement plus représentatives d'une partie de la population mondiale qui plonge dans le surpoids. Ce qui n'empêche pas des aspirations à la féminité comme l'auteur le souligne en de nombreux endroits. J'ai bien aimé les deux parties où le récit passe du social au policier d'une façon si logique que cela semble le quotidien des favelas.
Les scènes de vie de l'infirmière Màrcia faite de dévouement, solidarité, fatigue et dangers m'ont beaucoup marqué. J'y ai retrouvé le quotidien de beaucoup d'aides-soignantes que je connais. La scène du viol manqué est d'une intensité dramatique époustouflante avec des cadrages et un rythme incroyable.
Car la violence est omniprésente dans cet univers brésilien. Toutefois Marcello ne tombe ni dans le piège du voyeurisme morbide ni dans les sanglots des journalistes occidentaux qui font un tour et puis s'en vont.
Malgré la dureté des situations son récit reste résolument optimiste avec une conclusion, certes conventionnelle, mais très émotionnelle et bien amenée.
Le graphisme est vraiment déroutant quand on ouvre la série mais très vite je me suis laissé séduire par cette mise en couleur psy qui donne une personnalité si singulière à l'oeuvre de Marcello.
Il ne faut pas oublier que nous sommes au Brésil, pays de lumière, de couleurs naturelles et de couleurs de peaux, pays de brassages et de démesures. Marcello propose des personnages lilas qui me sont devenus une évidence au bout de quelques cases.
Pour finir, un mot sur le texte et la traduction. Bien sûr le langage est familier mais les dialogues ne sont jamais vulgaires sans correspondre à une situation de vraisemblance totale. Le langage de Jacqueline porte à lui seul une grande partie de l'ambiance de la série.
C'est juste et souvent drôle. Tout au long de la série les dialogues sont incisifs et donnent un excellent rythme à la narration.
Une excellente lecture qui m'a souvent fait vibrer.
C’est vraiment une chouette lecture.
Graphiquement parlant déjà, avec un dessin très fin, fluide et très agréable. Qui a de faux airs d’esquisses parfois, mais qui se révèle finalement très détaillé.
Quant à l’histoire, on est rapidement embarqué dans l’intrigue, qui mêle une sorte d’enquête policière, du roman graphique pur, une histoire d’amour déchirante, et du fantastique, le tout très bien construit, on ne s’ennuie jamais. La tristesse qui s’invite en fin d’album s’accompagne d’un happy-end, sans que rien ne paraisse artificiel.
C’est un tout cas un album très recommandable, assez épais, mais vite lu, car sans temps mort ni fausse note.
Que cette BD est dure, âpre, mais que ce récit d'Altarriba est important !
Un peu à la manière du roman choc d'Hakan Günday "Encore", l'on découvre à travers le terrible parcours d'un jeune émigré désireux de rejoindre l'Europe, comment s'effectue une traversée, comment s'organise une filière de passage de clandestins. Et ce que sont ces vies sacrifiées, ce que représente l'ailleurs pour ces jeunes gens aux rêves annihilés. Description sans concession à l'égard de l'horreur côtoyée, sans misérabilisme, sans volonté non plus d'embellir des personnages présentés dans toute leur complexité.
Je ne sais ce qu'il en est de la BD L'Odyssée d'Hakim, non encore lue : j'imagine que le portrait est tout aussi méticuleux, avec une approche similaire quasi-documentaire du voyage, mais sans doute l'âpreté ici magnifiée fut plus édulcorée chez Hakim. Les illustrations jouent sur ce point un rôle primordial.
La recherche visuelle de Sergio Garcia Sanchez est omniprésente, bien servie par les douces couleurs de Lola Moral ; elle permet d'accepter la dureté du récit et d'imprégner durablement nos mémoires : autour de mises en page parfois incroyables quasi-fantasmagoriques, avec des cases entremêlées, parfois disparates, des décors modifiant la structure globale des planches, des personnages aux membres "giacomettiens", l'ensemble s'offre merveilleusement aux lecteurs dans une épure stylisée en diable !
Une magnifique BD, nécessaire, à réserver à un public averti capable de surmonter son dégoût devant les horreurs présentées.
Voilà une lecture exigeante – en temps et concentration tout du moins. Mais une lecture finalement plaisante.
Certains passages m’ont un peu échappé, m’ont sembler alourdir un peu inutilement une intrigue qui n’en avait pas forcément besoin (les passages autour du Vatican et de certains prélats par exemple), mais pour le reste, on a là un polar fortement teinté de fantastique – ou l’inverse ! – qui nous embarque dans le Londres du dernier quart du XIXème siècle.
