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Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Innovation 67
Innovation 67

Je ne suis pas un vase en cristal Val Saint-Lambert. - Ce tome fait suite à Léopoldville 60 (paru en 2019) pour la chronologie de l'héroïne, et à Bruxelles 43 (2020) pour la chronologie de la parution des albums. Sa première édition date de 2021. Il a été réalisé par Patrick Weber pour le scénario, Baudouin Deville pour les dessins et l'encrage, Bérengère Marquebreucq pour la mise en lumière, c'est-à-dire la même équipe que celle des trois autres albums de la série. 1967, Ardenne belge par un bel après-midi de printemps, une Simca 1000 fonce à toute allure sur la route traversant la forêt. Elle franchit un Stop sans marquer l'arrêt et elle est alors prise en chasse par une voiture de police avec gyrophare en fonctionnement. le conducteur de la Simca accélère, mais négocie mal un virage et la voiture termine sa course contre un arbre, puis prend feu, les deux personnes à bord périssant dans l'incendie. Les deux policiers s'arrêtent et descendent de voiture : ils soupçonnent qu'il n'y avait pas que de l'essence dans cette voiture. À Paris sur les grands boulevards, à l'intérieur des célèbres magasins des Galeries Lafayette, Monique est en train de conseiller une cliente sur la couleur d'un ensemble, quand elle entend qu'on l'appelle. Il s'agit de sa copine Kathleen van Overstraeten qui est en train de faire des emplettes. Elles conviennent de e retrouver à onze heures pour la pause de Monique. En train de déguster son café, cette dernière explique qu'elle a effectivement un peu disparu. Après le Congo, tout a été compliqué : ses parents ont mal vécu leur retour en Belgique et sa mère a même traversé une profonde dépression. de son côté, elle se sentait mal aussi et elle voulait démarrer une nouvelle vie. Alors elle a décidé de tenter sa chance à Paris, aussi pour retrouver Célestin. De son côté, Kathleen raconte qu'après le Congo et le pont aérien de rapatriement, elle a donné de nombreuses interviews et écrit quelques articles. Elle s'est prise au jeu : elle a repris ses études et passé l'examen, ce qui lui a permis de devenir une journaliste de radio de la Radio-Télévision belge. Elle est venue à Paris pour l'interview de madame Claude Pompidou, la femme du premier ministre. Monique l'invite à sortir dans un club à Saint Germain-des-Prés. le soir, elles s'y rendent en taxi en passant par la place de la Concorde et les Champs Élysées. Elles dansent sur la piste au son d'un groupe de jazz, tout en dégustant un Martini dry. Monique annonce à son ami qu'elle va revenir en Belgique, pour se rapprocher de ses parents qui commencent à vieillir. Kathleen lui confirme que sa mère travaille toujours au grand magasin de Bruxelles l'Innovation, qu'elle pourrait même travailler jusqu'à septante-huit ans. Un client au bar l'entend, se moque de sa manière de dire soixante-dix-huit. Un autre intervient pour le remettre à sa place. le ton monte et l'individu alcoolisé se retrouve à terre après avoir reçu un coup de poing. le défenseur se présente : il s'appelle Tom et est un pilote d'essai pour des marques d'automobiles, ou des propriétaires de belles mécaniques. Ils partagent un verre, puis les deux femmes rentrent chez elles en taxi. le lendemain matin, Kathleen croise Tom à la gare du Nord. Le principe de la série réside dans la reconstitution historique d'une phase marquante de l'Histoire de la Belgique : l'Occupation en 1943, l'Exposition Universelle de 1958, l'évacuation de Léopoldville à l'occasion de l'indépendance du Congo belge en 1960. Ce nouveau tome reconstitue le drame du plus grand incendie en temps de paix en Belgique, ayant causé la mort de 251 personnes, et ayant fait 62 blessés. le bâtiment avait été conçu par Victor Horta (1861-1947), célèbre architecte, un des principaux acteurs de l'Art nouveau en Belgique. le roi Baudouin s'était rendu sur place l'après-midi même, ainsi que Lucien Cooremans, le bourgmestre de la ville, et le premier ministre Paul Vanden Boeynants. L'incendie a été couvert par le premier reportage de la RTBF en direct, et par un direct radio de quatorze heures, respectivement par Luc Beyer (1933-2018) et René Thierry (1932-2012). À la suite de ce drame, le gouvernement belge a décrété une journée de deuil national, et a conçu et promulgué de nouvelles lois en matière de sécurité incendie. Cet ouvrage se termine avec un dossier de neuf pages, illustré par des photographies : une petite histoire des grands magasins en Europe et en Belgique (une révolution du commerce), des temples du commerce à travers le monde (la date de l'ouverture des premiers grands magasins en France, Belgique, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie, aux États-Unis), la conception et la construction du bâtiment de l'Innovation conçu par Horta, les faits de la catastrophe nationale, un entretien avec un psychologue expliquant qu'il rencontre aujourd'hui encore des gens marqués physiquement par l'incendie de l'Innovation. Dès la première page, le lecteur sait dans quel genre de bande dessinée il s'aventure : de type ligne claire, avec une attention particulière portée à la reconstitution historique rigoureuse. Enfin, pas tout à fait la ligne claire historique car la mise en couleurs n'est pas faite à base d'aplats de couleurs unies, sans dégradé. D'ailleurs, le travail de Bérengère Marquebreucq n'est pas qualifié de mise en couleurs, mais de mise en lumière. Elle met à profit le potentiel quasi infini de l'infographie pour réaliser un rendu apparaissant comme très réaliste, tout en conservant une lisibilité maximale à chaque case. Elle se charge de figurer les ombres portées par des teintes plus foncées, de rehausser le relief de chaque surface en jouant sur les nuances d'une couleur, d'installer une ambiance lumineuse par séquence, en extérieur ou en intérieur, en fonction de l'heure du jour, de la nature de l'éclairage naturel ou artificiel. Elle ajoute des motifs imprimés, sous forme de trame, comme le motif de la moquette au sol dans le grand magasin, le capitonnage du comptoir dans la boîte de jazz, le motif d'un papier peint, les confettis tombant lors de la parade des majorettes, le motif d'un chemisier de Monique ou de celui de Jane Fonda, et bien sûr les effets spéciaux pour les flammes de l'incendie. Il est impressionnant que cette mise en couleurs riche et sophistiquée n'écrase pas les traits encrés, mais les complète. Le scénariste mêle donc l'histoire personnelle de son héroïne à l'incendie de l'Innovation, avec une intrigue de type thriller. Il s'appuie beaucoup sur les dessins pour donner à voir l'époque et les lieux. le lecteur commence par remarquer les modèles de voiture : Simca 1000, Ford Mustang, DS, les camions, les véhicules de pompier, etc. Il ouvre grand les yeux lors de la virée à Paris : la place de la Concorde, les Champs Élysées. Puis à Bruxelles : boulevard Anspach et la Bourse, la Grand-Place (avec du stationnement), le palais du centenaire, le château où vivent le roi Baudouin et la reine Fabiola, maison de la radio, cathédrale Saint Michel et Gudule. C'est un vrai plaisir que de se projeter dans ces lieux si bien reconstitués, auprès de ces personnages aux tenues d'époque, et à l'intérieur du grand magasin l'Innovation où l'artiste dessine des cases d'après les images d'archives, insérées dans sa narration séquentielle, avec ses personnages, et des moments pour lesquels il n'existe pas de documents historiques, comme le repas dans le self-service, les secrétaires en train de travailler dans les bureaux administratifs de l'établissement, les vendeuses avec les clientes, etc. En termes de reconstitution historique, le scénariste évoque à plusieurs reprises la place de la femme dans la société de l'époque et son émancipation progressive. Kathleen van Overstraeten n'est pas mariée et elle fréquente des hommes, un à la fois quand même. Elle travaille et mène une vie indépendante, envoyant promener l'inspecteur Stan Stout et son comportement paternaliste, ou encore les dragueurs lui rappelant que la place de la femme est aux fourneaux. D'un côté, ces remarques arrivent assez appuyées ; de l'autre, Kathleen croise d'autres femmes indépendantes qui travaillent et qui ont également pu fonder un foyer comme sa propre mère. Ce qui peut passer pour un artifice par moment s'appuie sur de solides fondations car les principaux personnages sont des femmes, sans complaisance, ni hypocrisie protectrice. le lecteur perçoit des caractères différents pour chaque personnage, par leurs actions et leurs paroles, sans que le scénariste n'ait besoin de recourir à des bulles de pensée. Kathleen est bien le personnage principal, sans être un personnage d'action, sans courir au-devant de chaque danger, sans mettre fin à des situations périlleuses par la force de ses poings. La narration reste dans une veine naturaliste, s'en tenant (presque) aux faits historiques, et Kathleen ne met pas fin à l'incendie, tout en évacuant miraculeusement les unes et les autres. Pour autant, le récit ne s'apparente pas à un reportage : il est bien question de la vie de Kathleen au travers de son passage à Paris, d'une amourette, de sa relation avec sa mère, avec sa copine Monique, de sa carrière de journaliste. Weber y entremêle une intrigue de type roman, avec un groupuscule d'extrémistes anti-impérialisme américain. le lecteur le constate avec la course-poursuite en voiture de la scène d'ouverture, et dans le choix du scénariste de retenir la thèse de l'attentat pour l'origine de l'incendie. D'un côté, cette hypothèse n'a pas été prouvée au cours des trois années d'enquête pénale ; de l'autre, le lecteur peut y voir le choix d'une dynamique romanesque et une opportunité pour évoquer une autre facette de la société belge de l'époque. La couverture promet une bande dessinée de type franco-belge traditionnelle, dans le registre Ligne Claire, et c'est exactement ça, avec des caractéristiques plus personnelles. La mise en couleur s'éloigne du dogme Ligne Claire pour une mise en lumière très sophistiquée qui vient compléter les traits encrés sans les supplanter. La reconstitution historique présente la même minutie que celle de Jacques Martin, avec une rigueur remarquable, et un clin d'œil à un autre bédéiste historique apparaissant sur la couverture. le récit mêle le personnage récurrent, sa vie personnelle et la tragédie historique de l'incendie de l'Innovation, avec un fil narratif romanesque pour une lecture très agréable.

