Les derniers avis (39440 avis)

Couverture de la série Niourk
Niourk

Niourk est le seul roman que j’ai lu de Stefan Wul, j’étais alors jeune ado et je me rappelle avoir été fortement marqué par l’aspect cannibalisme, à tel point qu’avec le temps seul se souvenir m’était resté. C’est par le biais de cette adaptation bd et au fil de ses parutions que j’ai pu (re)découvrir l’histoire (ça m’amuse d’avoir complément occulté le côté science fiction au profit de l’aspect sauvage). J’ai vraiment bien aimé, c’est vraiment du bon boulot. Le scénario fait un peu science-fiction à papa, mais ça a été un plaisir de s’y replonger. Vatine arrive à moderniser le récit par sa science de la mise en page et son séquençage. Un chouette moment de lecture pour une reprise de haute volée (la meilleure de la collection).

25/02/2022 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tiger Joe
Tiger Joe

Je pensais m'attaquer à une saga mineure de Charlier, mais je me trompais du tout au tout. Tiger Joe est du très grand Charlier, au même titre que Barbe-Rouge, Buck Danny ou encore Tanguy et Laverdure, une énorme surprise pour ma part ! C'est donc à la trilogie originale que je consacre cet avis, car je ne sais pas quand j'aurais l'occasion de me plonger dans sa continuation par Greg. En attendant, Tiger Joe période Charlier synthétise tout ce qui fait que j'aime la bande dessinée en général, et Charlier en particulier. Malgré mon amour pour ces sagas qui ont bercé mon enfance, j'avoue avoir été un peu lassé au bout d'un moment par les sagas d'aviation de l'auteur, alors c'est avec un immense plaisir que je le vois partir en des terres exotiques, ici, dans l'Afrique coloniale des années 50. Le dépaysement est garanti, et renforcé par le charme à toute épreuve de ces récits d'antan, dont j'ai parfois l'impression qu'on a perdu la recette. Il faut dire que Charlier n'a pas son pareil pour mettre en scène l'Afrique coloniale, aidé par un Hubinon en immense forme. Le trait toujours rigoureux du dessinateur, et les couleurs chaudes du studio Leonardo recréent une Afrique de carte postale absolument fascinante, où on n'échappera certes à aucun cliché du genre, et qui, pourtant, résiste bien aux attaques du temps. Quand je parle des clichés, j'évoque surtout les clichés narratifs, car j'ai été très agréablement surpris par la tonalité du récit et ses innombrables nuances, très loin du racisme qu'on veut à tout prix attribuer aux récits coloniaux de cette époque. Et de fait, si Tiger Joe propage évidemment une vision très colonialiste de l'Afrique (en même temps, vu le contexte, comme le lui reprocher ?), jamais Charlier ne fait jamais preuve de racisme, grâce à son talent incroyable pour l'écriture des personnages. Déjà, chaque tome est d'une densité narrative impressionnante, on en a clairement pour son argent. C'est ce qui permet à l'auteur de multiplier les péripéties, toutes plus captivantes les unes que les autres, et d'apporter à sa vision des choses une nuance très anti-manichéenne, à laquelle on ne s'attend pas. Ainsi, jamais les auteurs ne cherchent à mettre les Blancs en situation de supériorité par rapport aux Noirs. Si on a droit aux traditionnelles images de caravanes de chasseurs blancs suivis d'une cohorte de porteurs noirs, Tiger Joe et ses acolytes les traitent toujours d'égal à égal. Si certaines tribus reculées parlent le langage petit-nègre, d'autres parlent un Français tout-à-fait correct sans fautes grammaticales. Si certains Noirs veulent la mort des Blancs à tout prix, d'autres sont amis avec eux et d'autres y sont tout simplement indifférents. Si la plupart des Blancs colonisateurs semblent des humanistes en puissance, les scénarios successifs n'oublient pas non plus de montrer la cruauté ou la corruption de certains autres Blancs. Bref, Tiger Joe donne une vision étonnamment complète de l'Afrique colonialiste et ça fait plutôt plaisir, même s'il subsiste parfois quelques saillies plus désagréables, heureusement très rares et nuancées par tout ce que je viens de résumer. Colonialiste, oui, Tiger Joe l'est et on en pensera ce qu'on voudra, raciste, non, et c'est très bien comme ça. Maintenant, si j'ai autant adoré Tiger Joe, c'est avant tout pour la qualité extrême des scénarios. Toujours prenants, les récits de chaque tome donnent à voir un aspect différent de l'Afrique profonde, et jouent agréablement de la mythologie typique des aventures africaines de ce genre. On aura ainsi droit au cimetière d'éléphant, aux sectes sanguinaires, aux animaux sauvages en tous genres, aux lacs meurtriers, etc. Tout cela donne un parfum vintage absolument charmant à cette saga, qui traverse bien les âges, car Charlier n'oublie jamais de donner une dimension humaine importante à ses différentes histoires. Ainsi, le premier tome nous propose une approche des personnages très originale, car on les découvre à travers les yeux d'une femme qui n'a jamais mis le pied en Afrique et qui se heurte à la rudesse de Tiger Joe et de son acolyte. Cela la précipite évidemment dans les bras du méchant, et pendant une bonne partie du premier tome, Tiger Joe n'a pas le bon rôle, ce qui permet de mieux nous faire entrer dans la tête des personnages et de comprendre la méfiance de l'héroïne. A cette image, Charlier donne beaucoup de sentiments à ses différents personnages, ce qui permet de les rendre toujours attachants. Cela permet au lecteur de mieux s'immiscer dans l'atmosphère fascinante d'une Afrique où le danger rôde à chaque seconde, et dont on n'est jamais sûr de sortir vivant. Bref, Tiger Joe est clairement un gros coup de cœur, qui prouve une nouvelle fois que Charlier et son fidèle dessinateur Hubinon n'ont pas leur pareil pour mettre en scène l'Aventure dans la plus grande tradition de l'Art. On en ressort nostalgique et enthousiaste, comme au terme d'un voyage dont on aurait vécu les moindres détails. Et ça, c'est fort.

