Ah quelle joie de vous retrouver encore cette semaine-ci, surtout que c’est pour vous parler d’un intégral au prix assez doux mais qui ne déméritera pas de par sa qualité. On va parler d’Aquablue, scénarisé par Cailleteau et dessiné par Vatine et Tota ; réédité chez Delcourt en format intégral reprenant un cycle complet (tome 1 à 5) et que j’avais découvert en son temps en feuilletant certains magazines, époque où seul Vatine était au crayon.
De quoi s’agit-il ?
Le vaisseau spatial « L’Etoile Blanche » et toute sa population est détruite. Toute ? Non, un bébé est sauvé in extrémis par Cybot, son robot nourrice. L’espace est grand et les années passent dans la capsule de survie où Cybot essaie tant bien que mal d’éduquer Noah qui est devenu entre-temps un jeune adolescent (trop) plein d’énergie. Leurs errances auraient pu durer encore longtemps jusqu’au jour où ils détectent une planète viable : Aquablue.
Aquablue est une planète perdue au fin fond de la galaxie, un monde ou l’eau est quasi omniprésente et où les habitants vivent en harmonie avec leur environnement, leurs rites, coutumes et légendes, un monde en paix quoi ! Noah, va s’intégrer à la population locale et y vivre en harmonie au point même de tomber amoureux de la belle et voluptueuse Mi-Nuée … Un monde parfait jusqu’à l’arrivée abrupte d’un vaisseau de colonisation humaine venue afin de « pomper » les ressources énergétiques de la planète avec, ou sans, le consentement de la population.
Et si le jeune Noah avait un rôle à jouer dans cette pièce ? Et qui étaient vraiment ses parents ?
Des êtres bleus, une planète très nature, cela ne vous rappelle rien ? Non pas les Schtroumpfs, mais Avatar bien sûr. Le thème principal pour les deux œuvres est la même, l’arrivée inopinée d’humains cupides afin de s’approprier par la force des biens qui ne leur appartiennent pas ; mais c’est là que s’arrête l’analogie car Aquablue est bien plus touffu (ou blue-touffe si vous préférez). Pour résumer, vous prenez l’univers de James Cameron (Abyss, Alien, Terminator), vous rajoutez des êtres tout bleu, une bonne histoire, des dessinateurs de talent, de l’humour pour bien avoir les ingrédients pour cette saga, vous passez tous cela au mixeur et hop, vous avez Aquablue (Minty Gel).
Visuellement, c’est beau à en faire pleurer sa race, des couleurs superbement léchées, un univers et une faune grandioses, une histoire à retournements de situation, un humour bien distillé et des personnages attachants. Bref, une recette presque parfaite, mais c’est une question de goût, le changement de dessinateur au 5e volume (même sœur Theresa fait figure d’une junkee à côté du talent de Vatine alors Tota^^) ; mais honnêtement le changement de style graphique est beaucoup trop drastique et dénote méchamment par rapport à Vatine.
A part cela, je me dois de mentionner le travail d’Isabelle Rabarot qui est aux commandes des couleurs et qui nous donne une profondeur et une sensibilité rares.
James Cameron s’est-il inspiré d’Aquablue pour son Avatar ? Les habitants d’Aquablue sont-ils les descendants des Schtroumpfs ? Carlo, Rabat et toute la clique vont-ils s’en sortir ? Vous le saurez en lisant cette série.
Une saga qui ravira tous les amateurs de SF. Pour ma part, je me morfonds déjà d’impatience du tome deux de cet intégral.
Allez, hop ! C’est chez Delcourt, c’est Aquablue et c’est par Cailleteau, Vatine et Tota …. Et qu’est-ce que c’est bon.
Mon coup de coeur de l'année 2013.
Une histoire humaine profondément touchante et drôle.
Drôle, car l'écriture de cette bande dessinée est franchement savoureuse et de très haut niveau, même pour un Lupano: j'ai souvent éclaté de rire à la lecture, notamment lors de la scène des pages 56 à 61.
Touchante parce que très juste, très ancrée dans la réalité. Par cette histoire, c'est tout un pan de la société française d'aujourd'hui que les auteurs nous décrivent.
Le dessin est au diapason du scénario. Il sait parfaitement mettre en valeur le comique ou la tristesse des situations. Les trognes des personnages sont parfaites. Je crois que c'est le premier album de Rodguen. C'est une réussite.
Je lis beaucoup de bandes dessinées. J'ai lu celle-ci il y a plus d'un mois et je m'en souviens encore très bien, c'est dire!
Vraiment un très bel album.
C'est tout à fait le genre de bd que j'aime. D'emblée, j'ai été conquis par la réelle maturité de cette oeuvre. Là, on sent qu'on est tout de suite dans la classe au-dessus. On se demande si l'auteur va parvenir à maintenir le niveau jusqu'au bout et on ne sera pas déçu du voyage !
Il y a une véritable richesse dans la narration et dans la psychologie du personnage principal. J'ai franchement accroché. Wilfried Lupano fait de mieux en mieux. D'Alim le tanneur puis Le Singe de Hartlepool, il réussit encore à nous captiver avec une histoire de looser. L'intrigue sera complexe mais riche et surprenante.
Ce one-shot est une incroyable réussite entre chronique social, polar et drame intimiste. C'est mon coup de coeur de l'année. L'achat semble franchement indispensable.
Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
Il s'agit de la première oeuvre d'Alfred qu'il m'est donné de lire et elle a visé juste!
Je ne peux que vous recommander vivement la lecture de ce Come Prima.
On part sur une histoire basique, un road movie entre deux frères que la vie a séparés mais racontée avec un talent fou qu'on a l'impression de redécouvrir le genre!
Dès l'entame les personnages touchent le lecteur pour ne plus jamais le lâcher, et l'apparition du père dans le texte vient fouetter le plus sentimentalo-réfractaire des lecteurs.
La suite n'est que beauté scénaristique et graphique portée par une simplicité déconcertante... comme quoi, c'est simple après tout l'art de la bande dessinée!
Je n'en raconterai guerre plus pour vous laisser dévorer cette oeuvre comme j'ai pu le faire.
A noter une très très bonne utilisation du flashback.
Bref, simplicité, émotion sont les maitres mots de ce Come Prima que je recommande les yeux fermés: une des oeuvres incontournables de cette année.