Jean-Louis Le Hir a construit une intrigue très dense, très verbeuse. Il l’a en plus accompagnée d’une foule de référence, convoquant en tant qu’acteurs ou personnes évoquées ou citées à peu près tous ceux qui auraient pu l’être pour l’époque : Stevenson et le docteur Jekyll qui l’a inspiré ; Jack L’éventreur (les crimes atroces perpétrés ici amènent la comparaison chez les inspecteurs du Yard ; John Merrick/Elephant Man ; Conan Doyle et son Sherlock Holmes ; Bram Stocker écrivant « Dracula » ; Rimbaud, etc.
Sont aussi glissées de nombreuses allusions à Pratt (un prédicateur plusieurs fois cité s’appelle Pratt, un navire au cœur de l’enquête se nomme le Corto, etc.), au roman le Chien des Baskerville. Page 68, un personnage, évoquant une recherche à mener aux États-Unis affirme « Je pense à un ancien marshal du nom de Blueberry pour cette affaire », un autre lui répondant : « Nous verrons, le nom me dit quelque chose. Je crois qu’il a déjà travaillé pour Washington… ». Bref, Le Hir s’est visiblement fait plaisir, et je pense ne pas avoir vu toutes les allusions à d’autres œuvres ou personnages (fictifs ou réels – certaines allusions sont rappelées en fin d’album, pas toutes).
L’intrigue est tortueuse donc, mêlant ésotérisme, sordide des bas-fonds londoniens, il y a un peu du « From Hell » de Moore. Kipling, qui a droit à une place de choix dans le titre, est certes très présent, mais complètement en retrait (il n’est que l’auditeur du récit dont nous suivons les péripéties, qui se sont déroulées quelques années auparavant).
Le dessin de Le Hir, qui use très bien d’un Noir et Blanc tranché pour nous dépeindre une histoire et une ambiance très noire, est très fouillé et réussi. Certains visages ressemblent à ceux que dessine Bézian.
C’est plutôt une réussite. Mes bémols concernent les passages ésotériques et autour du Vatican, qui ne m’ont pas toujours convaincu et/ou intéressé. Mais c’est quand même globalement un album réussi (j’ai lu l’histoire dans l’intégrale en Noir et Blanc – ce qui je pense est plus intéressant qu’une version en couleurs).
Note réelle 3,5/5.
Une grosse claque visuelle que cet album de Batman !
Le trait très dynamique de Sean Murphy colle parfaitement à l'univers de l'homme chauve-souris et ce dernier est sublimé par la colorisation de Matt Hollingsworth avec des planches souvent sombres dans des teintes de gris, d'ocres ou encore de rouges.
Concernant l'histoire, je trouve le postulat de départ très original avec un Joker qui devient le chevalier blanc Jack Napier, sorte d'anti chevalier noir, après avoir ingéré des pilules au contenu inconnu le guérissant de sa folie. L'idée du fonds de compensation des dégâts engendrés par Batman lors de ses interventions est également bien trouvée à mon sens et colle au fait que ce héros ne soit, après tout, qu'un homme dépourvu de pouvoirs mais à la technologie particulièrement avancée.
Les thèmes traités dans ce comics sont assez classiques : relation Batman/Joker, lien entre la police et Batman, sentiments du Joker pour Harley Quinn,... Les 212 pages de l'ouvrage permettent de traiter dans le détail ces différents thèmes avec parfois, il est vrai, quelques longueurs. L'utilisation des journalistes commentant l'actualité permet habilement d'amener le basculement de l'opinion public en faveur de Jack Napier comme Franck Miller avait pu l'introduire dans son Batman - The Dark Knight returns (que j'avais beaucoup moins apprécié malgré les nombreux avis dithyrambiques à son sujet).
Au niveau des quelques défauts du scénario, je rejoints Ro, bien que cela soit expliqué, j'ai trouvé l'attitude très mutique et violente de Batman peu crédible au regard du personnage. Par ailleurs, je n'ai pas non plus été très convaincu par l'idée du rayon glacé en lien avec Freeze.
Mais l'ensemble reste très honorable et mérite pour moi un petit 4/5.
Originalité : 4/5 - Histoire : 3/5
Dessin : 4/5 - Mise en couleurs : 4/5
NOTE GLOBALE : 15/20
Mise à jour suite à lecture du tome 6.
Cycle 1 - tome 1 à 4.
Shi (le symbole de la mort en japonais) est une merveilleuse série d'aventure teintée de fantastique se déroulant à Londres sous l'époque victorienne lors de l'exposition universelle de 1851.
La rencontre improbable entre une aristocrate anglaise et une japonaise qui vient de perdre son bébé. Leurs destincts vont être liés.
