J’ai découvert cette petite maison d’éditions (Tanibis) il y a peu avec un album très intéressant et bourré de qualités, Le Bus. C’est dans le même format à l’italienne qu’elle a récemment publié ce "tremblez enfance Z46", d’un auteur, EMG, que je découvre avec cet album.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Tanibis fait des choix originaux, et privilégie la qualité à la quantité. Qui s’en plaindrait ?
Le graphisme est surprenant ! Il faut dire que le dessin, visiblement réalisé par ordinateur, n’est a priori pas ma tasse de thé, et que j’ai mis un certain temps à m’y faire. D’autant plus que les couleurs, volontairement flashy, sans nuance, renforcent cette impression de froideur.
C’est donc assez glaçant. Dur d’y trouver du vivant, au milieu de ces décors vides (qui m’ont fait penser parfois à certains tableaux de de Chirico), et de ces robots. Certains personnages ou robots ont des formes très "Lego", ou renvoient au graphisme des anciens jeux vidéos.
Les deux héros, Hicham et Wassila, ne sont que des momies sans corps. Ou plutôt des corps absents, entourés de bandelettes, comme blessés. Reste-t-il un peu d’humanité dans cette société, semblent-il nous dire ?
Et toute l’histoire n’est en fait que la démonstration du fait que tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie.
C’est une histoire d’amour impossible, cruelle, qui dénonce l’attitude de notre société face à l’immigration, mais aussi son cœur atrophié, alors qu’Hicham et Wassila incarnent la vie, l’amour. Et nous savons hélas que les histoires d’amour finissent mal, en général.
L’humour est parfois présent malgré tout (comme ces trains singeant les chevaux du tiercé, avec apparition improbable de Tintin et Milou !?).
Un album qui se lit assez vite, car il y a peu de dialogues, et une seule image par page. Le déroulé de l’histoire est original, puisqu’on suit les deux amoureux en partant de chaque extrémité de l’album, jusqu’à leur rencontre sur une double page 46 centrale.
C’est un bel album (j'ai complètement oublié les réserves initiales à propos du dessin) dont je vous recommande chaudement la lecture et l’achat.
Assurément ma BD préférée. Je connais HK depuis des années et cette première édition déjà culte au format US. Le dessin de Trantkat (Kevin Herault) est superbe (coup de crayon précis, dessins plein de perspective, formes des personnages amplifiées... Sans parler de la colorisation parmi ce qui se fait de mieux). Je retrouve dans son style du manga c'est certain mais aussi une ressemblance avec le travail de Stan & Vince (que j'adore aussi) notamment en ce qui concerne les effets de perspective, la violence, les "coupes anatomiques" ou les corps généreux des personnages féminins... L'univers futuriste de cette BD est cohérent et bien retranscrit. Son scénario prenant (merci également au talentueux Morvan pour sa participation). La réédition chez Glénat au format franco-belge est encore supérieure en terme de qualité et les nombreux rajouts (d'une qualité technique exemplaire) clarifient encore un peu cette histoire. Dommage que le rythme de sortie soit si lent (fournir de la qualité se paye en temps)... Un timming de publication qui renforce le côté évènementiel de chaque parution. Merci à Kévin pour cette fabuleuse BD et bon courage à lui pour parvenir au bout de ce fabuleux challenge qu'est HK.
Voici un album totalement banal... En effet, un album humoristique, composé de strips et ayant pour thème la vie d'un chat et d'un chien, c'est une formule extrêmement courante dans la BD, les premiers exemples proches me venant à l'esprit sont Garfield, Grimmy, KatZ, Chiffon, Earl & Mooch, Maurice et Patapon, Fido face à son destin, Cubitus, Simon's Cat, etc... Les citer tous ici n'aurait aucun intérêt.
Partant de cette constatation, il fallait donc que l'album me fasse rire (ce qui est quand même relativement rare, car j'ai le rire de plus en plus difficile à mesure que je grandis). Mais à ma grande surprise, je peux classer "Réglisse et Théo" dans la catégorie des BDs qui ont réussi à me faire rire à haute voix.
Beaucoup de gags ne sont pas exceptionnels, très banals et ne me font donc aucun effet, par contre, un certain pourcentage de ces strips reposent sur un effet comique très scatologique. Ce n'est pas les blagues qui me font le plus rire en général, mais une bonne partie de ces gags m'ont fait rire ou sourire. Le graphisme lui est efficace et nerveux, bien qu'un peu brouillon (le manque de couleurs y est peut-être pour quelque chose).
Bref, un petit peu lourdingue par moment, pas original pour un sou, ni très subtil mais fichtrement efficace, voici un bon petit album humoristique.
3.5/5
Ah oui en voilà un bon manga... Déjanté, violent et légèrement psychédélique sont les termes que j'utiliserais pour le décrire, et, je ne sais pas pour vous, mais moi, rien que de lire cette phrase me donnerait déjà envie d'acheter cet album. Pour vous donner une meilleure idée de l'ambiance qui se dégage de cet album, imaginez un mélange entre Akira, le film Orange Mécanique et peut-être même Ichi the killer, avec l'ambiance d'un film de Takeshi Kitano -du moins, de ce que j'en ai vu- ... expliqué comme ça, ça peut paraitre improbable, mais c'est loin d'être indigeste.
Donc, oui le scénario est étrange, c'est un manga de baston, certes ! ... Mais un manga de baston hyper-poétique (avec une fin virant un peu dans le métaphysique), jouant avec la symbolique de plein d’éléments (on retrouve ces symboles dans le dessin aussi) ; bien que je n'ai pas du les saisir tous, tellement j'étais emporté par le récit qui vous fait voyager dans un monde urbain pas très reluisant. L'ultime symbole étant Noiro et Blanco, les deux chats, se complétant dans l'âme et l'esprit : le ying et le yang.
