Je vais essentiellement parler du 1er cycle. Le 2ème est bon mais nettement moins fort et le 3ème, je ne l'ai pas lu.
Cette série est une pure merveille, un chef d'œuvre de féerie et de mystère. Les 2 premiers tomes sont les plus sombres, étranges. Les marais mystérieux puis la "prison". Le suspense est proprement insoutenable. Mais où se trouve Arthis, pourquoi est-il là ? le dessin de Vicompte n'est certes pas parfait mais il dégage une formidable intensité et l'architecture labyrinthique de la "prison" est proprement ahurissante.
Puis le dessin s'améliore de pages en pages. C’est très délicat, très féminin dans les visages. Très "princes et princesses" mais cela s'accorde parfaitement au récit très fort de Makyo avec de vrais moments d'intensité dramatique, essentiellement en ce qui concerne les tourments amoureux des personnages (de vrais fleurs bleues Makyo et Vicomte :)) Les couleurs plutôt pales s'accordent également à merveille avec la tonalité romantique de ce récit.
J'ai également beaucoup aimé les passages du roi perdant la mémoire ou du nain avec la pierre de folie cousue sous sa peau. Le final avec ce nain est également très beau, très fort.
Pour ce qui est du 2ème cycle je l'avais beaucoup aimé lorsque j'étais jeune, moins quelques années après. Le 1er album est très bon (autant que le 1er cycle) puis après cela devient plus banal. On a l'impression d'avoir déjà vu ça (l'état morbide transposé en Inde, en moins fort). Les dessins d'Herenguel sont plutôt bons, dans la même veine classique que Vicomte mais moins marquants. Mais bon rien de honteux.
Cette bd j'ai mis longtemps à la lire. Des années ! Tellement célébrée partout comme un chef d'œuvre que cela ne me disait rien du tout. Et puis un jour je me suis mis à la lire et là le choc ! Un chef d'œuvre. J'ai été transporté par cette poésie douce-amère, cet univers poétique et plutôt triste où le pauvre héros vit dans une maison minuscule (un placard) construite sur un mur labyrinthique autour d'une propriété qu'il prétend posséder (ou qui lui revient de droit, je ne sais plus). Il ne peut descendre car il y a les chiens en bas. Il reluque la fille des voisins le soir après avoir mangé sa boite de conserve et téléphoné à sa mère (qui est morte). C'est triiiiiste ...
Les dessins sont magnifiques (superbe noir et blanc). L'intrigue n'est jamais ennuyeuse. Ce monde surréaliste est un enchantement. LE roman graphique culte (avec Silence).
Un chef d'oeuvre de la bd ! Tout a été dit sur cette très grande série mêlant enquêtes policières et fantastique avec un génie rarement égalé. Mélange de policier et de fantastique ne lésinant pas sur le gore parfois (momie en folie, une boucherie ! ) le tout dans un Paris très finement reconstitué (Tardi étant un spécialiste sûrement incollable sur le sujet).
Quand je vois l'avis général de 3 étoiles je ne comprends vraiment pas !
De plus les personnages sont vraiment hauts en couleurs. Adèle tout d’abord: belle et sévère, tirant constamment la gueule avec un humour pince sans rire et fumant clopes sur clopes. Les affreux sont également toujours géniaux avec leurs gueules déformées. Absolument pathétiques sous ces allures de savants fous.
Les intrigues sont toujours palpitantes et mènent presque toujours à d'obscures rites sataniques la nuit dans les endroits célèbres de Paris comme le musée du Louvres, le cimetière du père Lachaise ou les catacombes. Et il y a toujours ce second degré et cet humour noir typique de Tardi.
Nette préférence pour « Le démon de la tour Eiffel » et surtout « Momie en folie ».
Culte ! Fantastique ! Désopilant ! Intelligent ! Unique par son style et sa conception ! Que dire : c'est sans doute ma BD préférée ! Même s'il ne faut pas la dissocier de toute l'œuvre de Donjon, ça reste mon cycle favori !
Les 2 premiers tomes (qui sont également les 2 premiers publiés) sont fabuleux, et j'ai du mal à comprendre que l'on adore pas forcement. J'aime cette amitié naissante entre Herbert, anti héros par excellence, et Marvin, monstre végétarien aux croyances surprenantes. Tout ça sous l'oeil d'un gardien devenu cynique après la mort (non relatée à ce jour) d'Alexandra.
