Qui sait quelle personne tu seras en revenant ?
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Ce tome est le premier d'un diptyque indépendant de tout autre. La première édition date de 2020. C'est l’œuvre d'un auteur complet : Pierre Jeanneau pour le scénario, les dessins et les couleurs, avec la participation de Philippe Ory pour ces dernières. Il s'agit d'une bande dessinée de 200 pages.
Javier se réveille dans le lit double de la chambre de son appartement. Il se lève en pyjama de type short et teeshirt, et va prendre sa douche. Une fois lavé et habillé, il va se servir une tasse de café qu'il savoure dans le fauteuil de son séjour. À l'esprit, il a la photographie de lui et Faustine sur une petite table, et plusieurs cartons portant l'inscription À Faustine.il s'allonge à moitié dans son canapé et prend le carnet de notes dans lequel se trouve le descriptif de Sand Castles, une chanson de son groupe. Un livreur sonne à la porte de son appartement. Javier va ouvrir et prend en charge le carton, alors qu'un message apparaît sur sa boîte mail de Marc, son pote, lui indiquant qu'il arrive bientôt. Dans le carton, Javier trouve des affaires de Faustine, sans savoir pourquoi elles arrivent chez lui. Elle était devenue sa copine, alors qu'il jouait de la basse dans le même groupe que Marc. Quelques temps plus tard, ils emménageaient ensemble, même si elle remarquait qu'il n'y avait quasiment que des affaires à elle dans l'appartement. Alors que Marc monte dans l'escalier, Javier continue de se remémorer quelques moments de sa relation avec Faustine, en particulier les décalages entre leurs attentes respectives pour le futur.
Javier fait entrer Marc et lui sert un café. Il lui demande s'il ne lui aurait pas prêté le livre, celui qui lui inspiré l'écriture de la chanson Sand Castles. Marc lui répond par la négative, en pensant que c'est peut-être Faustine qui l'a. Il continue en lui demandant s'il peut lui emprunter sa basse. Javier répond par l'affirmative et il repense également au jour où sa copine a passé son entretien d'embauche. Quelques jours plus tard, elle évoquait la possibilité de déménager car elle avait trouvé plus proche de son boulot. Il avait répondu qu'il aimait bien le quartier où ils se trouvaient. Il ajoute qu'il faut se presser parce qu'il doit se rendre au travail. Ils passent dans la pièce qui sert de débarras et Javier récupère la basse, Marc jetant un coup d’œil autour de lui. Il remarque une échographie : il consulte les informations qui y sont portées. Faustine est en train de terminer sa journée de travail dans un open-space, pour une banque. Elle répond à un appel de sa mère qui souhaite savoir comment elle va, et elle explique un peu agacée qu'elle n'a pas de nouvelles de Javier. Elle raccroche et se lève, mettant son manteau. Deborah, sa voisine dans le cubicule adjacent, lui dit qu'elle part également. Elle se moque gentiment du fait que Faustine ait sa mère sur le dos, et lui dit qu'elle verra le jour où elle sera enceinte. Sa collègue fait une drôle de tête. Elles prennent l'ascenseur et se retrouve avec le DRH qui fait une observation sur la tenue trop décontractée de Faustine.
Voilà un ouvrage qui attire l'attention dès la couverture, avec sa belle perspective isométrique. En y accordant un peu plus de temps et d'attention, le lecteur remarque un niveau de détails impressionnant en termes descriptifs. Il détecte également trois hexagones faisant office d'éclaté, permettant de voir ce qui se passe à l'intérieur du bâtiment sur lequel ils sont apposés. En découvrant la première planche (en page 7), il découvre une seule case hexagonale au centre d'un fond noir. Il fait le lien avec les deux zones noires, de part et d'autre de la rue sur la couverture. L'auteur a pris le parti original d'utiliser systématiquement une perspective isométrique pour toutes les cases sans exceptions, dispositif imprimant une régularité et un cadre peu usuel à la narration visuelle. le récit est structuré en six chapitres, chacun consacré au point de vue d'un personnage, successivement Javier (24 pages), Faustine (26 pages), Marc (30 pages), Assia (24 pages), Matthew (24 pages), et Judith (52 pages). Chaque chapitre s'ouvre donc sur une case hexagonale occupant le centre d'une case noire en pleine page. Sur la deuxième page du chapitre qui lui est consacré, le personnage se déplace, et l'environnement autour de lui apparaît, rattaché à la case initiale : soit une pièce contigüe pour Javier, soit un dessin en double page pour Faustine ou Judith, toujours en perspective isométrique. Il se produit un effet visuel évoquant certains jeux vidéo dans lesquels l'environnement apparaît au joueur au fur et à mesure que son personnage se déplace. Comme sur la couverture, le lecteur repère régulièrement, mais pas systématiquement, un éclaté dans une bordure elle aussi hexagonale qui fait comme un effet de loupe sur un élément du décor, apportant une information visuelle supplémentaire qui se rattache à la pensée qui préoccupe le personnage.
Une fois passée la période d'adaptation à ce mode narratif visuel particulier, le lecteur retrouve les marques habituelles d'une bande dessinée. L'artiste représente les personnages avec une forme de simplification dans la description, tout en leur conférant une bonne identité visuelle, et une petite exagération dans certaines expressions de visage. le lecteur peut ainsi bien percevoir leur état d'esprit, sans pour autant que les protagonistes ne donnent l'impression de surjouer. Il remarque que le dessinateur utilise majoritairement des plans assez larges, donnant à voir l'environnement tout autour des personnages, ceux-ci se trouvant entre un à trois mètres du point de vue du regard. Il remarque également que la prise de vue est plus proche des personnages dans le dernier chapitre, la tension émotionnelle ayant grimpé de plusieurs crans. Jeanneau réalise des dessins descriptifs, avec un niveau de détails élevé. Ses traits conservent une forme de souplesse, sans la rigidité des traits très fins et droits. Il porte une attention toute particulière aux endroits où se déroule chaque scène dans des vues globales où le lecteur découvre l'agencement des pièces de l'appartement de l'un ou l'autre, l'ameublement, la décoration, ou encore des dessins en double page en extérieur vue du ciel en perspective isométrique, montrant un quartier ou plusieurs. le lecteur peut ainsi voir une rue ou plusieurs avec les différents bâtiments et leur façade, les usagers de la voie publique, piétons et véhicules. Dans les doubles pages 44 & 45, et 118 & 119, le lecteur découvre une composition très élégante, montrant toujours en vu ciel et en perspective isométrique, le trajet de plusieurs personnages, sous forme de ligne de métro, avec les stations. L'effet est saisissant, à la fois donnant à voir leur trajet, à la fois leur simultanéité, à la fois leur similarité. Il en va de même quand dans une même page, l'auteur mêle le temps présent dans l'image principale, et le temps passé sous forme de souvenirs dans des cases en éclaté. le lecteur prend alors conscience de l'action du moment présent du personnage, et la manière dont un élément ou une phrase lui rappelle de manière inconsciente un ressenti associé à un moment du passé.
Au départ, le lecteur ne peut percevoir la structure globale du récit, et il prend le premier chapitre comme il vient. Il fait connaissance avec celui qu'il suppose être le personnage principal, avec son meilleur ami, et dans ces cases du passé, avec son ancienne compagne. Avec le deuxième chapitre, il prend conscience qu'il s'agit d'un récit choral, et il en a la confirmation avec les quatre suivants. Il absorbe les éléments visuels inconsciemment : une grande ville avec un métro, mais sans la densité de population associée à Paris (peut-être Lyon ?), des téléphones portables et des ordinateurs portables (vraisemblablement le temps présent de la parution du récit), des cubicules, une nouvelle rue piétonne en centre-ville. Il lit le premier chapitre sans pouvoir déterminer ce qui relève de l'information essentielle, et ce qui relève de l'anecdotique. Il prête donc attention à chaque information de la même manière. Il se plonge dans une tranche de vie, avec des réminiscences du passé : un individu devant avoir entre 25 et 30 ans, ayant vécu en couple, ayant fait parti d'un groupe de rock (peut-être plutôt de punk), employé dans une librairie, disposant d'un revenu lui permettant de louer un appartement de cinquante ou soixante mètres carrés dans un quartier agréable, sans être rupin. En entament le deuxième chapitre, il établit aisément le lien avec le premier puisque Faustine en est le point focal, et c'était la compagne de Javier. Il comprend progressivement quels liens ont uni quels personnages, et observe que leur vie croise inopinément celle d'autres. Petit à petit ces vies se retrouvent intriquées au présent, avec une vision sur ce qui les a liées précédemment. le lecteur admire l'élégance avec laquelle l'auteur a su composer sa tapisserie narrative.
