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Couverture de la série Chevalier Ardent
Chevalier Ardent

Avec ce héros crée en 1966, François Craenhals, déja connu pour les séries Pom et Teddy puis Les 4 As, pouvait rivaliser avec le Prince Valiant d'outre-atlantique. Probablement ma fascination et mon intérêt pour le médiéval et la chevalerie viennent de Chevalier Ardent que j'ai découvert dans Tintin, c'était l'un de mes héros préférés avec Bernard Prince, Tounga, Michel Vaillant, Olivier Rameau puis Buddy Longway... toute une époque de Bd au ton héroïque et aventureux, et aux belles qualités humaines. En Europe, les bandes médiévales réalistes étaient moins nombreuses dans les années 60 qu'elles ne le sont maintenant, sauf dans les petits formats comme Ivanhoe, Oliver, Lancelot ou Ogan.... Craenhals lance donc Ardent de Walburge, qui dans les premiers épisodes, est un "damné fol", un jouvenceau ayant tous les défauts de l'adolescence, effronté, audacieux, obstiné et fier ; la bande saura très justement faire évoluer le personnage au fur et à mesure qu'il prend de l'âge. Dans un Moyen Age de Table Ronde, il grandit, s'assagit et connaît l'amour courtois auprès de la douce Gwendoline, fille du roi Arthus. Leur amour devient plus fort au fil des années, mais Arthus voit d'un mauvais oeil cette idylle, il la tolère cependant en éprouvant la loyauté d'Ardent qui accomplit des missions dans de lointaines contrées, et pour le garder soumis à son autorité, Arthus lui offre le grand fief ardennais de Rougecogne, faisant ainsi d'Ardent son plus puissant vassal. Au fil des épisodes, dont les meilleurs sont incontestablement les 3 premiers ("le Prince Noir", "Les Loups de Rougecogne", "la Loi de la steppe"), Craenhals décrit ces démêlés entre Ardent et ce roi tout puissant, adepte des combines politiques ambiguës, au sein d'ambiances tendues et fantastiques, avec notamment l'apparition d'êtres étranges comme le mage Thamatos ; un cap est d'ailleurs franchi en 1970 avec l'épisode "le Secret du roi Arthus", et cet aspect un peu tourmenté culmine avec des épisodes comme ''Les cavaliers de l'Apocalypse'' ou ''Le Passage'', où le découpage en pleine page très travaillée exprime le cauchemar. La série ira en même temps vers un aspect de plus en plus fantastique, après quelques épisodes de transition un peu fades. De plus, et c'est là toute la subtilité de la série, au contraire des autres Bd médiévales comme Jhen (Xan), Vasco ou Les Aigles décapitées, Chevalier Ardent évolue dans un Moyen Age totalement fictif, sans aucune référence à des événements réels, et aucun personnage historique célèbre n’apparaît ou n'est cité ; le Prince Noir qui donne son titre au premier récit, n'est pas le grand prince anglais fils d'Edouard III que l'on connaît, mais un seigneur félon imaginaire. Seuls le contexte d'époque, les décors et les costumes empruntent au Moyen Age. Malgré ça, c'est une des plus belles réussites du genre qui exploite une chevalerie pleine de loyauté, de vertus, mais aussi de cruauté ; cet élément est étrangement bien présent dès le début, alors que la bande paraissait dans un journal pour jeunes, mais je crois qu'au fil des années, Craenhals a voulu toucher un public un peu plus âgé. Les intrigues sont recherchées et passionnantes, le dessin nerveux et soigné. Une série aujourd'hui recherchée et bien cotée, je la recommande vivement.

05/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Les 7 vies de l'épervier
Les 7 vies de l'épervier

