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Couverture de la série Astérix
Astérix

Allez, pour mon 50ème avis sur le site, je m'offre Astérix ! Que dire sur le petit Gaulois qui n'a pas encore été dit ? je ne voudrais pas trop répéter ce que les autres posteurs ont dit. C'est incontestablement pour moi une BD de référence, celle avec laquelle j'ai grandi, celle qui m'a appris à aimer la Gaule et les Gaulois, à connaître les noms de villes romaines (Condate, Lutèce, Burdigala, Durocortorum...eh oui, ils étaient tous authentiques). Plus de 50 ans après sa création, c'est le plus gros succès éditorial de la BD francophone (et même française qui s'affranchit de toute belgitude), qui a vendu environ 325 millions d'albums (un Astérix tire aujourd'hui à 3 millions rien que pour la France, plus de 7 millions en Europe. Et pourtant, en 1961, Dargaud ne tire le premier album qu'à 6000 exemplaires, Goscinny et Uderzo étaient bien fébriles, car ce premier épisode est encore gauche, le dessin approximatif, les personnages mal définis, les éléments ne sont pas en place, puis peu à peu le succès s'installe, le second album, "la Serpe d'or", bien qu'encore mal dessiné, est tiré à 20 000 exemplaires. Astérix est donc devenu un héros majeur, voire même un véritable emblème national, les raisons de ce succès sont multiples: - la bande est une savante réécriture de l'Histoire qui mise sur le chauvinisme, des gags judicieux, des mises en boîte follement drôles, des clins d'oeil suggestifs, des anachronismes volontaires, des pastiches référencés et des parodies subtiles où l'humour de Goscinny fait mouche (le combat des Belges contre César, avec Astérix en pointe sur le dialogue d'un poème de Victor Hugo, ''L'expiation'', est un détournement bien trouvé, ou encore la partie de cartes à Massilia, beau clin d'oeil à Pagnol). - la bande se joue de l'Histoire, car les Romains sont grotesques, ridicules, de vraies têtes à baffes dont Obélix raffole. - les trognes à gros nez, surtout celles des Romains, très savoureuses (Ballondebaudrus ou Romeomontaigus...), sans oublier les noms rigolos. - la fibre patriotique retentit, surtout avec "le Bouclier Arverne", avec l'évocation de Vercingétorix; Astérix, c'est la revanche des Gaulois contre l'envahisseur romain. Et ça fait ressurgir tous les côtés franchouillards avec dérision, symbolisant ainsi un esprit français, qui étrangement fonctionne bien à l'étranger (nombreuses traductions), surtout en Allemagne où la bande connaît son plus gros tirage après la France; c'est assez étonnant quand on songe aux difficultés de traduction dans certaines langues de cet esprit gaulois, donc de cet esprit français, voire même cocardier. - le duo complémentaire parfait entre le héros champion du bien et le livreur de menhirs amateur de sangliers; Obélix au départ était le faire-valoir, mais il est vite devenu héros associé. - la lecture à plusieurs niveaux: en effet, les allusions gosciniennes et certaines subtilités sont souvent adressées aux adultes, les enfants appréciant la drôlerie des personnages et l'aspect visuel. La bande fait rire toutes les générations, toutes les classes sociales. Les enfants peuvent aussi apprendre l'Histoire antique d'une façon amusante avec les formules latines, les noms de villes, les dieux...tout est bien exact. - comme dans Tintin ou Lucky Luke, l'une des richesses de cette bande est sa galerie de personnages secondaires tous très typés; d'abord ceux du village gaulois avec des gags récurrents (les poissons d'Ordralfabétix, la voix d'Assurancetourix, les porteurs de pavois d'Abraracourcix, les bagarres , les séances de potion du druide...). Du côté des Romains, César fait des apparitions fréquentes le temps d'être gentiment ridiculisé. Mais le plus intéressant, ce sont les "guest-stars" de chaque album, tels Numérobis, Prolix, Gueuselambix, Jolitorax, Grossebaf, Alambix, Caïus Detritus....et quelques épisodiques comme Falbala ou Epidemaïs et le facteur Pneumatix. - Comme dans d'autres grosses séries vedettes, chaque aventure est constituée par des éléments immuables et récurrents: l'ouverture sur le village, le départ des héros vers une lointaine contrée, l'épisode amusant des pirates, une bagarre à cause des poissons d'Ordralfabétix, le banquet final, etc. - la parodie des stéréotypes liés aux particularismes régionaux et nationaux est exagérée mais comporte toujours une part de vérité: les Bretons buveurs d'eau chaude, les Arvernes parlant bougnat, les Massiliens joueurs de pétanque, les Ibères dansant le flamenco, les Grecs au profil légendaire, les Corses susceptibles, les Helvètes fabricants de coucous, les Normands et leur cuisine à la crème, les Belges et leurs carabistouilles.... Et bien-sûr les Gaulois qui sont montrés comme des bons vivants qui mangent bien, qui se disputent mais toujours prêts à rigoler. Tout ça est le fruit de la richesse humoristique de Goscinny. - le dessin d'Uderzo est en osmose avec son partenaire et ami, très expressif, riche de verve et bien affûté, qui se surpasse dans les décors fouillés de certains monuments (le théâtre de Condate dans Le Chaudron, le palais de César dans Les Lauriers, les édifices grecs dans Les Jeux...) et verse dans la drôlerie suggestive (le nez du Sphinx dans Cléopatre, ou la Statue de la Liberté dans La Grande Traversée). Uderzo fait aussi comme Morris de belles caricatures de célébrités (Lino Ventura en centurion, Chirac en spéculateur acharné, Sean Connery en espion Zérozérosix, Annie Cordy en femme de chef belge, Kirk Douglas en esclave Spartakis...). Tous ces éléments font qu'après 1965, la bande devient carrément une des lectures préférées des adultes, et non plus du seul public enfantin. On a beau connaître tous les albums par coeur, on les relit toujours avec plaisir, Astérix c'est intemporel, le temps n'a pas de prise sur cette BD, chacun a ses préférés; moi, personnellement, j'aime le Bouclier Arverne, Les Bretons (excellent dans sa description et le dialogue qui se joue de la langue anglaise, c'est bourré d'astuces verbales et de jeux de mots qui sont un rendu extraordinairement drôle de ce peuple), le Tour de Gaule (qui permet de nommer les différentes spécialités de notre beau pays; un album qui marque une étape, le dessin s'affine, les ingrédients sont en place, et c'est l'apparition d'Idéfix), les Belges (tout y est dans les clichés, clins d'oeil, allusions, du plat pays de Jacques Brel jusqu'à l'invention des frites), A. en Corse (où les auteurs ont capté toute l'âme de l'ile de Beauté), et Obélix et Cie (une réussite pour sa caricature de la spéculation économique). Voila, l'essentiel est dit, je n'épiloguerai pas sur les derniers albums, je serais moins sévère, car Chez Rahazade n'est pas si mal, et en plus, ça fait un pays que nos héros n'avaient pas visité; il reste la Chine qui serait une bonne idée plutôt que faire intervenir des extraterrestres. Par contre, je n'aime guère les films, y compris celui de Chabat, je préfère encore les dessins animés, malgré leurs défauts. Longue vie aux Gaulois par Toutatis !