25/02/2022 (modifier)
Couverture de la série La République du Crâne
La République du Crâne

Bah oui, culte... Culte parce que ce récit synthétise l'ensemble de mes attentes lorsque l'on me promet un récit de piraterie : de l'aventure, une base historique, des personnages charismatiques, un destin cruellement scellé dès l'entame du récit, des combats navals, de l'exotisme, une utopie proche de l'anarchie, de la passion, du souffle épique.... Culte parce que je ne pensais pas retrouver cet engouement pour un sujet que j'ai déjà lu en de multiples versions. Et pourtant ce récit m'a passionné, happé, envoûté, charmé, marqué... Culte parce que, par delà les clichés véhiculés, ce récit a réussi à me surprendre ne fusse qu'au travers du pourtant classique journal de bord mais qui, dans le cas présent, offre une petite originalité bien plaisante, qui apporte détachement et ironie à un récit par ailleurs dramatiquement poignant. Culte parce que rarement (en fait jamais) piraterie, esclavagisme et histoire n'ont été aussi habilement liés à mes yeux. Les personnages sont crédibles, leurs aspirations sont marquantes et leurs destins dramatiques. La psychologie des différents acteurs est bien développée et chacun agit avec sa logique propre, que l'on comprend et que l'on partage... alors même que certaines de ces aspirations s'opposent. Le seul point faible pour moi (mais il s'agit déjà à la base d'un goût personnel) réside dans l'encrage très marqué qui donne un style proche des comics à ces planches. Mais il s'efface au fil du temps, me faisant oublier l'épaisseur du trait au profit de la souplesse des formes. Ce que le dessin perd en finesse, il le gagne en dynamisme... et au final, je ne peux qu'approuver ! Culte donc, même si les esprits chagrins ne trouveront rien de neuf dans ce récit. Mais, à titre personnel, j'ai pris mon pied !

