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Par jul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Véritable Histoire de Ashe Barrett
La Véritable Histoire de Ashe Barrett

J'ai enfin trouvé cette mythique bd de Vincent Hardy. Enfin juste le tome 2. J'avais lu ça enfant à la bibliothèque et j'avais adoré. Après re-lecture c'est effectivement assez barré. Jugez plutôt : des sortes de savants militaires font appel à Ash Barrett pour amorcer une douzaine d'espèces de gigantesques lance-missiles nucléaires. Ils lui fournissent une moto cross et un livre de recettes de cuisine d'amorçage. Le timing est assez serré : les 48 pages de l'album et à chaque fois il a une chance sur 2 pour que tout n'explose pas. Il ne réussira qu'à en amorcer 3 sur 12 et à chaque fois cela explose ! La bd est finie, la mission a donc échoué. Fin. Mais qu'est ce que c'est que ce scénar !!! Ajoutez à cela un décor post apocalyptique de campagne française ou belge avec des pavillons autour de gigantesques infrastructures militaires. Il pleut, il y a de la boue et sur chaque lance-missiles se trouvent des pantins gonflables ( ??? ). Cette logique dans l'absurde me fait penser au film "Dans la peau de John Malkovich" mais à la sauce SF franco belge. On est projeté sans explications préalables dans ce monde futuriste complètement inédit et loufoque et tout reste limpide, haletant et drôle. Mine de rien c'est vraiment une oeuvre unique de la bd. Et puis je suis vraiment fan de ces dessins. Ces grosses machines type moissonneuses batteuses militaires avec un restaurant à l'intérieur du cockpit et ces gigantesques infrastructures plantées au beau milieu de campagnes boueuses (avec des maisons tout ce qu'il y a de plus normal !). J'ai rarement vu des trucs de SF aussi originaux. S'il y en a faites moi signe !

21/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Les Aventures de Tintin
Les Aventures de Tintin

100ème avis sur le site, je me risque sur le petit reporter à la houppette. Doit-on encore présenter Tintin ? Je vais essayer de ne pas être trop long. Il est clair que Tintin a marqué la planète BD en dépit de ses défauts, et qu'il a bercé l'enfance de plusieurs générations de tous âges depuis 1929, date de sa création. Des récits malhabiles dans le graphisme et l'esprit comme "les Soviets" ou "le Congo" jusqu'aux chefs d'oeuvres que sont le diptyque "Objectif Lune", "l'Affaire Tournesol", "les Bijoux" et "Coke en Stock", Hergé a réussi à donner à son héros une véritable aura, et ce dès le Lotus Bleu, qui plonge dans l'actualité. La série a gagné en puissance et en sérieux et crédibilité au fil des albums, dénonçant ça et là l'invasion japonaise en Chine, les dictatures sud-américaines, l'esclavage ou l'exclusion. Pourtant Tintin ne remet rien en cause, ne soulage pas les peuples et ne propose pas d'alternative aux inégalités, il affronte avec son âme de boy-scout héritée de son créateur la complexité du monde. Tintin est la bonne conscience de la société qui incarne la générosité, la fraternité, l'amitié en défendant des valeurs saines. Reconnue comme étant une réussite majeure de la BD mondiale, l'oeuvre d'Hergé est devenue au gré de nouvelles générations de lecteurs, intemporelle et universelle, elle est rassurante pour l'enfant, réconfortante pour l'adulte. Tintin fait partie de la mémoire collective, surtout si on l'a lu enfant, on entretient avec lui un lien spécial qui dure toute une vie, même si certains s'en détachent. Pourquoi ce personnage fascine-t-il tant les sociologues, les observateurs et les autres ? Hergé lui-même avouait ne pas comprendre. Plusieurs raisons: * Il a su créer un univers riche pouvant être abordé sur plusieurs plans, à la fois sérieux (grâce à sa documentation) et divertissant, mêlant adroitement le ludique à la réflexion. Ces aventures à l'exotisme souvent suranné ont forgé une vision et un imaginaire dont l'enfant a pu se faire une image de l'univers, basé sur le rêve et l'évasion. * les continuelles améliorations et remises à jour d'albums ont joué un rôle important dans ce succès durable; grâce à sa maturité de trait, Hergé a totalement ou partiellement redessiné certains épisodes, ainsi les enfants des nouvelles générations sont à l'aise dans une série modernisée pourtant déja appréciée de leurs parents ou grands-parents. * l'immense cortège de personnages secondaires constitué au fil des années, d'innombrables acteurs ou figurants tous très typés qui forment une sorte de "comédie humaine" et qui évoluent autour du personnage central de Tintin, héros un peu falot il faut l'avouer, et considérablement débordé par l'imposante personnalité du capitaine Haddock, au départ faire-valoir, qui a pris un énorme ascendant sur le héros s'étant retrouvé parfois en situation de faire-valoir à son tour. Source continuelle d'effets comiques, pourvoyeur de jurons célèbres (365 répertoriés je crois), détenteur de tous les vices que Tintin n'a pas. En redessinant les albums qui techniquement avaient vieilli, Hergé n'a rien changé aux caractères : l'ivrogne au grand coeur, les 2 flics idiots, le prof distrait, la diva égocentrique, l'assureur casse-pied, le valet flegmatique, le ruffian mielleux, le marchand affable.... * Tintin n'a pas d'âge, pas de passé, pas de famille, pas de fiancée, même son nom n'est pas sérieux, il n'existe que pour l'aventure, et ainsi tout le monde de tous les pays peut s'identifier à lui. * Autre élément important du succès, le souci d'authenticité a poussé Hergé à peaufiner son oeuvre, même si la bande est considérée comme étant semi-réaliste. Alors, on peut se plaindre de cette fameuse Ligne Claire et du côté figé des personnages, mais je trouve au contraire que ça donne un charme à cette Bd qui a séduit tous les publics. Je laisse de côté la xénophobie, le racisme et la cruauté (le nombre effarant d'animaux tués dans "le Congo") des premiers albums car lorsque j'étais enfant, je ne m'en rendais tout simplement pas compte, et Hergé n'a fait que retranscrire l'état d'esprit qui régnait dans son milieu social... Enfin, une dernière précision, la technique hergéenne a influencé la BD francophone, à l'origine de l'école de Bruxelles, réussissant l'osmose entre le récit et l'image, mais il a aussi donné à la bande dessinée ses lettres de noblesse et au métier de dessinateur une certaine crédibilité à une époque où cette profession et ce mode d'expression étaient encore peu reconnus en Europe. Le 3 mars 1983, Hergé a laissé derrière lui des millions d'orphelins, mais les mythes sont immortels, celui du petit reporter à la houppette, dont De Gaulle disait à Malraux qu'il était "son seul rival international", continuera à faire vibrer encore bien des générations.