Après le coup d'éclat des Passagers du vent, la revue Circus publie en 1982 ce qui va devenir une Bd culte, d'une incontestable qualité, un véritable sommet du genre historique, une série-phare chez Glénat. Le récit présente de nombreux personnages, dont le pilier est Ariane de Troïl, elle admire les exploits d'un mystérieux justicier baptisé l'Epervier. Autour de cette trame simple, les auteurs Cothias et Juillard font progresser leur histoire en brassant plusieurs thèmes : défense de la cause paysanne, aspect ridicule de la fatuité des nobles, fin de règne d'un roi jouisseur et inconstant aussi bien en amour qu'en politique (Henri IV), ton érotique latent où ce roi se montre goguenard dans des scènes paillardes bien illustrées par le trait limpide et souple de Juillard qui réussit ainsi à créer une atmosphère, aidé bien-sûr par son scénariste Cothias qui brosse un tableau cruel et coloré de cette époque agitée de l'Histoire. Celui-ci travaille en profondeur les psychologies de plusieurs personnages, qu'ils soient authentiques ou fictifs, et transforme le tout en une véritable tragédie shakespearienne dont les pions sont savamment mis en place. A cela s'ajoute la richesse du dialogue qui conforte l'esprit de cette époque justement restituée. Certes, de grands évènements historiques sont montrés, tel l'assassinat du roi par Ravaillac, mais les auteurs ne se complaisent pas dans une Histoire boursouflée de détails et insufflent une bonne dose de romanesque, malgré une narration complexe voire confuse qui peut surprendre au premier abord. On assiste à des scènes violentes ou horribles qui donnent une force peu commune et une authenticité à cette Bd, et auxquelles le lecteur que j'étais à l'époque n'était pas encore habitué ; j'en étais resté aux bandes académiques du journal Tintin. Le prequel Masquerouge crée avant "Les 7 vies de l'épervier" pour un public plus jeune (publié entre 1980 et 1982 dans Pif-Gadget), pourra aider à éclaircir certains épisodes restés dans l'ombre. En revanche, des nombreuses séries dérivées, seule Plume aux vents qui est la suite directe, en 4 albums, sera très attendue par les fans. Malgré un dessin et une colorisation très années 80 que certains lecteurs plus jeunes critiqueront, il faut avouer que même 30 ans après, cette formidable saga tient encore la route, parce qu'elle est d'une étoffe des grandes séries, et qu'elle ne pouvait que séduire un vieil amateur d'Histoire de France comme moi. La souplesse du trait de Juillard est remarquable notamment dans les beaux décors architecturaux, et les anatomies féminines aux formes toujours opulentes. Bref, Les 7 vies de l'épervier reste un must absolu pour tous les amateurs d'aventures historiques, et j'en redemande tellement que j'ai lu en suivant toutes les séries dérivées (même si elles ne sont pas toutes de qualité), et surtout la suite directe "Plume au vent", à laquelle succédera bientôt une 3ème époque. Une série exceptionnelle et incontournable.

04/06/2013 (modifier)
Par Erik
Note: 5/5
Couverture de la série Voyage aux îles de la Désolation
Voyage aux îles de la Désolation

Dans cette bande dessinée, Emmanuel Lepage nous conte la rotation du « Marion-Dufresne ». Il s’agit en fait d’un navire ravitailleur des bases scientifiques des terres australes, entre les îles de La Réunion, Tromelin, Amsterdam, Saint-Paul, Kerguelen et Crozet. Le Marion-Dufresne, affrété par l’Institut Paul-Emile Victor, est à la fois un paquebot, un pétrolier, un porte-conteneurs et un navire océanographique. Les très beaux dessins d’Emmanuel Lepage mettent en valeur la beauté et l’étrangeté des paysages et surtout les relations humaines qui se nouent entre les participants au voyage, aux métiers très différents : marins, médecins, biologistes, mécaniciens, logisticiens, météorologistes, etc. Je m’attendais à connaître un état de désolation mais c’est plutôt un enchantement que recèlent ces bouts d’îles au bout du monde qui paraissent encore préservés de l’activité humaine intensive. Visiblement, le genre documentaire va très bien à l’auteur dont j’ai lu récemment Un printemps à Tchernobyl. La démarche semble être la même : voyager pour comprendre et pour témoigner. Le message subliminal que l’œuvre véhicule : la préservation d’une nature intacte. Entre carnet de voyage et bd, l’auteur nous fait découvrir l’histoire des lieux, des hommes et des espèces animales ou végétales vivant dans des conditions extrêmes. C’est un travail plus qu’honorable. Du dépaysement garanti avec une richesse du détail et des dessins. La fraîcheur australe va nous emporter…

03/06/2013 (modifier)
Par jul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Avant l'Incal
Avant l'Incal