Le lecteur plonge donc dans une sorte de chronique sociale d'un groupe d'une demi-douzaine de personnes se fréquentant irrégulièrement depuis plusieurs années, un milieu social banal, des personnes entre 25 et 30 ans, étant plus ou moins avancées dans la vie active et dans la vie professionnelle. Il ressent quelques regrets épars : la séparation du couple Faustine & Javier, les difficultés de Marc à concilier un boulot dans la restauration et son groupe de punk, la nécessité pour Faustine de se positionner plus clairement dans son milieu professionnel, la réalité d'avoir pu ouvrir le commerce de ses rêves pour Assia, les limites de al vie professionnelle et de la vie de couple pour Matthew, la difficulté de rétablir e contact avec ses anciens après plusieurs mois passés à l'étranger pour Judith. Petit à petit, le lecteur saisit le thème commun à chacune de ces existences, la nécessité de changer, de basculer dans une vie d'adulte en renonçant à sa vie d'étudiants, en concevant autrement ces anciennes occupations avec un regard pleinement adulte, la nécessité inéluctable de faire des choix, d'abandonner certaines activités. Chacun d'entre eux prend conscience de la transition qui a eu lieu progressivement, et qu'il accepte plus ou moins bien, se retrouvant dans une phase ou une autre du deuil de l'état précédent, entre déni, colère, marchandage, dépression acceptation.
Après un temps d'adaptation pour lire hexagone par hexagone, le lecteur s'immerge dans une comédie dramatique chorale, douce et déconcertante, plausible, sans être tout à fait naturaliste. Il apprécie la narration visuelle à la mise en page particulière, et aux dessins fournis, et se prête volontiers au jeu d'assembler les pièces du puzzle pour se faire une idée plus claire de la vue générale de l'ensemble. Il perçoit un malaise diffus, celui d'individus prenant conscience qu'ils ont insensiblement changé, chacun à sa manière, acceptant plus ou moins facilement ce qu'ils sont devenus, faisant l'expérience que leurs moments en commun ont perdu en intensité et qu'ils s'éloignent les uns des autres. Une tapisserie remarquable dans son agencement élégant, et dans sa façon d'évoquer cette phase de la vie.
A la lecture de cette histoire, hélas vraie, me sont revenues en mémoire les lectures de Mangez-le si vous voulez ou Le Singe de Hartlepool, qui racontaient aussi comment une foule décérébrée s’était acharné de façon hallucinante sur un pauvre type (ou un singe !). Mais les victimes sont ici – encore hélas – bien plus nombreuses : des centaines de travailleurs immigrés italiens, exploités dans les salines d’Aigues-Mortes, en concurrence avec d’autres ouvriers français, les miséreux des deux « camps » étant méprisés par les propriétaires – et l’administration, qui n’y voient que fauteurs de troubles, agitateurs, fainéants, et qui préfèrent toujours que les miséreux se battent entre eux (ça n’a pas changé depuis).
Paronuzzi s’est beaucoup documenté (une bibliographie quasi exhaustive sur le sujet se trouve en fin d’album), et son récit est monté de façon implacable, il y a de la tragédie antique dans cette montée des tensions, jusqu’à l’éclatement incontrôlable de la violence, de la haine, et de la bêtise. Il faut dire que les propos racistes, le nationalisme exacerbé de la IIIème République revancharde (cela se passe en 1893) ont préparé le terrain.
Mais Paronuzzi montre aussi très bien comment le phénomène de foule agit, pour agglomérer autour de quelques excités extrémistes la quasi-totalité des habitants de la ville. La lâcheté des autorités (le maire en tête), la haine de classe du propriétaire (ici presque caricatural) donne alors un blanc-seing au racisme ordinaire. La bêtise de la foule faisant le reste.
Il y a eu un procès, et tout le monde a été acquitté ! Hallucinant. Et, à l’heure où le rejet de l’autre, de l’étranger s’impose dans de plus en plus de médias, alors que les dominants y trouvent leur intérêt en faisant en sorte que les dominés se battent entre eux plutôt que contre la domination, cette histoire résonne fortement.
Une triste histoire, qu’on aurait aimé être inventée, mais qui est bien racontée. Et le dessin de Djinda, un trait moderne, proche de Gipi (pour rester dans le domaine italien), mais aussi de certains dessins de presse de l’époque (comme on pouvait en voir dans « L’Assiette au beurre » par exemple), s’est révélé agréable. Il accompagne très bien le récit. La colorisation, un peu terne, donne un petit air vieillot qui lui aussi colle bien avec le sujet.
Une lecture recommandable, qui fait réfléchir, et qui hélas (encore hélas !) nous renvoie à une actualité qui peut nous faire craindre que ces événements ignobles pourraient tout à fait se reproduire.
C’est semble-t-il le premier album de ces deux auteurs. Je serai curieux de les voir sur un autre projet, car cet album est une réussite.
J'ai eu une heureuse surprise à la lecture de ce comic indépendant. Je me méfie toujours des histoires d'états d'âme d'ados désœuvrés dans leur opulence.
Ici la rencontre entre Miles et Anna sonne juste autour de leur amour partagé du groupe des Cure. Même si je n'étais pas du genre à sécher les cours, je me vois bien faire le pied de grue pour acheter des billets pour une finale de foot.
J'ai tout de suite accroché aux dialogues entre les deux ados et à la personnalité du timide Miles. Le déroulé de la conversation entre ces deux ados qui se découvrent au-delà de leur univers musical qui sert de fil rouge à cette journée étrange est pleine de sincérité.
En effet c'est une journée imprévisible puisqu'elle devait se résumer à l'achat d'un CD et qui finit par une découverte de soi grâce à une rencontre fortuite. C'est bien mené, tendre et frais comme l'ébauche d'un premier amour.
Le graphisme est assez minimaliste dans les décors et le fond des cases mais va à l'essentiel pour les expressions et une gestuelle souple très ado.
Une lecture surprise bien agréable. Une note un peu généreuse mais un ouvrage qui parle au cœur d'une façon très fraiche.
Le Caillou est un conte destiné aux enfants qui aborde, de manière très intelligente je trouve, le thème du temps qui passe. Ce temps qui toujours demeure une avancée vers l’inconnu, avec les craintes que cela engendre. Ce temps qui nous permet de grandir et d’évoluer. Ce temps qui fait vieillir, et mourir, nos proches.
Cette thématique est très finement explorée au travers d’une histoire dans laquelle le personnage central va commettre des erreurs, sombrer dans la facilité puis, par amour, par amitié, accepter l’inéluctable : le temps passe, nous pousse constamment vers notre futur avec ses bons et ses mauvais côtés. Tout au long du récit, Timéo ne cesse d’évoluer, parfois de manière positive, parfois de manière négative et ses comportements m’ont semblé d’une grande justesse. A ses côté, Roya incarne la sagesse ‘animale’. Elle apparait directement plus mature, déjà marquée par la vie et voit en l’avenir un champ des possibles suffisamment attractif pour oublier la peur engendrée par l’inconnu.
Le théâtre est connu des jeunes lecteurs. C’est celui de l’école, de ses impitoyables cours de récréation et cantines, de ses interrogations surprises. Un univers qui immanquablement résonnera en écho avec la vie du public ciblé.
L’histoire est très simple, abordable par de jeunes lecteurs qui seront d’abord emportés par l’aventure et le caractère magique de celle-ci avant de très certainement se questionner sur certains comportements, certains événements. C’est, je pense, une œuvre qui divertit autant qu’elle invite le lecteur à réfléchir. Et en cela, je trouve que c’est une très belle œuvre destinée à la jeunesse.
Le dessin de Marion Bulot apporte beaucoup de poésie à cette histoire. La mise en page est aérée, les personnages très expressifs et les couleurs douces et souvent automnales. Rien que l’architecture de la maison de la grand-mère de Timéo est une invitation à la lecture. Ce côté ‘tanière réconfortante’ au milieu d’une urbanisation agressive donne directement le ton de l’album. J'ai également beaucoup aimé l'évolution graphique de certains personnages secondaires, d'abord représentés sous des traits d'animaux avant de s'humaniser au fur et à mesure que Timéo les connait.
