Cet album se termine avec la mention « Ainsi se tut Zarathoustra est une œuvre de fiction inspirée de faits réels », qui fait référence à l’assassinat de Kasra Vafadari en 2005 en France, et au procès qui s’en est suivi. Kasra Vafadari (presenté ici sous le pseudo Cyrus Yazdani) était un spécialiste zoroastrien, et c’est cette ancienne religion ainsi que tout un pan de l’Histoire de l’Iran qui nous sont contés dans cette BD.
Dans la première partie de l’album Nicolas Wild se rend en Iran pour l’ouverture d’un centre culturel crée par Cyrus. Les amateurs du Kaboul Disco seront ravis, on y retrouve un Nicolas Wild en pleine forme (avec son humour bien particulier) lors d’un voyage touristique dépaysant au possible.
La deuxième partie, elle, s’intéresse au procès du meurtrier présumé. A ce titre la narration est beaucoup plus sédentaire voire encyclopédique, mais cette partie du récit m’a passionné. On en apprend beaucoup sur le Zoroastrisme, mais aussi sur la situation actuelle en Iran. Le gouvernement islamiste n’apprécie guerre les ouvertures culturelles vers d’autres religions, et est soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat de Cyrus (même si ça ne sera sans doute jamais prouvé).
Une histoire passionnante, très instructive et souvent édifiante… un album essentiel à ranger aux côtés de Persepolis pour celles et ceux qui souhaitent en apprendre plus sur cette région du monde.
Voici une œuvre profonde, dense, véritablement bien construite et réalisée avec soin : de la grande BD !!!
"Elmer" c'est d'abord un graphisme, légèrement typé comics, dans une veine assez réaliste. Le dessin est véritablement abouti, les planches sont joliment détaillées : l'encrage est vraiment réussi, assez chargé certes, mais le style général est vraiment agréable à regarder (même si dans l'ensemble, les poulets sont plus réussis que les humains).
Par contre, l'histoire est réellement géniale : cela faisait longtemps que je n'avais pas eu un tel coup de cœur pour une BD... Un jour, les poulets acquièrent la parole. Ce qui va suivre va chambouler le monde ; entre un génocide et une grippe aviaire, les poulets seront enfin considérés comme des humains, mais certains ont bien du mal à s'adapter, comme le personnage principal de l'histoire, ou est-ce de la faute des humains et d'une ségrégation ?
L'auteur ne va pas chercher à expliquer pourquoi et comment les poulets ont obtenu la parole, et c'est très bien, puisque derrière le côté scientifique farfelu, se cachent pleins de questions liées à la philosophie, à l'histoire, à l'éthique ou encore à la politique. Évidemment certains passages de l'histoire du père du héros rappellent quelques pages sombres de l'histoire (grandes pandémies, et surtout, la shoah et la solution finale métaphorisées ici par un abattoir), mais nous questionne aussi : éthiquement parlant, qu'est-ce qu'un humain (aujourd'hui, on croit pouvoir répondre à cette question grâce à la science, mais il y a quelques décennies, c'était aussi le cas, et on parlait bien de races...).
Bref, une excellente BD, magistrale, très intelligente et qui pose de bonnes questions d'actualité quoique qui peuvent déranger (après que des horreurs soient faites à un groupe d'hommes ou une ethnie, est-ce que les descendants doivent "pardonner" ?)
4.5/5
Oula … gros coup de cœur pour ce diptyque à la narration sans faille !
Pourtant je trouve le dessin assez inégal et au demeurant peu engageant. Mais bizarrement, on s’y fait, la mise en couleurs de qualité atténuant sans doute le trait approximatif. Mais quelle histoire les amis ! J’ai été littéralement happé par le scénario qui jongle avec les flash-back avec une aisance déconcertante. Le contexte n’est pas pour me déplaire … les années folles, un acteur muet rangé au placard avec l’arrivée du son, un meurtre non élucidé qui refait surface des décennies après, un soupçon de fantastique, un amour perdu, un cirque minable, des rapaces . . . C’est surréaliste comme ambiance mais on y croit. La sauce prend, et de quelle manière !
A lire sans réserve !
Suite du Chat du kimono, Tea Party m’a littéralement charmé.
