Nous sommes en 1949. Brik naît sous la plume de Marcel Navarro qui signe du pseudo de J.K. Melwin-Nash. Jean Cézard, lui, va s’occuper du graphisme.
Dix-neuf aventures seront par lui dessinées, ensuite réunies et éditées dans des albums qui –maintenant et au vu de leur rareté- font la joie des collectionneurs (j’en suis !).
Et quels albums ! Edités sur une courte durée –deux ans- ils se composent de grands formats, en noir et blanc, de chacun d’une douzaine de pages. Ces pages, agrafées, assez épaisses, sont en mauvais papier d’après-guerre non épuré. Et plus de 60 ans plus tard, elles sentent encore cette bonne vieille encre d’imprimerie !
Les couvertures, entre le « souple » et le « semi-cartonné » sont en quadrichromie.
Et qu’est-ce que c’est bien fait.
Cézard, dans un style réaliste, a un don pour exécuter les moments de bravoure, de suspense, pour relater visuellement les batailles contre les ennemis –qu’ils soient Anglais ou Espagnols- ou les folles poursuites sur les océans.
Son trait net et bien lisible travaille aussi sur des effets de profondeur bien rendus par une utilisation du noir d’un vraiment bel effet.
De très bons scénarios (les 12 pages de chacun de ces albums pourraient même en faire 40 réalisées par certains auteurs qui « tirent dessus ») et un très beau et bon dessin général en font une série immanquable pour les « anciens ».
C’est vrai : inconnue, si pas oubliée, elle ne pourrait plus attirer que les « aînés ». Et c’est un peu dommage pour les « djeunes » générations.
Au gré de mes « errances » dans des brocantes, des marchés aux vieux livres et autres foires aux vieux machins, je n’ai « récolté que les 5 premiers albums –complets et de bonne qualité- sur les 18 que compte la série. J’en possède 7 autres, mais sans les couvertures et en assez piteux état.
Mettant un peu d'ordre dans mes très vieilles séries, je me suis plus à étaler ces albums, les humer pour sentir cette vieille encre d'imprimerie, les paginer avec une certaine tendresse car leur lecture m'a donné le plaisir de vivre -il y a longtemps quand même- des moments de vrai bonheur.
Très difficile à trouver maintenant, mais je ne désespère pas…
Vraiment bien fait. J’ai dit !
J'ai été surpris au départ par cette bande dessinée qui mélange un cadre exotique et de vieilles légendes du Grand Nord avec une narration et des dialogues nettement plus modernes et non dénués d'humour. C'est original et je suis tombé sous le charme.
Le dessin est très agréable. J'ai eu un peu de mal en début de lecture à différencier les personnages puisqu'hommes et femmes ont presque tous les cheveux noirs et longs et des traits fins de visages. Mais je m'y suis rapidement fait. J'aime l'encrage épais de ce dessin. Outre certaines représentations légèrement naïves comme celle des dieux et autres loups, certaines cases et mises en page m'ont même fait penser à de la ligne claire, parfois.
L'histoire, scindée en chapitres qui se suivent, est très originale tant par son cadre que par ses personnages et son déroulement. J'ai beaucoup aimé et je me suis vite attaché à cette petite communauté. Les aventures mêlant réalisme, humour et beaucoup de fantastique folklorique m'ont intéressé. Et arrivés aux dernières pages, j'en redemandais en espérant que ça dure encore plus longtemps.
Une lecture que je conseille vivement.
Quelle claque ! Je ne m'attendais pas à cela en ouvrant le bouquin.
Je connaissais Will comme beaucoup, par le biais de Tif et Tondu et Benoit Brisefer. Retrouver son trait belgo réaliste de mon enfance m'a surpris, car cela crée un décalage important avec la dureté du scénario. Son dessin est très réussi, il rend les femmes belles malgré ce coté cartoon du dessin et les ambiances de montée du Reich, notamment les feux de livres ou l'incendie du Reichstag sont "sublimes", de même que cette architecture allemande. C'est très bien fait.