L'une que l'on va marier contre son gré à un être abject et l'autre qui va se retrouver dans un lupanar. De là naîtra une haine implacable contre l'establishment britannique qui fera vaciller l'empire jusqu'à la reine Victoria.
Un scénario inventif où se mêle secrets de famille, courses poursuite, des tatouages démons, des complots....
Pas de temps mort.
Un Zidrou au sommet de son art.
Il distille aussi quelques planches ci et là sur un futur où il ne fait pas bon être fabricant de bombes.
Un premier cycle de grande qualité.
Et pour accompagner ce magnifique récit, sous mes yeux défilent des dessins d'une extrême beauté. On y découvre un Londres flamboyant avec ses maisons victoriennes et un Londres crasseux avec ses ruelles dégoulinantes. Un coup de crayon maîtrisé, soigné, précis et dynamique.
Homs nous livre un véritable travail d'orfèvre.
Éblouissant.
Une superbe série que je recommande chaudement.
Jetez-vous dessus.
Cycle 2 - tome 5 et 6.
Il faut commencer par remettre un peu d'ordre dans l'histoire. Le quatrième album se termine en avril 1859, alors que ce nouveau cycle commence en février 1858. Des réponses devraient nous être données (pas toutes).
Zidrou maitrise toujours autant son sujet, hormis nos deux héroïnes, quelques planches nous font voyager dans le futur avec une enquête policière sur des disparitions d'enfants et nos deux inspecteurs seront bien aidés par l'œil acéré de la secrétaire. Un futur qui comme dans le premier cycle a un lien avec cette organisation féministe : SHI.
Nos deux héroïnes mettent toujours autant à mal la police et l'aristocratie avec des tracts sur les conditions de travail des enfants exploités par la noblesse.
Un récit captivant avec des incursions sur cette fameuse enquête.
Le dessin de Homs est toujours aussi précis et somptueux.
Un second cycle toujours aussi jouissif.
Je serai évidemment du voyage pour un nouveau cycle.
Une superbe adaptation de l’île au trésor. (Jusqu’à présent mon gros coup de cœur était celle faite par Chauvel et Simon L'Ile au trésor de Robert Louis Stevenson, mais là ils ce sont clairement fait surpasser).
Bien que mes souvenirs de lectures du roman de Stevenson remonte à loin, j’ai bien en mémoire le film avec Charlton Heston que je regardais presque en boucle lorsque j’étais enfant.
Je trouve que l’adaptation est très fidèle, mais surtout qu’elle est bien adapté en BD, et à son format. Scenaristiquement c’est une belle réussite, en effet, nombre d’adaptation de roman en BD sont souvent raté à mes yeux, car l’équilibre entre les paroles et les parties narratives sont souvent mal gérés. Ici, nous avons le parfait équilibre qui rend la lecture passionnante et nous fait oublier que nous sommes dans une adaptation.
Et en ce qui concerne les dessins, alors la… je n’avais jamais rien lu de ce dessinateur, mais je me suis régalé. C’est magnifique, et le choix des animaux anthropomorphes est une très bonne idée. Ils sont parfaitement réussi et très expressifs. C’est toujours compliqué de faire ce choix car il faut une vrai maîtrise pour rendre l’ensemble crédible, et là c’est le cas. Peu de dessinateurs y sont parvenus à mes yeux (je pense à Blacksad, Les Enfants du Capitaine Grant, de Jules Verne, ou encore Le Vent dans les Saules), et c’est tellement rare que je tiens à souligner cette performance.
Au delà des personnages, les décors et paysages sont magnifiques. Le tout magnifié par une colorisation impeccable.
Alors si vous avez aimé l’île au trésor dans votre enfance, ou si vous souhaitez la découvrir, n’hésitez pas, ceci est la meilleure adaptation que l’on puisse trouver en bande dessinée.
Un scénario classique, une histoire d'héritage dans une famille riche avec un meurtre qui nous fait basculer dans un polar plein de surprises et de suspens.
L'originalité de cette bd, c'est son héroïne. Elle exerce la profession de psychiatre et suit ou subit une séance avec un de ses confrères pour déterminer si elle est apte à poursuivre sa carrière. Cette séance nous fait découvrir une héroïne drôle, pétillante,insouciante tout étant pugnace et courageuse qui endosse le rôle de détective naturellement.
Sous son charme, cette enquête m'a fait passer un moment de lecture plaisant. Lafebvre sait donner vie à ses personnages avec leurs petits défauts souvent drôles, j'ai retrouvé les mêmes qualités que Malgré tout.
Pour le dessin, j'aime le symbole au dessus de la tête des personnages pour comprendre instantanément leurs sentiments.
Lafebvre confirme son style dans un genre différent.
