Merde ! Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir écrire après avoir lu une BD comme ça...
Genre, j'ai été happé par cette BD à la couverture si énigmatique. Bouffé par la tranche rouge de ce pavé de plus de 200 pages à la présentation si travaillée.
C'est mon libraire qui il y a bien 2/3 semaines m'avait parlé de cette BD sélectionnée pour Angoulême et vanté ses qualités, mais que personne ne semblait avoir remarqué...
Un peu comme Nao. Un peu comme l'auteur Glyn Dillon que j'ai trouvé par hasard en parcourant les stands d'Angoulême, esseulé sur le stand d'Akileos, sans personne pour lui parler lessive et machine à laver.
C'est 5 mètres plus loin que j'ai eu le déclic.
Retour en arrière. Je m'approche du stand. Oui, c'est bien cette BD là.
- "Vous dédicacez ?"
- "Yes !"
Et voilà, comment je me retrouve avec un album que je n'ai pas encore lu, dédicacé en prime, et qui finira Prix spécial du Jury.
Mais sorti de ces petits plaisirs matérialistes, je suis vraiment tombé sous le charme de cet album. Graphiquement tout d'abord.
Le trait de Glyn Dillon qui donne dans le registre réaliste est d'une rare expressivité et d'une grande finesse. Son personnage principal, Nao, n'en ressort que plus troublant et dégage une empathie que j'ai rarement ressenti à la lecture d'une BD. On se glisse petit à petit dans son banal quotidien pour découvrir ce qui la ronge. Ces pulsions morbides et maladives lui pourrissent la vie et l'obligent à composer un quotidien de façade. Toujours à la recherche d'une sérénité impossible, ses rencontres et sa vie de tous les jours virent parfois au cauchemar pour un rien...
Et ce rouge... Couleur dominante de cet album, qui définit si bien Nao et qui la met si bien en valeur dans la colorisation que réalise l'auteur : c'est tout simplement sublime.
Ajoutez à cela, un conte asiatique qui ponctue ce récit de façon assez surréaliste et vous obtenez ce magnifique objet qui m'a laissé sur le cul et qui n'appelle qu'une relecture prochaine !
Je ne peux qu'applaudir à ce Prix Spécial du Jury d'Angoulême de cette année.
On a failli passer sans s'en rendre compte à côté d'un petit chef-d’œuvre !
A lire de toute urgence !
Cette série est la suite directe de la série Fathom - Origines. Il est bien d'avoir lu la première série pour mieux apprécier la seconde. Mais ce n'est pas primordial du tout. On peut commencer par la seconde sans soucis.
Les deux premiers tomes sont une sorte de transition qui ajoute d'autres personnages, d'autres ennemis et entraine des nouvelles questions pour l’héroïne Aspen.
A partir du tome 3 commence véritablement la saga. Les tenants et aboutissant des différentes parties sont peu à peu révélés. La suite se lit très agréablement.
La série réunit du côté des dessins de très bons artistes. La beauté visuelle est bien présente. Le talentueux Michael Turner nous offre en plus des magnifiques couvertures qui font de cette édition Delcourt un objet culte.
Assurément ma BD préférée. Je connais HK depuis des années et cette première édition déjà culte au format US. Le dessin de Trantkat (Kevin Herault) est superbe (coup de crayon précis, dessins plein de perspective, formes des personnages amplifiées... Sans parler de la colorisation parmi ce qui se fait de mieux). Je retrouve dans son style du manga c'est certain mais aussi une ressemblance avec le travail de Stan & Vince (que j'adore aussi) notamment en ce qui concerne les effets de perspective, la violence, les "coupes anatomiques" ou les corps généreux des personnages féminins... L'univers futuriste de cette BD est cohérent et bien retranscrit. Son scénario prenant (merci également au talentueux Morvan pour sa participation). La réédition chez Glénat au format franco-belge est encore supérieure en terme de qualité et les nombreux rajouts (d'une qualité technique exemplaire) clarifient encore un peu cette histoire. Dommage que le rythme de sortie soit si lent (fournir de la qualité se paye en temps)... Un timming de publication qui renforce le côté évènementiel de chaque parution. Merci à Kévin pour cette fabuleuse BD et bon courage à lui pour parvenir au bout de ce fabuleux challenge qu'est HK.