Pour un adulte, bien entendu, l’album peut frustrer car il est très vite lu. Mais c’est vraiment une lecture que je conseillerais à un jeune enfant (de 7 à 10 ans). Pour moi, c’est vraiment un très bel album et un réel coup de cœur.
J'avais déjà apprécié le duo Miller/Mazzucchelli avec Daredevil - Renaissance (Justice aveugle) et je suis toujours sous le charme des deux artistes.
Sous le charme du scénario que Miller propose pour les premiers pas de l'homme chauve-souris tout en revisitant légèrement les origines de celui-ci. Évidemment Bruce Wayne sera au centre de l'histoire, mais le lieutenant James Gordon va lui aussi y prendre une place importante. Miller prend le temps de creuser nos deux personnages, de nous montrer leurs démons intérieurs, leurs vulnérabilités et leurs pugnacités, bref, les rendre humains et attachants. Le début d'un long partenariat.
Un récit énergique, efficace et maîtrisé de bout en bout.
Sous le charme du dessin rétro de Mazzucchelli qui apporte cette ambiance noire et réaliste au récit avec une mise en page dynamique, des visages expressifs et de jolies couleurs teintées années 80.
Du très bon boulot.
Un excellent moment de lecture.
Sous des allures de récit faussement fantastique, Jaime Martin nous plonge dans la seconde moitié du 19e siècle dans les Pyrénées espagnoles. Là, une vieille ermite vivant de la vente de ses potions à base de plantes recueille une femme en fuite et fiévreuse. Même guérie, celle-ci reste farouche et muette sur son passé, ce qui n'empêche pas la vieille de l'adopter et de la faire passer pour sa nièce auprès des gens du village de la vallée. Mais ceux-ci ne voient pas la nouvelle venue d'un bon œil, lui attribuant le chaos qui va s'emparer peu à peu de l'esprit des villageois et villageoises. Sans parler de cette étrange maladie qui se répand peu à peu.
Depuis Ce que le vent apporte et Toute la Poussière du Chemin, je suis sous le charme du graphisme de Jaime Martin qui se rapproche de celui de Ruben Pellejero. J'aime leur encrage épais et l'élégance de leurs planches qui ressort d'autant plus dans le grand format des albums de la collection Aire Libre. Dès les premières cases, j'ai été transporté dans les décors de ces montagnes d'il y a plus d'un siècle et de ceux qui y vivaient. Tout y est impeccable, des personnages aux décors en passant par les couleurs. C'est propre, c'est clair, c'est bien mis en scène et c'est beau.
L'auteur a su capter mon attention immédiatement avec son insertion d'éléments fantastiques dont on ne saura jamais vraiment s'ils sont réels ou seulement métaphoriques. D'ailleurs à ce sujet, autant j'ai bien compris qui était cette sinistre louve, autant je n'ai pas su capter quel était le rôle symbolique que la femme rousse était censée jouer au final. Mais ça n'a pas de grande importance car je me suis laissé emporté par le récit.
Il représente avec rigueur et humanité les conditions de vie dans les montagnes à l'époque. Si tout le cadre a des accents tragiques, ce sont avant tout les relations humaines qui sont mises en avant, faites d'affection, de rejet, de mépris, de confiance et de défiance. Les personnages de la vieille femme et de sa protégée ont tous deux leurs secrets et leurs regrets et ce n'est que vers la fin de l'album qu'ils sont dévoilés, leurs traumatismes du passé les rapprochant encore plus. Et les autres protagonistes ne sont pas oubliés pour autant, les différents villageois, qu'ils soient bienveillants ou malveillants, ont tous une âme et apportent leur pierre à l'édifice de ce récit fort et prenant. Leurs relations sont justes, jamais exagérées ni manichéennes, ce qui permet d'éviter la tragédie facile et prévisible.
C'est aussi l'occasion de découvrir les trémentinaires, ces femmes guérisseuses solitaires qui vivaient de la vente d'herbes et de remèdes naturels, ainsi que la solidarité féminine entre elles.
Solidarité et humanité face à la cruauté du monde, voilà d'ailleurs comment on pourrait résumer les thématiques de cet album.
Très bien racontée, belle et intense, c'est une très bonne bande dessinée.
J’avais découvert le travail de Jean-Paul Eid avec ses séries humoristiques, très oubapiennes (souvent autour du personnage de Jérôme Bigras). Si c’est cet aspect humoristique de son œuvre que je préfère, je dois dire que ses romans graphiques plus « classiques » valent franchement le détour (voir « La femme aux cartes postales » par exemple).
D’abord parce que son dessin, et sa colorisation très « chaudes » sont vraiment chouettes, agréables et fluides.
Ensuite parce que sa narration l’est tout autant.
Le sujet est pourtant douloureux : un jeune couple, qui a déjà une fille, vient d’avoir un autre enfant, un garçon grand prématuré et atteint d’un lourd handicap à la naissance (une sorte de paralysie cérébrale). S’ensuivent tout un tas de galère et de questionnements (j’avais lu il n’y a pas si longtemps un autre album sur un sujet quasi similaire, Une chance sur un million, intéressant, mais j’ai trouvé l’album d’Eid encore meilleur).
Jamais Eid (qui nous apprend à la fin que le sujet le touche de très près, et que son histoire personnelle – il a un fils atteint d’une paralysie cérébrale – a fortement inspiré cet album) ne surjoue le pathos. Au contraire, les parents – malgré les quelques tiraillements dans le couple – se battent pour leur fils, au sein du cocon familial, pour le faire accepter dans une crèche, etc.
La narratrice principale est justement la grande sœur, qui visite l’ancienne maison familiale, et qui nous fait revivre par des flash-backs les moments forts de l’histoire de cette famille, et de ce garçon.
C’est une lecture qui, comme l’a écrit Gaston, plaira aux amateurs de roman graphique de qualité, et qui amène aussi pas mal de réflexion sur nous-même, la société. Une lecture très plaisante en tout cas.
Et je dois dire, mais là c’est purement subjectif, et Gaston par exemple peux ne pas comprendre, que le « parlé » québécois, un peu comment dans les albums de Rabagliati, est un petit plus pour moi. Ça n’est pas très rationnel, mais les expressions, amusantes, décalées par rapport au Français de « France », apportent ici un charme discret mais réel pour le lecteur que je suis.
Je dois commencer par dire que je ne suis pas spécialement un fan de comics, et encore moins de super héros (du moins, depuis que j'ai arrêté de lire Strange et consorts and j'étais ado !) Seule une petite étiquette 'coup de coeur de l'année' a attiré mon attention, et piqué ma curiosité dans mon magasin de BD préféré.
J'ai donc simplement voulu feuilleter la chose, et là, j'avoue être resté bouche bée devant la qualité graphique de ce volume.
Renseignements pris auprès d'un des vendeurs (je ne comprenais pas au départ le rapport entre Wonder woman -sorte d'alter ego féminin de l'homme au slip rouge de la planète Krypton, de ce que j'en savais- et les amazones de la mythologie grecque), on m'apprit donc que Wonder woman est supposée être la fille d'une amazone, d'Hippolyte d'une part, et que le dit volume était en fait une sorte d'intégrale de trois épisodes différents, dessinés et colorisés par différentes personnes, à savoir dans l'ordre, Phil Jimenez, Gene Ha , et Nicola Scott.
J'avoue connaître le premier de nom, mais franchement sans plus.
Sauf que Jimenez est celui qui a oeuvré pour illustrer tout le premier épisode qui se passe sur le Mont Olympe j'imagine, en tout cas chez les dieux et déesses grecques. Et le graphisme assez fou qui nous est proposé va rendre parfaitement cette démesure divine, tout est ici vraiment poussé à l'extrême, 'over the top', que ce soit les dessins eux-mêmes, les couleurs... numériques (auxquelles je suis pourtant a priori assez peu sensible), tout est 'too much', poussé à l'extrême, comme un morceau homérique de Judas Priest, pour les amateurs du groupe.
La mise en scène / mise en page avec les cadres noirs et tout le tremblement, me semble assez proche ce que je crois savoir être les standards des comics, mais là aussi, les choses semblent poussées assez loin (par rapport à mes vieux souvenirs d'ado ! Les choses ont probablement changées depuis...)
Bref, c'est une explosion de couleurs, d'idées incroyables de perspectives, de cadrages tous plus étonnants les uns que les autres, un vrai feu d'artifice ! On est presque à la limite de l'écoeurement parfois, tellement c'est riche, et coloré, mais force est de constater que c'est d'une remarquable efficacité, et que la, pour le coup, si vous aimez sentir une vraie signature graphique lorsque vous lisez une BD, vous allez être servi(es) !
