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La Favorite

Note: 4.09/5
(4.09/5 pour 11 avis)

La favorite raconte l'histoire d'un enfant éduqué à la dure, dans un manoir, par des personnes prétendant être ses grands parents.


1961 - 1989 : Jusqu'à la fin de la Guerre Froide Auteurs complets J'ai changé de sexe Les prix lecteurs BDTheque 2015 One-shots, le best-of Région parisienne

La favorite raconte l'histoire d'un enfant éduqué à la dur, dans un manoir, par des personnes prétendant être ses grands parents. Dès les premières pages ont peut sentir l'ambiance pesante et sombre qui va se dégager. L'ambiance cruelle se confirme. Qu’adviendra t-il de Constance ?

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 15 Avril 2015
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série La Favorite
Les notes (11)
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19/05/2015 | SkAmby
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Par jul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré

C'est grâce à bdtheque que j'ai lu cette bd qui ne m'aurait pas attiré en temps normal. La faute à son dessin, qui n'est pas celui que j'affectionne naturellement, enfin au 1er abord. Non c'est surtout le scénario qui m'a interpellé. Un enfant brimé et séquestré dans un vieux manoir familial. Travesti en fille par une grand mère à moitié folle, méchante et acariâtre. Un grand père faible et lâche qui laisse faire, en buvant et écoutant ses disques classiques, perdu dans la mélancolie d'une vie ratée... Malgré cela, le gosse vit tout de même comme un enfant de son âge, enfin essaye... Dans son monde clos et coupé de l'extérieur, rythmé par les leçons et punitions de l'odieuse grand-mère. Le grand jardin où il joue avec les animaux et les livres, très présents dans la grande maison, qu'il dévore avec avidité, chose normale quand on est enfermé et ne voyant aucun autre enfant... Tout en maudissant, tout comme le grand père, cette terrible femme. Ces 2 là aimeraient bien qu'elle meure. De ses parents, l'enfant n'a aucun souvenir, et se demande bien à quoi ils pourraient ressembler. Puis un jour une famille de Portugais embauchée par l'odieuse grand mère s'installe dans la maison du gardien, et Constance (c'est le prénom de l'enfant, enfin celui qui lui est imposé) fait la connaissance des terribles enfants de ces derniers. S'ensuit une espèce d'attirance-rejet entre ces mômes complètement différents. Des petits jeux sadiques, chose classique dans le monde cruel de l'enfance. Constance s’efforçant de cacher son secret (un garçon avec des habits de fille) face à la terrible benjamine de ces nouveaux voisins, dont il commence à tomber secrètement amoureux. Le récit m'a tellement passionné que je me suis tout de suite adapté au dessin assez particulier mais finalement idéal pour raconter cette histoire. J'ai été extrêmement touché du début à la fin, car j'adore ces récits tourmentés de familles dysfonctionnelle et "tarées". L'imagination étant le seul moyen de survie pour ce gamin. De plus cette ambiance de manoir perdu dans un coin de campagne, au milieu des livres poussiéreux, avec la marâtre vociférant telle une sorcière, c'est quasiment du fantastique de conte de fée. Avec la question de l'identité sexuelle en plus. Constance ne se questionnant pas plus que ça sur ses habits de fille, du moins au début car n'ayant pas de point de comparaison avec d'autres enfants. C'est la rencontre avec ceux des voisins (et plus particulièrement la grande) qui va faire s'affirmer, assez difficilement, son statut de garçon et non de fille. Je rapprocherais cette bd d’œuvres comme Graines de Paradis de Makyo, La Saison des anguilles, ou le roman "Vipère au poing" mais avec un trait plus caricatural, + stylisé et presque amateur par moments. Enfin plus proche des romans graphiques où le dessinateur ne s’arrête pas sur de petites faiblesses au dessin et fonce tête baissée dans son récit avec une ambition telle que cela devient vraiment passionnant. Chapeau l'artiste ! 5/5 (quand je parle de la spécificité du dessin, c'est surtout en ce qui concerne les visages. Les décors et la très belle ambiance à la carte à gratter sont extrêmement réussis)

29/01/2019 (MAJ le 30/01/2019) (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Jetjet

