Je me lance dans la critique de cette série même si je n'ai lu que les tomes 1, 2, 3 et 4 . Car ce 5 étoiles est surtout dû au traumatisme que m'a causé le tome 2, les Jardins d'Edena. Cet album fait partie de mes madeleines de Proust de la BD. Un des meilleurs albums de Moebius si ce n'est le meilleur.
De la S.F "moebiusienne" dans toute sa splendeur, absolument magique, pur , prophétique... Le dessin, les couleurs, le scénario, tout confère au sublime. Un véritable voyage astral. Ce conte de science-fiction décrit les aventures d'un couple de voyageurs spatiaux échoué sur une planète semblable au mythique jardin d'Eden de la bible.
Tout d'abord asexués (ils ne mangent que des pilules ce qui leur ôte tout caractère sexuel, mental et physique) et se comportant plus comme un frère et une soeur, ils vont peu à peu, faute de matériel synthétiseur de pilules, se mettre à manger de la matière vivante (manger une pomme est pour eux au départ qualifié de cannibalisme), puis peu à peu retrouver leurs caractères sexuels. Nous imaginons bien là l'être humain du futur, immortel, vacciné contre toutes les maladies et bactéries.
Puis ils vont être séparés et ne chercheront plus qu'à se retrouver (ils ont redécouvert l'amour qui les lie) et affronter les habitants curieusement masqués de cette planète, et cette énigmatique "paterne"...
Les albums 3 et 4 sont bons mais rien à voir avec la puissance (dessin, scénario et couleur) du tome 2 (très années 80 mais à la beauté intemporelle). Le tome 3 se focalise sur l'errance d'Atan (devenu Atana) qui va découvrir la base souterraine de la paterne et le tome 4 sur celle de Stel, qui lui continue d’errer à la surface et de "rencontrer" régulièrement le maître des rêves.
Le tome 1 est quant à lui plus un tome d'introduction avec plusieurs petites histoires, dont une possédant des dessins sublimissimes. C'est quand même un bon tome très utile à la découverte de cet univers et décuplant la puissance du 2.
Je n'ai pas lu le tome 5 et 6 qui sont parait-il décevants . En tout cas je laisse cette note de 5 étoiles car même 2 tomes mauvais ne peuvent effacer le rayonnement quasi mystique que procure la lecture des "Jardins d'Edena" (j'en avais même rêvé à l'époque c'est dire).
Je recherche les éditions originales, surtout pour le tome 2, tel le Graal car une amie me l'a lâchement volé il y a plusieurs années.
Anselme Lanturlu, c'est lorsqu'un ancien scientifique du CNRS spécialisé dans la cosmologie et la physique des plasmas décide de vulgariser en BD la physique plutôt orientée cosmos, et de temps à autres, des concepts peu courants pour tout un chacun de la physique du 20ème siècle ....
Jean-Pierre Petit est réellement un personnage atypique dans l'univers de la BD !
Sa série était autrefois éditée au prix fort chez Belin (environ une fois et demi le prix d'une BD classique) et mal distribuée.
Depuis, l'auteur a racheté ses droits, et la laisse libre en téléchargements gratuits sur le site "savoir sans frontières".
Via un système de dons tout à fait transparent sur le site, il rémunère aussi des traducteurs pour qu'elle soit accessible au plus grand nombre (420 traductions multi-langues à ce jour) :
http://www.savoir-sans-frontieres.com/JPP/telechargeables/free_downloads.htm#francais
Deux albums sont très datés des années 80 et n'apportent plus grand chose aujourd'hui : La CAO sans peine - Money back découvre l'informatique (BD très orientées sur le Basic, langage plus guère utilisé, et sur l'ordinateur de poche Sharp 1260/ ou 1261, ... que l'on trouvera difficilement sur eBay).
L’album le plus rébarbatif m’a semblé être « Le Topologicon » (retournement mathématique d'objets 3D et tout particulièrement de la sphère ... prévoir un tube d'aspirines pour maux de tête avant la lecture de cet opus...).
Les plus accessibles aux non scientifiques : Le tour du monde en 80 minutes – Cosmic Story - Les 1001 Nuits Scientifiques
Les plus distrayants aux scientifiques en herbe ou plus aguerris : Le Géométricon – L’Aspirisoufle (anciennement « Si on Volait » aux éditions Bélin - application de la loi de Bernoulli) – Big-Bang – Mille Milliards de Soleils – Tout est Relatif - Joyeuses Apocalypses - Le Trou Noir - Plus Vite que la Lumière - L'univers Gemellaire -
Quelques albums sortent du champs de la physique tel "l’Economicon" (sur les principes généraux de l'économie), "L’informagique" (les bases de départ du fonctionnement d'un ordinateur), "le Logotron" (mécanisme de la formation des mots dans le langage), "le Spondyloscope" (sur la structure du corps humain, os/vertèbres), "Mécavol" et "La Passion Verticale" (sur l'aéronaurique), "A quoi rêvent les Robots" (sur l'ingénieurie robotique).
Le choc de lecture qui a été le plus grand en ce qui mon concerne était « Le mur du silence » où l’on y explique le MHD (magnétohydrodynamisme) inventé par le scientifique russe Andrei Sakharov, et qui démontre un mode de propulsion sans frottements quelque soit le milieu (liquide, air).
