La Saga d'Alandor

Note: 3.5/5
(3.5/5 pour 6 avis)

BD difficilement classable qui nous présente la génèse d'un monde onirique original puisant sa source dans de nombreuses mythologies.


Auteurs italiens Frigidaire Jodorowsky

Jodorowksy a imaginé pour Cadelo une histoire à la mesure de son dessin, agressif et coloré. Une fresque fantastique, pleine de bruit, de fureur, de religion et de monstres assoiffés de gloire et de pouvoir. Une union sacrée, et vice versa, qui réunit en un seul volume Le Dieu jaloux (1984) et L'Ange carnivore (1986). -humano.com-

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution Juin 1984
Statut histoire Série terminée 2 tomes parus

Couverture de la série La Saga d'Alandor © Les Humanoïdes Associés 1984
Les notes
Note: 3.5/5
(3.5/5 pour 6 avis)
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22/04/2005 | Ciapacan
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Par Présence
Note: 3/5
L'avatar du posteur Présence

Il faut sept religieuses vibratiles pour alimenter son énergie. - Ce tome constitue l’intégrale de ladite sage, regroupant le premier tome Le dieu jaloux (1984) et le second L’Ange carnivore (1991), une histoire presque complète. L’édition originale de ce recueil date de 1991. Il a été réalisé par Alejandro Jodorowsky pour le scénario, et par Silvio Cadelo pour les dessins et les couleurs. Le premier livre comporte cinquante-quatre pages de bande dessinée, le second également. L’intégrale comporte une carte répertoriant les différents continents et zones de ce monde : zone nord Teut, continent Uron et le palais du roi, continent Aouralis avec le marais sacré, continent Uslman, continent Inghing, la ville sacrée du Sumo X, le refuge secret des chevaliers du Saint-Axe, les ruines du temple des Géants, et quelques peuples et individus comme l’abbesse de Maldiccia, les fanatiques inghins adorateurs de Br-Tse le médiateur suprême, les habitants d’Usliman adorant le prophète Ram’Aldar. Elle se termine avec un cahier graphique reproduisant les demi-pages encrées des prémices du tome trois. Lorsque Karnar (la planète prodige créée, pour de divines raisons, sous forme d’une pyramide parfaite irradiant des ondes lumineuses qui baignaient les cent cinquante-trois autres planètes du système trisolaire) explosa en quatre misérables fragments, des milliards de millions d’êtres pensants, à travers toute la Galaxie, éclatèrent en sanglots. Cette plainte immense, figea, le temps d’une courte seconde, la rotation des trois soleils sur leur axe. Immobilisation fatale qui devait inaugurer l’Ère Obscure au cours de laquelle les quatre règnes naturels, le minéral, le végétal, l’animal et l’ectoplasmique, devinrent tout à la fois voraces, faibles et infidèles. La faute en incombait aux Géants : ceux-ci eurent le front de désobéir à Aour, l’Entité Divine qui, dans un cri d’amour infini, façonna la planète-pyramide pour en faire le centre de spiritualité de la Galaxie ! Ils souhaitèrent dominer la Puissance Négative, cette face cachée et ténébreuse de tout Dieu ! Ils éveillèrent l’Andragorus ! Vanité, suffisance, prétentions insensées ! Ils furent réduits en fumée. Leurs cendres volèrent vers le firmament en même temps que ces quatre cailloux que sont aujourd’hui les îles-continents maudites de Karnar : Urok, la Sophistiquée, avec sa zone brumeuse au Septentrion (Teut) et son midi tempéré (Naria)… Aouralis, la Sublime, la plus sainte d’entre toutes, puisque tous les Dieux y naquirent, et dont la terre atteinte de purulence s’était transformée en marais putréfiés… Uslimane, la Profonde, immense étendue de sable hérissée de cactus et brûlée par les vents… Inghing, l’Énigmatique, vaste roc uniquement peuplé de montagnes de glace. Certains racontent qu’Aour, après cette hécatombe, emprisonna l’Andragorus dans un cristal géant, avant de l’immerger sous les eaux des marais d’Aouralis. D’autres encore prétendent qu’il gît au fond d’un puits. Mais tous s’accordent à dire que cette abomination attend qu’à nouveau d’autres fous téméraires – la folie des êtres de raison ne connaissant pas de limite – le retrouvent et le libérant, lui offrant ainsi l’opportunité de pervertir un peu plus la Matière Universelle issue du cri d’amour de Dieu. Houlà là ! Ça commence fort avec une page de texte, puis des races extraterrestres dans une sorte de ballon dirigeable, puis une autre page de texte, puis retour au ballon dirigeable avec le titre de la première épitre : L’Andragorus. Puis une autre page de bande dessinée, suivie par une page occupée aux trois quarts par la suite du texte, et une bande de cases. Etc. La dernière page de texte se situe en planche huit. Le scénariste développe tout un monde avec des noms aux consonances bizarres et imprononçables, le dessinateur s’en donne à cœur joie avec des apparences grotesques pour ces races exotiques, toutes basées sur une morphologie humanoïde à la base, c’est plus pratique pour la cohabitation. Il est possible que le lecteur souffre un peu avec les couleurs, en particulier les déclinaisons de rose bonbon déjà sucé, jurant sur le jaune vif et le bleu Cœruleum. Ça s’arrange dans la deuxième moitié avec des formes plus abouties, des cases donnant une sensation moins surchargée, et une technologie qui a évolué pour les couleurs, offrant la possibilité de plus nuances à l’artiste, qui se restreint (un peu), tout en n’ayant rien perdu de son inventivité dans les formes extraterrestres et grotesques, avec une imagination intense et perturbante, même si les décors