J'avais déjà lu cette fameuse série il y a longtemps. Sous la forme de la 1ère édition de l'intégrale (2000, 2001 ?). Dans une brocante j'ai retrouvé les 6 tomes à 10 euros !!! Je me suis donc empressé de les acheter et les ai lus d'une traite. Eh bien c'est vraiment très bon. C'est vrai que cette série a moins de renommée que son illustre ainée mais c'est tout de même un sacré morceau de SF jodorowskienne. L'histoire est vraiment prenante mais moins mystique et avec un peu moins d'envergure cosmique mais c'est du tout bon. Les dessins sont très bons, ils arrivent à maturité dès le 3ème album et le style du 6ème (le dernier) préfigure les technopères (les pirates). J'ai noté pendant la lecture de ces 6 tomes beaucoup d'éléments ultra modernes pour l'époque (début des années 90) préfigurant le basculement de notre societé vers une ère de plaisir de masse lobotomisé : - les personnages ont des écrans sur leurs sortes de e-pads retransmettant la télé. - le peuple boit du " cocafol dark". Comment ne pas penser au Coca 0 ou à la boisson énergisante dark dog. - Le peuple est accro à la télévision et l'arrêt des programmes crée chez eux une réelle crise de manque. Comme pour les réseaux sociaux type facebook. Les références à la drogue sont omniprésentes dans cette bd, Jodo et Janjetov ont sûrement été de grands consommateurs. En plus de la multitude de drogues futuristes consommées par les personnages, il y a des allusions partout dans chaque coins des images (mdma, acid ... ) et également des clins d'oeil à la culture techno qui va avec, alors en plein boum (TB303 écrit sur un mur, une boite à rythme synthétiseur de sons culte dans le milieu de l'acid house de cette époque). Je mets ça sur le compte de Janjetov. Et puis l'un des "méchants" principaux n'est-il pas le pouvoir techno-techno ? Pour ce qui est du scénario, j'adore. Le personnage de Louz est magnifique. On passe d'une fille à papa aristo complètement cynique et cruelle mais qui ne s'en rend pas vraiment compte. Puis à cause des évenements elle se met à changer pour devenir plus humaine et réellement amoureuse de John Difool. C'est simple mais beau et très émouvant car ce dernier ne la reconnaitra plus quand il se fera effacer la mémoire par le pouvoir techno techno. Bon après je ne vais pas revenir sur tous les élements qui m'ont plu, il y en a trop (les homéoputes, le prez qui change de corps, le présentateur bouffon ultra cynique et sadique, les terroristes anarchos-psychotiques ...) A lire tout de même après l'Incal originel.

03/06/2013 (modifier)
Par Jérem
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Quartier lointain
Quartier lointain

C’est à l’issue de la deuxième lecture que j’ai pu apprécier toute la richesse de cette BD. Graphique d’abord. Les dessins sont certes magnifiques mais c’est la représentation du Japon d’antan qui est le plus impressionnant. Taniguchi reconstitue avec brio et réalisme cette époque en proposant nombre de décors et paysages urbains. Thématique ensuite. Loin de se complaire dans la contemplation comme dans certaines de ses autres productions, l’auteur aborde de très nombreux thèmes. Les figures du père et de la mère sont extrêmement travaillées. Je ne connais pas la vie de Taniguchi mais je ne serais pas étonné qu’il ait intégré beaucoup d’éléments autobiographiques. Par ailleurs, il s’intéresse au déterminisme familial (le héros se comporte comme son père) et aux difficultés à faire des choix. Tout ça sonne juste et ne gêne en rien le rythme et l’intérêt de l’histoire. Narratif enfin. Le récit, très dense, est absolument bouleversant, sans pathos ou manichéisme. L’histoire est passionnante. Le fait de revivre son adolescence est un fantasme courant et Taniguchi exploite intelligemment ce postulat de départ pour permettre à son héros de comprendre l’homme décevant et triste qu’il est devenu. Quartier lointain est définitivement une BD culte. A découvrir absolument !

31/05/2013 (modifier)
Par Erik
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Bleu est une couleur chaude
Le Bleu est une couleur chaude

