Les derniers avis (32251 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Nées Rebelles - Jeunes filles au poing levé
Nées Rebelles - Jeunes filles au poing levé

Un album à mettre dans tous les CDI et à faire lire à toutes les jeunes filles, mais aussi les jeunes garçons, parce que cette BD est importante pour eux. Et elle l'est autant pour nous, plus vieux, d'ailleurs ! Il n'y a pas grand chose à dire, si ce n'est que la BD est inspirante pour les jeunes générations. Elle rappelle qu'une seule personne peut suffire à faire bouger des états, des lieux communs ou changer des lois. En fait, à changer le monde ! Les portraits présentés ici sont très bien fait, même si je ne connaissais que Greta Thunberg. Les autres sont tout aussi inspirantes et permettent de mettre en lumière les combats contemporains. Des combats qui nous concernent tous, que ce soit le climat, l'éducation des femmes, la pollution plastique, les réfugiés ou le contrôle des armes. Même si ce n'est pas ce que nous vivons, ça nous concerne directement et il est important de voir comment chacune à pu promouvoir un combat personnel jusqu'au monde entier. Les dessinateurs et dessinatrices ont fait un excellent boulot, permettant de lire sans jamais s'interrompre dans le récit. Le dessin est un support qui met en lumière mais c'est tout ce qu'on lui demande. Une BD réussie dans son sujet et dans son impact, recommandée pour tous !

02/08/2024 (modifier)
Couverture de la série Bergères Guerrières
Bergères Guerrières

Franchement bien ! En effet, voilà une série qui mérite les louanges qu’elle reçoit depuis ses débuts ! Si je l’ai bien aimée, elle s’adresse quand même en priorité à un jeune lectorat, qui y trouvera forcément son bonheur. Les personnages attachants, les valeurs mises en avant, tout concourt à attirer le public cible. Et ce d’autant que la narration est bien construite. C’est dynamique, alternant passages contemplatifs et passages plus « musclés ». Des flash-backs, ainsi que les différentes étapes de l’intrigue, permettent de densifier l’intrigue et de mieux cerner les personnages et l’histoire de ce village, que l’on découvre quasi exclusivement féminin (les hommes n’étant depuis une dizaine d’années pas revenus d’une ancienne guerre). Si quelques anciennes dominent le village, ce sont essentiellement des jeunes – femmes essentiellement – qui agissent et défendent la communauté, au sein de la confrérie des bergères guerrière. En particulier Molly et ses copines. Même si un garçon les rejoint exceptionnellement (Liam, qui chevauche un gros chien hirsute aux faux airs de Pollux). Le dessin de Fléchais accompagne très bien le récit, qui s’avère une chouette lecture pour de jeunes ados. Même si les conflits sont rapidement résolus (un chouia trop vite parfois, comme ceux entre Molly et sa mère, Liam et son frère), et si personnages et bestiaires sont tout mignons, ça évite toujours d’être trop mielleux ou mièvre (il y aussi de la noirceur), et je recommande vivement cette lecture.

02/08/2024 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Travail m'a tué
Le Travail m'a tué

Très bonne BD qui fait vivre de l'intérieur l'enfer du travail dans ces entreprises qui changent du tout au tout leur façon de faire, pliant aux lois du management et de l'entreprenariat à l'américaine. Jusqu'au drame que l'on a désormais en tête avec les affaires Orange ou Renault. La BD s'ouvre par le procès d'une femme d'un des suicidés, ce qui ne laisse que peu de doute sur le déroulé de l'affaire. Mais la vue de l'intérieur est glaçante : pressurisation des équipes, cloisonnement, rentabilité affiché sur chaque action, changement des logiciels sans support de formation, déplacements surprises et intempestifs, sans reconnaissance, sans primes, sans retour. Une façon de diriger qui n'aboutit qu'a des départs ou des morts,une fois le personnel suffisamment essoré. Mais derrière cette façade de rentabilité et de marché concurrentiel où tout est axé sur le rendement, le profit et la viabilité des entreprises, c'est des familles déchirées, des dépressions et sans doute un nombre incalculable de divorce, dépressions et burn-out. La BD retranscrit ça, la famille qui se délite petit à petit et qui finit par imploser. Et la souffrance, sans cesse ... La BD est rude mais salutaire à lire, pour comprendre le monde du travail aujourd'hui, ce qu'il en ressort et surtout la souffrance des humains au contact. A lire et à faire lire !