Les choses se calment grandement ensuite, lorsqu'on revient 'sur terre', chez les hommes, ou...les femmes, mais cela fait sens. Une fois encore, la forme semble être assez cohérente avec le fond, on est sortis de la démesure pour revenir à quelque chose de beaucoup plus sage, de simplement...humain. L'ensemble demeurera ainsi jusqu'à la fin, sauf lorsque Zeus en personne sera mis en scène (quelque peu surpris par le fait que ce dernier se retrouve affublé de cornes, mais bon...quand t'as des êtres vivants qui te sortent de la cuisse, pourquoi pas des cornes du front, me direz-vous ? ?)
L'histoire narrée ici est plutôt sympa, bien dans ce qui se fait à l'heure actuelle avec ce que les américains appellent le 'women empowerment', c'est à dire des personnages féminins forts, puissants, et surtout autonomes par rapport à ceux de l'autre sexe. Pour autant, on évite le piège de la bien pensance, et du truc moralisateur, et super gnan-gnan. Rien de véritablement révolutionnaire, mais ça se lit avec plaisir.
Alors, bien sûr, l'Histoire, ou plutôt la mythologie classique, n'est pas respectée. Je ne veux pas spoiler mais disons que la rencontre entre Héraclès et les amazones ne se termine pas du tout comme d'habitude, il n'est plus question d'emprisonner Hippolyte, et de réclamer sa ceinture en échange de sa libération.
Donc, au final, j'ai été particulièrement subjugué en particulier par cette première partie dingue, le reste est, selon moi, un peu plus convenu, mais cela n'en demeure pas moins une BD tout à fait atypique, et le fait que certains parlent de pur chef-d'oeuvre ne me choque franchement pas, même si je suis un peu plus mesuré.
Un conseil néanmoins, prenez le temps de bien feuilleter les premières pages, cela pourra vous convaincre d'immédiatement acheter ce volume sur l'origine de Wonder woman (que l'on ne voit en fait pas, ou pas adulte, dans toute la BD, raison pour laquelle je trouve le titre un peu trompeur), ou au contraire, vous faire fuir en courant, en ayant presqu' un haut le coeur.
Après tout, il semblerait que nous soyons dans une époque où il faut cliver, polariser, et bien là, c'est réussi !!
Résultat des courses : un bon 4/5 pour ce qui me concerne.
Premières fois
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Frank Miller et Daredevil, c'est une belle histoire d'amour qui a duré de 1979 à 1983 pour la série mensuelle, avec un retour en 1985 avec David Mazzuchelli (Daredevil: Born Again) et un retour en 1993 avec John Romita junior (JRjr) pour la présente histoire.
Matt Murdock est un enfant qui est élevé par son père (parent unique) qui attend de lui qu'il réussisse dans les études. Jack Murdock est un boxeur sur qui plus personne ne veut parier et qui a été récupéré par la pègre pour récupérer des prêts monétaires auprès de débiteurs peu solvables. Pour augmenter leurs revenus, ces criminels relancent sa carrière sur le ring en arrangeant les combats et en lui de demandant de se coucher pour le dernier. de son coté Matt a fait ce qu'il fallait pour se lancer dans des études de droits, mais il est devenu aveugle suite à une aspersion accidentelle d'un produit chimique expérimental.
Je pense que les éditeurs de Marvel ont dû harceler Frank Miller jusqu'à ce qu'il dise oui pour écrire cette histoire. Il faut dire que Miller a une relation très affective avec ce personnage qu'il est facile de comparer à celle qu'il entretient avec Batman. Pour Batman, il a écrit Year One ; pour Daredevil il semblait logique qu'il en fasse autant. Néanmoins Man wihtout fear n'est pas la première année de Matt Murdock en tant que superhéros, mais plus son origine. le récit passe par tous les moments qui vont transformer ce jeune garçon en un héros. Tout y est : l'origine de la matraque (billyclub) de Daredevil, la mère absente, la mystérieuse bonne sœur, l'accident qui lui ôte la vue, la première rencontre avec Stick, l'entraînement clandestin dans la salle de gym, le meurtre du père, la première rencontre avec Foggy, la première rencontre avec Elektra, le premier emploi, le premier affrontement contre les troupes de Wilson Fisk.
La deuxième différence évidente avec "Year one" est que Miller ne se contente pas de retracer l'origine de Daredevil dans une forme modernisée, il insère aussi tous les éléments qu'il a introduits entre 1980 et 1983. Man without fear constitue l'établissement dune continuité fortement rétroactive par rapport à l'histoire originelle de Stan Lee et Bill Everett en 1964. La troisième différence est que Miller n'a pas réussi (ou n'a pas pris le temps) à trouver une structure narrative efficace. Il se contente de dérouler les séquences les unes après les autres, sans établir de cadre qui leur donne un sens. Foggy Nelson ne joue pas le rôle de James Gordon dans Year one. le lien qui unit Matt à New York (et au quartier d'Hell's Kitchen en particulier) apparaît clairement sans pour autant bénéficier d'une mystique identique à celle qui unit Bruce Wayne et Gotham.
Pour les illustrations, les éditeurs de Marvel ont été réquisitionner une valeur sûre de chez Marvel : JRjr. Heureusement ils l'ont à nouveau associé à un encreur vétéran et doué : Al Williamson. Je n'aime pas les dessins de JRjr, mais ici il a fait un véritable effort pour s'appliquer. Il a beaucoup travaillé pour donner une ambiance urbaine à chaque scène, en particulier personnalisant toutes les tenues vestimentaires (on reconnaît bien le début des années 1990). Il a également soigné la décoration intérieure de chaque pièce. Ses personnages sont facilement reconnaissables et leur gestuelle est inventive et crédible. Par contre, la mise en page est très lourdaude, et très peu énergique. Dans certaines pages, on voit bien qu'il tente de s'inspirer des mises en pages de Miller, mais sans succès. Et même pour les scènes de combat, il va piocher dans les postures popularisées par Miller pour essayer de retrouver sa magie, sans grand succès. Al Williamson encre les dessins de JRjr en apportant beaucoup de précision et de finesse. Dans la mesure où JRjr a vraiment passé beaucoup de temps sur chaque détail, Williamson peu abandonner ses tics de remplissage (des traits fins parallèles légèrement tremblés) pour se concentrer sur un encrage donnant une lisibilité maximale aux dessins.
Cette histoire est agréable à lire, mais elle est très en deçà du niveau de qualité habituel des scénarios de Frank Miller. Par contre, JRjr est largement au dessus de la qualité habituelle de la sa production et il dispose d'un excellent encreur. Pour être honnête, j'ai préféré Daredevil: Yellow de Jeph Loeb et Tim Sale (une réécriture des origines de Daredevil plus fidèle à l'originale) que ce retour superficiel et lucratif de Frank Miller sur ce personnage.
Wouah, belle claque.
“L’Odyssée d’Hakim” de Fabien Toulmé est un témoignage / reportage BD que j’ai beaucoup aimé. Toulmé nous plonge dans le parcours poignant d’Hakim, un réfugié syrien, avec une sincérité désarmante.
Le parcours d’Hakim est raconté avec beaucoup de justesse, ce qui en fait quelque chose de profond autour de la peur (légitime), le courage, la douleur, mais aussi l’espoir et la résilience. Chaque étape de son voyage est décrite avec précision, et on comprend mieux les réalités difficiles auxquelles sont confrontés les réfugiés.
Toulmé réussit également à intégrer des moments de légèreté et d’humour, ce qui permet de rendre l’histoire encore plus humaine et accessible. Ces touches d’humour allègent le propos sans jamais le dénaturer, et j’ai trouvé cela très bienvenu.
J’ai particulièrement apprécié la manière dont Toulmé raconte cette histoire avec humanité et respect, sans tomber dans le pathos ou dans le cliché. Cela en fait un témoignage authentique et touchant.
Le style graphique de Toulmé est à la fois clair et très lisible, ce qui permet de se plonger facilement dans l’histoire. Les dessins capturent parfaitement les émotions des personnages et les difficultés qu’ils rencontrent, ajoutant une profondeur émotionnelle au récit. Je mettrais un bémol sur les nez féminins néanmoins.
Une lecture que je recommande vivement, car elle offre une perspective précieuse sur une réalité souvent méconnue et mal comprise.