Desberg, lui, je connais principalement via I.R.$., L'Etoile du Désert, Empire USA ou encore Le Scorpion. Cette histoire est forte et poignante, elle relate à merveille cette montée du nazisme dans un pays coupable de silence. De la montée de l'antisémitisme aux raffles d'intellectuels et autres tziganes, nous navigons dans cette période sombre de notre histoire récente avec poésie et recul. Le lieu principal d'action, à savoir le bordel et ses habitantes, seules à tendre la main à Fred, et le rôle des ces dames ("Qui mieux qu'une prostituée peut juger de la misère, la misère morale des hommes ? Qui mieux qu'une femme offrant ses fesses peut prendre la température d'une nation ?") ainsi que leur valeur morale en regard de leur job, ce regard tendre pour ce monde qui heurte le bourgeois qui pourtant y prend son pied, c'est merveilleux de justesse. Vraiment une BD à lire.
Georges et la Mort est une histoire simple et intéressante.
Mon petit frère adorant Georges Brassens, je connais pas mal de chansons et quelques aspects de sa vie. Du coup, la lecture a été très agréable et les références aux diverses chansons de ce poète de la chanson française m'ont bien plu et sont amenées avec simplicité et parfois de façon incongrue (petit coup de coeur pour la référence à "quand je pense à Lulu, là je ne bande plus").
L'auteur a su mettre en avant les grandes lignes de la vie de l'artiste, et la Mort demeure un personnage finalement humain et touchant (contrairement au chat... De toute façon, je n'aime pas les chats). C'est d'ailleurs un bon duo de protagonistes car Brassens fait référence à la faucheuse un nombre incalculable de fois dans ses chansons.
Un autre aspect bien sympathique et bien trouvé : les "gens bien intentionnés" qui critiquent le pauvre Georges alors qu'ils devraient regarder leurs moeurs avant toute chose.
Le dessin : un dessin rond et simple. Les couleurs tournent dans la même gamme de couleur mais c'est visuellement agréable. Les décors sont bien présents, les personnages ont de bonnes bouilles et l'ensemble de la BD se regarde avec plaisir.
Georges et la Mort : une réussite scénaristique et visuelle. La couverture et le titre ne sont pas forcément 'motivants' de prime abord, mais le contenu vaut vraiment le détour ; même si Brassens n'est pas notre tasse de thé. En effet, il y a plusieurs niveaux de lecture et c'est très bien pensé !
Merci à mon petit frère pour toutes ces heures passées à écouter chanter cet poète français gratter sa 6 cordes avec allegresse, talent et humour.
Ah ils sont forts les bestiaux qui se font appeler "Enfin libre"...
Spécialistes de la BD conceptuelle, ils proposent depuis plusieurs années des albums à fort quotient intellectuel ajouté, et ce nouvel opus ne déroge pas à la règle. Il est ici question d'une dévolution, c'est à dire d'une évolution à l'envers, décidée par l'humanité dans un futur proche, par le biais de Nations unies. Passons sur l'angélisme du propos, je pense plutôt que la course à l'auto-destruction de l'humanité va s'accélérer dans les décennies à venir, mais cela n'est que mon humble avis, et je le partage.
Concentrons-nous donc sur l'histoire, celle des hommes qui choisissent de tout simplifier, pour revenir à la Terre, dans une accélération inversée de l'histoire de l'évolution telle que nous la connaissons aujourd'hui. Les deux auteurs nous emmènent à des moments-clés de cette anticipation si particulière, chacun marquant une étape décisive. C'est vraiment bien amené, par le biais d'une famille de français (ou pas, mais peu importe) moyens, qui en 7 générations fait le chemin retour. C'est imparable.
Le dessin de David Barou est simple, expressif, et... évolue lui aussi d'une certaine façon au fil de l'histoire, étant totalement raccord avec le propos. Là encore, c'est excellent.
Enfin libre nous livre ici une belle fable écolo, proposant en quelque sorte l'un des scénarios possibles de notre futur, peut-être pas le pire.
Une BD géniale.