Et après des années de disette, Tronsfar vont enfin reprendre la plume pour continuer cette fabuleuse série. Ce sera avec 2 "Crépuscule", mais je ne désespère pas qu'ils décident enfin de clore les zéniths.
Heureux ceux qui n'ont pas encore découvert cette série : que du bonheur en perspective !
Essayez de lire les BD dans l'ordre de parution : ça me semble plus intéressant.
Une série qui m'a transporté durant mon enfance et que j'ai dû lire une bonne vingtaine de fois. C'est un peu du Harry Potter avant l'heure mais empreint de l'atmosphère des mythes et des légendes wallonnes. Pour ceux qui découvrent cette bd maintenant, il ne faut pas se laisser rebuter par le graphisme franco-belge du 1er tome, faussement enfantin. C'est une histoire d'aventure grand public certes, mais empreint d'une vraie noirceur par moments. Certains passages sont presque cauchemardesques quand on lit ça enfant (le masquereur, le duc qui poignarde son fils à la fin du 3ème tome, "tête de cochon" qui pourrit sur place). Les dessins (malgré des couleurs d'imprimerie, typique de la bd franco-belge) sont d'une très grande richesse. Les architectures tarabiscotées des ruelles moyenâgeuses, les couloirs du pensionnat, et surtout les masques présents un peu partout tout au long des 4 tomes sur les visages des personnages, sur les façades des maisons, font partie intégrante de ce monde.
Les "vilains" sont très réussis. En particulier le duc, terrifiant, Satrape le masquereur, tête de cochon, Kargus le fils du duc, Elno ...
L'histoire est haletante jusqu'au tome 3. Le tome 4 est un peu en trop et donc pas indispensable.
Une série un peu oubliée de son auteur par rapport à La Vache plus parodique et second degré.
Bref un petit chef d'oeuvre de la bd, injustement méconnu. Pour les jeunes parents : faites lire cela à vos enfants (à partir de 8, 10 ans, ils vont adorer).
Série magnifique. Le monde inventé par Cabanes est réellement magique. Peuplé de dizaines de petites créatures plus étranges les unes que les autres, il nous prend par la main et nous sommes entrainés comme dans un rêve, à travers les chemins de ce monde parallèle au nôtre, le pays du rêve. Un monde réellement labyrinthique avec ses codes (plutôt absurde et surréaliste) et son dialecte tout " mi-mi ".
Les dessins sont magnifiques, surtout les tomes 2 et 3 pour ma part (Claire Wendling s'en inspirera pour ses "Lumières de l'Amalou" avec Gibelin). Une merveille de petits chemins, de villages provençaux à moitié abandonnés et habités par ces étranges créatures que sont les joles, les antis joles, les zimphes ... exactement comme dans un rêve ou un paysage familier est parasité par des éléments étrangers et étranges. La lumière est douce, les cieux sont étoilés comme une nuit d'été, les animaux sont espiègles, la narration est originale et très décalée. Bref c'est magique !
Je ne possède que le tome 1, 2, 3 et 4 et je n'ai donc pas lu la suite qui se poursuit sur 2 autres tomes je crois et qui sont apparemment bons. Donc je reste sur ces 4 premiers tomes (dans leurs jolies éditions originales).
Un chef d'oeuvre de la bd (surtout les 2 premiers tomes). Le romantisme à l'état pur, gothique, désespéré, sombre, presque fantastique. Certaines planches sont parmi les plus belles de la bd. Des ciels gris lumineux, l'orage qui gronde, la campagne humide ou enneigée, le manoir... la scène d'amour torride dans le caveau du père, la folie de la soeur... Je préfère nettement quand l'histoire se passe dans la maison familiale plutôt qu'à Paris, c'est pour ça que je préfère les 2 premiers. Bien que le 3 et le 4 soient très bons également. Ensuite je n'ai pas lu mais les albums récents que j'ai feuilletés, je n'ai pas du tout aimé les dessins, trop hyperréalistes.
Quelle excellente idée, les éditions Seuil ont eue, quand elles ont réuni la quasi-intégralité des histoires de Rodolphe Töpffer, en 3 volumes.
Rodolphe Töpffer ? Vous voyez pas ! Bien avant "Spirou", "Tintin", Zig et Puce, "Superman" ou encore "Little Nemo" et Bécassine, il y eu 8 (si mes souvenirs sont bons) histoires, la première parue en 1833, sous la plume d'un grand monsieur : Rodolphe Töpffer, considéré comme l'inventeur de la Bande dessinée.
