Alors là, on touche à un des super-héros les plus cultes de l'écurie Marvel et aussi de la culture populaire américaine. Pas évident de s'y retrouver dans cette flopée de comics consacrés au Tisseur de toiles, mais cette intégrale en 27 volumes reprend tous les épisodes que j'ai dévorés dans ma période Strange (et Nova) entre 1977 et 1980, ceux des origines, loin des comics modernes qui se font maintenant sur les reprises de super-héros et qui surfent surtout sur le succès remporté par les films. Moi, ce que j'aime, c'est les vieux dessins sixties et seventies, réalisés par les dieux de l'époque comme John Romita, Jack Kirby, Gil Kane, Gene Colan ou Ross Andru.... c'est d'ailleurs valable pour les autres super-héros Marvel que j'ai avisé, comme Iron Man, Daredevil, Fantastic Four, Thor ou Silver Surfer, et Batman pour D.C. Comics.
Lorsque le 15 aout 1962 l'Araignée apparaît pour la première fois sur la couverture du comic book Amazing Fantasy, Stan Lee ne se doute pas encore qu'il vient de créer l'un des monstres sacrés de chez Marvel. Il fait immédiatement la conquête des fans du monde entier et devient l'idole des campus américains et de la jeunesse désargentée de l'époque. Cette réussite repose sur plusieurs éléments:
1 : sa popularité est due au fait que ce nouveau super-héros était totalement différent des autres. Comme on le sait, Stan Lee a imposé une nouvelle stratégie éditoriale, les super-héros sont parfois acclamés par la foule, mais cette gloire est fugace, la société les rejette et les méprise ; le héros continue d'agir par sentiment du devoir, mais sa condition lui pèse, il est tourmenté, pétri de doutes et connaît l'envie, la haine, la peur, la passion, d'où une solitude intérieure qui sera commune à presque tous les personnages de Lee. Mais Spiderman est le véritable archétype de cette nouvelle optique, son aspect introspectif est amplifié. Méprisé et incompris de la société, même s'il se dévoue pour elle, et cela aussi bien sous son identité de Peter Parker que sous celle du justicier ; même certains autres super-héros le regardent de travers, c'est dire si son statut de héros est complexe. Stan Lee contrebalance cet aspect négatif et pessimiste en humanisant le personnage, en mettant en relief ses doutes et ses faiblesses, c'est pour ça qu'il plaît tant à une certaine jeunesse de l'époque.
2 : l'autre clé du succès est évidemment le dessin : contrairement à l'idée reçue, Stan Lee ne crée pas Spiderman avec son acolyte habituel Jack Kirby, celui-ci étant débordé et indisponible, mais avec Steve Ditko, dont le dessin moins agressif donne une silhouette plus fluide au personnage "aérien" du Tisseur de toiles. Cependant, Ditko se sent à l'étroit chez Marvel et quitte la firme en 1966, provoquant une longue suite de dessinateurs talentueux qui reprendront le personnage chacun dans leur style, perpétuant son incroyable succès, et qu'on retrouve dans cette intégrale : John Romita, Sal Buscema, Gil Kane, Jim Mooney, Gene Colan, Ross Andru, John Byrne, Jim Starlin, Mike Esposito..et aussi Kirby. De son côté, Lee cédera la plume à Roy Thomas, Gerry Conway, Bill Mantlo, Archie Goodwin, Len Wein, Chris Claremont entre autres.
3 : enfin, la bande vaut aussi par l'impressionnante brochette de super-vilains qu'affronte Spiderman, tels Electro, le Lézard, le Dr Octopus, le Scarabée, le Vautour, l'Homme Sable, Venom, Tarentula, Mysterio..... mais son ennemi le plus récurrent et le plus acharné (et aussi mon préféré) reste bien-sûr le célèbre Bouffon Vert (The Green Goblin) qui cherche vraiment à le détruire et avec qui il aura de rudes empoignades. Il n'est autre que Norman Osborne, chimiste brillant victime d'une de ses expériences ; il sera responsable de la mort de Gwen Stacy, première fiancée de Peter Parker (dont il a découvert la double identité).
Spidey a aussi côtoyé des confrères comme Nova qui est le seul à être vraiment pote avec lui, Daredevil, Dr Strange, Captain America, le Faucon.... le Punisher dans certains épisodes jouissifs l'asticotera parfois durement, et Hulk déjouera quelques-uns de ses pièges...
Stan Lee insiste sur ses blessures intérieures, nous fait partager sa double vie et ses amours sacrifiées, ses problèmes d'argent et son cas d'asocial : avec son second amour Mary Jane, il entretient une relation chaotique où il fait passer son devoir avant sa vie personnelle, de sorte qu'il ne peut mener une existence normale. D'autre part, son meilleur ami, Harry Osborne, fils de Norman, a découvert son secret....décidément rien n'est simple pour ce pauvre Parker, d'où son intérêt auprès des ados qui s'identifient au personnage. La plupart de ces aspects ont été très bien traduits dans les films de Sam Raimi, d'où le succès de cette franchise. Et si vous voulez comprendre à fond la génèse de ce personnage emblématique il faut lire d'abord cette intégrale (par petite dose, sinon on est vite saturé).
Offrez-vous par cette lecture une vrai plongée anachronique dans le 19ème siècle !
Le traitement graphique, superbe, vous y invite ! Les décors très documentés et magnifiquement rendus, comme la colorisation légèrement sépia, s'y prêtent à merveille !
Il y a eu beaucoup de BD récentes sur des écrivains :
- Stefan Zweig avec un très bon Guillaume Sorel à l'aquarelle.
- Robert-Louis Stevenson avec un époustouflant René Follet aux pinceaux.
- Un "Rimbaud l'indésirable" avec un trop rapide et brouillon Xavier Coste au dessin et à la couleur.
- Et enfin ce " Victor Hugo, Aux frontières de l'exil" qui présente de loin le scénario le plus percutant et le mieux mené.
L’extraordinaire finesse et intelligence du scénario (la scénariste est historienne) conduit par un graphisme très "authentique" impose d'emblée cette BD en tête de peloton dans ce genre biographique.
Mais cette narration, contrairement aux autres ouvrages précités, reste limitée à un épisode bien défini dans la vie de l'écrivain.
L'ouvrage met en scène le merveilleux poème de Victor Hugo dédié à sa fille disparue.
En fin d'histoire, se trouve également la reproduction d'un courrier-pamphlet humiliant la politique Napoléon III sur la peine de mort, comme de la soumission lamentable des Anglais suite aux pressions de ce même Napoléon III.
La lecture de ces courriers reproduits, jette un froid !
Qui d'autre, en une demi page, pourrait par sa seule qualité de plume et d'âme, avec une telle trempe du français, incendier et humilier toute la politique française de Napoléon III comme jamais, et par la suite, rejeter la même sauce aux Anglais.