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Qui sait quelle personne tu seras en revenant ? - Ce tome est le premier d'un diptyque indépendant de tout autre. La première édition date de 2020. C'est l’œuvre d'un auteur complet : Pierre Jeanneau pour le scénario, les dessins et les couleurs, avec la participation de Philippe Ory pour ces dernières. Il s'agit d'une bande dessinée de 200 pages. Javier se réveille dans le lit double de la chambre de son appartement. Il se lève en pyjama de type short et teeshirt, et va prendre sa douche. Une fois lavé et habillé, il va se servir une tasse de café qu'il savoure dans le fauteuil de son séjour. À l'esprit, il a la photographie de lui et Faustine sur une petite table, et plusieurs cartons portant l'inscription À Faustine.il s'allonge à moitié dans son canapé et prend le carnet de notes dans lequel se trouve le descriptif de Sand Castles, une chanson de son groupe. Un livreur sonne à la porte de son appartement. Javier va ouvrir et prend en charge le carton, alors qu'un message apparaît sur sa boîte mail de Marc, son pote, lui indiquant qu'il arrive bientôt. Dans le carton, Javier trouve des affaires de Faustine, sans savoir pourquoi elles arrivent chez lui. Elle était devenue sa copine, alors qu'il jouait de la basse dans le même groupe que Marc. Quelques temps plus tard, ils emménageaient ensemble, même si elle remarquait qu'il n'y avait quasiment que des affaires à elle dans l'appartement. Alors que Marc monte dans l'escalier, Javier continue de se remémorer quelques moments de sa relation avec Faustine, en particulier les décalages entre leurs attentes respectives pour le futur. Javier fait entrer Marc et lui sert un café. Il lui demande s'il ne lui aurait pas prêté le livre, celui qui lui inspiré l'écriture de la chanson Sand Castles. Marc lui répond par la négative, en pensant que c'est peut-être Faustine qui l'a. Il continue en lui demandant s'il peut lui emprunter sa basse. Javier répond par l'affirmative et il repense également au jour où sa copine a passé son entretien d'embauche. Quelques jours plus tard, elle évoquait la possibilité de déménager car elle avait trouvé plus proche de son boulot. Il avait répondu qu'il aimait bien le quartier où ils se trouvaient. Il ajoute qu'il faut se presser parce qu'il doit se rendre au travail. Ils passent dans la pièce qui sert de débarras et Javier récupère la basse, Marc jetant un coup d’œil autour de lui. Il remarque une échographie : il consulte les informations qui y sont portées. Faustine est en train de terminer sa journée de travail dans un open-space, pour une banque. Elle répond à un appel de sa mère qui souhaite savoir comment elle va, et elle explique un peu agacée qu'elle n'a pas de nouvelles de Javier. Elle raccroche et se lève, mettant son manteau. Deborah, sa voisine dans le cubicule adjacent, lui dit qu'elle part également. Elle se moque gentiment du fait que Faustine ait sa mère sur le dos, et lui dit qu'elle verra le jour où elle sera enceinte. Sa collègue fait une drôle de tête. Elles prennent l'ascenseur et se retrouve avec le DRH qui fait une observation sur la tenue trop décontractée de Faustine. Voilà un ouvrage qui attire l'attention dès la couverture, avec sa belle perspective isométrique. En y accordant un peu plus de temps et d'attention, le lecteur remarque un niveau de détails impressionnant en termes descriptifs. Il détecte également trois hexagones faisant office d'éclaté, permettant de voir ce qui se passe à l'intérieur du bâtiment sur lequel ils sont apposés. En découvrant la première planche (en page 7), il découvre une seule case hexagonale au centre d'un fond noir. Il fait le lien avec les deux zones noires, de part et d'autre de la rue sur la couverture. L'auteur a pris le parti original d'utiliser systématiquement une perspective isométrique pour toutes les cases sans exceptions, dispositif imprimant une régularité et un cadre peu usuel à la narration visuelle. le récit est structuré en six chapitres, chacun consacré au point de vue d'un personnage, successivement Javier (24 pages), Faustine (26 pages), Marc (30 pages), Assia (24 pages), Matthew (24 pages), et Judith (52 pages). Chaque chapitre s'ouvre donc sur une case hexagonale occupant le centre d'une case noire en pleine page. Sur la deuxième page du chapitre qui lui est consacré, le personnage se déplace, et l'environnement autour de lui apparaît, rattaché à la case initiale : soit une pièce contigüe pour Javier, soit un dessin en double page pour Faustine ou Judith, toujours en perspective isométrique. Il se produit un effet visuel évoquant certains jeux vidéo dans lesquels l'environnement apparaît au joueur au fur et à mesure que son personnage se déplace. Comme sur la couverture, le lecteur repère régulièrement, mais pas systématiquement, un éclaté dans une bordure elle aussi hexagonale qui fait comme un effet de loupe sur un élément du décor, apportant une information visuelle supplémentaire qui se rattache à la pensée qui préoccupe le personnage. Une fois passée la période d'adaptation à ce mode narratif visuel particulier, le lecteur retrouve les marques habituelles d'une bande dessinée. L'artiste représente les personnages avec une forme de simplification dans la description, tout en leur conférant une bonne identité visuelle, et une petite exagération dans certaines expressions de visage. le lecteur peut ainsi bien percevoir leur état d'esprit, sans pour autant que les protagonistes ne donnent l'impression de surjouer. Il remarque que le dessinateur utilise majoritairement des plans assez larges, donnant à voir l'environnement tout autour des personnages, ceux-ci se trouvant entre un à trois mètres du point de vue du regard. Il remarque également que la prise de vue est plus proche des personnages dans le dernier chapitre, la tension émotionnelle ayant grimpé de plusieurs crans. Jeanneau réalise des dessins descriptifs, avec un niveau de détails élevé. Ses traits conservent une forme de souplesse, sans la rigidité des traits très fins et droits. Il porte une attention toute particulière aux endroits où se déroule chaque scène dans des vues globales où le lecteur découvre l'agencement des pièces de l'appartement de l'un ou l'autre, l'ameublement, la décoration, ou encore des dessins en double page en extérieur vue du ciel en perspective isométrique, montrant un quartier ou plusieurs. le lecteur peut ainsi voir une rue ou plusieurs avec les différents bâtiments et leur façade, les usagers de la voie publique, piétons et véhicules. Dans les doubles pages 44 & 45, et 118 & 119, le lecteur découvre une composition très élégante, montrant toujours en vu ciel et en perspective isométrique, le trajet de plusieurs personnages, sous forme de ligne de métro, avec les stations. L'effet est saisissant, à la fois donnant à voir leur trajet, à la fois leur simultanéité, à la fois leur similarité. Il en va de même quand dans une même page, l'auteur mêle le temps présent dans l'image principale, et le temps passé sous forme de souvenirs dans des cases en éclaté. le lecteur prend alors conscience de l'action du moment présent du personnage, et la manière dont un élément ou une phrase lui rappelle de manière inconsciente un ressenti associé à un moment du passé. Au départ, le lecteur ne peut percevoir la structure globale du récit, et il prend le premier chapitre comme il vient. Il fait connaissance avec celui qu'il suppose être le personnage principal, avec son meilleur ami, et dans ces cases du passé, avec son ancienne compagne. Avec le deuxième chapitre, il prend conscience qu'il s'agit d'un récit choral, et il en a la confirmation avec les quatre suivants. Il absorbe les éléments visuels inconsciemment : une grande ville avec un métro, mais sans la densité de population associée à Paris (peut-être Lyon ?), des téléphones portables et des ordinateurs portables (vraisemblablement le temps présent de la parution du récit), des cubicules, une nouvelle rue piétonne en centre-ville. Il lit le premier chapitre sans pouvoir déterminer ce qui relève de l'information essentielle, et ce qui relève de l'anecdotique. Il prête donc attention à chaque information de la même manière. Il se plonge dans une tranche de vie, avec des réminiscences du passé : un individu devant avoir entre 25 et 30 ans, ayant vécu en couple, ayant fait parti d'un groupe de rock (peut-être plutôt de punk), employé dans une librairie, disposant d'un revenu lui permettant de louer un appartement de cinquante ou soixante mètres carrés dans un quartier agréable, sans être rupin. En entament le deuxième chapitre, il établit aisément le lien avec le premier puisque Faustine en est le point focal, et c'était la compagne de Javier. Il comprend progressivement quels liens ont uni quels personnages, et observe que leur vie croise inopinément celle d'autres. Petit à petit ces vies se retrouvent intriquées au présent, avec une vision sur ce qui les a liées précédemment. le lecteur admire l'élégance avec laquelle l'auteur a su composer sa tapisserie narrative. Le lecteur plonge donc dans une sorte de chronique sociale d'un groupe d'une demi-douzaine de personnes se fréquentant irrégulièrement depuis plusieurs années, un milieu social banal, des personnes entre 25 et 30 ans, étant plus ou moins avancées dans la vie active et dans la vie professionnelle. Il ressent quelques regrets épars : la séparation du couple Faustine & Javier, les difficultés de Marc à concilier un boulot dans la restauration et son groupe de punk, la nécessité pour Faustine de se positionner plus clairement dans son milieu professionnel, la réalité d'avoir pu ouvrir le commerce de ses rêves pour Assia, les limites de al vie professionnelle et de la vie de couple pour Matthew, la difficulté de rétablir e contact avec ses anciens après plusieurs mois passés à l'étranger pour Judith. Petit à petit, le lecteur saisit le thème commun à chacune de ces existences, la nécessité de changer, de basculer dans une vie d'adulte en renonçant à sa vie d'étudiants, en concevant autrement ces anciennes occupations avec un regard pleinement adulte, la nécessité inéluctable de faire des choix, d'abandonner certaines activités. Chacun d'entre eux prend conscience de la transition qui a eu lieu progressivement, et qu'il accepte plus ou moins bien, se retrouvant dans une phase ou une autre du deuil de l'état précédent, entre déni, colère, marchandage, dépression acceptation. Après un temps d'adaptation pour lire hexagone par hexagone, le lecteur s'immerge dans une comédie dramatique chorale, douce et déconcertante, plausible, sans être tout à fait naturaliste. Il apprécie la narration visuelle à la mise en page particulière, et aux dessins fournis, et se prête volontiers au jeu d'assembler les pièces du puzzle pour se faire une idée plus claire de la vue générale de l'ensemble. Il perçoit un malaise diffus, celui d'individus prenant conscience qu'ils ont insensiblement changé, chacun à sa manière, acceptant plus ou moins facilement ce qu'ils sont devenus, faisant l'expérience que leurs moments en commun ont perdu en intensité et qu'ils s'éloignent les uns des autres. Une tapisserie remarquable dans son agencement élégant, et dans sa façon d'évoquer cette phase de la vie.