L’histoire est captivante et fort originale : deux lords anglais, par l’intermédiaire de leur conseiller culinaire respectif, s’affrontent dans un match pour obtenir le meilleur thé et ainsi pouvoir briller dans la haute société londonienne.
Nancy Peña conserve beaucoup d’éléments du premier volume et notamment la plupart des personnages que l’on retrouve avec plaisir quinze ans après. Elle s’applique cette fois à leur donner davantage de consistance et de psychologie. Alice et Victor (les deux personnages principaux) sont d’ailleurs particulièrement soignés et intéressants.
Elle corrige au passage les défauts du Chat du kimono en proposant une narration plus classique qui sert une histoire bien plus aboutie.
L’atmosphère de ce Londres victorien est excellente, toujours soutenue par des dessins en noir et blanc magnifiques. Le ton de l’album est encore très singulier, oscillant entre conte fantastique et onirisme.
Drôle et envoûtant, Tea Party est à découvrir absolument. Je m’en vais de ce pas acheter la suite.
Un grand bravo à Nancy Peña pour ce superbe album! Coup de coeur mérité !
Encore une réussite de Thierry Gloris, une uchronie à peine mâtinée de steampunk où le fantastique et l’Histoire se mêlent à la perfection. J'ai vraiment eu la sensation de me retrouver dans un monde parallèle, souvent je trouve les uchronies artificielles et parfois même poussives, alors qu’ici je suis immédiatement rentrée dans l’univers proposé, ce monde m’a paru totalement authentique et indiscutable. Chaque évènement est à sa place, chaque personnage tient son rôle avec naturel voire même avec élégance.
La touche fantastique est aussi la bienvenue, dans ce monde finalement tout est possible alors pourquoi ne pas en profiter ? Et le détournement de l’Histoire n’est pas en reste, l’auteur joue avec elle comme un enfant avec de la pâte à modeler et on sent qu’il s’amuse, il la triture, la tord, la roule et l’aplatît pour nous proposer une version surprenante et ludique.
Par ailleurs, les deux tomes se terminent à un moment crucial du récit où le suspense devient insoutenable et palpitant.
Le choix du dessinateur, Emiliano Zarcone, fait aussi partie de l’aboutissement l’œuvre. Des personnages expressifs, des perspectives parfaites, et les couleurs bien qu’informatisées sont superbement maîtrisées, tout en finesse et avec profusion de détails.
Suite et fin
Je vais commencer par le dessin. Celui-ci est réussi tout au long de la série, certes ; mais la colorisation change un peu trop, même si chaque tome, encore une fois, est très beau. De ce côté-là j'aurais aimé un peu plus d'unicité.
Pour ce qui est du scénario, j'ai apprécié l’histoire dans son ensemble, mais ce qui m'a un peu déçue c'est que la part donnée à l'Histoire est un peu trop importante. J'aurais préféré un récit qui voyage dans l'Histoire mais sans vraiment participer à celle-ci, comme c'est le cas dans le premier tome et aussi un peu dans le second, mais qui prend trop d'importance à mon goût dans le dernier.
Néanmoins, cette série est très bien traitée et est à lire au moins une fois.
Tiens, de la SF un peu vintage, ça m'intéresse toujours.
Ici Serge Lehman s'est emparé d'un roman de Maurice Renard, sorti juste après la première guerre mondiale, lequel raconte une légende urbaine. Mais Lehman en a fait sa chose, l'enrobant dans son Hypermonde (qui comprend La Brigade Chimérique, entre autres), et en faisant également un large détour vers un autre roman de Renard, Le Péril bleu.
Le résultat est un récit foisonnant, peut-être un peu trop, avec de nombreuses références externes et internes à l'univers lehmanien. C'est du steampunk mâtiné d'uchronie, j'adore ce genre. Comme pour La Brigade Chimérique, c'est Gess qui officie au dessin, et son énergie ainsi que son trait classique fonctionnent à merveille dans ce récit très prenant et dense.
C'est un one-shot, mais la fin ressemble à un cliffhanger, nul doute que Lehman va encore enrichir son univers avec les personnages apparus dans ce segment. De quoi raviver la flamme de la collection Flambant 9, qui couvait sous les braises depuis quelques temps.