Le dessin ? Au début, il faut s'y faire, il ne fait pas super maitrisé, et un peu maladroit. En somme, un bon dessin de fanzine.
Mais au bout d'un moment (lorsqu'on s'y est fait), il nous parait vraiment sympa (avec cette légère touche tordue qui le rend un peu psychédélique)... Il y a néanmoins quelques cases sublimes !!
Après cette excellente lecture, je serai curieux de voir le film qui fut adapté... Et aussi de lire les autres œuvres de Matsumoto.
"Amer Béton"... Pour sûr, une grande œuvre.
Je suis tombée par hasard sur le livre dans une librairie au bas de chez moi... quel plaisir!!!
Voila une Bande dessinée pour adulte qui ne manque pas de caractère ! Le duo de la Princesse sainte-nitouche et de son crapaud lubrique en fera rire plus d'une ! L'histoire se constitue de plusieurs saynètes, parfois drôles, parfois touchantes, et la toute dernière page laisser présager... un tome 2 ! On l'espère !
Le trait des personnages est expressif, certaines doubles pages montées en "leçon" sont très travaillées, la chevelure de Lulu est juste... superbe !
Voila un beau cadeau à offrir à son amoureuse, ou à soi-même tiens !
Je vous le conseille !!!
J'avais ouvert brièvement cet album dans une librairie à sa sortie, et l'avais rapidement refermé, pas attiré par le dessin. Et j'y suis revenu, en passant outre: bien m'en a pris !
En effet, une fois dedans, j'avoue avoir été plus que convaincu par le dessin de Jérémie Moreau, par ses qualités propres, mais aussi parce qu'il est parfaitement adapté au scénario.
Le scénario de Lupano, justement, est bien bâti. Qu'il se soit inspiré d'un fait réel importe peu. Sorti de l'histoire ou de son imagination, il est fluide et plein de fraicheur.
L'album traite de la bétise humaine, et de certaines de ses manifestations les plus absurdes et méchantes, le racisme, la xénophobie. Que ce soient l'officier français au début, puis les habitants de Hartlepool ensuite, les péroraisons des forts en gueule, assénant leurs sentences avec la force et l'assurance des abrutis, tous sont bien campés, et l'ensemble est jubilatoire !
Pas ou peu d'incohérence, on veut bien croire à la confusion entre un singe et un Français. Quant au procès du singe, il est crédible ! Au Moyen-Âge, plusieurs animaux ont été jugés en tant que tels (dont une truie, qui aurait avoué ses péchés !).
Au final, c'est une histoire intemporelle, et une lecture très plaisante: un excellent one shot à lire absolument !
Je ne lis que très rarement des mangas, mais celui-ci m’a été offert par un ami et apparemment demeure un des must en la matière. Il est vrai que l’ouvrage sort vraiment de l’idée que je me fais généralement du manga, qui je le reconnais n’est pas exempte de préjugés.
S’il y a bien quelque chose que j’ai apprécié dans cette BD, c’est l’atmosphère qui s’en dégage. J’ai vraiment été transporté dans ce Japon des années 60, dans cette ville de province où semble régner une certaine douceur de vivre. Cette douceur est bien rendue par le trait raffiné et minutieux de Jiro Taniguchi. Paysages, ciels, bâtiments sont parfaitement représentés, par contre, j’ai un peu plus de mal avec les personnages que je trouve assez fades et inexpressifs. Et là encore, c’est l’une des choses qui me gêne – voire qui m’agace- le plus dans le style manga, comme si les Japonais avaient tous appris à dessiner dans la même école et semblaient se copier les uns les autres… Certes, on pourrait dire la même chose d’un certain style franco-belge… Heureusement, cela n’est nullement rédhibitoire et ne m’empêche pas d’apprécier énormément Hayao Miyazaki, autre auteur nippon de splendides dessins animés débordant de poésie. Après tout, cette uniformité est-elle destinée à permettre au lecteur de mieux s’identifier aux personnages…
Quant au récit, il bénéficie d’un scénario bien construit et original. Une histoire simple où s’invite discrètement le fantastique. Une histoire que chacun a forcément un jour ou l’autre imaginé : revivre son enfance. Peut-être pour pouvoir changer le cours d’une vie dont on n’a pas forcément rêvée et dont les déboires résultent toujours en partie des blessures plus ou moins conscientes subies à l’âge où l’on est insouciant… Ici, le quadragénaire Hiroshi, dans son corps de 14 ans, va espionner son père Yoshio pour tenter de comprendre ce qui l’a conduit à quitter le foyer familial et surtout l’en dissuader. Sa mésaventure finira par l’éclairer sur sa situation maritale qui lui pèse sans qu’il sache vraiment pourquoi. Avec en filigrane cette question : si l’on peut agir sur certaines choses (dans le présent ou le passé), peut-on réellement changer le destin ?… Il s’agit donc bien, on l’aura compris, d’un roman graphique « travaillé », avec des personnages réalistes et dotés d’une certaine profondeur – rien à voir donc avec les mangas pondus au kilomètre au Pays du Soleil levant. Le ton est grave, l’émotion est toute en retenue mais bien présente (la rencontre de Hiroshi avec l’amie d’enfance de son père), ce qui n’empêche pas l’humour dans certaines scènes assez cocasses – dues notamment au problème d’alcool de Hiroshi.