Et sur le site assez polémiste mais très intéressant de Jean-Pierre Petit, (http://www.jp-petit.org/nouv_f/nouveau.html) l’on pourra lire dans les anciens articles qu’il semblerait que des torpilles de sous-marins russes fileraient aujourd’hui avec cette technologie de propulsion sans frottement à près de 2.000 km/h sous l’eau …, et que le Koursk a coulé pas si accidentellement qu’on le laisse entendre, ... et que les USA ne seraient pas si étrangers à sa perdition à très faible profondeur dans la Mer Baltique, ... et que si personne n'était autorisé et n'est venu à la plus élémentaire rescousse de l'équipage du sous-marin, c'est très vraisemblablement du fait qu’il y avait pas mal de choses à cacher, entre-autre sur cette technologie MHD ... qui devait très vraisemblablement être en démo pour des Chinois disparus avec le Koursk, et prêts à acquérir ce type d’armes …
Il semblerait aussi que les USA ont dû lâcher un gros paquet de royalties pour que l’affaire soit définitivement étouffée au Kremlin très très en colère ...
Les USA utiliseraient aussi cette technologie dans leurs avions militaires pour permettre des accélérations subites (sphère de halo visible au moment où elle est actionnée)...
Revenant aux BD, se dire qu’à chaque lecture de chacune de celles-ci, de surcroît libre de téléchargement et donc gratuite, l’on se trouve un peu moins ignorant, est très réjouissant, et est un fait rarissime dans l’univers de la BD d’abord mercantile et ensuite jamais intellectuellement aussi relevé.
Le dessin simple n’en est pas moins très adroit et élégant pour le but didactique visé, avec chaque fois une bien pulpeuse Sophie pour nous guider et nous accompagner dans nos apprentissages, à côté d'Anselme et ses animaux de compagnie particuliers (un pélican, un oiseau plus ordinaire, et un escargot)
…
Il y a des planches bien plus graphiques que les deux mises en ligne ! Mais d'autres qui le sont moins également !
Un magnifique contre-pied à tout le système de production de la BD en général, et dont on aurait tort de se priver … alors qu'il nous est offert !
Cette lecture a été un choc !
Jodo, je ne l'apprécie qu'à dose homéopathique, et vraiment pas dans tout ce qu'il a éructé ... mais ici, comme dans L'Incal ou Le Lama blanc ou Alef-Thau, oui, et même tout particulièrement pour cette scénarisation-ci !
Cadelo est un maître pour oser des univers différents ; et il excelle dans cette voie osée.
A lecture lente, on goûte tout le parti pris osé des deux protagonistes auteurs de cette chose étrange et foncièrement originale ; une eau forte vous dis-je ...
Si vous avez le coeur bien accroché ... et un brin de mysticisme ...
La préface signée Cyril Pedrosa ainsi que la postface de Craig Thompson étaient très ambitieuses. On nous promettait une lecture qu'on n'était pas près d'oublier. Pour une fois, ce n'était pas seulement une accroche promotionnelle cautionnée par deux grands noms de la bande dessinée.
J'ai franchement adoré ce magnifique album atypique qui s'est infusé progressivement en moi au fil de la lecture. Tout d'abord la beauté d'un dessin assez précis et détaillé. Puis des couleurs éclatantes, puissantes et profondes. Et enfin, une narration subtile et fluide. J'ai pris une grande claque. Il y aura dix chapitres qui présentent notre héros à différents âges et sans chronologie. Cependant, tout semble se tenir dans une parfaite cohérence. Bref, une maîtrise totale !
Cette réflexion sur la mort et les différentes vies possibles selon les choix qu'on opère nous rappelle l'essentiel. Le scénario d'une vie, celle d'un écrivain dans les pas de son père et qui essaye de se construire. Les émotions brutes sont décuplées dans une logique d'ensemble pour un final qui sera magistralement beau.
Achat conseillé car loin de toute légèreté et naïveté qui pèsent sur les différentes oeuvres. 4,5 étoiles.
Je tiens à préciser que c’est la première fois que je poste une œuvre comme celle-ci à la fois époustouflante et remarquable. Mon ambition cachée serait de faire découvrir celle-ci au plus grand nombre de lecteurs. Je suis assez déconcerté du quasi-anonymat qui règne autour de cette série. Elle ne mérite absolument pas d’être oubliée dans un coin car elle se présente d’une qualité indéniable. Il faut lui laisser une chance. C’est pour moi une belle révélation qui prend aux tripes. On ne sortira pas indemne d'une telle lecture.
Tout d’abord, une narration assez dynamique nous permet d’entrer directement dans l’histoire d’un petit garçon élevé par son grand-père dans un village reculé de Birmanie. Le graphisme littéralement très expressif nous engloutit littéralement dans une atmosphère tropicale moite et inquiétante.
La Birmanie est un très beau pays de par ses paysages et de par la diversité de ses habitants en différentes ethnies. Cependant, ce pays n’a pas eu de chance car la dictature militaire se succède au pouvoir depuis 1962. De 1988 à 2011, la Birmanie a été officiellement dirigée par une junte militaire, considérée comme une des pires dictatures de la planète. Cette œuvre de près de 208 pages est une dénonciation des pratiques utilisées par les militaires pour asseoir leur pouvoir. On va avoir une terrible impression d’impuissance face à la fatalité du sort d’un peuple. Superbement déprimant !
On découvre ainsi que le travail forcé est une pratique courante qui va concerner des milliers de Birmans. La liberté de la presse n’existe pas. Les droits de l’homme sont bafoués. Le pouvoir judiciaire n’est pas indépendant. Les partis d’opposition sont interdits. La population est surveillée et tout opposant au Conseil d’état pour la restauration de la loi et de l’ordre (nom officiel et sans rire de la junte) est emprisonné à vie.