C'est beau, c'est rigolo, c'est parodique...
Côté dessin c'est du J. Scott Cambell donc c'est visuellement très sexy et très bien dessiné. Côté scénario c'est certes assez classique mais cela se suit bien. J'ai vraiment aimé et j'espère encore lire beaucoup d'autres aventures des Danger Girl.
Je ne lis que très rarement des mangas, mais celui-ci m’a été offert par un ami et apparemment demeure un des must en la matière. Il est vrai que l’ouvrage sort vraiment de l’idée que je me fais généralement du manga, qui je le reconnais n’est pas exempte de préjugés.
S’il y a bien quelque chose que j’ai apprécié dans cette BD, c’est l’atmosphère qui s’en dégage. J’ai vraiment été transporté dans ce Japon des années 60, dans cette ville de province où semble régner une certaine douceur de vivre. Cette douceur est bien rendue par le trait raffiné et minutieux de Jiro Taniguchi. Paysages, ciels, bâtiments sont parfaitement représentés, par contre, j’ai un peu plus de mal avec les personnages que je trouve assez fades et inexpressifs. Et là encore, c’est l’une des choses qui me gêne – voire qui m’agace- le plus dans le style manga, comme si les Japonais avaient tous appris à dessiner dans la même école et semblaient se copier les uns les autres… Certes, on pourrait dire la même chose d’un certain style franco-belge… Heureusement, cela n’est nullement rédhibitoire et ne m’empêche pas d’apprécier énormément Hayao Miyazaki, autre auteur nippon de splendides dessins animés débordant de poésie. Après tout, cette uniformité est-elle destinée à permettre au lecteur de mieux s’identifier aux personnages…
Quant au récit, il bénéficie d’un scénario bien construit et original. Une histoire simple où s’invite discrètement le fantastique. Une histoire que chacun a forcément un jour ou l’autre imaginé : revivre son enfance. Peut-être pour pouvoir changer le cours d’une vie dont on n’a pas forcément rêvée et dont les déboires résultent toujours en partie des blessures plus ou moins conscientes subies à l’âge où l’on est insouciant… Ici, le quadragénaire Hiroshi, dans son corps de 14 ans, va espionner son père Yoshio pour tenter de comprendre ce qui l’a conduit à quitter le foyer familial et surtout l’en dissuader. Sa mésaventure finira par l’éclairer sur sa situation maritale qui lui pèse sans qu’il sache vraiment pourquoi. Avec en filigrane cette question : si l’on peut agir sur certaines choses (dans le présent ou le passé), peut-on réellement changer le destin ?… Il s’agit donc bien, on l’aura compris, d’un roman graphique « travaillé », avec des personnages réalistes et dotés d’une certaine profondeur – rien à voir donc avec les mangas pondus au kilomètre au Pays du Soleil levant. Le ton est grave, l’émotion est toute en retenue mais bien présente (la rencontre de Hiroshi avec l’amie d’enfance de son père), ce qui n’empêche pas l’humour dans certaines scènes assez cocasses – dues notamment au problème d’alcool de Hiroshi.
Je recommande donc vivement la lecture de ce « Quartier lointain » tellement proche de nous, d’une portée universelle, humain, tellement humain, sans jugement, tragique aussi, empreint d’une émotion subtile et sans pathos, mais qui, une fois le livre refermé, infuse délicatement votre âme… Comme un doux tintinnabulement aux sonorités mélancoliques qui vient vous hanter et finit par vous mettre le cœur au bord des larmes…
D’abord, c’est de Warren Ellis, et je ne suis pas objectif : il a commis du très moyen dont je réfute jusqu’à l’existence, et ce qu’il a fait de bon est très bon, inobjectivement (Planetary, Desolation Jones, Fell, …). Mes scénaristes préférés de comics américains sont finalement tous britanniques.
Avis sur l’intégrale en V.O.