Je ne suis guère un inconditionnel des ouvrages de Vivès (seuls trouvent grâce à mes yeux Polina et l'irrésistible Les Melons de la colère), pourtant avec "Lastman", cosigné par Balk et Sanlaville, j'ai pris une véritable claque.
D'une part, il s'agit d'un formidable divertissement, comparé à tort dans la presse spécialisée à un manga (les magazines Zoo, DBD et CaseMate consacrent ce mois ci de longs articles sur cette nouvelle série). Le ton adopté est drôle, enlevé et enjoué (le personnage de Richard Aldana est riche en bons mots et possède un caractère d'un véritable ours), et j'avoue avoir passé un excellent moment à la lecture de ces presque 200 pages.
D'autre part, le dessin, même s'il n'est pas signé par Vivès, l'étoile montante de la bd actuelle, s'apparente à son style si particulier.
Avec ce premier volume, de nombreuses intrigues peuvent se développer avec le temps : d'où vient Richard Aldana? Comment vont évoluer ses rapports avec la très belle Mme Valba ? Comment va réagir le Maître Jansen ? Qui est ce mystérieux personnage s'intéressant au tournoi ?
Bref un premier volume prometteur et innovant dans la production franco-belge actuelle, qui mérite vraiment toute votre attention (le tirage initial étant prévu à 30 000 exemplaires, Casterman prévoit tout de même un succès éditorial) et qui sera suivi dans l'année 2013 par la parution des deux prochains volumes.
J'attends donc la suite avec impatience.
Une bien belle BD que voilà, bien qu'elle soit à mon avis très dure à lire.
C'est le genre de BD qu'on qualifie d'utopie, émanant d'une bande de doux dingues, lesquels ont rêvé un monde et l'ont créé. C'est une utopie assez ancrée dans son époque et totalement en accord avec les contestataires des années 70, faisant suite à mai 68. On rêve que la société change, qu'on arrête la course au progrès et qu'on trouve une autre voie.
J'ai eu du mal à lire cette BD, je dois bien l'avouer, principalement parce que le dessin est vraiment compliqué. Les enchaînements ne sont pas fluides, le texte déborde de partout, la façon de lire est changeante d'une planche à l'autre, et le tout ne se fait pas dans une suite logique. On mélange avant et après l'an 01, c'est un peu fouillis.
Par contre, j'ai adoré le fond de la BD, avec cet idéal de retour à une vie simple et communautaire, ces fameuses idées tellement géniales, tel que l'abandon des clés, le principe des vêtements et tant d'autres choses. J'ai trouvé l'ensemble vraiment très bon, avec plusieurs réflexions sur le fonctionnement de l'an 01, même si je ne pense pas que tout les aspects soient abordés.
Mais le top du top reste le fameux passage à l'an 01, ce fameux moment où on arrête tout et on repart à zéro après réflexion. C'est superbe comme idée, le top en matière de révolution pacifiste et sans accroc. Rien à faire, on s'arrête juste, comme ça, sans rien faire. Et puis on repart en réfléchissant. D'ailleurs plusieurs phrases m'ont marqué, notamment lorsque l'un explique que "Platon on en fait tout un plat, mais ça se laisse lire". La morale est vraiment sympathique, et j'ai bien adhéré à ces rêveries.
En fait, je dois dire que le seul problème de l'an 01, c'est la mise en page qui est assez peu lisible et n'aide pas à la lecture. Ça ne se lit pas comme une BD traditionnelle, mais les idées compensent ce manque et c'est ce qui importe véritablement au final. J'ai aimé, et j'ai encore en tête la poésie et la douceur dégagée par le livre. Le soleil qui revient en ce moment m'incite à me poser dehors et lire tranquillement, à réfléchir et faire la révolution poétique, au moins dans la tête. C'est déjà un bon début, non ?
J'ai adoré cette BD, autant d'un point de vue graphique que pour son histoire.
On sent un potentiel narratif énorme et j'ai vraiment aimé cette sensation de mondes imbriqués que l'on découvre à la fin.
Je regrette une fois de plus que ce tome doive rester sans suite surtout avec le nombre de questions soulevées par le scénario et qui resteront malheureusement sans réponse.
Je n'ai trouvé aucun blog de l'auteur et Soleil ne répond pas quand on leur demande si cette série verra une suite un jour. Après 5 ans, on peut raisonnablement penser qu'elle est bel et bien morte.