Je recommande donc vivement la lecture de ce « Quartier lointain » tellement proche de nous, d’une portée universelle, humain, tellement humain, sans jugement, tragique aussi, empreint d’une émotion subtile et sans pathos, mais qui, une fois le livre refermé, infuse délicatement votre âme… Comme un doux tintinnabulement aux sonorités mélancoliques qui vient vous hanter et finit par vous mettre le cœur au bord des larmes…
Je ne sais pas comment remercier mon collègue de travail qui m'a quasiment forcé à lire le premier tome de cette série. Grâce à lui j'ai pu lire cette magnifique bande dessinée qui est avant tout un ouvrage par lequel s'exprime le Devoir de mémoire. Celui-ci traite de la vie des prisonniers de guerre(à travers celle du père de Jacques Tardi) dans les camps allemands. C'est on peut le dire une période de l'Histoire de France qui a souvent été mise de côté ou en tout cas qui a très peu été abordée, que ce soit au cinéma ou plus encore en bande dessinée.
J'ai failli ne pas lire ce récit historique car je l'avoue je n'ai été que rarement enthousiasmé par les ouvrages de Jacques Tardi sauf par le remarquable" C'était la guerre des tranchées".
Si je n'accroche pas particulièrement avec les oeuvres de Tardi c'est que son dessin ne m'attire pas spécialement, voilà tout.
Avant de continuer, je vais faire un bref rappel historique sur les prisonniers de guerre français sous le Troisième Reich.
Au cours de la campagne de France (mai-juin 1940), 1 800 000 soldats français furent capturés par les troupes allemandes avant d'être internés dans différents types de camps.
On doit distinguer les frontstalags, camps installés dans la France occupée (réservés en particulier aux troupes coloniales) et les camps établis sur le territoire du Reich allemand, les oflags (camps d'officiers) et les stalags (camps de sous-officiers et de soldats).
Au nombre de 75 oflags et stalags étaient répartis dans les régions militaires allemandes dont ils portaient le numéro suivi d'une lettre ( Ia, Ib etc..). Celui qui nous interesse grâce à cet ouvrage est le stalag IIb, celui dans lequel le père de l'auteur fut interné durant 5 ans.
Jacques Tardi revient donc sur la captivité de son père grâce aux notes que celui-ci avait prises durant son "expérience" particulière dans les camps de prisonniers de guerre.
René a passé la plupart de son temps à observer ce qu'il se passait dans ce stalag, mais également ceux qui étaient passés dans ce camp.
Ce que l'on peut en retenir en priorité c'est que la principale préoccupation d'un prisonnier est de se nourrir donc de survivre. Cela n'a donc rien de comique, d'ailleurs cette bd même si Tardi y fait un peu d'humour, n'a rien de drôle car la vie de ces hommes fut un enfer permanent. La mort est présente dans de nombreuses pages. L'auteur nous rappelle le destin tragique de certains prisonniers dont la seule faute était d'être russes ou polonais.
Jacques Tardi n'oublie pas de nous rappeler un grand nombre d'évènements importants de la Seconde Guerre Mondiale comme des dates importantes (la fin de la zone libre en France ou le débarquement en Normandie) ainsi que des faits marquants comme l'extermination des juifs d'Europe mais aussi l'assassinat des officiers polonais en 1940 par l'armée russe à Katyn.
L'auteur grâce à ce remarquable premier tome nous replonge dans ce passé trop souvent occulté. N'est-il pas vrai qu'il fut un temps où l'on avait honte en France de parler des prisonniers de guerre? Il valait mieux parler des résistants.
Pourtant ils ont existé et il ne faut surtout pas l'oublier .
Je ne reviendrai pas sur le dessin avec lequel j'ai du mal à accrocher, par contre j'ai beaucoup aimé que l'auteur se soit intégré au récit (sous les traits d'un enfant) en apparaissant aux côtés de son père et en lui posant un grand nombre de questions.
Je ne peux donc que recommander la lecture de ce premier tome, certes volumineux, de cette superbe série car je suis presque sûr que la suite ne pourra qu'être aussi bien.
Un beau dessin, c'est toujours un (très bon) départ pour une BD agréable à lire. Et ici, c'est d'autant plus performant qu'il accompagne le récit par sa teneur. Les couleurs agréables, les formes et les décors colorés, les têtes et les zones d'ombres, tout est déjà en place dans le dessin avant qu'on s'en rende vraiment compte.
Et le spectacle commence. On s'approche, on s'installe. Les présentations sont vite faites. Le grand-père dans le rôle de la victime, le jeune dans celui du sauveteur, la mère s'enfuit vite. Mais tout n'est pas fini, un acteur qu'on avait pensé inerte bouge. Et voilà que le chat ailé rejoint le héros. Il sera le mentor. La marionnette s'anime, le marionnettiste n'est plus. Mais qui tient les ficelles ?
Il faut partir. Où ? A la foire. Là où se trouve le remède au Mangecœur qui dévore le grand-père. Oui, mais qu'est-ce que ce Mangecœur qui dévore les cœurs des pauvres gens ? Les métaphores ne semblent évidentes qu'après coup.
Mais nous n'avons pas le temps de penser ! Le temps joue contre nous, le héros se dépêche, il faut y aller. Les actions s'enchainent.
La foire est interdite aux enfants. Peut-être qu'il faut les protéger de ce qu'on peut trouver à l'intérieur. Car après tout, qui est véritablement méchant en dehors ? Et voilà que la foire ouvre ses portes. On y trouve de l'aide, des énigmes, des questions et peu de réponses, de la cruauté, de la douceur, des non-dits, et un Mangecœur. Au centre de tout. Au centre de quoi ?