Mon premier sentiment était mitigé suite à la lecture du premier volume ; la balance chancellait entre l’excellent et le "pas mal sans plus"!
Un premier point négatif est à imputer au scénario du premier opus qui, s’il fait preuve d’originalité et de complexité, devient trop alambiqué. Le lecteur est remué de villes en villes et de personnages en personnages, et a dès lors parfois du mal à s’y retrouver. Comme d’autres, je trouve que certains visages se ressemblent de trop et la distinction n’en est que plus difficile.
L’histoire, une fois sa complexité maîtrisée, est prenante et intéressante. Les lieux et l’époque du récit relèvent tout le mystère de la trame médico-fantastique exploitée.
Hormis cela, et moyennent de la concentration, on tient là une série dont la qualité graphique peut faire pâlir d’autres ouvrages déjà considérés comme magnifiques ; c’est tout simplement impressionnant !
Après lecture des deuxième et troisième albums, et en attendant le dernier, j'augmente ma note à 4 étoiles. La relecture a permis une meilleure compréhension et la suite du récit est bien plus claire. Je pense que les bases du scénario sont relativement complexes, ce qui impliquait cette difficulté de compréhension en début d'histoire. A ce stade, tout me semble limpide et le récit s'accélère pour insuffler au lecteur cette furieuse envie de connaître la conclusion...
L'approche graphique reste toujours splendide, et rares sont les BD qui offrent de si beaux dessins!
Vivement le quatrième et dernier volume, que je découvre le mot fin de cette série qui fait d'ores et déjà partie du must du genre!
Oui Mesdames et Messieurs, la note de culte, tout simplement! Pourquoi? Pour un récit complexe qui gagne en clarté et qui livre ses secrets à terme; pour une histoire fantastique qui nous transporte dans tous les coins du globe et qui nous replonge dans l'univers des bêtes fabuleuses d'autrefois; mais aussi pour ce graphisme de malade, rarement égalé dans ce que j'ai déjà lu! Bref, une tuerie!
Je possède cette BD (le premier volume) depuis sa sortie en librairie et je peux dire que je la couve précieusement tout en la réalisant de temps en temps. Elle a gardé malgré les années un charme indéfinissable. Alors bien sur, un début difficile, une fin qui arrive un peu vite nuisent un peu à la fluidité de l'ensemble surtout que l'histoire est en définitive assez classique mais pour moi l'essentiel est ailleurs. Dans l'ambiance si particulière générée par les dessins de Qwak, toujours surprenants et un peu abruptes et qui apportent une dimension étrange aux personnages (les loups également ont une ligne étonnante).
Le deuxième album n'est pas vraiment une suite..on peut le voir comme une sorte de variation sur le thème fantastique ébauché par le premier volume...
Le soleil de loups vaut le détour même s'il a vieilli, il garde une identité qui n'appartient qu'à lui.
Lorsque mon œil s’est porté pour la première fois sur cette bande dessinée je n’ai pas du tout été séduit. Mon attention s’est rapidement portée vers la couverture, attiré par les couleurs vives de la couverture du premier tome, alors le seul en magasin. J’ai feuilleté ensuite quelques pages, mon regard ne s’attardant pas sur le texte (faute de temps) mais surtout sur les dessins. Je fut alors rebuté par cet aspect minimaliste des dessins, des traits dans tous les sens… bref, c’est peu dire que je n’ai pas du tout apprécié ce premier contact avec cette bande dessinée. Le genre de moment où l’on se dit « Ce livre n’est pas fait pour moi »…
… qui dit premier contact dit forcément suite. Un autre jour où j’avais plus le temps de flâner chez mon libraire préféré, je me suis attardé sur cet ouvrage, sans trop savoir pourquoi (sûrement encore une fois l’effet de cette couverture). Et là, le coup de foudre ! Balayés les premiers a priori. J’ai ouvert ce premier tome aux pages 6 et 7 et ai lu l’entretien d’embauche de Vlaminck par Taillard de Vorms. Les traits dans tous les sens se sont transformés en dynamisme. Dynamisme au service d’un texte remarquable, percutant, accrocheur.
Dès lors, je n’ai fait qu’une bouchée de Quai d’Orsay… quelle claque ce fut. Qui pourrait soupçonner qu’un ministère puisse être décrit de manière si drôle et pourtant si fine, si caricaturale mais pourtant si juste. A se demander si les crises mondiales sont vraiment gérées telles qu’elles sont décrites ici, et non pas d’un regard hautain… tout en se disant que bien entendu tout cela n’est que fiction. Les auteurs (inclus dessinateur) arrivent de manière très habile à amener le lecteur à se poser des questions de fond sur la politique internationale, tout en le divertissant. Quel coup de maître ! Qui a dit que la politique devrait forcément être traitée de manière sobre et distante ?!
Tout fonctionne à merveille dans cette BD.
Les personnages sont magnifiques.
Le personnage d’Alexandre Taillard de Vorms est le plus fascinant de tous (tous les autres étant très intéressants, c’est dire !). C’est une bête. Bête politique, charismatique, impressionnante…imposante. La présence de ce personnage en impose non seulement aux autres protagonistes de l’histoire mais aussi au lecteur. Le magnétisme de ce personnage rejaillit bien au-delà des planches, si bien que l’on attend avec impatience son retour sous nos yeux dès qu’il s’absente.
Directif et véritable ouragan dans son cabinet, il impose respect et peur auprès de ses collaborateurs en véritable maître à penser. On se plait à suivre ses frasques au fil des cases (les citations, le stabilo, les personnalisations qu’il incarne, le chiffre…tchac tchac tchac !), ses monologues sont de véritables petites pépites de bonheur, le tout remarquablement retranscrit visuellement.
Les relations, conflits entre les différents protagonistes sont succulents, il ne fait pas toujours bon d’être conseillé. Et le pauvre Vlaminck dans tout cela, jeune parmi ces vieux requins briscards, qui essaie de nager tant bien que mal dans ce fol aquarium et de s’y faire une place. On tremble en même temps que lui lorsqu’il doit rendre ses langages au ministre (même si on attend avec impatience les remarques désopilantes de ce dernier), on assiste à son évolution tout au long de la lecture et on fini par être fier de lui lorsqu’au terme d’une réflexion intense, son « père spirituel » rejaillit en lui pour la tirade du Minotaure. Je n’en dis pas trop non plus et laisse au futurs lecteurs la joie de découvrir ses péripéties diplomatiques.