C'est incroyable que je sois passé à côté de ce roman graphique malgré toutes les bonnes critiques. Je pense qu'il s'agit d'un incontournable qui est presque passé inaperçu. J'ai été véritablement séduit par cette histoire d'amour qui traverse tous les préjugés. Cela a l'air tellement personnel qu'on se demande si l'auteure serait bien Emma. J'ai rarement lu une bd aussi bien réalisée tout en douceur, en harmonie et avec une telle sensibilité jusque dans le graphisme. J'avais peur du bleu notamment du bleu marine, de cet océan où l'on peut se noyer. Cependant, le bleu est également une couleur chaude qui prend tout ce sens en lisant cette magnifique œuvre. J'ai eu la gorge nouée à la fin de cet album. L'amour qu'elles ont éveillé a permis de continuer le chemin, et sans doute de faire comprendre à la société qu'on devait légaliser le mariage gay. C'est une grosse avancée sociale qui se justifie pleinement. Cette œuvre prend une autre dimension dans ce débat. L'utilisation de la couleur bleue tout au long de l'album est franchement ingénieuse. Et pour un premier album, c'est un coup de maître ! Le talent à l'état pur, oui cela existe. Je suis heureux d'avoir découvert ce one-shot puissant et tendre à la fois. Note maximale car un sans faute ! Petit ajout : Voilà que je vois que mon dernier 5 étoiles a été repris par un film qui s’est vu décerné la palme d’or lors du Festival de Cannes 2013 par mon réalisateur préféré qui était président du jury à savoir Steven Spielberg. Je me disais bien qu’il y avait de la matière pour un faire un très bon film. C’est un pied de nez magistral à ceux qui manifestent actuellement contre une loi qui donne des droits aux couples de personnes de même sexe qui s’aiment. J’en suis heureux car cela va faire parler de cette bd qui était passée un peu inaperçu et que j’ai découvert récemment par hasard. Pour ma part, cela faisait des années que je n’avais plus qualifié une œuvre culte. Pour une fois, j’ai eu du flair. Et je ne suis pas visiblement le seul. Le film aurait fait l’unanimité. Il convient maintenant de faire découvrir la bd. Note Dessin: 4.5/5 - Note scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5

24/02/2013 (MAJ le 27/05/2013) (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Junk
Junk

Vu le beau temps de cet après-midi (La Lorraine c'est sympa souvent en septembre, fin de l'hiver chez nous), j'avais le choix en ce très joli lundi de pentecôte 2013 entre ranger mes bds ou lire ce Junk qui squatte ma table de chevet depuis une semaine ben ni une ni deux le choix était vite fait et sans regret car les deux tomes que regroupe cette intégrale ont été avalé d'un coup ! Alors Bruno j'ai toujours adoré son trait mais alors avec Pothier au scénario, je crois ni plus ni loin qu’il s’agit probablement de son meilleur bouquin ! L’ensemble est génial et prenant tout simplement pour qui apprécie les westerns crépusculaires !!! Difficile de produire un scénario original, pourtant celui-ci propose une intrigue des plus simples mais des plus réjouissantes avec une intrigue à la clé dont seulement les toutes dernières pages proposeront une explication des plus surprenantes à mon sens : séparé depuis plus de 15 ans, un gang d’hors la loi se réunit pour retrouver le trésor d’un officier confédéré qui est à l’origine de leur séparation. Seuls hics : ce trésor n’est qu’un leurre permettant de révéler un traitre et les « héros » au caractère bien embouché ont vieilli d’où leur surnom de « junk » qu’on peut qualifier ici péjorativement d’ « antiquités ». Le premier tome base les retrouvailles d’une bande atypique qui n’aurait pas dépareillé dans la série « Sept » de David Chauvel à l’exception qu’ils ne correspondent pas à ce chiffre mais le graphisme élégant de Bruno assisté de couleurs froides mais inspirées de Laurence Croix sied particulièrement à recréer un cadre neigeux digne du « Grand Silence » de Corbucci. Et c’est tout à fait réussi car cette ode au passé et à l’amitié contient tout ce qu’il faut d’intrigues et de parenthèses du quotidien pour entretenir la curiosité du lecteur. L’ensemble prend un ton drastiquement dramatique dès la fin du premier tome pour recentrer l’action sur le supposé traitre et un autre gang perfide et avide du même butin. De larges scènes de gunfights comme il se doit achèvent de relier le tout avec cohérence et un plaisir jubilatoire constant sur toute la lecture. Les dessins de Bruno changent radicalement avec le style pseudo-réaliste généralement adopté pour les westerns de bande dessinée et ce n’est pas pour me déplaire. Je connaissais l’auteur pour avoir su imprimer un ton afro-américain constant et juste sur ses œuvres précèdentes mais je reconnais qu’il a habilement relevé le défi sur Junk. Ce ne serait rien sans le scénario de Nicolas Pothier suffisamment malin pour tenir en haleine le lecteur par des dialogues subtils rendant l’ensemble des desperados attachants et réalistes. Et la fin est loin d'être décevante, tout juste un peu intrigante et boucle de façon satisfaisante ce joli diptyque dont l'édition au grand format est juste parfaite avec cette excellente idée que d'avoir repris les couvertures des 2 tomes (initiative qui se perd lors des intégrales hélas). Bref un gros coup de coeur pour moi ! Et les couleurs de Laurence Croix sont toujours aussi belles !!! Dire que j'étais passé complètement à côté pour je ne sais quelle raison et que l'indisponibilité du tome 2 (tout du moins dans mes contrées) me privait du plaisir de cette oeuvre donc cette intégrale est tombée à point nommée ! Fans de westerns ou de Bruno, si vous ne connaissez pas ce joli bouquin, il n'y a plus d'excuses ! Chapeau bas aux auteurs !