02/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série 2 expressos
2 expressos

Voilà une lecture rafraîchissante ! J'ai passé un très bon moment. Un petit café en accompagnement aurait été le summum. L'histoire est originale, j'avais une première intuition concernant un élément de l'intrigue que j'ai vite écartée, et pourtant c'était la bonne ! Content d'avoir été surpris du coup. Les deux gars m'ont bien fait rire, je ne me suis pas du tout ennuyé. Le dessin est très réussi, il se démarque des autres mangas je trouve. C'est plus réaliste, avec des traits plus doux et plus épais. Un style vraiment agréable à lire. Une histoire qui nous fait voyager et qui nous donne le sourire tout du long. On est autant intrigué par les mésaventures du jeune mari et son café infect que par la recherche du français :) Une belle histoire que je recommanderais.

01/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Le Haut Palais
Le Haut Palais

Un avenir à construire - Ce tome est le premier tome d'une série indépendante de toute autre. Il comprend les épisodes 1 et 2, initialement parus en 2018, écrits par Mike Carey, dessinés et encrés par Peter Gross qui a aussi effectué le lettrage, mis en couleurs par Fabien Alquier. Les couvertures ont été réalisées par Yuko Shimizu qui avait déjà travaillé avec Gross & Carey pour l'extraordinaire série The Unwritten. Ce commentaire porte les chapitres 1 à 6 qui forment la première saison. Dans un petit village du royaume d'Ossaniul, l'équipage de magister Cael Extat arrive. Son responsable s'entretient avec l'aubergiste pour réserver les meilleures chambres, et prévoir un repas. Il demande également la mise à disposition de son hall car le magister va recevoir les familles qui souhaitent vendre leurs enfants comme esclaves. À l'extérieur, Moth est en train de s'amuser au bord de l'eau, tout en essayant de pêcher des crabes à la demande de sa mère. Sa soeur Jet vient le chercher car leur mère leur demande de revenir. le magister Extat s'est installé à une table dans la grande salle de l'auberge, et il reçoit les habitants les uns après les autres, pendant que son intendant leur demande de ne pas trop s'approcher. Après quelques familles, c'est la mère qui se présente avec deux de ses enfants Jet et Moth. le magister remarque tout de suite que Jet est en train de devenir aveugle et il l'écarte. En revanche, il se lève pour s'approcher de Moth et lui demande de fermer les yeux, et de lui dire ce qu'il voit. Puis il lui met une pierre dans la main droite : Moth la sert et la relâche rapidement car il a la sensation qu'elle le brûle. le magister indique à la mère qu'il achète Moth, mais qu'il laisse Jet, et il lui verse l'argent séance tenante. Moth doit faire ses adieux, et Jet lui remet un bracelet fait avec une mèche de cheveux qu'elle s'est coupés récemment. Finalement l'équipage ne reste pas pour la nuit, et repart dans l'après-midi, avec une dizaine d'enfants reliés par une corde attachée à l'arrière du carrosse du magister. Son aide le prévient d'un guet-apens devant et Extat répond qu'il perçoit les malandrins en attente dans les arbres. Au passage du carrosse, ils en descendent et les menacent armés d'épées. Cael Extat descend du carrosse et s'adresse directement au brigand qui semble être le chef, ou en tout cas qui parle pour les autres. Il fait exploser son épée et son bras avec. le meneur s'écroule mort sur le sol, et les autres déguerpissent. le magister décide d'établir là le campement pour la nuit. le soir venu, il demande que Moth vienne dans sa tente et il lui raconte l'histoire de l'ascension du clan Aldercrest, pour lequel il a recruté ces esclaves. Ensuite Extat demande à Moth s'il croit en la Déesse, et le garçon répond d'une manière fuyante, tout en étant capable de réciter son catéchisme. le magister n'insiste pas plus. le lendemain, il fait arrêter l'équipage avant de passer le pont qui permet d'accéder au Haut Palais, et qu'aucune armée n'a jamais franchi. Il fait admirer la ville fortifiée au garçon. Une fois l'équipage entré dans la ville, le magister fait procéder aux choix des esclaves par les maitres de corvées. le cuistot décide de s'approprier Moth, mais Fless, la couvreuse, est plus rapide, et en plus cette fois-ci elle a la préséance sur le cuistot. Ce dernier ne prend pas bien de se faire brûler la politesse. Peter Gross et Mike Carey ont commencé à collaborer sur la série Lucifer, avant de cocréer et de réaliser la série Unwritten. Ils ont donc l'habitude de travailler ensemble, et effectivement leur coordination est parfaite, comme si cette bande dessinée avait été réalisée par un seul et unique créateur. le récit commence comme une histoire alternative se déroulant dans un bas moyen-âge, avec l'existence de la magie, mais visiblement en quantité très restreinte et d'usage limité à un tout petit nombre de personnes. Dès la première scène, le lecteur comprend qu'il va s'agir de l'histoire du jeune garçon Moth, mais sans pouvoir présager de l'ampleur du récit, qu'elle soit géographique, temporelle ou belliqueuse. Il voit donc Moth apprendre le métier de couvreur avec Fless, en commençant par les rudiments, et en travaillant d'abord au sol, avant d'aller sur les toits pour les réparer ou les entretenir. L'artiste crée une galerie de personnages facilement identifiables qui se distinguent par leur