se raréfient un peu. Il est possible que le lecteur se trouve captivé par la richesse de cet univers imaginé par le scénariste, auquel l’artiste donne une apparence des plus particulières, qu’il soit fasciné par cette guerre entre plusieurs factions à la recherche d’une sorte d’artefact qui assurera un pouvoir absolu à celui qui le maîtrisera. Cela peut également requérir un effort significatif pour tout retenir, pour s’investir assez pour donner de la consistance et ajouter un peu de sens à tout cette situation imaginaire complexe. Cependant, très vite, il se trouve également fasciné par les visuels. Il y a d’abord ces apparences qui semblent relever de difformités tératologiques impossibles : torse beaucoup trop large, crânes trop allongés, couleur de peau impossible (Ce jaune !), appendice nasal trop aplati, trois seins au lieu de deux, deux tibias par jambe en-dessous de la rotule ce qui donne quatre pieds et un seul bras pour cette race-là, sorte d’appendice partant du milieu du front, le catalogue des difformités semble sans fin. La faune présente elle aussi des particularités morphologiques impossibles, entre monstruosité et divagations physiques entre naïveté et poésie. Un festival graphique dans les deux tomes, avec un trait plus élégant et plus léger dans le deuxième ajoutant une touche d’onirisme. Régulièrement, l’artiste laisse également son imagination prendre les rênes pour les accessoires et les environnements. En vrac : des armures massives, un dieu enchâssé dans un cristal, des sabres d’une longueur trop importante pour être facilement maniables, des tenues d’apparat psychédéliques, des armes pas toujours facilement compréhensibles dans leur destination, des roches cristallines aux formes tordues, etc. Le dessinateur prend bien soin d’établir les caractéristiques de chaque lieu en début de séquence, sans forcément les représenter systématiquement par la suite, jouant sur les couleurs pour des effets spéciaux. Là encore il fait preuve d’une imagination très personnelle, où il est possible de détecter l’influence de certains artistes de science-fiction de l’époque, complétement assimilées et intégrées. Parmi ces lieux hautement exotiques : la porte de la Ghéassa l’Abime de l’Éternel Châtiment et sa chapelle centrale, la chaîne rocheuse permettant d’accéder à Maldiccia la cité-état capitale religieuse du continent d’Urok, la crypte des visions (une salle d’un noir impénétrable), des champs en fleurs dont l’apparence de texture évoque du pollen, le pont-levis du château de pierres lépreuses d’Aria-His ainsi que sa salle de banquet pour les noces d’Alandor et Vanessa, ses souterrains, le ghetto des malades atteints de la main-péché, la salle du conseil du royaume, la forêt pétrifiée, le temple du monastère des navigateurs du Saint-Axe, etc. Le lecteur peut aussi approcher cette histoire sur un plan plus mythologique ou métaphorique, sans s’agripper aux appellations des différentes factions, comme s’il s’agissait plus d’un récit conceptuel que factuel. S’il est familier de l’œuvre du scénariste, il trouve rapidement ses repères. Un personnage principal destiné à devenir le héros en surmontant des obstacles qui le marquent dans sa chair. Ça ne rate pas : Alandor ne tarde pas à contracter une maladie des plus répugnantes, faisant de lui un réprouvé : ses noces sont annulées sur le champ et il est banni de son propre royaume. Ayant bénéficié d’une aide extérieure pour guérir, il décide de guérir les autres et pour cela il doit développer sa foi en subissant des épreuves. La première est d’être enterré pendant trois jours (terre), la seconde l’oblige à marcher sur le feu (feu), et la troisième à sauter dans le vide (air). Le lecteur identifie tout de suite cette confrontation à trois des quatre éléments (il manque l’eau), concept développé à l’Antiquité. Il ne lui faut pas attendre longtemps pour que quelques pages plus loin Alandor doive sauter dans l’eau, le quatrième élément. Il relève également le titre des dix épitres assurant la fonction de chapitrage : L’Andragorus, Le règne le pouvoir et la gloire, L’hérésie de la main-péché, La voie de la dissolution, L’attentat sacrilège, L’âme et le feu, L’ermite, L’initiation, Temps d’écroulement, le cœur couronné. Le scénariste use d’un vocabulaire religieux, et également mystique, des thèmes qu’il chérit. Les épreuves physiques revêtent alors un sens ésotérique, dans la mythologie très personnelle de l’auteur. Le héros progresse sur le chemin de la spiritualité, alors que les autres factions sont aveuglées par leurs croyances, incapables d’évoluer, de s’adapter à la réalité. Son cheminement spirituel fait de lui le sauveur. Plonger dans la première partie de la carrière de bédéaste d’Alejandro Jodorowsky peut s’avérer intimidant : des récits baroques dont l’intelligibilité a pu s’émousser avec les décennies passées. En fonction de son état d’esprit, le lecteur peut appréhender ce qu’il va trouver dans cette série interrompue après le deuxième tome. En effet l’expérience est au rendez-vous, tout d’abord visuelle du fait de la forte personnalité graphique de Silvio Cadelo, peut-être encore un peu brut pour le premier tome, proprement enchanteresse pour le second. L’intrigue peut sembler très linéaire et relever d’une formule souvent utilisée par le scénariste. Toutefois, s’il se laisse porter par le charme brut et poétique de la narration, le lecteur se laisse gagner par la séduction très particulière de cette quête spirituelle haute en couleurs. Particulier.