J'adore les récits qui prennent cadre dans un décors de marine, et de pirates, mais qui ne se concentrent pas forcément dessus (les exemples sont nombreux, et ça va de mes lectures de Jules Vernes à Isaac le pirate, L'Homme bonsaï, Canoë Bay ou encore "Les Aventures oubliées du Baron de Münchhausen"). Ici, comme dans la plupart des œuvres citées précédemment, le dessin est en plus magnifique.
Oui, ce dessin qui mélange plusieurs influences comics (le comics indé underground à la Crumb, les cartoons comme Popeye et les premiers Disney et on sent aussi l'influence de Jeff Smith) est réellement magnifique. Chaque case est remplie d'une multitude de traits (mais pas non plus chargée en détails), de hachures et d'ombrages. Le trait est d'une précision et d'une finesse rares (même un élément anatomiquement parlant aussi insignifiant que les ongles est soigné) avec des décors magnifiques et de gros personnages mignons et rigolos, même si ce sont de virils pirates...
Le scénario est certes simple, mais d'une justesse et d'une beauté rare. L'ambiance poétique à souhait (malgré quelques scènes d'action) et la fin de l'album très contemplative vous happe entièrement et on passe un petit moment de pur bonheur avec ce petit livre (à l'édition dorée très réussie d'ailleurs).
Une des meilleures BD de l'année passée à la chute très réussie... Un énorme coup de cœur.
Superbe album...
Nous voilà auprès de Lindley, un homme qui a tout lâché, pour oublier un passé un peu honteux mais aussi douloureux. Un homme qui se retrouve à tenir un camion à frites au bord de la route.
Mais rien n'y fait, il n'arrive pas à se vider la tête ; et tout, des petites conversations avec les clients, la visite régulière d'un félin, en passant par une ombre fugace sur un pont, le ramène à son passé. Pomès s'attache aux petites histoires du quotidien, qui nous ramènent sans cesse à nos souvenirs, nos expériences, nos chagrins... C'est très finement construit, en alternant les séquences de discussion avec les clients, les moments d'introspection/rêves et les moments de calme, où Lindley s'efforce de profiter de la nature qui l'entoure. Et puis il y a ce bouquet, au pied d'un platane où s'est encadrée une bagnole une nuit, un bouquet dont on comprend qu'il renvoie chacun à son deuil, sa douleur, ses cauchemars...
Des petits éléments du quotidien, comme ce père de famille qui fait des tours en voiture pour enfin endormir son gamin... Ca parle à tous les pères je pense...
Pomès installe une drôle d'ambiance dans son album, un côté effacé, fantomatique, éthéré... C'est beau...
Je dirai tout simplement que j'ai été agréablement surpris par la lecture de cette trilogie.
Missi Dominici est une série médiévale fantastique que j'ai dévorée pour mon plus grand plaisir.
En règle générale j'apprécie les séries de Thierry Gloris et celle-ci n'échappe pas à la règle, bien au contraire.
L'idée de départ est intéressante : au Moyen-Age, un duo de personnages peu communs, les Missi Dominici, est à la recherche de l'infant zodiacal, un enfant apparemment doué de pouvoirs surnaturels. Mais ceux-ci ne sont pas les seuls à rechercher le jeune homme. Une guerre va opposer ces différentes factions.
Au début de ma lecture j'ai cru que j'étais dans un remake de la série Le Rêve de Jérusalem(excellente série d'ailleurs), mais finalement plus ma lecture avançait et plus le scénario prenait une autre direction pour ma plus grande joie.
Je ne veux pas trop en dire, mais l'histoire m'a fait penser à une autre série, celle qui a été adaptée au cinéma (quatres films ont déjà été réalisés) et dont les personnages portent un costume avec un X sur le torse, mais chut je n'en dirai pas plus.
Le dessin qui était simplement correct dans le premier tome s'améliore dans le deuxième, mais aussi dans le troisième tome qui achève cette série médiévale fantastique.
Vraisemblablement cette série est terminée mais à mon avis cette trilogie reste ouverte pour une éventuelle suite ou du moins un autre cycle.