morphologie, leur visage, les habits de leur charge ou de leur condition sociale. Les contours sont tracés par un trait fin sans être cassant, avec parfois une petite touche d'exagération pour quelques individus, comme le visage de fouine de Temtoller le cuistot, ou un adolescent particulièrement costaud. L'artiste met en oeuvre un jeu d'acteur de type naturaliste, sans exagération dramatique. Il est visible que Cael Extat se fait une idée sur la valeur de son statut social du fait de son maintien presque hautain, alors que Moth est très naturel, sans beaucoup de méfiance. Un autre élément essentiel pour la réussite de ce genre de récit réside dans la consistance du monde dans lequel évoluent les personnages. Il arrive qu'une ou deux cases ne comprennent que des personnages, sans décor en arrière-plan, mais il s'agit d'un usage plus destiné à faire respirer la page, que d'un raccourci pour pouvoir réaliser les planches plus vite. Comme dans leurs précédentes collaborations, les créateurs ont pensé leur narration d'une manière globale, conscient de l'importance des environnements. Effectivement, Peter Gross s'investit pour montrer au lecteur chaque lieu avec ses caractéristiques. Il commence par voir les façades des maisons autour de l'auberge, puis l'intérieur de celle-ci. Les dessins sont simples, mais les représentations ne sont ni génériques, ni inconsistantes. Il découvre ensuite le Haut Palais par une vue d'ensemble dans un dessin en double page, très minutieux, avec un urbanisme rendant plausible cette ville fortifiée. Il en aura d'autres aperçus par la suite, cette fois-ci vus de l'intérieur, avec de belles vues dégagées, quand Moth la contemple en se tenant sur un toit où il est en train de travailler. le dessinateur passe tout autant pour représenter les intérieurs du Haut Palais, avec de magnifiques endroits comme la salle avec un très bel escalier, le dortoir spartiate des jeunes esclaves, la salle d'étude de Cael Extat avec les incunables sur les rayonnages de sa bibliothèque, les cuisines avec l'énorme cheminée, les pièces oubliées vers lesquelles une voix guide Moth, le superbe jardin intérieur privé de la princesse Shurubai où elle joue au croquet avec sa suivante Lace, l'autre petite place où se recueille mère Jathi. Il n'y a que certaines zones naturelles dont la conception et la représentation semblent moins soignées. Le lecteur suit donc bien volontiers ce jeune garçon au cours des différentes étapes de son intégration dans le personnel (enfin, les esclaves) du Haut Palais, et sa découverte des manigances, des risques encourus à s'adresser aux membres du clan Aldercrest, tout en se demandant ce que lui veut Cael Extat qui l'a choisi sciemment pour des qualités qui ne sont pas explicitées. le lecteur se prépare donc à des intrigues de palais avec une couche de surnaturel. Effectivement, ces deux composantes sont présentes dans l'intrigue, de manière très progressive. Les auteurs semblent prendre leur temps pour donner de la consistance à cet environnement, par exemple en consacrant une page aux termes techniques du métier de couvreur, avec ses outils, et les différents types de tuiles. Pourquoi pas ? le lecteur se fait donc à ce rythme tranquille, suivant Moth enfant très agréable grandissant progressivement. Il sourit en voyant les auteurs mettre en œuvre des conventions de genre comme le héros qui sauve la princesse d'une chute mortelle, le garçon qui tient tête au seigneur, totalement inconscient des risques qu'il prend, les intrigues de palais perçues de manière fragmentaire par Moth, la rencontre avec la créature surnaturelle dont l'apparence sort de l'ordinaire. Il note de temps à autre un élément qui sort de ce type de moments attendus, comme la volonté de Moth d'apprendre à lire. Très progressivement, il prend conscience que Carey & Gross font évoluer Moth, de manière très naturelle. Certes il bénéficie d'un ou deux coups de pouce, mais il possède également des convictions que l'on pourrait qualifier de progressistes dans cette société, sans pour autant être anachroniques. D'une certaine manière, le lecteur assiste donc à son éveil politique, et à la manière dont il essaye de changer le monde en fonction de ses moyens. En cours de récit, Mike Carey évoque un autre métier en consacrant également une page où la femme qui l'exerce en expose les rudiments à Moth. Cela fait écho au passage consacré à l'entretien des toitures. le lecteur comprend alors que la vie de Moth n'est pas uniquement façonnée par sa position sociale, mais aussi par les technologies existantes et celles qui sont en cours de déploiement. Une autre dimension s'ajoute au récit : une des facettes de l'évolution de la société. Il apparaît alors que l'élément surnaturel reste en arrière-plan, presque superfétatoire, sauf pour ce qu'il dit du passé. Une histoire de plus de jeune garçon vendu comme esclave et s'échappant progressivement de sa condition et d'un destin tout tracé, avec une touche de magie dans un monde moyenâgeux. Oui, mais aussi un personnage principal très attachant, dans un monde consistant et palpable, avec des personnages complexes, ne pouvant pas être réduits à des bons et des méchants, et en arrière-plan, une mise en scène intelligente de l'adaptation au changement social, politique, technologique, pour un récit adulte conservant une part de merveilleux.

