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Connexions

Note: 3.5/5
(3.5/5 pour 2 avis)

Un récit labyrinthique qui se déroule dans une grande ville contemporaine.


Les petits éditeurs pendant la pandémie

Dans chacun des six chapitres de ce premier opus, nous suivons un personnage différent. Son histoire commence dans une pièce, dans un recoin de la page. En se déplaçant, il fait apparaître peu à peu son environnement, en vue isométrique, à la manière de certains jeux vidéos. Pierre Jeanneau parsème son récit de zooms sur des éléments du décor – une photographie, une lettre – autant d'indices permettant au lecteur de reconstituer le passé des personnages. Comme dans un roman de Georges Perec, les lieux et les objets sont partie prenante de la narration. Récit générationnel, Connexions met en scène de jeunes adultes entrant tous dans une nouvelle période de leur vie : changement professionnel, perte de figure parentale, naissance d’un enfant, retour de voyage, etc. Mais on découvrira d’autres connexions entre ces individus dont les vies s’entremêlent subtilement…

Scénariste
Dessinateur
Coloriste
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 22 Octobre 2020
Statut histoire Série en cours (série prévue en deux tomes) 1 tome paru
Dernière parution : Moins d'un an
Couverture de la série Connexions
Les notes (2)
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19/12/2020 | Blue boy
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Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

Cette BD raconte une histoire assez banale d'une manière originale. C'est la narration graphique qui fait sa force. J'ai cru au départ que ce serait un album complet sous la forme d'un Oubapo ou d'une création de Chris Ware du type Jimmy Corrigan , mais l'auteur n'insiste pas trop sur le côté novateur de sa narration et varie les plaisirs. Ses idées sont multiples en réalité. Il y a d'abord ce choix d'une représentation de la quasi totalité de ses décors sous la forme d'une perspective isométrique, avec des vues en coupe rappelant un jeu vidéo tel que les Sims. J'adore ce type d'angle de vue, ça me donne toujours envie d'en fouiller les détails et de m'imaginer visiter les lieux. Et cela permet aussi de raconter plusieurs choses en parallèle selon l'endroit où l'on regarde dans ce décor multiple. Pour l'action elle-même, mais aussi pour les récits parallèles et les nombreux flash-back, l'auteur insère des petits hexagones par-dessus ses décors qui sont autant de cases qui s'imbriquent pour raconter leurs histoires et leurs dialogues. Là encore, les hexagones me rappellent des jeux, de stratégie cette fois. Ils titillent ma fibre ludique et me donnent envie de me lancer dans la lecture. En contrepartie, je dois admettre que cette originalité narrative ne favorise pas toujours la clarté du récit. A plusieurs moments, l'auteur montre des actions et dialogues simultanées pour insister sur le fait que tout est connecté et que d'autres personnes vivent dans la même ville, et ces passages là sont parfois un peu embrouillés. De même, il m'a fallu un moment pour repérer le code de couleur pour distinguer les récits en flash-back de ceux au présent donc j'étais légèrement perdu entre ce qui tenait du souvenir et ce qui tenait de l'action actuelle. Concrètement, j'ai dû relire une deuxième fois l'album pour mieux capter ce qui était resté confus pour moi en première lecture. En effet, il m'a fallu arriver à la fin du premier tome pour bien voir qui était qui et les liens entre chacun, et du coup pouvoir mieux comprendre ce que j'avais lu auparavant quand je suis revenu dessus. En deuxième lecture, heureusement, tout est bien plus clair. Cela pour dire que j'apprécie beaucoup cette originalité narrative et graphique mais qu'elle ne favorise pas forcément la simplicité de la compréhension. Quant à l'histoire en elle-même, elle se laisse lire mais ne m'a que moyennement passionné. Elle met en scène une poignée de jeunes adultes dont les parcours se croisent et se décroisent. Chacun des six chapitres du premier tome s'attache à l'un d'entre eux en particulier et on va vite constater qu'on croise la route de tous les autres au fur et à mesure et que, comme le titre l'indique, tout est connecté. Ils ont en majorité un passé en commun, leurs routes se sont écartées et ils se retrouvent à nouveau une paire d'années plus tard. La musique, le rock en particulier, est au centre de la vie de la plupart d'entre eux puisque deux d'entre eux ont formé un petit groupe à un moment donné, qu'une autre est amatrice de concerts et qu'une autre encore est disquaire et organise des concerts. Mais plus globalement, ce sont surtout les choix de vie et les éventuels regrets qui sont au cœur du récit. Je ne me suis pas tellement attaché à ces personnages et à leur parcours. Leurs problématiques ne me touchent pas et elles ne m'ont pas tellement intéressé. Mais j'ai tout de même été poussé à la lecture grâce à sa chouette narration, et par la curiosité aussi de lever le voile sur le passé de cette poignée de protagonistes en captant les indices que le récit sème au fil de ses pages. C'est aussi cela qui m'a poussé à une seconde lecture : pour mieux comprendre ce que j'avais capté initialement et être satisfait de voir tout s'éclaircir... ou presque puisqu'il reste encore un mystère à éclaircir, ces colis envoyés à l'un des personnages, et je suppose que l'on en saura plus par la suite. En définitive, j'ai plutôt bien apprécié ma lecture, surtout grâce à l'originalité de sa construction, mais moins grâce à ses personnages et à son intrigue en elle-même.