11/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Edgar Poe
Edgar Poe

En 1981, Neptune édite un bel ouvrage rassemblant dix nouvelles d'Edgar Poe illustrées par cinq dessinateurs (couverture de Corben) et publiées entre 1965 et 1975 dans les magazines de James Warren, surtout Creepy. Le grand écrivain fantastique américain a toujours fasciné et tenté les illustrateurs, et ici, cette adaptation en BD tient ses promesses grâce aux pointures qui se sont attelées à la tâche. On trouve en effet la signature de Richard Corben sur Le Portrait ovale, Le Corbeau et Ombres; sa vision de l'univers de Poe se révèle poétique, conférant en même temps une force supplémentaire à ces nouvelles qui littérairement sont parfois surchargées de superlatifs. L'alliance entre les couleurs saturées et la mise en page constituée d'une succession de gros plans et d'inserts donne un ton incroyable au "Corbeau". Berni Wrightson se réserve la plus gothique, la plus torturée et la plus macabre des nouvelles de Poe: le Chat noir, toujours dans son style oppressant, à grands coups de clairs-obscurs et d'ombres, avec une incontestable maîtrise graphique. Personnellement, j'ai toujours adoré son style quand je lisais Creepy ou Fantastik. Bref, c'est du Poe pur jus où l'on frémit. Reed Crandall, comme Wrightson, travaille lui aussi à la plume, et livre avec le Coeur révélateur (au ton vraiment morbide) et la Barrique d'Amontillado deux récits angoissants, à l'esprit grinçant, même s'il procède à des ajouts. C'est du grand art. José Ortiz réalise avec vigueur le Puits et le pendule et la célèbre Double assassinat dans la rue Morgue ; son style dynamique hérité des longues années passées à oeuvrer dans les formats de poche pour l'Angleterre ou l'Italie, s'est bien adapté au climat fantastique de la Warren Publishing, il traduit bien l'angoisse insufflée par le génial écrivain. Seul Isidro Monès et son dessin surchargé sur la Vérité sur le cas de M. Valdemar et Bérénice accuse une légère faiblesse dans cet ouvrage, qui reste dans l'ensemble extrêmement positif. Amis de Poe, vous ne regretterez pas votre achat, ce très bel album de 96 pages étant devenu une véritable pièce de collection.