On se régale des anecdotes historiques/réelles que l’on retrouve au fil de la lecture. Intéressé à la base par le thème évoqué dans cette série, j’ai trouvé l’idée de dépeindre les aventures du Quai d’Orsay tout simplement géniale, surtout quand le sujet est traité d’une telle façon. Les situations de tension sont décrites parfaitement, on imagine parfaitement le jeu des cabinets tel que décrit ici. Ces animaux politiques aux chaussures cirées et aux dialogues diablement efficaces vous emmèneront sans problème dans leur monde. Accrochez vous bien, le voyage sera mouvementé mais très très plaisant.
Pour boucler la boucle, je finirai sur les dessins. Ce trait nerveux colle à merveille à la tension diplomatique posée au fil du texte. Les couleurs sont judicieusement choisies et la mise en image géniale de manière générale (Le Minotaure, la fumée dans le bureau de Vlaminck, la sonnerie du téléphone, la guerre des étoiles, les turbulences, le footing…la liste est trop longue !). A noter les expressions des personnages des plus abouties (on compatit avec le directeur de cabinet, M. Maupas, rien qu’en regardant sa mine déconfite) Comme quoi, le premier regard (surtout rapide) n’est pas forcément source de vérité. Il ne faut jamais dire « dessinateur je ne goûterai pas à ton trait » !
Bref… j’ai adoré. Je relirai indubitablement cette bande dessinée. Le second volume fut englouti aussi rapidement que le premier (ce n’est pas faute de pages pourtant, chose au combien appréciable pour ce support), même si j’ai pris du temps entre l’achat et la lecture, de peur de finir trop vite cette série prévue en (seulement) deux tomes. Quel délicieux sentiment que de se dire que l’on apprécie tellement un livre au point d’avoir peur de le finir.
… Pourtant, ce qui devait arriver arriva, je me retrouve comme un homme politique privé de pouvoir, pour qui le monde continue de tourner sans vraiment avoir la même saveur, contraint d’avancer sachant ce qu’il a perdu. Comme un ministre des affaires étrangères sans livre à stabiloter, sans structure de pensée bien claire avant d’appeler un diplomate étranger récalcitrant.
Moi aussi je viens de vivre ma petite mort politique, je viens de finir la série Quai d’Orsay.
Chapeau bas messieurs Blain et Lanzac, entrez dans mon panthéon (enfin ma bibliothèque) où avec cette œuvre magistrale, empreinte d’humour, finesse, intelligence, d’un trait de crayon pour qui l’expression « donner vie aux mots » a été inventée, vous occuperez désormais une place centrale !
Comme souvent, j'ai découvert l'univers de Hojo par City Hunter, en dessin animé immonde chez Dorothée, puis en formidable manga. Surfant sur cette bonne surprise au dessin rêvé, j'ai poussé sur un obscur F.Compo du même auteur.
L'histoire est tout simplement improbable mais s'ancre dans un ton résolument bien plus noir que les séries phares Cat's eyes et City hunter. Le protagoniste principal est orphelin, et est récupéré par la famille de sa tante, inconnue jusqu'à présent, et pour cause puisque sa tante et son mari ont interverti leurs sexualité. Improbable donc, mais sacrément bien conçu et abordant des sujets très rarement vu (travestissement, sexualité ambiguë à la limite de l'inceste) avec une légèreté bienvenue.
Flottant tour à tour entre cynisme, critique et vision tendre, c'est cette juste graduation entre humour pipi-caca, tensions psychologiques dans la famille, introspections et interrogations sur l'acceptation de la marginalité dans la société par une analyse cohérente finalement de microcosmes japonais (Tsukasa porte un regard acerbe sur son métier notamment), qui fait de F.Compo un must du manga et de Tsukasa Hojo un auteur incontournable du Japon. Sans jamais verser dans le pathos.
Deux artisans - l'auteur de la BD, et un vigneron - vont vivre une année en promiscuité en continuant leur activité et en découvrant celle de l'autre. Jusque là, rien de bien exceptionnel.
Mais la vérité absolue des personnages, et le graphisme qui sert avec une belle élégance simple les parcours de vie que l'on suit, s'imposent immédiatement.
Cette transparence parfaite et évidente de chacun des deux belligérants montre que l'auteur ne triche pas ! Et l'on devient successivement à la lecture soit l'élève du vigneron, soit le confident de l'auteur BD.
Une lecture de 267 pages lues d'une traite, tant une fois commencé, l'on peine à lâcher le bouquin.
Un genre particulier de narration BD, inhabituel, et qui a parfaitement fonctionné en ce qui me concerne.
Une très belle réussite !
En cette année du 75ème de la série, je me suis replongé toute l'année dans les albums et je me rends compte de plus en plus que j'aime cette série dont j'ai découvert l'existence à travers le dessin animé des années 90 que je trouve aujourd'hui pas mal quoique je trouve dommage qu'il focalise surtout la période Tome et Janry.
Je vais diviser mon avis par périodes (je commence bien sûr avec Franquin étant donné que les histoires de Rob-Vel sont maintenant dans une intégrale à part et que cela va être de même pour Jijé en 2014).
Franquin : C'est sans aucun doute la période que les gens aiment le plus. Personnellement, je suis un peu divisé pour savoir s'il est mon auteur de Spirou préféré ou non car je trouve ses albums inégaux bien que j’admets que sans lui la série ne serait pas aussi excellente. Il est l'auteur qui a permis de rendre une série pas mal au niveau culte.
Son travail commence avec des histoires courtes (album 1 et 3 ainsi que le hors-série numéro 1 et 2) qui se laissent lire, mais qui ont un peu mal vieilli (par exemple, les histoires en Afrique pourraient sembler un peu racistes aujourd'hui avec le gag sur le cannibale et ses noirs qui sont des bruns qui ne sont jamais lavés !) car représentatif d'une époque où la plupart des bandes dessinées étaient naïves. De plus, les personnages ne sont pas très mémorables sauf le professeur Samovar et son invention Radar le Robot qui est selon moi le premier chef d'œuvre graphique de Franquin (le personnage, pas l'histoire).