En1990 suite à un fort mouvement contestataire de la population, ils organisent des élections libres, remportées à plus de 80 % par la Ligue nationale pour la Démocratie d' Aung San Suu Kyi, fille d'Aung San et accessoirement prix Nobel de la paix. Les élections sont annulées et Aung San Suu Kyi est assignée à résidence ; elle n'a été libérée que le 13 novembre 2010. Bizarrement, les auteurs ont choisi de ne pas trop en parler mais de se concentrer sur les habitants qui vivent un calvaire. J’ai apprécié ce choix loin de toute fainéantise intellectuelle.
Je ne pourrais pas dire cette fois-ci que j’ai passé un agréable moment de lecture. Les pires ignominies de ce régime seront montrées via le récit des habitants d’un paisible village d’une province assez lointaine de Rangoon. Le récit ne sera pas drôle et il y aura des moments fort éprouvants. J’ai dû arrêter plusieurs fois ma lecture afin de reprendre mon souffle. Cela se présente certes comme un récit fictionnel mais à la fin de l’ouvrage, il y a des photographies commentées et l’on se rend compte que c’est bien le destin réel de certains protagonistes dont les noms ont été légèrement modifiés. Ainsi, on va voir qu’un petit garçon de 10 ans va mourir d’une balle dans les bras de sa mère et qu’on jettera son corps dans la nature tout en emmenant de force la mère au loin. Bref, des moments insupportables et qui témoignent que ce que se passe dans ce pays est intolérable. On ne peut pas être le chantre de valeurs universelles et ne rien faire…
Les mots du grand-père résonnent encore en moi: "La force qui sommeille en toi fera céder toutes les cages. Pense autrement. Pense l'impensable. Pense au souffle qui traverse les barreaux de ta cellule. Observe, imprègne-toi, pénètre l'esprit des hommes les plus vils. Trouve les failles. Creuse-les. Tous les empires s'écroulent un jour s'ils reposent sur des fondations rongées par la vermine. Le soleil rebrillera sur la Birmanie et ce jour-là tu seras un homme libre". C'est plein d'espoir et on pense alors à Nelson Mandela et à son destin.
C’est une œuvre extrême dans la violence et dans l’esthétisme qui s’en dégage. J’en suis ressorti totalement secoué. Peu de lecture ont provoqué chez moi ce genre de sentiment. La haine, la colère, la compassion, l’envie de croire à une cause juste… J’ai ressenti cette bande dessinée comme une tentative de réveil de nos consciences. Bref, une déferlante d’émotion qui m’a emporté avec force et conviction. Une œuvre à découvrir absolument !
Thorgal ... Que dire de plus sur cette série fleuve (plus de 30 ans... ). Chacun a ses albums préférés. Pour ma part c'est un sans faute jusqu'à "La Forteresse Invinsible", qui clôt, à sa manière, un certain cycle. Après je n'ai plus suivi ("La marque des bannis", "Géants" ... bof, j'ai décroché... ). Je n’achète plus les albums de Thorgal et il y en a sûrement des bons, des nouveaux cycles... ).
Je ne m'étendrai pas sur les qualités de cette saga, tout a été dit. J'ai été bercé par ces aventures. Pour faire simple, mes albums préférés sont (dans le désordre) :
- Le cycle du pays Qâ
- La chute de Brek Zarith
- Alinoë
- La gardienne des clefs
- Les 3 vieillards du pays d'Aran
- Au-delà des ombres
- Le maître des montagnes
- Aaricia
- Louve
Bref un monument de la bd.
En BD pour enfant, je crois que personne n'a fait mieux que cette série !
Le graphisme est de grande qualité, et en couleur directe (ce qui est bien rare en BD enfantine).
Les personnage tous bien typés, sont amusants.
Le scénario est toujours captivant, et souvent drôle.
Et surtout, l'on s'attache aux personnages car ... , et c'est tout là ce qui fait la différence avec bien des séries, il brille dans chacun d'eux une flamme d'humanisme permanent touchante qui laisse très peu indifférent et qui est bien rare dans l'univers de la BD en général.
Pour cet humanisme vraiment exceptionnel qui se dégage de cette série, et tout le reste, à mes yeux, un incontournable et solide 5/5 .
Un autre chef d’œuvre du 9ème art absolument magique et puissant. Une véritable odyssée moyenâgeuse glissant insidieusement (à la fin du 1er tome puis dans le 2ème) dans l'univers des mythes et légendes bretonnes. Mais pas les lutins et les fées de Pierre Dubois (que j'adore soit dit en passant.) Non là c'est plus réaliste et fortement documenté. Bourgeon a dû accomplir un travail de titan pour l'élaboration de cette saga.
J'ai été bercé dans mon enfance par ces images plutôt dures mais incroyablement magiques d'un monde oublié (la cité des Douarts, un monde parallèle ?) Je n'ai pas tout compris à la 1ère lecture et ce n'est qu'au bout de 4 voire 5 lectures (sur plusieurs années bien entendu) que cette série a commencé à m'emporter.
Dans le 3ème tome, nous replongeons violemment dans la réalité crue de cette époque sans pitié qu'est le Moyen-Age. C'est souvent horrible (le final avec son bûcher qui me fait un peu penser au "Nom de la Rose", les multiples mutilations, viols et autres tortures) mais aussi très sensuel et magique (la jeune femme sur la plage, l’héroïne souvent à moitié dévêtue, la jeune fille brune avec l’espèce de sorcier). Cette alternance entre ces moments de cruauté inouïe, et cette sensualité brute fait toute la puissance de cette série. Tous les personnages sont forts. L’héroïne bien entendu, l'Anicet (le jeune branleur bête et lâche par excellence) et surtout le chevalier errant. Ce personnage est une ordure mais au fur et à mesure du récit on s'attache vraiment à sa personnalité tourmentée. C'est le Moyen-Age, il faut être un loup pour survivre.