16/06/2024 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Oradour 1944 - L'innocence assassinée
Oradour 1944 - L'innocence assassinée

Le massacre d'Oradour-sur-Glane n'est qu'un évènement parmi d'autres de la seconde guerre mondiale, mais de nombreux éléments en ont fait un symbole de la barbarie nazie : son isolement, l'innocence de ses habitants, qui pour la plupart se tenaient à l'écart des combats opposant les maquisards et la Milice, quelques kilomètres plus loin. Le fait aussi que dès les semaines qui ont suivi cette atrocité, les autorités aient décidé de transformer les ruines du village en un lieu de mémoire resté en l'état. Un cas unique en France, qui en fait l'un des sites touristiques liés à la guerre les plus visités chaque année. Sous le haut patronage de Robert Hébras, le dernier survivant des évènements, les Éditions Anspach ont donc confié à Jean-François Miniac, scénariste polyvalent, le soin de raconter cette journée particulière du 10 juin 1944. Il s'est adjoint les services de Bruno Marivain, qui a déjà œuvré dans la BD historique, en particulier la seconde guerre mondiale. Un duo chevronné, qui nous permet de suivre sans heurts le récit qui bascule peu à peu dans l'horreur et la barbarie. On suit bien sûr les habitants, les soldats de la division SS (dont certains étaient Alsaciens, ce qui a "permis" aux oppresseurs de se faire comprendre des villageois), mais aussi la poignée de jeunes gens qui réussit à tromper la vigilance des envahisseurs. De quoi être relativement complets sur le sujet, et l'album comporte un dossier documentaire en fin d'album, réalisé par deux historiens, qui permet de replacer l'évènement dans son contexte, en parlant d'Oradour, de Das Reich et de la situation du conflit, quelques jours après le débarquement en Normandie. C'est très intéressant. En passant, les deux historiens indiquent que le choix de ce village d'Oradour reste obscur, 80 ans après. Je me souviens d'avoir lu ou entendu il y a quelques années une théorie indiquant qu'un autre village appelé Oradour quelque chose (probablement Oradour-sur-Vayres, situé 15 km au sud du futur village martyr) avait été choisi, mais que la panzer division SS s'était un peu perdue, et donc se serait trompée d'agglomération...