Transmetropolitan est avant tout l’histoire de Spider Jerusalem. C’est un personnage barré, le gonzo journaliste ultime (non, pas le muppet), un Hunter S. Thompson sous amphets (enfin, plus d’amphets) et accès à l’arsenal de Bugs Bunny. D’ailleurs, dès la première page traine un exemplaire de « Fear and Loathing (in Las Vegas)*». (et un « Confederacy of Dunces » aussi, deux livres qui méritent un coup d’œil).
(* Las Vegas Parano en V.F., et c’est semi autobiographique)
Ellis sort de plusieurs années de comics ‘plus standards’, sur lesquels je n’ai pas d’avis. Avec Transmet, il peut enfin mettre en scène un adulte capable d’enfiler son pantalon par-dessus son slip, et il se lâche. Spider Jerusalem est légèrement exagéré (enfin, limite cartoon), mais ignoblement jouissif. Et ses assistantes parviennent à lui tenir tête, ce qui en fait des personnages à part entière. J’aime beaucoup la dynamique du trio.
Le dessin est egocentrique : Spider est très détaillé, furieusement expressif. Les décors sont assez vides et effacés, ce à quoi Spider répondrait probablement « I’m Spider Jerusalem, and fuck all of you! Ha! ». Beaucoup de clins d’œil dans les arrières plans extérieurs, toutefois, et des cases très colorées pour un propos assez sombre. Fatal, mais pas sérieux (j’suis aussi fan d’Adam Warren).
Beaucoup de clins d’œil dans les dialogues d’arrière plan aussi : Ellis parvient même à placer « Wave of Mutilation » dans une phrase sensée, c’est dire.
Ah oui, tiens, le propos est assez cru, dans la forme * et dans le fond. Enfin, si on se limite au factuel, je ne trouve rien de plus choquant que dans un épisode quelconque de série américaine quelconque de prime-time (quelconque). Sans l’abrutissement, moins moralisateur et plus jubilatoire. Mais pas plus de tripe, et moins de cul au final. Enfin, pour ce que j’en ai vu, les types qui ont pondu House M.D. ont dû lire Transmet.
(* « If anyone in this shithole city gave two tugs of a dead dog's cock about Truth, this wouldn't be happening. » Et ça, c’est modéré.)
Cependant, Spider Jerusalem reste un journaliste, et les différents volumes sont aussi des reportages. Ellis renoue avec les racines de la S.F. façon Bradbury : l’anticipation technologique est à la fois omniprésente et peu importante, et fait la part belle à la critique sociale. Difficile par exemple de ne pas replacer la lutte présidentielle entre ‘The Beast’ et ‘The Smiler’ dans le contexte d’alternance U.S. de l’époque (de Bush Sr. à Clinton), ou de ne pas reconnaitre l’approche locale des émeutes raciales.
Attention toutefois, le monde de Spider est laid. Spider est un sociopathe humaniste qui lui trouve parfois de la beauté. Mais ça reste assez déprimant.
J’aime, mais je conseille de lire le 1er tome avant d’acheter (une centaine de pages, jusqu’à l’épisode consacré à Mary, où la série trouve son équilibre), ça ne plaira pas à tout le monde.
Tintin n'est plus à présenter. Un monument de la bande dessinée, une légende qui ne se tarit pas (et les films qu'on produit actuellement n'en sont qu'un bon exemple).
Je ne reviendrai pas sur les styles d'histoires, sur le dessin qui reste la base de la ligne claire, ou simplement les idées qui sont présentées.
Mais je dois dire que Tintin, j'aimais sacrément ça étant enfant. J'en lisais autant que possible (et aucun n'a survécu d'ailleurs), même si je ne comprenais pas les histoires. Et aujourd'hui, quand je les relis, je les trouve toujours aussi sympathiques.
J'ai personnellement une préférence pour le diptyque du voyage sur la lune, très documenté, angoissant également dans ses moments de tension. Un superbe opus à mon avis.
Les aventures sont très souvent réjouissantes, les traits d'humour encore bons, les intrigues parfaitement menées, bref tout reste bon dans Tintin.