Donc en conclusion je conseille Missi Dominici à tous les amateurs de médiéval fantastique et pourquoi pas aux novices en la matière qui je pense ne seront pas déçus.
Les brigades temporelles et autres patrouilles du temps, c'est un concept classique dans le domaine de la science-fiction d'aventure. D'Isaac Asimov à Poul Anderson, en passant même par Tome et Janry pour la série Spirou et Fantasio, nombreux sont les auteurs à avoir mis en scène une organisation du futur qui voyage dans le temps pour surveiller et empêcher le cours de l'Histoire d'être modifié. Mais s'agissant là d'un concept aussi vaste que la complexité de l'Histoire elle-même et aussi infini que l'imaginaire de tous les amateurs d'uchronie, il y a encore largement de quoi y puiser de formidables récits.
Et Kris et Bruno Duhamel viennent nous le prouver avec cette bande dessinée tenant à la fois de la science-fiction sérieuse et de l'aventure humoristique.
Grâce à un graphisme maîtrisé et très agréable et à un scénario dense et prenant, j'ai été happé par cette lecture dès les premières pages.
Bruno Duhamel nous y offre un très bon dessin semi-réaliste dans la veine d'un Ralph Meyer. On sent qu'il s'est fait plaisir à représenter de grands décors, costumes et navires historiques bien détaillés. Ce style s'adapte à la perfection à l'ambiance mi-sérieuse mi-amusante du scénario de Kris.
Ce dernier maîtrise son sujet. Outre une bonne documentation historique et des concepts de science-fiction tenant la route, il nous propose un récit intelligent d'aventure et d'humour. Le duo improbable de ses héros est rapidement attachant, composé d'une brute écossaise à qui on ne la fait pas et d'un jeune premier geignard et à peine sorti de l'université Ukronia. Le scénario est rythmé et très dense pour des récits en diptyques d'albums de 48 pages. Et alors même qu'on se dit que, connaissant l'Histoire elle-même, nos deux personnages vont se contenter de se bagarrer un peu pour redresser son cours, la fin du premier tome de cette série apporte une grosse surprise à même de relever nettement son intérêt et l'envie de savoir rapidement la suite.
On s'étonnera juste de cette idée que les temps du passé et du futur évoluent en simultané, impliquant que quand un jour se déroule en 1492 par exemple, un autre jour a eu lieu dans le futur, ce qui n'est pas cohérent à première vue avec l'idée de pouvoir voyager dans le temps à n'importe quelle date et avec le fait qu'un évènement ayant eu lieu des siècles avant vous devrait avoir des répercussions "immédiates" sur votre existence puisqu'il a notamment "déjà" eu ces fameux siècles pour s'étendre. Mais on rentre là dans les paradoxes et impossibilités de la grande majorité des histoires de voyages dans le temps qui se heurtent en général toujours à une réflexion logique poussée.
Et les amateurs du genre s'en fichent bien et moi le premier quand on leur propose d'accepter pour argent comptant ces hypothèses au profit d'une chouette histoire d'aventure et d'humour pleine d'ambition et de maîtrise.
Un futur hit en devenir !
Comme il a été dit, cette bd est dans une veine similaire aux Complots nocturnes (peut-être pas pour l'auteur mais pour nous autres, lecteurs lambda).
J'avais adoré les Complots Nocturnes et me suis retrouvé bien heureux quand je suis tombé sur le Cheval Blême.
Et on est reparti pour un tour de rêves qui s'enchainent comme des cadavres dans un rêve de David B.. Chaque rêve est surprenant puisqu'on ne sait jamais comment il va se développer (ou pas, certains s'arrêtant brusquement) mais ils sont toujours inattendus, beaux, monstrueux, flippants, drôles (j'ai dit drôle ?).
Bref j'adore écouter David B. me raconter des histoires, surtout ses rêves.
Ha ! Et les dessins... le récit s'imprègne des dessins, les dessins absorbent l'histoire. Quel beau monstre.