15/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série La Splendeur du Pingouin
La Splendeur du Pingouin

Un criminel laid et crédible - Ce tome regroupe les 5 épisodes de la minisérie parus en 2011/2012, écrits par Gregg Hurwitz et illustré par Szymon Kudranski, ainsi que l'épisode Joker's asylum : Penguin écrit par Jason Aaron, et illustré par Jason Pearson (2008). Pain and prejudice - À la naissance, Oswald Cobblepot avait déjà un appendice nasal hors du commun, à tel point que son père découvrant son visage l'a laissé choir par terre. de nos jours, il est connu sous le sobriquet de Pingouin (Penguin). Il dirige un restaurant Iceberg Lounge, ainsi que des opérations criminelles. À ce moment de son existence, il est plus particulièrement intéressé par l'acquisition frauduleuse d'un énorme rubis monté en pendentif, puis d'une paire de boucles d'oreilles assorties. Cet intérêt est lié à la situation d'Esther Cobblepot (sa mère) et au fait qu'il souhaite lui faire plaisir. Il se remémore les souvenirs les plus marquants de son enfance, sa relation avec sa mère, l'ostracisation imposée par ses camarades, la relation entre son père et sa mère. Lors d'une de ses visites régulières au zoo, il aide Cassandra, une jeune aveugle, à se débarrasser de jeunes garçons tournant en dérision son infirmité. C'est le début d'une belle amitié (et plus si affinités). Premier avertissement : prévoyez une source lumineuse puissante pour lire cette bande dessinée. Szymon Kudranski s'est fait connaître en dessinant les aventures du nouveau Spawn (Jim Dawning) à partir de New beginnings 1. Il réalise ses illustrations à l'infographie. Il aime beaucoup le noir, et son coloriste (John Kalisz) réalise des camaïeux également assez sombres. le style de Kudranski peut être un peu énervant de temps à autre car il affectionne particulièrement les personnages sur fond totalement noir. Malgré tout ses compositions de page permettent toujours au lecteur de savoir où se déroule la scène et chaque décor est spécifique avec des particularités propres. Pour ces décors, il a recours à l'infographie de différentes manières : soit pour insérer une photographie retouchée en arrière plan, soit pour inclure un motif géométrique sur un sol ou un mur, soit pour rendre flou l'arrière plan comme si le réglage était prévu uniquement pour le premier plan. Kudranski n'est pas un adepte du photoréalisme à tout prix, il compose chaque case pour y mettre certains éléments réalistes, mais sans risque de surcharge visuelle pour le lecteur. Par contre, le recours à des teintes sombres donne l'impression au lecteur de devoir lutter pour distinguer les formes dans certaines cases. Au final, Kudranski donne une apparence crédible à chaque personnage, optant pour les rendre tous réalistes, en minimisant tous les éléments propres aux superhéros. Les combats sont brutaux et les gadgets technologiques sont à la fois inventifs, tout en restant assez maîtrisés pour s'inscrire dans une réalité pas trop éloignée de celle du lecteur, et pas trop infantile. Deuxième avertissement, Hurwitz dépeint le Pingouin comme un vrai criminel endurci (et un peu troublé mentalement) qui dirige ses opérations sans entraves morales. Il expose les fondamentaux du personnage pour un lectorat plutôt adulte. Il suffit de savoir par exemple que les relations entre Oswald et maman Cobblepot ne sont pas très saines. Sans tomber dans l'inceste, Hurwitz indique sans montrer qu'Oswald n'a pas très bien digéré son Œdipe. Il développe également le fait qu'Oswald était la risée de ses camarades et leur souffre-douleur du fait de son apparence particulière. Hurwitz sait raconter cet aspect sans tomber dans les clichés inhérents à un enfant qui se fait maltraiter par ses camarades. Il montre les 2 aspects d'Oswald Cobblepot : le parfait gentleman, et l'homme d'affaires cruel qui a un don inné pour faire souffrir ceux qui sont sur son chemin. Ce dernier point donne lieu à des scènes éprouvantes dans lesquelles Cobblepot explique à la personne en face de lui comment il s'est remboursé de l'affront qu'il a subi, comment tout ce qui était cher à la personne a servi à payer. Hurwitz insère également quelques rares pointes d'humour noir, et quelques dialogues sarcastiques (une popstar qui fait le nécessaire pour que "plus jamais d'autres oreilles ne souffrent comme les siennes"). D'un autre coté, Hurwitz sacrifie à quelques codes propres à ce genre de récit. La minimisation des aspects superhéros (malgré 2 apparitions de Batman) lui permet de renforcer les aspects les plus sinistres et dérangés de la personnalité d'Oswald Cobblepot, sans que jamais sa silhouette ou ses parapluies ne lui fassent perdre de crédibilité, ne le renvoient dans le rôle du supercriminel coloré, aux gadgets idiots. de l'autre, cela signifie que ce récit devient plus un polar dans lequel quelques clichés deviennent inévitables, tels une police à l'inefficacité catastrophique, ou des meurtres à gogo sans que les criminels ne soient inquiétés. - Joker's asylum : Penguin (également réédité dans Joker's asylum) - Afin d'augmenter le nombre de pages et d'arrondir le prix, DC Comics a rajouté une histoire de tonton Joker qui explique que les filles se moquaient d'Oswald au lycée et qu'il ne fait pas bon froisser ou irriter Oswald maintenant qu'il est un adulte capable de se défendre et de rendre les coups vicieusement et au centuple. Il s'agit en fait d'exactement la même trame que celle d'Hurwitz (moins la figure de la mère). Jason Aaron a écrit un scénario ramassé et rapide autour d'une histoire où le caractère dérangé du Pingouin transparaît pleinement. Les illustrations de Jason Pearson sont incroyables d'expressivité et de moquerie, avec une exagération à la Kyle Baker irrésistible. Une histoire rapide pétrie d'humour noir et de méchanceté. Pour l'anecdote, il est amusant de voir que DC Comics a réuni dans un même recueil la minisérie de 2011 (post- Flashpoint), et une histoire d'avant ce point de rupture dans la continuité de DC Comics.