Ensuite, viendront des histoires longues de 60 pages qui sont excellentes. Cela commence avec deux albums (numéros 2 et 4) qui vont poser les bases de la série en introduisant le comte de Champignac, les villageois de Champignac, Zantafio et le Marsupilami. Curieusement, je trouve ces histoires correctes sans plus, le problème étant que les scenarii ne sont pas encore assez développés, que cela semble n'être qu'une suite de péripéties. Les albums suivants (numéros 5 à 9) ont un scénario plus développé et je relis encore ces albums avec plaisir.
Après, Franquin revient avec des histoires courtes (10 à 13) et c'est probablement la période de lui que j'aime le moins. Les histoires 'Le Quick Super' et 'Vacances sans histoires' sont sympathiques et j'aurais bien aimé que l'excellent 'La Peur au bout du fil' fasse plus de pages, mais le reste ne me semble pas intéressant sauf pour quelques bonnes idées et le dessin de Franquin.
Franquin revient aux histoires longues avec Le Prisonnier du Bouddha qui est souvent considéré comme un chef d'œuvre par les lecteurs, mais personnellement je le trouve ennuyeux dès que les personnages quittent Champignac. Ce sont surtout les 5 albums suivants que je considère excellents. Les deux albums sur Zorglub sont des chefs d'œuvres de la bande dessinée franco-belge, les deux histoires du tome 17 sont les meilleures, QRN sur Bretzelburg est là encore un chef d'œuvre et c'est étonnant lorsqu'on sait à quel point sa production fut dure et Panade à Champignac est un superbe adieu à la série (et d'ailleurs mon album préféré grâce à son humour qui tourne la série en dérision).
Fournier : C'est sans aucun doute mon auteur préféré après Franquin. Il commence avec trois albums sympathiques (numéro 20 à 22) où ses histoires sont sympathiques sans être mémorables et son dessin n'est pas à maturité. J'aime toutefois la galerie de personnages qu'il a créés pour ses récits et particulièrement Itoh Kata qui est un des personnages les plus drôles de la série.
Avec Tora Torapa, il devient excellent tant au niveau du dessin que du scénario. Non seulement il utilise les personnages récurrents les plus mémorables de la série, il créé Ororéa qui me manque terriblement et que j'aurais aimé voir dans les nouvelles histoires. À partir de cet album je trouve son niveau complètement excellent sauf pour son histoire avec les extraterrestres qui a pourtant une bonne idée de départ, mais dont l'exécution laisse à désirer.
Il est à noter que Fournier n'a jamais voulu abandonner la série et que l'éditeur la lui a retirée parce qu'il le trouvait trop lent. C'est dommage parce qu'il avait encore plusieurs idées d'albums et de plus je trouve dommage que hormis Spirou à Tokyo et une case dans la Jeunesse de Spirou, Fournier est oublié par les auteurs suivants.
Nic et Cauvin : Un duo d'auteurs souvent décriés par les fans. Personnellement, je trouve que le tome 30 se laisse lire, mais les deux suivants sont vraiment sans intérêt. Les histoires sont remplies d'incohérences (par exemple, pourquoi les savants qui veulent partir de la terre afin que des compagnies ne mettent pas la main sur leurs inventions laissent une boite... remplie de plans d'inventions !?!) et les personnages ne sont pas attachants (Fantasio est tellement stupide que j'ai envie de le frapper).
Le dessin de Nic est correct sans plus. La seule chose que je déteste dans son style est que le visage de Spirou est moche. Cauvin semble n'avoir aucune imagination en ce qui concerne Spirou et il me semble qu'il a écrit les scenarii uniquement parce que l'éditeur lui a demandé et cela doit être pour cela que j'ai l'impression en lisant ses trois albums qu'en fait il s'emmerdait et qu’il n’en avait rien à foutre de Spirou.
Tome et Janry : Une autre période que les lecteurs en général aiment. Personnellement, je trouve que le gros plus de cette période est le dessin de Janry qui devient de plus en plus excellent au fil des albums.
Pour ce qui est des scenarii, je les classe en deux périodes. La première va des albums 33 à 38 où les auteurs sont très influencés par Franquin. Je trouve aussi que c’est une période qui a produit soit des albums sympas (33, 35 et 38 qui comporte plusieurs histoires courtes), soit sans intérêt (34, 36 et 37).
La deuxième période qui va des albums 39 à 46 est selon moi meilleure. Les auteurs développent un style plus personnel et ils créent un des meilleurs méchants de la série en la personne de Vito Cortizone. Il n’y a que les albums 44 et 46 que je n’aime pas trop, mais le 44 a tout de même quelques bons moments.
De manière générale je trouve que si la plupart des albums sont bons, ils ne sont pas aussi mémorables que les albums de Franquin ou Fournier. Lorsque je referme un de leurs albums que j’aime, je trouve que j’ai passé un bon moment, mais sans plus. Il faut dire que leurs albums ont beaucoup de courses-poursuites.
Morvan et Manuera : Une autre période décriée par les fans et si je n’aime pas trop, je vais quand même être mesuré. Leur premier album n'est qu’une grosse course-poursuite sans intérêt, le deuxième est pas mal et le meilleur, le troisième a de bonnes idées et j’étais content de revoir Itoh, mais il y a plusieurs défauts qui rendent l’album illisible (trop de scènes d’actions, le méchant est trop méchant, le sujet est trop sérieux et je ne retrouve pas l’humour que les autres auteurs mettaient lorsqu’ils dénonçaient des sujets comme la dictature, le nucléaire ou les armes bactériologiques) et finalement leur dernier album est sans aucun doute l’album que je déteste le plus avec une fin qui ne fait aucun sens !
Yoann et Vehlmann : Jusqu’à présent, j’ai trouvé leur premier ennuyeux et les deux suivants meilleurs, mais j’ai un peu le même problème qu’avec Tome et Janry : c’est sympathique, je passe un bon moment de lecture, mais je trouve que ce n’est pas mémorable. J’aime bien comment ils utilisent à la fois dans chaque album d’anciens personnages que j’aime et des nouveaux qui sont tout aussi bien.
Au final, cette série est donc remplie d’albums inégaux, mais je relis la majorité avec plaisir même après des dizaines de lectures et ce que j’aime c’est comment différents auteurs ont réussi à faire des albums intéressants alors que plusieurs séries deviennent nulles après que leurs créateurs la quitte ou meurt. Dans les 53 albums parus jusqu’à présent il n'y a que quelques uns dont je mettrais la note maximum, mais cela ne m’empêche pas de trouver la série globalement culte.