Un monument de lecture !
Énorme ! Enorme ce que Chabouté nous a sorti là.
Car entre nous, que faire finalement d'une histoire de Jack London assez simplette d'un imprudent promeneur avec son chien qui, en des terres glacées, se font sertir définitivement dans les serres du froid.
Et bien de ce canevas très basique, Chabouté en a fait tout simplement quelque chose d'énorme !
D'abord, pour la couleur !
Pour sa seule BD en couleur (même si elles restent limitées et très proprement discrètes), c'est une réussite et une surprise inattendue.
Enfin pour le traitement du scénario où Chabouté nous sort un thriller qui glace son lecteur comme jamais je crois, aucune BD jusque là !
Car le lecteur claque des dents, tremble, peste, souffre, est mal physiquement et psychologiquement, avec le personnage !
Cette prouesse me pousse à la plus grande révérence à cet auteur ici génial et doué d'un singulier et rare talent de conteur !
Une des BD exceptionnelle d'émotions et de talents graphiques, à lire... que dis-je, à vivre ...
Avis concernant le tome 3: "Faire de la bande dessinée":
J'ai trouvé mon Graaaaal !!!!
Etant dessinateur autodidacte, nombreux sont mes bouquins abordant le sujet mais là... je suis tombé sur l'ouvrage pratique le mieux foutu, clair, ludique et intéressant de la catégorie. Car au-delà du coutumier "Dessine tes personnages mangas", "Comment dessiner un super-héros" ou autres, Scott nous donne toutes les ficelles et astuces du métier si complexe qu'est auteur de BDs.
Il nous avoue que beaucoup d'auteurs professionnels font souvent les mêmes erreurs. Le présent ouvrage nous permet de les éviter. De l'idée de base jusqu'à l'encrage, de l'élaboration du scénario jusqu'à la diffusion, du choix du style jusqu'au choix des plans,... Tout y est; et c'est passionnant à lire, expliqué de manière ludique, avec de l'humour et beaucoup de pragmatisme.
Le style de McCloud est simple, rendant ses propos et exemples limpidement clairs et explicites.
Gestuelle, perspectives, choix de la séquence et du moment, expressions faciales et variations de celles-ci, conception de personnages, construction d'un univers, dynamisme, choix de l'image et du cadrage, techniques des outils, apprendre à faire un décor, harmonie du texte et du dessin, découpage de la planche, ... Tout y est et expliqué de la façon idéale (c'est à dire sous forme de bande-dessinée).
Plus que mon livre de chevet, c'est ma bible, mon outil de référence, trônant sur le bureau, à coté de ma table à dessin. IN-DI-Spensable à tout bédéiste pro ou amateur, dispensable pour le simple lecteur.
Quelle claque!
C'est ce genre d'ouvrages qui fait de la BD ce qu'elle est! Des dessins somptueux au service d'une histoire remarquable.
Cette BD est comme une fresque satirique dénonçant la folie des Hommes emprunts de fanatisme religieux. Comment les sentiments primaires des gens les poussent à des actes inconsidérés, surtout quand cela fait vaciller leur trône et leur statut si justement glané.
Cette fable est belle, touchante mais terriblement révoltante...
On s'attache aux personnages, à Alim, à sa fille, au grand père... si bien que la fin arrive trop rapidement et avec elle la fin de l'innocence de la fille d'Alim mais aussi du lecteur.
Ne passez surtout pas à côté de cette série monstrueusement délicieuse... courrez dans votre librairie préférée acheter ce petit bijou!!!
Je continue sur ma lancée des séries cultes pour m'attaquer maintenant à ce monument qu'est Gaston Lagaffe. Un des 3 monuments selon moi de la bd classique (avec Astérix, Spirou et Tintin,... ah ?! Ca fait 4 ... ). Le chef d’œuvre de Franquin.
Que dire ... Astérix est égal en terme de renommée et de qualité mais je préfère réserver ce 5 étoiles pour Gaston Lagaffe car cette série me parle beaucoup plus profondément. Cette célébration du glandeur paresseux, lunaire, bref complètement immature est une bénédiction pour les gens de son espèce dont je fais (un peu) partie. Dans notre monde ou le succès, la réussite, l’optimisme, le courage, la valeur du travail est encouragée et soutenue, une bd comme celle-là permet de rendre sympathique ce mec complètement à la ramasse et méprisé dans la société actuelle. Il est clair qu'un mec comme Gaston au taffe, on en peut plus et il se fait virer en moins de 2 (d'ailleurs il se fait virer à un moment). Mais là on aimerait bien l'avoir avec nous.
On a tous un peu de Gaston en nous, on se reconnait tous un peu dedans enfin moi oui.
Et puis le truc vraiment génial avec Gaston c'est l'observation du microcosme de la rédaction du journal de Spirou. C'est comme si on travaillait dans cette boite. Je pense que c’était réellement novateur pour l'époque.
J'aime tout autant les premiers tomes avec Fantasio que la 2ème moitié avec Prunelle. Même si les dessins sont nettement meilleurs dans cette seconde moitié, les gags sont tout autant hilarants. Dans cette 1ère moitié Gaston est plus timide, stoïque. Comme un stagiaire qui vient d'arriver. Puis il prend peu à peu de la confiance, est plus foufou, exalté. Bon, niveau taf il reste stagiaire, n'en fout pas une, préférant s'occuper de choses diverses et variées comme : faire exploser l'immeuble avec ses expériences du petit chimiste, construire des inventions, des rampes de skate, réparer sa bagnole, élever des animaux, s'amuser dans la bibliothèque, construire une fontaine dans son bureau, bref faire plein de choses diverses et variées sauf trier et répondre au courrier, tâche qui lui est normalement destinée et pour laquelle il est en principe payé.
Des choses inutiles en soi, qui foirent le plus souvent mais qui peuvent se révéler très utiles et réellement novatrices... mais qui ne servent jamais à trier le courrier. Ça, il l’esquive à chaque fois. Comme un gamin qui doit recopier 500 fois " je ne dois plus ... " et qui va passer un temps fou à inventer un système de 15 crayons collés ensembles (qui se révèlera moyennement efficace) plutôt que se mettre au boulot.
Que dire de plus ... C'est difficile car cette œuvre est excellente dans tous ses aspects. graphiques, personnages, écriture ... tout. Lebrac le dessinateur, la mouette, le chat (le strip ou Gaston découpe la porte pour faire une chatière pour le chat mais également pour la mouette car les bêtes n'aiment pas se sentir enfermées et ont besoins de faire des allers et venues comme bon leur semble. Il ne reste plus rien de la porte. A se tordre de rire).
Et puis aussi les contrats qui échouent, les 2 potes, Jules de chez Smith en face (un autre glandeur acharné, l'équivalent de Gaston mais dans la boite sur le trottoir d'en face) et l'autre à lunette je ne sais plus son nom. De bons spécimens eux aussi. très sympathiques et bons à rien également. Et puis la "somptueuse" dinde à lunette de Mlle Jeanne qui s’extasie sur tout ce que fait Gaston. On l'adore. Un "merveilleux" couple.