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Brik (récits complets)
Nous sommes en 1949. Brik naît sous la plume de Marcel Navarro qui signe du pseudo de J.K. Melwin-Nash. Jean Cézard, lui, va s’occuper du graphisme. Dix-neuf aventures seront par lui dessinées, ensuite réunies et éditées dans des albums qui –maintenant et au vu de leur rareté- font la joie des collectionneurs (j’en suis !). Et quels albums ! Edités sur une courte durée –deux ans- ils se composent de grands formats, en noir et blanc, de chacun d’une douzaine de pages. Ces pages, agrafées, assez épaisses, sont en mauvais papier d’après-guerre non épuré. Et plus de 60 ans plus tard, elles sentent encore cette bonne vieille encre d’imprimerie ! Les couvertures, entre le « souple » et le « semi-cartonné » sont en quadrichromie. Et qu’est-ce que c’est bien fait. Cézard, dans un style réaliste, a un don pour exécuter les moments de bravoure, de suspense, pour relater visuellement les batailles contre les ennemis –qu’ils soient Anglais ou Espagnols- ou les folles poursuites sur les océans. Son trait net et bien lisible travaille aussi sur des effets de profondeur bien rendus par une utilisation du noir d’un vraiment bel effet. De très bons scénarios (les 12 pages de chacun de ces albums pourraient même en faire 40 réalisées par certains auteurs qui « tirent dessus ») et un très beau et bon dessin général en font une série immanquable pour les « anciens ». C’est vrai : inconnue, si pas oubliée, elle ne pourrait plus attirer que les « aînés ». Et c’est un peu dommage pour les « djeunes » générations. Au gré de mes « errances » dans des brocantes, des marchés aux vieux livres et autres foires aux vieux machins, je n’ai « récolté que les 5 premiers albums –complets et de bonne qualité- sur les 18 que compte la série. J’en possède 7 autres, mais sans les couvertures et en assez piteux état. Mettant un peu d'ordre dans mes très vieilles séries, je me suis plus à étaler ces albums, les humer pour sentir cette vieille encre d'imprimerie, les paginer avec une certaine tendresse car leur lecture m'a donné le plaisir de vivre -il y a longtemps quand même- des moments de vrai bonheur. Très difficile à trouver maintenant, mais je ne désespère pas… Vraiment bien fait. J’ai dit !
Celle qui réchauffe l'hiver
J'ai été surpris au départ par cette bande dessinée qui mélange un cadre exotique et de vieilles légendes du Grand Nord avec une narration et des dialogues nettement plus modernes et non dénués d'humour. C'est original et je suis tombé sous le charme. Le dessin est très agréable. J'ai eu un peu de mal en début de lecture à différencier les personnages puisqu'hommes et femmes ont presque tous les cheveux noirs et longs et des traits fins de visages. Mais je m'y suis rapidement fait. J'aime l'encrage épais de ce dessin. Outre certaines représentations légèrement naïves comme celle des dieux et autres loups, certaines cases et mises en page m'ont même fait penser à de la ligne claire, parfois. L'histoire, scindée en chapitres qui se suivent, est très originale tant par son cadre que par ses personnages et son déroulement. J'ai beaucoup aimé et je me suis vite attaché à cette petite communauté. Les aventures mêlant réalisme, humour et beaucoup de fantastique folklorique m'ont intéressé. Et arrivés aux dernières pages, j'en redemandais en espérant que ça dure encore plus longtemps. Une lecture que je conseille vivement.