Une fois encore, Jean Dytar aura réussi à nous surprendre avec ces « Illuminés ». En s’associant avec LF Bollée pour le scénario, déjà connu pour quelques beaux albums parus ces dernières années (La Bombe, Terra Australis…), il s’attaque à un épisode de la vie de ces trois écorchés vifs qui avaient la poésie chevillée au corps et à l’âme. Rimbaud, parti vers des contrées lointaines, avait abandonné un célèbre manuscrit pas encore publié et auréolé de mystère, « Les Illuminations », un document maudit qui semblait encombrer ses deux amis. Si l’on connaît Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, notamment à travers leur liaison à la fois fusionnelle et toxique, on connaît moins bien Germain Nouveau, qui figure pourtant ici comme l’un des membres à part entière du trio. D’une moindre notoriété que les deux autres, celui-ci n’en était pas moins un poète talentueux et digne d’intérêt, mais il a eu quelque peu tendance à se faire oublier, et on va comprendre pourquoi à la lecture de l’album.
Cette biographie triangulaire coche toutes les cases d’une œuvre réussie, à commencer par le format de narration très original. Le pari était risqué de dérouler plusieurs fils narratifs cote à cote (deux ou trois en fonction des passages, centrés sur chacun des poètes), mais les auteurs ont su éviter la confusion grâce à différents codes couleur, s’en tenant à une structure de mise en page basique. Et contre toute attente, cela fonctionne à merveille. La lecture est d’une fluidité impeccable, avec, double trouvaille, des correspondances ponctuelles entre les différents fils, certaines évidentes (exemple p.110), d’autres plus suggérées pour la participation active du lecteur. C’est extrêmement bien vu voire addictif !
Quant au dessin, il faudra se réfréner pour ne pas tomber dans un éloge par trop déraisonnable ! Jean Dytar, véritable explorateur graphique et conteur hors pair, nous a prouvé son talent de caméléon créatif avec ses albums précédents. Il adopte ici un style réaliste, avec une technique au fusain et des tonalités sepia évoquant des œuvres du XIXe siècle. Si l’on apprécie les portraits des trois hommes, très ressemblants, on restera admiratifs devant les paysages naturels et les scènes urbaines : Londres s’estompant sous le « fog » des usines, le Pont neuf étincelant sous un féérique croissant de lune, un jardin bruxellois fantomatique dans la brume nocturne, ou encore un navire voguant sur une mer exotique. C’est tout simplement superbe !
Les doubles pages itératives du porche de la cathédrale d’Aix-en-Provence inaugurant chaque chapitre et la fin de l’album donnent à penser que les auteurs ont cherché en quelque sorte à réhabiliter cet artiste méconnu qu’était Germain Nouveau — une telle approche étant à l’évidence moins justifiée pour Verlaine et Rimbaud. Et nous, lecteurs, sommes heureux de faire connaissance avec ce poète qui ne voulut jamais être publié de son vivant et termina sa vie en clochard céleste dans sa Provence bien aimée. Finalement, ne serait-ce pas lui, Nouveau, le véritable poète ?
« Les Illuminés » restera comme une des œuvres marquantes de cette année 2023, parvenant à allier modernité et intemporalité. Jean Dytar se révèle au fil de ses publications comme un artiste qui compte sans calculer, un artiste-conteur à qui l’audace graphique réussit à tous les coups. L’auteur de Florida et du « Sourire des marionnettes » est de la race des artisans-bâtisseurs avec ce je-ne-sais-quoi de médiéval, un peu hors du temps, construisant patiemment une palette d’univers très différents assortie à un propos toujours passionnant.
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Le Chanteur perdu
Mon premier véritable Tronchet, j’avais trouvé sympathiques ses précédentes collaborations lues (avec Jouvray, Balez et Nicoby) mais ici je le découvre enfin au dessin. Une excellente pioche puisque Le chanteur perdu s’avère une agréable découverte, jusqu’à maintenant ses récits ne m’avaient pas parlé autant. La quête de notre bibliothécaire est des plus agréables à suivre, un road movie au quotidien. C’est parfaitement chapitré, on se laisse emporter tranquillement. Ça parlera d’autant plus aux amateurs de chanteurs à texte, auquel l’auteur rend un bel hommage. La mise en scène assure parfaitement le taf, je me suis toujours méfié de son dessin mais alors là rien à dire, c’est parfaitement rehaussé par des couleurs bien senties. Bref un chouette roman graphique et la postface sur la genèse de l’œuvre est très intéressante. Ça m’a donné envie d'approfondir cet auteur.