De la foire. La grande foire. Le lieu où tout est permis. On s'amuse, l'ambiance est coloré, on rit et on se distrait, mais tout est cloisonnée, des portes et des grillages sont fermés, des lieux ne sont pas accessible sans payer. Que cachent-ils ? Pourquoi ne pas laisser l'accès libre ? Et puis, qui est cette foule ? Des gens venus s'amuser ? Des visiteurs connus ? Et que viennent-ils faire ici ? Que cherchent-ils ? Ne sont-ils pas là que pour Benjamin ? Toute la foire n'est-elle pas que pour lui ? Qui l'a construite si près de chez lui, à un tir de canon près ?
La foire remplie de joie, de festivités, qui cache tout aussi bien les dangers, les zones noires. Les coulisses s'ouvrent et ne sont pas belles, les masques tombent derrière le rideau. La féerie côtoie rapidement les moments dramatiques. La mort et la vie se disputent dans cet endroit. Et la nuit ne semble pas en finir, l'aube sera mortelle.
Coup de théâtre, un nouveau personnage intervient. Il n'est pas dans l'histoire, juste en dehors, une ombre qui passe sans interagir. Il n'a pas sa place, mais il n'est pas à sa place. Il veut disparaître, mais ce n'est pas forcément aussi facile. Puis voilà qu'on découvre toute son importance. Les évènements se clarifient, les dessous commencent à transparaitre. On voit devine beaucoup de choses, peu est dit, mais tout ne doit pas être dit.
Et lorsque le rideau tombe, on est surpris et en même temps conforté dans notre idée. C'est simple, mais efficace. Le spectacle (de qui ?) est fini, il est temps de rendre aux gens leurs liberté. La vie reprend, et voilà que tout se rejoint. Le final est éclatant de simplicité mais également, et tout simplement, beau.
Lorsqu'on referme la BD, les images restent en tête. Tout ne semble pas clair. Ce qui se trouve derrière n'est pas dit explicitement. Et c'est d'autant mieux. Car n'a-t-on pas compris sans pouvoir l'expliquer ? Un sentiment qui trouble, comme un mot qui nous échappe. Il est là, présent dans la tête, mais refuse de s'échapper. Au final, quelle importance ? Il y aura toujours à comprendre à chaque fois. Les délires semblent réel, c'est ce qui compte.
Décidément, Manu Larcenet a bien raison : la poésie rachète tout. La poésie sauve le monde. Et cette BD est un poème.
Ouvrez votre esprit et imaginez un peu qu'un évènement de notre histoire ne se soit pas produit, imaginez-en les conséquences, imaginez l'impact que cela pourrait avoir sur nous aujourd'hui ... Et si ... Sur base de ce postulat, nous voilà plongés en 1851 à Paris. Napoléon Bonaparte a décidé de rester au pouvoir de force via un coup d'état et le jeune Victor Hugo ainsi que Pierre-Jules Hetzel ont fuit la France pour la Belgique, Malheureusement un soldat reconnait l'un d'eux et tue Pierre-Jules Hetzel ... et il ne deviendra pas l'éditeur des fabuleuses histoires de Jules Verne.
1862, Jules Verne ne trouvant pas d'éditeur assez courageux et fou pour l’éditer (donc pas de Voyages au centre de la Terre, de Michel Strogoff, De la Terre à la Lune, etc …) décide d’arrêter l'écriture et va se concentrer sur d’autres projets ; il veut et va rendre le monde meilleur grâce à son imaginaire et ses idées révolutionnaires.
En quelques années il construit une île utopique du nom d'Univerne mais son avancée technologique, son idéologie, son modernisme agace ou attise l'intérêt de beaucoup de gens et même certains états. S'en suit un siège de près d'un an où L'Univerne est détruite et pillée, il n'en restera plus rien et Jules Nemo Verne est laissé pour mort. Les survivants ? A ce qu’il paraitrait ils sont partis vivre sur la Lune. Jules Verne était si extravagant!
Aujourd’hui, l’an 1900, Paris, l'Exposition Universelle. Le monde a changé et Nikola Tesla écrase le monde de ses inventions novatrices. Une jeune journaliste féministe, Juliette Hénin, est là pour couvrir l'évènement mais aussi pour enquêter sur celle qui fut la maitresse de Jules Verne et qui lui a transmis un mystérieux message.
Voilà l’intrigue posée dans ce premier opus ; et évidemment hors de question de vous lâcher le dénouement de ce premier épisode, à vous de le lire ;)
Mélange d'Uchronie Steampunk et Testlapunk qui nous emmène dans un monde alternatif et l'imaginaire de Jules Verne, le tout saupoudré de coups de savate dans la France de fin du XIXe siècle.
L'univers et l'histoire produite par Morvan est terrible, moi je suis un vrai fan je l'avoue et le dessin, la structure, le découpage et le style des couleurs utilisés servent à merveille l’histoire de ce premier tome. Morvan maîtrise très bien son histoire et nous emmène non stop dans la trame principale de l'histoire.
Quant au dessin, on sent que Nesmo (? le fils de Nemo) maitrise son style de dessin (mélange de bd européenne avec une pointe de manga) pour certaines scènes mais qui colle très bien au style et aux couleurs; on en reste scotché parfois.