La 27e lettre
Quelle claque ! Je ne m'attendais pas à cela en ouvrant le bouquin. Je connaissais Will comme beaucoup, par le biais de Tif et Tondu et Benoit Brisefer. Retrouver son trait belgo réaliste de mon enfance m'a surpris, car cela crée un décalage important avec la dureté du scénario. Son dessin est très réussi, il rend les femmes belles malgré ce coté cartoon du dessin et les ambiances de montée du Reich, notamment les feux de livres ou l'incendie du Reichstag sont "sublimes", de même que cette architecture allemande. C'est très bien fait. Desberg, lui, je connais principalement via I.R.$., L'Etoile du Désert, Empire USA ou encore Le Scorpion. Cette histoire est forte et poignante, elle relate à merveille cette montée du nazisme dans un pays coupable de silence. De la montée de l'antisémitisme aux raffles d'intellectuels et autres tziganes, nous navigons dans cette période sombre de notre histoire récente avec poésie et recul. Le lieu principal d'action, à savoir le bordel et ses habitantes, seules à tendre la main à Fred, et le rôle des ces dames ("Qui mieux qu'une prostituée peut juger de la misère, la misère morale des hommes ? Qui mieux qu'une femme offrant ses fesses peut prendre la température d'une nation ?") ainsi que leur valeur morale en regard de leur job, ce regard tendre pour ce monde qui heurte le bourgeois qui pourtant y prend son pied, c'est merveilleux de justesse. Vraiment une BD à lire.
Georges et la Mort
Georges et la Mort est une histoire simple et intéressante. Mon petit frère adorant Georges Brassens, je connais pas mal de chansons et quelques aspects de sa vie. Du coup, la lecture a été très agréable et les références aux diverses chansons de ce poète de la chanson française m'ont bien plu et sont amenées avec simplicité et parfois de façon incongrue (petit coup de coeur pour la référence à "quand je pense à Lulu, là je ne bande plus"). L'auteur a su mettre en avant les grandes lignes de la vie de l'artiste, et la Mort demeure un personnage finalement humain et touchant (contrairement au chat... De toute façon, je n'aime pas les chats). C'est d'ailleurs un bon duo de protagonistes car Brassens fait référence à la faucheuse un nombre incalculable de fois dans ses chansons. Un autre aspect bien sympathique et bien trouvé : les "gens bien intentionnés" qui critiquent le pauvre Georges alors qu'ils devraient regarder leurs moeurs avant toute chose. Le dessin : un dessin rond et simple. Les couleurs tournent dans la même gamme de couleur mais c'est visuellement agréable. Les décors sont bien présents, les personnages ont de bonnes bouilles et l'ensemble de la BD se regarde avec plaisir. Georges et la Mort : une réussite scénaristique et visuelle. La couverture et le titre ne sont pas forcément 'motivants' de prime abord, mais le contenu vaut vraiment le détour ; même si Brassens n'est pas notre tasse de thé. En effet, il y a plusieurs niveaux de lecture et c'est très bien pensé ! Merci à mon petit frère pour toutes ces heures passées à écouter chanter cet poète français gratter sa 6 cordes avec allegresse, talent et humour.
Grumf
Ah ils sont forts les bestiaux qui se font appeler "Enfin libre"... Spécialistes de la BD conceptuelle, ils proposent depuis plusieurs années des albums à fort quotient intellectuel ajouté, et ce nouvel opus ne déroge pas à la règle. Il est ici question d'une dévolution, c'est à dire d'une évolution à l'envers, décidée par l'humanité dans un futur proche, par le biais de Nations unies. Passons sur l'angélisme du propos, je pense plutôt que la course à l'auto-destruction de l'humanité va s'accélérer dans les décennies à venir, mais cela n'est que mon humble avis, et je le partage. Concentrons-nous donc sur l'histoire, celle des hommes qui choisissent de tout simplifier, pour revenir à la Terre, dans une accélération inversée de l'histoire de l'évolution telle que nous la connaissons aujourd'hui. Les deux auteurs nous emmènent à des moments-clés de cette anticipation si particulière, chacun marquant une étape décisive. C'est vraiment bien amené, par le biais d'une famille de français (ou pas, mais peu importe) moyens, qui en 7 générations fait le chemin retour. C'est imparable. Le dessin de David Barou est simple, expressif, et... évolue lui aussi d'une certaine façon au fil de l'histoire, étant totalement raccord avec le propos. Là encore, c'est excellent. Enfin libre nous livre ici une belle fable écolo, proposant en quelque sorte l'un des scénarios possibles de notre futur, peut-être pas le pire.