Et au final, malgré les polémiques sur les idées de fond, je ne crois pas qu'on puisse dire que Tintin incite à une haine raciale ou autre théorie. Je les ai lu des dizaines de fois étant enfant, je ne suis toujours pas raciste.
Une oeuvre culte, c'est clair et net. Tintin est et restera un des plus grands de la BD, dans le panthéon du 7ème art.
Quand je pense que certaines bd érotiques, dont la qualité et les dessins sont d'une fadeur totale, arrivent à atteindre les 3 étoiles et que ce chef d’œuvre (parfaitement) n'en a que 2 à l'heure ou j'écris, je me dis qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au royaume bdtheque.
Graphiquement c'est sublime. Pas juste beau, non non, il y a des pages qui sont simplement magnifiques à en pleurer. De plus l'agencement et le rythme des pages sont très très astucieux et malgré de nombreuses superpositions de personnages, de situations et de sous-entendus, on comprend tout, c'est impeccablement lisible et agréable à lire. Bref, Events n'est pas un bon dessinateur de plus: il vole au dessus des foules.
En plus il sait raconter des histoires ! Le scénario est intelligent, prenant et bien mené. Que demande le peuple bdtheque ?
On ne peut pas passer à côté d'une œuvre pareille (re-parfaitement).
EDIT : je remonte ma note au niveau culte après relecture plus d'1 an après.
Un portrait juste et réel de la régression sociétale observée à tous les niveaux politiques, intellectuels, culturels avec cette société du futur qui poursuit le prolongement de la liquidation médiatique de mai 68 et de son héritage.
Beaucoup d'humour, du second degré,
En résumé : "putain, Pascal je te kiffe !"
Manu Larcenet est selon moi un auteur parmi les plus talentueux que je n'ai jamais lu. C'est bien simple : sur les trois œuvres que j'ai lu à présent de lui, j'ai mis trois fois 5/5 car j'ai été touché par les trois œuvres, mais à chaque fois de façon dissemblable.
Manu Larcenent possède un trait excellent, juste et précis, sans fioriture, presque épurée. Le style graphique est pas mal différent de ce que j'avais apprécié dans Presque, mais il est ici tellement beau accolé au récit que je le trouve parfait une fois de plus.
Ce trait simple mais beau accompagne parfaitement le récit, qui est plus proche de la philosophie quotidienne selon moi que d'une véritable histoire. Le terme Roman graphique est sans doute le seul adapté pour cette œuvre à part dans ce que j'ai pu lire jusqu'à présent. Mélangeant l'histoire, les photos dessinées et commentée, les petites histoires de la vie et ses grandes interrogations, Le combat ordinaire est une philosophie actuelle digne de ce que pouvait nous produire un Platon ou un Socrate de l'antiquité.
Le récit est empli de petites réflexions, rarement développées, rarement longues, mais toujours très juste. Le nombre de citations qu'on pourrait extraire de cette BD est simplement énorme. Je peux relire cette BD n'importe quand, de jour comme de nuit, à n'importe quel sentiment, je trouve toujours quelque chose qui me convienne. Même l'humour est à mon avis savamment dosé et bien introduit, jamais là pour détruire une scène sérieuse, jamais absent lorsque le récit pourrait sombrer dans l'inutile ou le lassant.
Le dosage de l'ensemble est juste parfait. En le lisant aujourd'hui, je me rends compte que j'ai été marqué par cette BD, par ce qu'elle propose comme réflexion et comme idées. J'en ai souvent des passages en tête, et plus d'une fois j'ai pu constater la justesse du propos de Larcenet.
Manu Larcenent est un auteur de talent, il n'a plus à le prouver. Et pourtant je ne cesse d'être impressionné par celui-ci. Il me fait aimer encore une fois la bande-dessinée. Il n'a pas donné ses lettres de noblesse à la BD, mais il les défend ardemment. Et je ne peux que me joindre à lui dans cet art si noble.