Pour finir, c'est un petit bijou dont l'histoire et le dessin des plus atypiques nous fait vivre une aventure hors normes en parcourant certains sujets de l'époque tel que le féminisme, le modernisme, les alternatives. Une redécouverte des mondes de Jules Verne.... et un vrai petit plaisir visuel à lire et à regarder. Sans conteste un de mes petits coups de cœurs :)
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Tremblez enfance Z46
J’ai découvert cette petite maison d’éditions (Tanibis) il y a peu avec un album très intéressant et bourré de qualités, Le Bus. C’est dans le même format à l’italienne qu’elle a récemment publié ce "tremblez enfance Z46", d’un auteur, EMG, que je découvre avec cet album. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Tanibis fait des choix originaux, et privilégie la qualité à la quantité. Qui s’en plaindrait ? Le graphisme est surprenant ! Il faut dire que le dessin, visiblement réalisé par ordinateur, n’est a priori pas ma tasse de thé, et que j’ai mis un certain temps à m’y faire. D’autant plus que les couleurs, volontairement flashy, sans nuance, renforcent cette impression de froideur. C’est donc assez glaçant. Dur d’y trouver du vivant, au milieu de ces décors vides (qui m’ont fait penser parfois à certains tableaux de de Chirico), et de ces robots. Certains personnages ou robots ont des formes très "Lego", ou renvoient au graphisme des anciens jeux vidéos. Les deux héros, Hicham et Wassila, ne sont que des momies sans corps. Ou plutôt des corps absents, entourés de bandelettes, comme blessés. Reste-t-il un peu d’humanité dans cette société, semblent-il nous dire ? Et toute l’histoire n’est en fait que la démonstration du fait que tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie. C’est une histoire d’amour impossible, cruelle, qui dénonce l’attitude de notre société face à l’immigration, mais aussi son cœur atrophié, alors qu’Hicham et Wassila incarnent la vie, l’amour. Et nous savons hélas que les histoires d’amour finissent mal, en général. L’humour est parfois présent malgré tout (comme ces trains singeant les chevaux du tiercé, avec apparition improbable de Tintin et Milou !?). Un album qui se lit assez vite, car il y a peu de dialogues, et une seule image par page. Le déroulé de l’histoire est original, puisqu’on suit les deux amoureux en partant de chaque extrémité de l’album, jusqu’à leur rencontre sur une double page 46 centrale. C’est un bel album (j'ai complètement oublié les réserves initiales à propos du dessin) dont je vous recommande chaudement la lecture et l’achat.
HK
Assurément ma BD préférée. Je connais HK depuis des années et cette première édition déjà culte au format US. Le dessin de Trantkat (Kevin Herault) est superbe (coup de crayon précis, dessins plein de perspective, formes des personnages amplifiées... Sans parler de la colorisation parmi ce qui se fait de mieux). Je retrouve dans son style du manga c'est certain mais aussi une ressemblance avec le travail de Stan & Vince (que j'adore aussi) notamment en ce qui concerne les effets de perspective, la violence, les "coupes anatomiques" ou les corps généreux des personnages féminins... L'univers futuriste de cette BD est cohérent et bien retranscrit. Son scénario prenant (merci également au talentueux Morvan pour sa participation). La réédition chez Glénat au format franco-belge est encore supérieure en terme de qualité et les nombreux rajouts (d'une qualité technique exemplaire) clarifient encore un peu cette histoire. Dommage que le rythme de sortie soit si lent (fournir de la qualité se paye en temps)... Un timming de publication qui renforce le côté évènementiel de chaque parution. Merci à Kévin pour cette fabuleuse BD et bon courage à lui pour parvenir au bout de ce fabuleux challenge qu'est HK.
Réglisse et Théo
Voici un album totalement banal... En effet, un album humoristique, composé de strips et ayant pour thème la vie d'un chat et d'un chien, c'est une formule extrêmement courante dans la BD, les premiers exemples proches me venant à l'esprit sont Garfield, Grimmy, KatZ, Chiffon, Earl & Mooch, Maurice et Patapon, Fido face à son destin, Cubitus, Simon's Cat, etc... Les citer tous ici n'aurait aucun intérêt. Partant de cette constatation, il fallait donc que l'album me fasse rire (ce qui est quand même relativement rare, car j'ai le rire de plus en plus difficile à mesure que je grandis). Mais à ma grande surprise, je peux classer "Réglisse et Théo" dans la catégorie des BDs qui ont réussi à me faire rire à haute voix. Beaucoup de gags ne sont pas exceptionnels, très banals et ne me font donc aucun effet, par contre, un certain pourcentage de ces strips reposent sur un effet comique très scatologique. Ce n'est pas les blagues qui me font le plus rire en général, mais une bonne partie de ces gags m'ont fait rire ou sourire. Le graphisme lui est efficace et nerveux, bien qu'un peu brouillon (le manque de couleurs y est peut-être pour quelque chose). Bref, un petit peu lourdingue par moment, pas original pour un sou, ni très subtil mais fichtrement efficace, voici un bon petit album humoristique. 3.5/5
Amer Béton
Ah oui en voilà un bon manga... Déjanté, violent et légèrement psychédélique sont les termes que j'utiliserais pour le décrire, et, je ne sais pas pour vous, mais moi, rien que de lire cette phrase me donnerait déjà envie d'acheter cet album. Pour vous donner une meilleure idée de l'ambiance qui se dégage de cet album, imaginez un mélange entre Akira, le film Orange Mécanique et peut-être même Ichi the killer, avec l'ambiance d'un film de Takeshi Kitano -du moins, de ce que j'en ai vu- ... expliqué comme ça, ça peut paraitre improbable, mais c'est loin d'être indigeste. Donc, oui le scénario est étrange, c'est un manga de baston, certes ! ... Mais un manga de baston hyper-poétique (avec une fin virant un peu dans le métaphysique), jouant avec la symbolique de plein d’éléments (on retrouve ces symboles dans le dessin aussi) ; bien que je n'ai pas du les saisir tous, tellement j'étais emporté par le récit qui vous fait voyager dans un monde urbain pas très reluisant. L'ultime symbole étant Noiro et Blanco, les deux chats, se complétant dans l'âme et l'esprit : le ying et le yang. Le dessin ? Au début, il faut s'y faire, il ne fait pas super maitrisé, et un peu maladroit. En somme, un bon dessin de fanzine. Mais au bout d'un moment (lorsqu'on s'y est fait), il nous parait vraiment sympa (avec cette légère touche tordue qui le rend un peu psychédélique)... Il y a néanmoins quelques cases sublimes !! Après cette excellente lecture, je serai curieux de voir le film qui fut adapté... Et aussi de lire les autres œuvres de Matsumoto. "Amer Béton"... Pour sûr, une grande œuvre.