11/06/2013 (modifier)
Par PAco
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Temudjin
Temudjin

Baaaaffff !!!! Oulalalalalala... 3 semaines que je suis tombé sur cette BD et que je l'ai lue dans la foulée... et c'est maintenant que j'arrive à régurgiter ce que j'ai pris en pleine poire ! Le duo d'Antoine (Carrion au dessin et Ozanam à la plume) que j'avais déjà trouvé convainquant dans L'Ombre blanche parue il y a peu chez Soleil explose ici pleinement pour nous offrir un one-shot plus que bluffant, tant sur le récit que graphiquement. Petite perle perdue au milieu de la désertique steppe mongole, ou BD noyée sous la tsunamiesque production mensuelle, cet album a failli échapper à ma curiosité et ne doit son "salut" qu'au bon goût d'un libraire que je ne visite pas plus que ça d'habitude. Comme quoi, changer de crèmerie, ça peut aussi avoir du bon :) Interpellé par le nom d'Ozanam, j'ai mis un temps à retrouver pourquoi ce duo d'auteurs me disait quelque chose... et j'ai ouvert l'album... [BAMMM] C'est là que le talent d'Antoine Carrion vous claque. J'suis pas spécialement le genre à tendre l'autre joue, mais là j'avoue, j'me la suis joué SM histoire d'en reprendre plein la gueule ! Rhaaa, rarement un album one-shot m'aura envouté à ce point ! C'est même la première fois que je mets un 5/5 à un album tout frais sorti. Une fois réussi à s'extirper de l'hypnotique couverture, le coup de crayon, le découpage et la magnifique colorisation vous choppent au colbac pour vous transporter entre steppes, monts et vallées, transes, rêves et cruelle réalité avec en filigrane les traces laissées par l'autre Temudjin, plus connu sous le nom de Gengis Khan. Je n'en dirais pas plus sur l'histoire, je vous laisse tout comme moi le plaisir de la découvrir, comme une nouvelle contrée qu'il va vous falloir traverser... C'est donc cette fantastique épopée, la naissance de cet autre Temudjin que nous allons suivre. Et Antoine Ozanam le fait avec talent. Cette aventure où le fantastique s'invite par le biais du chamanisme et des légendes, nous immerge dans cette autre planète des steppes mongoles et son mode de vie si éloigné du notre. Mais loin d'être perdu dans ce récit assez intemporel où Légende et Histoire se tirent la bourre, on se sent presque chez soi à courir derrière cette vitale soif de liberté. Merci donc aux auteurs pour ce GRAND bol d'air pur, d'aventure, de transe et de voyage et cette magnifique invitation à la réflexion sur la prédestination. Je n'oublie pas non plus l'excellent travail de l'éditeur : grand format, qualité de papier et petit supplément sous forme de conte illustré qui clôt à merveille ce petit bijou. A lire sans faute !