Et rien que pour ça, moi, en tant que grand fan de cet art, je respecte et j'avais envie de lire ces œuvres.
Et dans les 8 histoires écrites et dessinées par Töpffer, deux seulement ne sont pas reprises dans ces 3 volumes, et c'est dommage, je ne serais pas contre la sortie d'une autre 'intégrale Topffer".
Bon et bien, pour les premières vraies BD, c'est loin d'être mauvais.
Le graphisme, même si souvent maladroit, nerveux, grossier et tremblotant (à mes yeux modernes de lecteur), est dans un genre fouillé, détaillé et assez drôle, qui, en tenant compte de son âge est assez bon, drôle et intéressant à regarder. Il ne faut pas trop en demander, c'est sûr, mais dès l'histoire de Monsieur Vieux-Bois, on a droit régulièrement à de beaux décors. Même si les visages ne sont pas beaux, c'est détaillé et lisible. Et on retrouve déjà quelques codes de la BD plus moderne.
La deuxième histoire du dernier album (l'histoire de monsieur Cryptogame) est en fait inachevée : c'est le 1er jet de l'histoire (l'équivalent du crayonné chez les auteurs actuels) que l'on peut lire et cela se voit bien. En plus des ratures dans le texte, le dessin à partir de la moitié de l'histoire est moins lisible, plus simple, moins travaillé, encore plus grossier, etc...
De plus, et dès la première histoire, les travaux de Topffer sont bien des BDs au sens elliptique de la narration du terme, on est loin d'être en présence d'un texte illustré, et y dissocier les deux vous ferait perdre un bon pourcentage de gags...
Car oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, les gags font encore mouche : les scénarios sont bons. Ils peuvent paraître linéaires, mais il y a pleins d'idées de bons gags. Töpffer utilise avant tout le comique de répétition (qui fait effet), les satires de la société de l'époque, mais aussi le comique de mot ou de geste (évidemment là c'est moins subtil). Mais dans ces longues histoires, il y a aussi plein de rebondissements ce qui donne aussi de bonnes BDs d'aventure. On ne s'ennuie vraiment pas.
La meilleur histoire de ces 3 albums est "Le docteur Festus", où l'auteur utilise au maximum tous ses procédés comiques (il y a pleins de procédés : comique de répétition, quiproquo, comique de situation, caricature de la société, l'absurde et même de l'humour s'éloignant des bonnes mœurs) ; j'ai vraiment beaucoup ri lors de ma lecture. L'histoire est incroyablement drôle (je me souviendrai longtemps de la représentation de la force armée suivant l'uniforme que fait l'auteur), et va mettre un bazar monstre dans l'univers créé : Une perle !
Bref, on passe un bon moment et on s'instruit devant cette bonne œuvre d'un autre âge, c'est étonnant comment elle foisonne de qualité en comparaison avec son âge.
Grâce aux éditions Seuil, je sais maintenant que dès l'invention de la BD, il y avait d'excellentes BDs qui ont aujourd’hui peu vieilli.
De toute manière, l'œuvre qui a crée l'une de mes plus grandes passions, et dont, grâce à elle, a découlé toutes ces heures de bonheurs que j'ai eues avec d'autres livres, ne peut mériter moins que la note que je lui aie mise ; c'est à dire 5/5. Je conseille ces livres à tous les amateurs de BDs qui s'intéressent aux origines du support (je comprendrai parfaitement le contraire, comme je comprends le non cinéphile, qui se fout de voir des films des frères Lumière), c'est-à-dire, à tous les inscrits de ce site.
Après A bord de l'Etoile Matutine, Riff Reb’s nous livre ici une nouvelle perle...
Il n’est clairement plus possible pour moi de passer à côté des ouvrages de cet auteur, tant il est arrivé à m’envouter avec ces deux adaptations.
Calmement, au rythme des vagues et des planches, je me suis laissé bercé par cette aventure. L’histoire, relativement linéaire, trouve toute sa quintessence dans les dialogues qui relient nos « deux héros » mais également dans les rapports humains qui lient les marins. C’est doux et puissant à la fois, triste et heureux, calme et mouvementé. Certaines questions sont posées et, au fil des planches, le lecteur est interpellé. Les pages défilent, sans que l’on s’en rende compte.
Enrobez cela avec un trait tout simplement exceptionnel et de magnifiques couleurs et vous obtenez un chef d’œuvre, tout simplement.