Ecoute, Jolie Márcia
Quelle bonne surprise ! Je me retrouve entièrement dans l'avis de Canarde après la lecture du fauve d'or 2022. Prix bien mérité à mes yeux tellement j'ai été happé par ce roman de Marcello Quintanilha. Comme de nombreux lecteurs, la couverture psychédélique façon puzzle et collage ne m'engageait pas trop. Au bout de cinq pages, j'ai totalement changé de point de vue tellement les personnalités de Màrcia, Jacqueline et Aluìsio m'ont saisi par leur justesse de ton et d'attitude. Probablement que mon passé associatif a influencé ma lecture mais j'ai tout de suite été immergé dans l'ambiance à travers cette violente dispute mère/fille dans un dialogue qui résonne de vécu. Marcello nous entraîne dans un Brésil loin des cartes postales de la plage de Copacabana avec ses parties de foot entre apollons où se promènent des bimbos taille 36 en mini bikinis. Màrcia et Jacqueline sont loin des barbies standardisées que l'on trouve dans la plupart des séries et pourtant elles sont tellement plus représentatives d'une partie de la population mondiale qui plonge dans le surpoids. Ce qui n'empêche pas des aspirations à la féminité comme l'auteur le souligne en de nombreux endroits. J'ai bien aimé les deux parties où le récit passe du social au policier d'une façon si logique que cela semble le quotidien des favelas. Les scènes de vie de l'infirmière Màrcia faite de dévouement, solidarité, fatigue et dangers m'ont beaucoup marqué. J'y ai retrouvé le quotidien de beaucoup d'aides-soignantes que je connais. La scène du viol manqué est d'une intensité dramatique époustouflante avec des cadrages et un rythme incroyable. Car la violence est omniprésente dans cet univers brésilien. Toutefois Marcello ne tombe ni dans le piège du voyeurisme morbide ni dans les sanglots des journalistes occidentaux qui font un tour et puis s'en vont. Malgré la dureté des situations son récit reste résolument optimiste avec une conclusion, certes conventionnelle, mais très émotionnelle et bien amenée. Le graphisme est vraiment déroutant quand on ouvre la série mais très vite je me suis laissé séduire par cette mise en couleur psy qui donne une personnalité si singulière à l'oeuvre de Marcello. Il ne faut pas oublier que nous sommes au Brésil, pays de lumière, de couleurs naturelles et de couleurs de peaux, pays de brassages et de démesures. Marcello propose des personnages lilas qui me sont devenus une évidence au bout de quelques cases. Pour finir, un mot sur le texte et la traduction. Bien sûr le langage est familier mais les dialogues ne sont jamais vulgaires sans correspondre à une situation de vraisemblance totale. Le langage de Jacqueline porte à lui seul une grande partie de l'ambiance de la série. C'est juste et souvent drôle. Tout au long de la série les dialogues sont incisifs et donnent un excellent rythme à la narration. Une excellente lecture qui m'a souvent fait vibrer.
Le Port des Marins Perdus
C’est vraiment une chouette lecture. Graphiquement parlant déjà, avec un dessin très fin, fluide et très agréable. Qui a de faux airs d’esquisses parfois, mais qui se révèle finalement très détaillé. Quant à l’histoire, on est rapidement embarqué dans l’intrigue, qui mêle une sorte d’enquête policière, du roman graphique pur, une histoire d’amour déchirante, et du fantastique, le tout très bien construit, on ne s’ennuie jamais. La tristesse qui s’invite en fin d’album s’accompagne d’un happy-end, sans que rien ne paraisse artificiel. C’est un tout cas un album très recommandable, assez épais, mais vite lu, car sans temps mort ni fausse note.
Le Ciel dans la tête
Que cette BD est dure, âpre, mais que ce récit d'Altarriba est important ! Un peu à la manière du roman choc d'Hakan Günday "Encore", l'on découvre à travers le terrible parcours d'un jeune émigré désireux de rejoindre l'Europe, comment s'effectue une traversée, comment s'organise une filière de passage de clandestins. Et ce que sont ces vies sacrifiées, ce que représente l'ailleurs pour ces jeunes gens aux rêves annihilés. Description sans concession à l'égard de l'horreur côtoyée, sans misérabilisme, sans volonté non plus d'embellir des personnages présentés dans toute leur complexité. Je ne sais ce qu'il en est de la BD L'Odyssée d'Hakim, non encore lue : j'imagine que le portrait est tout aussi méticuleux, avec une approche similaire quasi-documentaire du voyage, mais sans doute l'âpreté ici magnifiée fut plus édulcorée chez Hakim. Les illustrations jouent sur ce point un rôle primordial. La recherche visuelle de Sergio Garcia Sanchez est omniprésente, bien servie par les douces couleurs de Lola Moral ; elle permet d'accepter la dureté du récit et d'imprégner durablement nos mémoires : autour de mises en page parfois incroyables quasi-fantasmagoriques, avec des cases entremêlées, parfois disparates, des décors modifiant la structure globale des planches, des personnages aux membres "giacomettiens", l'ensemble s'offre merveilleusement aux lecteurs dans une épure stylisée en diable ! Une magnifique BD, nécessaire, à réserver à un public averti capable de surmonter son dégoût devant les horreurs présentées.