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Nos enjeux culturels et sociétaux
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Le Nao de Brown
Merde ! Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir écrire après avoir lu une BD comme ça... Genre, j'ai été happé par cette BD à la couverture si énigmatique. Bouffé par la tranche rouge de ce pavé de plus de 200 pages à la présentation si travaillée. C'est mon libraire qui il y a bien 2/3 semaines m'avait parlé de cette BD sélectionnée pour Angoulême et vanté ses qualités, mais que personne ne semblait avoir remarqué... Un peu comme Nao. Un peu comme l'auteur Glyn Dillon que j'ai trouvé par hasard en parcourant les stands d'Angoulême, esseulé sur le stand d'Akileos, sans personne pour lui parler lessive et machine à laver. C'est 5 mètres plus loin que j'ai eu le déclic. Retour en arrière. Je m'approche du stand. Oui, c'est bien cette BD là. - "Vous dédicacez ?" - "Yes !" Et voilà, comment je me retrouve avec un album que je n'ai pas encore lu, dédicacé en prime, et qui finira Prix spécial du Jury. Mais sorti de ces petits plaisirs matérialistes, je suis vraiment tombé sous le charme de cet album. Graphiquement tout d'abord. Le trait de Glyn Dillon qui donne dans le registre réaliste est d'une rare expressivité et d'une grande finesse. Son personnage principal, Nao, n'en ressort que plus troublant et dégage une empathie que j'ai rarement ressenti à la lecture d'une BD. On se glisse petit à petit dans son banal quotidien pour découvrir ce qui la ronge. Ces pulsions morbides et maladives lui pourrissent la vie et l'obligent à composer un quotidien de façade. Toujours à la recherche d'une sérénité impossible, ses rencontres et sa vie de tous les jours virent parfois au cauchemar pour un rien... Et ce rouge... Couleur dominante de cet album, qui définit si bien Nao et qui la met si bien en valeur dans la colorisation que réalise l'auteur : c'est tout simplement sublime. Ajoutez à cela, un conte asiatique qui ponctue ce récit de façon assez surréaliste et vous obtenez ce magnifique objet qui m'a laissé sur le cul et qui n'appelle qu'une relecture prochaine ! Je ne peux qu'applaudir à ce Prix Spécial du Jury d'Angoulême de cette année. On a failli passer sans s'en rendre compte à côté d'un petit chef-d’œuvre ! A lire de toute urgence !
Fathom
Cette série est la suite directe de la série Fathom - Origines. Il est bien d'avoir lu la première série pour mieux apprécier la seconde. Mais ce n'est pas primordial du tout. On peut commencer par la seconde sans soucis. Les deux premiers tomes sont une sorte de transition qui ajoute d'autres personnages, d'autres ennemis et entraine des nouvelles questions pour l’héroïne Aspen. A partir du tome 3 commence véritablement la saga. Les tenants et aboutissant des différentes parties sont peu à peu révélés. La suite se lit très agréablement. La série réunit du côté des dessins de très bons artistes. La beauté visuelle est bien présente. Le talentueux Michael Turner nous offre en plus des magnifiques couvertures qui font de cette édition Delcourt un objet culte.
HK
Assurément ma BD préférée. Je connais HK depuis des années et cette première édition déjà culte au format US. Le dessin de Trantkat (Kevin Herault) est superbe (coup de crayon précis, dessins plein de perspective, formes des personnages amplifiées... Sans parler de la colorisation parmi ce qui se fait de mieux). Je retrouve dans son style du manga c'est certain mais aussi une ressemblance avec le travail de Stan & Vince (que j'adore aussi) notamment en ce qui concerne les effets de perspective, la violence, les "coupes anatomiques" ou les corps généreux des personnages féminins... L'univers futuriste de cette BD est cohérent et bien retranscrit. Son scénario prenant (merci également au talentueux Morvan pour sa participation). La réédition chez Glénat au format franco-belge est encore supérieure en terme de qualité et les nombreux rajouts (d'une qualité technique exemplaire) clarifient encore un peu cette histoire. Dommage que le rythme de sortie soit si lent (fournir de la qualité se paye en temps)... Un timming de publication qui renforce le côté évènementiel de chaque parution. Merci à Kévin pour cette fabuleuse BD et bon courage à lui pour parvenir au bout de ce fabuleux challenge qu'est HK.