19/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Johan et Pirlouit
Johan et Pirlouit

La lecture d'enfance par excellence. Je l'ai découverte avec 2 albums reçus en cadeau : le Serment des Vikings et La Flèche noire ; j'ai aussitôt adoré. C'est le genre de bande qui traverse les années, qu'on peut transmettre à ses enfants, et que l'on peut relire adulte sans honte, un peu comme Tif et Tondu, 2 Bd du journal Spirou qui m'ont vraiment procuré de belles heures de lecture. Si l'on excepte les 2 premiers albums où Johan est un jeune page solitaire, où le dessin n'est pas encore au point et même assez moche, tous les autres sont d'égale qualité, ce qui est assez rare dans une série enfantine ; la série prend plus de corps dès l'arrivée de Pirlouit qui devient l'écuyer et ami de Johan ; ces deux compagnons se lancent dans des aventures passionnantes, dont les scénarios sont loin d'être puérils. Johan est vaillant et rusé, alors que Pirlouit compense par l'agilité et les éclats d'une voix tonitruante les inconvénients de sa petite taille ; tous deux forment un duo complémentaire comme il y en a tant en BD. Le dessin fluide et propre de Peyo, typique de l'école belge, dite école de Marcinelle, convient parfaitement à ce Moyen Age de fantaisie, un peu féerique, où l'humour est attachant ; les décors ne sont pas négligés, les couleurs bien adaptées. Le seul ennui pour moi, c'est l'apparition des Schtroumpfs découverts par nos héros, qu'ils vont hélas éclipser, obligeant Peyo à se consacrer exclusivement à leur propre bande ; c'est dommage, car "Johan et Pirlouit" était de loin bien mieux que la bande des lutins bleus. Les récits excellents et bien structurés avec leur savant cocktail d'aventures pseudo-historiques et d'humour ont fait de cette Bd l'une des meilleures du journal Spirou de la grande époque. Ma note est donc guidée non seulement par la nostalgie, mais autant par la qualité des récits et du dessin.