Attention, si vous avez l’impression que les personnages sur la couverture vous rappellent de célèbres héros de bandes dessinées, ce n’est pas une hallucination. Oui nous sommes bien en présence de quelques-uns des piliers du 9e art. Bon, à quelques détails près bien sûr. Ils ont vieilli, pris des rides, du ventre, des cernes, vous leur trouvez un air fatigué ou alcoolique, c’est normal. Une parodie ? Non mieux.
L’auteur est allé plus loin que la simple caricature trash. Il nous offre un remarquable détournement de personnages et de séries parmi les plus populaires qui soient. On a droit à des petites séquences qui mettent en scène à chaque fois des héros différents.
En vrac on va croiser Spirou et Fantasio qui s’inquiètent du changement de dessinateur, et qui changeront de tête au fil des planches. Un schtroumpf qui se sépare de sa compagne pour incompatibilité de communication, un Luky Luke qui perd la boule, … enfin inutile de tous les citer, allez plutôt lire cet album !
Les situations sont vraiment bien trouvées car on s’éloigne du contenu original et on déporte des marqueurs forts de ces séries dans un contexte inattendu. Ça marche vraiment. On retrouve une multitude de détails empruntés à l’original et réutilisés de manière astucieuse, systématiquement à bon escient, et du coup c’est toujours drôle.
L’humour fonctionne d’ailleurs super bien. Que ce soient les dialogues, les situations ou juste les clins d’œil, il y a matière à rigoler à chaque histoire. Certaines plus que d’autres, c’est vrai, mais il n’y a rien à jeter ici. Quand ce n'est pas les dialogues qui sont marrants, on pourra toujours s'amuser de la façon dont sont réutilisés tels ou tels aspects incontournables de l'original. Et en plus ce n’est pas vraiment gras, comme on pourrait le penser au premier abord.
Pour ne rien gâcher il y a des petits bonus qui eux aussi sont des références plus que sympathiques à d’autres BD : la première double page intérieure, les pubs pour de faux albums… Tout est bon !
Malin, drôle, très bien réalisé, chaudement recommandé.
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Ainsi se tut Zarathoustra
Cet album se termine avec la mention « Ainsi se tut Zarathoustra est une œuvre de fiction inspirée de faits réels », qui fait référence à l’assassinat de Kasra Vafadari en 2005 en France, et au procès qui s’en est suivi. Kasra Vafadari (presenté ici sous le pseudo Cyrus Yazdani) était un spécialiste zoroastrien, et c’est cette ancienne religion ainsi que tout un pan de l’Histoire de l’Iran qui nous sont contés dans cette BD. Dans la première partie de l’album Nicolas Wild se rend en Iran pour l’ouverture d’un centre culturel crée par Cyrus. Les amateurs du Kaboul Disco seront ravis, on y retrouve un Nicolas Wild en pleine forme (avec son humour bien particulier) lors d’un voyage touristique dépaysant au possible. La deuxième partie, elle, s’intéresse au procès du meurtrier présumé. A ce titre la narration est beaucoup plus sédentaire voire encyclopédique, mais cette partie du récit m’a passionné. On en apprend beaucoup sur le Zoroastrisme, mais aussi sur la situation actuelle en Iran. Le gouvernement islamiste n’apprécie guerre les ouvertures culturelles vers d’autres religions, et est soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat de Cyrus (même si ça ne sera sans doute jamais prouvé). Une histoire passionnante, très instructive et souvent édifiante… un album essentiel à ranger aux côtés de Persepolis pour celles et ceux qui souhaitent en apprendre plus sur cette région du monde.