22/01/2021 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
L'avatar du posteur Blue boy

Dès les premières pages, il est difficile de ne pas penser à Marc-Antoine Mathieu et à ses univers métaphysiques, où la réalité la plus prosaïque se confronte au néant menaçant, dans un cadre déstabilisant les codes du neuvième art. La première page montre (en pleine page) une chambre où l’on distingue un personnage dormant seul dans un lit double. Atmosphère de solitude renforcée par le choix graphique : la chambre est en vue aérienne de trois-quarts, délimitée dans une case de forme hexagonale (ne faisant en fait que suivre le contour des murs), cernée par un aplat-noir presque angoissant. Page 2 : le personnage, prénommé Javier, vient de quitter sa chambre à moitié réveillé et pénètre dans le couloir, qui vient de s’éclaircir, alors que la chambre est estompée. Page 3 : cette fois, Javier est en train de prendre sa douche, alors que la salle de bains vient d’apparaître aux yeux du lecteur. On le voit à la page suivante en train de se servir un café dans son salon plutôt spacieux, nécessitant cette fois une double page, avec deux vignettes en exergue pour grossir des détails : une photo de Javier avec sa petite amie, et comme en guise de réponse, un carton où est inscrit le nom de sa propriétaire, Faustine, la petite amie de la photo vraisemblablement… Pour la suite du récit, gros plans et dialogues feront aussi l’objet de petites cases, hexagonales bien sûr — histoire d’être en phase avec le gimmick géométrique —, insérées dans le décor, qui constitue d’une certaine manière un personnage à part entière. Rien d’extraordinaire dans cette scène du quotidien, et pourtant, on est immédiatement subjugué par l’originalité formelle, qui pourrait rappeler ce clip un peu magique où Michael Jackson allumait les carreaux du sol dès qu’il posait le pied dessus. Le récit va ainsi évoluer vers quelque chose de très particulier où la perspective choisie, toujours la même, qui peut parfois donner l’impression de consulter un prospectus immobilier montrant des appartements en coupe, va servir de cadre à des chassés croisés de personnages, visiblement trentenaires, des anonymes qui nous ressemblent par leurs états d’âmes et leurs questionnements, mais des questionnements de jeunes adultes, à un âge où l’on est supposé avoir commencé à faire quelque chose de sa vie, à avoir construit une relation de couple durable… Hélas, les choses ne coulent pas de source, et ces « Sims » que sont Javier, Faustine, Judith, Marc, Matthew, Assia et d’autres, sont confrontés aux tracas de l’amour et du quotidien, prenant conscience que la vie n’est pas un jeu… Les appartements et lieux divers (bureau, bar, magasin de disques, hôpital…) dans lesquels ils évoluent ressemblent plus à des labyrinthes à souris (du moins du point de vue du lecteur, placé en position d’observateur-voyeur) qu’aux logements-témoins clinquants et sans-âme du célèbre jeu vidéo. Sur le plan du dessin, Pierre Jeanneau recourt à un style réaliste pour les décors, un peu plus stylisé pour les personnages. En bon observateur des sentiments humains et du monde qui l’entoure, l’auteur nous fait voir mille détails, chaque objet du décor recélant une signification jamais tout à fait anodine, tel ce cadre, ce poster ou cette vieille peluche, faisant jaillir un souvenir heureux ou une blessure… Et les fameuses « connexions » dans tout cela, me direz-vous ? La réponse semble être en partie dans le titre de ce premier tome, « Faux accords ». Dans cet univers très urbanisé, les protagonistes cherchent leur place, ne parviennent jamais vraiment à se comprendre les uns les autres, aux prises avec diverses contrariétés que la technologie moderne et les moyens de communication instantanés, paradoxalement, ne suffisent à estomper… L’univers statique et géométrique de cet environnement urbain contraste avec les sentiments humains, et c’est bien là que réside l’originalité de ce roman graphique très subtil. Démarrant à la façon d’un simple exercice de style, le livre parvient à faire rapidement le lien (la connexion ?) avec l’intime, en mettant en scène des personnages empreints d’humanité, pour lesquels la distanciation résultant du choix graphique permet au lecteur de ressentir une certaine empathie… On attend la suite avec beaucoup de curiosité…

19/12/2020 (modifier)