Journal

Note: 4/5
(4/5 pour 6 avis)

Angoulême 1997 : Alph'Art coup de cœur pour le tome 1. Véritable autobiographie dessinée.


Angoulême : récapitulatif des séries primées Autobiographie École européenne supérieure de l'image Gays et lesbiennes Les meilleures séries courtes Les petits éditeurs indépendants Pays basque Profession : bédéiste

Tout d’abord, il faut comprendre qu’il ne s’agit pas d’une BD comme les autres, il s’agit d’un Journal qui se veut personnel. Nous avons donc là une œuvre très intime. Il s'agit d'une auto-biographie dessinée. Le genre est à la mode actuellement mais était plus original à l’époque. L’œuvre est très riche du fait des nombreux thèmes et idées évoqués, il ne s'agit pas d'une histoire à proprement dit. Disons qu’il s’agit de la vie au quotidien d’un homme mais d’une vie riche en réflexion, en questionnement sur sa place au sein de notre société, de la construction de sa personnalité. Mais cette réflexion est alimentée par tous les problèmes quotidiens, certains même très terre à terre, que l’on peut connaître comme le chômage, le manque d’argent, les déceptions amoureuses, les disputes, ... En fait, comme j'ai eu l'occasion de le lire sur un site, on peut dire que le Journal possède "une véritable ambition littéraire, artistique et philosophique". L'histoire n'est pas terminée, du moins, tant que son auteur vivra. Il s'agit là de l'oeuvre de toute une vie.

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution Janvier 1996
Statut histoire Série terminée 4 tomes parus
Couverture de la série Journal
Les notes (6)
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15/06/2003 | Herbv
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Par Erik
Note: 4/5
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Après Fraise et Chocolat, voilà une lecture tout aussi intimiste mais dans un autre genre, je vous l'accorde. Il s'agit d'un récit autobiographique d'un jeune auteur homosexuel qui a du mal à joindre les deux bouts. Il n'a pas encore trouvé la suite à donner à son expression artistique. Il a trouvé l'amour mais l'a très vite perdu et du coup, il se raccroche désespérément à une relation foutue d'avance. Cela m'a attristé car qu'on soit homo ou pas, la séparation est toujours douloureuse. Il n'en ressort que déception et tristesse, repli sur soi et manque de confiance. J'ai bien aimé cette implication totale de soi avec la plus parfaite sincérité. C'est vrai que nous sommes assimilés à des lecteurs un peu voyeurs. C'est ce qui m'avait déjà dérangé dans Fraise et Chocolat. Là encore, l'auteur assume pour faire passer son message. Il peut se montrer un peu hautain et méprisable par moment mais il n'en demeure pas moins profondément humain. Il écorche au passage la fausse tolérance. Cela me fait penser à des amis que j'ai connus et qui avait dans leur relation un homo car cela faisait bien. Je crois qu'il était temps de s'interroger sur de tel comportement. Du coup, j'arrive à comprendre la haine de l'auteur pour ce qu'il désigne comme les faux tolérants. Sur la forme, j'ai plutôt apprécié son trait réaliste et délicat et le fait qu'il joue avec des jeux d'encrage. Les planches sont très agréables à lire. Il y a certes un certain académisme à cause de cette simplicité du trait. Cependant, j'apprécie cette régularité. Il y a également un côté portraitiste qui m'a plu. On enchaîne facilement sur le portrait de l'âme. Le dessin transmet des émotions et un certain mal-être. C'est clair que c'est un journal intimiste plutôt triste. Cela fout par moment le cafard. On est aux antipodes de l'humour et de la bonne humeur. Cependant, la bande dessinée a bien des visages. Je pense qu'il faut connaître également celui-ci sans tomber dans les préjugés. Tout le monde n'en n'est pas capable, je le crains. Alors, cela sera certainement pour les plus courageux !