Danger Girl - Opération Hammer
C'est beau, c'est rigolo, c'est parodique... Côté dessin c'est du J. Scott Cambell donc c'est visuellement très sexy et très bien dessiné. Côté scénario c'est certes assez classique mais cela se suit bien. J'ai vraiment aimé et j'espère encore lire beaucoup d'autres aventures des Danger Girl.
Quartier lointain
Je ne lis que très rarement des mangas, mais celui-ci m’a été offert par un ami et apparemment demeure un des must en la matière. Il est vrai que l’ouvrage sort vraiment de l’idée que je me fais généralement du manga, qui je le reconnais n’est pas exempte de préjugés. S’il y a bien quelque chose que j’ai apprécié dans cette BD, c’est l’atmosphère qui s’en dégage. J’ai vraiment été transporté dans ce Japon des années 60, dans cette ville de province où semble régner une certaine douceur de vivre. Cette douceur est bien rendue par le trait raffiné et minutieux de Jiro Taniguchi. Paysages, ciels, bâtiments sont parfaitement représentés, par contre, j’ai un peu plus de mal avec les personnages que je trouve assez fades et inexpressifs. Et là encore, c’est l’une des choses qui me gêne – voire qui m’agace- le plus dans le style manga, comme si les Japonais avaient tous appris à dessiner dans la même école et semblaient se copier les uns les autres… Certes, on pourrait dire la même chose d’un certain style franco-belge… Heureusement, cela n’est nullement rédhibitoire et ne m’empêche pas d’apprécier énormément Hayao Miyazaki, autre auteur nippon de splendides dessins animés débordant de poésie. Après tout, cette uniformité est-elle destinée à permettre au lecteur de mieux s’identifier aux personnages… Quant au récit, il bénéficie d’un scénario bien construit et original. Une histoire simple où s’invite discrètement le fantastique. Une histoire que chacun a forcément un jour ou l’autre imaginé : revivre son enfance. Peut-être pour pouvoir changer le cours d’une vie dont on n’a pas forcément rêvée et dont les déboires résultent toujours en partie des blessures plus ou moins conscientes subies à l’âge où l’on est insouciant… Ici, le quadragénaire Hiroshi, dans son corps de 14 ans, va espionner son père Yoshio pour tenter de comprendre ce qui l’a conduit à quitter le foyer familial et surtout l’en dissuader. Sa mésaventure finira par l’éclairer sur sa situation maritale qui lui pèse sans qu’il sache vraiment pourquoi. Avec en filigrane cette question : si l’on peut agir sur certaines choses (dans le présent ou le passé), peut-on réellement changer le destin ?… Il s’agit donc bien, on l’aura compris, d’un roman graphique « travaillé », avec des personnages réalistes et dotés d’une certaine profondeur – rien à voir donc avec les mangas pondus au kilomètre au Pays du Soleil levant. Le ton est grave, l’émotion est toute en retenue mais bien présente (la rencontre de Hiroshi avec l’amie d’enfance de son père), ce qui n’empêche pas l’humour dans certaines scènes assez cocasses – dues notamment au problème d’alcool de Hiroshi. Je recommande donc vivement la lecture de ce « Quartier lointain » tellement proche de nous, d’une portée universelle, humain, tellement humain, sans jugement, tragique aussi, empreint d’une émotion subtile et sans pathos, mais qui, une fois le livre refermé, infuse délicatement votre âme… Comme un doux tintinnabulement aux sonorités mélancoliques qui vient vous hanter et finit par vous mettre le cœur au bord des larmes…
Transmetropolitan