25/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Billie Bang Bang
Billie Bang Bang

Bien sympathique, cette nouvelle série jeunesse signée Théa Rojzman (Grand Silence) et Steve Baker (La Vie en slip, Bots, etc…) ! Bon, soyons clairs : je ne voudrais pas être le père de cette calamité sur pattes mais les auteur.e.s ont réussi, avec elle, à créer un personnage à la fois hyperactif et attachant. Et dès ce premier tome, l’univers de Billie est suffisamment riche pour garantir un renouvellement des situations. Entre ses parents, son petit frère, son ami monstre trouvé en forêt, et le monde impitoyable de la classe de CE2, ses enseignants et ses fayottes, il y a de quoi faire. Le récit se structure autour de gags en une planche -plus rarement en deux planches- qui se succèdent pour former une sorte d’histoire complète sans réelle intrigue. Le trait caricatural, le dynamisme qui se dégage des personnages, les situations loufoques, les bons mots et le jusqu’auboutisme fatigant de Billie (elle, quand elle a une idée en tête…) font de ce premier tome un album des plus amusants. Enfin, ce tome se termine par un petit cahier qui, entre autres, nous livre des tutos totalement irrévérencieux (comment dessiner sur les murs de sa chambre sans se faire gronder, comment se coucher tard, etc…). Donc vous voilà prévenus, Billie Bang Bang est une série d’humour destinée aux jeunes lectrices et jeunes lecteurs (l’héroïne a 8 ans, le public ciblé aussi) au ton souvent irrévérencieux, prônant l’action et l’imagination chez l’enfant. Et dans le genre, c’est très bien fait !

25/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Brigades du Temps
Les Brigades du Temps

Cette série de divertissement allie la SF, l'histoire et beaucoup d'humour. Kris et Duhamel s'essayent à un exercice périlleux. Ils s'attaquent à la modification d'éléments historiques majeurs tout en restant crédibles et en retombant sur leurs pieds. C'est dire la qualité du scénario. Pour les deux premiers épisodes, ils y ajoutent une touche d'explications ethnographiques sur la culture Aztèque rencontrée par les Espagnols au XVIème siècle. Comme toujours avec Duhamel les dessins sont parfaits dans son style semi réaliste de BD jeunesse mais cachant un humour noir décapant. La magie de chacun des ouvrages est l'imprévisibilité de la page qui suit (en tout cas pour moi). C'est créatif, drôle et nous rappelle à la fois le côté grandiose de l'affaire, conquérir le Mexique avec 600 hommes sans aucune connaissance du terrain, et le côté meurtrier qui a suivi. Sous ce côté récréatif Kris et Duhamel nous disent que l'histoire, qui semble linéaire, est en fin de compte très contingente. Les Japonais auraient-ils pu débarquer en Californie ou en Australie ? Peut être si l'USS Enterprise avait coulé.. Encore du haut de gamme récréatif sous les pinceaux de Duhamel et de ses collègues, scénariste et coloriste. Pour conclure, juste mon point de vue sur la remarque légitime de Pol à propos de la déformation des noms. J'y vois plus un effet comique à la Goscinny réservé aux "brutes" dont Kallaghan , tout de suite rectifié par Montcalm.

25/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Spirou de Fabrice Parme et Lewis Trondheim - Panique en Atlantique
Le Spirou de Fabrice Parme et Lewis Trondheim - Panique en Atlantique

Je vais aller à l’encontre des avis, j’aime beaucoup cet album, je le place facilement dans mon top 3 de la collection Le Spirou de ... Les auteurs ont su apporter leurs univers et se démarquer de la série mère, exactement ce que j’attends de ce genre d’exercice. Le duo Trondheim et Parme, que j’avais apprécié sur Venezia, nous propose un peu la même formule. Une histoire façon la croisière s’amuse, un peu vaudeville , avec une pléiade de personnages sur fond de dessin cartoonesque, la mayonnaise a bien pris pour ma part, on ne s’ennuie pas et ça va vite. J’ai trouvé le tout très réussi, c’est frais, drôle et original pour du Spirou. Vivement conseillé pour ceux qui n’ont pas peur de l’hérésie. Une chouette curiosité.

24/02/2022 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5
Couverture de la série Les Chroniques de Wormwood
Les Chroniques de Wormwood