Lulu
Je suis tombée par hasard sur le livre dans une librairie au bas de chez moi... quel plaisir!!! Voila une Bande dessinée pour adulte qui ne manque pas de caractère ! Le duo de la Princesse sainte-nitouche et de son crapaud lubrique en fera rire plus d'une ! L'histoire se constitue de plusieurs saynètes, parfois drôles, parfois touchantes, et la toute dernière page laisser présager... un tome 2 ! On l'espère ! Le trait des personnages est expressif, certaines doubles pages montées en "leçon" sont très travaillées, la chevelure de Lulu est juste... superbe ! Voila un beau cadeau à offrir à son amoureuse, ou à soi-même tiens ! Je vous le conseille !!!
Le Singe de Hartlepool
J'avais ouvert brièvement cet album dans une librairie à sa sortie, et l'avais rapidement refermé, pas attiré par le dessin. Et j'y suis revenu, en passant outre: bien m'en a pris ! En effet, une fois dedans, j'avoue avoir été plus que convaincu par le dessin de Jérémie Moreau, par ses qualités propres, mais aussi parce qu'il est parfaitement adapté au scénario. Le scénario de Lupano, justement, est bien bâti. Qu'il se soit inspiré d'un fait réel importe peu. Sorti de l'histoire ou de son imagination, il est fluide et plein de fraicheur. L'album traite de la bétise humaine, et de certaines de ses manifestations les plus absurdes et méchantes, le racisme, la xénophobie. Que ce soient l'officier français au début, puis les habitants de Hartlepool ensuite, les péroraisons des forts en gueule, assénant leurs sentences avec la force et l'assurance des abrutis, tous sont bien campés, et l'ensemble est jubilatoire ! Pas ou peu d'incohérence, on veut bien croire à la confusion entre un singe et un Français. Quant au procès du singe, il est crédible ! Au Moyen-Âge, plusieurs animaux ont été jugés en tant que tels (dont une truie, qui aurait avoué ses péchés !). Au final, c'est une histoire intemporelle, et une lecture très plaisante: un excellent one shot à lire absolument !
Quartier lointain
Je ne lis que très rarement des mangas, mais celui-ci m’a été offert par un ami et apparemment demeure un des must en la matière. Il est vrai que l’ouvrage sort vraiment de l’idée que je me fais généralement du manga, qui je le reconnais n’est pas exempte de préjugés. S’il y a bien quelque chose que j’ai apprécié dans cette BD, c’est l’atmosphère qui s’en dégage. J’ai vraiment été transporté dans ce Japon des années 60, dans cette ville de province où semble régner une certaine douceur de vivre. Cette douceur est bien rendue par le trait raffiné et minutieux de Jiro Taniguchi. Paysages, ciels, bâtiments sont parfaitement représentés, par contre, j’ai un peu plus de mal avec les personnages que je trouve assez fades et inexpressifs. Et là encore, c’est l’une des choses qui me gêne – voire qui m’agace- le plus dans le style manga, comme si les Japonais avaient tous appris à dessiner dans la même école et semblaient se copier les uns les autres… Certes, on pourrait dire la même chose d’un certain style franco-belge… Heureusement, cela n’est nullement rédhibitoire et ne m’empêche pas d’apprécier énormément Hayao Miyazaki, autre auteur nippon de splendides dessins animés débordant de poésie. Après tout, cette uniformité est-elle destinée à permettre au lecteur de mieux s’identifier aux personnages… Quant au récit, il bénéficie d’un scénario bien construit et original. Une histoire simple où s’invite discrètement le fantastique. Une histoire que chacun a forcément un jour ou l’autre imaginé : revivre son enfance. Peut-être pour pouvoir changer le cours d’une vie dont on n’a pas forcément rêvée et dont les déboires résultent toujours en partie des blessures plus ou moins conscientes subies à l’âge où l’on est insouciant… Ici, le quadragénaire Hiroshi, dans son corps de 14 ans, va espionner son père Yoshio pour tenter de comprendre ce qui l’a conduit à quitter le foyer familial et surtout l’en dissuader. Sa mésaventure finira par l’éclairer sur sa situation maritale qui lui pèse sans qu’il sache vraiment pourquoi. Avec en filigrane cette question : si l’on peut agir sur certaines choses (dans le présent ou le passé), peut-on réellement changer le destin ?