19/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Achille Talon
Achille Talon

Achille Talon est avec Tintin, Astérix et Lucky Luke, le personnage de BD européenne le plus populaire, le plus traduit et le plus diffusé. Je l'ai découvert vers 1968 dans Pilote, j'avais dans les 9/10 ans, et je ne comprenais pas tout à ses logorrhées légendaires, ce n'est que bien plus tard que je l'ai vraiment apprécié; comme quoi, cette série est souvent considérée à tort pour la jeunesse, elle s'adresse à des ados et des adultes ayant une certaine culture. Il faut dire que Pilote était plus un journal pour ados que pour enfants. Obèse au nez volumineux, Talon est le type même du quadra bourgeois, insupportable par sa suffisance et sa redondance, le Français moyen têtu et imbu de sa personne, égocentrique, individualiste forcené, vaniteux, ayant un avis sur tout, qui accumule les erreurs. Mais son aptitude verbale inépuisable, inondant ses interlocuteurs d'un flot de paroles, cette éloquence ampoulée et cette façon de s'exprimer délicatement désuète mais ironique, dans des bulles souvent plus grosses que lui, sont véritablement la carte de visite du personnage. La boursouflure même du dialogue demeure l'un des principaux procédés comiques de la bande, le véritable trait de génie de Greg, pro de la réplique. Greg lui façonne un petit monde bien à lui : un pavillon coquet en banlieue résidentielle, un voisin agaçant, une fiancée snob (la délicieuse Virgule de Guillemet), un père amateur de bière, et une maman gâteau qui lui mitonne des petits plats, sans oublier l'épisodique commerçant avare Vincent Pourcent. Mais ses deux partenaires principaux sont Alambic-Dieudonné-Corydon Talon, dit Papa-Talon, insatiable décapsuleur de canettes qui essaie de comprendre les idées mirifiques de son Chichille, et surtout Hilarion Lefuneste, le voisin irascible, crispant et sournois, petit vachard à lunettes et à la casquette vissée sur le crâne, dont les empoignades verbales avec Achille sont homériques et follement drôles. L'activité du héros n'étant pas clairement définie, il occupera un temps le statut de héros du journal Polite, où Greg utilise comme élément comique la rédaction d'un journal ressemblant bien évidemment à Pilote, et où il caricature avec drôlerie ses collègues Goscinny en petit homme hargneux, et Charlier en ventripotent mangeur de sandwich. A travers cet archétype de Français moyen qui pérore, et qui balaie les ennuis d'un "bof" négligent, Greg a réalisé une satire malicieuse de l'univers petit bourgeois des années 60 et 70, usant de beaucoup de finesse psychologique. Cette Bd est un incontournable de la BD de papa, dont certains gags malgré leur âge, ont encore un certain effet, surtout dans les types de personnages (des casse-pieds, des crétins, des m'a-tu-vu...il y en aura toujours). Ma note est forcément élevée, mais pour l'achat, seuls les albums de gags sont à recommander, les récits longs étant moins réussis. Hop !

16/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Olivier Rameau
Olivier Rameau

Quand j'ai découvert cette jolie série dans le journal Tintin en 1968, ça m'a tout de suite émerveillé par son univers onirique. Je sortais d'une lecture d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, et ça m'a immédiatement transporté dans un monde similaire, mais en mieux. L'arrivée des héros, Rameau, Pertinent et Colombe (alors secrétaire d'un lapin facétieux, clin d'oeil à Alice ?) à Hallucinaville, capitale du pays de Rêverose, est fantastique, car les 2 hommes venant du Vrai-monde-où-l'on-s'ennuie (le nôtre), sont alors l'objet de la curiosité des étranges Rêverosiens. Cette cité semble sortie d'un conte de fée, un lieu enchanteur où tout n'est que joie et gaieté, et fait penser à bien des égards au film Le Magicien d'Oz. Ce petit monde merveilleux où tous les maux de notre société n'existent pas, va séduire les héros qui vont se lancer ensuite dans des aventures à travers des mondes étranges. Les idées originales de Greg et les dessins grâcieux de Dany ont fait de cette bande un petit chef d'oeuvre de poésie et de surréalisme qui rejoint l'univers de Philémon. Greg et Dany ont crée un monde parallèle cohérent où règnent l'absurde, l'humour et le bonheur, un univers joyeux qui n'en rend notre monde que plus futile, matérialiste et insignifiant. Dany, après des récits complets dans Tintin, va atteindre avec cette série une vraie maturité graphique, avec son trait plein de fraîcheur et coloré où ses héroïnes, Colombe en tête, sont extrêmement aguichantes, une véritable audace en cette fin d'années 60 dans un journal jeunesse. Ses trouvailles sont amusantes, comme les champs de sucettes, l'oiseau Razibus, les Poyotouffus, le parcours délirant de l'omnibus... il se régale aussi à croquer une galerie de monstres farfelus et hideux dans l'épisode La Caravelle de n'importe-où, mais un élément essentiel du succès de la série est dans la brochette de personnages qu'il brosse avec saveur au fil des années (le Grand Pas Sage Ebouriffon, les Ziroboudons, Grinssan de Samenkeduile, le lion Majestor, Olga la dompteuse, la Cloche aux raisonnements tintants, Pazunbrin l'épouvantail, le Nain de jardin avec sa brouette....). Les confrontations avec notre monde, notamment dans Le Grand Voyage en Absurdie, et L'Oiseau de par-ci par-là permettent à Greg de dégainer une salve de situations cocasses en forme de satire amère de notre société. Le contraste est très marqué, c'est un peu les gentils rêveurs qui aiment la nature contre les méchants citadins de notre monde qui polluent la planète, bref une sorte de manichéisme à peine voilé que Greg cache sous le couvert de l'humour avant tout. Pour l'achat, je recommande plutôt les 8 premiers albums qui sont formidables, je n'ai pas lu les suivants, j'ignore si la qualité est encore là.