01/08/2024 (modifier)
Par Charly
Note: 4/5
Couverture de la série La Favorite
La Favorite

La lecture de cette BD était une expérience intense. L’histoire de Constance, un enfant élevé dans un manoir par des grands-parents cruels, m’a vraiment touché. La grand-mère est particulièrement odieuse, et le grand-père, bien que lâche, est aussi une victime de cette situation. Le dessin en noir et blanc, avec ses hachures, crée une atmosphère oppressante qui colle parfaitement à l’histoire. Chaque page est remplie de détails qui rendent le récit encore plus réaliste et poignant. Ce qui m’a le plus marqué, ce sont les révélations surprenantes tout au long de l’histoire. Elles ajoutent une profondeur et une complexité qui m’ont vraiment impressionné. Malgré la noirceur du sujet, il y a aussi des moments d’humour qui allègent un peu l’ambiance.

01/08/2024 (modifier)
Par Jeïrhk
Note: 4/5
Couverture de la série Moi en double
Moi en double

Très forte cette petite BD qui nous plonge dans l'esprit intime d'une femme en pleine lutte contre elle-même. Les illustrations exprimant ses pensées sont magnifiquement bien trouvées et originales, c'est ce qui m'a vraiment le plus plu dans cette lecture. D'autant plus que le style au crayon fusain est superbe. Le récit est poignant, aaaah ce fameux double que nous portons tous en nous à des degrés divers, je le connais bien... J'ai beaucoup apprécié l'approche originale de l'auteure pour raconter cette lutte intérieure, tout comme l'originalité du dessin. La coopération entre les deux autrices ne pouvait pas être meilleure. Le témoignage met également en lumière l'importance de la communication entre amis. Souvent, nous craignons de vexer l'autre ou, à l'inverse, sommes trop susceptibles aux remarques. Pourtant, exprimées avec bienveillance ces paroles/"remarques" ne peuvent être que positives. Combien de fois n'osons-nous pas signaler à un ami un petit désagrément, comme un morceau de nourriture coincé entre les dents ou une mauvaise haleine ? Ce genre de franchise pourrait éviter bien des malaises. Pour les sujets plus sérieux, il en va de même : il faut savoir choisir le bon moment et avoir une bonne approche, mais la communication reste essentielle, pas seulement dans les relations de couple. Une BD à partager !

01/08/2024 (modifier)
Par Cleck
Note: 4/5
Couverture de la série L'Imprimerie du diable
L'Imprimerie du diable

BD historique sur l'inquisition alternant le chaud et le tiède. Elle peut, comme bien des BD historiques, narrer classiquement et relativement platement son intrigue ; et plus loin prendre une inattendue ampleur quand elle décrit les évolutions parallèles des deux personnages principaux et notamment comment un érudit intègre une pensée davantage politique que scientifique. L'ampleur et le vertige s'estompent malheureusement assez vite dès lors que la clarification des enjeux et positionnement est actée. On se prend à rêver d'un scénario autrement plus trouble et des frontières moins nettes, d'un côté entre médecine douce et sorcellerie, de l'autre entre érudition et manipulation du savoir par soif de pouvoir. Mais ce que cette BD perd, en nuances donc, mais aussi en hauteur et profondeur (maigre discours sur le détournement d'une invention et son accaparement par le clergé), elle l'échange contre une belle conduite de son intrigue, originalement féminine et humaniste. Les illustrations sont propres, élégamment colorisées, les personnages principaux évidemment très beaux. Une lecture agréable, une belle BD jusque dans son édition, que l'on eût aimée plus belle encore.

01/08/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Humaine, trop humaine
Humaine, trop humaine