Encore meilleur que A bord de l'Etoile Matutine, cet album est génial et je vous invite franchement à embarquer pour ce voyage. Il s’agit pour moi de ma meilleure lecture de 2012 !
Pour ceux qui n’auraient pas le courage d’aller au bout de cette chronique ou qui veulent garder un regard frais avant de lire le Nao de Brown, je le dis dès maintenant : en 40 ans de lecture BD, je n’ai pas dû lire plus de 50 albums de cette qualité là. Alors, allez-y. N’hésitez plus. C’est une merveille !
Le Nao de Brown tente un pari audacieux, que de nombreux auteurs de romans graphiques osent, mais réussissent très rarement : nous faire pénétrer l’intimité d’un personnage. Pas comme un viol de sa conscience, mais comme dans ses journées fondatrices, autour d’un verre, dans un bar cosy, où une jeune femme que vous aimez bien vous fait ses confidences, vous laisse doucement entrapercevoir ce qu’elle est réellement derrière l’apparence du quotidien. Un moment qui bouleverse pour toujours la vision que vous avez d’elle. Et qui vous fait lentement glisser vers l’amitié ou l’amour. Voila ce que réussit ici Glynn Dillon.
Son regard sur Nao et sur l’ensemble des personnages qui gravitent autour d’elle, est toujours d’une ahurissante justesse, tant dans ce qu’ils font – qui n’est jamais banal, malgré la quotidienneté des petits moments choisis – que dans la justesse absolue des dialogues qui tous sonnent parfaitement vrais (je me permets de féliciter ici le traducteur et la qualité de ce qu’il a accompli pour nous restituer les dialogues de Dillon).
Le dessin est lui aussi d’une parfaite humanité, nous donnant à voir un monde très concret et des personnages très réalistes, presque photographiques, mais constamment animés par l’émotion qui les traverse. Nous sommes ici face à des êtres humains de chair et de sang, aussi complexes que leurs vies sont minuscules. Nao, elle, est parfaitement normale, en apparence. Elle est jolie, elle a du talent... mais elle sait (ou plutôt elle croit) qu’elle est un monstre à l’intérieur. Alors, elle sur-joue la normalité et la gentillesse, pour que les gens l’apprécient et que personne ne se rende compte de ce qu’elle croit être « vraiment » : un tueur prêt à déraper.
Avec un tel point de départ, on peut écrire un excellent thriller, comme Dexter (la série TV)… ou ce magnifique livre sur une jeune femme qui passe à côté de sa vie parce qu’elle ne se montre jamais aux autres telle qu’elle est réellement, de peur de commettre l’irréparable. Le plus curieux dans cette histoire (ou plutôt, « le plus humain »), c’est que si Nao sait que les apparences peuvent être trompeuses, elle ne s’en laisse pas moins constamment avoir par l’image que les autres donnent d’eux-mêmes : elle se fourvoie ainsi sur la capacité de l’homme, dont elle tombe amoureux, à la protéger et à se montrer fort quand elle se sent faible. Elle butte contre l’apparente ringardise de son ami et patron, qui a tout pour faire un petit ami compréhensif, qui partage les mêmes goûts qu’elle, mais dont elle ne voit que la faiblesse physique et morale, insupportable pour elle, tant elle se sent elle-même fragile.
C’est l’histoire d’une jeune femme comme nous, qui se bat contre ses peurs quotidiennes, ses fragilités psychiques, pour trouver une place dans notre monde, trouver enfin l’amour, sans se rendre compte que l’histoire des gens qu’elle croise est au moins aussi complexe que la sienne...
Au final, elle s’imagine être la seule en lutte pour aller mieux et, ne pouvant parler de son combat, elle s’abîme dans la solitude.
Pour finir, je m’autorise deux conseils. Le premier : abordez ce livre sans en n’attendre rien. Je viens de vous parler de ses qualités... Laissez-les venir à vous, ne vous attendez pas à ce qu’elles vous explosent au visage. Elles sont subtiles et s’insinueront en vous si vous leur laissez la place. Le second : depuis plusieurs chroniques, je vous recommande de ne pas vous laisser avoir par la couverture du livre, souvent bien plus prometteuse que le contenu réel. Ici, c’est tout l’inverse. La couverture est bien en deçà de l’énorme talent qui se trouve à l’intérieur. Alors, passez outre cette couverture ratée et rentrez dans le monde de Nao Brown.