Une Nuit Chez Kipling (La Voix des Ténèbres)
Voilà une lecture exigeante – en temps et concentration tout du moins. Mais une lecture finalement plaisante. Certains passages m’ont un peu échappé, m’ont sembler alourdir un peu inutilement une intrigue qui n’en avait pas forcément besoin (les passages autour du Vatican et de certains prélats par exemple), mais pour le reste, on a là un polar fortement teinté de fantastique – ou l’inverse ! – qui nous embarque dans le Londres du dernier quart du XIXème siècle. Jean-Louis Le Hir a construit une intrigue très dense, très verbeuse. Il l’a en plus accompagnée d’une foule de référence, convoquant en tant qu’acteurs ou personnes évoquées ou citées à peu près tous ceux qui auraient pu l’être pour l’époque : Stevenson et le docteur Jekyll qui l’a inspiré ; Jack L’éventreur (les crimes atroces perpétrés ici amènent la comparaison chez les inspecteurs du Yard ; John Merrick/Elephant Man ; Conan Doyle et son Sherlock Holmes ; Bram Stocker écrivant « Dracula » ; Rimbaud, etc. Sont aussi glissées de nombreuses allusions à Pratt (un prédicateur plusieurs fois cité s’appelle Pratt, un navire au cœur de l’enquête se nomme le Corto, etc.), au roman le Chien des Baskerville. Page 68, un personnage, évoquant une recherche à mener aux États-Unis affirme « Je pense à un ancien marshal du nom de Blueberry pour cette affaire », un autre lui répondant : « Nous verrons, le nom me dit quelque chose. Je crois qu’il a déjà travaillé pour Washington… ». Bref, Le Hir s’est visiblement fait plaisir, et je pense ne pas avoir vu toutes les allusions à d’autres œuvres ou personnages (fictifs ou réels – certaines allusions sont rappelées en fin d’album, pas toutes). L’intrigue est tortueuse donc, mêlant ésotérisme, sordide des bas-fonds londoniens, il y a un peu du « From Hell » de Moore. Kipling, qui a droit à une place de choix dans le titre, est certes très présent, mais complètement en retrait (il n’est que l’auditeur du récit dont nous suivons les péripéties, qui se sont déroulées quelques années auparavant). Le dessin de Le Hir, qui use très bien d’un Noir et Blanc tranché pour nous dépeindre une histoire et une ambiance très noire, est très fouillé et réussi. Certains visages ressemblent à ceux que dessine Bézian. C’est plutôt une réussite. Mes bémols concernent les passages ésotériques et autour du Vatican, qui ne m’ont pas toujours convaincu et/ou intéressé. Mais c’est quand même globalement un album réussi (j’ai lu l’histoire dans l’intégrale en Noir et Blanc – ce qui je pense est plus intéressant qu’une version en couleurs). Note réelle 3,5/5.