La joie, c’est tout ce qui consiste à remplir une puissance. - Ce tome est un recueil de scénettes de deux pages, chacune consacrée à un philosophe différent, qui était initialement parues dans Philosophie Magazine. Il comprend quarante-six entrées, toutes réalisées par Catherine Meurisse, pour le scénario, les dessins et les couleurs. Il se termine par une liste alphabétique des quarante-six philosophes ainsi évoqués. Les trois lignes de texte en bas de chaque deuxième page ont été rédigées par l’épicurienne Mathilde Chédru. L’autrice termine l’ouvrage en indiquant qu’elle sait qu’elle ne sait rien sinon ce qu’elle doit à René Pétillon. Mépilation métaphysique : une dame pénètre dans l’institut de beauté Sois belle et tais-toi. Elle passe en cabine pour se déshabiller et va s’allonger pour une épilation des jambes puis du maillot. Dans le même temps, le récitatif invite à commencer par la considération des choses les plus communes, à savoir les corps qu’on touche et qu’on voit. Prendre par exemple un morceau de cire. Mais voici qu’on l’approche du feu. Ce qui y restait de sa saveur s’exhale, sa couleur change, sa figure se perd. Il devient liquide, il s’échauffe, à peine le peut-on toucher. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? il faut avouer qu’elle demeure et personne ne peut le nier. Qu’est-ce donc que l’on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction ? – Mauvaises herbes : Voltaire est assis à sa table de travail et il écrit. Ayant terminé, il part se promener dans le parc, dans un salon, dans la rue, au bal, puis il monte sur scène. Tout du long, il repense à son écrit : il faut cultiver notre jardin, en répétant cette phrase comme un mantra, jusqu’à hurler à plein poumon à l’adresse du public : Make jardin great again! Abécédaire : bien installé dans son fauteuil, Gilles Deleuze discourt au profit de son interlocutrice. I, comme idée. L’idée traverse toutes les activités créatrices. Créer, c’est avoir une idée. L’idée, en philosophie, se présente sous forme de concepts. Un peintre n’a pas moins d’idées qu’un philosophe. L’artiste, lui, crée des percepts, c’est-à-dire un ensemble de perceptions et de sensations qui survient à ceux qui les éprouvent. D, comme désir. La philosophie du désir, ça consiste à dire aux gens : n’allez pas vous faire psychanalyser, n’interprétez jamais, expérimentez des agencements. - Les tweetées de Pascal : le philosophe est assis un banc dans un parc et il poste ses pensées sur les réseaux sociaux. L’amour-propre est un avertissement pathétique. Nous haïssons et la vérité et ceux qui la disent. Nous aimons qu’ils se trompent à notre avantage, et nous voulons être estimés d’eux. On nous traite comme nous voulons être traités. Nous voulons être flattés, on nous flatte. Nous aimons à être trompés, on nous trompe. La vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle : on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. - Langue vivante : attablé à la terrasse du café Flore, Gottlob Frege s’adresse à la jeune femme assise avec lui. Elle se plaint qu’il l’a chauffée et que finalement il refuse d’aller plus loin. Le titre constitue une déclinaison de l’ouvrage Humain, trop humain, un livre pour esprits libres (1878/1886) écrit par Friedrich Nietzsche (1844-1900), avec une connotation féminine L’autrice réalise quarante-six scénettes, mettant en scène des philosophes de tout horizon, de Héraclite (-550 à -480) à Jean Baudrillard (1929-2007), en passant par René Descartes ou Gottlob Fregge. Elle intègre également un mythe, celui d’Ulysse, et les trois singes de la sagesse. Chaque philosophe dispose de ses deux pages en vis-à-vis, une courte mise en scène indépendante de toutes