Elmer
Voici une œuvre profonde, dense, véritablement bien construite et réalisée avec soin : de la grande BD !!! "Elmer" c'est d'abord un graphisme, légèrement typé comics, dans une veine assez réaliste. Le dessin est véritablement abouti, les planches sont joliment détaillées : l'encrage est vraiment réussi, assez chargé certes, mais le style général est vraiment agréable à regarder (même si dans l'ensemble, les poulets sont plus réussis que les humains). Par contre, l'histoire est réellement géniale : cela faisait longtemps que je n'avais pas eu un tel coup de cœur pour une BD... Un jour, les poulets acquièrent la parole. Ce qui va suivre va chambouler le monde ; entre un génocide et une grippe aviaire, les poulets seront enfin considérés comme des humains, mais certains ont bien du mal à s'adapter, comme le personnage principal de l'histoire, ou est-ce de la faute des humains et d'une ségrégation ? L'auteur ne va pas chercher à expliquer pourquoi et comment les poulets ont obtenu la parole, et c'est très bien, puisque derrière le côté scientifique farfelu, se cachent pleins de questions liées à la philosophie, à l'histoire, à l'éthique ou encore à la politique. Évidemment certains passages de l'histoire du père du héros rappellent quelques pages sombres de l'histoire (grandes pandémies, et surtout, la shoah et la solution finale métaphorisées ici par un abattoir), mais nous questionne aussi : éthiquement parlant, qu'est-ce qu'un humain (aujourd'hui, on croit pouvoir répondre à cette question grâce à la science, mais il y a quelques décennies, c'était aussi le cas, et on parlait bien de races...). Bref, une excellente BD, magistrale, très intelligente et qui pose de bonnes questions d'actualité quoique qui peuvent déranger (après que des horreurs soient faites à un groupe d'hommes ou une ethnie, est-ce que les descendants doivent "pardonner" ?) 4.5/5
La Voix
Oula … gros coup de cœur pour ce diptyque à la narration sans faille ! Pourtant je trouve le dessin assez inégal et au demeurant peu engageant. Mais bizarrement, on s’y fait, la mise en couleurs de qualité atténuant sans doute le trait approximatif. Mais quelle histoire les amis ! J’ai été littéralement happé par le scénario qui jongle avec les flash-back avec une aisance déconcertante. Le contexte n’est pas pour me déplaire … les années folles, un acteur muet rangé au placard avec l’arrivée du son, un meurtre non élucidé qui refait surface des décennies après, un soupçon de fantastique, un amour perdu, un cirque minable, des rapaces . . . C’est surréaliste comme ambiance mais on y croit. La sauce prend, et de quelle manière ! A lire sans réserve !
Tea Party
Suite du Chat du kimono, Tea Party m’a littéralement charmé. L’histoire est captivante et fort originale : deux lords anglais, par l’intermédiaire de leur conseiller culinaire respectif, s’affrontent dans un match pour obtenir le meilleur thé et ainsi pouvoir briller dans la haute société londonienne. Nancy Peña conserve beaucoup d’éléments du premier volume et notamment la plupart des personnages que l’on retrouve avec plaisir quinze ans après. Elle s’applique cette fois à leur donner davantage de consistance et de psychologie. Alice et Victor (les deux personnages principaux) sont d’ailleurs particulièrement soignés et intéressants. Elle corrige au passage les défauts du Chat du kimono en proposant une narration plus classique qui sert une histoire bien plus aboutie. L’atmosphère de ce Londres victorien est excellente, toujours soutenue par des dessins en noir et blanc magnifiques. Le ton de l’album est encore très singulier, oscillant entre conte fantastique et onirisme. Drôle et envoûtant, Tea Party est à découvrir absolument. Je m’en vais de ce pas acheter la suite. Un grand bravo à Nancy Peña pour ce superbe album! Coup de coeur mérité !
Waterloo 1911
Encore une réussite de Thierry Gloris, une uchronie à peine mâtinée de steampunk où le fantastique et l’Histoire se mêlent à la perfection. J'ai vraiment eu la sensation de me retrouver dans un monde parallèle, souvent je trouve les uchronies artificielles et parfois même poussives, alors qu’ici je suis immédiatement rentrée dans l’univers proposé, ce monde m’a paru totalement authentique et indiscutable. Chaque évènement est à sa place, chaque personnage tient son rôle avec naturel voire même avec élégance. La touche fantastique est aussi la bienvenue, dans ce monde finalement tout est possible alors pourquoi ne pas en profiter ? Et le détournement de l’Histoire n’est pas en reste, l’auteur joue avec elle comme un enfant avec de la pâte à modeler et on sent qu’il s’amuse, il la triture, la tord, la roule et l’aplatît pour nous proposer une version surprenante et ludique. Par ailleurs, les deux tomes se terminent à un moment crucial du récit où le suspense devient insoutenable et palpitant. Le choix du dessinateur, Emiliano Zarcone, fait aussi partie de l’aboutissement l’œuvre. Des personnages expressifs, des perspectives parfaites, et les couleurs bien qu’informatisées sont superbement maîtrisées, tout en finesse et avec profusion de détails. Suite et fin Je vais commencer par le dessin. Celui-ci est réussi tout au long de la série, certes ; mais la colorisation change un peu trop, même si chaque tome, encore une fois, est très beau. De ce côté-là j'aurais aimé un peu plus d'unicité. Pour ce qui est du scénario, j'ai apprécié l’histoire dans son ensemble, mais ce qui m'a un peu déçue c'est que la part donnée à l'Histoire est un peu trop importante. J'aurais préféré un récit qui voyage dans l'Histoire mais sans vraiment participer à celle-ci, comme c'est le cas dans le premier tome et aussi un peu dans le second, mais qui prend trop d'importance à mon goût dans le dernier. Néanmoins, cette série est très bien traitée et est à lire au moins une fois.