15/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Superman - Origines secrètes
Superman - Origines secrètes

Un vrai point de vue sur le personnage et ses débuts - L'histoire, tout le monde la connaît : une planète mourante, un couple qui envoie son bébé sur terre dans une fusée, il est adopté par un couple de fermiers vivant dans le Kansas (ou dans un état peu éloigné de Metropolis, suivant les versions). Au début de ce récit, Clark Kent est un jeune adolescent qui joue au football (américain) avec ses copains à Smallville. Suite à une interception un peu brutale, Pete Ross se casse l'avant bras gauche en percutant Clark. Ce n'est pas la première manifestation de ses pouvoirs, mais celle-ci va l'éloigner des êtres humains normaux. Heureusement il peu compter sur le réconfort de Lana Lang qui connaît son secret. Cet accident indique également à Martha et Jonathan Kent qu'il est temps de dire la vérité à leur fils adoptif. Au fil des pages, Clark rencontre un autre habitant de Smallville (Lex Luthor), puis il découvre la nature de ses différents pouvoirs et Martha lui coud un étrange costume. Heureusement également, il se découvre 3 autres amis connaissant son secret et arrivant directement du futur. Puis vient le temps de déménager à Metropolis, d'être embauché au Daily Planet, de rencontrer Lois Lane et les autres, et d'être en but à la persécution de Lex Luthor. Après les événements de Infinite Crisis, les éditeurs de DC Comics avaient indiqué que les coups de poing de Superboy avaient altéré la réalité et que Clark Kent avait bien été Superboy avant d'être Superman. La précédente origine du personnage racontée par John Byrne (L'homme d'acier de 1986) était donc devenue obsolète et caduque, il fallait en raconter une nouvelle. La tâche a été confiée à Geoff Johns et Gary Frank (encré par Jon Sibal) qui avait déjà raconté la première rencontre entre Superboy et la Legion of Super-Heroes, ainsi qu'une étape importante dans la vie de Superman dans Brainiac. Évidemment, la question qui se pose est : est-ce que le lecteur a besoin d'une nouvelle origine de Superman ? D'autant plus que cette version annule la majeure partie des changements qui avaient été effectués par John Byrne. Pour répondre à cette question, il faut tout d'abord indiquer que Geoff Johns a une vision claire de qui est Clark Kent. du début jusqu'à la fin du récit, il aligne les scènes attendues et d'autres spécifiques à cette version des origines, en mettant en valeur un individu qui sort de l'ordinaire. Ce qui le met à part de l'individu lambda, c'est sa personnalité. À la fin de cette histoire, le lecteur a acquis la sentiment de connaître Clark Kent, de l'avoir côtoyé, d'avoir vu et compris comment il a avait grandi et pris la mesure et l'importance de son identité de Superman. Avant toutes choses, Clark découvre que ses pouvoirs font de lui un être à part malgré son enfance ordinaire dans l'Amérique profonde. Même si le lecteur connaît déjà l'histoire, il la vit avec plus d'intensité, plus d'émotion, plus d'empathie. Et puis il y a quelques personnages qui se mettent en place plus aisément dans cette histoire, que dans la continuité mensuelle (je pense en particulier au père de Lois et à Metallo). Il ya également les illustrations superbes qu'il faut prendre en compte. Pour la présente édition (en cartonné dur), DC Comics a choisi un format un peu plus grand que celui des comics habituels et c'est un régal pour les yeux du début jusqu'à la fin. le ton est donné dès la couverture du premier épisode qui correspond à un croisement entre "American Gothic" de Grant Wood et l'Amérique constructive et saine de Norman Rockwell. Puis la première page nous amène sur une grande étendue herbue où se déroule un entraînement amical de football entre jeunes adolescents. Et toutes les séquences à Smallville dégagent un parfum d'Amérique intemporelle basée sur les valeurs du travail, de la famille et de l'amitié. Gary Frank utilise des traits secs et précis pour délimiter chaque détail. Il porte une grande attention aux tenues pour quelles paraissent aussi réalistes que possibles (entre autres les chaussures). Il a le sens du détail, de l'accessoire qui renforce l'ambiance, sans accaparer toute la place. Sa mise en scène est claire et carrée, avec une densité de cases d'une moyenne de 7 par page. Il choisit des modèles vivants pour modeler les visages, en particulier celui de Christopher Reeve pour Superman qu'il incarna en 1978 dans Superman de Richard Donner. Ce choix pour les visages donne une forte personnalité à chacun des individus. Après avoir refermé le tome, le lecteur se souvient encore de Rudy Jones (l'homme de ménage du Daily Planet) ou même de la rombière qui réprimande Kent parce qu'il marchait le nez en l'air à Metropolis. Et j'ai rarement contemplé une Lois Lane si craquante, énergique, fragile, déterminée et séduisante. Jon Sibal encre avec délicatesse chaque illustration pour restituer le plus finement possible chaque trait ; il complémente parfaitement Frank. Je n'aurais qu'une seule critique que Frank ait opté pour une silhouette un peu trop musculeuse pour Superman et Kent. Bilan : une histoire déjà lue, mais avec une sensibilité et une justesse exceptionnelles qui ne verse jamais dans la sensiblerie et quelques détours imprévus, des illustrations précises, méticuleuses et rendant justice à chaque individu. Je ne sais toujours pas si le monde des comics avait besoin d'une nouvelle version des origines de Superman, mais en tout cas cette histoire est d'une grande qualité et je la relirai avec plaisir. Si vous n'avez jamais lu d'origine de Superman, sautez sur ce tome. Si vous la connaissez déjà, il y a fort à parier que cela ne vous empêchera pas d'apprécier cette excellente bande dessinée.