Bon je m’arrête là car je pourrais parler des heures de Gaston Lagaffe.
Culte. ****. Voilà Gaston Lagaffe c'est fait.
J'ai hésité... mais après réflexion non. Cette série vaut bien son 5 étoiles ET son coup de cœur. Cet univers est carrément inédit dans la BD (en tout cas moi je n'ai jamais vu ça) et ne cesse de prendre de l'envergure et de gagner en profondeur d'albums en albums. On peut s'amuser à chercher des influences : Terry Gilliam, Boucq, Druillet, l’ésotérisme, Ptiluc (pour le style de BD en quasi-bichromie avec un peuple plus ou moins identique et un fond philosophique... je vais chercher un peu loin je sais). Un peu de Ulysse 31 également (là c'est encore un peu tiré par les cheveux je le reconnais mais c'est la visite de Pluton à bord d'un voilier naviguant dans l'espace à travers les cercles des 7 pêchés capitaux qui m'a fait penser à cela. Comme les premières saisons des Chevaliers du Zodiaque avec les temples des signes du zodiaque)...
Mais la recherche d'influences est finalement assez vaine tant cette série est unique en son genre et sort vraiment des sentiers battus.
Les dessins sont tout bonnement hallucinants de maîtrise, la qualité allant crescendo au fur et à mesure des albums. Par contre je ne suis pas fan des têtes des squelettes mais c'est bien la seule chose qui m'a un peu déplu dans cette série et c'est une goutte d'eau derrière la magnificence des décors et de l'histoire. Le bateau qui navigue aux extrêmes limites du système solaire est un véritable voyage cosmique dans l'au-delà aux portes des limites dimensionnelles du système solaires du temps et de la mort. Un peu comme une version de "2001 l'Odyssée de l'espace" par Terry Gilliam. Ça fait rêver (ou cauchemarder c'est selon). La religion se mélange à l’ésotérisme, à l'onirisme à l'absurde et à la philosophie. L'espace, la mort, le cosmos, le rêve, les squelettes... Whaoouuu !!!
De nombreuses pages sont absolument superbes. Celles de la visite de Pluton tout d'abord (Ah ce panorama lunaire, enfin plutoniaire page 58, 59 du tome 2) avec les portes des 7 pêchés capitaux... grandiose !!!). Mais aussi le grand vilain casqué dans sa tour : de superbes clairs-obscurs terriblement inventifs. Une séquence qui en impose beaucoup plus que bon nombre de séries exclusivement fantastiques ou S.F. L'arrivée du grand voilier lunaire en contre-plongée (page 44 du tome 2)... C'est très inventif dans les cadrages et les ombres, toujours recherchés et ne cédant jamais à la facilité. Chapeau !
Je ne vais pas revenir sur le scénario (excellent) mais plutôt sur les textes qui sont forts originaux. Un mélange d'argot et de langage soutenu, très littéraire, avec pas mal de mysticisme et d'ésotérisme. Tout cela ajoute énormément de complexité (et un peu de difficulté à la lecture) mais cela rend l'ensemble beaucoup plus dense et subtil. De plus Eric Liberge met tout cela en scène de manière très graphique, mélangeant des schémas ésotériques et usant de typographies dans cet esprit là. L'outil informatique est très bien utilisé et l’omniprésence de celui-ci (j'ai lu les dernières éditions) dans les couleurs et dans les textes n'est jamais en contradiction avec l'esprit "gothique" de cet univers. C'est très bien écrit et vraiment passionnant. La grande classe ! Pour ce qui est de la mise en couleur, elle alterne entre un (faux) noir et blanc et de la couleur (pâle) mais utilisée avec parcimonie. Elle vient progressivement d'albums en albums, de temps en temps (surtout dans la dimension des 7 pêchés capitaux) de manière lumineuse et vaporeuse. L'impact en est beaucoup plus fort.
Le tome 4 clôt la série de manière très (mais alors très très) bavarde. Ce tome est un véritable pavé de texte, avec des dessins assez petits et très sombres (bien que d’excellente qualité et encore plus détaillés). En dehors de 2, 3 scènes plus marquantes et graphiques (le début avec Architofel et l'église, les squelettes qui ont retrouvé la mémoire et qui se rendent compte qu'ils sont morts), c'est très obscur et philosophique, les personnages prenant réellement de la profondeur et le récit devenant ultra complexe et ultra philosophique également. Ça peut vraiment rebuter mais moi j'ai tout de même lu ça avec énormément de plaisir et de passion (encore sur la lancée des 3 premiers). Un tome très ardu, interminable et verbeux mais sans compromis très noir et nihiliste. Excellent.
J'ai également beaucoup aimé en vrac :
- Les squelettes qui n’arrêtent pas de se bourrer la gueule avec du mercure (ou du café ?) et cela leur procure un certain effet hallucinogène de souvenirs de leur vie sur terre. Qui au final les rend plus malheureux qu'autre chose dans ce monde sans perspectives de sorties.
- La jeune femme qui vient d'arriver dans le purgatoire : recueillie dans la barque des psychopompes, elle se met à vieillir avec effroi à vitesse grand V et donc à perdre ses tissus charnels. C'est une idée vraiment macabre qui fait froid dans le dos.
- Tout comme ceux qui retrouvent la mémoire avec le café ( dans le tome 4 ) et qui se mettent à paniquer. C'est très noir.
Je trouve très intéressant également le préface écrite par Eric Liberge au début du tome 4. Il explique son acharnement pendant ces 8 années ou cette série lui a occupé littéralement toute sa vie. Sa résistance face aux critiques des proches ("tu ne vas pas dessiner que des squelettes, cela ne marchera pas"). Il était représentant de verres en Europe de l'Est et occupait tous ses moments de temps libre à avancer sur sa BD. Le soir ou le matin à l'hôtel et même au volant de sa voiture entre 2 rendez-vous ! (J’imagine le tableau, une voiture garée dans un parking sordide sous la pluie avec le mec qui a mis sa planche sur le volant et qui dessine ses squelettes). Une leçon de volonté pour tous les (apprentis ou pas) dessinateurs qui n'arrivent pas à avancer ou à terminer leurs trucs.
Chef-d’œuvre !! Je reste sans voix devant tant de maîtrises scénaristiques et graphiques.
L’histoire est tellement belle, réaliste, humaine que tout bédéphile qui se respecte devrait lire au moins une fois.
On a envie de rencontrer les personnages tant ils sont expressifs, chaleureux et attachants spécialement Leila, Célestin et le vieux français.
Le voyage est aussi bien présent et je me suis laissé transporté à travers l’Espagne, le Maroc et l’Afrique grâce à la puissance des images de Stassen et couleurs chaudes, lumineuses qui sont un vrai régal pour les yeux.