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Aquablue
Ah quelle joie de vous retrouver encore cette semaine-ci, surtout que c’est pour vous parler d’un intégral au prix assez doux mais qui ne déméritera pas de par sa qualité. On va parler d’Aquablue, scénarisé par Cailleteau et dessiné par Vatine et Tota ; réédité chez Delcourt en format intégral reprenant un cycle complet (tome 1 à 5) et que j’avais découvert en son temps en feuilletant certains magazines, époque où seul Vatine était au crayon. De quoi s’agit-il ? Le vaisseau spatial « L’Etoile Blanche » et toute sa population est détruite. Toute ? Non, un bébé est sauvé in extrémis par Cybot, son robot nourrice. L’espace est grand et les années passent dans la capsule de survie où Cybot essaie tant bien que mal d’éduquer Noah qui est devenu entre-temps un jeune adolescent (trop) plein d’énergie. Leurs errances auraient pu durer encore longtemps jusqu’au jour où ils détectent une planète viable : Aquablue. Aquablue est une planète perdue au fin fond de la galaxie, un monde ou l’eau est quasi omniprésente et où les habitants vivent en harmonie avec leur environnement, leurs rites, coutumes et légendes, un monde en paix quoi ! Noah, va s’intégrer à la population locale et y vivre en harmonie au point même de tomber amoureux de la belle et voluptueuse Mi-Nuée … Un monde parfait jusqu’à l’arrivée abrupte d’un vaisseau de colonisation humaine venue afin de « pomper » les ressources énergétiques de la planète avec, ou sans, le consentement de la population. Et si le jeune Noah avait un rôle à jouer dans cette pièce ? Et qui étaient vraiment ses parents ? Des êtres bleus, une planète très nature, cela ne vous rappelle rien ? Non pas les Schtroumpfs, mais Avatar bien sûr. Le thème principal pour les deux œuvres est la même, l’arrivée inopinée d’humains cupides afin de s’approprier par la force des biens qui ne leur appartiennent pas ; mais c’est là que s’arrête l’analogie car Aquablue est bien plus touffu (ou blue-touffe si vous préférez). Pour résumer, vous prenez l’univers de James Cameron (Abyss, Alien, Terminator), vous rajoutez des êtres tout bleu, une bonne histoire, des dessinateurs de talent, de l’humour pour bien avoir les ingrédients pour cette saga, vous passez tous cela au mixeur et hop, vous avez Aquablue (Minty Gel). Visuellement, c’est beau à en faire pleurer sa race, des couleurs superbement léchées, un univers et une faune grandioses, une histoire à retournements de situation, un humour bien distillé et des personnages attachants. Bref, une recette presque parfaite, mais c’est une question de goût, le changement de dessinateur au 5e volume (même sœur Theresa fait figure d’une junkee à côté du talent de Vatine alors Tota^^) ; mais honnêtement le changement de style graphique est beaucoup trop drastique et dénote méchamment par rapport à Vatine. A part cela, je me dois de mentionner le travail d’Isabelle Rabarot qui est aux commandes des couleurs et qui nous donne une profondeur et une sensibilité rares. James Cameron s’est-il inspiré d’Aquablue pour son Avatar ? Les habitants d’Aquablue sont-ils les descendants des Schtroumpfs ? Carlo, Rabat et toute la clique vont-ils s’en sortir ? Vous le saurez en lisant cette série. Une saga qui ravira tous les amateurs de SF. Pour ma part, je me morfonds déjà d’impatience du tome deux de cet intégral. Allez, hop ! C’est chez Delcourt, c’est Aquablue et c’est par Cailleteau, Vatine et Tota …. Et qu’est-ce que c’est bon.
Ma révérence
Mon coup de coeur de l'année 2013. Une histoire humaine profondément touchante et drôle. Drôle, car l'écriture de cette bande dessinée est franchement savoureuse et de très haut niveau, même pour un Lupano: j'ai souvent éclaté de rire à la lecture, notamment lors de la scène des pages 56 à 61. Touchante parce que très juste, très ancrée dans la réalité. Par cette histoire, c'est tout un pan de la société française d'aujourd'hui que les auteurs nous décrivent. Le dessin est au diapason du scénario. Il sait parfaitement mettre en valeur le comique ou la tristesse des situations. Les trognes des personnages sont parfaites. Je crois que c'est le premier album de Rodguen. C'est une réussite. Je lis beaucoup de bandes dessinées. J'ai lu celle-ci il y a plus d'un mois et je m'en souviens encore très bien, c'est dire! Vraiment un très bel album.
Ma révérence
C'est tout à fait le genre de bd que j'aime. D'emblée, j'ai été conquis par la réelle maturité de cette oeuvre. Là, on sent qu'on est tout de suite dans la classe au-dessus. On se demande si l'auteur va parvenir à maintenir le niveau jusqu'au bout et on ne sera pas déçu du voyage ! Il y a une véritable richesse dans la narration et dans la psychologie du personnage principal. J'ai franchement accroché. Wilfried Lupano fait de mieux en mieux. D'Alim le tanneur puis Le Singe de Hartlepool, il réussit encore à nous captiver avec une histoire de looser. L'intrigue sera complexe mais riche et surprenante. Ce one-shot est une incroyable réussite entre chronique social, polar et drame intimiste. C'est mon coup de coeur de l'année. L'achat semble franchement indispensable. Note Dessin: 4.5/5 - Note Scénario: 4.5/5 - Note Globale: 4.5/5
Come Prima
Il s'agit de la première oeuvre d'Alfred qu'il m'est donné de lire et elle a visé juste! Je ne peux que vous recommander vivement la lecture de ce Come Prima. On part sur une histoire basique, un road movie entre deux frères que la vie a séparés mais racontée avec un talent fou qu'on a l'impression de redécouvrir le genre! Dès l'entame les personnages touchent le lecteur pour ne plus jamais le lâcher, et l'apparition du père dans le texte vient fouetter le plus sentimentalo-réfractaire des lecteurs. La suite n'est que beauté scénaristique et graphique portée par une simplicité déconcertante... comme quoi, c'est simple après tout l'art de la bande dessinée! Je n'en raconterai guerre plus pour vous laisser dévorer cette oeuvre comme j'ai pu le faire. A noter une très très bonne utilisation du flashback. Bref, simplicité, émotion sont les maitres mots de ce Come Prima que je recommande les yeux fermés: une des oeuvres incontournables de cette année.