25/10/2009 (modifier)
Par steril
Note: 5/5 Coups de coeur expiré

Bon, mon avis ne sera pas long tant il m'est difficile de transmettre ici tout ce qui m'a ému à la lecture de ces bouquins. Il s'agit donc d'un journal, sujet déjà difficile et délicat, car profondément encré dans la réalité du narrateur. Le sujet réel du livre ne cesse de se réfléchir et reréfléchir...à la fin on touche à l'abîme. Je retiens tout de même une bonne dose de franchise de la part de l'auteur, qui ne joue d'ailleurs pas souvent le rôle le plus simple dans cette partie de sa vie qu'il décrit. Y'a des moments de déprime terribles, profondément sombres, où on aimerait tant avoir pu être là et tendre sa main (à moins que cela ne nous fasse regretter de ne pas avoir été là pour d'autres, bien plus proches de nous). J'aime bien aussi la sincérité parfaitement iconoclaste avec laquelle Frice Neaud démolit dans l'allégresse une foule de poncifs et clichés bien débiles de notre social-démocratie bien pensante... Bien sûr, Fabrice se montre parfois très choquant... Ce côté bassement provoc' se pardonne, voire se comprend, voire se justifie, voire s'impose, si l'on tient compte de la situation dans laquelle l'auteur semblait se trouver au moment de l'écriture de son œuvre Le journal de Fabrice Neaud est un solide travail, un entreprise un peu folle mais en tout cas, très humaine, très constructive (il s'agit pour moi d'un splendide récit de construction). Malgré les inévitables désaccords ou désapprobations que l'on peut sans doute s'entendre formuler à la lecture de ces quatre tomes, et qui, en fait, ne viennent qu'accroître le caractère authentique de la démarche de l'auteur (pas à proprement parler "consensuelle"). Il reste juste un solide témoignage d'une vie et d'un chemin pour y trouver un sens. C'est très beau.

07/04/2007 (modifier)
Par iannick
Note: 3/5
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« Le journal T1 » Ce livre, je l’ai trouvé coincé au beau milieu de bédés du genre « Association ». Au souvenir des échanges que j’ai pu entretenir avec F. Neaud sur un forum, il fallait bien qu’un jour que je feuillette son « journal » malgré le fait que je sois assez réticent à lire des récits autobiographiques. Ma première surprise vient de ces dessins qui sont d’une maturité assez étonnante pour un premier livre et qui sont d’une lisibilité très satisfaisante, c’est ce qui m’a convaincu à en savoir plus sur cette bédé. La seconde surprise, c’est que malgré des scènes assez crues, je n’ai pas été gêné par ça parce que j’étais en face d’un livre qui parle d’amour avec un grand A. J’ai senti de la sincérité dans les propos de F. Neaud qui nous parle de son homosexualité sans aucun tabou. L’auteur nous raconte ses espérances, ses détresses et aussi… ses amours. C’est d’ailleurs suite à une déception amoureuse vécue par l’auteur que me viendra à l’esprit la magnifique chanson de Renaud « petit pédé » avec ces dernières paroles très justes : « Tu seras malheureux parfois. La vie c'est pas toujours le pied. Moi qui ne suis pas comme toi. Le malheur j'ai déjà donné. Qu'on soit tarlouze ou hétéro. C'est finalement le même topo. Seul l'amour guérit tous les maux. Je te le souhaite et au plus tôt. Petit pédé ». F. Neaud se représente comme un personnage ni antipathique ni sympathique. Pourtant à travers son journal, il se révèle assez attachant du fait notamment de cette sincérité. J’ai tout de même de nombreux reproches à formuler à propos de cet album. Premièrement, la voix off se fait parfois trop pesante et j’ai eu tendance à lire plus qu’à regarder les cases. Et deuxièmement, l’auteur dénonce un certain voyeurisme et un manque de sincérité envers les homosexuels de la part des hétéros, ce n’est pas totalement faux mais j’ai eu l’impression que F. Neaud à travers ce livre règle ses comptes à ce niveau, se fait une généralité et ça ne plaira forcément pas à tout le monde... « Le journal T1 » est finalement une bédé autobiographique à lire absolument mais la noirceur de son propos et le fait que j’ai l’impression que tout a été dit sur l’homosexualité et la vie de Neaud dans ce premier album font que je ne précipiterai pas vers les autres tomes. Note finale : 4/5 « Le journal T2 » Que m’arrive t-il ? Moi qui a souvent horreur de lire des récits intimistes, voici que je me suis mis à feuilleter le tome 2 du journal de Fabrice Neaud une semaine après le tome 1 ! Serais-je tomber dans le piège du voyeurisme ? Le journal de Fabrice Neaud est à mon avis la bédé autobiographique qui va le plus loin dans les sentiments et l’intimité d’un auteur. Personnellement, je n’adhère pas trop à cette démarche, c’est comme si une caméra était constamment en train de film les péripéties de la vie de F. Neaud. En fait, ce qui m’a motivé à lire cette suite, c’est mon besoin de comprendre comment un homosexuel vit sa « différence » au milieu d’ »hétérosexuels » et comment il ressent le regard des autres. Le tome 1 était, à ce sens, déjà très développé et je n’aurais pas eu trop envie de lire cette suite si un bédéphile m’avait motivé à le faire. Ce tome 2 repose plus sur les déboires de F. Neaud vis à vis du chômage et de son regard face à l’art que sur son homosexuel. Ses mésaventures face à l’administration pour réussir à obtenir un minimum foncier pour pouvoir se nourrir et se loger sont significatives de ce changement de ton dans cet album par rapport au premier. Il y a aussi une réflexion sur les ambiguïtés de son statut d’artiste face aux lourdeurs de l’administration. Cet album est plus donc axé sur les malheurs que chacun peut tomber ou vivre en ce moment. J’aime toujours autant le dessin de F. Neaud qui est très lisible et qui maîtrise très bien l’anatomie humaine. La mise en page est classique et efficace. La « voix off » est cette fois-ci moins présente que dans le premier tome. Bon, allez, encore un p’tit effort, je vais aller lire l’ »énorme » troisième tome, histoire que je ne déçoive pas l’autre bédéphile… Toujours est-il que j’aime bien les « coups de gueule » de F. Neaud même si je ne suis pas toujours d’accord avec lui, ça fait remuer le cocotier ! Note finale : 3/5.