Le langage moyenâgeux ne m'a pas gêné. Même si ce n'est pas évident à la 1ère lecture cela rend ce récit encore plus authentique (même dans sa partie fantastique) et l'aventure n'en devient que plus enivrante.
Donc selon moi une des meilleures bandes dessinées françaises toutes époques confondues (légèrement supérieure aux Passagers du vent car plus sauvage et fantastique). Une aventure qui sent la pluie, la boue, les embruns et le sang.
Une bien belle série des non moins belles et glorieuses années 80. Cette série transpire ou plutôt suinte les années 80, en tout cas par son coté sombre, belge et rock and roll. L'auteur Daniel Hulet fut fortement inspiré par la scène musicale gothique et industrielle de ces années là (Virgin Prunes, Siouxie and the Banheee, EINSTUERZENDE NEUBAUTEN, The Neon Judgement ... pour les connaisseur). Cela se ressent fortement.
Charles un jeune dessinateur de bd (plus dans le genre artiste solitaire punk gothique que gang mazda ) s'installe dans un vieil appartement GLAUQUISSIME du centre ville de Bruxelles. Cet appartement se situe dans un vieil immeuble sorte de bâtiment industriel d’Allemagne de l'Est et tenu par une mystérieuse sorte de concierge non moins glauquissime. Cet endroit l'inspire. Je le comprends, dans le genre c'est magnifique. Bref il s'installe contre l'avis de ses proches. Sa petite amie et ses 2, 3 pot...2 potes c'est un goth associal. De vrais crétins au look assez atroce et démodé qui eux flairent l'entourloupe au premier coup d'oeil (et de nez ). Mais lui il kiffe !
Une semaine après il commence effectivement à être épuisé et tout bizarre, comme happé et sucé par l'énergie négative qui émane de cet endroit maléfique. De plus, la concierge est vraiment étrange, voire très flippante et il y a les mystérieux autres locataires de l’immeuble, curieusement invisibles ...
Après une nuit d’inactivité, de non-inspiration et de "cloportisation" il découvre un mystérieux motif peint sur le plancher tel un tapis et découvre un journal écrit par l'ancien locataire de cet appartement ...
Je n'en dirai pas plus mais sachez qu'il y a des souterrains en dessous de l'immeuble, qu'on aura droit à des visions hallucinatoires dantesques et que la concierge de l'immeuble est une sacrée bonne femme.
Après coup cette bd m'a fortement faites penser au film " Le locataire " de Polanski , mais avec une touche gothique belge absolument unique dans le monde de la bd. Hulet a mis toutes ses tripes dans cette œuvre. Les cadrages sont novateurs pour l'époque, les couleurs magnifiques (à part quelques pages assez fades dans le 1er album ). Il y a un changement de graphisme à un moment dans le 3ème tome mais ça passes plutôt bien et c'est justifié dans le scénario.
Cette bd ne plaira sûrement pas au jeune public ou aux fans de bd actuels car cela peut passer pour démodé mais "L’État Morbide" c'est tout une époque.
Et puis cette bd m'est très chère car je suis moi même dessinateur de bd (amateur) et je ressent bien ce besoin de solitude et d'ambiance délétère recherché par le héros (ce qui doit être le cas de Hulet, paix à son âme). De plus le parallèle entre les planches qu'il dessine (une obscure série de SF horrifique) et le récit qui se déroule sous nos yeux, donc la bd que nous tenons entre les mains est assez vertigineux.
Bref immense série : 5/5 !
Il me tarde de découvrir son autre série Immondys, que je ne trouve nulle part.
En BD, la grande épopée des Albigeois et autres cathares en Occitanie (où l'on parlait la langue d'Oc), c'est ici et je dirais même qu’ici, qu'on la découvrira !
Rien avoir avec l'ersatz au titre pompeux de « Cathares » dessinée par Bono qui, en trois tomes, ne nous raconte qu’une course poursuite romancée entre deux groupes pour retrouver le trésor de cette communauté, et clore cette trilogie de façon la plus invraisemblable qui soit, et en la démarrant de façon historiquement assez douteuse, avec également graphiquement un château de Montségur peu réaliste ne ressemblant en rien au nid d’aigle quasi imprenable qu’il était ! Quelques photos sur google images rappelleront ce qu’était Montségur, ce pic vertigineux qui flirte avec les nuages, et couvert de son château.
Dans Mémoire de Cendres, Jarbinet, historien de son état, nous sert un scénario documenté en béton avec toutes les implications des pays ou régions limitrophes (Angleterre – Italie - France d'alors) dans ce qui va être in fine un génocide d’une population au nom de la papauté avec un comté de Toulouse offert sur un plateau par les armées dirigées par le pape, au bien chanceux roi de France.
Jarbinet s’est certainement très fortement impliqué pour nous servir un pareil pan d’histoire en cette époque tumultueuse du début du 13ème siècle, rendue vivante comme si cela se passait hier, avec des personnage des plus attachants, … certains également des plus repoussants (c’est selon …), mais qui ne laissent pas indifférents.
La couleur directe de l’auteur est sublime, une des plus belles qui soient ! Et son graphisme de grande qualité qui semble réalisé avec une facilité déconcertante n’est pas en reste.
Même si les personnages sont romancés, ce n’est pas souvent que l’on peut se targuer de lire dans l’univers de la BD une si riche et prenante épopée historiquement documentée, avec un graphisme de si haut vol, de ceux des plus réussis.
Un incontournable en BD historique … comme en BD réaliste !