La Licorne
Mon premier sentiment était mitigé suite à la lecture du premier volume ; la balance chancellait entre l’excellent et le "pas mal sans plus"! Un premier point négatif est à imputer au scénario du premier opus qui, s’il fait preuve d’originalité et de complexité, devient trop alambiqué. Le lecteur est remué de villes en villes et de personnages en personnages, et a dès lors parfois du mal à s’y retrouver. Comme d’autres, je trouve que certains visages se ressemblent de trop et la distinction n’en est que plus difficile. L’histoire, une fois sa complexité maîtrisée, est prenante et intéressante. Les lieux et l’époque du récit relèvent tout le mystère de la trame médico-fantastique exploitée. Hormis cela, et moyennent de la concentration, on tient là une série dont la qualité graphique peut faire pâlir d’autres ouvrages déjà considérés comme magnifiques ; c’est tout simplement impressionnant ! Après lecture des deuxième et troisième albums, et en attendant le dernier, j'augmente ma note à 4 étoiles. La relecture a permis une meilleure compréhension et la suite du récit est bien plus claire. Je pense que les bases du scénario sont relativement complexes, ce qui impliquait cette difficulté de compréhension en début d'histoire. A ce stade, tout me semble limpide et le récit s'accélère pour insuffler au lecteur cette furieuse envie de connaître la conclusion... L'approche graphique reste toujours splendide, et rares sont les BD qui offrent de si beaux dessins! Vivement le quatrième et dernier volume, que je découvre le mot fin de cette série qui fait d'ores et déjà partie du must du genre! Oui Mesdames et Messieurs, la note de culte, tout simplement! Pourquoi? Pour un récit complexe qui gagne en clarté et qui livre ses secrets à terme; pour une histoire fantastique qui nous transporte dans tous les coins du globe et qui nous replonge dans l'univers des bêtes fabuleuses d'autrefois; mais aussi pour ce graphisme de malade, rarement égalé dans ce que j'ai déjà lu! Bref, une tuerie!
Le Soleil des loups
Je possède cette BD (le premier volume) depuis sa sortie en librairie et je peux dire que je la couve précieusement tout en la réalisant de temps en temps. Elle a gardé malgré les années un charme indéfinissable. Alors bien sur, un début difficile, une fin qui arrive un peu vite nuisent un peu à la fluidité de l'ensemble surtout que l'histoire est en définitive assez classique mais pour moi l'essentiel est ailleurs. Dans l'ambiance si particulière générée par les dessins de Qwak, toujours surprenants et un peu abruptes et qui apportent une dimension étrange aux personnages (les loups également ont une ligne étonnante). Le deuxième album n'est pas vraiment une suite..on peut le voir comme une sorte de variation sur le thème fantastique ébauché par le premier volume... Le soleil de loups vaut le détour même s'il a vieilli, il garde une identité qui n'appartient qu'à lui.
Quai d'Orsay
Lorsque mon œil s’est porté pour la première fois sur cette bande dessinée je n’ai pas du tout été séduit. Mon attention s’est rapidement portée vers la couverture, attiré par les couleurs vives de la couverture du premier tome, alors le seul en magasin. J’ai feuilleté ensuite quelques pages, mon regard ne s’attardant pas sur le texte (faute de temps) mais surtout sur les dessins. Je fut alors rebuté par cet aspect minimaliste des dessins, des traits dans tous les sens… bref, c’est peu dire que je n’ai pas du tout apprécié ce premier contact avec cette bande dessinée. Le genre de moment où l’on se dit « Ce livre n’est pas fait pour moi »… … qui dit premier contact dit forcément suite. Un autre jour où j’avais plus le temps de flâner chez mon libraire préféré, je me suis attardé sur cet ouvrage, sans trop savoir pourquoi (sûrement encore une fois l’effet de cette couverture). Et là, le coup de foudre ! Balayés les premiers a priori. J’ai ouvert ce premier tome aux pages 6 et 7 et ai lu l’entretien d’embauche de Vlaminck par Taillard de Vorms. Les traits dans tous les sens se sont transformés en dynamisme. Dynamisme au service d’un texte remarquable, percutant, accrocheur. Dès lors, je n’ai fait qu’une bouchée de Quai d’Orsay… quelle claque ce fut. Qui pourrait soupçonner qu’un ministère puisse être décrit de manière si drôle et pourtant si fine, si caricaturale mais pourtant si juste. A se demander si les crises mondiales sont vraiment gérées telles qu’elles sont décrites ici, et non pas d’un regard hautain… tout en se disant que bien entendu tout cela n’est que fiction. Les auteurs (inclus dessinateur) arrivent de manière très habile à amener le lecteur à se poser des questions de fond sur la politique internationale, tout en le divertissant. Quel coup de maître ! Qui a dit que la politique devrait forcément être traitée de manière sobre et distante ?! Tout fonctionne à merveille dans cette BD. Les personnages sont magnifiques. Le personnage d’Alexandre Taillard de Vorms est le plus fascinant de tous (tous les autres étant très intéressants, c’est dire !). C’est une bête. Bête politique, charismatique, impressionnante…imposante. La présence de ce personnage en impose non seulement aux autres protagonistes de l’histoire mais aussi au lecteur. Le magnétisme de ce personnage rejaillit bien au-delà des planches, si bien que l’on attend avec impatience son retour sous nos yeux dès qu’il s’absente. Directif et véritable ouragan dans son cabinet, il impose respect et peur auprès de ses collaborateurs en véritable maître à penser. On se plait à suivre ses