Lapière quant à lui n’a décidément plus rien à prouver, il est pour moi l’un des meilleurs scénaristes qui sait rester très proche du lecteur grâce à la fluidité, le rythme et l’humanité qui se dégagent de ses dialogues. Et puis le découpage est quand même vachement bien foutu, c’est du grand art. Merci aux auteurs.
Avis n°500, il faut donc une Bd exceptionnelle, je l'ai trouvée. Après le Moyen Age, l'Antiquité grecque et romaine est ma seconde période historique préférée, autant dire que je suis très attentif à la démonstration de Dufaux et Delaby. D'abord, il y a le magnifique travail de Delaby sur les couvertures d'albums, qui par leur aspect choc et superbe, interpellent le quidam.
Dufaux, c'est un scénariste inconstant qui peut produire du mauvais comme Conquistador (Glénat) et du très bon comme ici. Une fois qu'on a mis le nez dans cette Bd, on a vraiment du mal à la lâcher, tant c'est prenant. Cette somptueuse série atteint des sommets dès ses débuts dans le traitement, le dialogue, et surtout le dessin de Delaby ; quels progrès depuis ses premières séries Bran et L'Etoile Polaire. Son trait à la fois puissant et raffiné, précis et travaillé, renforce la vision très crue de la Rome antique vue par Dufaux. Une vision sans complaisance et très noire sur les luttes de pouvoir, qui selon l'historien Michael Green, "fera connaître l'Antiquité romaine plus vite et sans doute mieux que tous les livres d'Histoire".
D'ailleurs, en la lisant, et malgré les bonnes connaissances que j'ai de cette période romaine, je ne pouvais m'empêcher de compulser mes encyclopédies pour approfondir tel fait évoqué ou éclairer tel personnage. Car c'est bien là le but des auteurs : montrer les intrigues de palais, les assassinats, empoisonnements, trahisons, compromissions qui déchirent la famille impériale ; on pénètre dans les arcanes de la politique où se jouent les complots sordides, l'avidité du pouvoir et l'ambition effrénée des principaux acteurs, en tête Agrippine qui empoisonne son époux, l'empereur Claude, pour placer sur le trône son fils Néron dont elle veut faire un pantin derrière lequel elle régnera. Mais Néron, malgré ses 17 ans, se dresse contre la cupidité démesurée de sa mère et entame un début de règne placé sous le sceau du sang, car on apprend aussi en lisant cette saga romaine, que la vie humaine n'avait à cette époque que bien peu de prix.
Si tout ceci était narré d'une façon encyclopédique, ça ne tiendrait pas, et la réussite des auteurs réside dans la façon habile de présenter ces faits et ces personnages en fournissant en même temps un excellent divertissement, il faut que le lecteur soit passionné par une intrigue qui tient le coup et une ambiance attractive ; ce but est atteint.
Il n'y a pas de vrai héros au sens propre du terme dans la série, plutôt des anti-héros dont chacun a sa part de noirceur, que ce soit Britannicus, Acté, Pétrone, Sénèque, Poppée, Tigellin, Othon, Galba, Locuste... tous authentiques, au contraire du personnage-titre Lucius Murena, ami de Néron qui ne joue finalement qu'un rôle assez secondaire, tout au moins dans le 1er cycle ; par la suite, il sera moins falot et s'étoffera, et c'est Néron qui porte tout le récit. Les autres personnages fictifs sont des esclaves ou des gladiateurs comme Draxius, Balba le Nubien ou le féroce Massam....qui dans certaines scènes violentes, pimentent une action basée sur la réalité historique, mais ponctuée de nombreux trous que les auteurs comblent habilement par une imagination plausible.
La rythmique du récit se ressent parfois d'un léger aspect didactique, car les auteurs s'appuient sur des ouvrages sérieux qu'ils citent en fin d'album, suivis d'un glossaire pour éclairer le lecteur ; cet aspect est cependant indispensable si le néophyte veut bien comprendre le fonctionnement de cette Rome impériale, où les séquences de palais alternent avec des scènes de combat de gladiateurs, ou d'autres franchement érotiques mais jamais gratuites, car servant l'intrigue. Malgré l'aspect documenté, les auteurs ont commis quelques erreurs au début qu'ils ont vite réparées.
Depuis 15 ans, "Murena" s'est imposée comme l'une des meilleures séries de bande dessinée réaliste, et a redonné ses lettres de noblesse au péplum tout comme Gladiator l'a fait au cinéma. Elle véhicule un tourbillon de mort, de sang et de passions réellement fascinant auquel il est difficile de résister. A lire absolument.
A travers neuf chapitres, McCloud, tel un chercheur obstiné en quête de son Graal, a tenté d’élaborer une théorie générale en se basant sur une observation approfondie des techniques liées à ce mode d’expression, en intégrant les études sémiologiques précédentes, notamment celles de son aîné Will Eisner. Mais il l’a présentée sous forme de cases, une façon ludique et originale (et au fond tellement logique) de rendre ses thèses, assez pointues il faut le dire, accessibles à chacun. Cela lui permet par ailleurs de justifier sa croyance selon laquelle la BD est un média aux possibilités illimitées…
Notre homme a ainsi confectionné sur une période de quinze années un ouvrage érudit et complexe avec une passion communicative, faisant preuve d’une remarquable pédagogie, car certaines de ses thèses, qui pourraient apparaître au premier abord rébarbatives, deviennent limpides et excitantes grâce à une mise en page talentueuse dans laquelle les dessins répondent parfaitement aux textes, implémentation convaincante de ses propres théories. L’auteur évoque également les autres formes artistiques (cinéma, peinture, littérature) afin de montrer que toutes sont reliées d’une façon ou d’une autre à la bande dessinée, celle-ci représentant non pas un art hybride, mais un point de convergence où texte et image sont mêlés. Cet art populaire fut discrédité dès ses débuts car s’adressant à un jeune lectorat et rappelant trop la publicité tapageuse qui émergeait au même moment dans le monde occidental.
Son trait est volontairement neutre et schématique pour renforcer l’aspect ludique et pour pouvoir toucher tous les publics, respectant le principe selon lequel plus le dessin est simple, plus l’identification est facile. On atteint des sphères de réflexion métaphysique inattendues, et on réalise que la bédé est bien plus qu’un art mineur, rôle auquel certains préfèrent la voir cantonnée, comme s’il ne s’agissait encore que d’un ado turbulent. Pour autant, McCloud sait rester humble et rappelle toujours que ce qu’il avance n’est jamais que le fruit de ses réflexions et dit demeurer ouvert au débat si quiconque devait contester ses propos.