C'est un bien curieux bouquin que voilà, qu'une amie m'a chaudement recommandé en me prêtant son exemplaire et qui a du patienter plus d'un an avant de le récupérer. Quelle grave erreur ! Car si j'avais eu connaissance de son contenu, surement n'aurais-je pas repoussé autant cette lecture aussi surprenante que divertissante sur un sujet rarement abordé et grave de conséquences : la maltraitance des enfants. Pourtant il est fortement recommandé d'en savoir le moins possible afin d'en garder tout l'intérêt de la découverte. Constance, une gamine de 10 ans vit reclue dans une grand chateau isolé avec ses grand-parents, une riche famille de notables à l'aube des années 70 en Champagne. La grand mère stricte et sévère punit régulièrement l'enfant et lui assène une éducation scolaire à domicile loin de tout autre contact humain. Le Grand Père se contente d'acquiescer lâchement aux requètes farfelues de son épouse pour conserver ses activités oisives entre regrets, alcool et musique classique. Le récit est vu par les yeux de l'enfant qui cherche un peu d'humanité et de réconfort à travers les jeux que lui offre les animaux et la nature. Privé de tout autre contact avec le monde extérieur, un espoir renait avec l'arrivée d'une famille portugaise au service des grand parents et surtout de leurs deux enfants. En dire davantage serait dommage, Matthias Lehmann brouille les pistes dès le départ par une narration simple mais enrichie par les possibilités du support bd avec une insertion de doubles pages, de strips ou de petits épisodes entrelacés dans la trame générale. La lecture devient ainsi rythmée par le quotidien de Constance qui subit diverses brimades et humiliations de ses aïeuls comme de ses voisins dans un noir et blanc hachuré façon carte à gratter de toute beauté. Les révélations se font de façon progressive et presque naturellement, sans jugement. Le premier choc narratif arrive très vite, délivrant suffisamment de clés pour la poursuite de la lecture jusqu'aux dernières pages sous forme de flashbacks si riches en détails qu'on pourrait presque croire à une histoire vraie. La force de ce récit hors norme est bien de raconter un triste fait divers mais Lehmann évite facilement la carte du glauque et de la morosité par petites touches d'humour très enlevées allant des réflexions d'enfants à l'apparition surprise et fantasmée d'un célèbre Président français :) La Favorite dont le titre prend également son sens après lecture est un ouvrage hautement recommandable, une adaptation contemporaine de Vipère au Poing de Hervé Bazin avec un soupçon de poésie, d'humour et de séquences chocs qui amènent une belle réflexion sans se vouloir traumatisantes. Vraiment très recommandé.

17/11/2017 (modifier)
Par Jérem
Note: 4/5 Coups de coeur expiré

Un jeune garçon, élevé comme une fille par des grands-parents bourgeois et misanthropes, vit cloitré dans le manoir familial, caché du monde. Derrière ce script un peu « fait-divers », se cache un roman graphique magnifiquement orchestré par Matthias Lehmann. Dès le début de la lecture de ce volumineux album, on est immédiatement accroché par la vivacité de la mise en page, la puissance du récit et la grande maitrise narrative de l’auteur. L’histoire est absolument passionnante de bout en bout, portée par des personnages soignés, à la psychologie complexe. Le trait de Lehmann, original et inspiré, donne parfaitement le change à l’intrigue sombre et un brin claustrophobique. La Favorite est très, très bel album qui deviendra sans aucun doute l’un des immanquables du site. Et un très grand bravo à l’auteur !

14/06/2017 (modifier)
Par ArzaK
Note: 4/5 Coups de coeur expiré

La favorite nous conte le récit douloureux d'une enfance martyre. Un enfant vit avec une grand-mère acariâtre et un grand-père au caractère insignifiant. Ils sont reclus dans un bâtisse cossue isolée, ultime témoin d'un mode de vie bourgeois. Il ne peut jamais sortir, son éducation est faite par sa grand-mère. Mais quel secret cache cette étrange maisonnée ? Malgré un dessin en apparence austère, c'est un récit d'une vibrante humanité que nous propose Matthias Lehmann, dans cet album sensible qui était mon favori de la sélection d'Angoulême 2016.

29/06/2016 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
L'avatar du posteur Alix

Je rajoute un 4/5 de rigueur aux avis existants. L’histoire est prenante, tout simplement. Le sujet et l’ambiance sont glauques, mais sans devenir trop malsains, malgré des faits finalement assez horribles (je n’ai dirai pas plus). La narration est habile et captive le lecteur à coup de révélations qui nous en apprennent de plus en plus sur une galerie de personnages décidément surprenants. Le dessin en noir et blanc tout en hachures est superbe et détaillé, et colle parfaitement à l’histoire. Je lis dans les autres avis qu’il a été effectué à la « carte à gratter », je ne m’en étais même pas rendu compte lors de ma lecture. Je ne suis habituellement pas spécialement fan de cette technique, mais sur le coup, j’adore. Une chouette découverte.