15/06/2013 (modifier)
Par Tomeke
Note: 5/5
Couverture de la série Le Codex angélique
Le Codex angélique

Énorme cette série ! Trois tomes qui défilent à une vitesse incroyable, avec un scénario riche en rebondissements et cohérent. Du fantastique à l’état pur… Car il est bien question de fantastique, de divin, d’immortalité et d’angélisme. Cocktail détonnant pour une histoire rythmée sans temps mort. Très clairement, il s’agit pour moi d’une des meilleures séries en trois tomes. Le trait et la colorisation n’y sont pas étrangers. Quel beauté et quel dynamisme ! Une claque, tout simplement ! Très clairement, un must de chez Delcourt, qui se tient de bout en bout et qui se termine impeccablement. Enfoncez-vous des ses méandres car Le codex Angélique est une série qui torture et passionne ! Culte, d’office !

15/06/2013 (modifier)
Couverture de la série La Marche du crabe
La Marche du crabe

Un récit bluffant sur des mollusques de l'estuaire de la Gironde pendant 3 tomes conséquents. Sur un pari osé où l'on pourrait craindre l'ennui voier l'inutilité de se focaliser sur un microcosme infinitésimal, De Pins touche le chef d’œuvre du doigt en délivrant une histoire dense comme un œuf plein, à l'humour précis, imaginatif et constant. On y parle de conformité sociale, de lutte des classes, de ségrégation, de mort, de vie, d'écologie et même plus frontalement de connerie humaine. De Pins s'appuie sur un dessin atypique, auquel certains ne pourront pas adhérer car trop simpliste et à la colorisation primaire et monochrome. Je le qualifierais d'en-un-trait, dépouillé mais varié et clair comme une journée d'été dans cette station balnéaire, prouvant là la pertinence de l'existence du dessin numérique pour accentuer la fluidité de l'histoire. Impressionnant, tant et si bien qu'il sera probablement difficile de rééditer l'exploit à l'avenir.