L'Homme truqué
Tiens, de la SF un peu vintage, ça m'intéresse toujours. Ici Serge Lehman s'est emparé d'un roman de Maurice Renard, sorti juste après la première guerre mondiale, lequel raconte une légende urbaine. Mais Lehman en a fait sa chose, l'enrobant dans son Hypermonde (qui comprend La Brigade Chimérique, entre autres), et en faisant également un large détour vers un autre roman de Renard, Le Péril bleu. Le résultat est un récit foisonnant, peut-être un peu trop, avec de nombreuses références externes et internes à l'univers lehmanien. C'est du steampunk mâtiné d'uchronie, j'adore ce genre. Comme pour La Brigade Chimérique, c'est Gess qui officie au dessin, et son énergie ainsi que son trait classique fonctionnent à merveille dans ce récit très prenant et dense. C'est un one-shot, mais la fin ressemble à un cliffhanger, nul doute que Lehman va encore enrichir son univers avec les personnages apparus dans ce segment. De quoi raviver la flamme de la collection Flambant 9, qui couvait sous les braises depuis quelques temps.
Lastman
Je ne suis guère un inconditionnel des ouvrages de Vivès (seuls trouvent grâce à mes yeux Polina et l'irrésistible Les Melons de la colère), pourtant avec "Lastman", cosigné par Balk et Sanlaville, j'ai pris une véritable claque. D'une part, il s'agit d'un formidable divertissement, comparé à tort dans la presse spécialisée à un manga (les magazines Zoo, DBD et CaseMate consacrent ce mois ci de longs articles sur cette nouvelle série). Le ton adopté est drôle, enlevé et enjoué (le personnage de Richard Aldana est riche en bons mots et possède un caractère d'un véritable ours), et j'avoue avoir passé un excellent moment à la lecture de ces presque 200 pages. D'autre part, le dessin, même s'il n'est pas signé par Vivès, l'étoile montante de la bd actuelle, s'apparente à son style si particulier. Avec ce premier volume, de nombreuses intrigues peuvent se développer avec le temps : d'où vient Richard Aldana? Comment vont évoluer ses rapports avec la très belle Mme Valba ? Comment va réagir le Maître Jansen ? Qui est ce mystérieux personnage s'intéressant au tournoi ? Bref un premier volume prometteur et innovant dans la production franco-belge actuelle, qui mérite vraiment toute votre attention (le tirage initial étant prévu à 30 000 exemplaires, Casterman prévoit tout de même un succès éditorial) et qui sera suivi dans l'année 2013 par la parution des deux prochains volumes. J'attends donc la suite avec impatience.