Batman - White Knight
Une grosse claque visuelle que cet album de Batman ! Le trait très dynamique de Sean Murphy colle parfaitement à l'univers de l'homme chauve-souris et ce dernier est sublimé par la colorisation de Matt Hollingsworth avec des planches souvent sombres dans des teintes de gris, d'ocres ou encore de rouges. Concernant l'histoire, je trouve le postulat de départ très original avec un Joker qui devient le chevalier blanc Jack Napier, sorte d'anti chevalier noir, après avoir ingéré des pilules au contenu inconnu le guérissant de sa folie. L'idée du fonds de compensation des dégâts engendrés par Batman lors de ses interventions est également bien trouvée à mon sens et colle au fait que ce héros ne soit, après tout, qu'un homme dépourvu de pouvoirs mais à la technologie particulièrement avancée. Les thèmes traités dans ce comics sont assez classiques : relation Batman/Joker, lien entre la police et Batman, sentiments du Joker pour Harley Quinn,... Les 212 pages de l'ouvrage permettent de traiter dans le détail ces différents thèmes avec parfois, il est vrai, quelques longueurs. L'utilisation des journalistes commentant l'actualité permet habilement d'amener le basculement de l'opinion public en faveur de Jack Napier comme Franck Miller avait pu l'introduire dans son Batman - The Dark Knight returns (que j'avais beaucoup moins apprécié malgré les nombreux avis dithyrambiques à son sujet). Au niveau des quelques défauts du scénario, je rejoints Ro, bien que cela soit expliqué, j'ai trouvé l'attitude très mutique et violente de Batman peu crédible au regard du personnage. Par ailleurs, je n'ai pas non plus été très convaincu par l'idée du rayon glacé en lien avec Freeze. Mais l'ensemble reste très honorable et mérite pour moi un petit 4/5. Originalité : 4/5 - Histoire : 3/5 Dessin : 4/5 - Mise en couleurs : 4/5 NOTE GLOBALE : 15/20
SHI
Mise à jour suite à lecture du tome 6. Cycle 1 - tome 1 à 4. Shi (le symbole de la mort en japonais) est une merveilleuse série d'aventure teintée de fantastique se déroulant à Londres sous l'époque victorienne lors de l'exposition universelle de 1851. La rencontre improbable entre une aristocrate anglaise et une japonaise qui vient de perdre son bébé. Leurs destincts vont être liés. L'une que l'on va marier contre son gré à un être abject et l'autre qui va se retrouver dans un lupanar. De là naîtra une haine implacable contre l'establishment britannique qui fera vaciller l'empire jusqu'à la reine Victoria. Un scénario inventif où se mêle secrets de famille, courses poursuite, des tatouages démons, des complots.... Pas de temps mort. Un Zidrou au sommet de son art. Il distille aussi quelques planches ci et là sur un futur où il ne fait pas bon être fabricant de bombes. Un premier cycle de grande qualité. Et pour accompagner ce magnifique récit, sous mes yeux défilent des dessins d'une extrême beauté. On y découvre un Londres flamboyant avec ses maisons victoriennes et un Londres crasseux avec ses ruelles dégoulinantes. Un coup de crayon maîtrisé, soigné, précis et dynamique. Homs nous livre un véritable travail d'orfèvre. Éblouissant. Une superbe série que je recommande chaudement. Jetez-vous dessus. Cycle 2 - tome 5 et 6. Il faut commencer par remettre un peu d'ordre dans l'histoire. Le quatrième album se termine en avril 1859, alors que ce nouveau cycle commence en février 1858. Des réponses devraient nous être données (pas toutes). Zidrou maitrise toujours autant son sujet, hormis nos deux héroïnes, quelques planches nous font voyager dans le futur avec une enquête policière sur des disparitions d'enfants et nos deux inspecteurs seront bien aidés par l'œil acéré de la secrétaire. Un futur qui comme dans le premier cycle a un lien avec cette organisation féministe : SHI. Nos deux héroïnes mettent toujours autant à mal la police et l'aristocratie avec des tracts sur les conditions de travail des enfants exploités par la noblesse. Un récit captivant avec des incursions sur cette fameuse enquête. Le dessin de Homs est toujours aussi précis et somptueux. Un second cycle toujours aussi jouissif. Je serai évidemment du voyage pour un nouveau cycle.
Jim Hawkins
Une superbe adaptation de l’île au trésor. (Jusqu’à présent mon gros coup de cœur était celle faite par Chauvel et Simon L'Ile au trésor de Robert Louis Stevenson, mais là ils ce sont clairement fait surpasser). Bien que mes souvenirs de lectures du roman de Stevenson remonte à loin, j’ai bien en mémoire le film avec Charlton Heston que je regardais presque en boucle lorsque j’étais enfant. Je trouve que l’adaptation est très fidèle, mais surtout qu’elle est bien adapté en BD, et à son format. Scenaristiquement c’est une belle réussite, en effet, nombre d’adaptation de roman en BD sont souvent raté à mes yeux, car l’équilibre entre les paroles et les parties narratives sont souvent mal gérés. Ici, nous avons le parfait équilibre qui rend la lecture passionnante et nous fait oublier que nous sommes dans une adaptation. Et en ce qui concerne les dessins, alors la… je n’avais jamais rien lu de ce dessinateur, mais je me suis régalé. C’est magnifique, et le choix des animaux anthropomorphes est une très bonne idée. Ils sont parfaitement réussi et très expressifs. C’est toujours compliqué de faire ce choix car il faut une vrai maîtrise pour rendre l’ensemble crédible, et là c’est le cas. Peu de dessinateurs y sont parvenus à mes yeux (je pense à Blacksad, Les Enfants du Capitaine Grant, de Jules Verne, ou encore Le Vent dans les Saules), et c’est tellement rare que je tiens à souligner cette performance. Au delà des personnages, les décors et paysages sont magnifiques. Le tout magnifié par une colorisation impeccable. Alors si vous avez aimé l’île au trésor dans votre enfance, ou si vous souhaitez la découvrir, n’hésitez pas, ceci est la meilleure adaptation que l’on puisse trouver en bande dessinée.