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Spider-Man - L'intégrale
Alors là, on touche à un des super-héros les plus cultes de l'écurie Marvel et aussi de la culture populaire américaine. Pas évident de s'y retrouver dans cette flopée de comics consacrés au Tisseur de toiles, mais cette intégrale en 27 volumes reprend tous les épisodes que j'ai dévorés dans ma période Strange (et Nova) entre 1977 et 1980, ceux des origines, loin des comics modernes qui se font maintenant sur les reprises de super-héros et qui surfent surtout sur le succès remporté par les films. Moi, ce que j'aime, c'est les vieux dessins sixties et seventies, réalisés par les dieux de l'époque comme John Romita, Jack Kirby, Gil Kane, Gene Colan ou Ross Andru.... c'est d'ailleurs valable pour les autres super-héros Marvel que j'ai avisé, comme Iron Man, Daredevil, Fantastic Four, Thor ou Silver Surfer, et Batman pour D.C. Comics. Lorsque le 15 aout 1962 l'Araignée apparaît pour la première fois sur la couverture du comic book Amazing Fantasy, Stan Lee ne se doute pas encore qu'il vient de créer l'un des monstres sacrés de chez Marvel. Il fait immédiatement la conquête des fans du monde entier et devient l'idole des campus américains et de la jeunesse désargentée de l'époque. Cette réussite repose sur plusieurs éléments: 1 : sa popularité est due au fait que ce nouveau super-héros était totalement différent des autres. Comme on le sait, Stan Lee a imposé une nouvelle stratégie éditoriale, les super-héros sont parfois acclamés par la foule, mais cette gloire est fugace, la société les rejette et les méprise ; le héros continue d'agir par sentiment du devoir, mais sa condition lui pèse, il est tourmenté, pétri de doutes et connaît l'envie, la haine, la peur, la passion, d'où une solitude intérieure qui sera commune à presque tous les personnages de Lee. Mais Spiderman est le véritable archétype de cette nouvelle optique, son aspect introspectif est amplifié. Méprisé et incompris de la société, même s'il se dévoue pour elle, et cela aussi bien sous son identité de Peter Parker que sous celle du justicier ; même certains autres super-héros le regardent de travers, c'est dire si son statut de héros est complexe. Stan Lee contrebalance cet aspect négatif et pessimiste en humanisant le personnage, en mettant en relief ses doutes et ses faiblesses, c'est pour ça qu'il plaît tant à une certaine jeunesse de l'époque. 2 : l'autre clé du succès est évidemment le dessin : contrairement à l'idée reçue, Stan Lee ne crée pas Spiderman avec son acolyte habituel Jack Kirby, celui-ci étant débordé et indisponible, mais avec Steve Ditko, dont le dessin moins agressif donne une silhouette plus fluide au personnage "aérien" du Tisseur de toiles. Cependant, Ditko se sent à l'étroit chez Marvel et quitte la firme en 1966, provoquant une longue suite de dessinateurs talentueux qui reprendront le personnage chacun dans leur style, perpétuant son incroyable succès, et qu'on retrouve dans cette intégrale : John Romita, Sal Buscema, Gil Kane, Jim Mooney, Gene Colan, Ross Andru, John Byrne, Jim Starlin, Mike Esposito..et aussi Kirby. De son côté, Lee cédera la plume à Roy Thomas, Gerry Conway, Bill Mantlo, Archie Goodwin, Len Wein, Chris Claremont entre autres. 3 : enfin, la bande vaut aussi par l'impressionnante brochette de super-vilains qu'affronte Spiderman, tels Electro, le Lézard, le Dr Octopus, le Scarabée, le Vautour, l'Homme Sable, Venom, Tarentula, Mysterio..... mais son ennemi le plus récurrent et le plus acharné (et aussi mon préféré) reste bien-sûr le célèbre Bouffon Vert (The Green Goblin) qui cherche vraiment à le détruire et avec qui il aura de rudes empoignades. Il n'est autre que Norman Osborne, chimiste brillant victime d'une de ses expériences ; il sera responsable de la mort de Gwen Stacy, première fiancée de Peter Parker (dont il a découvert la double identité). Spidey a aussi côtoyé des confrères comme Nova qui est le seul à être vraiment pote avec lui, Daredevil, Dr Strange, Captain America, le Faucon.... le Punisher dans certains épisodes jouissifs l'asticotera parfois durement, et Hulk déjouera quelques-uns de ses pièges... Stan Lee insiste sur ses blessures intérieures, nous fait partager sa double vie et ses amours sacrifiées, ses problèmes d'argent et son cas d'asocial : avec son second amour Mary Jane, il entretient une relation chaotique où il fait passer son devoir avant sa vie personnelle, de sorte qu'il ne peut mener une existence normale. D'autre part, son meilleur ami, Harry Osborne, fils de Norman, a découvert son secret....décidément rien n'est simple pour ce pauvre Parker, d'où son intérêt auprès des ados qui s'identifient au personnage. La plupart de ces aspects ont été très bien traduits dans les films de Sam Raimi, d'où le succès de cette franchise. Et si vous voulez comprendre à fond la génèse de ce personnage emblématique il faut lire d'abord cette intégrale (par petite dose, sinon on est vite saturé).
Victor Hugo, Aux frontières de l'exil
Offrez-vous par cette lecture une vrai plongée anachronique dans le 19ème siècle ! Le traitement graphique, superbe, vous y invite ! Les décors très documentés et magnifiquement rendus, comme la colorisation légèrement sépia, s'y prêtent à merveille ! Il y a eu beaucoup de BD récentes sur des écrivains : - Stefan Zweig avec un très bon Guillaume Sorel à l'aquarelle. - Robert-Louis Stevenson avec un époustouflant René Follet aux pinceaux. - Un "Rimbaud l'indésirable" avec un trop rapide et brouillon Xavier Coste au dessin et à la couleur. - Et enfin ce " Victor Hugo, Aux frontières de l'exil" qui présente de loin le scénario le plus percutant et le mieux mené. L’extraordinaire finesse et intelligence du scénario (la scénariste est historienne) conduit par un graphisme très "authentique" impose d'emblée cette BD en tête de peloton dans ce genre biographique. Mais cette narration, contrairement aux autres ouvrages précités, reste limitée à un épisode bien défini dans la vie de l'écrivain. L'ouvrage met en scène le merveilleux poème de Victor Hugo dédié à sa fille disparue. En fin d'histoire, se trouve également la reproduction d'un courrier-pamphlet humiliant la politique Napoléon III sur la peine de mort, comme de la soumission lamentable des Anglais suite aux pressions de ce même Napoléon III. La lecture de ces courriers reproduits, jette un froid ! Qui d'autre, en une demi page, pourrait par sa seule qualité de plume et d'âme, avec une telle trempe du français, incendier et humilier toute la politique française de Napoléon III comme jamais, et par la suite, rejeter la même sauce aux Anglais. Un monument de lecture !