13/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Blueberry
Blueberry

Ma passion pour le western remonte à l'âge de 8 ans lorsque j'ai vu pour la première fois John Wayne dans les rues poussiéreuses de Rio Bravo. Depuis, ce genre au cinéma m'a toujours fasciné; en BD, c'est pareil, en 1963, le lieutenant Blueberry arrive dans les pages de Pilote, je le découvre 3 ou 4 ans plus tard. Cette BD n'a fait que renforcer ma conception du western forgée par tant de films hollywoodiens avant l'explosion du western italien que j'ai découvert ensuite au début des années 70. Le jeune Jean Giraud qui signe Gir, lance donc avec l'aide de J.M. Charlier la série qui s'est appelée d'abord "Fort Navajo", du nom du 1er épisode. Que dire ? C'est le western-référence, qui voit la formation de ce duo de génie, et la naissance d'un personnage emblématique du western en BD; n'ayons pas peur des mots: "Blueberry" est le plus important western réaliste de la BD européenne, et sans doute de la BD mondiale, même les Américains le reconnaissent, c'est en Europe que le genre a atteint une mythologie alors que paradoxalement au pays des cowboys, les dessinateurs préféraient des mecs en collants moulants et en cape qui sauvaient le monde. Charlier, l'un des plus prolifiques scénaristes de la BD franco-belge, donne ici libre cours à son formidable talent de conteur, et transfigure l'Ouest mythique, très influencé par Hollywood, et plutôt marqué par la cause indienne, qu'il enrichit à sa façon. De son côté, Gir, au départ influencé par son maître Jijé avec qui il a collaboré sur Jerry Spring, va réussir peu à peu à le dépasser dans la précision, le mouvement, le cadrage, le décor, la finition, les scènes d'action; son dessin, au début pas très beau et peu fidèle dans les visages des personnages , va considérablement s'affiner, et chaque image attestera de sa virtuosité graphique dont la valeur se trouve renforcée par l'emploi très étudié de la couleur ou des hachures, tout en abandonnant progressivement la ressemblance physique avec J.P. Belmondo qu'il avait donnée à son héros. Son sens de l'espace est bien rendu par des cadrages travaillés et très cinématographiques. La série se compose de plusieurs cycles plus ou moins longs, dont le premier est d'emblée le plus prodigieux, constitué de 5 albums. C'est un chef-d'oeuvre de narration au graphisme encore très marqué par Jijé (flagrant dans les 2 premiers, Fort Navajo, et Tonnerre à l'Ouest) et où Charlier peut développer une histoire sur une longue échéance; c'est un ensemble fabuleux situé en plein conflit indien, qui contient tous les souvenirs de cinéphiles, c'est aussi et surtout un cycle à la gloire de la nation indienne qui fut meurtrie par l'homme blanc méprisable, incapable de comprendre ce peuple magnifique, et qui ne sut que l'exterminer; c'est aujourd'hui la honte de l'Amérique. Charlier élabore des personnages pittoresques, multiplie les rebondissements et les scènes d'action, tempérées par de l'humour, et truffe ses dialogues d'expressions argotiques U.S. (Gosh, Hell, Blood n' guts). Le seul défaut étant un texte souvent abondant, ampoulé et littéraire qui alourdit parfois un peu l'image; c'est propre à l'époque dans la BD franco-belge. Un autre cycle très fort, où Gir a atteint une maturité hors du commun, est celui du trésor sudiste (Chihuahua Pearl, L'Homme qui valait 500 000 $, Ballade pour un cercueil, Hors-la-loi) bien qu'inférieur cependant au cycle précédent (Le Cheval de Fer, L'Homme au poing d'acier, la Piste des Sioux, Général Tête-Jaune) encore impliqué dans le conflit indien. Ces deux cycles subissent l'influence du cinéma, car lorsque Hollywood a imposé la mode des westerns crépusculaires, la série en a adopté le style; de même que la nouvelle conception du western vue par Sergio Leone est également perceptible dans la bande à cette époque. Au niveau des personnages, des figures archétypiques de l'Ouest côtoient le héros, tels Jimmy McClure, le vieux prospecteur imbibé de whisky, Red Neck l'aventurier pisteur aguerri, des officiers bornés et racistes comme le major Bascom ou le général Allister, des femmes comme la belle Chihuahua Pearl, aventurière cynique dont Blueberry tombera amoureux, des Indiens fourbes et envahis par la haine tel Quanah, des Mexicains toujours dépeints comme des êtres dépourvus de scrupules, comme le perfide Vigo, des Jay-Hawkers comme Finlay et Kimball, ou encore des badmen comme Angel Face. Il est intéressant de suivre l'évolution de Mike Blueberry, qui au départ est un lieutenant de U.S. Army, bien qu'indiscipliné et tête brûlée, au caractère cynique mais enclin à l'héroïsme, qui dès le 3ème album prend l'aspect hirsute, pouilleux et mal rasé qui ne le quittera plus tant qu'il sera un anti-héros, jusqu'à la rédemption et la réhabilitation. Ce revirement s'explique par les temps qui ont changé: durant ces épisodes, nous sommes au début puis au milieu des années 70, et le héros pur au cinéma a depuis longtemps disparu, les auteurs ont donc intégré cet élément. Les 2 séries parallèles La Jeunesse de Blueberry et Marshal Blueberry n'ont pas apporté grand chose à la fantastique réussite de la série-mère qui reste un monument de la BD, et dont tout bédéphile doit au moins avoir lu une fois 1 album ou 2. Une série indispensable.