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Balade au bout du monde
Je vais essentiellement parler du 1er cycle. Le 2ème est bon mais nettement moins fort et le 3ème, je ne l'ai pas lu. Cette série est une pure merveille, un chef d'œuvre de féerie et de mystère. Les 2 premiers tomes sont les plus sombres, étranges. Les marais mystérieux puis la "prison". Le suspense est proprement insoutenable. Mais où se trouve Arthis, pourquoi est-il là ? le dessin de Vicompte n'est certes pas parfait mais il dégage une formidable intensité et l'architecture labyrinthique de la "prison" est proprement ahurissante. Puis le dessin s'améliore de pages en pages. C’est très délicat, très féminin dans les visages. Très "princes et princesses" mais cela s'accorde parfaitement au récit très fort de Makyo avec de vrais moments d'intensité dramatique, essentiellement en ce qui concerne les tourments amoureux des personnages (de vrais fleurs bleues Makyo et Vicomte :)) Les couleurs plutôt pales s'accordent également à merveille avec la tonalité romantique de ce récit. J'ai également beaucoup aimé les passages du roi perdant la mémoire ou du nain avec la pierre de folie cousue sous sa peau. Le final avec ce nain est également très beau, très fort. Pour ce qui est du 2ème cycle je l'avais beaucoup aimé lorsque j'étais jeune, moins quelques années après. Le 1er album est très bon (autant que le 1er cycle) puis après cela devient plus banal. On a l'impression d'avoir déjà vu ça (l'état morbide transposé en Inde, en moins fort). Les dessins d'Herenguel sont plutôt bons, dans la même veine classique que Vicomte mais moins marquants. Mais bon rien de honteux.
Ici même
Cette bd j'ai mis longtemps à la lire. Des années ! Tellement célébrée partout comme un chef d'œuvre que cela ne me disait rien du tout. Et puis un jour je me suis mis à la lire et là le choc ! Un chef d'œuvre. J'ai été transporté par cette poésie douce-amère, cet univers poétique et plutôt triste où le pauvre héros vit dans une maison minuscule (un placard) construite sur un mur labyrinthique autour d'une propriété qu'il prétend posséder (ou qui lui revient de droit, je ne sais plus). Il ne peut descendre car il y a les chiens en bas. Il reluque la fille des voisins le soir après avoir mangé sa boite de conserve et téléphoné à sa mère (qui est morte). C'est triiiiiste ... Les dessins sont magnifiques (superbe noir et blanc). L'intrigue n'est jamais ennuyeuse. Ce monde surréaliste est un enchantement. LE roman graphique culte (avec Silence).
Adèle Blanc-Sec
Un chef d'oeuvre de la bd ! Tout a été dit sur cette très grande série mêlant enquêtes policières et fantastique avec un génie rarement égalé. Mélange de policier et de fantastique ne lésinant pas sur le gore parfois (momie en folie, une boucherie ! ) le tout dans un Paris très finement reconstitué (Tardi étant un spécialiste sûrement incollable sur le sujet). Quand je vois l'avis général de 3 étoiles je ne comprends vraiment pas ! De plus les personnages sont vraiment hauts en couleurs. Adèle tout d’abord: belle et sévère, tirant constamment la gueule avec un humour pince sans rire et fumant clopes sur clopes. Les affreux sont également toujours géniaux avec leurs gueules déformées. Absolument pathétiques sous ces allures de savants fous. Les intrigues sont toujours palpitantes et mènent presque toujours à d'obscures rites sataniques la nuit dans les endroits célèbres de Paris comme le musée du Louvres, le cimetière du père Lachaise ou les catacombes. Et il y a toujours ce second degré et cet humour noir typique de Tardi. Nette préférence pour « Le démon de la tour Eiffel » et surtout « Momie en folie ».
Donjon Zenith
Culte ! Fantastique ! Désopilant ! Intelligent ! Unique par son style et sa conception ! Que dire : c'est sans doute ma BD préférée ! Même s'il ne faut pas la dissocier de toute l'œuvre de Donjon, ça reste mon cycle favori ! Les 2 premiers tomes (qui sont également les 2 premiers publiés) sont fabuleux, et j'ai du mal à comprendre que l'on adore pas forcement. J'aime cette amitié naissante entre Herbert, anti héros par excellence, et Marvin, monstre végétarien aux croyances surprenantes. Tout ça sous l'oeil d'un gardien devenu cynique après la mort (non relatée à ce jour) d'Alexandra. Et après des années de disette, Tronsfar vont enfin reprendre la plume pour continuer cette fabuleuse série. Ce sera avec 2 "Crépuscule", mais je ne désespère pas qu'ils décident enfin de clore les zéniths. Heureux ceux qui n'ont pas encore découvert cette série : que du bonheur en perspective ! Essayez de lire les BD dans l'ordre de parution : ça me semble plus intéressant.