Construire un feu
Énorme ! Enorme ce que Chabouté nous a sorti là. Car entre nous, que faire finalement d'une histoire de Jack London assez simplette d'un imprudent promeneur avec son chien qui, en des terres glacées, se font sertir définitivement dans les serres du froid. Et bien de ce canevas très basique, Chabouté en a fait tout simplement quelque chose d'énorme ! D'abord, pour la couleur ! Pour sa seule BD en couleur (même si elles restent limitées et très proprement discrètes), c'est une réussite et une surprise inattendue. Enfin pour le traitement du scénario où Chabouté nous sort un thriller qui glace son lecteur comme jamais je crois, aucune BD jusque là ! Car le lecteur claque des dents, tremble, peste, souffre, est mal physiquement et psychologiquement, avec le personnage ! Cette prouesse me pousse à la plus grande révérence à cet auteur ici génial et doué d'un singulier et rare talent de conteur ! Une des BD exceptionnelle d'émotions et de talents graphiques, à lire... que dis-je, à vivre ...
L'Art Invisible
Avis concernant le tome 3: "Faire de la bande dessinée": J'ai trouvé mon Graaaaal !!!! Etant dessinateur autodidacte, nombreux sont mes bouquins abordant le sujet mais là... je suis tombé sur l'ouvrage pratique le mieux foutu, clair, ludique et intéressant de la catégorie. Car au-delà du coutumier "Dessine tes personnages mangas", "Comment dessiner un super-héros" ou autres, Scott nous donne toutes les ficelles et astuces du métier si complexe qu'est auteur de BDs. Il nous avoue que beaucoup d'auteurs professionnels font souvent les mêmes erreurs. Le présent ouvrage nous permet de les éviter. De l'idée de base jusqu'à l'encrage, de l'élaboration du scénario jusqu'à la diffusion, du choix du style jusqu'au choix des plans,... Tout y est; et c'est passionnant à lire, expliqué de manière ludique, avec de l'humour et beaucoup de pragmatisme. Le style de McCloud est simple, rendant ses propos et exemples limpidement clairs et explicites. Gestuelle, perspectives, choix de la séquence et du moment, expressions faciales et variations de celles-ci, conception de personnages, construction d'un univers, dynamisme, choix de l'image et du cadrage, techniques des outils, apprendre à faire un décor, harmonie du texte et du dessin, découpage de la planche, ... Tout y est et expliqué de la façon idéale (c'est à dire sous forme de bande-dessinée). Plus que mon livre de chevet, c'est ma bible, mon outil de référence, trônant sur le bureau, à coté de ma table à dessin. IN-DI-Spensable à tout bédéiste pro ou amateur, dispensable pour le simple lecteur.
Alim le tanneur
Quelle claque! C'est ce genre d'ouvrages qui fait de la BD ce qu'elle est! Des dessins somptueux au service d'une histoire remarquable. Cette BD est comme une fresque satirique dénonçant la folie des Hommes emprunts de fanatisme religieux. Comment les sentiments primaires des gens les poussent à des actes inconsidérés, surtout quand cela fait vaciller leur trône et leur statut si justement glané. Cette fable est belle, touchante mais terriblement révoltante... On s'attache aux personnages, à Alim, à sa fille, au grand père... si bien que la fin arrive trop rapidement et avec elle la fin de l'innocence de la fille d'Alim mais aussi du lecteur. Ne passez surtout pas à côté de cette série monstrueusement délicieuse... courrez dans votre librairie préférée acheter ce petit bijou!!!
Gaston Lagaffe
Je continue sur ma lancée des séries cultes pour m'attaquer maintenant à ce monument qu'est Gaston Lagaffe. Un des 3 monuments selon moi de la bd classique (avec Astérix, Spirou et Tintin,... ah ?! Ca fait 4 ... ). Le chef d’œuvre de Franquin. Que dire ... Astérix est égal en terme de renommée et de qualité mais je préfère réserver ce 5 étoiles pour Gaston Lagaffe car cette série me parle beaucoup plus profondément. Cette célébration du glandeur paresseux, lunaire, bref complètement immature est une bénédiction pour les gens de son espèce dont je fais (un peu) partie. Dans notre monde ou le succès, la réussite, l’optimisme, le courage, la valeur du travail est encouragée et soutenue, une bd comme celle-là permet de rendre sympathique ce mec complètement à la ramasse et méprisé dans la société actuelle. Il est clair qu'un mec comme Gaston au taffe, on en peut plus et il se fait virer en moins de 2 (d'ailleurs il se fait virer à un moment). Mais là on aimerait bien l'avoir avec nous. On a tous un peu de Gaston en nous, on se reconnait tous un peu dedans enfin moi oui. Et puis le truc vraiment génial avec Gaston c'est l'observation du microcosme de la rédaction du journal de Spirou. C'est comme si on travaillait dans cette boite. Je pense que c’était réellement novateur pour l'époque. J'aime tout autant les premiers tomes avec Fantasio que la 2ème moitié avec Prunelle. Même si les dessins sont nettement meilleurs dans cette seconde moitié, les gags sont tout autant hilarants. Dans cette 1ère moitié Gaston est plus timide, stoïque. Comme un stagiaire qui vient d'arriver. Puis il prend peu à peu de la confiance, est plus foufou, exalté. Bon, niveau taf il reste stagiaire, n'en fout pas une, préférant s'occuper de choses diverses et variées comme : faire exploser l'immeuble avec ses expériences du petit chimiste, construire des inventions, des rampes de skate, réparer sa bagnole, élever des animaux, s'amuser dans la bibliothèque, construire une fontaine dans son bureau, bref faire plein de choses diverses et variées sauf trier et répondre au courrier, tâche qui lui est normalement destinée et pour laquelle il est en principe payé. Des choses inutiles en soi, qui foirent le plus souvent mais qui peuvent se révéler très utiles et réellement novatrices... mais qui ne servent jamais à trier le courrier. Ça, il l’esquive à chaque fois. Comme un gamin qui doit recopier 500 fois " je ne dois plus ... " et qui va passer un temps fou à inventer un système de 15 crayons collés ensembles (qui se révèlera moyennement efficace) plutôt que se mettre au boulot. Que dire de plus ... C'est difficile car cette œuvre est excellente dans tous ses aspects. graphiques, personnages, écriture ... tout. Lebrac le dessinateur, la mouette, le chat (le strip ou Gaston découpe la porte pour faire une chatière pour le chat mais également pour la mouette car les bêtes n'aiment pas se sentir enfermées et ont besoins de faire des allers et venues comme bon leur semble. Il ne reste plus rien de la porte. A se tordre de rire). Et puis aussi les contrats qui échouent, les 2 potes, Jules de chez Smith en face (un autre glandeur acharné, l'équivalent de Gaston mais dans la boite sur le trottoir d'en face) et l'autre à lunette je ne sais plus son nom. De bons spécimens eux aussi. très sympathiques et bons à rien également. Et puis la "somptueuse" dinde à lunette de Mlle Jeanne qui s’extasie sur tout ce que fait Gaston. On l'adore. Un "merveilleux" couple. Bon je m’arrête là car je pourrais parler des heures de Gaston Lagaffe. Culte. ****. Voilà Gaston Lagaffe c'est fait.