21/05/2013 (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Notre seul ami commun
Notre seul ami commun

Il y a des choses qui vous prennent à la gorge et ne vous quittent plus pendant longtemps, cela fait partie du quotidien à tous, de notre quotidien. Boris Mirroir, un auteur que je ne connaissais pas a souhaité exorciser le sien en couchant de façon pudique mais sans fards non pas son mal être mais son vécu, « son » histoire. Ce n’est jamais larmoyant ni pathétique, c’est tout simplement une tranche de vie terriblement humaine, banale et cruelle à la fois que je ne peux qu’être touché par l’humanité que l’on rencontre au travers des trois tomes de « notre seul ami commun » dont chaque partie foutrement bien chapitrée (les couvertures ainsi que les sous-titres ont leur importance…) se développe à l’aide d’une narration sans paroles ou presque mais avec une mise en scène incroyablement expressive. Si Boris utilise un univers coloré et presque muet avec ce peuple animalier vivant les affres d’un quotidien à peine romancé, c’est pour mieux ouvrir la perception du lecteur à l’univers d’un jeune étudiant introverti préférant se réfugier dans l’alcool et les jeux video afin de s’exprimer et de surmonter la maladie de sa mère. Au hasard d’une lecture limpide et agréable se tisse un drame d’une banalité sans égal mais pourtant bien réaliste. Boris rencontre l’amour charnel, trouve en Mouss un ami qui lui pardonnera tous ses excès, s’amuse, vit mais ne se lamente jamais… Il me faut remonter jusqu’au chef d’œuvre de Darren Aronofsky, « Requiem for a Dream » pour retrouver un récit aussi poignant sur l’incommunicabilité des sentiments et le fossé qu’il engendre. Mieux, « Notre seul ami commun » se débarrasse de tout débordement trash ou malsain par des cases poétiques et des dessins expressifs pour finalement mieux coller à la réalité… Le découpage est à ce titre exemplaire, qu’il s’agisse des différents chapitres avec lexique d’un objet, de ces prologues colorés façon aquarelle ou de l’histoire parallèle du cochon dépanneur dont les seules dernières pages de la conclusion ne laissent aucun doute sur les destins croisés des différents protagonistes… Les diverses références musicales (album Substance de Joy Division), jeux video (Super Nes permettant de « dater » le récit) ou cinéma (j’ai cru reconnaitre des dialogues anglais de Fight Club) ne laissent aucun doute sur l’uppercut que cette œuvre nécessaire et purement indispensable a opéré sur moi. Merci à Spooky d’avoir fait la lumière sur ce récit sorti de nulle part et surtout à l’auteur d’avoir couché une œuvre aussi intime qui réussit pleinement le challenge de distraire autant que d’émouvoir. Un trésor caché que je ne peux que vous inviter à vous imprégner… Tout simplement indispensable et nécessaire.

22/03/2013 (MAJ le 15/05/2013) (modifier)
Par Erik
Note: 5/5
Couverture de la série Le Bois des Vierges
Le Bois des Vierges

