Une Nuit Chez Kipling (La Voix des Ténèbres)

Note: 4/5
(4/5 pour 5 avis)

Londres 1897 à la sortie du Lyceum Theatre. Jonas Demm et son ami Rudyard Kipling viennent d’assister à la première de l’adaptation théâtrale du roman de Bram Stoker, « Dracula ».


1872 - 1899 : de la IIIe république à la fin du XIXe siècle Angleterre Ere Victorienne Iles Britanniques Londres

Raccompagnant Rudyard à son domicile, Jonas raconte une enquête qu’il a dû mener 7 ans plus tôt sur une série de meurtres terrifiants au cours de laquelle il a rencontré le Dragon … Le prologue à cette enquête fut une mission archéologique en Irak sur les bords du Tigre, commanditée par le Vatican en 1887, au cours de laquelle un mystérieux cylindre fut découvert… L’enquête, sur fond de brouillard et de neige, nous entraîne dans les rues sombres de Londres lorsque sociétés secrètes, music halls, freakshows, attiraient une foule toujours plus nombreuse avide de sensations. C’est l’occasion d’y rencontrer nombre de personnages réels ou de fiction qui marquèrent la littérature fantastique ou la BD de leurs empreintes.

Scénario
Dessin
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 16 Mai 2005
Statut histoire One shot (Intégrale comprenant les 2 tomes) 1 tome paru

Couverture de la série Une Nuit Chez Kipling (La Voix des Ténèbres) © Vents d'Ouest 2005
Les notes
Note: 4/5
(4/5 pour 5 avis)
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13/07/2009 | Miranda
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L'avatar du posteur Noirdésir

Voilà une lecture exigeante – en temps et concentration tout du moins. Mais une lecture finalement plaisante. Certains passages m’ont un peu échappé, m’ont sembler alourdir un peu inutilement une intrigue qui n’en avait pas forcément besoin (les passages autour du Vatican et de certains prélats par exemple), mais pour le reste, on a là un polar fortement teinté de fantastique – ou l’inverse ! – qui nous embarque dans le Londres du dernier quart du XIXème siècle. Jean-Louis Le Hir a construit une intrigue très dense, très verbeuse. Il l’a en plus accompagnée d’une foule de référence, convoquant en tant qu’acteurs ou personnes évoquées ou citées à peu près tous ceux qui auraient pu l’être pour l’époque : Stevenson et le docteur Jekyll qui l’a inspiré ; Jack L’éventreur (les crimes atroces perpétrés ici amènent la comparaison chez les inspecteurs du Yard ; John Merrick/Elephant Man ; Conan Doyle et son Sherlock Holmes ; Bram Stocker écrivant « Dracula » ; Rimbaud, etc. Sont aussi glissées de nombreuses allusions à Pratt (un prédicateur plusieurs fois cité s’appelle Pratt, un navire au cœur de l’enquête se nomme le Corto, etc.), au roman le Chien des Baskerville. Page 68, un personnage, évoquant une recherche à mener aux États-Unis affirme « Je pense à un ancien marshal du nom de Blueberry pour cette affaire », un autre lui répondant : « Nous verrons, le nom me dit quelque chose. Je crois qu’il a déjà travaillé pour Washington… ». Bref, Le Hir s’est visiblement fait plaisir, et je pense ne pas avoir vu toutes les allusions à d’autres œuvres ou personnages (fictifs ou réels – certaines allusions sont rappelées en fin d’album, pas toutes). L’intrigue est tortueuse donc, mêlant ésotérisme, sordide des bas-fonds londoniens, il y a un peu du « From Hell » de Moore. Kipling, qui a droit à une place de choix dans le titre, est certes très présent, mais complètement en retrait (il n’est que l’auditeur du récit dont nous suivons les péripéties, qui se sont déroulées quelques années auparavant). Le dessin de Le Hir, qui use très bien d’un Noir et Blanc tranché pour nous dépeindre une histoire et une ambiance très noire, est très fouillé et réussi. Certains visages ressemblent à ceux que dessine Bézian. C’est plutôt une réussite. Mes bémols concernent les passages ésotériques et autour du Vatican, qui ne m’ont pas toujours convaincu et/ou intéressé. Mais c’est quand même globalement un album réussi (j’ai lu l’histoire dans l’intégrale en Noir et Blanc – ce qui je pense est plus intéressant qu’une version en couleurs). Note réelle 3,5/5.

01/01/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
L'avatar du posteur Gaston

Je serais moins enthousiasme que les autres avis bien que je trouve que cela soit une bonne BD. C'est effectivement une histoire complexe qui demande une très grande attention. J'ai du relire quelques passages parce que j'étais un peu perdu et je n'étais pas certain d'avoir bien compris, particulièrement parce qu'il y a un peu trop de personnages. Le dessin en noir et blanc est excellent et c'est parfait pour une intrigue policière se passant dans l'Angleterre du 19 ème siècle. On retrouve plusieurs références de cette époque, notamment au niveau de la littérature. Au sujet du scénario, je l'ai trouvé pas mal même si c'est complexe. Mon intérêt à cependant varié selon les scènes et du coup je trouve que si, globalement, c'est un bon récit policier, il y a trop de passages qui m'ont peu intéressé pour que je trouve que cela soit une oeuvre mémorable. Le coté ésotérisme de l'album m'a laissé un peu de marbre.