les autres, avec un titre, une forme d’intrigue, une chute, et trois lignes en bas de la deuxième page, la première indiquant son nom, son métier, ses dates de naissance et de mort, les deux suivantes exposant de manière très synthétique le concept mis en scène et l’ouvrage dans lequel il apparaît. Chaque page est constituée de cases alignées en bande, leur nombre pouvant varier d’un unique dessin en double page pour Edmund Husserl (1859-1938), à deux pages en gaufrier de trois bandes de trois cases chacune pour chaque page dans l’entrée consacrée à René Descartes (1596-1650). Une poignée d’entrées sont construites sur des cases de la largeur de la page, telle celle de Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831). Pour chaque présentation, l’autrice choisit un thème précis ou un concept de l’œuvre du philosophe considéré. Dans la majeure partie d’entre elles, elle prend le parti de mettre en scène ledit philosophe en train d’énoncer ce principe, en reprenant un texte extrait de son œuvre. Ainsi Søren Kierkegaard déclame ses idées sur le concept de l’angoisse, en haut d’un promontoire rocheux, écouté par une femme dont la randonnée l’a amenée là. Elle peut également adapter le discours en y insérant des thèmes modernes, comme le développement d’Aristote (-384 à -322) sur le logos, appliqué aux logos des marques. Sans surprise, le lecteur retrouve quelques grands classiques. On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, d’Aristote (-550 à -480) : elle l’éclaire avec une dimension écologique, l’eau claire et pure du fleuve devenant un dépotoir pour déchets de toute sorte. La réflexion d’Henri Bergson (1859-1941) sur le rire donne lieu à une transposition sous forme de numéros de stand-up interprétés par d’autres philosophes. Emmanuel Kant (1724-1804) n’hésite pas à se donner en spectacle au karaoké ce qui permet d’illustrer sa vie studieuse et routinière, entièrement consacrée à ses recherches. Catherine Meurisse choisit également d’autres philosophes à la pensée complexe, et moins dissouts dans la culture populaire. En pages 30 & 31, le lecteur voit une femme enceinte s’allonger sur la table d’un médecin pour une échographie. Les traits de contour restent légers et secs pour définir rapidement les deux silhouettes féminines, l’appareil médical, le lit, et l’écran sur lequel apparaît le fœtus en train d’écrire. Il évoque le point de vue du philosophe sur la mort : l’être humain ne court pas vers la mort, il fuit la catastrophe de la naissance. La mise en scène fait apparaître la force transgressive d’un tel point de vue au regard de la médecine moderne entièrement tournée vers la facilitation de ce qui est qualifiée de catastrophe. Le lecteur se dit que Catherine Meurisse n’a pas choisi ce philosophe et ce concept par hasard, qu’il répond à la pensée dominante visant à sacraliser toute vie. Dix pages plus loin, 40 & 41, le lecteur découvre l’avatar de l’autrice assise à une table de jardin dans un paysage campagnard vallonné. Face à elle se tient un monsieur qui lui expose sa théorie sur l’essence de l’homme, le Dasein. Elle intègre un élément humoristique jouant sur le personnage Charlie, créé par Martin Handford (Où est Charlie ?), tout en retranscrivant le caractère ardu de sa pensée qui remet fondamentalement en question la manière même de poser le problème de l’être et de sa vérité. En fonction de sa sensibilité, le lecteur peut voir dans cette démarche la volonté de l’autrice de dire, d’exposer la difficulté d’accessibilité de l’œuvre de certains philosophes qui n’en sont pas moins fascinants pour autant. Il en va de même avec le petit théâtre d’Edmund Husserl (1859-1938) qui expose ses difficultés pour faire