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Je me lance dans la critique de cette série même si je n'ai lu que les tomes 1, 2, 3 et 4 . Car ce 5 étoiles est surtout dû au traumatisme que m'a causé le tome 2, les Jardins d'Edena. Cet album fait partie de mes madeleines de Proust de la BD. Un des meilleurs albums de Moebius si ce n'est le meilleur. De la S.F "moebiusienne" dans toute sa splendeur, absolument magique, pur , prophétique... Le dessin, les couleurs, le scénario, tout confère au sublime. Un véritable voyage astral. Ce conte de science-fiction décrit les aventures d'un couple de voyageurs spatiaux échoué sur une planète semblable au mythique jardin d'Eden de la bible. Tout d'abord asexués (ils ne mangent que des pilules ce qui leur ôte tout caractère sexuel, mental et physique) et se comportant plus comme un frère et une soeur, ils vont peu à peu, faute de matériel synthétiseur de pilules, se mettre à manger de la matière vivante (manger une pomme est pour eux au départ qualifié de cannibalisme), puis peu à peu retrouver leurs caractères sexuels. Nous imaginons bien là l'être humain du futur, immortel, vacciné contre toutes les maladies et bactéries. Puis ils vont être séparés et ne chercheront plus qu'à se retrouver (ils ont redécouvert l'amour qui les lie) et affronter les habitants curieusement masqués de cette planète, et cette énigmatique "paterne"... Les albums 3 et 4 sont bons mais rien à voir avec la puissance (dessin, scénario et couleur) du tome 2 (très années 80 mais à la beauté intemporelle). Le tome 3 se focalise sur l'errance d'Atan (devenu Atana) qui va découvrir la base souterraine de la paterne et le tome 4 sur celle de Stel, qui lui continue d’errer à la surface et de "rencontrer" régulièrement le maître des rêves. Le tome 1 est quant à lui plus un tome d'introduction avec plusieurs petites histoires, dont une possédant des dessins sublimissimes. C'est quand même un bon tome très utile à la découverte de cet univers et décuplant la puissance du 2. Je n'ai pas lu le tome 5 et 6 qui sont parait-il décevants . En tout cas je laisse cette note de 5 étoiles car même 2 tomes mauvais ne peuvent effacer le rayonnement quasi mystique que procure la lecture des "Jardins d'Edena" (j'en avais même rêvé à l'époque c'est dire). Je recherche les éditions originales, surtout pour le tome 2, tel le Graal car une amie me l'a lâchement volé il y a plusieurs années.
Anselme Lanturlu
Anselme Lanturlu, c'est lorsqu'un ancien scientifique du CNRS spécialisé dans la cosmologie et la physique des plasmas décide de vulgariser en BD la physique plutôt orientée cosmos, et de temps à autres, des concepts peu courants pour tout un chacun de la physique du 20ème siècle .... Jean-Pierre Petit est réellement un personnage atypique dans l'univers de la BD ! Sa série était autrefois éditée au prix fort chez Belin (environ une fois et demi le prix d'une BD classique) et mal distribuée. Depuis, l'auteur a racheté ses droits, et la laisse libre en téléchargements gratuits sur le site "savoir sans frontières". Via un système de dons tout à fait transparent sur le site, il rémunère aussi des traducteurs pour qu'elle soit accessible au plus grand nombre (420 traductions multi-langues à ce jour) : http://www.savoir-sans-frontieres.com/JPP/telechargeables/free_downloads.htm#francais Deux albums sont très datés des années 80 et n'apportent plus grand chose aujourd'hui : La CAO sans peine - Money back découvre l'informatique (BD très orientées sur le Basic, langage plus guère utilisé, et sur l'ordinateur de poche Sharp 1260/ ou 1261, ... que l'on trouvera difficilement sur eBay). L’album le plus rébarbatif m’a semblé être « Le Topologicon » (retournement mathématique d'objets 3D et tout particulièrement de la sphère ... prévoir un tube d'aspirines pour maux de tête avant la lecture de cet opus...). Les plus accessibles aux non scientifiques : Le tour du monde en 80 minutes – Cosmic Story - Les 1001 Nuits Scientifiques Les plus distrayants aux scientifiques en herbe ou plus aguerris : Le Géométricon – L’Aspirisoufle (anciennement « Si on Volait » aux éditions Bélin - application de la loi de Bernoulli) – Big-Bang – Mille Milliards de Soleils – Tout est Relatif - Joyeuses Apocalypses - Le Trou Noir - Plus Vite que la Lumière - L'univers Gemellaire - Quelques albums sortent du champs de la physique tel "l’Economicon" (sur les principes généraux de l'économie), "L’informagique" (les bases de départ du fonctionnement d'un ordinateur), "le Logotron" (mécanisme de la formation des mots dans le langage), "le Spondyloscope" (sur la structure du corps humain, os/vertèbres), "Mécavol" et "La Passion Verticale" (sur l'aéronaurique), "A quoi rêvent les Robots" (sur l'ingénieurie robotique). Le choc de lecture qui a été le plus grand en ce qui mon concerne était « Le mur du silence » où l’on y explique le MHD (magnétohydrodynamisme) inventé par le scientifique russe Andrei Sakharov, et qui démontre un mode de propulsion sans frottements quelque soit le milieu (liquide, air). Et sur le site assez polémiste mais très intéressant de Jean-Pierre Petit, (http://www.jp-petit.org/nouv_f/nouveau.html) l’on pourra lire dans les anciens articles qu’il semblerait que des torpilles de sous-marins russes fileraient aujourd’hui avec cette technologie de propulsion sans frottement à près de 2.000 km/h sous l’eau …, et que le Koursk a coulé pas si accidentellement qu’on le laisse entendre, ... et que les USA ne seraient pas si étrangers à sa perdition à très faible profondeur dans la Mer Baltique, ... et que si personne n'était autorisé et n'est venu à la