Gaspard de la nuit
Une série qui m'a transporté durant mon enfance et que j'ai dû lire une bonne vingtaine de fois. C'est un peu du Harry Potter avant l'heure mais empreint de l'atmosphère des mythes et des légendes wallonnes. Pour ceux qui découvrent cette bd maintenant, il ne faut pas se laisser rebuter par le graphisme franco-belge du 1er tome, faussement enfantin. C'est une histoire d'aventure grand public certes, mais empreint d'une vraie noirceur par moments. Certains passages sont presque cauchemardesques quand on lit ça enfant (le masquereur, le duc qui poignarde son fils à la fin du 3ème tome, "tête de cochon" qui pourrit sur place). Les dessins (malgré des couleurs d'imprimerie, typique de la bd franco-belge) sont d'une très grande richesse. Les architectures tarabiscotées des ruelles moyenâgeuses, les couloirs du pensionnat, et surtout les masques présents un peu partout tout au long des 4 tomes sur les visages des personnages, sur les façades des maisons, font partie intégrante de ce monde. Les "vilains" sont très réussis. En particulier le duc, terrifiant, Satrape le masquereur, tête de cochon, Kargus le fils du duc, Elno ... L'histoire est haletante jusqu'au tome 3. Le tome 4 est un peu en trop et donc pas indispensable. Une série un peu oubliée de son auteur par rapport à La Vache plus parodique et second degré. Bref un petit chef d'oeuvre de la bd, injustement méconnu. Pour les jeunes parents : faites lire cela à vos enfants (à partir de 8, 10 ans, ils vont adorer).
Dans les villages
Série magnifique. Le monde inventé par Cabanes est réellement magique. Peuplé de dizaines de petites créatures plus étranges les unes que les autres, il nous prend par la main et nous sommes entrainés comme dans un rêve, à travers les chemins de ce monde parallèle au nôtre, le pays du rêve. Un monde réellement labyrinthique avec ses codes (plutôt absurde et surréaliste) et son dialecte tout " mi-mi ". Les dessins sont magnifiques, surtout les tomes 2 et 3 pour ma part (Claire Wendling s'en inspirera pour ses "Lumières de l'Amalou" avec Gibelin). Une merveille de petits chemins, de villages provençaux à moitié abandonnés et habités par ces étranges créatures que sont les joles, les antis joles, les zimphes ... exactement comme dans un rêve ou un paysage familier est parasité par des éléments étrangers et étranges. La lumière est douce, les cieux sont étoilés comme une nuit d'été, les animaux sont espiègles, la narration est originale et très décalée. Bref c'est magique ! Je ne possède que le tome 1, 2, 3 et 4 et je n'ai donc pas lu la suite qui se poursuit sur 2 autres tomes je crois et qui sont apparemment bons. Donc je reste sur ces 4 premiers tomes (dans leurs jolies éditions originales).
Sambre
Un chef d'oeuvre de la bd (surtout les 2 premiers tomes). Le romantisme à l'état pur, gothique, désespéré, sombre, presque fantastique. Certaines planches sont parmi les plus belles de la bd. Des ciels gris lumineux, l'orage qui gronde, la campagne humide ou enneigée, le manoir... la scène d'amour torride dans le caveau du père, la folie de la soeur... Je préfère nettement quand l'histoire se passe dans la maison familiale plutôt qu'à Paris, c'est pour ça que je préfère les 2 premiers. Bien que le 3 et le 4 soient très bons également. Ensuite je n'ai pas lu mais les albums récents que j'ai feuilletés, je n'ai pas du tout aimé les dessins, trop hyperréalistes.