23/02/2016 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
L'avatar du posteur Gaston

Les avis de ce site m'ont donné envie de lire cet album et je ne suis pas déçu. Le sujet de la maltraitance des enfants est un sujet grave et lorsque c'est le principal sujet d'une oeuvre de fiction, c'est un peu dur de faire un truc qui ne soit pas trop malsain et qui ne donne pas envie de lire la suite. Ici, ce qui arrive à la pauvre Constance est triste et il y a des moments glauques, mais l'auteur maîtrise bien son sujet et j'ai trouvé l'histoire captivante, surtout après la première révélation qui m'a donné envie de continuer davantage afin de voir s'il y avait d'autres révélations et je ne fus pas déçu. La petite Constance est attachante et le personnage du Pépé est intéressant. Il montre comment on cautionne la violence en ne faisant rien. La plupart du temps il est plutôt gentil (enfin, comparé à la grand-mère) et contre les abus faits par sa femme, mais il est trop lâche et pathétique pour faire quelque chose. L'auteur réussit le tour de force de glisser 2-3 passages drôles sans que cela gêne le récit. La construction de ce récit est d'ailleurs particulière et très bien maîtrisée. Le dessin est vraiment superbe. Décidément j'aime bien la technique de la carte à gratter.

12/12/2015 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
L'avatar du posteur Spooky

Mon avis va rejoindre ce concert de louanges. Ce nouvel album de Mathias Lehmann est vraiment un bel objet. Non pas parce qu'il est beau visuellement parlant, mais bel et bien par sa qualité d'écriture. Car en effet la maltraitance des enfants est un sujet casse-gueule, et il n'est vraiment pas évident d'en parler sans tomber dans le pathos, la complaisance ou même le malsain. Lehmann réussit à éviter tous ces écueils, et à nous livrer un album à la fois profond et presque passionnant, qui montre une montée en puissance loin d'être négligeable, avec une première révélation -que personnellement je n'ai pas senti venir- puis une suite d'explications qui permettent de "comprendre" l'histoire de cette petite Constance. Son dessin, réalisé à la carte à gratter se montre d'une sobriété remarquable, presque en retrait par rapport au sujet. Vraiment un très bon album.

29/11/2015 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
L'avatar du posteur Erik

Il n’y a rien de pire que la maltraitance des enfants, ces petits êtres innocents qui peuvent être souillés par la méchanceté des adultes. En l’occurrence, on fait la connaissance d’une petite fille d’aspect et de sa grand-mère plutôt acariâtre qui n’hésite pas à la battre avec son martinet ou la mettre au grenier sans la nourrir. Le décor est planté d’emblée dans cette vaste demeure bourgeoise au cœur de la France profonde. On va alors entrer petit à petit dans la psychologie de ce petit personnage qui essaie de vivre dans les limites qui lui ont été fixé. Et puis, il y aura le choc d’une première révélation. Puis, cela ira en crescendo afin de distiller l’horreur de la situation. La fin dévoilera tout et la lecture deviendra plus pénible émotionnellement pour peu qu’on s’intéresse au sort des enfants. Fort heureusement, il y aura des moments plus comiques comme l’apparition d’un certain président de la république adepte des au-revoir et qui n’hésite pas à s’inviter à la table des français moyen. Le procédé graphique utilisé est celui de la carte à gratter. Depuis les œuvres de Thomas Ott, j’aime beaucoup. Cela colle d’ailleurs à merveille avec la noirceur assumé de ce récit. On ne regardera plus les personnes âgées de la même manière. Le mal peut se cacher partout. Le titre intrigue un peu. Après cette lecture, on se rend compte que finalement, ce n’est peut-être pas aussi bien que cela d’être le favori. On peut en payer le prix. Au final, cela sonne comme un fait divers qui s’est sans doute déjà produit. L’auteur a réussi un tour de force avec cette œuvre intensément psychologique et qui parait presque authentique. La dernière page tournée, on est encore sous le choc.