Monsieur Mardi-Gras Descendres
J'ai hésité... mais après réflexion non. Cette série vaut bien son 5 étoiles ET son coup de cœur. Cet univers est carrément inédit dans la BD (en tout cas moi je n'ai jamais vu ça) et ne cesse de prendre de l'envergure et de gagner en profondeur d'albums en albums. On peut s'amuser à chercher des influences : Terry Gilliam, Boucq, Druillet, l’ésotérisme, Ptiluc (pour le style de BD en quasi-bichromie avec un peuple plus ou moins identique et un fond philosophique... je vais chercher un peu loin je sais). Un peu de Ulysse 31 également (là c'est encore un peu tiré par les cheveux je le reconnais mais c'est la visite de Pluton à bord d'un voilier naviguant dans l'espace à travers les cercles des 7 pêchés capitaux qui m'a fait penser à cela. Comme les premières saisons des Chevaliers du Zodiaque avec les temples des signes du zodiaque)... Mais la recherche d'influences est finalement assez vaine tant cette série est unique en son genre et sort vraiment des sentiers battus. Les dessins sont tout bonnement hallucinants de maîtrise, la qualité allant crescendo au fur et à mesure des albums. Par contre je ne suis pas fan des têtes des squelettes mais c'est bien la seule chose qui m'a un peu déplu dans cette série et c'est une goutte d'eau derrière la magnificence des décors et de l'histoire. Le bateau qui navigue aux extrêmes limites du système solaire est un véritable voyage cosmique dans l'au-delà aux portes des limites dimensionnelles du système solaires du temps et de la mort. Un peu comme une version de "2001 l'Odyssée de l'espace" par Terry Gilliam. Ça fait rêver (ou cauchemarder c'est selon). La religion se mélange à l’ésotérisme, à l'onirisme à l'absurde et à la philosophie. L'espace, la mort, le cosmos, le rêve, les squelettes... Whaoouuu !!! De nombreuses pages sont absolument superbes. Celles de la visite de Pluton tout d'abord (Ah ce panorama lunaire, enfin plutoniaire page 58, 59 du tome 2) avec les portes des 7 pêchés capitaux... grandiose !!!). Mais aussi le grand vilain casqué dans sa tour : de superbes clairs-obscurs terriblement inventifs. Une séquence qui en impose beaucoup plus que bon nombre de séries exclusivement fantastiques ou S.F. L'arrivée du grand voilier lunaire en contre-plongée (page 44 du tome 2)... C'est très inventif dans les cadrages et les ombres, toujours recherchés et ne cédant jamais à la facilité. Chapeau ! Je ne vais pas revenir sur le scénario (excellent) mais plutôt sur les textes qui sont forts originaux. Un mélange d'argot et de langage soutenu, très littéraire, avec pas mal de mysticisme et d'ésotérisme. Tout cela ajoute énormément de complexité (et un peu de difficulté à la lecture) mais cela rend l'ensemble beaucoup plus dense et subtil. De plus Eric Liberge met tout cela en scène de manière très graphique, mélangeant des schémas ésotériques et usant de typographies dans cet esprit là. L'outil informatique est très bien utilisé et l’omniprésence de celui-ci (j'ai lu les dernières éditions) dans les couleurs et dans les textes n'est jamais en contradiction avec l'esprit "gothique" de cet univers. C'est très bien écrit et vraiment passionnant. La grande classe ! Pour ce qui est de la mise en couleur, elle alterne entre un (faux) noir et blanc et de la couleur (pâle) mais utilisée avec parcimonie. Elle vient progressivement d'albums en albums, de temps en temps (surtout dans la dimension des 7 pêchés capitaux) de manière lumineuse et vaporeuse. L'impact en est beaucoup plus fort. Le tome 4 clôt la série de manière très (mais alors très très) bavarde. Ce tome est un véritable pavé de texte, avec des dessins assez petits et très sombres (bien que d’excellente qualité et encore plus détaillés). En dehors de 2, 3 scènes plus marquantes et graphiques (le début avec Architofel et l'église, les squelettes qui ont retrouvé la mémoire et qui se rendent compte qu'ils sont morts), c'est très obscur et philosophique, les personnages prenant réellement de la profondeur et le récit devenant ultra complexe et ultra philosophique également. Ça peut vraiment rebuter mais moi j'ai tout de même lu ça avec énormément de plaisir et de passion (encore sur la lancée des 3 premiers). Un tome très ardu, interminable et verbeux mais sans compromis très noir et nihiliste. Excellent. J'ai également beaucoup aimé en vrac : - Les squelettes qui n’arrêtent pas de se bourrer la gueule avec du mercure (ou du café ?) et cela leur procure un certain effet hallucinogène de souvenirs de leur vie sur terre. Qui au final les rend plus malheureux qu'autre chose dans ce monde sans perspectives de sorties. - La jeune femme qui vient d'arriver dans le purgatoire : recueillie dans la barque des psychopompes, elle se met à vieillir avec effroi à vitesse grand V et donc à perdre ses tissus charnels. C'est une idée vraiment macabre qui fait froid dans le dos. - Tout comme ceux qui retrouvent la mémoire avec le café ( dans le tome 4 ) et qui se mettent à paniquer. C'est très noir. Je trouve très intéressant également le préface écrite par Eric Liberge au début du tome 4. Il explique son acharnement pendant ces 8 années ou cette série lui a occupé littéralement toute sa vie. Sa résistance face aux critiques des proches ("tu ne vas pas dessiner que des squelettes, cela ne marchera pas"). Il était représentant de verres en Europe de l'Est et occupait tous ses moments de temps libre à avancer sur sa BD. Le soir ou le matin à l'hôtel et même au volant de sa voiture entre 2 rendez-vous ! (J’imagine le tableau, une voiture garée dans un parking sordide sous la pluie avec le mec qui a mis sa planche sur le volant et qui dessine ses squelettes). Une leçon de volonté pour tous les (apprentis ou pas) dessinateurs qui n'arrivent pas à avancer ou à terminer leurs trucs.
Le Bar du vieux Français
Chef-d’œuvre !! Je reste sans voix devant tant de maîtrises scénaristiques et graphiques. L’histoire est tellement belle, réaliste, humaine que tout bédéphile qui se respecte devrait lire au moins une fois. On a envie de rencontrer les personnages tant ils sont expressifs, chaleureux et attachants spécialement Leila, Célestin et le vieux français. Le voyage est aussi bien présent et je me suis laissé transporté à travers l’Espagne, le Maroc et l’Afrique grâce à la puissance des images de Stassen et couleurs chaudes, lumineuses qui sont un vrai régal pour les yeux. Lapière quant à lui n’a décidément plus rien à prouver, il est pour moi l’un des meilleurs scénaristes qui sait rester très proche du lecteur grâce à la fluidité, le rythme et l’humanité qui se dégagent de ses dialogues. Et puis le découpage est quand même vachement bien foutu, c’est du grand art. Merci aux auteurs.