03/08/2005 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
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Depuis le temps que j'entends parler de cette série sur le Net, je m'étais presque persuadé que je ne l'aimerais pas en la lisant car je deteste suivre un consensus. D'une part, au vu de quelques extraits que j'avais vus, je m'imaginais le dessin plutôt mauvais, que c'était un amateur qui avait décidé de faire son journal en BD pour être dans le coup. Mais en réalité, Fabrice Neaud sait bien dessiner; il a fait les beaux arts et ça se voit. Son journal a donc un aspect visuel tout à fait intéressant et plutôt réussi. D'autre part, j'avais lu auparavant le journal intime publié sur Internet d'un québécois bisexuel qui, bien qu'étant intéressant, ne m'avait pas accroché car le personnage ne m'était pas attachant. Là, au contraire, je trouve Fabrice Neaud attachant et sincère. Le but de son journal est de tout présenter, de ne rien cacher, pas même la vie intime, les défauts, les faiblesses et les erreurs. Et on peut en déduire que Fabrice est loin d'être parfait mais aucun de ses défauts ne me parait rhédibitoire et on finit par se sentir assez proche de lui. Le thème de l'homosexualité est abordé de manière crue, comme un fait établi sur lequel il n'est pas besoin de revenir. Tant et si bien que malgré un bon nombre d'images chocs car tout simplement porno, le discours de Neaud finit par s'attacher davantage aux sentiments qu'au sexe en lui-même, permettant même à un hétéro strict comme moi de bien ressentir ce qu'il cherche à exprimer sur son amour, sa frustration, ce qu'il appelle sa ruine affective. Maintenant, si je m'intéresse davantage à la BD en elle-même qu'à son personnage et auteur, je trouve qu'elle est un peu trop verbeuse. Certains textes sont assez lourds à lire à mon sens et j'estime que Neaud aurait sans doute mieux transmis son message en moins de mots, profitant davantage du support BD lui-même, même s'il en fait déjà une utilisation tout à fait bonne. De même, je ne peux pas dire que j'ai été complètement captivé ni touché par cette BD. Je n'en regrette pas la lecture mais ce n'est pas une oeuvre qui m'aura marqué par son talent, son originalité ni son message. Un journal intime bien réussi en BD, mais pas une oeuvre que je conseillerais à l'achat.