L'An 01
Une bien belle BD que voilà, bien qu'elle soit à mon avis très dure à lire. C'est le genre de BD qu'on qualifie d'utopie, émanant d'une bande de doux dingues, lesquels ont rêvé un monde et l'ont créé. C'est une utopie assez ancrée dans son époque et totalement en accord avec les contestataires des années 70, faisant suite à mai 68. On rêve que la société change, qu'on arrête la course au progrès et qu'on trouve une autre voie. J'ai eu du mal à lire cette BD, je dois bien l'avouer, principalement parce que le dessin est vraiment compliqué. Les enchaînements ne sont pas fluides, le texte déborde de partout, la façon de lire est changeante d'une planche à l'autre, et le tout ne se fait pas dans une suite logique. On mélange avant et après l'an 01, c'est un peu fouillis. Par contre, j'ai adoré le fond de la BD, avec cet idéal de retour à une vie simple et communautaire, ces fameuses idées tellement géniales, tel que l'abandon des clés, le principe des vêtements et tant d'autres choses. J'ai trouvé l'ensemble vraiment très bon, avec plusieurs réflexions sur le fonctionnement de l'an 01, même si je ne pense pas que tout les aspects soient abordés. Mais le top du top reste le fameux passage à l'an 01, ce fameux moment où on arrête tout et on repart à zéro après réflexion. C'est superbe comme idée, le top en matière de révolution pacifiste et sans accroc. Rien à faire, on s'arrête juste, comme ça, sans rien faire. Et puis on repart en réfléchissant. D'ailleurs plusieurs phrases m'ont marqué, notamment lorsque l'un explique que "Platon on en fait tout un plat, mais ça se laisse lire". La morale est vraiment sympathique, et j'ai bien adhéré à ces rêveries. En fait, je dois dire que le seul problème de l'an 01, c'est la mise en page qui est assez peu lisible et n'aide pas à la lecture. Ça ne se lit pas comme une BD traditionnelle, mais les idées compensent ce manque et c'est ce qui importe véritablement au final. J'ai aimé, et j'ai encore en tête la poésie et la douceur dégagée par le livre. Le soleil qui revient en ce moment m'incite à me poser dehors et lire tranquillement, à réfléchir et faire la révolution poétique, au moins dans la tête. C'est déjà un bon début, non ?
Home
J'ai adoré cette BD, autant d'un point de vue graphique que pour son histoire. On sent un potentiel narratif énorme et j'ai vraiment aimé cette sensation de mondes imbriqués que l'on découvre à la fin. Je regrette une fois de plus que ce tome doive rester sans suite surtout avec le nombre de questions soulevées par le scénario et qui resteront malheureusement sans réponse. Je n'ai trouvé aucun blog de l'auteur et Soleil ne répond pas quand on leur demande si cette série verra une suite un jour. Après 5 ans, on peut raisonnablement penser qu'elle est bel et bien morte.
Impostures
Attention, si vous avez l’impression que les personnages sur la couverture vous rappellent de célèbres héros de bandes dessinées, ce n’est pas une hallucination. Oui nous sommes bien en présence de quelques-uns des piliers du 9e art. Bon, à quelques détails près bien sûr. Ils ont vieilli, pris des rides, du ventre, des cernes, vous leur trouvez un air fatigué ou alcoolique, c’est normal. Une parodie ? Non mieux. L’auteur est allé plus loin que la simple caricature trash. Il nous offre un remarquable détournement de personnages et de séries parmi les plus populaires qui soient. On a droit à des petites séquences qui mettent en scène à chaque fois des héros différents. En vrac on va croiser Spirou et Fantasio qui s’inquiètent du changement de dessinateur, et qui changeront de tête au fil des planches. Un schtroumpf qui se sépare de sa compagne pour incompatibilité de communication, un Luky Luke qui perd la boule, … enfin inutile de tous les citer, allez plutôt lire cet album ! Les situations sont vraiment bien trouvées car on s’éloigne du contenu original et on déporte des marqueurs forts de ces séries dans un contexte inattendu. Ça marche vraiment. On retrouve une multitude de détails empruntés à l’original et réutilisés de manière astucieuse, systématiquement à bon escient, et du coup c’est toujours drôle. L’humour fonctionne d’ailleurs super bien. Que ce soient les dialogues, les situations ou juste les clins d’œil, il y a matière à rigoler à chaque histoire. Certaines plus que d’autres, c’est vrai, mais il n’y a rien à jeter ici. Quand ce n'est pas les dialogues qui sont marrants, on pourra toujours s'amuser de la façon dont sont réutilisés tels ou tels aspects incontournables de l'original. Et en plus ce n’est pas vraiment gras, comme on pourrait le penser au premier abord. Pour ne rien gâcher il y a des petits bonus qui eux aussi sont des références plus que sympathiques à d’autres BD : la première double page intérieure, les pubs pour de faux albums… Tout est bon ! Malin, drôle, très bien réalisé, chaudement recommandé.