plus élémentaire rescousse de l'équipage du sous-marin, c'est très vraisemblablement du fait qu’il y avait pas mal de choses à cacher, entre-autre sur cette technologie MHD ... qui devait très vraisemblablement être en démo pour des Chinois disparus avec le Koursk, et prêts à acquérir ce type d’armes … Il semblerait aussi que les USA ont dû lâcher un gros paquet de royalties pour que l’affaire soit définitivement étouffée au Kremlin très très en colère ... Les USA utiliseraient aussi cette technologie dans leurs avions militaires pour permettre des accélérations subites (sphère de halo visible au moment où elle est actionnée)... Revenant aux BD, se dire qu’à chaque lecture de chacune de celles-ci, de surcroît libre de téléchargement et donc gratuite, l’on se trouve un peu moins ignorant, est très réjouissant, et est un fait rarissime dans l’univers de la BD d’abord mercantile et ensuite jamais intellectuellement aussi relevé. Le dessin simple n’en est pas moins très adroit et élégant pour le but didactique visé, avec chaque fois une bien pulpeuse Sophie pour nous guider et nous accompagner dans nos apprentissages, à côté d'Anselme et ses animaux de compagnie particuliers (un pélican, un oiseau plus ordinaire, et un escargot) … Il y a des planches bien plus graphiques que les deux mises en ligne ! Mais d'autres qui le sont moins également ! Un magnifique contre-pied à tout le système de production de la BD en général, et dont on aurait tort de se priver … alors qu'il nous est offert !
La Saga d'Alandor
Cette lecture a été un choc ! Jodo, je ne l'apprécie qu'à dose homéopathique, et vraiment pas dans tout ce qu'il a éructé ... mais ici, comme dans L'Incal ou Le Lama blanc ou Alef-Thau, oui, et même tout particulièrement pour cette scénarisation-ci ! Cadelo est un maître pour oser des univers différents ; et il excelle dans cette voie osée. A lecture lente, on goûte tout le parti pris osé des deux protagonistes auteurs de cette chose étrange et foncièrement originale ; une eau forte vous dis-je ... Si vous avez le coeur bien accroché ... et un brin de mysticisme ...
Daytripper (au jour le jour)
La préface signée Cyril Pedrosa ainsi que la postface de Craig Thompson étaient très ambitieuses. On nous promettait une lecture qu'on n'était pas près d'oublier. Pour une fois, ce n'était pas seulement une accroche promotionnelle cautionnée par deux grands noms de la bande dessinée. J'ai franchement adoré ce magnifique album atypique qui s'est infusé progressivement en moi au fil de la lecture. Tout d'abord la beauté d'un dessin assez précis et détaillé. Puis des couleurs éclatantes, puissantes et profondes. Et enfin, une narration subtile et fluide. J'ai pris une grande claque. Il y aura dix chapitres qui présentent notre héros à différents âges et sans chronologie. Cependant, tout semble se tenir dans une parfaite cohérence. Bref, une maîtrise totale ! Cette réflexion sur la mort et les différentes vies possibles selon les choix qu'on opère nous rappelle l'essentiel. Le scénario d'une vie, celle d'un écrivain dans les pas de son père et qui essaye de se construire. Les émotions brutes sont décuplées dans une logique d'ensemble pour un final qui sera magistralement beau. Achat conseillé car loin de toute légèreté et naïveté qui pèsent sur les différentes oeuvres. 4,5 étoiles.
Lunes birmanes
Je tiens à préciser que c’est la première fois que je poste une œuvre comme celle-ci à la fois époustouflante et remarquable. Mon ambition cachée serait de faire découvrir celle-ci au plus grand nombre de lecteurs. Je suis assez déconcerté du quasi-anonymat qui règne autour de cette série. Elle ne mérite absolument pas d’être oubliée dans un coin car elle se présente d’une qualité indéniable. Il faut lui laisser une chance. C’est pour moi une belle révélation qui prend aux tripes. On ne sortira pas indemne d'une telle lecture. Tout d’abord, une narration assez dynamique nous permet d’entrer directement dans l’histoire d’un petit garçon élevé par son grand-père dans un village reculé de Birmanie. Le graphisme littéralement très expressif nous engloutit littéralement dans une atmosphère tropicale moite et inquiétante. La Birmanie est un très beau pays de par ses paysages et de par la diversité de ses habitants en différentes ethnies. Cependant, ce pays n’a pas eu de chance car la dictature militaire se succède au pouvoir depuis 1962. De 1988 à 2011, la Birmanie a été officiellement dirigée par une junte militaire, considérée comme une des pires dictatures de la planète. Cette œuvre de près de 208 pages est une dénonciation des pratiques utilisées par les militaires pour asseoir leur pouvoir. On va avoir une terrible impression d’impuissance face à la fatalité du sort d’un peuple. Superbement déprimant ! On découvre ainsi que le travail forcé est une pratique courante qui va concerner des milliers de Birmans. La liberté de la presse n’existe pas. Les droits de l’homme sont bafoués. Le pouvoir judiciaire n’est pas indépendant. Les partis d’opposition sont interdits. La population est surveillée et tout opposant au Conseil d’état pour la restauration de la loi et de l’ordre (nom officiel et sans rire de la junte) est emprisonné à vie. En1990 suite à un fort mouvement contestataire de la population, ils organisent des élections libres, remportées à plus de 80 % par la Ligue nationale pour la Démocratie d' Aung San Suu Kyi, fille d'Aung San et accessoirement prix Nobel de la paix. Les élections sont annulées et Aung San Suu Kyi est assignée à résidence ; elle n'a été libérée que le 13 novembre 2010. Bizarrement, les auteurs ont choisi de ne pas trop