Tous les albums de Topffer (Monsieur Jabot et autres histoires)
Quelle excellente idée, les éditions Seuil ont eue, quand elles ont réuni la quasi-intégralité des histoires de Rodolphe Töpffer, en 3 volumes. Rodolphe Töpffer ? Vous voyez pas ! Bien avant "Spirou", "Tintin", Zig et Puce, "Superman" ou encore "Little Nemo" et Bécassine, il y eu 8 (si mes souvenirs sont bons) histoires, la première parue en 1833, sous la plume d'un grand monsieur : Rodolphe Töpffer, considéré comme l'inventeur de la Bande dessinée. Et rien que pour ça, moi, en tant que grand fan de cet art, je respecte et j'avais envie de lire ces œuvres. Et dans les 8 histoires écrites et dessinées par Töpffer, deux seulement ne sont pas reprises dans ces 3 volumes, et c'est dommage, je ne serais pas contre la sortie d'une autre 'intégrale Topffer". Bon et bien, pour les premières vraies BD, c'est loin d'être mauvais. Le graphisme, même si souvent maladroit, nerveux, grossier et tremblotant (à mes yeux modernes de lecteur), est dans un genre fouillé, détaillé et assez drôle, qui, en tenant compte de son âge est assez bon, drôle et intéressant à regarder. Il ne faut pas trop en demander, c'est sûr, mais dès l'histoire de Monsieur Vieux-Bois, on a droit régulièrement à de beaux décors. Même si les visages ne sont pas beaux, c'est détaillé et lisible. Et on retrouve déjà quelques codes de la BD plus moderne. La deuxième histoire du dernier album (l'histoire de monsieur Cryptogame) est en fait inachevée : c'est le 1er jet de l'histoire (l'équivalent du crayonné chez les auteurs actuels) que l'on peut lire et cela se voit bien. En plus des ratures dans le texte, le dessin à partir de la moitié de l'histoire est moins lisible, plus simple, moins travaillé, encore plus grossier, etc... De plus, et dès la première histoire, les travaux de Topffer sont bien des BDs au sens elliptique de la narration du terme, on est loin d'être en présence d'un texte illustré, et y dissocier les deux vous ferait perdre un bon pourcentage de gags... Car oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, les gags font encore mouche : les scénarios sont bons. Ils peuvent paraître linéaires, mais il y a pleins d'idées de bons gags. Töpffer utilise avant tout le comique de répétition (qui fait effet), les satires de la société de l'époque, mais aussi le comique de mot ou de geste (évidemment là c'est moins subtil). Mais dans ces longues histoires, il y a aussi plein de rebondissements ce qui donne aussi de bonnes BDs d'aventure. On ne s'ennuie vraiment pas. La meilleur histoire de ces 3 albums est "Le docteur Festus", où l'auteur utilise au maximum tous ses procédés comiques (il y a pleins de procédés : comique de répétition, quiproquo, comique de situation, caricature de la société, l'absurde et même de l'humour s'éloignant des bonnes mœurs) ; j'ai vraiment beaucoup ri lors de ma lecture. L'histoire est incroyablement drôle (je me souviendrai longtemps de la représentation de la force armée suivant l'uniforme que fait l'auteur), et va mettre un bazar monstre dans l'univers créé : Une perle ! Bref, on passe un bon moment et on s'instruit devant cette bonne œuvre d'un autre âge, c'est étonnant comment elle foisonne de qualité en comparaison avec son âge. Grâce aux éditions Seuil, je sais maintenant que dès l'invention de la BD, il y avait d'excellentes BDs qui ont aujourd’hui peu vieilli. De toute manière, l'œuvre qui a crée l'une de mes plus grandes passions, et dont, grâce à elle, a découlé toutes ces heures de bonheurs que j'ai eues avec d'autres livres, ne peut mériter moins que la note que je lui aie mise ; c'est à dire 5/5. Je conseille ces livres à tous les amateurs de BDs qui s'intéressent aux origines du support (je comprendrai parfaitement le contraire, comme je comprends le non cinéphile, qui se fout de voir des films des frères Lumière), c'est-à-dire, à tous les inscrits de ce site.
Le Loup des Mers
Après A bord de l'Etoile Matutine, Riff Reb’s nous livre ici une nouvelle perle... Il n’est clairement plus possible pour moi de passer à côté des ouvrages de cet auteur, tant il est arrivé à m’envouter avec ces deux adaptations. Calmement, au rythme des vagues et des planches, je me suis laissé bercé par cette aventure. L’histoire, relativement linéaire, trouve toute sa quintessence dans les dialogues qui relient nos « deux héros » mais également dans les rapports humains qui lient les marins. C’est doux et puissant à la fois, triste et heureux, calme et mouvementé. Certaines questions sont posées et, au fil des planches, le lecteur est interpellé. Les pages défilent, sans que l’on s’en rende compte. Enrobez cela avec un trait tout simplement exceptionnel et de magnifiques couleurs et vous obtenez un chef d’œuvre, tout simplement. Encore meilleur que A bord de l'Etoile Matutine, cet album est génial et je vous invite franchement à embarquer pour ce voyage. Il s’agit pour moi de ma meilleure lecture de 2012 !