D’abord, c’est de Warren Ellis, et je ne suis pas objectif : il a commis du très moyen dont je réfute jusqu’à l’existence, et ce qu’il a fait de bon est très bon, inobjectivement (Planetary, Desolation Jones, Fell, …). Mes scénaristes préférés de comics américains sont finalement tous britanniques. Avis sur l’intégrale en V.O. Transmetropolitan est avant tout l’histoire de Spider Jerusalem. C’est un personnage barré, le gonzo journaliste ultime (non, pas le muppet), un Hunter S. Thompson sous amphets (enfin, plus d’amphets) et accès à l’arsenal de Bugs Bunny. D’ailleurs, dès la première page traine un exemplaire de « Fear and Loathing (in Las Vegas)*». (et un « Confederacy of Dunces » aussi, deux livres qui méritent un coup d’œil). (* Las Vegas Parano en V.F., et c’est semi autobiographique) Ellis sort de plusieurs années de comics ‘plus standards’, sur lesquels je n’ai pas d’avis. Avec Transmet, il peut enfin mettre en scène un adulte capable d’enfiler son pantalon par-dessus son slip, et il se lâche. Spider Jerusalem est légèrement exagéré (enfin, limite cartoon), mais ignoblement jouissif. Et ses assistantes parviennent à lui tenir tête, ce qui en fait des personnages à part entière. J’aime beaucoup la dynamique du trio. Le dessin est egocentrique : Spider est très détaillé, furieusement expressif. Les décors sont assez vides et effacés, ce à quoi Spider répondrait probablement « I’m Spider Jerusalem, and fuck all of you! Ha! ». Beaucoup de clins d’œil dans les arrières plans extérieurs, toutefois, et des cases très colorées pour un propos assez sombre. Fatal, mais pas sérieux (j’suis aussi fan d’Adam Warren). Beaucoup de clins d’œil dans les dialogues d’arrière plan aussi : Ellis parvient même à placer « Wave of Mutilation » dans une phrase sensée, c’est dire. Ah oui, tiens, le propos est assez cru, dans la forme * et dans le fond. Enfin, si on se limite au factuel, je ne trouve rien de plus choquant que dans un épisode quelconque de série américaine quelconque de prime-time (quelconque). Sans l’abrutissement, moins moralisateur et plus jubilatoire. Mais pas plus de tripe, et moins de cul au final. Enfin, pour ce que j’en ai vu, les types qui ont pondu House M.D. ont dû lire Transmet. (* « If anyone in this shithole city gave two tugs of a dead dog's cock about Truth, this wouldn't be happening. » Et ça, c’est modéré.) Cependant, Spider Jerusalem reste un journaliste, et les différents volumes sont aussi des reportages. Ellis renoue avec les racines de la S.F. façon Bradbury : l’anticipation technologique est à la fois omniprésente et peu importante, et fait la part belle à la critique sociale. Difficile par exemple de ne pas replacer la lutte présidentielle entre ‘The Beast’ et ‘The Smiler’ dans le contexte d’alternance U.S. de l’époque (de Bush Sr. à Clinton), ou de ne pas reconnaitre l’approche locale des émeutes raciales. Attention toutefois, le monde de Spider est laid. Spider est un sociopathe humaniste qui lui trouve parfois de la beauté. Mais ça reste assez déprimant. J’aime, mais je conseille de lire le 1er tome avant d’acheter (une centaine de pages, jusqu’à l’épisode consacré à Mary, où la série trouve son équilibre), ça ne plaira pas à tout le monde.
Les Aventures de Tintin
Tintin n'est plus à présenter. Un monument de la bande dessinée, une légende qui ne se tarit pas (et les films qu'on produit actuellement n'en sont qu'un bon exemple). Je ne reviendrai pas sur les styles d'histoires, sur le dessin qui reste la base de la ligne claire, ou simplement les idées qui sont présentées. Mais je dois dire que Tintin, j'aimais sacrément ça étant enfant. J'en lisais autant que possible (et aucun n'a survécu d'ailleurs), même si je ne comprenais pas les histoires. Et aujourd'hui, quand je les relis, je les trouve toujours aussi sympathiques. J'ai personnellement une préférence pour le diptyque du voyage sur la lune, très documenté, angoissant également dans ses moments de tension. Un superbe opus à mon avis. Les aventures sont très souvent réjouissantes, les traits d'humour encore bons, les intrigues parfaitement menées, bref tout reste bon dans Tintin. Et au final, malgré les polémiques sur les idées de fond, je ne crois pas qu'on puisse dire que Tintin incite à une haine raciale ou autre théorie. Je les ai lu des dizaines de fois étant enfant, je ne suis toujours pas raciste. Une oeuvre culte, c'est clair et net. Tintin est et restera un des plus grands de la BD, dans le panthéon du 7ème art.