Un polar à Barcelone (Je suis leur silence)
Un scénario classique, une histoire d'héritage dans une famille riche avec un meurtre qui nous fait basculer dans un polar plein de surprises et de suspens. L'originalité de cette bd, c'est son héroïne. Elle exerce la profession de psychiatre et suit ou subit une séance avec un de ses confrères pour déterminer si elle est apte à poursuivre sa carrière. Cette séance nous fait découvrir une héroïne drôle, pétillante,insouciante tout étant pugnace et courageuse qui endosse le rôle de détective naturellement. Sous son charme, cette enquête m'a fait passer un moment de lecture plaisant. Lafebvre sait donner vie à ses personnages avec leurs petits défauts souvent drôles, j'ai retrouvé les mêmes qualités que Malgré tout. Pour le dessin, j'aime le symbole au dessus de la tête des personnages pour comprendre instantanément leurs sentiments. Lafebvre confirme son style dans un genre différent.
Les Illuminés
Une fois encore, Jean Dytar aura réussi à nous surprendre avec ces « Illuminés ». En s’associant avec LF Bollée pour le scénario, déjà connu pour quelques beaux albums parus ces dernières années (La Bombe, Terra Australis…), il s’attaque à un épisode de la vie de ces trois écorchés vifs qui avaient la poésie chevillée au corps et à l’âme. Rimbaud, parti vers des contrées lointaines, avait abandonné un célèbre manuscrit pas encore publié et auréolé de mystère, « Les Illuminations », un document maudit qui semblait encombrer ses deux amis. Si l’on connaît Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, notamment à travers leur liaison à la fois fusionnelle et toxique, on connaît moins bien Germain Nouveau, qui figure pourtant ici comme l’un des membres à part entière du trio. D’une moindre notoriété que les deux autres, celui-ci n’en était pas moins un poète talentueux et digne d’intérêt, mais il a eu quelque peu tendance à se faire oublier, et on va comprendre pourquoi à la lecture de l’album. Cette biographie triangulaire coche toutes les cases d’une œuvre réussie, à commencer par le format de narration très original. Le pari était risqué de dérouler plusieurs fils narratifs cote à cote (deux ou trois en fonction des passages, centrés sur chacun des poètes), mais les auteurs ont su éviter la confusion grâce à différents codes couleur, s’en tenant à une structure de mise en page basique. Et contre toute attente, cela fonctionne à merveille. La lecture est d’une fluidité impeccable, avec, double trouvaille, des correspondances ponctuelles entre les différents fils, certaines évidentes (exemple p.110), d’autres plus suggérées pour la participation active du lecteur. C’est extrêmement bien vu voire addictif ! Quant au dessin, il faudra se réfréner pour ne pas tomber dans un éloge par trop déraisonnable ! Jean Dytar, véritable explorateur graphique et conteur hors pair, nous a prouvé son talent de caméléon créatif avec ses albums précédents. Il adopte ici un style réaliste, avec une technique au fusain et des tonalités sepia évoquant des œuvres du XIXe siècle. Si l’on apprécie les portraits des trois hommes, très ressemblants, on restera admiratifs devant les paysages naturels et les scènes urbaines : Londres s’estompant sous le « fog » des usines, le Pont neuf étincelant sous un féérique croissant de lune, un jardin bruxellois fantomatique dans la brume nocturne, ou encore un navire voguant sur une mer exotique. C’est tout simplement superbe ! Les doubles pages itératives du porche de la cathédrale d’Aix-en-Provence inaugurant chaque chapitre et la fin de l’album donnent à penser que les auteurs ont cherché en quelque sorte à réhabiliter cet artiste méconnu qu’était Germain Nouveau — une telle approche étant à l’évidence moins justifiée pour Verlaine et Rimbaud. Et nous, lecteurs, sommes heureux de faire connaissance avec ce poète qui ne voulut jamais être publié de son vivant et termina sa vie en clochard céleste dans sa Provence bien aimée. Finalement, ne serait-ce pas lui, Nouveau, le véritable poète ? « Les Illuminés » restera comme une des œuvres marquantes de cette année 2023, parvenant à allier modernité et intemporalité. Jean Dytar se révèle au fil de ses publications comme un artiste qui compte sans calculer, un artiste-conteur à qui l’audace graphique réussit à tous les coups. L’auteur de Florida et du « Sourire des marionnettes » est de la race des artisans-bâtisseurs avec ce je-ne-sais-quoi de médiéval, un peu hors du temps, construisant patiemment une palette d’univers très différents assortie à un propos toujours passionnant.