J'ai attendu que cette série soit rééditée par Delcourt pour acquérir le premier numéro, les éditions Robert Laffont qui produisaient ce titre ayant subitement arrêté la publication de bd. Bien m'en a pris car nous avons droit à un cahier de 8 pages offert avec un entretien et des croquis. Ce bois des Vierges est tout simplement génial ! On ne présente plus le scénariste Jean Dufaux qui est parmi mes préférés. Le vrai coup d'éclat vient de Béatrice Tillier qui n'était connue que pour une seule série à savoir Fée et tendres Automates. Les lecteurs avaient déjà repéré un talent exceptionnel au niveau du dessin. Mais là, elle se surclasse véritablement dans un style ultra-réaliste. Un dessin stylé au service d'un bon scénario: c'est le duo gagnant ! Ce premier volet jette les bases d'une histoire intéressante dans un monde où les humains combattent des loups "humanisés" dans une époque ressemblant à la Renaissance. Nous ne sommes pas pour autant dans un conte animalier mais dans une véritable fresque guerrière. J'aime les histoires qui se servent des animaux pour les faire ressembler à des humains. On peut également exploiter des thèmes sur la monstruosité de l'homme et non de l'animal. Bref, les auteurs se sont arrangés pour que cela soit crédible. La virtuosité vient sans doute de là. Gageons que nous avons là l'une des meilleures réussites du genre. Si le niveau se maintient à cette hauteur, nul doute que cette série sera culte. Eh bien, c'est réussi ! Le second tome parvient à aller encore plus loin que le premier en intégrant tout un imaginaire sorti des contes ou devrais-je dire de nos pires cauchemars à l'image de ces dames harpies qui hantent le bois des Vierges. On arrive également à comprendre pourquoi l'héroïne Aube à une telle aversion pour ce qui est recouvert de poils. Il y a une véritable innovation dans le traitement de cette histoire, c'est ce qui est d'ailleurs remarquable. Et puis, chaque case est d'une rare beauté. Le troisième tome vient mettre un terme à cette histoire qui aurait pu encore s'étirer. J'apprécie cependant que les bonnes choses aient une fin digne. La qualité sera toujours au rendez-vous avec des décors d'une luxuriance parfaite. Le personnage de Aube va encore évoluer pour nous réserver encore de bonnes surprises. Les passions seront au maximum. En conclusion, j'avoue avoir succombé au charme de cet univers fantasmagorique original entre poils et peaux. C'est mâture dans le scénario et magnifique dans le dessin. Une grande oeuvre romantique et baroque par excellence. Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5

22/05/2009 (MAJ le 12/05/2013) (modifier)
Par Erik
Note: 5/5
Couverture de la série Long John Silver
Long John Silver

C’est incontestablement une série qui surfe sur la vague des films de flibustiers genre Pirates des Caraïbes qui a d'ailleurs réhabilité le genre pour notre plus grand plaisir. Que dire sur cette série en particulier initié par deux auteurs de talent ? Les couleurs aux tons plutôt sombres sont particulièrement réussies pour créer un univers malsain particulièrement accrocheur: complot et mutinerie, sang et piraterie, appât de l'or ou fuite en avant. Les couvertures sont toutes les quatre superbes. Les dessins sont réellement maîtrisés notamment dans les décors et costumes. La beauté des planches ne peut que me faire chavirer tel un navire au milieu de l'Océan. Intéressante idée que celle de redonner vie à ce célèbre pirate de la littérature. Nous retrouvons au détour d’une taverne dans les faubourgs de Bristol ce personnage au grand charisme qui partage la vedette avec une Lady Hastings aux mœurs disons pas très convenables. Si le premier tome posait les bases d'un scénario solide, ce deuxième chapitre dépasse toutes mes espérances. En effet, les protagonistes nous entraîne en pleine mer où la tension psychologique est à son comble dans la confrontation entre le légendaire Long John Silver et le capitaine Edward Hastings. J'ai adoré la lecture de ce chapitre car on ressent beaucoup de palpitation à un huit-clos de tonnerre! Le troisième tome nous entraîne dans les méandres d'un fleuve géant où le Neptune navigue en quête de la cité d'or. La folie n'est pas très loin. La tension est véritablement à son comble. Certains mystères vont être levés. D'autres attendront le dernier tome. Et enfin, ce quatrième tome qui se faisait attendre et qui met un point final à cette grande aventure au sein même de la cité de Guyanacapac. Vivian et Silver sont des personnages qui sont certes charismatiques mais inoubliables. L'aventure devient éprouvante. On ne lâche pas le morceau. Les dessins sont toujours à un excellent niveau. La dernière phrase sur la toute dernière case résonne encore en moi. Bref, ce fut exceptionnel ! Cette nouvelle collaboration entre Dorison et Lauffray est absolument immanquable pour tout amateur de piraterie et d’aventures exotiques. Souquez ferme, moussaillon ! Sortez la grande voile et direction chez le libraire où un trésor de plaisir vous attend ! Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.5/5

08/06/2007 (MAJ le 12/05/2013) (modifier)