En Mer
Une BD géniale. J'adore les récits qui prennent cadre dans un décors de marine, et de pirates, mais qui ne se concentrent pas forcément dessus (les exemples sont nombreux, et ça va de mes lectures de Jules Vernes à Isaac le pirate, L'Homme bonsaï, Canoë Bay ou encore "Les Aventures oubliées du Baron de Münchhausen"). Ici, comme dans la plupart des œuvres citées précédemment, le dessin est en plus magnifique. Oui, ce dessin qui mélange plusieurs influences comics (le comics indé underground à la Crumb, les cartoons comme Popeye et les premiers Disney et on sent aussi l'influence de Jeff Smith) est réellement magnifique. Chaque case est remplie d'une multitude de traits (mais pas non plus chargée en détails), de hachures et d'ombrages. Le trait est d'une précision et d'une finesse rares (même un élément anatomiquement parlant aussi insignifiant que les ongles est soigné) avec des décors magnifiques et de gros personnages mignons et rigolos, même si ce sont de virils pirates... Le scénario est certes simple, mais d'une justesse et d'une beauté rare. L'ambiance poétique à souhait (malgré quelques scènes d'action) et la fin de l'album très contemplative vous happe entièrement et on passe un petit moment de pur bonheur avec ce petit livre (à l'édition dorée très réussie d'ailleurs). Une des meilleures BD de l'année passée à la chute très réussie... Un énorme coup de cœur.
Sorties de route
Superbe album... Nous voilà auprès de Lindley, un homme qui a tout lâché, pour oublier un passé un peu honteux mais aussi douloureux. Un homme qui se retrouve à tenir un camion à frites au bord de la route. Mais rien n'y fait, il n'arrive pas à se vider la tête ; et tout, des petites conversations avec les clients, la visite régulière d'un félin, en passant par une ombre fugace sur un pont, le ramène à son passé. Pomès s'attache aux petites histoires du quotidien, qui nous ramènent sans cesse à nos souvenirs, nos expériences, nos chagrins... C'est très finement construit, en alternant les séquences de discussion avec les clients, les moments d'introspection/rêves et les moments de calme, où Lindley s'efforce de profiter de la nature qui l'entoure. Et puis il y a ce bouquet, au pied d'un platane où s'est encadrée une bagnole une nuit, un bouquet dont on comprend qu'il renvoie chacun à son deuil, sa douleur, ses cauchemars... Des petits éléments du quotidien, comme ce père de famille qui fait des tours en voiture pour enfin endormir son gamin... Ca parle à tous les pères je pense... Pomès installe une drôle d'ambiance dans son album, un côté effacé, fantomatique, éthéré... C'est beau...
Missi Dominici
Je dirai tout simplement que j'ai été agréablement surpris par la lecture de cette trilogie. Missi Dominici est une série médiévale fantastique que j'ai dévorée pour mon plus grand plaisir. En règle générale j'apprécie les séries de Thierry Gloris et celle-ci n'échappe pas à la règle, bien au contraire. L'idée de départ est intéressante : au Moyen-Age, un duo de personnages peu communs, les Missi Dominici, est à la recherche de l'infant zodiacal, un enfant apparemment doué de pouvoirs surnaturels. Mais ceux-ci ne sont pas les seuls à rechercher le jeune homme. Une guerre va opposer ces différentes factions. Au début de ma lecture j'ai cru que j'étais dans un remake de la série Le Rêve de Jérusalem(excellente série d'ailleurs), mais finalement plus ma lecture avançait et plus le scénario prenait une autre direction pour ma plus grande joie. Je ne veux pas trop en dire, mais l'histoire m'a fait penser à une autre série, celle qui a été adaptée au cinéma (quatres films ont déjà été réalisés) et dont les personnages portent un costume avec un X sur le torse, mais chut je n'en dirai pas plus. Le dessin qui était simplement correct dans le premier tome s'améliore dans le deuxième, mais aussi dans le troisième tome qui achève cette série médiévale fantastique. Vraisemblablement cette série est terminée mais à mon avis cette trilogie reste ouverte pour une éventuelle suite ou du moins un autre cycle. Donc en conclusion je conseille Missi Dominici à tous les amateurs de médiéval fantastique et pourquoi pas aux novices en la matière qui je pense ne seront pas déçus.