Les Amateurs
Quand je pense que certaines bd érotiques, dont la qualité et les dessins sont d'une fadeur totale, arrivent à atteindre les 3 étoiles et que ce chef d’œuvre (parfaitement) n'en a que 2 à l'heure ou j'écris, je me dis qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au royaume bdtheque. Graphiquement c'est sublime. Pas juste beau, non non, il y a des pages qui sont simplement magnifiques à en pleurer. De plus l'agencement et le rythme des pages sont très très astucieux et malgré de nombreuses superpositions de personnages, de situations et de sous-entendus, on comprend tout, c'est impeccablement lisible et agréable à lire. Bref, Events n'est pas un bon dessinateur de plus: il vole au dessus des foules. En plus il sait raconter des histoires ! Le scénario est intelligent, prenant et bien mené. Que demande le peuple bdtheque ? On ne peut pas passer à côté d'une œuvre pareille (re-parfaitement). EDIT : je remonte ma note au niveau culte après relecture plus d'1 an après.
Pascal Brutal
Un portrait juste et réel de la régression sociétale observée à tous les niveaux politiques, intellectuels, culturels avec cette société du futur qui poursuit le prolongement de la liquidation médiatique de mai 68 et de son héritage. Beaucoup d'humour, du second degré, En résumé : "putain, Pascal je te kiffe !"
Le Combat ordinaire
Manu Larcenet est selon moi un auteur parmi les plus talentueux que je n'ai jamais lu. C'est bien simple : sur les trois œuvres que j'ai lu à présent de lui, j'ai mis trois fois 5/5 car j'ai été touché par les trois œuvres, mais à chaque fois de façon dissemblable. Manu Larcenent possède un trait excellent, juste et précis, sans fioriture, presque épurée. Le style graphique est pas mal différent de ce que j'avais apprécié dans Presque, mais il est ici tellement beau accolé au récit que je le trouve parfait une fois de plus. Ce trait simple mais beau accompagne parfaitement le récit, qui est plus proche de la philosophie quotidienne selon moi que d'une véritable histoire. Le terme Roman graphique est sans doute le seul adapté pour cette œuvre à part dans ce que j'ai pu lire jusqu'à présent. Mélangeant l'histoire, les photos dessinées et commentée, les petites histoires de la vie et ses grandes interrogations, Le combat ordinaire est une philosophie actuelle digne de ce que pouvait nous produire un Platon ou un Socrate de l'antiquité. Le récit est empli de petites réflexions, rarement développées, rarement longues, mais toujours très juste. Le nombre de citations qu'on pourrait extraire de cette BD est simplement énorme. Je peux relire cette BD n'importe quand, de jour comme de nuit, à n'importe quel sentiment, je trouve toujours quelque chose qui me convienne. Même l'humour est à mon avis savamment dosé et bien introduit, jamais là pour détruire une scène sérieuse, jamais absent lorsque le récit pourrait sombrer dans l'inutile ou le lassant. Le dosage de l'ensemble est juste parfait. En le lisant aujourd'hui, je me rends compte que j'ai été marqué par cette BD, par ce qu'elle propose comme réflexion et comme idées. J'en ai souvent des passages en tête, et plus d'une fois j'ai pu constater la justesse du propos de Larcenet. Manu Larcenent est un auteur de talent, il n'a plus à le prouver. Et pourtant je ne cesse d'être impressionné par celui-ci. Il me fait aimer encore une fois la bande-dessinée. Il n'a pas donné ses lettres de noblesse à la BD, mais il les défend ardemment. Et je ne peux que me joindre à lui dans cet art si noble.