en parler mais de se concentrer sur les habitants qui vivent un calvaire. J’ai apprécié ce choix loin de toute fainéantise intellectuelle. Je ne pourrais pas dire cette fois-ci que j’ai passé un agréable moment de lecture. Les pires ignominies de ce régime seront montrées via le récit des habitants d’un paisible village d’une province assez lointaine de Rangoon. Le récit ne sera pas drôle et il y aura des moments fort éprouvants. J’ai dû arrêter plusieurs fois ma lecture afin de reprendre mon souffle. Cela se présente certes comme un récit fictionnel mais à la fin de l’ouvrage, il y a des photographies commentées et l’on se rend compte que c’est bien le destin réel de certains protagonistes dont les noms ont été légèrement modifiés. Ainsi, on va voir qu’un petit garçon de 10 ans va mourir d’une balle dans les bras de sa mère et qu’on jettera son corps dans la nature tout en emmenant de force la mère au loin. Bref, des moments insupportables et qui témoignent que ce que se passe dans ce pays est intolérable. On ne peut pas être le chantre de valeurs universelles et ne rien faire… Les mots du grand-père résonnent encore en moi: "La force qui sommeille en toi fera céder toutes les cages. Pense autrement. Pense l'impensable. Pense au souffle qui traverse les barreaux de ta cellule. Observe, imprègne-toi, pénètre l'esprit des hommes les plus vils. Trouve les failles. Creuse-les. Tous les empires s'écroulent un jour s'ils reposent sur des fondations rongées par la vermine. Le soleil rebrillera sur la Birmanie et ce jour-là tu seras un homme libre". C'est plein d'espoir et on pense alors à Nelson Mandela et à son destin. C’est une œuvre extrême dans la violence et dans l’esthétisme qui s’en dégage. J’en suis ressorti totalement secoué. Peu de lecture ont provoqué chez moi ce genre de sentiment. La haine, la colère, la compassion, l’envie de croire à une cause juste… J’ai ressenti cette bande dessinée comme une tentative de réveil de nos consciences. Bref, une déferlante d’émotion qui m’a emporté avec force et conviction. Une œuvre à découvrir absolument !
Thorgal
Thorgal ... Que dire de plus sur cette série fleuve (plus de 30 ans... ). Chacun a ses albums préférés. Pour ma part c'est un sans faute jusqu'à "La Forteresse Invinsible", qui clôt, à sa manière, un certain cycle. Après je n'ai plus suivi ("La marque des bannis", "Géants" ... bof, j'ai décroché... ). Je n’achète plus les albums de Thorgal et il y en a sûrement des bons, des nouveaux cycles... ). Je ne m'étendrai pas sur les qualités de cette saga, tout a été dit. J'ai été bercé par ces aventures. Pour faire simple, mes albums préférés sont (dans le désordre) : - Le cycle du pays Qâ - La chute de Brek Zarith - Alinoë - La gardienne des clefs - Les 3 vieillards du pays d'Aran - Au-delà des ombres - Le maître des montagnes - Aaricia - Louve Bref un monument de la bd.
Jojo
En BD pour enfant, je crois que personne n'a fait mieux que cette série ! Le graphisme est de grande qualité, et en couleur directe (ce qui est bien rare en BD enfantine). Les personnage tous bien typés, sont amusants. Le scénario est toujours captivant, et souvent drôle. Et surtout, l'on s'attache aux personnages car ... , et c'est tout là ce qui fait la différence avec bien des séries, il brille dans chacun d'eux une flamme d'humanisme permanent touchante qui laisse très peu indifférent et qui est bien rare dans l'univers de la BD en général. Pour cet humanisme vraiment exceptionnel qui se dégage de cette série, et tout le reste, à mes yeux, un incontournable et solide 5/5 .
Les Compagnons du Crépuscule
Un autre chef d’œuvre du 9ème art absolument magique et puissant. Une véritable odyssée moyenâgeuse glissant insidieusement (à la fin du 1er tome puis dans le 2ème) dans l'univers des mythes et légendes bretonnes. Mais pas les lutins et les fées de Pierre Dubois (que j'adore soit dit en passant.) Non là c'est plus réaliste et fortement documenté. Bourgeon a dû accomplir un travail de titan pour l'élaboration de cette saga. J'ai été bercé dans mon enfance par ces images plutôt dures mais incroyablement magiques d'un monde oublié (la cité des Douarts, un monde parallèle ?) Je n'ai pas tout compris à la 1ère lecture et ce n'est qu'au bout de 4 voire 5 lectures (sur plusieurs années bien entendu) que cette série a commencé à m'emporter. Dans le 3ème tome, nous replongeons violemment dans la réalité crue de cette époque sans pitié qu'est le Moyen-Age. C'est souvent horrible (le final avec son bûcher qui me fait un peu penser au "Nom de la Rose", les multiples mutilations, viols et autres tortures) mais aussi très sensuel et magique (la jeune femme sur la plage, l’héroïne souvent à moitié dévêtue, la jeune fille brune avec l’espèce de sorcier). Cette alternance entre ces moments de cruauté inouïe, et cette sensualité brute fait toute la puissance de cette série. Tous les personnages sont forts. L’héroïne bien entendu, l'Anicet (le jeune branleur bête et lâche par excellence) et surtout le chevalier errant. Ce personnage est une ordure mais au fur et à mesure du récit on s'attache vraiment à sa personnalité tourmentée. C'est le Moyen-Age, il faut être un loup pour survivre. Le langage moyenâgeux ne m'a pas gêné. Même si ce n'est pas évident à la 1ère lecture cela rend ce récit encore plus authentique (même dans sa partie fantastique) et l'aventure n'en devient que plus enivrante. Donc selon moi une des meilleures bandes dessinées françaises toutes époques confondues (légèrement supérieure aux Passagers du vent car plus sauvage et fantastique). Une aventure qui sent la pluie, la boue, les embruns et le sang.