15/06/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Labyrinthe inachevé
Le Labyrinthe inachevé

Un album qui aura déjà fait couler beaucoup d’encre, je ne vais pas m’éterniser. Juste préciser que c’est franchement à essayer. C’est ma première rencontre avec l’auteur, et si son trait ne m’a pas encore vraiment convaincu, j’ai été agréablement surpris de son univers et surtout de sa narration, qui m’a subjugué. La part fantastique est très bien amenée, l’allégorie du labyrinthe judicieuse pour soulever des questions et des émotions. Un beau roman graphique. Je vais me pencher sur les autres productions de Jeff Lemire.

15/06/2024 (modifier)
Couverture de la série Chiens de prairie
Chiens de prairie

Je n’ai lu cet album que tout récemment, il n’y aura donc pas de nostalgie particulière avec ce dernier. De toute façon malgré son bel âge, je trouve que le style de Berthet le rend assez intemporel. Le dessinateur rend d’ailleurs une très bonne copie, la couverture est très classe et l’intérieur l’est tout autant. Le genre western lui va bien. Mention également pour les couleurs que je trouve douces et pas dépassées. Bref graphiquement c’est plutôt solide. L’histoire ne surprendra guère et joue un peu sur le registre crépusculaire, cependant ça s’avère tout aussi agréable à suivre. Les personnages sont bons, le récit et les rebondissements bien amenés, il y a des scènes que j’ai franchement bien aimé (avec les indiens par ex). Ça ne révolutionnera rien, c’est sans grandes prétentions, mais pour un one-shot ça m’a semblé de très bonne tenue. Je le préfère d’ailleurs à On a tué Wild Bill d’Hermann qui partage un événement commun (mais qui restera anecdotique dans les 2 cas). Pas un indispensable mais du chouette boulot, un bon western. 3,5

15/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Planetary - D'un monde à l'autre
Planetary - D'un monde à l'autre

Planetary : des superhéros pas comme les autres - Il vaut mieux avoir lu Tout autour du monde et autres histoires avant d'entreprendre la lecture de ce tome. Celui-ci regroupe trois numéros spéciaux de Planetary parus en 2000, 2002 et 2003. Dans le premier épisode, les membres de Planetary (Elijah Snow, Jakita Wagner, the Drummer) sont amenés à combattre une invasion extraterrestre et même extra-dimensionnelle tout évitant de se faire remarquer par les membres de The Authority (Jenny Sparks, Apollo, Engineer, Midnighter, équipe créée par Warren Ellis et dont il a écrit les premières aventures dans Authority). Elijah Snow évoque également une visite rendue à un écrivain au racisme garanti d'époque, ayant été le témoin d'incursion de créatures impossibles dans notre réalité (bel hommage honnête à Howard Philips Lovecraft). Ce premier épisode est illustré par Phil Jimenez, un dessinateur fortement influencé par George Perez. Pour l'occasion, il modifie son style de manière à évoquer celui de John Cassaday, le dessinateur attitré de la série Planetary. le style est précis et détaillé et la mise en couleurs est réalisée par Laura Martin la metteuse en couleur de la série Planetary, ce qui accentue encore la ressemblance avec les épisodes dessinés par John Cassaday. Dans le deuxième épisode, Warren Ellis adopte un point de vue original : Bruce Wayne, Diana Prince, et Clark Kent tente de se rebeller contre les agissements de Planetary qui jugule systématiquement toute manifestation paranormale avec toute la force requise pour que la solution soit définitive. Il s'agit donc de variations de type elseworld ou "what if" de ces 3 héros. Cet épisode est illustré par Jerry Ordway, un dessinateur fortement associé à l'univers DC dans les années 1980. Ses dessins ne ressemblent pas à ceux de John Cassaday, mais il s'est appliqué et a pris le temps nécessaire pour fignoler ses illustrations. Dans le troisième épisode, Planetary doit trouver le moyen d'arrêter un homme sous l'emprise de terribles crises qui le font basculer d'une réalité à une autre, sans aucun contrôle. Ces crises s'enchaînent à un rythme très rapide dans des variations d'une rue de Gotham baptisée Crime Alley. Un mystérieux homme masqué surgit pour rétablir l'ordre ; il a une curieuse apparence et une cagoule avec une cape qui évoque une chauve-souris. Cet épisode est illustré par John Cassaday. On retrouve le dessinateur habituel de Planetary pour le meilleur (un sens graphique original et efficace) et pour le pire (les scènes de dialogue avec une seule tête et un phylactère, sans décors, dans une case de la largeur de la page et photocopiée à gogo). Il a visiblement pris beaucoup de plaisir à reproduire le style des différentes incarnations de Batman : Bill Finger, la série télé avec Adam West, Neal Adams et Frank Miller. À la lecture, la raison pour laquelle Warren Ellis a choisi de faire de ces histoires des numéros spéciaux devient évidente. Il s'écarte de la thématique du reste de la série (rendre hommage aux sources des superhéros) pour confronter l'équipe de Planetary à des superhéros actuels. Ainsi, par contraste avec The Authority, Planetary apparaît vraiment comment une équipe dédiée aux missions confidentielles, dans l'ombre des actions officielles de Jenny Sparks et son équipe. le deuxième épisode est encore meilleur puisque Planetary apparaît comme les méchants de l'histoire persécutant et exterminant les êtres dotés de pouvoirs extraordinaires. Et le dernier épisode où il ne se passe pas grand-chose est à la fois une leçon magistrale d'histoire sur Batman à travers les époques (et par là même une déclaration d'amour aux différents créateurs qui l'ont réimaginé), mais aussi une preuve irréfutable de la capacité de ses personnages à survivre aux modes et à s'adapter pour évoluer (thème de la pérennité des créatures de fiction souvent développé par Neil Gaiman, Grant Morrison ou Alan Moore). Effectivement ces épisodes sortent du cadre de la série de référence, effectivement ils ne servent pas à développer le mystère qu'est Elijah Snow, mais ils n'en sont pas moins remarquables et divertissants, tout en restant intelligents et en constituant un commentaire ludique sur les superhéros.