… Il s’agit donc bien, on l’aura compris, d’un roman graphique « travaillé », avec des personnages réalistes et dotés d’une certaine profondeur – rien à voir donc avec les mangas pondus au kilomètre au Pays du Soleil levant. Le ton est grave, l’émotion est toute en retenue mais bien présente (la rencontre de Hiroshi avec l’amie d’enfance de son père), ce qui n’empêche pas l’humour dans certaines scènes assez cocasses – dues notamment au problème d’alcool de Hiroshi. Je recommande donc vivement la lecture de ce « Quartier lointain » tellement proche de nous, d’une portée universelle, humain, tellement humain, sans jugement, tragique aussi, empreint d’une émotion subtile et sans pathos, mais qui, une fois le livre refermé, infuse délicatement votre âme… Comme un doux tintinnabulement aux sonorités mélancoliques qui vient vous hanter et finit par vous mettre le cœur au bord des larmes…
Moi René Tardi prisonnier de guerre au stalag IIb
Je ne sais pas comment remercier mon collègue de travail qui m'a quasiment forcé à lire le premier tome de cette série. Grâce à lui j'ai pu lire cette magnifique bande dessinée qui est avant tout un ouvrage par lequel s'exprime le Devoir de mémoire. Celui-ci traite de la vie des prisonniers de guerre(à travers celle du père de Jacques Tardi) dans les camps allemands. C'est on peut le dire une période de l'Histoire de France qui a souvent été mise de côté ou en tout cas qui a très peu été abordée, que ce soit au cinéma ou plus encore en bande dessinée. J'ai failli ne pas lire ce récit historique car je l'avoue je n'ai été que rarement enthousiasmé par les ouvrages de Jacques Tardi sauf par le remarquable" C'était la guerre des tranchées". Si je n'accroche pas particulièrement avec les oeuvres de Tardi c'est que son dessin ne m'attire pas spécialement, voilà tout. Avant de continuer, je vais faire un bref rappel historique sur les prisonniers de guerre français sous le Troisième Reich. Au cours de la campagne de France (mai-juin 1940), 1 800 000 soldats français furent capturés par les troupes allemandes avant d'être internés dans différents types de camps. On doit distinguer les frontstalags, camps installés dans la France occupée (réservés en particulier aux troupes coloniales) et les camps établis sur le territoire du Reich allemand, les oflags (camps d'officiers) et les stalags (camps de sous-officiers et de soldats). Au nombre de 75 oflags et stalags étaient répartis dans les régions militaires allemandes dont ils portaient le numéro suivi d'une lettre ( Ia, Ib etc..). Celui qui nous interesse grâce à cet ouvrage est le stalag IIb, celui dans lequel le père de l'auteur fut interné durant 5 ans. Jacques Tardi revient donc sur la captivité de son père grâce aux notes que celui-ci avait prises durant son "expérience" particulière dans les camps de prisonniers de guerre. René a passé la plupart de son temps à observer ce qu'il se passait dans ce stalag, mais également ceux qui étaient passés dans ce camp. Ce que l'on peut en retenir en priorité c'est que la principale préoccupation d'un prisonnier est de se nourrir donc de survivre. Cela n'a donc rien de comique, d'ailleurs cette bd même si Tardi y fait un peu d'humour, n'a rien de drôle car la vie de ces hommes fut un enfer permanent. La mort est présente dans de nombreuses pages. L'auteur nous rappelle le destin tragique de certains prisonniers dont la seule faute était d'être russes ou polonais. Jacques Tardi n'oublie pas de nous rappeler un grand nombre d'évènements importants de la Seconde Guerre Mondiale comme des dates importantes (la fin de la zone libre en France ou le débarquement en Normandie) ainsi que des faits marquants comme l'extermination des juifs d'Europe mais aussi l'assassinat des officiers polonais en 1940 par l'armée russe à Katyn. L'auteur grâce à ce remarquable premier tome nous replonge dans ce passé trop souvent occulté. N'est-il pas vrai qu'il fut un temps où l'on avait honte en France de parler des prisonniers de guerre? Il valait mieux parler des résistants. Pourtant ils ont existé et il ne faut surtout pas l'oublier . Je ne reviendrai pas sur le dessin avec lequel j'ai du mal à accrocher, par contre j'ai beaucoup aimé que l'auteur se soit intégré au récit (sous les traits d'un enfant) en apparaissant aux côtés de son père et en lui posant un grand nombre de questions. Je ne peux donc que recommander la lecture de ce premier tome, certes volumineux, de cette superbe série car je suis presque sûr que la suite ne pourra qu'être aussi bien.