11/06/2013 (modifier)
Par Ducky
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Cinq mille kilomètres par seconde
Cinq mille kilomètres par seconde

Je suis avant tout surpris quand au nombre d'avis négatifs, voire durs, sur cette oeuvre. Qu'elle soit primée ou non a Angoulême m'importe peu, ce qui m'importe c'est ce qu'elle me fait. A l'inverse de pas mal de gens ici, j'ai été pour ma part subjugué par le dessin, d'une beauté rare. Chaque case est un tableau, j'aime à l'ouvrir pour en admirer les planches (j'ai eu la même sensation pour Ibicus, ou encore le bleu est une couleur chaude). J'aimes les histoires de vie, mais il n'y a pas que çà, ça parle de relations humaines et çà en parle bien. J'entends des comparaisons avec Kundera, autant je peux m'emmerder sec avec Kundera, autant là j'ai été happé, et ma lecture m'est resté longtemps en tête, autant l'histoire, touchante, que le graphisme. Je mets un 4,5 (arrondi au dessus), parce que c'est un coup de coeur, et parce que c'est une de mes plus belles lectures de ces dernières années. On a pas l'occasion de voir tous les jours des bds de cette qualité. N.B : j'aurais aimé voir si les notes auraient été les mêmes si cette BD n'avait pas été primée à Angoulême et si ce prix n'avait pas déchaîné les passions.

10/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Murena
Murena

Avis après lecture du tome 9 Murena, c'est rebutant de prime abord, mais l'intrigue se met en place en fin de premier tome. Ici, il ne s'agit pas vraiment d'action, on est plus dans la psychologie du personnage et le cynisme des intrigues. Prenant place dans la Rome antique, sous le règne de Néron, nous suivons les vies et morts de plusieurs protagonistes qui vont se croiser, s'aimer et se déchirer dans un moment charnière du monde, entre le déclin de l'empire romain et l'apparition du christianisme. La force du récit, c'est de mêler fiction et réalité, en guidant d'une part le lecteur vers une approche documentaire de la période tout en apportant une bonne dose de divertissement à base de violence, de sexe, de trahison et autres retournements de situation astucieux. Quand le tout est porté par un dessin fin et dynamique, à la beauté esthétisante, on touche au sublime dans le genre, ne souffrant d'aucune baisse de régime jusqu'à présent.

10/06/2013 (modifier)
Par fabfab00
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série De Cape et de Crocs
De Cape et de Crocs

Une bande dessinée qui sort de l'ordinaire, voilà la première pensée qui me vient à l'esprit pour parler de "De Cape et de Crocs". Les dialogues sont superbes, inspirés du théâtre du 17è siècle sans pour autant être pénible à lire pour ceux qui n'en raffolent pas, et nos héros nous entraînent dans des aventures rocambolesques et bourrées d'humour! Le dessin pour sa part n'est pas en reste, j'aime beaucoup la colorisation, avec un choix de couleur dominante par page ou double-page qui donne un rendu magnifique. Si je dois faire un petit reproche à cette série c'est qu'un ou deux albums de la série sont un peu en-dessous des autres pour le scénario(plutôt vers la fin), mais attention, nous parlons ici d'une série qui place la barre très haut à chaque volume! Dessin: 4.75/5 Scénario: 5/5 (vol 1-7) 4/5 (vol 8-10) Global: 4.5/5 Je recommande bien-entendu!

09/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Moi René Tardi prisonnier de guerre au stalag IIb
Moi René Tardi prisonnier de guerre au stalag IIb

Il y a des séries dont la lecture vous laisse un sentiment particulier, vous change, titille votre esprit au point que vous y repensez souvent. Ca été le cas pour moi avec cette série, véritable coup de coeur. Pourtant, un peu déçu par Adèle Blanc-Sec du même auteur, qui constituait alors ma seule expérience avec Tardi, je n'attendais pas grand chose de cet album, juste de la curiosité, attisée par les avis favorables du site. Tout d'abord, la couverture est remarquable, d'un rouge pétant, elle saute au yeux, c'est la couleur du sang, tant versé à cette époque qu'elle en a dégoûté la famille Tardi, père et fils, les deux personnages principaux de ce récit biographique. Le rouge est présent par petites touches dans cet ouvrage en noir et blanc, ce qui permet de souligner un détail particulier comme un drapeau nazi dans les rues de Berlin par exemple. J'ai beaucoup aimé la façon dont la narration était menée. L'idée pour l'auteur de se mettre en abyme en tant qu'enfant, aux côtés de son père, tout au long de l'histoire, est fantastique. On sent bien que Jacques Tardi redécouvre son père dans cet ouvrage, et qu'il a eu une relation très particulière avec ce dernier, René, dont le caractère a été changé par des années de détention, puis par l'absence de reconnaissance, voire un certain dédain envers lui après la guerre. La richesse de ce témoignage authentique est inestimable. On apprend que les faits, authentiques, retranscrits dans les années 80 par René Tardi sur des cahiers d'écolier, ont été à peine modifiés. On sent que ce travail, mené en famille, a mûri longtemps, comme un bon vin se bonifie. J'ai donc dévoré cette série, avide que j'étais de savoir ce qui s'était passé dans ces Stalag, au sujet desquels on parle peu, car en effet, de cette guerre, on parle beaucoup des résistants et des camps d'extermination, mais pas de ces camps là, dont les conditions de vie était très rudes elles aussi... J'ai apprécié le fait que l'humour n'était pas totalement absent de cet ouvrage pourtant pas spécialement gai. J'ai beaucoup aimé l'anecdote de "Hello boy (prononcer bois !)", très drôle, preuve supplémentaire s'il en est besoin, que l'humour est un don permettant parfois de s'évader du quotidien le plus morne. Amateur d'histoire, cette lecture m'a donné envie d'en savoir plus sur mon propre grand-père. J'ignorais qu'il avait fait toute la guerre dans l'armée française puis l'armée alliée, et son périple a été hallucinant. Je découvre les témoignages concret de cette époque, son livret militaire, sa croix de la guerre du désert, son sarouel, vestige de la progresion des alliés vers le nord est africain. Cette lecture m'a passionné, changé quelque part, et m'a fait découvrir une facette de ma propre famille que je ne soupçonnais pas. Inoubliable pour moi... (213)