15/06/2024 (modifier)
Couverture de la série La Vie hantée d'Anya (Le Fantôme d'Anya)
La Vie hantée d'Anya (Le Fantôme d'Anya)

J'ai eu une très belle surprise à la lecture de ce roman graphique mi fantastique mi intimiste. Vera Brosgol équilibre très bien les deux genres pour fournir un récit original et très bien construit. Le récit démarre de façon très classique sur le mal-être physique et mental d'une jeune ado qui ne trouve pas sa place dans un monde qu'elle a du mal à apprivoiser. On ressent beaucoup de vécu de l'immigrée russe loin des clichés de top model véhiculés par les magazines. Entre déprimes et illusions de la glande ou de la cigarette Anya nous donne l'image d'une jeunesse sans projet, sans identité voire sans avenir : un vrai trou noir. La rencontre fantastique avec Emily va lui faire prendre conscience des dangers de la vie facile. Vera amène son héroïne par touches successives à sortir de ses illusions (fausses bonnes notes, BG salopard, mensonges d'Emily) pour s'affirmer. Le récit qui s'adresse en premier lieu aux adolescentes peut facilement toucher un plus large public. L'autrice ne propose jamais un discours moralisateur rébarbatif et souvent contre-productif. Au contraire le récit souvent drôle et linéaire au début s'enrichit au fil d'une sorte de parcours initiatique de la JF. J'ai trouvé l'histoire de plus en plus intéressante au fil des pages avec aucun temps mort (sauf pour Emily lol). Le graphisme est très séduisant avec des rondeurs qui donnent beaucoup de souplesse et intensifient les expressions des personnages. Le personnage d'Emily est très bien pensé et graphiquement très bien réalisé. Même si les détails ne sont pas légions, l'ambiance de mal-être au sein du foyer et du campus est bien rendue. Une belle lecture récréative, originale et plus profonde qu'elle n'y paraît. Un prix Eisner bien mérité à mes yeux.

15/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Captain America - Blanc
Captain America - Blanc