19/11/2015 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
L'avatar du posteur Ro

La Favorite est indéniablement une BD originale. En fait, il vaut mieux la lire sans en savoir rien car elle dévoile peu à peu ses surprises et révélations. C'est ainsi que je l'ai lue et je dois dire avoir été agréablement pris au dépourvu. Disons pour faire simple que cela s'entame sur l'histoire d'un enfant vivant cloîtré avec ses grands-parents dans une vieille demeure campagnarde, avec une grand-mère violente et autoritaire qui fait de sa vie un enfer coupé du monde. On suit ainsi les états d'âme de cet enfant de 10 ans, son monde imaginaire, ses tentatives de rébellion vite réprimées, ses aperçus du monde extérieur. Mais les choses se révèlent plus complexes et plus originales que cela. Le très beau dessin en noir et blanc à la plume donne un aspect élégant et un peu rétro au récit. L'encrage et les hachures le rendent assez proche du style des gravures anciennes et cela renforce l'impression d'être dans un lieu hors du temps, quelque part au XIXe siècle peut-être, alors que l'action se déroule dans les années 70. A l'inverse, la représentation des visages, en tout cas de ceux du grand-père et de l'enfant, sont un peu plus modernes et ronds, dans un style presque cartoon. Cela reflète la tournure plus légère, voire doucement humoristique, que prend le récit par moment. Ce contraste permet d'éviter un récit dramatique et sombre, même si cela s'apparente quand même le plus souvent à du rire jaune, un peu grinçant. Malgré quelques aspects passablement dérangeants, c'est un récit intéressant, rythmé et bien mené. Il se révèle surprenant et sort des sentiers battus tant par son intrigue que par la façon dont il est mis en scène et dont il se dévoile. Les dates, lieux et noms sont d'ailleurs tellement précis que j'ai vérifié s'il s'agissait d'une histoire vraie mais à priori, je ne trouve rien. Qu'il s'agisse de faits véridiques, de la transposition d'une histoire vraie similaire ou d'une pure fiction, c'est en tout cas une bonne lecture.

24/09/2015 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Blue Boy

D’emblée, ce one-shot s’impose par son graphisme noir et blanc très particulier, et à vrai dire plutôt plaisant. Un trait nerveux tout en stries, des visages expressifs, parfois grimaçants jusqu’à l’hystérie, avec toujours un souci de la précision. La mise en page est extrêmement libre, très souvent l’histoire passe du gaufrier au strip, sort des cases pour déboucher ensuite sur une seule scène en double page. Toutes ces ruptures donnent une narration extraordinairement variée, installent une tension, renforcée par des trouvailles graphiques révélant chez son auteur un imaginaire toujours en ébullition. A noter que celui-ci est également illustrateur, ce qui explique sans doute cette amplitude formelle. Venons-en au récit à proprement parler, sorte d’ « Alice au pays de Folcoche ». Assez perturbant, il nous entraîne progressivement vers un tourbillon de démence, parfaitement incarné par le dessin que je viens d’évoquer et dont on ne peut détourner le regard tant on est fasciné, subjugué, horrifié. Jusqu’à la fin, on se pince en se demandant si l’histoire de ce garçonnet travesti en fillette par cette soi-disant grand-mère est vraie, en tout cas on se dit qu’elle pourrait l’avoir été. Mais l’important est le thème principal développé ici : l’identité broyée (ou niée) de deux êtres sous le poids des conventions sociales d’un autre âge, et la perpétuation par ces derniers par le biais de « Constance ». Matthias Lehmann semble au final s’en amuser en posant sur ces grands-parents indignes qui se haïssent à mort un regard grinçant, compréhensif aussi, mais à la limite de la provocation notamment lorsqu’il parle de l’homosexualité du grand-père dans sa jeunesse. Même la « fillette-garçon », sur laquelle on devrait réellement s’apitoyer, a fini par s’adapter à la situation dont elle commence à comprendre l’absurdité. Avec l’espièglerie comme paravent, elle deviendra à son tour monstrueuse en endossant un hideux masque africain représentant, pense-t-elle, une mère imaginaire qu’elle croit morte (on reste dans le thème de l’identité). Et paradoxalement, c’est ce masque aux vertus visiblement magiques qui lui fera retrouver cette identité perdue… Du coup, il sera totalement vain de chercher de l’émotion dans ce récit, qui possédait pourtant tous les ingrédients du drame, mais bascule très vite vers le conte drolatique un peu piquant. Encore peu connu mais déjà publié par l'éditeur prestigieux qu'est Actes Sud en 2006 (L'étouffeur de la RN 115), Matthias Lehmann prouve avec ce one-shot qu’il passe définitivement dans la catégorie des auteurs indispensables.

15/09/2015 (modifier)