L'Etat morbide
Une bien belle série des non moins belles et glorieuses années 80. Cette série transpire ou plutôt suinte les années 80, en tout cas par son coté sombre, belge et rock and roll. L'auteur Daniel Hulet fut fortement inspiré par la scène musicale gothique et industrielle de ces années là (Virgin Prunes, Siouxie and the Banheee, EINSTUERZENDE NEUBAUTEN, The Neon Judgement ... pour les connaisseur). Cela se ressent fortement. Charles un jeune dessinateur de bd (plus dans le genre artiste solitaire punk gothique que gang mazda ) s'installe dans un vieil appartement GLAUQUISSIME du centre ville de Bruxelles. Cet appartement se situe dans un vieil immeuble sorte de bâtiment industriel d’Allemagne de l'Est et tenu par une mystérieuse sorte de concierge non moins glauquissime. Cet endroit l'inspire. Je le comprends, dans le genre c'est magnifique. Bref il s'installe contre l'avis de ses proches. Sa petite amie et ses 2, 3 pot...2 potes c'est un goth associal. De vrais crétins au look assez atroce et démodé qui eux flairent l'entourloupe au premier coup d'oeil (et de nez ). Mais lui il kiffe ! Une semaine après il commence effectivement à être épuisé et tout bizarre, comme happé et sucé par l'énergie négative qui émane de cet endroit maléfique. De plus, la concierge est vraiment étrange, voire très flippante et il y a les mystérieux autres locataires de l’immeuble, curieusement invisibles ... Après une nuit d’inactivité, de non-inspiration et de "cloportisation" il découvre un mystérieux motif peint sur le plancher tel un tapis et découvre un journal écrit par l'ancien locataire de cet appartement ... Je n'en dirai pas plus mais sachez qu'il y a des souterrains en dessous de l'immeuble, qu'on aura droit à des visions hallucinatoires dantesques et que la concierge de l'immeuble est une sacrée bonne femme. Après coup cette bd m'a fortement faites penser au film " Le locataire " de Polanski , mais avec une touche gothique belge absolument unique dans le monde de la bd. Hulet a mis toutes ses tripes dans cette œuvre. Les cadrages sont novateurs pour l'époque, les couleurs magnifiques (à part quelques pages assez fades dans le 1er album ). Il y a un changement de graphisme à un moment dans le 3ème tome mais ça passes plutôt bien et c'est justifié dans le scénario. Cette bd ne plaira sûrement pas au jeune public ou aux fans de bd actuels car cela peut passer pour démodé mais "L’État Morbide" c'est tout une époque. Et puis cette bd m'est très chère car je suis moi même dessinateur de bd (amateur) et je ressent bien ce besoin de solitude et d'ambiance délétère recherché par le héros (ce qui doit être le cas de Hulet, paix à son âme). De plus le parallèle entre les planches qu'il dessine (une obscure série de SF horrifique) et le récit qui se déroule sous nos yeux, donc la bd que nous tenons entre les mains est assez vertigineux. Bref immense série : 5/5 ! Il me tarde de découvrir son autre série Immondys, que je ne trouve nulle part.
Mémoire de cendres
En BD, la grande épopée des Albigeois et autres cathares en Occitanie (où l'on parlait la langue d'Oc), c'est ici et je dirais même qu’ici, qu'on la découvrira ! Rien avoir avec l'ersatz au titre pompeux de « Cathares » dessinée par Bono qui, en trois tomes, ne nous raconte qu’une course poursuite romancée entre deux groupes pour retrouver le trésor de cette communauté, et clore cette trilogie de façon la plus invraisemblable qui soit, et en la démarrant de façon historiquement assez douteuse, avec également graphiquement un château de Montségur peu réaliste ne ressemblant en rien au nid d’aigle quasi imprenable qu’il était ! Quelques photos sur google images rappelleront ce qu’était Montségur, ce pic vertigineux qui flirte avec les nuages, et couvert de son château. Dans Mémoire de Cendres, Jarbinet, historien de son état, nous sert un scénario documenté en béton avec toutes les implications des pays ou régions limitrophes (Angleterre – Italie - France d'alors) dans ce qui va être in fine un génocide d’une population au nom de la papauté avec un comté de Toulouse offert sur un plateau par les armées dirigées par le pape, au bien chanceux roi de France. Jarbinet s’est certainement très fortement impliqué pour nous servir un pareil pan d’histoire en cette époque tumultueuse du début du 13ème siècle, rendue vivante comme si cela se passait hier, avec des personnage des plus attachants, … certains également des plus repoussants (c’est selon …), mais qui ne laissent pas indifférents. La couleur directe de l’auteur est sublime, une des plus belles qui soient ! Et son graphisme de grande qualité qui semble réalisé avec une facilité déconcertante n’est pas en reste. Même si les personnages sont romancés, ce n’est pas souvent que l’on peut se targuer de lire dans l’univers de la BD une si riche et prenante épopée historiquement documentée, avec un graphisme de si haut vol, de ceux des plus réussis. Un incontournable en BD historique … comme en BD réaliste !