3.5 Komics initiative a lancé une collection de comics à tirage limité (j'ai lu celui tiré à 1000 exemplaires et il y a une autre version à seulement 250 !) alors si vous êtres fan de Garth Ennis vous feriez mieux de vous dépêcher ! Cet album regroupe trois mini-séries portant sur l'univers de Wormwood et il y a des bonus comme une interview avec un des dessinateurs et deux histoires courtes qui n'ont aucun lien avec la série, hormis le fait qu'elles ont aussi été écrites par Ennis. J'ai bien aimé cette série d'Ennis et je suis surpris qu'elle n'ait pas été traduite avant en français, alors que je la trouve bien meilleure que d'autres séries sorties chez de plus grands éditeurs. J'avais peur qu'on sorte un fond de tiroir, mais il y a de très bonnes qualités. La série raconte les aventures de l'anti-christ qui rejette le rôle que lui donne son père le diable, et à la place de détruire le monde, il est propriétaire d'une chaine câblée, produit des séries télés et il est copain avec la nouvelle réincarnation de Jésus. Les personnages sont attachants, les scénarios sont captivants et il y a un bon mélange d'humour et de moments plus dramatiques. Le seul point faible est que par moment l'humour est vraiment faiblard. Le problème est qu'Ennis adore la provocation et l'humour pipi-caca par moment j'avais l'impression de lire un ado qui essaye trop de choquer les autres et qui se pense hyper original en faisant des trucs du genre le pape baise des nonnes et dit des gros morts. C'est dommage parce qu'entre deux gags très potaches, il peut avoir des réflexions intéressantes sur la religion et la spiritualité. En effet, ce n'est pas une charge contre la religion en tant que telle que livre Ennis, mais plus une critique des institutions et de ceux qui utilisent la religion pour asservir leur pouvoir, que ce soit l’Église, le diable ou dieu. Sinon, les dessinateurs ont un style correct. C'est juste dommage qu'on change de dessinateur à chaque mini-série, j'aurais voulu un truc plus uniforme. Les personnages ont tendance à avoir des têtes différentes à chaque histoire. En tout cas, à lire si on est fan de l'auteur.

24/02/2022 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Calpurnia
Calpurnia

Quand j'ai lu cet album, j'étais persuadé d'y lire une autre version de l'histoire de Miss Charity que j'avais lue quelques temps plus tôt, celle d'une jeune fille de la fin du 19e siècle passionnée de sciences et de naturalisme mais qui se retrouve engoncée et frustrée par la société dans laquelle elle vit et par sa famille qui ne la destine qu'à un avenir de docile femme au foyer. Qui plus est, les deux séries sont des adaptations de romans. Mais après vérification, il ne s'agit ni des mêmes romans ni exactement des mêmes histoires, l'une se déroulant dans l'Angleterre Victorienne tandis que l'autre se déroule au Texas en 1899. Et j'ai parfaitement bien accroché à cette série là. J'apprécie son graphisme doux, simple et charmant. J'apprécie sa mise en scène claire, fluide et aérée. Et je me suis très vite attaché à l'héroïne non seulement parce qu'elle a un tempérament similaire à celui de ma propre fille qui se destine à devenir ingénieure dans très peu de temps, mais aussi grâce à une narration très vivante et très proche du lecteur. L'histoire m'a intéressé et m'a montré à nouveau la difficile situation de ces femmes dans une époque charnière entre vieux régime et monde moderne, qui étaient encore engoncées dans des traditions sociétales qui pouvaient brider leurs éventuelles aspirations intellectuelles. C'est bien raconté, juste dans le ton et suffisamment léger pour ne pas plomber la lecture avec un quelconque message militant trop appuyé. J'ai beaucoup aimé cette BD.

24/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Jacob le Cafard (55 Dropsie avenue, le Bronx)
Jacob le Cafard (55 Dropsie avenue, le Bronx)