apparaître aux spectateurs venus à son petit théâtre dans un parc, un nouveau mouvement de pensée philosophique qui, avant lui, était comprise comme la science de l’apparaître, mais que désormais il voudrait présenter comme la science de ce qui n’apparaît justement pas à première vue, une phénoménologie de l’inapparent. Le lecteur en vient à se demander si cette mise en scène du philosophe en prestidigitateur ne constituerait pas un commentaire pince-sans-rire de l’autrice, elle-même se demandant si cette phénoménologie sortie du chapeau ne serait pas à la fois séduisante et un tour de passe-passe. Avec le titre, l’autrice affiche un point de vue d’humaine. Le lecteur sourit en découvrant que l’exposé de René Descartes s’adresse à une femme qui partage son lit, et se déroule alors que le lecteur la suit au salon de beauté pour se faire épiler : il y a effectivement une composante féminine. Dans la troisième histoire, Deleuze s’adresse à une ophtalmologiste. Dans la cinquième, Frege prend un café en terrasse avec une femme qui s’énerve parce qu’il l’a allumée et qu’il se montre froid et distant. La sixième séquence est consacrée à Denis Diderot et à son discours sur les femmes. Ça commence fort : Les femmes : Impénétrables dans la dissimulation, cruelles dans la vengeance, sans scrupules sur les moyens de réussir. Animées d’une haine profonde contre le despotisme de l’homme. Les femmes portent au-dedans d’elles-mêmes un organe susceptible de spasmes terribles disposant d’elles, et suscitant dans leur imagination des fantômes de toute pièce. Les idées de justice, de vertu, de vice, de bonté, de méchanceté nagent à la surface de leur âme. Plus civilisées que nous en dehors, elles sont restées de vraies sauvages en dedans, toutes machiavéliques. Le symbole des femmes en général est celui de l’Apocalypse, sur le front de laquelle il est écrit : mystère. La chute de l’histoire montre trois femmes débranchant cet automate et rédigeant l’article sur le clitoris dans la Nouvelle Encyclopédie. La position du philosophe est traitée avec humour. Il en va de même pour l’évocation de la condition féminine par Saint Augustin (354-430, Augustin d’Hippone), au travers du mythe d’Ulysse, par Fénelon (Fénelon (1651-1715, François de Salignac de la Mothe-Fénelon), par Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865). L’autrice s’amuse bien également dans les deux pages consacrées à Simone de Beauvoir (1908-1986), pour renverser les rôles avec Jean-Paul Sartre. Le lecteur ne peut que constater l’actualité des propos de Simone Weil (1909-1943) sur l’absence de sens du travail à la chaîne. La philosophie en bande dessinée constitue un défi pour rendre compte de la complexité et de la richesse de la pensée, de son cheminement. Catherine Meurisse relève le défi, avec la gageure qui est de le faire en deux pages par philosophe. Dans un premier temps, le lecteur peut éprouver une sensation de désappointement : mettre en scène le philosophe, lui faire dire un extrait de son œuvre, et le faire interagir avec une interlocutrice ou avec son environnement pour arriver à une chute en forme de gag. Il lui faut un peu de temps pour ressentir l’effet cumulatif : le choix des philosophes entre évidence et complexité, la mise en scène très synthétique de sa pensée sur un concept bien cadré, l’interaction entre la mise en situation et ledit concept, la variété des thèmes abordés dont certains très ambitieux, et des situations correspondantes. La personnalité de l’autrice se devine en filigrane dans le choix des philosophes, le choix des concepts, la forme d’humour toujours gentille, et les piques bien méritées sur quelques philosophes livrant leur réflexion sur la femme.