16/01/2005 (modifier)
Par Cassidy
Note: 4/5

Depuis quelques années, il semble que le passage obligé de tous les étudiants venant de terminer les Beaux-Arts et désireux de faire de la BD soit de publier un truc autobiographique en noir et blanc, si possible en s’étendant un maximum sur sa sexualité sordide et/ou sur ses rapports difficiles avec ses parents. Ces ouvrages se ressemblent à peu près tous mais, de temps en temps, l’un d’eux a quelque chose d’un peu plus intéressant et profond à dire que « Papa n’a jamais été là pour moi et quand j’avais 17 ans, je me branlais devant des vieux catalogues Manufrance ». C’est le cas du Journal de Fabrice Neaud qui, bien qu’il présente en surface les mêmes caractéristiques que les autres, est néanmoins très nettement au-dessus du lot. L’une des raisons étant que Neaud, tout en nous racontant sa vie, n’hésite pas à creuser profondément tous les thèmes qu’il est amené à aborder par le biais de son autobio : l’amour, les rapports humains en général, l’art, l’homosexualité.... Une autre raison étant que, sur tous ces thèmes, il rejette les discours consensuels tenus partout ailleurs. Quand il parle de son homosexualité par exemple, il ne se contente pas de quelques platitudes convenues ; il développe un discours certes plein de colère, mais intelligent et sans langue de bois, et n’hésite pas à lâcher de gros pavés dans la mare et à mettre le nez dans leur propre caca aux lecteurs hétéros lambda qui se targuent pourtant d’être "tolérants". Alors c’est sûr que du coup, quand on est soi-même un de ces lecteurs hétéros lambda, ça fait bizarre d’être un peu malmené comme ça, c’est pas forcément agréable à lire, et face à cela, soit on reconnaît, un peu honteusement, que dans le fond Neaud a raison, soit on se dit que Neaud un gros con aussi intolérant que ceux qu’il critique et on le rejette en bloc… Pour montrer à quel point je suis un type intelligent et ouvert d’esprit ;) , je pourrais préciser que ma réaction a évidemment été la première citée, mais bon, vous avez vu, j’ai mis 4 étoiles, donc vous aurez compris que je n’ai pas balancé le Journal aux chiottes en pensant que Neaud était un con. Mais à ce sujet, soyez néanmoins prévenus : du fait même de la nature de cette série (c’est un journal, pas une fiction avec une intrigue), tout au long de la lecture, le jugement du lecteur ne se fera pas beaucoup sur des considérations de type "est-ce que l’histoire est bien construite, est-ce que les dialogues sont bien écrits, etc", mais surtout en fonction de la sympathie que le lecteur aura ou non pour l’auteur. Et soyons honnête : Neaud n’est pas un gars super sympa et drôle à la Trondheim, à qui on s’attache immédiatement. Neaud est un intello, ne s’en cache pas, ne s’en défend pas. Du coup, il pourra paraître à certains plutôt verbeux et chiant, mais également élitiste et méprisant. C’est aussi quelqu’un qui a beaucoup de colère, de dégoût, d’amertume, de tristesse en lui ; du coup son Journal n’est décidément pas une balade de santé, un truc qu’on feuillette pour se remonter le moral et/ou se vider la tête. C’est aussi, enfin, quelqu’un bourré de défauts, de contradictions ; du coup, il faudra réussir à surmonter tout ça pour ne pas lâcher ses bouquins en se disant « Pff, allez, j’en ai ras-le-bol, de ce connard ». Mais bon… Il a beau être Auteur de Bandes Dessinées, il n’est qu’humain… tout le monde à des défauts… et on peut en venir à beaucoup apprécier ce mec malgré tous ses travers… Un point noir malheureusement : le 4ème tome, dernier paru à ce jour (mais d’autres suivront), est malheureusement moins intéressant que ses prédecesseurs… Il raconte une période de la vie de Neaud où il sortait un peu la tête de l’eau, se sentait moins mal (ah oui, parce que les 3 premiers tomes sont vraiment noirs-noirs-noirs hein)… Alors, est-ce parce qu’un artiste produit forcément de meilleures œuvres lorsqu’il est dépressif et tourmenté, ou est-ce parce qu’une histoire vécue bien sordide paraîtra toujours plus passionnante aux lecteurs qu’une histoire vécue gentillette, je ne sais pas… Toujours est-il que ce fameux tome 4, donc, déçoit. Peut-être aussi parce qu’au bout de 3 tomes représentant plusieurs centaines de pages, on commence à avoir un peu fait le tour du personnage, de ce qu’il a à dire… Bon, bref. Ça commence par une interminable publicité pour le Pays Basque, ses paysages enchanteurs, ses petits bruns trapus aux gros sourcils… Un premier chapitre qui a dû faire plaisir à l’Office du Tourisme local (non, je ne vais pas insinuer que Neaud a touché un petit chèque pour inclure ces planches à sa BD), mais qui se révèle très chiant à lire. Tout n’est heureusement pas du même tonneau, mais il y a quelques autres trucs qui fâchent un peu… Neaud nous a habitués à de violentes diatribes certes, et il faut bien reconnaître que souvent il n’a pas tort, mais là, tout regonflé d’énergie qu’il est, il aurait presque tendance à trop s’emporter, et du coup, à dire des conneries… Chaque fois qu’il gueule, derrière le discours bien structuré on croirait que le message est « De toutes façons, je suis plus sensible et plus intelligent que tout le monde, je comprends tout mieux que tout le monde, j’ai le droit de juger tout le monde mais personne n’a le droit de me juger, et je vous emmerde tous, bande d’homophobes petits-bourgeois hétéros bien-pensants qui ne comprenez rien à l’art que vous êtes ». Il reparle aussi de son agacement vis-à-vis de ce qu’il appelle « la dictature du sympa », c’est-à-dire, pour reprendre sa définition, l’obligation d’être « cool, fun, modeste, ne pas se prendre la tête, léger, avoir de l’humour, être tolérant, ouvert, pas grave »… sur ce point, il dit des trucs avec lesquels je suis assez d’accord, sauf qu’après ça, il nous raconte avec une certaine jubilation sa participation à une émission de radio hebdomadaire organisée par lui et ses nouveaux potes, et je ne sais pas s’il s’en rend compte, mais cette émission dont il a l’air particulièrement fier présente tous les travers du "sympa" à deux balles que, pourtant, il déteste quand il vient des autres… A s’octroyer ainsi le privilège de cracher sur tout le monde sans plus balayer devant sa porte, il commence à épuiser le capital sympathie (au sens non-péjoratif du mot "sympa" cette fois) qu’il s’était construit avec les 3 premiers tomes. Avec tout ça, je n’ai même pas eu le temps de parler du dessin, mais plus je me relis, plus je trouve mon avis trop long, confus et super mal écrit, donc je vais essayer d’arrêter le massacre et de conclure rapidement. Disons en bref que je n’aime pas trop, que c’est un peu trop « sage », trop « dessiné d’après photo », trop « étudiant des Beaux-Arts bien appliqué », quoi. Même quand il commence à se permettre quelques fantaisies visuelles (à partir des tomes 3-4 en gros), je trouve ça raté. Mais le propos est si riche et dense que finalement, tant pis si le dessin ne me plaît pas. Comme je le disais au début, le Journal reste pour l’instant (malgré ce 4ème tome) largement plus intéressant que la grande majorité de l’abondante production actuelle de BD autobiographique. Je n’en conseille pas forcément l’achat, et je ne conseille pas forcément non plus à ceux qui liraient le 1er tome et le trouveraient hyper-chiant de s’acharner à lire la suite, mais néanmoins, cette œuvre singulière mérite qu’on y jette un coup d’œil.