08/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Comanche
Comanche

En BD réaliste western, il y a Blueberry devant, et juste après, Comanche se hisse pour moi très prés. C'est dommage que cette série ait été un peu sabordée par Hermann qui à l'époque dessinait déjà comme un dieu, pour se consacrer à Jeremiah et d'autres Bd indépendantes, je trouve que Greg aurait dû conclure après 8 albums. Quoi qu'il en soit, c'était une de mes séries préférées dans le journal Tintin, et en fan de western, j'y retrouvais plein d'images cinématographiques. Hermann va atteindre une perfection avec Comanche, et l'influence de Giraud est totalement assimilée, le trait est ici plus puissant, de même que l'influence du cinéma se reconnaît dans le découpage, les décors et les images cultes (voir la première apparition de Red Dust qui est un clin d'oeil évident à John Wayne dans "la Chevauchée fantastique" ; même posture du gars avec sa winchester et sa selle faisant signe à la diligence). A la différence des autres grandes séries de l'époque comme Blueberry ou Jerry Spring, Comanche c'est le western de la terre, car c'est d'abord la vie d'un ranch situé près de la bourgade de Greenstone Falls au Wyoming ; l'action tourne donc presque essentiellement autour de cet environnement qu'il faut rendre attractif pour retenir le lecteur. Greg, avec son génie habituel, impose des personnages solidement typés : Comanche est une jeune et jolie métisse qui a hérité de son père le Tripe Six, elle garde longtemps son tempérament farouche qui l'aide à supporter l'adversité. C'est alors qu'apparaît un jour le rouquin frisé Red Dust, sorte de cowboy tête brûlée à la force tranquille, qui a roulé sa bosse un peu partout dans l'Ouest. Très vite subjuguée par cet inconnu très habile au revolver, Comanche lui offre la place de contremaître, et entre eux vont naître des sentiments que Greg sera obligé de réfreiner (on est en 1969, et la série est publiée dans un hebdo pour la jeunesse). Mais Red va en plus acquérir une épaisseur et devenir le vrai héros de la série. D'autres personnages gravitent autour de ce faux couple pour égayer quelques séquences et donner encore plus de corps aux récits. Après un ton classique centré autour du ranch, Greg décrit un Ouest en pleine mutation, la jeune métisse est récupérée par la bourgeoisie montante et n'a plus rien de la fière rebelle au grand coeur des débuts, de même que Dust est lui aussi happé par le système en développement et devient sheriff de Greenstone Falls qui s'agrandit et reçoit le chemin de fer, il est donc responsable d'une communauté. Cet aspect est très bien démontré au fil des albums, et les derniers récits atteindront ainsi une curieuse ambiguïté. Le succès rejaillit sur Hermann, mais en 1982, il décide de se consacrer à des séries plus personnelles ; repris par Rouge, la série perd un peu en aura, mais le tout forme un ensemble d'une grande richesse, très plaisant à lire, n'hésitez pas un instant, c'est de la grande BD, surtout les 4 premiers albums qui forment un cycle tout à fait prodigieux.