frasques au fil des cases (les citations, le stabilo, les personnalisations qu’il incarne, le chiffre…tchac tchac tchac !), ses monologues sont de véritables petites pépites de bonheur, le tout remarquablement retranscrit visuellement. Les relations, conflits entre les différents protagonistes sont succulents, il ne fait pas toujours bon d’être conseillé. Et le pauvre Vlaminck dans tout cela, jeune parmi ces vieux requins briscards, qui essaie de nager tant bien que mal dans ce fol aquarium et de s’y faire une place. On tremble en même temps que lui lorsqu’il doit rendre ses langages au ministre (même si on attend avec impatience les remarques désopilantes de ce dernier), on assiste à son évolution tout au long de la lecture et on fini par être fier de lui lorsqu’au terme d’une réflexion intense, son « père spirituel » rejaillit en lui pour la tirade du Minotaure. Je n’en dis pas trop non plus et laisse au futurs lecteurs la joie de découvrir ses péripéties diplomatiques. On se régale des anecdotes historiques/réelles que l’on retrouve au fil de la lecture. Intéressé à la base par le thème évoqué dans cette série, j’ai trouvé l’idée de dépeindre les aventures du Quai d’Orsay tout simplement géniale, surtout quand le sujet est traité d’une telle façon. Les situations de tension sont décrites parfaitement, on imagine parfaitement le jeu des cabinets tel que décrit ici. Ces animaux politiques aux chaussures cirées et aux dialogues diablement efficaces vous emmèneront sans problème dans leur monde. Accrochez vous bien, le voyage sera mouvementé mais très très plaisant. Pour boucler la boucle, je finirai sur les dessins. Ce trait nerveux colle à merveille à la tension diplomatique posée au fil du texte. Les couleurs sont judicieusement choisies et la mise en image géniale de manière générale (Le Minotaure, la fumée dans le bureau de Vlaminck, la sonnerie du téléphone, la guerre des étoiles, les turbulences, le footing…la liste est trop longue !). A noter les expressions des personnages des plus abouties (on compatit avec le directeur de cabinet, M. Maupas, rien qu’en regardant sa mine déconfite) Comme quoi, le premier regard (surtout rapide) n’est pas forcément source de vérité. Il ne faut jamais dire « dessinateur je ne goûterai pas à ton trait » ! Bref… j’ai adoré. Je relirai indubitablement cette bande dessinée. Le second volume fut englouti aussi rapidement que le premier (ce n’est pas faute de pages pourtant, chose au combien appréciable pour ce support), même si j’ai pris du temps entre l’achat et la lecture, de peur de finir trop vite cette série prévue en (seulement) deux tomes. Quel délicieux sentiment que de se dire que l’on apprécie tellement un livre au point d’avoir peur de le finir. … Pourtant, ce qui devait arriver arriva, je me retrouve comme un homme politique privé de pouvoir, pour qui le monde continue de tourner sans vraiment avoir la même saveur, contraint d’avancer sachant ce qu’il a perdu. Comme un ministre des affaires étrangères sans livre à stabiloter, sans structure de pensée bien claire avant d’appeler un diplomate étranger récalcitrant. Moi aussi je viens de vivre ma petite mort politique, je viens de finir la série Quai d’Orsay. Chapeau bas messieurs Blain et Lanzac, entrez dans mon panthéon (enfin ma bibliothèque) où avec cette œuvre magistrale, empreinte d’humour, finesse, intelligence, d’un trait de crayon pour qui l’expression « donner vie aux mots » a été inventée, vous occuperez désormais une place centrale !
F.Compo
Comme souvent, j'ai découvert l'univers de Hojo par City Hunter, en dessin animé immonde chez Dorothée, puis en formidable manga. Surfant sur cette bonne surprise au dessin rêvé, j'ai poussé sur un obscur F.Compo du même auteur. L'histoire est tout simplement improbable mais s'ancre dans un ton résolument bien plus noir que les séries phares Cat's eyes et City hunter. Le protagoniste principal est orphelin, et est récupéré par la famille de sa tante, inconnue jusqu'à présent, et pour cause puisque sa tante et son mari ont interverti leurs sexualité. Improbable donc, mais sacrément bien conçu et abordant des sujets très rarement vu (travestissement, sexualité ambiguë à la limite de l'inceste) avec une légèreté bienvenue. Flottant tour à tour entre cynisme, critique et vision tendre, c'est cette juste graduation entre humour pipi-caca, tensions psychologiques dans la famille, introspections et interrogations sur l'acceptation de la marginalité dans la société par une analyse cohérente finalement de microcosmes japonais (Tsukasa porte un regard acerbe sur son métier notamment), qui fait de F.Compo un must du manga et de Tsukasa Hojo un auteur incontournable du Japon. Sans jamais verser dans le pathos.
Les Ignorants
Deux artisans - l'auteur de la BD, et un vigneron - vont vivre une année en promiscuité en continuant leur activité et en découvrant celle de l'autre. Jusque là, rien de bien exceptionnel. Mais la vérité absolue des personnages, et le graphisme qui sert avec une belle élégance simple les parcours de vie que l'on suit, s'imposent immédiatement. Cette transparence parfaite et évidente de chacun des deux belligérants montre que l'auteur ne triche pas ! Et l'on devient successivement à la lecture soit l'élève du vigneron, soit le confident de l'auteur BD. Une lecture de 267 pages lues d'une traite, tant une fois commencé, l'on peine à lâcher le bouquin. Un genre particulier de narration BD, inhabituel, et qui a parfaitement fonctionné en ce qui me concerne. Une très belle réussite !