MangeCoeur
Un beau dessin, c'est toujours un (très bon) départ pour une BD agréable à lire. Et ici, c'est d'autant plus performant qu'il accompagne le récit par sa teneur. Les couleurs agréables, les formes et les décors colorés, les têtes et les zones d'ombres, tout est déjà en place dans le dessin avant qu'on s'en rende vraiment compte. Et le spectacle commence. On s'approche, on s'installe. Les présentations sont vite faites. Le grand-père dans le rôle de la victime, le jeune dans celui du sauveteur, la mère s'enfuit vite. Mais tout n'est pas fini, un acteur qu'on avait pensé inerte bouge. Et voilà que le chat ailé rejoint le héros. Il sera le mentor. La marionnette s'anime, le marionnettiste n'est plus. Mais qui tient les ficelles ? Il faut partir. Où ? A la foire. Là où se trouve le remède au Mangecœur qui dévore le grand-père. Oui, mais qu'est-ce que ce Mangecœur qui dévore les cœurs des pauvres gens ? Les métaphores ne semblent évidentes qu'après coup. Mais nous n'avons pas le temps de penser ! Le temps joue contre nous, le héros se dépêche, il faut y aller. Les actions s'enchainent. La foire est interdite aux enfants. Peut-être qu'il faut les protéger de ce qu'on peut trouver à l'intérieur. Car après tout, qui est véritablement méchant en dehors ? Et voilà que la foire ouvre ses portes. On y trouve de l'aide, des énigmes, des questions et peu de réponses, de la cruauté, de la douceur, des non-dits, et un Mangecœur. Au centre de tout. Au centre de quoi ? De la foire. La grande foire. Le lieu où tout est permis. On s'amuse, l'ambiance est coloré, on rit et on se distrait, mais tout est cloisonnée, des portes et des grillages sont fermés, des lieux ne sont pas accessible sans payer. Que cachent-ils ? Pourquoi ne pas laisser l'accès libre ? Et puis, qui est cette foule ? Des gens venus s'amuser ? Des visiteurs connus ? Et que viennent-ils faire ici ? Que cherchent-ils ? Ne sont-ils pas là que pour Benjamin ? Toute la foire n'est-elle pas que pour lui ? Qui l'a construite si près de chez lui, à un tir de canon près ? La foire remplie de joie, de festivités, qui cache tout aussi bien les dangers, les zones noires. Les coulisses s'ouvrent et ne sont pas belles, les masques tombent derrière le rideau. La féerie côtoie rapidement les moments dramatiques. La mort et la vie se disputent dans cet endroit. Et la nuit ne semble pas en finir, l'aube sera mortelle. Coup de théâtre, un nouveau personnage intervient. Il n'est pas dans l'histoire, juste en dehors, une ombre qui passe sans interagir. Il n'a pas sa place, mais il n'est pas à sa place. Il veut disparaître, mais ce n'est pas forcément aussi facile. Puis voilà qu'on découvre toute son importance. Les évènements se clarifient, les dessous commencent à transparaitre. On voit devine beaucoup de choses, peu est dit, mais tout ne doit pas être dit. Et lorsque le rideau tombe, on est surpris et en même temps conforté dans notre idée. C'est simple, mais efficace. Le spectacle (de qui ?) est fini, il est temps de rendre aux gens leurs liberté. La vie reprend, et voilà que tout se rejoint. Le final est éclatant de simplicité mais également, et tout simplement, beau. Lorsqu'on referme la BD, les images restent en tête. Tout ne semble pas clair. Ce qui se trouve derrière n'est pas dit explicitement. Et c'est d'autant mieux. Car n'a-t-on pas compris sans pouvoir l'expliquer ? Un sentiment qui trouble, comme un mot qui nous échappe. Il est là, présent dans la tête, mais refuse de s'échapper. Au final, quelle importance ? Il y aura toujours à comprendre à chaque fois. Les délires semblent réel, c'est ce qui compte. Décidément, Manu Larcenet a bien raison : la poésie rachète tout. La poésie sauve le monde. Et cette BD est un poème.
Univerne
Ouvrez votre esprit et imaginez un peu qu'un évènement de notre histoire ne se soit pas produit, imaginez-en les conséquences, imaginez l'impact que cela pourrait avoir sur nous aujourd'hui ... Et si ... Sur base de ce postulat, nous voilà plongés en 1851 à Paris. Napoléon Bonaparte a décidé de rester au pouvoir de force via un coup d'état et le jeune Victor Hugo ainsi que Pierre-Jules Hetzel ont fuit la France pour la Belgique, Malheureusement un soldat reconnait l'un d'eux et tue Pierre-Jules Hetzel ... et il ne deviendra pas l'éditeur des fabuleuses histoires de Jules Verne. 1862, Jules Verne ne trouvant pas d'éditeur assez courageux et fou pour l’éditer (donc pas de Voyages au centre de la Terre, de Michel Strogoff, De la Terre à la Lune, etc …) décide d’arrêter l'écriture et va se concentrer sur d’autres projets ; il veut et va rendre le monde meilleur grâce à son imaginaire et ses idées révolutionnaires. En quelques années il construit une île utopique du nom d'Univerne mais son avancée technologique, son idéologie, son modernisme agace ou attise l'intérêt de beaucoup de gens et même certains états. S'en suit un siège de près d'un an où L'Univerne est détruite et pillée, il n'en restera plus rien et Jules Nemo Verne est laissé pour mort. Les survivants ? A ce qu’il paraitrait ils sont partis vivre sur la Lune. Jules Verne était si extravagant! Aujourd’hui, l’an 1900, Paris, l'Exposition Universelle. Le monde a changé et Nikola Tesla écrase le monde de ses inventions novatrices. Une jeune journaliste féministe, Juliette Hénin, est là pour couvrir l'évènement mais aussi pour enquêter sur celle qui fut la maitresse de Jules Verne et qui lui a transmis un mystérieux message. Voilà l’intrigue posée dans ce premier opus ; et évidemment hors de question de vous lâcher le dénouement de ce premier épisode, à vous de le lire ;) Mélange d'Uchronie Steampunk et Testlapunk qui nous emmène dans un monde alternatif et l'imaginaire de Jules Verne, le tout saupoudré de coups de savate dans la France de fin du XIXe siècle. L'univers et l'histoire produite par Morvan est terrible, moi je suis un vrai fan je l'avoue et le dessin, la structure, le découpage et le style des couleurs utilisés servent à merveille l’histoire de ce premier tome. Morvan maîtrise très bien son histoire et nous emmène non stop dans la trame principale de l'histoire. Quant au dessin, on sent que Nesmo (? le fils de Nemo) maitrise son style de dessin (mélange de bd européenne avec une pointe de manga) pour certaines scènes mais qui colle très bien au style et aux couleurs; on en reste scotché parfois. Pour finir, c'est un petit bijou dont l'histoire et le dessin des plus atypiques nous fait vivre une aventure hors normes en parcourant certains sujets de l'époque tel que le féminisme, le modernisme, les alternatives. Une redécouverte des mondes de Jules Verne.... et un vrai petit plaisir visuel à lire et à regarder. Sans conteste un de mes petits coups de cœurs :)