06/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Cité 14 - Saison 1
Cité 14 - Saison 1

Pour un gros lecteur et collectionneur de bds comme moi, il est rare de découvrir une série dont il était totalement passé à côté. Outre ce plaisir déjà non négligeable quand cette découverte est brillante c'est encore mieux. Pour être franc, cela fait longtemps qu'une série bd surtout écrite et dessinée par des français ne m'avait pas autant enthousiasmé. J'ai dévoré la première intégrale en une soirée et j'ai couru dès le lendemain matin acheter la deuxième qui fut lue le soir même. Le gloubi boulga concocté par les auteurs m'a rassasié comme rarement. Il n'est pas facile de réussir une alchimie entre différents genres sans que cela paraisse indigeste, parodique ou vain. Le tour de force des auteurs est d'avoir créé un univers cohérent à travers cette cité 14 qui semble être la cité de tous les possibles. Des personnages humains côtoient des personnages anthropomorphes. Des aliens échoués sur cette planète vivent pour la plupart dans un ghetto qui n'est pas sans rappeler celui du film District 9. On croise des chats qui lévitent et hypnotisent, un superhéros superméchant, un gangster cerf unijambiste, un crapaud mafieux et ses sbires têtards, des tueurs grabataires et séniles, un éléphant déformé etc. L'univers décrit est un mélange de polar à la Dick Tracy, un hommage à la Sf de sérieB , de comics de superhéros. On trouve même une tour gigantesque dont l'architecture totalement folle n'est pas sans évoquer les œuvres de Schuiten et Peeters. Devant tant de folies, on pourrait craindre que les auteurs aient oublié de mettre un fil conducteur ou qu'ils ne sachent pas vers ou faire aller leur histoire. Et bien non malgré les différentes orientations prises par l'histoire, tout est maitrisé et on peut considérer que l'histoire est bien conclue avec la fin de la seconde intégrale bien qu'on espère une suite dans ce merveilleux univers. Jusqu'ici il n'y avait que les comics comme Bone ou ceux de Kirkman qui me semblaient avoir réussi à tirer des histoires lisibles d'univers si barrés. En conclusion un véritable coup de coeur. 4.5/5

06/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Durango
Durango

En tant que fan de western hollywoodien et spaghetti, je ne peux que conseiller cette splendide création de Swolfs que je place un cran en-dessous de Blueberry, mais à l'égal des meilleures BD western comme Comanche, Buddy Longway ou Mac Coy. La bande est fortement influencée par le western italien et surtout le personnage de l'étranger au cigarillo qu'incarnait ce bon vieux Clint dans les films de Sergio Leone : pistolero solitaire peu loquace et quasi énigmatique qui use de son arme d'une façon redoutable, chapeau à large bord qui cache un regard ténébreux, barbe de 3 jours, aspect crasseux...bref, une série de clichés qui sont repris de façon magistrale par un dessinateur au mieux de sa forme, alors que c'était sa première grande série. Tout semble inspiré par Clint, puisque Durango venge son frère Harry comme le faisait Clint dans "l'Homme des hautes plaines". Graphiquement, le dessin de Swolfs est proche de celui de Giraud, en plus vigoureux; il profite du travail accompli par Gir et Hermann sur leurs séries, en intégrant l'univers du western spaghetti très à la mode encore au début des années 80, avec des cadrages, un découpage, un ton cinématographiques, et des codes bien précis qui donnent indéniablement une ambiance; il ne manque plus que la musique de Morricone. Le premier épisode, "Les Chiens meurent en hiver" est quasiment un décalque du "Grand Silence", western étrange de Corbucci, interprété par J.L. Trintignant et Klaus Kinski dans un décor neigeux; Swolfs reprend l'idée et donne la physionomie de Kinski au méchant qui s'oppose à Durango. Par la suite, d'autres personnages auront des visages d'acteurs, et l'on guette les clins d'oeil (tel celui de l'album "Piège pour un tueur" où l'on aperçoit la silhouette d'Eastwood avec son poncho). Il n'est pas étonnant que Thierry Girod ait repris cette série, il a dû d'ailleurs s'en inspirer pour créer sa propre série Wanted, au ton très proche. Croyez-moi, les amateurs du genre ne seront pas déçus avec Durango, c'est une très belle collection à constituer, un vrai plaisir à lire et à relire.

06/06/2013 (modifier)