13/06/2013 (modifier)
Couverture de la série Buddy Longway
Buddy Longway

Après la formidable saga de Go West réalisée avec Greg, Derib impose seul un nouveau héros de western en 1973. Ce trappeur pacifique épousant une belle indienne qui va ensuite mener une vie isolée dans les contrées sauvages des Rocheuses m'a immédiatement emballé dans le journal Tintin ; mon intérêt pour le peuple indien qui fut décimé et humilié par les Blancs, et mon amour de la nature ne pouvaient que s'accorder avec cette histoire de grands espaces, et dès sa création, la série va connaitre un prodigieux succès auprès des lecteurs, détrônant Ric Hochet qui occupa longtemps la première place lors des référendums. Véritable ode à la nature sauvage et apologie du peuple indien, cette série affirme la vision humaniste de son auteur qui peut en même temps déployer sa passion pour les chevaux. La particularité qu'aucune autre Bd n'avait fait jusqu'alors, c'est que les personnages vieillissent au fil des récits, et s'étoffent ; chaque aventure même si elle a son final propre, s'enchaîne avec la suivante, la série est évolutive : trappeur solitaire au début, Buddy sauve Chinook, une jeune squaw sioux, il l'épouse et tous deux s'installent dans une cabane de rondins au sein d'un paysage superbe, puis c'est la naissance d'un fils, Jérémie, d'une fille, Kathleen, et l'amour de Buddy et Chinook devient à chaque fois plus fort. Le western devient familial, les enfants grandissent, les parents mûrissent et traversent des épreuves qui renforcent leurs liens, un équilibre affectif s'établit qui passe par l'initiation aux valeurs mais aussi par le conflit intérieur, car Jérémie, en tant que métis, doit supporter le fardeau de la différence, déchiré par l'opposition des deux ethnies dont il est issu. Quelques autres personnages attachants apparaissent tels le trappeur Slim-le-Borgne, le frère de Chinook, Daim Rapide, leur père Ours Debout, César ou encore la belle Nancy. Cette fresque devient de plus en plus réussie au fil des années, elle se déroule aux premiers temps de la conquête de l'Ouest, à une époque où l'homme blanc n'a pas encore trop envahi l'espace, les Indiens y vivent relativement en paix, le pays n'est pas totalement civilisé, c'est le temps des trappeurs. Pour les Longway, c'est la confrontation avec la nature, à la dure vie quotidienne, mais aussi parfois avec le racisme et la haine. Tout ceci crée une sorte de lien affectif avec le lecteur. La progression de la série est remarquable, certains épisodes sont plus forts que d'autres, et la tension dramatique culmine vers son arrêt définitif dans les derniers albums. La réussite réside aussi dans le graphisme et la technique narrative : le dessin semi-caricatural des premiers épisodes fait très vite place à un réalisme total, la mise en page s'écarte de la formule traditionnelle en 3 ou 4 strips horizontaux, préférant les gros plans, les images dans l'image, les cases de différents formats ; les grands décors sont exaltés par des cadrages larges ou des pleines pages, de même que Derib développe l'insert pour amplifier un détail (Cosey qui sera son assistant, utilisera aussi cette technique dans Jonathan), et on la retrouve fréquemment en BD de nos jours. L'image est ainsi privilégiée, le texte se fait discret, d'autant plus que les débuts de la bande sont très influencés par le film Jeremiah Johnson où Robert Redford campait un trappeur isolé dans une solitude neigeuse, sans trop de dialogues. Le style de la mise en page est souvent cinématographique, aussi, quel beau western ça ferait à l'écran. L'action est lente, poétique, avant d'être brusquement réveillée par une scène dramatique. Le texte étant réduit à l'essentiel, la lecture peut se faire rapidement, mais on y revient ensuite en s'attardant sur chaque dessin ou sur la mise en page toujours efficace. Il y a aussi beaucoup de tendresse et d'émotion, ainsi qu'un grand respect pour les coutumes indiennes et l'homme rouge en général. Voici donc un western évolutif qui compte parmi les plus grands fleurons du genre, une de mes Bd fétiches qui fut une des premières grandes lectures adultes lorsque j'étais ado, c'est donc une belle collection à garder précieusement dans sa biblio, une série indémodable.

13/06/2013 (modifier)
Par Ned C.
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Blaise
Blaise