Les Brigades du Temps
Les brigades temporelles et autres patrouilles du temps, c'est un concept classique dans le domaine de la science-fiction d'aventure. D'Isaac Asimov à Poul Anderson, en passant même par Tome et Janry pour la série Spirou et Fantasio, nombreux sont les auteurs à avoir mis en scène une organisation du futur qui voyage dans le temps pour surveiller et empêcher le cours de l'Histoire d'être modifié. Mais s'agissant là d'un concept aussi vaste que la complexité de l'Histoire elle-même et aussi infini que l'imaginaire de tous les amateurs d'uchronie, il y a encore largement de quoi y puiser de formidables récits. Et Kris et Bruno Duhamel viennent nous le prouver avec cette bande dessinée tenant à la fois de la science-fiction sérieuse et de l'aventure humoristique. Grâce à un graphisme maîtrisé et très agréable et à un scénario dense et prenant, j'ai été happé par cette lecture dès les premières pages. Bruno Duhamel nous y offre un très bon dessin semi-réaliste dans la veine d'un Ralph Meyer. On sent qu'il s'est fait plaisir à représenter de grands décors, costumes et navires historiques bien détaillés. Ce style s'adapte à la perfection à l'ambiance mi-sérieuse mi-amusante du scénario de Kris. Ce dernier maîtrise son sujet. Outre une bonne documentation historique et des concepts de science-fiction tenant la route, il nous propose un récit intelligent d'aventure et d'humour. Le duo improbable de ses héros est rapidement attachant, composé d'une brute écossaise à qui on ne la fait pas et d'un jeune premier geignard et à peine sorti de l'université Ukronia. Le scénario est rythmé et très dense pour des récits en diptyques d'albums de 48 pages. Et alors même qu'on se dit que, connaissant l'Histoire elle-même, nos deux personnages vont se contenter de se bagarrer un peu pour redresser son cours, la fin du premier tome de cette série apporte une grosse surprise à même de relever nettement son intérêt et l'envie de savoir rapidement la suite. On s'étonnera juste de cette idée que les temps du passé et du futur évoluent en simultané, impliquant que quand un jour se déroule en 1492 par exemple, un autre jour a eu lieu dans le futur, ce qui n'est pas cohérent à première vue avec l'idée de pouvoir voyager dans le temps à n'importe quelle date et avec le fait qu'un évènement ayant eu lieu des siècles avant vous devrait avoir des répercussions "immédiates" sur votre existence puisqu'il a notamment "déjà" eu ces fameux siècles pour s'étendre. Mais on rentre là dans les paradoxes et impossibilités de la grande majorité des histoires de voyages dans le temps qui se heurtent en général toujours à une réflexion logique poussée. Et les amateurs du genre s'en fichent bien et moi le premier quand on leur propose d'accepter pour argent comptant ces hypothèses au profit d'une chouette histoire d'aventure et d'humour pleine d'ambition et de maîtrise. Un futur hit en devenir !
Le Cheval Blême
Comme il a été dit, cette bd est dans une veine similaire aux Complots nocturnes (peut-être pas pour l'auteur mais pour nous autres, lecteurs lambda). J'avais adoré les Complots Nocturnes et me suis retrouvé bien heureux quand je suis tombé sur le Cheval Blême. Et on est reparti pour un tour de rêves qui s'enchainent comme des cadavres dans un rêve de David B.. Chaque rêve est surprenant puisqu'on ne sait jamais comment il va se développer (ou pas, certains s'arrêtant brusquement) mais ils sont toujours inattendus, beaux, monstrueux, flippants, drôles (j'ai dit drôle ?). Bref j'adore écouter David B. me raconter des histoires, surtout ses rêves. Ha ! Et les dessins... le récit s'imprègne des dessins, les dessins absorbent l'histoire. Quel beau monstre.