15/04/2026 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Bon, autant prévenir les futurs lecteurs, il faut s’accrocher pour entrer dans cette histoire. En effet, après avoir lu la moitié du premier tome, j’étais complètement perdu, au milieu d’une foultitude de personnages, de situations. Les pages de textes (très denses) qui accompagnent les premières pages et plantent le décor, ajoutent de la complexité au lieu d’éclairer l’intrigue je trouve. Au milieu de ce fatras je sentais Jodo partir dans un délire mystique dont il est coutumier – sans toujours bien le doser. Ça se stabilise un peu par la suite, mais ça reste quand même une lecture un peu laborieuse, dans laquelle je ne suis finalement jamais complètement entré, même si le deuxième tome propose une lecture moins laborieuse. Le dessin de Cadelo accentue un peu cette « obscurité » générale, avec ces personnages au corps hybrides très variés – il faut dire qu’il faut suivre les délires de Jodo ! Mais il construit quand même un univers original et intrigant, avec une colorisation un peu datée – qui s’adoucit dans le second tome, où le dessin est aussi un peu plus précis (des cases aussi généralement moins petites). Mais le travail de Cadelo est de toute façon intéressant. Au final, on a là un diptyque relativement original, mais j’ai davantage été intéressé par le dessin, l’intrigue de Jodo m’ayant un peu perdu. Note réelle 2,5/5.

03/04/2023 (modifier)
Par Puma
Note: 5/5 Coups de coeur expiré

Cette lecture a été un choc ! Jodo, je ne l'apprécie qu'à dose homéopathique, et vraiment pas dans tout ce qu'il a éructé ... mais ici, comme dans L'Incal ou Le Lama blanc ou Alef-Thau, oui, et même tout particulièrement pour cette scénarisation-ci ! Cadelo est un maître pour oser des univers différents ; et il excelle dans cette voie osée. A lecture lente, on goûte tout le parti pris osé des deux protagonistes auteurs de cette chose étrange et foncièrement originale ; une eau forte vous dis-je ... Si vous avez le coeur bien accroché ... et un brin de mysticisme ...