13/04/2004 (modifier)
Par Herbv
Note: 5/5

Cette BD fait déjà partie des BD majeure, un monument que tout fan de BD se doit d'avoir lu même si elle est très complexe. Impossible de parler de l'histoire en dehors de la brève présentation faite, cela prendrait des pages et des pages (je me suis déjà essayé à cet exercice et il ne s'agissait que d'une présentation parcellaire). Quand au dessin, on peut dire qu’il est fin, plutôt éloigné des canons de la BD d’auteur, des publications indépendantes. Le trait est clair, précis, travaillé même s'il peut donner une impression de brouillon, une apparence parfois "lâchée". Si la mise en page, le découpage peuvent sembler assez classiques avec le sacro-saint "gaufrier" comme base (encore que le rythme et la taille des cases est très lié au temps qui passe, que l’alternance de vues subjectives et objectives peut dérouter, que le dessin jaillit des cases parfois), je trouve que cela a pour effet d’amplifier l’impact du contenu, les propos n’étant pas parasités par un contenant voyant, exubérant. Mais on ne pourra pas dire la même chose du dessin qui peut être très réaliste mais aussi très fantaisiste, l'utilisation régulière d'iconographies symboliques, de floutages peut surprendre. Il faut lire attentivement les textes, regarder les images une à une et dans leur ensemble pour mieux se rendre compte que derrière une certaine sobriété, on a une réflexion en profondeur de ce qui est présenté au lecteur. On peut aussi se poser la question s'il s'agit véritablement de BD. La plupart du temps, les cases représentent plus des poses, des sentiments, des "points de vue" que des actions. On pourrait plus parler d'illustration d’un écrit ou de la représentation graphique d’un Journal intime que d’une bande dessinée à proprement dit. D'ailleurs il n'y a pas vraiment de récit, d'action, mais plutôt des tranches de vie, des dialogues ou même des monologues. On nous raconte ce qui s'est passé, on ne nous le montre pas en train de se passer, on ne le vit pas directement. Personnellement, cette lecture, ainsi que la recherche sur Internet des différents propos tenus par Fabrice Neaud (interviews, participations à des forums), sans parler des discussions que j’ai pu avoir à ce propos avec certaines personnes fait de cette BD une expérience enrichissante. Enrichissante par l’émotion suscitée par certains passages (surtout dans le Journal III) mais aussi par la réflexion que chacun doit avoir devant une oeuvre aussi puissante (je pense tout particulièrement au Journal I et 4), obligeant à remettre en question certaines certitudes, certains comportements que l’on peut avoir, même (et surtout) inconsciemment.

15/06/2003 (modifier)