Murena
Avis n°500, il faut donc une Bd exceptionnelle, je l'ai trouvée. Après le Moyen Age, l'Antiquité grecque et romaine est ma seconde période historique préférée, autant dire que je suis très attentif à la démonstration de Dufaux et Delaby. D'abord, il y a le magnifique travail de Delaby sur les couvertures d'albums, qui par leur aspect choc et superbe, interpellent le quidam. Dufaux, c'est un scénariste inconstant qui peut produire du mauvais comme Conquistador (Glénat) et du très bon comme ici. Une fois qu'on a mis le nez dans cette Bd, on a vraiment du mal à la lâcher, tant c'est prenant. Cette somptueuse série atteint des sommets dès ses débuts dans le traitement, le dialogue, et surtout le dessin de Delaby ; quels progrès depuis ses premières séries Bran et L'Etoile Polaire. Son trait à la fois puissant et raffiné, précis et travaillé, renforce la vision très crue de la Rome antique vue par Dufaux. Une vision sans complaisance et très noire sur les luttes de pouvoir, qui selon l'historien Michael Green, "fera connaître l'Antiquité romaine plus vite et sans doute mieux que tous les livres d'Histoire". D'ailleurs, en la lisant, et malgré les bonnes connaissances que j'ai de cette période romaine, je ne pouvais m'empêcher de compulser mes encyclopédies pour approfondir tel fait évoqué ou éclairer tel personnage. Car c'est bien là le but des auteurs : montrer les intrigues de palais, les assassinats, empoisonnements, trahisons, compromissions qui déchirent la famille impériale ; on pénètre dans les arcanes de la politique où se jouent les complots sordides, l'avidité du pouvoir et l'ambition effrénée des principaux acteurs, en tête Agrippine qui empoisonne son époux, l'empereur Claude, pour placer sur le trône son fils Néron dont elle veut faire un pantin derrière lequel elle régnera. Mais Néron, malgré ses 17 ans, se dresse contre la cupidité démesurée de sa mère et entame un début de règne placé sous le sceau du sang, car on apprend aussi en lisant cette saga romaine, que la vie humaine n'avait à cette époque que bien peu de prix. Si tout ceci était narré d'une façon encyclopédique, ça ne tiendrait pas, et la réussite des auteurs réside dans la façon habile de présenter ces faits et ces personnages en fournissant en même temps un excellent divertissement, il faut que le lecteur soit passionné par une intrigue qui tient le coup et une ambiance attractive ; ce but est atteint. Il n'y a pas de vrai héros au sens propre du terme dans la série, plutôt des anti-héros dont chacun a sa part de noirceur, que ce soit Britannicus, Acté, Pétrone, Sénèque, Poppée, Tigellin, Othon, Galba, Locuste... tous authentiques, au contraire du personnage-titre Lucius Murena, ami de Néron qui ne joue finalement qu'un rôle assez secondaire, tout au moins dans le 1er cycle ; par la suite, il sera moins falot et s'étoffera, et c'est Néron qui porte tout le récit. Les autres personnages fictifs sont des esclaves ou des gladiateurs comme Draxius, Balba le Nubien ou le féroce Massam....qui dans certaines scènes violentes, pimentent une action basée sur la réalité historique, mais ponctuée de nombreux trous que les auteurs comblent habilement par une imagination plausible. La rythmique du récit se ressent parfois d'un léger aspect didactique, car les auteurs s'appuient sur des ouvrages sérieux qu'ils citent en fin d'album, suivis d'un glossaire pour éclairer le lecteur ; cet aspect est cependant indispensable si le néophyte veut bien comprendre le fonctionnement de cette Rome impériale, où les séquences de palais alternent avec des scènes de combat de gladiateurs, ou d'autres franchement érotiques mais jamais gratuites, car servant l'intrigue. Malgré l'aspect documenté, les auteurs ont commis quelques erreurs au début qu'ils ont vite réparées. Depuis 15 ans, "Murena" s'est imposée comme l'une des meilleures séries de bande dessinée réaliste, et a redonné ses lettres de noblesse au péplum tout comme Gladiator l'a fait au cinéma. Elle véhicule un tourbillon de mort, de sang et de passions réellement fascinant auquel il est difficile de résister. A lire absolument.
L'Art Invisible
A travers neuf chapitres, McCloud, tel un chercheur obstiné en quête de son Graal, a tenté d’élaborer une théorie générale en se basant sur une observation approfondie des techniques liées à ce mode d’expression, en intégrant les études sémiologiques précédentes, notamment celles de son aîné Will Eisner. Mais il l’a présentée sous forme de cases, une façon ludique et originale (et au fond tellement logique) de rendre ses thèses, assez pointues il faut le dire, accessibles à chacun. Cela lui permet par ailleurs de justifier sa croyance selon laquelle la BD est un média aux possibilités illimitées… Notre homme a ainsi confectionné sur une période de quinze années un ouvrage érudit et complexe avec une passion communicative, faisant preuve d’une remarquable pédagogie, car certaines de ses thèses, qui pourraient apparaître au premier abord rébarbatives, deviennent limpides et excitantes grâce à une mise en page talentueuse dans laquelle les dessins répondent parfaitement aux textes, implémentation convaincante de ses propres théories. L’auteur évoque également les autres formes artistiques (cinéma, peinture, littérature) afin de montrer que toutes sont reliées d’une façon ou d’une autre à la bande dessinée, celle-ci représentant non pas un art hybride, mais un point de convergence où texte et image sont mêlés. Cet art populaire fut discrédité dès ses débuts car s’adressant à un jeune lectorat et rappelant trop la publicité tapageuse qui émergeait au même moment dans le monde occidental. Son trait est volontairement neutre et schématique pour renforcer l’aspect ludique et pour pouvoir toucher tous les publics, respectant le principe selon lequel plus le dessin est simple, plus l’identification est facile. On atteint des sphères de réflexion métaphysique inattendues, et on réalise que la bédé est bien plus qu’un art mineur, rôle auquel certains préfèrent la voir cantonnée, comme s’il ne s’agissait encore que d’un ado turbulent. Pour autant, McCloud sait rester humble et rappelle toujours que ce qu’il avance n’est jamais que le fruit de ses réflexions et dit demeurer ouvert au débat si quiconque devait contester ses propos. Tout amateur de BD qui se respecte devrait avoir « L’Art invisible » dans sa bédéthèque. Une œuvre unique et inédite, un essai illustré brillant, indiscutablement brillant.