De sel et de sang
A la lecture de cette histoire, hélas vraie, me sont revenues en mémoire les lectures de Mangez-le si vous voulez ou Le Singe de Hartlepool, qui racontaient aussi comment une foule décérébrée s’était acharné de façon hallucinante sur un pauvre type (ou un singe !). Mais les victimes sont ici – encore hélas – bien plus nombreuses : des centaines de travailleurs immigrés italiens, exploités dans les salines d’Aigues-Mortes, en concurrence avec d’autres ouvriers français, les miséreux des deux « camps » étant méprisés par les propriétaires – et l’administration, qui n’y voient que fauteurs de troubles, agitateurs, fainéants, et qui préfèrent toujours que les miséreux se battent entre eux (ça n’a pas changé depuis). Paronuzzi s’est beaucoup documenté (une bibliographie quasi exhaustive sur le sujet se trouve en fin d’album), et son récit est monté de façon implacable, il y a de la tragédie antique dans cette montée des tensions, jusqu’à l’éclatement incontrôlable de la violence, de la haine, et de la bêtise. Il faut dire que les propos racistes, le nationalisme exacerbé de la IIIème République revancharde (cela se passe en 1893) ont préparé le terrain. Mais Paronuzzi montre aussi très bien comment le phénomène de foule agit, pour agglomérer autour de quelques excités extrémistes la quasi-totalité des habitants de la ville. La lâcheté des autorités (le maire en tête), la haine de classe du propriétaire (ici presque caricatural) donne alors un blanc-seing au racisme ordinaire. La bêtise de la foule faisant le reste. Il y a eu un procès, et tout le monde a été acquitté ! Hallucinant. Et, à l’heure où le rejet de l’autre, de l’étranger s’impose dans de plus en plus de médias, alors que les dominants y trouvent leur intérêt en faisant en sorte que les dominés se battent entre eux plutôt que contre la domination, cette histoire résonne fortement. Une triste histoire, qu’on aurait aimé être inventée, mais qui est bien racontée. Et le dessin de Djinda, un trait moderne, proche de Gipi (pour rester dans le domaine italien), mais aussi de certains dessins de presse de l’époque (comme on pouvait en voir dans « L’Assiette au beurre » par exemple), s’est révélé agréable. Il accompagne très bien le récit. La colorisation, un peu terne, donne un petit air vieillot qui lui aussi colle bien avec le sujet. Une lecture recommandable, qui fait réfléchir, et qui hélas (encore hélas !) nous renvoie à une actualité qui peut nous faire craindre que ces événements ignobles pourraient tout à fait se reproduire. C’est semble-t-il le premier album de ces deux auteurs. Je serai curieux de les voir sur un autre projet, car cet album est une réussite.
A Strange Day
J'ai eu une heureuse surprise à la lecture de ce comic indépendant. Je me méfie toujours des histoires d'états d'âme d'ados désœuvrés dans leur opulence. Ici la rencontre entre Miles et Anna sonne juste autour de leur amour partagé du groupe des Cure. Même si je n'étais pas du genre à sécher les cours, je me vois bien faire le pied de grue pour acheter des billets pour une finale de foot. J'ai tout de suite accroché aux dialogues entre les deux ados et à la personnalité du timide Miles. Le déroulé de la conversation entre ces deux ados qui se découvrent au-delà de leur univers musical qui sert de fil rouge à cette journée étrange est pleine de sincérité. En effet c'est une journée imprévisible puisqu'elle devait se résumer à l'achat d'un CD et qui finit par une découverte de soi grâce à une rencontre fortuite. C'est bien mené, tendre et frais comme l'ébauche d'un premier amour. Le graphisme est assez minimaliste dans les décors et le fond des cases mais va à l'essentiel pour les expressions et une gestuelle souple très ado. Une lecture surprise bien agréable. Une note un peu généreuse mais un ouvrage qui parle au cœur d'une façon très fraiche.
Le Caillou
Le Caillou est un conte destiné aux enfants qui aborde, de manière très intelligente je trouve, le thème du temps qui passe. Ce temps qui toujours demeure une avancée vers l’inconnu, avec les craintes que cela engendre. Ce temps qui nous permet de grandir et d’évoluer. Ce temps qui fait vieillir, et mourir, nos proches. Cette thématique est très finement explorée au travers d’une histoire dans laquelle le personnage central va commettre des erreurs, sombrer dans la facilité puis, par amour, par amitié, accepter l’inéluctable : le temps passe, nous pousse constamment vers notre futur avec ses bons et ses mauvais côtés. Tout au long du récit, Timéo ne cesse d’évoluer, parfois de manière positive, parfois de manière négative et ses comportements m’ont semblé d’une grande justesse. A ses côté, Roya incarne la sagesse ‘animale’. Elle apparait directement plus mature, déjà marquée par la vie et voit en l’avenir un champ des possibles suffisamment attractif pour oublier la peur engendrée par l’inconnu. Le théâtre est connu des jeunes lecteurs. C’est celui de l’école, de ses impitoyables cours de récréation et cantines, de ses interrogations surprises. Un univers qui immanquablement résonnera en écho avec la vie du public ciblé. L’histoire est très simple, abordable par de jeunes lecteurs qui seront d’abord emportés par l’aventure et le caractère magique de celle-ci avant de très certainement se questionner sur certains comportements, certains événements. C’est, je pense, une œuvre qui divertit autant qu’elle invite le lecteur à réfléchir. Et en cela, je trouve que c’est une très belle œuvre destinée à la jeunesse. Le dessin de Marion Bulot apporte beaucoup de poésie à cette histoire. La mise en page est aérée, les personnages très expressifs et les couleurs douces et souvent automnales. Rien que l’architecture de la maison de la grand-mère de Timéo est une invitation à la lecture. Ce côté ‘tanière réconfortante’ au milieu d’une urbanisation agressive donne directement le ton de l’album. J'ai également beaucoup aimé l'évolution graphique de certains personnages secondaires, d'abord représentés sous des traits d'animaux avant de s'humaniser au fur et à mesure que Timéo les connait. Pour un adulte, bien entendu, l’album peut frustrer car il est très vite lu. Mais c’est vraiment une lecture que je conseillerais à un jeune enfant (de 7 à 10 ans). Pour moi, c’est vraiment un très bel album et un réel coup de cœur.