Frère - Il s'agit d'une histoire autonome qui peut être lue sans rien connaître du personnage principal, mais qui gagne en saveur si le lecteur en est familier. Il comprend les épisodes 0 à 5, initialement parus en 2008 pour l'épisode 0, en 2015/2016 pour les 1 à 5, écrits par Jeph Loeb, dessinés et encrés par Tim Sale, avec une mise en couleurs de Dave Stewart. Cette histoires s'inscrit dans les récits de couleur de Loeb & Sale : Daredevil: Yellow (en 2001), Spider-Man: Blue (en 2002) et Hulk: Gray (en 2003). Ce s'ouvre avec une introduction de Christopher Markus & Stephen McFeely les coscénaristes des 3 films Captain America (First Avenger, The Winter Solider, Civil War). le tome se termine avec une interview de 8 pages des 2 auteurs, agrémentée par des pages de crayonnés. En 1941, Steve Rogers et James Barnes vont voir Abbot & Costllo: Buck privates (2 soldats nigauds) au cinéma. Un reportage sur Captain America passe juste avant. Puis ils reviennent à la base militaire de Fort Lehigh, en Virginie. le soir même, Barnes découvre le secret de Steve Rogers. Ce dernier accepte de l'entraîner, et de le prendre sous aile comme assistant adolescent. Quelque temps après ils sont envoyés en Europe et accomplissent leur première mission derrière les lignes ennemies. Des années plus tard, Steve Rogers est retrouvé par les Avengers, son corps enchâssé dans un bloc de glace. Après avoir retrouvé ses esprits, il se rend dans une église pour pleurer la mort de James Barnes. Il y est rejoint par Nicholas Fury. Ils se souviennent de leur rencontre en Afrique du Nord, puis d'une mission en France alors que Fury avait encore l'usage de ses 2 yeux, et qu'ils ont fait équipe avec une troupe de résistants se faisant appeler le Cirque de la Révolution (Gypsy / Marilyne, Mime / Claude, Les Acrobates / Antoine et Éloïse, Leaper / Olivier Batroc). Bien sûr, en 2016 sort Captain America: Civil War, donc c'est la bonne année pour les projets spéciaux relatifs à ce personnage. Les lecteurs leur veulent un peu à Tim Sale & Jeph Loeb, de les avoir laisser en rade pendant 7 ans, intervalle de temps s'étant écoulé entre l'épisode 0 et les suivants. Mais le passage du temps atteste de la qualité de leurs œuvres communes, qui n'ont pas pris une ride. Quand même le doute est permis : sont-ils toujours aussi bons ? Les 4 pages de réveil de Captain America ainsi que les 3 dans le brouillard montrent des contours tracés avec des traits fins sans aplats de noir, sans ces larges tracés au pinceau, une hérésie pour du Tim Sale. Et puis la relation entre Bucky et Captain America, ce n'est pas une relation amoureuse teintée de nostalgie comme celle entre Matt Murdock et Karen Page, ou entre Peter Parker et Gwen Stacy. Le premier épisode entretient le doute dans l'esprit de savoir si Tim Sale est toujours aussi bon. Même s'il y a bien un usage d'aplats de noir expressionnistes, il leur préfère régulièrement des zones grisées à la mine de crayon, ce qui donne une impression plus naturaliste, correspondant plus aux ombres portées en fonction de l'éclairage. Puis il y a ces 4 pages en début de l'épisode 1 qui ressemblent à du John Romita junior. Puis le lecteur retrouve les caractéristiques des dessins de Tim Sale, et ce jusqu'à la fin du récit. le noir s'insinue au-delà des simples ombres, les lavis ajoutent de la texture aux surfaces. Dave Stewart réalise un travail d'orfèvre, aussi discret que complémentaire. Il compose une ambiance chromatique pour chaque séquence, avec une teinte prédominante, donnant le ton. Il applique des variations de nuances dans chaque surface pour leur donner un peu plus de volume, comme s'il amalgamait un travail avec des crayons de couleurs et avec des pinceaux. le résultat est ainsi éloigné de la froideur de l'infographie, pour donner une impression plus organique, plus naturelle, plus chaude. En s'arrêtant sur quelques pages, ou en y revenant après avoir terminé l'histoire, le lecteur se rend compte que cet artiste des couleurs arrive à donner l'impression de la présence d'un arrière-plan, alors même que Tim Sale n'a dessiné que les personnages plusieurs cases durant. Par exemple dans le premier épisode, Steve Rogers et James Barnes sont sous une tente militaire, avec une lampe diffusant une lumière bien jaune. Les camaïeux de couleurs rendent l'impression que cet éclairage produit sur la toile de tente, comme si la matière était bien là en arrière-plan, sans pour autant diminuer l'intensité du premier plan. Un travail d'orfèvre, en toute discrétion. Les pages 2 & 3 de l'épisode zéro sont occupées par un unique dessin de Captain America à moto se dirigeant droit vers le lecteur, par l'écran de cinéma interposé (et la feuille de l'ouvrage). Ce dessin reflète bien les choix narratifs visuels de l'artiste. Chaque fois que l'action le justifie, il exagère la force, les proportions, la présence du héros, avec une carrure massive, plus grande que nature, avec des capacités physiques impressionnantes, avec des acrobaties défiant les lois physiques. Sale embrasse les conventions des comics de superhéros, y compris les exagérations associées. Il y a une exagération de la dramatisation, une exagération des capacités physiques, une exagération de la mise en scène (par exemple, après l'ascension d'une paroi rocheuse avec son bouclier, Captain America arrive nez à nez avec l'extrémité du canon d'un char allemand). Ces exagérations augmentent l'intensité des péripéties, de l'aventure, du suspense, mais avec des personnages qui savent sourire. La narration visuelle joue dans un registre plus grand que nature, mais sans culpabilisation, sans mettre en avant d'éléments négatifs. le lecteur voit bien que les héros s'en tireront, que les ennemis ont en eux une fibre de méchants d'opérette, un peu trop appuyés pour être réalistes. Les membres du Cirque de la Révolution appartiennent à ce même registre, reprenant les conventions de comics, de Marilyne avec ses cuissardes et ses foulards gitans, à Olivier qui maîtrise l'art de la savate. Plus tard, Bucky se retrouve ligoté par du fil de fer barbelé, mais sans accrocs à son costume. D'ailleurs dans cet épisode 4, Tim Sale rend hommage à une page de Captain America dessinée par Kirby qui l'opposait à Batroc, et il a même ajouté dans le blanc en bas de page une annotation au crayon "Thanks, Jack!" pour être sûr que le lecteur ne rate pas l'hommage. Le lecteur retrouve cet hommage à Jack Kirby, à plusieurs reprises. Tim Sale reprend plusieurs de ces tics graphiques. Il y a ces personnages avec la bouche grande ouverte, dans une expression pure d'émotion intense, comme Kirby les représentait régulièrement. Il y a ces personnages qui regardent directement le lecteur, de face, qu'il s'agisse d'un personnage principal, ou d'un figurant se tournant en arrière vers le lecteur comme pour l'interpeller, comme s'il se trouvait à ses côtés. Il y a aussi ses personnages en pleine action avec les bras en avant, à nouveau parfois tendus vers le lecteur, là encore typiques de positions affectionnées par Kirby. Chaque épisode commence par un dessin pleine page, suivi par un dessin sur 2 pages, découpage adopté par Jack Kirby pour la série Kamandi, the last boy on earth. Sur la première page de chaque épisode, un petit encadré indique "dedicated to Joe Simon & Jack Kirby, super-soldiers all". Effectivement, de son côté aussi, Jeph Loeb rend hommage à ces 2 créateurs, avec une aventure simple, Captain America et Bucky luttant contre les nazis, en compagnie des américains valeureux et courageux que sont Nick Fury et ses Howling Commandos. Il y a même une petite évocation des Invaders pour faire bonne mesure. le scénariste reprend la licence narrative des nazis comme étant tous des méchants qui doivent être neutralisés (pas de détails, pas d'analyse de la condition soldatesque, ce n'est pas ce genre de comics). Jeph Loeb reprend également quelques tics d'écriture des Simon & Kirby, à commencer par la façon d'écrire les dialogues de Nick Fury. Il a toujours une répartie sarcastique et moqueuse à la bouche. Il a l'insulte facile et imagée à l'encontre des soldats allemands, attestant de la suprématie morale des américains sur ces méchants nazis. le lecteur peut y voir un hommage aux comics de guerre façon Marvel (et non façon Robert Kanigher & Joe Kubert, la narration étant moins dramatique que celle de ces derniers). Comme Tim Sale, il ne s'embarrasse pas trop de vraisemblance avec Nick Fury et consort endossant des uniformes allemands, confiants de pour voir donner le change, alors qu'il ne parle pas un traître mot d'allemand. Il intègre donc quelques légers éléments de continuité comme l'apparition bien pratique d'un membre des Invaders le temps d'un dessin pleine page, la participation d'un ennemi emblématique de Captain America, ou encore l'utilisation du nom du Leaper (autre ennemi récurrent de Captain America). Néanmoins l'écriture de Jeph Loeb ne se limite pas à une actualisation des comics des années 1940 de Joe Simon & Jack Kirby. Sur la base d'une intrigue linéaire (une mission en France occupée en 1941, il intègre des éléments ou des réflexions attestant de sa personnalité. Il peut s'agir d'une séquence en hommage au film [[ASIN:B00004VYPE Casablanca]] de 1942 (avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman), de l'évocation du projet de pillage du musée du Louvre, ou encore le titre du film d'Abbott & Costello. En y prêtant attention, le lecteur peut aussi constater que Jeph Loeb glisse de rares réflexions sur cette guerre, une première fois en faisant remarquer la diversité des origines des Howling Commandos (dont un juif et un noir), une autre fois avec une discussion sur le sort des prisonniers de guerre (faut-il les exécuter ? La réponse dépend-elle de celui qui la prononce, soldat ou civil, américain ou français ?). Bien sûr le cœur du récit se trouve dans la relation entre Steve Rogers et James Barnes. Jeph Loeb et Tim Sale ont créé un récit tout public, sans sous-entendus de nature psychanalytique, sans interprétation freudienne ou sexuelle de leur relation. Finalement, ce récit reprend bien le schéma des autres récits de couleur (bleu, gris, jaune) : Steve Rogers (superhéros, toujours vivant) repense à la relation qui l'unissait à James Barnes (décédé depuis). le scénariste la développe sous l'angle fraternel, Rogers devenant le grand frère adoptif de Barnes. de la même manière que Loeb savait faire rayonner la chaleur humaine des sentiments amoureux de Peter Parker et Matt Murdock, il transmet au lecteur la chaleur du sentiment fraternel qui unit Steve et James. le lecteur pourra trouver que son intensité est plus faible que celui du sentiment amoureux (peut-être), mais sa mise en scène et sa description en sont tout aussi empathiques. Jeph Loeb montre bien sûr la scène obligatoire au cours de laquelle James Barnes découvre le pot aux roses concernant Steve Rogers. Il montre comment ce dernier n'a d'autre choix que d'accepter le partenariat avec Barnes pour préserver son identité secrète, et comment il s'inquiète pour lui du fait du danger de leurs missions. Il joue aussi un peu sur le fait que Steve Rogers repense à ces événements avec la connaissance de la mort proche de Bucky, et que le lecteur le sait aussi, mais sans en abuser (et sans mentionner son retour en tant que Soldat de l'Hiver). Comme dans les autres récits de couleurs, Jeph Loeb dépasse ce qui a été établi de longue date dans les comics pour cette relation, et va plus loin. Il montre que Steve Rogers est capable de prendre un peu de recul sur la situation de James Barnes, d'identifier une partie de ses motivations et de ses sentiments qui ne sont pas si éloignés que ça des siens, de sa propre expérience. Il sait également montrer que James Barnes s'inquiète aussi pour son grand frère, mais pour d'autres sujets. le thème en question est bien choisi, et apporte une touche humoristique qui reste émouvante. Enfin, la prise de risques de Bucky devient logique et évidente au regard de cette relation. Avant de d'ouvrir ce quatrième récit de couleur pour Marvel par Jeph Loeb & Tim Sale, le lecteur se demande si ces créateurs sauront retrouver la sensibilité qui a rendu les précédents récits mémorables. Après quelques doutes sur les dessins, et quelques autres sur la nature de la relation explorée, il soupire d'aise devant la fluidité des dessins de l'artiste, leur expressivité, leur hommage maîtrisé et sans servilité à Jack Kirby, et leur nature tout public. Il sourit à quelques clins d'œil discrets. Il est émerveillé par la complémentarité entre les images et la mise en couleurs, comme si le tout avait été réalisé par un seul et même artiste, alors que Tim Sale ne distingue pas les couleurs. Côté intrigue, le lecteur se laisse embarquer dans des péripéties pour lecteur de tout âge, avec une vision édulcorée des combats de la seconde guerre mondiale. En fonction de ce qu'il est venu chercher, il apprécie plus ou moins les clins d'œil à l'univers partagé Marvel. Il retrouve toute la sensibilité du scénariste dans sa manière de mettre en scène et de rendre apparentes les émotions engendrées par le lien qui unit James Barnes à Steve Rogers.