21/05/2017 (modifier)
Par Ems
Note: 4/5

Excellente mais exigeante BD. Le récit est d'une rare densité, demandant un maximum d'attention au lecteur. Celui ci est heureusement récompensé par un scénario riche, bien construit et cohérent. C'est la première fois qu'une lecture me parait aussi compacte. Cette BD aurait mérité un plus grand développement car l'exercice s'approche parfois du résumé. Une voix off omniprésente permet également de fournir beaucoup d'informations. Les personnages sont très nombreux, Le Hir s'amuse même à intégrer dans son récit des personnages connus, réels ou fictifs, avec une grande réussite. Le dessin noir et blanc est précis et idéal car l'on a une histoire à cheval entre le policier et le fantastique. Le côté riche de ce one shot s'avèrera " trop " pour certains lecteurs. Quoiqu'il en soit, la lecture demande du temps et de l'investissement, on est vraiment aux antipodes des productions Soleil faciles à lire, belles mais vides... Je terminerai mon avis par un petit reproche : je n'aime pas les couvertures souples de ce type, trop fragiles.

12/07/2010 (modifier)
Par Tomeke
Note: 4/5

Je me méfiais de cet album… La seule note maximale a de quoi me laisser perplexe, mais le résumé et la planche présentée dans la galerie ont réussi sans mal à me convaincre. Alors qu’en est-il ? Je confirme d’abord la qualité extraordinaire du dessin qui offre au lecteur une abondance de détails, de visages expressifs et ce, sans que l’ensemble ne paraisse surchargé. En outre, l’ambiance noir et blanc paraît quasiment incontournable. Je n’image pas cet album en couleurs. Ensuite, il faut évidemment que je parle du récit, et c’est sans doute dans cet aspect que l’album pourra (je l’espère car il en vaut la peine) faire parler de lui. Alors oui il est complexe et oui, il demande de la concentration. Deux éléments forment cette complexité : deux récits en parallèle dans une partie de l’album, et l’abondance d’intervenants dans l’enquête policière. Le tout est assez compacte, mais sans être indigeste, loin de là. L’intrigue, très bien ficelée et rythmée, m’a rappelé le génial From Hell (qui peut également paraître insurmontable). La lecture, une fois lancée, est vraiment prenante ; autour de nos deux enquêteurs principaux, et du légiste particulièrement attachant, vient se greffer toute une panoplie de personnages de la littérature anglaise. Au final, si l’histoire présente une certaine complexité, je pense que l’auteur a voulu lui conférer un caractère fouillé et consistant. La lecture est dense mais reste abordable. Le trait est précis et expressif. Que demander de plus ? Me concernant, une seconde lecture afin de pouvoir dissiper les quelques zones d’ombre de la première approche.

28/02/2010 (modifier)
Par Miranda
Note: 5/5
L'avatar du posteur Miranda

J'ai rarement lu un polar aussi exceptionnel. D'une part pour l'ambiance londonienne de la toute fin du 19ème siècle, royalement mise en images et d'une richesse incroyable, comportant la citation ou l'intervention de nombreux personnages historiques, et ce sans les manipuler ni les modifier, gardant toujours un réalisme minutieux. Je commence par le dessin. Il peut paraître chargé et un peu fouillis si l'on ne fait que feuilleter la bd, mais au moment de la lecture celui-ci se transforme en un sublime noir et blanc, ultra détaillé, précis, expressif, vivant, mouvementé ; en un mot : envoûtant. Il est difficile de se détacher des planches tant leur pouvoir de séduction est grand et hypnotique. J'ai rarement vu une telle force dans un dessin, l'auteur nous arrache à notre époque et nous fait remonter dans le temps d'un coup de pichenette, pour ne pas dire d'un coup de pied dans le cul totalement inattendu. Le talent de Jean-Louis le Hir ne s'arrête pas à son graphisme, il est tout aussi bon scénariste. Je suis tombée sur cette bd par hasard, recherchant des infos, on lui prêtait des airs de complexité, d'hermétisme, d'incompréhensibilité, d'une trop grande quantité de personnages ; bref, rien d'attirant, tout pour faire fuir le lecteur potentiel. Et bien je suis obligée de dire non, non et non, je m'insurge ! Tout cela n'est que menterie ! Tout y est extrêmement clair. Certes, c'est très bavard, mais comme pour toute lecture si l'on n'est pas concentré on passe forcément à côté de certaines choses. Ici le récit se suit d'autant plus facilement que l'ambiance est prenante et les dialogues bien tournés. Une enquête policière à la Sherlock Holmes fabuleusement bien menée ; elle a une touche d'ésotérisme, mais largement interprétable en fonction de l'envie de chacun, on peut rester très cartésien - comme moi - ou choisir l'option plus fantastique ; l'auteur sait contenter tout le monde. C'est une véritable chef d'œuvre, un délice visuel et mental. Londres 1897, comme si on y était... n'avez-vous pas envie de faire le voyage ?

13/07/2009 (modifier)