Il n’y a pas photo, Dimitri Planchon est un génie. Prodige de la narration, prince de l’humour (caustique mais tout en finesse) et virtuose du roman-photo qu’il égratigne au passage voire qu’il déglingue allégrement. Artiste au sein de l’équipe du magazine Fluide Glacial, il me faisait rire mais je n’avais pas lorgné du coté de ses albums (la faute peut-être à la laideur de la couverture du tome 1 de Blaise). Après avoir acheté puis lu le premier volume, que j’ai plus qu’adoré, je revint avec empressement le lendemain chez mon libraire acheter les deux tomes suivants afin de compléter cette trilogie hors-normes. Le style graphique de Planchon est vraiment particulier : il mélange collages photos et dessins réalistes traditionnels et les mixe entre eux, les retouche pour en faire un résultat unique (si quelqu’un connaît un auteur similaire utilisant les mêmes procédés artistiques en bande-dessinée, merci de m’en faire part, je suis plus que preneur !!!). Il confectionne avec soin des petites historiettes toutes reliées entre elles. Prenant souvent le même personnage et se contentant simplement de lui faire hausser un sourcil ou entrouvrir la bouche. Et ça fonctionne ! Il donne vie à ses personnages avec quelques petites astuces toutes simples d’expressions faciales ou la position d’une main. Ils ont ce petit coté poupée de ventriloque ou bien marionnette de ventriloque assez marrant. Ce magicien de Planchon réussit l’impossible en leur donnant vie grâce à d’infimes détails. Certaines grimaces suffisaient à me faire m’esclaffer. Le procédé utilisé parait à première vue simpliste, amateur ou maladroit mais je pense que c’est voulu et c’est quant même plus comique quand il y a un coté puéril. Le style s’améliore nettement sur le troisième volume. La galerie de figurants déployée est magnifiquement riche et variée. On les retrouve avec plaisir au fur et à mesure de l’ »épopée » de Blaise. Nous les revoyons donc avec délice vieillir dans les tomes suivant le premier opus et leurs physiques, leurs personnalités, leurs apparences vestimentaires évoluent de manière tout à fait logique et crédible. Par exemple, le meilleur ami des parents de Blaise , qui était chauve (ou rasé) au début de la trilogie, revient dans le deuxième tome avec une espèce de grosse moustache de camionneur (qu’il semble arborer fièrement) puis dans le troisième épisode avec une coiffure pour le moins étrange et des grosses lunettes blanches (il a aussi gardé sa superbe moustache). Sa compagne affichant constamment un sourire figé et forcé éprouve plus de mal dans le dernier volet à garder celui-ci (manque d’endurance face à des événements tragiques où elle peine à jouer la comédie?). La grand-mère, mère de Jacques (le père de Blaise), ne semble pas prendre une ride sur toute la saga. ; du moins ça ne se voit pas. Du premier au dernier épisode elle semble tout le temps avoir le même âge. Personnage très drôle de cette grand-mère réac’ voire même « facho » selon les dires de son propre fils, Jacques. Elle possède une particularité anatomique assez rigolote. Effectivement, elle a un œil plus haut que l’autre si l’on regarde bien. Je ne m’en étais pas rendu compte instantanément mais en analysant plus en avant les expressions faciales, la trouvant bizarre mais ne sachant pourquoi, je me suis rendu compte de cette singularité qui m’a beaucoup fait rire. Et le fameux Blaise évolue peu, aussi bien physiquement que spirituellement. COMMENTAIRE DU VOLUME UN : Blaise est un petit garçon de huit ans, vivant avec ses parents, des « humanistes » de gauche intellos sur les bords. Il assiste impuissant à leurs discussions aberrantes sur la guerre, la politique (une dictature nait sous leur yeux) et des people. Le titre de la série est volontairement trompeur puisque nous ne voyons ou apercevons Blaise que très rarement. Il n’est qu’un prétexte pour mettre en valeur toute une galerie de personnages annexes. Ses parents, la plupart du temps, se contentent de l’ignorer, oubliant même jusqu’à son anniversaire ou ne l’entendant pas lorsqu’il réclame avec insistance que l’on arrête la voiture pour qu’il puisse aller vider sa vessie. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait donc pas que pure coïncidence. Jacques et Carole (on ne connaît leurs noms seulement que dans le troisième tome), prétendument humanistes et « cools », se révèlent au fur et à mesure d’une étroitesse d’esprit insupportable. La vieille institutrice de Blaise est également savoureuse. A moitié à la masse et sénile avec sa tête de tortue et ses grosses lunettes en cul de bouteille. Le poste de télévision , délivrant ses débilités quotidiennement, est à lui seul un personnage puisqu’il est omniprésent dans la réalité de nos héros et influence ces derniers dans leur façon de voir la vie. Les passages télévisuels permettent de faire des petites respirations dans le récit notamment avec la star de football Dabi Doubane (élue ou auto-proclamée la « personnalité préférée des français) invité sur tout les plateaux télé, donnant des leçons de morale à tout va et vantant les mérites du nucléaire ou d’un fast-food dans des spots publicitaires. La petite famille assiste stoïquement ou avec ironie par le biais de la télévision, aux changements radicaux de la société qui les entoure (guerres et mise en place d’un régime totalitaire dans leur propre pays clairement annoncée par le chef d’état). L’auteur dénonce avec finesse, talent et humour les dérives paranoïaques et sécuritaires d’une société qui se prétend libre mais qui se complait dans une quotidienneté radicalement opposée aux valeurs qu’elle clame. L’hypocrisie et les contradictions des protagonistes est ici démasquée. COMMENTAIRE DU VOLUME DEUX : Blaise est désormais devenu un adolescent boutonneux mal dans sa peau et tourmenté par ses questions existentielles (ça tourne presque exclusivement autour du cul ou de l’image qu’il voudrait renvoyer aux autres). Plus présent que dans le premier album mais toujours autant victime du dur monde injuste qui l’entoure. Les personnages ont évolué et de nouveaux font leur apparition comme le professeur de mathématiques. Très drôle avec son attitude sévère qui par exemple, intimide ses élèves n’osant pas répondre à un problème bien qu’ayant la réponse (on en a tous eut un comme ça !). Le paysage télévisuel a lui aussi changé et encore une fois employé pour aérer l’histoire. Les programmes sont devenus encore plus crétins qu’auparavant (un rapport avec la nouvelle dictature mise en place ?) et ce grâce à un prétendu intellectuel invité de toutes les émissions, allant du journal télévisé à l’émission de télé-réalité à la mode ; le fameux Pierre-André de Sainte-Odile. Se qualifiant d’esprit libre mais faisant de la lèche comme c’est pas permis au président et évitant habilement tout les pièges vicelards tendus par le journaleux qui l’interviewe. Son look, sa coiffure de « penseur libre » et sa philosophie manipulatrice m’ont immédiatement fait penser à bernard henry-levy. Un autre personnage trône en maître dans le petit écran : Inspecteur Strauss ; parodie de Derrick. Rediffusé encore et encore et malgré tout regardé (ou vu) par la majorité des personnages de ce tome deux, et ce même s’ils disent tous ne pas aimer. Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait donc pas que pure coïncidence. Planchon dénonce le culte de l’apparence qui se fait au détriment de la spiritualité, les idées reçues et préjugés, les hommes politiques, les réactionnaires, les médias et leurs stars. COMMENTAIRE DU VOLUME TROIS : Blaise est désormais un adulte. Devenu aussi manichéen que son père mais ayant gardé son coté timide et son profil d’éternelle victime qui me séduisaient tant chez lui. Son père a pris un gros coup de vieux et est devenu un monstre d’égoïsme, de manipulation sournoise et d’hypocrisie. Je ne peux pas dire grand-chose de dernier opus de crainte de faire un vilain spoil. Je peux toutefois dire que ce volet est beaucoup plus sombre et dramatique que les deux volets précédents. Les programmes télévisuels sont désormais des films à caractère pornographique, passant aux heures de grandes écoute mais étant néanmoins censurés partiellement afin de ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes téléspectateurs. Ce tome parait plus abouti graphiquement et la finesse des détails est flagrante. Des couleurs flashys dissimulent habilement un malaise quotidien grisâtre et monotone. Un monde où règnent la dictature et la guerre, paraissant être la normalité et ne plus choquer personne. CONCLUSION FINALE DE LA SERIE : Petit Blaise va faire le dur apprentissage de la vie au détriment de son innocence. Bien que la série porte son nom, il n’en est aucunement le personnage principal mais plutôt le faire-valoir pour montrer un univers glauque camouflés par les effets de manches humoristiques astucieux de son auteur, Dimitri Planchon. Dur de rester innocent et naïf comme l’était Blaise au seuil de son existence lorsqu’on est cerné par un ramassis d’hypocrites, manipulateurs et égoïstes. Même ses propres parents le malmènent, le transformant ainsi d’un petit gamin introverti qu’il était, tétanisé par les conversations effarantes des « grandes personnes » en un être sans avenir et aussi vil que ses « créateurs ». Un humour grinçant et corrosif tout en finesse, brillante satire de notre société occidentale, Blaise est une œuvre totalement subversive si ‘l’on se donne la peine de gratter la couche de vernis. Assurément une bande-dessinée qui ne laissera personne indifférent car bousculant gentiment son lecteur ainsi que les codes traditionnels du récit. Nous rigolons de bon cœur pour au final nous apercevoir avec un certain dégout que c’est de nos propres défauts que nous nous moquons, couchés là, sur le papier. Une question me turlupine : « Mais à quoi peut donc ressembler une dédicace de Dimitri Planchon ? »

13/06/2013 (modifier)