Batman - Année Un (Year One)
J'avais déjà apprécié le duo Miller/Mazzucchelli avec Daredevil - Renaissance (Justice aveugle) et je suis toujours sous le charme des deux artistes. Sous le charme du scénario que Miller propose pour les premiers pas de l'homme chauve-souris tout en revisitant légèrement les origines de celui-ci. Évidemment Bruce Wayne sera au centre de l'histoire, mais le lieutenant James Gordon va lui aussi y prendre une place importante. Miller prend le temps de creuser nos deux personnages, de nous montrer leurs démons intérieurs, leurs vulnérabilités et leurs pugnacités, bref, les rendre humains et attachants. Le début d'un long partenariat. Un récit énergique, efficace et maîtrisé de bout en bout. Sous le charme du dessin rétro de Mazzucchelli qui apporte cette ambiance noire et réaliste au récit avec une mise en page dynamique, des visages expressifs et de jolies couleurs teintées années 80. Du très bon boulot. Un excellent moment de lecture.
Un sombre manteau
Sous des allures de récit faussement fantastique, Jaime Martin nous plonge dans la seconde moitié du 19e siècle dans les Pyrénées espagnoles. Là, une vieille ermite vivant de la vente de ses potions à base de plantes recueille une femme en fuite et fiévreuse. Même guérie, celle-ci reste farouche et muette sur son passé, ce qui n'empêche pas la vieille de l'adopter et de la faire passer pour sa nièce auprès des gens du village de la vallée. Mais ceux-ci ne voient pas la nouvelle venue d'un bon œil, lui attribuant le chaos qui va s'emparer peu à peu de l'esprit des villageois et villageoises. Sans parler de cette étrange maladie qui se répand peu à peu. Depuis Ce que le vent apporte et Toute la Poussière du Chemin, je suis sous le charme du graphisme de Jaime Martin qui se rapproche de celui de Ruben Pellejero. J'aime leur encrage épais et l'élégance de leurs planches qui ressort d'autant plus dans le grand format des albums de la collection Aire Libre. Dès les premières cases, j'ai été transporté dans les décors de ces montagnes d'il y a plus d'un siècle et de ceux qui y vivaient. Tout y est impeccable, des personnages aux décors en passant par les couleurs. C'est propre, c'est clair, c'est bien mis en scène et c'est beau. L'auteur a su capter mon attention immédiatement avec son insertion d'éléments fantastiques dont on ne saura jamais vraiment s'ils sont réels ou seulement métaphoriques. D'ailleurs à ce sujet, autant j'ai bien compris qui était cette sinistre louve, autant je n'ai pas su capter quel était le rôle symbolique que la femme rousse était censée jouer au final. Mais ça n'a pas de grande importance car je me suis laissé emporté par le récit. Il représente avec rigueur et humanité les conditions de vie dans les montagnes à l'époque. Si tout le cadre a des accents tragiques, ce sont avant tout les relations humaines qui sont mises en avant, faites d'affection, de rejet, de mépris, de confiance et de défiance. Les personnages de la vieille femme et de sa protégée ont tous deux leurs secrets et leurs regrets et ce n'est que vers la fin de l'album qu'ils sont dévoilés, leurs traumatismes du passé les rapprochant encore plus. Et les autres protagonistes ne sont pas oubliés pour autant, les différents villageois, qu'ils soient bienveillants ou malveillants, ont tous une âme et apportent leur pierre à l'édifice de ce récit fort et prenant. Leurs relations sont justes, jamais exagérées ni manichéennes, ce qui permet d'éviter la tragédie facile et prévisible. C'est aussi l'occasion de découvrir les trémentinaires, ces femmes guérisseuses solitaires qui vivaient de la vente d'herbes et de remèdes naturels, ainsi que la solidarité féminine entre elles. Solidarité et humanité face à la cruauté du monde, voilà d'ailleurs comment on pourrait résumer les thématiques de cet album. Très bien racontée, belle et intense, c'est une très bonne bande dessinée.
Le Petit Astronaute
J’avais découvert le travail de Jean-Paul Eid avec ses séries humoristiques, très oubapiennes (souvent autour du personnage de Jérôme Bigras). Si c’est cet aspect humoristique de son œuvre que je préfère, je dois dire que ses romans graphiques plus « classiques » valent franchement le détour (voir « La femme aux cartes postales » par exemple). D’abord parce que son dessin, et sa colorisation très « chaudes » sont vraiment chouettes, agréables et fluides. Ensuite parce que sa narration l’est tout autant. Le sujet est pourtant douloureux : un jeune couple, qui a déjà une fille, vient d’avoir un autre enfant, un garçon grand prématuré et atteint d’un lourd handicap à la naissance (une sorte de paralysie cérébrale). S’ensuivent tout un tas de galère et de questionnements (j’avais lu il n’y a pas si longtemps un autre album sur un sujet quasi similaire, Une chance sur un million, intéressant, mais j’ai trouvé l’album d’Eid encore meilleur). Jamais Eid (qui nous apprend à la fin que le sujet le touche de très près, et que son histoire personnelle – il a un fils atteint d’une paralysie cérébrale – a fortement inspiré cet album) ne surjoue le pathos. Au contraire, les parents – malgré les quelques tiraillements dans le couple – se battent pour leur fils, au sein du cocon familial, pour le faire accepter dans une crèche, etc. La narratrice principale est justement la grande sœur, qui visite l’ancienne maison familiale, et qui nous fait revivre par des flash-backs les moments forts de l’histoire de cette famille, et de ce garçon. C’est une lecture qui, comme l’a écrit Gaston, plaira aux amateurs de roman graphique de qualité, et qui amène aussi pas mal de réflexion sur nous-même, la société. Une lecture très plaisante en tout cas. Et je dois dire, mais là c’est purement subjectif, et Gaston par exemple peux ne pas comprendre, que le « parlé » québécois, un peu comment dans les albums de Rabagliati, est un petit plus pour moi. Ça n’est pas très rationnel, mais les expressions, amusantes, décalées par rapport au Français de « France », apportent ici un charme discret mais réel pour le lecteur que je suis.