01/08/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Journal
Journal

3.5 Cela faisait des années que je connaissais cette série sans l'avoir lue. En effet, le dessin de Neaud ne me séduit pas du tout, je ne suis pas très fan de la manière dont il dessine les visages et en plus les albums réunis font des centaines de pages. J'ai fini par sauter le pas avec la réédition de Delcourt qui contient des pages inédites, dont une postface où l'auteur explique que si tout va bien il va y avoir une suite en 2023....Et ben un an plus tard toujours rien ! L'auteur se met à nu et montre ce qu'était sa vie dans les années 90. J'ai trouvé cela intéressant parce que j'étais un gamin à cette époque, alors j'ai traversé cette décennie en ignorant plein de choses. J'ai bien aimé le côté sans concession, l'auteur n'a pas une langue de bois et n'a aucun problème à montrer les défauts de ses proches et les siens. Mes passages préférés sont lorsqu'il parle de ce que c'était d'être homosexuel à l'époque (les gens 'tolérants' en prennent pour leur grade) et lorsqu'il montre à quoi ressemblait le milieu de la BD indépendante dans les années 90. Honnêtement, je pensais à un moment mettre un coup de cœur, mais il y aussi des passages qui m'ont un peu ennuyé, notamment le voyage dans la première partie du tome 4. C'est vraiment une lecture dont mon intérêt variait selon les chapitres. Et puis aussi je ne suis toujours pas fan du dessin. Mais bon cela reste un classique du genre autobiographique et c'est à lire si on aime ce genre de BD.

31/07/2024 (modifier)