Après Un Pacte avec Dieu (1978), "A Life Force" sort en 1988 comme deuxième épisode de Dropsie Avenue. Tout d'abord je préfère le titre original compréhensible par tous, à ce ridicule titre français. Si Eisner compare bien la résilience des immigrés devant les obstacles majeurs et les souffrances endurées à la capacité des insectes à survivre, il n'attribue pas à Jacob Shtarkah le sobriquet de "cafard". Au contraire, c'est "L'Homme fort" en Yiddish, celui qui repart de rien mais qui arrive à modeler son environnement d'une façon significative et bénéfique dans ce récit. Je trouve le scénario très travaillé avec ces destins croisés d'Elton, Angelo, Rebecca ou Max. Tous viennent d'horizons très différents mais se retrouvent dans le même puits noir de la misère. Une sucess story du rêve américain où 50 cents évitent le grand plongeon et mènent au bonheur grâce au courage. Eisner par l'introduction de coupures de presse du NYT décrit intelligemment les effets de la grande Histoire sur la vie quotidienne. La loi Johnson-Reed sur l'immigration (1924), le développement du PC Américain, une des priorités extérieures de Staline ou la montée du Nazisme sont des événements clés qui influencent grandement sur la vie de ces communautés pauvres et d'origines européennes. Eisner choisit un happy end qui contraste avec tout ce qui précède et avec l'image même des cafards condamnés à rester dans leurs boîtes de conserve. Eisner y ajoute ses interrogations sur Dieu comme une suite du premier acte. Eisner ne dessine pas ici des héros en collants moulants avec des masques, qui vont sauver l'Amérique. Il dessine des héros plutôt vieux, plutôt laids avec des vieux fringues froissés qui vont sauver l'Amérique par leur abnégation et leur résilience. Quelle élégance dans le geste et dans le langage corporel. La page 32 où Rifke se relève presque en dansant, n'a ni besoin de texte ni besoin de tutu pour nous la présenter en danseuse étoile. De même son utilisation des ombres et lumières intensifie les effets dramatiques comme dans la séquence où Rebecca annonce son état à Elton et attend sa réponse vitale. Eisner ne sait représenter que des étoiles lumineuses dans cette "Life Force", force qui nous anime.

24/02/2022 (modifier)
Par Solo
Note: 4/5
Couverture de la série L'Hôte
L'Hôte

Jacques Ferrandez sait à nouveau extraire l'essence de cette histoire camusienne. Le récit est super court car l'œuvre originale - que je n'ai pas lue évidemment... - est une nouvelle. Et c'est là encore une adaptation difficile, surtout que Jacques Ferrandez a voulu garder l'esprit de ce type de récit: concentrer des idées puissantes à travers une histoire courte. Tous ces silences et ces opinions muettes traduites par le dessin sont en fait des arguments que le support BD permet de fournir. J'y trouve encore un exercice réussi. Pas facile de dégager tous les tenants et les aboutissants mais je reste persuadé que cette BD suffirait presque à elle-même, s'il ne fallait manquer la plume de Camus pour rien au monde. La situation d'un homme condamné sans juste traitement (cet homme doit être traduit par le peuple algérien je pense), le policier français dépassé par les débordements qui vit sa vie sans comprendre l'injustice qu'il exerce (l'état colonisateur français) et, enfin, celui qui observe le monde, écartelé entre ces 2 clans opposés dont il éprouve à chacun une profonde attache, et cherchant à agir de lui-même (vision d'Albert Camus). La scène avec le policier m'apparaît la plus intéressante intellectuellement et l'épilogue dévoile tout l'inconfort dans lequel se trouve Camus, l'incompréhension que les opinions publiques (française et algérienne) ont pu porter à son égard au sujet de la décolonisation, et même l'incompréhension de Camus lui-même face aux absurdités. Un récit métaphorique donc, où le dessin règne en maître. Les Hauts Plateaux d'Algérie sont admirablement mis à l'honneur, quelle contemplation cela donne au lecteur! Les scènes nocturnes ne tiennent qu'en 2 planches, tant mieux parce-que le seul paysage qui y figure apparaît tout de suite moins convaincant. Sinon cette couleur chaude nous offre encore et toujours l'impression de ressentir directement la chaleur sèche et persistante du soleil africain, dans une terre aussi bien aride que pénétrante. Je ne comprends par contre pas cette longue partie muette avant qu'il ne rentre chez lui à la fin. J'ai l'impression que, pour ce moment, il faudrait avoir lu la nouvelle pour comprendre pourquoi Jacques Ferrandez y a laissé autant de place. Cela m'étonnerait que cela soit dans un but purement esthétique, bien que l'idée soit valable au regard du dessin qui nous en donne plein la vue! Les histoires de Camus me parlent beaucoup trop pour que je me décide à donner une moins bonne note à ce récit. Mais c'est aussi sans compter sur la traduction BD qu'en fait Jacques Ferrandez: il réussit à transmettre les idées de l'auteur original, conserver l'authenticité du récit (du moins je le ressens), et personnaliser son approche grâce à ce dessin éclatant mettant en avant toute la beauté et tout l'amour que l'homme pouvait porter à l'Algérie et au monde. 3,5/5

23/02/2022 (modifier)