Wonder Woman Historia
Je dois commencer par dire que je ne suis pas spécialement un fan de comics, et encore moins de super héros (du moins, depuis que j'ai arrêté de lire Strange et consorts and j'étais ado !) Seule une petite étiquette 'coup de coeur de l'année' a attiré mon attention, et piqué ma curiosité dans mon magasin de BD préféré. J'ai donc simplement voulu feuilleter la chose, et là, j'avoue être resté bouche bée devant la qualité graphique de ce volume. Renseignements pris auprès d'un des vendeurs (je ne comprenais pas au départ le rapport entre Wonder woman -sorte d'alter ego féminin de l'homme au slip rouge de la planète Krypton, de ce que j'en savais- et les amazones de la mythologie grecque), on m'apprit donc que Wonder woman est supposée être la fille d'une amazone, d'Hippolyte d'une part, et que le dit volume était en fait une sorte d'intégrale de trois épisodes différents, dessinés et colorisés par différentes personnes, à savoir dans l'ordre, Phil Jimenez, Gene Ha , et Nicola Scott. J'avoue connaître le premier de nom, mais franchement sans plus. Sauf que Jimenez est celui qui a oeuvré pour illustrer tout le premier épisode qui se passe sur le Mont Olympe j'imagine, en tout cas chez les dieux et déesses grecques. Et le graphisme assez fou qui nous est proposé va rendre parfaitement cette démesure divine, tout est ici vraiment poussé à l'extrême, 'over the top', que ce soit les dessins eux-mêmes, les couleurs... numériques (auxquelles je suis pourtant a priori assez peu sensible), tout est 'too much', poussé à l'extrême, comme un morceau homérique de Judas Priest, pour les amateurs du groupe. La mise en scène / mise en page avec les cadres noirs et tout le tremblement, me semble assez proche ce que je crois savoir être les standards des comics, mais là aussi, les choses semblent poussées assez loin (par rapport à mes vieux souvenirs d'ado ! Les choses ont probablement changées depuis...) Bref, c'est une explosion de couleurs, d'idées incroyables de perspectives, de cadrages tous plus étonnants les uns que les autres, un vrai feu d'artifice ! On est presque à la limite de l'écoeurement parfois, tellement c'est riche, et coloré, mais force est de constater que c'est d'une remarquable efficacité, et que la, pour le coup, si vous aimez sentir une vraie signature graphique lorsque vous lisez une BD, vous allez être servi(es) ! Les choses se calment grandement ensuite, lorsqu'on revient 'sur terre', chez les hommes, ou...les femmes, mais cela fait sens. Une fois encore, la forme semble être assez cohérente avec le fond, on est sortis de la démesure pour revenir à quelque chose de beaucoup plus sage, de simplement...humain. L'ensemble demeurera ainsi jusqu'à la fin, sauf lorsque Zeus en personne sera mis en scène (quelque peu surpris par le fait que ce dernier se retrouve affublé de cornes, mais bon...quand t'as des êtres vivants qui te sortent de la cuisse, pourquoi pas des cornes du front, me direz-vous ? ?) L'histoire narrée ici est plutôt sympa, bien dans ce qui se fait à l'heure actuelle avec ce que les américains appellent le 'women empowerment', c'est à dire des personnages féminins forts, puissants, et surtout autonomes par rapport à ceux de l'autre sexe. Pour autant, on évite le piège de la bien pensance, et du truc moralisateur, et super gnan-gnan. Rien de véritablement révolutionnaire, mais ça se lit avec plaisir. Alors, bien sûr, l'Histoire, ou plutôt la mythologie classique, n'est pas respectée. Je ne veux pas spoiler mais disons que la rencontre entre Héraclès et les amazones ne se termine pas du tout comme d'habitude, il n'est plus question d'emprisonner Hippolyte, et de réclamer sa ceinture en échange de sa libération. Donc, au final, j'ai été particulièrement subjugué en particulier par cette première partie dingue, le reste est, selon moi, un peu plus convenu, mais cela n'en demeure pas moins une BD tout à fait atypique, et le fait que certains parlent de pur chef-d'oeuvre ne me choque franchement pas, même si je suis un peu plus mesuré. Un conseil néanmoins, prenez le temps de bien feuilleter les premières pages, cela pourra vous convaincre d'immédiatement acheter ce volume sur l'origine de Wonder woman (que l'on ne voit en fait pas, ou pas adulte, dans toute la BD, raison pour laquelle je trouve le titre un peu trompeur), ou au contraire, vous faire fuir en courant, en ayant presqu' un haut le coeur. Après tout, il semblerait que nous soyons dans une époque où il faut cliver, polariser, et bien là, c'est réussi !! Résultat des courses : un bon 4/5 pour ce qui me concerne.
DareDevil - L'Homme sans peur (Miller/Romita Jr)
Premières fois - Frank Miller et Daredevil, c'est une belle histoire d'amour qui a duré de 1979 à 1983 pour la série mensuelle, avec un retour en 1985 avec David Mazzuchelli (Daredevil: Born Again) et un retour en 1993 avec John Romita junior (JRjr) pour la présente histoire. Matt Murdock est un enfant qui est élevé par son père (parent unique) qui attend de lui qu'il réussisse dans les études. Jack Murdock est un boxeur sur qui plus personne ne veut parier et qui a été récupéré par la pègre pour récupérer des prêts monétaires auprès de débiteurs peu solvables. Pour augmenter leurs revenus, ces criminels relancent sa carrière sur le ring en arrangeant les combats et en lui de demandant de se coucher pour le dernier. de son coté Matt a fait ce qu'il fallait pour se lancer dans des études de droits, mais il est devenu aveugle suite à une aspersion accidentelle d'un produit chimique expérimental. Je pense que les éditeurs de Marvel ont dû harceler Frank Miller jusqu'à ce qu'il dise oui pour écrire cette histoire. Il faut dire que Miller a une relation très affective avec ce personnage qu'il est facile de comparer à celle qu'il entretient avec Batman. Pour Batman, il a écrit Year One ; pour Daredevil il semblait logique qu'il en fasse autant. Néanmoins Man wihtout fear n'est pas la première année de Matt Murdock en tant que superhéros, mais plus son origine. le récit passe par tous les moments qui vont transformer ce jeune garçon en un héros. Tout y est : l'origine de la matraque (billyclub) de Daredevil, la mère absente, la mystérieuse bonne sœur, l'accident qui lui ôte la vue, la première rencontre avec Stick, l'entraînement clandestin dans la salle de gym, le meurtre du père, la première rencontre avec Foggy, la première rencontre avec Elektra, le premier emploi, le premier affrontement contre les troupes de Wilson Fisk. La deuxième différence évidente avec "Year one" est que Miller ne se contente pas de retracer l'origine de Daredevil dans une forme modernisée, il insère aussi tous les éléments qu'il a introduits entre 1980 et 1983. Man without fear constitue l'établissement dune continuité fortement rétroactive par rapport à l'histoire originelle de Stan Lee et Bill Everett en 1964. La troisième différence est que Miller n'a pas réussi (ou n'a pas pris le temps) à trouver une structure narrative efficace. Il se contente de dérouler les séquences les unes après les autres, sans établir de cadre qui leur donne un sens. Foggy Nelson ne joue pas le rôle de James Gordon dans Year one. le lien qui unit Matt à New York (et au quartier d'Hell's Kitchen en particulier) apparaît clairement sans pour autant bénéficier d'une mystique identique à celle qui unit Bruce Wayne et Gotham. Pour les illustrations, les éditeurs de Marvel ont été réquisitionner une valeur sûre de chez Marvel : JRjr. Heureusement ils l'ont à nouveau associé à un encreur vétéran et doué : Al Williamson. Je n'aime pas les dessins de JRjr, mais ici il a fait un véritable effort pour s'appliquer. Il a beaucoup travaillé pour donner une ambiance urbaine à chaque scène, en particulier personnalisant toutes les tenues vestimentaires (on reconnaît bien le début des années 1990). Il a également soigné la décoration intérieure de chaque pièce. Ses personnages sont facilement reconnaissables et leur gestuelle est inventive et crédible. Par contre, la mise en page est très lourdaude, et très peu énergique. Dans certaines pages, on voit bien qu'il tente de s'inspirer des mises en pages de Miller, mais sans succès. Et même pour les scènes de combat, il va piocher dans les postures popularisées par Miller pour essayer de retrouver sa magie, sans grand succès. Al Williamson encre les dessins de JRjr en apportant beaucoup de précision et de finesse. Dans la mesure où JRjr a vraiment passé beaucoup de temps sur chaque détail, Williamson peu abandonner ses tics de remplissage (des traits fins parallèles légèrement tremblés) pour se concentrer sur un encrage donnant une lisibilité maximale aux dessins. Cette histoire est agréable à lire, mais elle est très en deçà du niveau de qualité habituel des scénarios de Frank Miller. Par contre, JRjr est largement au dessus de la qualité habituelle de la sa production et il dispose d'un excellent encreur. Pour être honnête, j'ai préféré Daredevil: Yellow de Jeph Loeb et Tim Sale (une réécriture des origines de Daredevil plus fidèle à l'originale) que ce retour superficiel et lucratif de Frank Miller sur ce personnage.
L'Odyssée d'Hakim
Wouah, belle claque. “L’Odyssée d’Hakim” de Fabien Toulmé est un témoignage / reportage BD que j’ai beaucoup aimé. Toulmé nous plonge dans le parcours poignant d’Hakim, un réfugié syrien, avec une sincérité désarmante. Le parcours d’Hakim est raconté avec beaucoup de justesse, ce qui en fait quelque chose de profond autour de la peur (légitime), le courage, la douleur, mais aussi l’espoir et la résilience. Chaque étape de son voyage est décrite avec précision, et on comprend mieux les réalités difficiles auxquelles sont confrontés les réfugiés. Toulmé réussit également à intégrer des moments de légèreté et d’humour, ce qui permet de rendre l’histoire encore plus humaine et accessible. Ces touches d’humour allègent le propos sans jamais le dénaturer, et j’ai trouvé cela très bienvenu. J’ai particulièrement apprécié la manière dont Toulmé raconte cette histoire avec humanité et respect, sans tomber dans le pathos ou dans le cliché. Cela en fait un témoignage authentique et touchant. Le style graphique de Toulmé est à la fois clair et très lisible, ce qui permet de se plonger facilement dans l’histoire. Les dessins capturent parfaitement les émotions des personnages et les difficultés qu’ils rencontrent, ajoutant une profondeur émotionnelle au récit. Je mettrais un bémol sur les nez féminins néanmoins. Une lecture que je recommande vivement, car elle offre une perspective précieuse sur une réalité souvent méconnue et mal comprise.