Spirou et Fantasio
En cette année du 75ème de la série, je me suis replongé toute l'année dans les albums et je me rends compte de plus en plus que j'aime cette série dont j'ai découvert l'existence à travers le dessin animé des années 90 que je trouve aujourd'hui pas mal quoique je trouve dommage qu'il focalise surtout la période Tome et Janry. Je vais diviser mon avis par périodes (je commence bien sûr avec Franquin étant donné que les histoires de Rob-Vel sont maintenant dans une intégrale à part et que cela va être de même pour Jijé en 2014). Franquin : C'est sans aucun doute la période que les gens aiment le plus. Personnellement, je suis un peu divisé pour savoir s'il est mon auteur de Spirou préféré ou non car je trouve ses albums inégaux bien que j’admets que sans lui la série ne serait pas aussi excellente. Il est l'auteur qui a permis de rendre une série pas mal au niveau culte. Son travail commence avec des histoires courtes (album 1 et 3 ainsi que le hors-série numéro 1 et 2) qui se laissent lire, mais qui ont un peu mal vieilli (par exemple, les histoires en Afrique pourraient sembler un peu racistes aujourd'hui avec le gag sur le cannibale et ses noirs qui sont des bruns qui ne sont jamais lavés !) car représentatif d'une époque où la plupart des bandes dessinées étaient naïves. De plus, les personnages ne sont pas très mémorables sauf le professeur Samovar et son invention Radar le Robot qui est selon moi le premier chef d'œuvre graphique de Franquin (le personnage, pas l'histoire). Ensuite, viendront des histoires longues de 60 pages qui sont excellentes. Cela commence avec deux albums (numéros 2 et 4) qui vont poser les bases de la série en introduisant le comte de Champignac, les villageois de Champignac, Zantafio et le Marsupilami. Curieusement, je trouve ces histoires correctes sans plus, le problème étant que les scenarii ne sont pas encore assez développés, que cela semble n'être qu'une suite de péripéties. Les albums suivants (numéros 5 à 9) ont un scénario plus développé et je relis encore ces albums avec plaisir. Après, Franquin revient avec des histoires courtes (10 à 13) et c'est probablement la période de lui que j'aime le moins. Les histoires 'Le Quick Super' et 'Vacances sans histoires' sont sympathiques et j'aurais bien aimé que l'excellent 'La Peur au bout du fil' fasse plus de pages, mais le reste ne me semble pas intéressant sauf pour quelques bonnes idées et le dessin de Franquin. Franquin revient aux histoires longues avec Le Prisonnier du Bouddha qui est souvent considéré comme un chef d'œuvre par les lecteurs, mais personnellement je le trouve ennuyeux dès que les personnages quittent Champignac. Ce sont surtout les 5 albums suivants que je considère excellents. Les deux albums sur Zorglub sont des chefs d'œuvres de la bande dessinée franco-belge, les deux histoires du tome 17 sont les meilleures, QRN sur Bretzelburg est là encore un chef d'œuvre et c'est étonnant lorsqu'on sait à quel point sa production fut dure et Panade à Champignac est un superbe adieu à la série (et d'ailleurs mon album préféré grâce à son humour qui tourne la série en dérision). Fournier : C'est sans aucun doute mon auteur préféré après Franquin. Il commence avec trois albums sympathiques (numéro 20 à 22) où ses histoires sont sympathiques sans être mémorables et son dessin n'est pas à maturité. J'aime toutefois la galerie de personnages qu'il a créés pour ses récits et particulièrement Itoh Kata qui est un des personnages les plus drôles de la série. Avec Tora Torapa, il devient excellent tant au niveau du dessin que du scénario. Non seulement il utilise les personnages récurrents les plus mémorables de la série, il créé Ororéa qui me manque terriblement et que j'aurais aimé voir dans les nouvelles histoires. À partir de cet album je trouve son niveau complètement excellent sauf pour son histoire avec les extraterrestres qui a pourtant une bonne idée de départ, mais dont l'exécution laisse à désirer. Il est à noter que Fournier n'a jamais voulu abandonner la série et que l'éditeur la lui a retirée parce qu'il le trouvait trop lent. C'est dommage parce qu'il avait encore plusieurs idées d'albums et de plus je trouve dommage que hormis Spirou à Tokyo et une case dans la Jeunesse de Spirou, Fournier est oublié par les auteurs suivants. Nic et Cauvin : Un duo d'auteurs souvent décriés par les fans. Personnellement, je trouve que le tome 30 se laisse lire, mais les deux suivants sont vraiment sans intérêt. Les histoires sont remplies d'incohérences (par exemple, pourquoi les savants qui veulent partir de la terre afin que des compagnies ne mettent pas la main sur leurs inventions laissent une boite... remplie de plans d'inventions !?!) et les personnages ne sont pas attachants (Fantasio est tellement stupide que j'ai envie de le frapper). Le dessin de Nic est correct sans plus. La seule chose que je déteste dans son style est que le visage de Spirou est moche. Cauvin semble n'avoir aucune imagination en ce qui concerne Spirou et il me semble qu'il a écrit les scenarii uniquement parce que l'éditeur lui a demandé et cela doit être pour cela que j'ai l'impression en lisant ses trois albums qu'en fait il s'emmerdait et qu’il n’en avait rien à foutre de Spirou. Tome et Janry : Une autre période que les lecteurs en général aiment. Personnellement, je trouve que le gros plus de cette période est le dessin de Janry qui devient de plus en plus excellent au fil des albums. Pour ce qui est des scenarii, je les classe en deux périodes. La première va des albums 33 à 38 où les auteurs sont très influencés par Franquin. Je trouve aussi que c’est une période qui a produit soit des albums sympas (33, 35 et 38 qui comporte plusieurs histoires courtes), soit sans intérêt (34, 36 et 37). La deuxième période qui va des albums 39 à 46 est selon moi meilleure. Les auteurs développent un style plus personnel et ils créent un des meilleurs méchants de la série en la personne de Vito Cortizone. Il n’y a que les albums 44 et 46 que je n’aime pas trop, mais le 44 a tout de même quelques bons moments. De manière générale je trouve que si la plupart des albums sont bons, ils ne sont pas aussi mémorables que les albums de Franquin ou Fournier. Lorsque je referme un de leurs albums que j’aime, je trouve que j’ai passé un bon moment, mais sans plus. Il faut dire que leurs albums ont beaucoup de courses-poursuites. Morvan et Manuera : Une autre période décriée par les fans et si je n’aime pas trop, je vais quand même être mesuré. Leur premier album n'est qu’une grosse course-poursuite sans intérêt, le deuxième est pas mal et le meilleur, le troisième a de bonnes idées et j’étais content de revoir Itoh, mais il y a plusieurs défauts qui rendent l’album illisible (trop de scènes d’actions, le méchant est trop méchant, le sujet est trop sérieux et je ne retrouve pas l’humour que les autres auteurs mettaient lorsqu’ils dénonçaient des sujets comme la dictature, le nucléaire ou les armes bactériologiques) et finalement leur dernier album est sans aucun doute l’album que je déteste le plus avec une fin qui ne fait aucun sens ! Yoann et Vehlmann : Jusqu’à présent, j’ai trouvé leur premier ennuyeux et les deux suivants meilleurs, mais j’ai un peu le même problème qu’avec Tome et Janry : c’est sympathique, je passe un bon moment de lecture, mais je trouve que ce n’est pas mémorable. J’aime bien comment ils utilisent à la fois dans chaque album d’anciens personnages que j’aime et des nouveaux qui sont tout aussi bien. Au final, cette série est donc remplie d’albums inégaux, mais je relis la majorité avec plaisir même après des dizaines de lectures et ce que j’aime c’est comment différents auteurs ont réussi à faire des albums intéressants alors que plusieurs séries deviennent nulles après que leurs créateurs la quitte ou meurt. Dans les 53 albums parus jusqu’à présent il n'y a que quelques uns dont je mettrais la note maximum, mais cela ne m’empêche pas de trouver la série globalement culte.