14/06/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série La Grande Aventure de Pepik
La Grande Aventure de Pepik

Un très joli conte jeunesse. Pavel Cech est un artiste reconnu dans son pays, la République Tchèque, il n'est connu en France que pour ses livres illustrés pour enfants. Ce titre est sa première BD traduite en français. Pepik est un jeune garçon pas très sûr de lui et son bégaiement ne l'aide pas, il est le souffre douleur des autres enfants. il se réfugie dans ses lectures pour échapper à son quotidien. Mais l'arrivée d'une nouvelle élève, Elzevire, va chambouler son existence et opérer une métamorphose. On va donc suivre la grande aventure de Pepik au travers de ce conte initiatique. Un conte poétique, sombre et envoûtant où la lumière jaillira au bout du tunnel. Pavel Cech emploie des images simples (clef, labyrinthe, montre) pour faire passer ses messages. Un récit qui fera prendre conscience à Pepik que c'est à lui d'écrire les pages de sa vie. L'amitié, la confiance et la force de caractère seront de ce voyage fantasmagorique. Un récit bien construit qui prend le temps pour développer son univers singulier avec un Pepik attachant et une Elzevire bien mystérieuse. C'est encore la partie graphique qui m'a poussé à repartir avec cet album sous le bras. Un dessin faussement enfantin, très expressif pour les personnages, et d'une richesse folle pour les décors (de superbes doubles-pages) qui donne cette ambiance si étrange qui plane sur tout le récit. Les couleurs pastel contribuent au plaisir visuel, des bleus/verts ternes vont dominer une grande partie du récit avant de céder la place à des couleurs lumineuses pour la conclusion de cette histoire. Très, très beau. Un très bon moment de lecture que je conseille aux enfants de 10 à 13 ans mais qui pourra aussi plaire aux adultes.

14/06/2024 (modifier)