18/02/2013 (modifier)
Par jul
Note: 4/5

Une série qui m'a toujours paru mythique. En effet à l'époque je rêvais de trouver cette série dont j'avais entraperçu quelques images (qui m'avaient fasciné) mais ce n'est que tout récemment que je l'ai lu (le superbe integral). J'ai adoré la bizarrerie de l'univers, principalement due au graphisme de Cadelo extrèmement personnel et particulier. On adore ou on déteste. Ses personnages sont moches et beaux à la fois. Monstrueux, déformés et très efféminés. Il y a un très grand coté sexuel dans son dessin et cela peut rebuter et je le comprends car c'est limite malsain. De plus les personnages et les décors sont tellement ... pas logiques que cela nuit à la compréhension. Mais c'est ce qui fait le style de Cadelo. C'est superbe et très psychédelique. Bizarrement c'est une de ses oeuvres les plus accessibles (Envie de chien, La Fleur amoureuse étant encore plus spaces, voir kitshs et encore plus sexuelles ).

18/02/2013 (modifier)
Par Ro
Note: 2/5
L'avatar du posteur Ro

Voilà une BD que j'ai eue souvent entre les mains au fil des années et que j'ai mis très longtemps à réussir à lire. En effet, malgré le dessin attirant, j'ai longtemps trouvé qu'elle s'apparentait trop à un fouillis bariolé illisible. Là encore, il a fallu me forcer pour la lire. Le prologue du récit m'est apparu franchement confus, tellement confus par moment que j'avais l'impression qu'il manquait des pages. Afflux de personnages, de noms et de lieux inventés, transitions abruptes, narration peu agréable, j'ai peiné pendant une bonne vingtaine de pages au point de risquer d'abandonner. Finalement, quand l'histoire s'entame pour de bon, quand on finit par bien discerner les personnages, leurs races et leurs positions sur l'échiquier de l'intrigue, les choses deviennent plus linéaires et plus simples à saisir. C'est surtout le graphisme qui m'a convaincu de persévérer. Il combine à mes yeux une bonne maîtrise technique mais surtout une très grande originalité. C'est un imaginaire visuel vraiment particulier, à la fois très diversifié et possédant pourtant un style bien reconnaissable. La colorisation est également étonnante, toutes en pastel et en couleurs éclatantes. A noter que le dessin évolue au cours des deux tomes, devenant plus maîtrisé et élégant au fil des pages tandis que les couleurs, elles, deviennent plus discrètes. Cependant, le scénario ne m'a pas tellement enthousiasmé. J'apprécie l'originalité de l'univers ainsi inventé, un monde fantasy assez débridé, où tout est guerre de religions et mélanges de races à la fois laides et sensuelles. Mais pour l'intrigue en elle-même, on reconnait trop vite la trame archi usée des scénarios de Jodorowsky (je ne l'ai pas lue mais il parait que sa série Aliot dispose d'un scénario presque identique point pour point). J'aurais lu pour de bon cette bd il y a longtemps, cela m'aurait plu, mais j'ai trop lu de récits similaires de cet auteur et je m'en suis fortement lassé. Comme à son habitude, on trouve un héros qui sombre dans la déchéance, se rabaisse au plus bas niveau d'avilissement, puis subit une initiation mystique et finit par revenir en sauveur du monde doué de pouvoirs surnaturels. La trame mystique habituelle de Jodo. Je n'y crois plus et cela ne m'intéresse plus. Dommage, un univers et un graphisme aussi originaux auraient mérité un scénario plus personnel.

08/12/2008 (modifier)
Par Ciapacan
Note: 4/5

Un monde d'une complexité et d'une richesse infinies né de l'imagination "explosive" de Jodorowksy et servi par l'excellent graphisme de Cadelo. A vrai dire, il est bien difficile d'essayer de décrire cet "OVNI" qui n'a malheureusement pas eu de suite. Chacun y trouvera ses références propres (mythologie grecque voir egyptienne, Le Silmarillion, Démons et merveilles, etc.) même s'il est certain que Jodorowsky et Cadelo ont su créer un univers tout a fait unique.

22/04/2005 (modifier)