Le Nao de Brown
Pour ceux qui n’auraient pas le courage d’aller au bout de cette chronique ou qui veulent garder un regard frais avant de lire le Nao de Brown, je le dis dès maintenant : en 40 ans de lecture BD, je n’ai pas dû lire plus de 50 albums de cette qualité là. Alors, allez-y. N’hésitez plus. C’est une merveille ! Le Nao de Brown tente un pari audacieux, que de nombreux auteurs de romans graphiques osent, mais réussissent très rarement : nous faire pénétrer l’intimité d’un personnage. Pas comme un viol de sa conscience, mais comme dans ses journées fondatrices, autour d’un verre, dans un bar cosy, où une jeune femme que vous aimez bien vous fait ses confidences, vous laisse doucement entrapercevoir ce qu’elle est réellement derrière l’apparence du quotidien. Un moment qui bouleverse pour toujours la vision que vous avez d’elle. Et qui vous fait lentement glisser vers l’amitié ou l’amour. Voila ce que réussit ici Glynn Dillon. Son regard sur Nao et sur l’ensemble des personnages qui gravitent autour d’elle, est toujours d’une ahurissante justesse, tant dans ce qu’ils font – qui n’est jamais banal, malgré la quotidienneté des petits moments choisis – que dans la justesse absolue des dialogues qui tous sonnent parfaitement vrais (je me permets de féliciter ici le traducteur et la qualité de ce qu’il a accompli pour nous restituer les dialogues de Dillon). Le dessin est lui aussi d’une parfaite humanité, nous donnant à voir un monde très concret et des personnages très réalistes, presque photographiques, mais constamment animés par l’émotion qui les traverse. Nous sommes ici face à des êtres humains de chair et de sang, aussi complexes que leurs vies sont minuscules. Nao, elle, est parfaitement normale, en apparence. Elle est jolie, elle a du talent... mais elle sait (ou plutôt elle croit) qu’elle est un monstre à l’intérieur. Alors, elle sur-joue la normalité et la gentillesse, pour que les gens l’apprécient et que personne ne se rende compte de ce qu’elle croit être « vraiment » : un tueur prêt à déraper. Avec un tel point de départ, on peut écrire un excellent thriller, comme Dexter (la série TV)… ou ce magnifique livre sur une jeune femme qui passe à côté de sa vie parce qu’elle ne se montre jamais aux autres telle qu’elle est réellement, de peur de commettre l’irréparable. Le plus curieux dans cette histoire (ou plutôt, « le plus humain »), c’est que si Nao sait que les apparences peuvent être trompeuses, elle ne s’en laisse pas moins constamment avoir par l’image que les autres donnent d’eux-mêmes : elle se fourvoie ainsi sur la capacité de l’homme, dont elle tombe amoureux, à la protéger et à se montrer fort quand elle se sent faible. Elle butte contre l’apparente ringardise de son ami et patron, qui a tout pour faire un petit ami compréhensif, qui partage les mêmes goûts qu’elle, mais dont elle ne voit que la faiblesse physique et morale, insupportable pour elle, tant elle se sent elle-même fragile. C’est l’histoire d’une jeune femme comme nous, qui se bat contre ses peurs quotidiennes, ses fragilités psychiques, pour trouver une place dans notre monde, trouver enfin l’amour, sans se rendre compte que l’histoire des gens qu’elle croise est au moins aussi complexe que la sienne... Au final, elle s’imagine être la seule en lutte pour aller mieux et, ne pouvant parler de son combat, elle s’abîme dans la solitude. Pour finir, je m’autorise deux conseils. Le premier : abordez ce livre sans en n’attendre rien. Je viens de vous parler de ses qualités... Laissez-les venir à vous, ne vous attendez pas à ce qu’elles vous explosent au visage. Elles sont subtiles et s’insinueront en vous si vous leur laissez la place. Le second : depuis plusieurs chroniques, je vous recommande de ne pas vous laisser avoir par la couverture du livre, souvent bien plus prometteuse que le contenu réel. Ici, c’est tout l’inverse. La couverture est bien en deçà de l’énorme talent qui se trouve à l’intérieur. Alors, passez outre cette couverture ratée et rentrez dans le monde de Nao Brown.