Une excellente histoire que je n'aurais peut-être pas lue sans ce merveilleux site ! C'est le genre de conte que j'aime lire. Tout peut arriver et cela me semble normal et en plus je ne sais jamais ce qu'il va arriver ensuite. Après avoir lu autant de séries, je suis content de savoir que je peux être surpris par un scénario.
Le dessin est vraiment excellent et il représente bien l'imagination de l'auteur. C'est un vrai plaisir pour les yeux ! Mais le point fort est sans aucun doute le découpage que j'ai trouvé dynamique et bien fait. Les deux tomes se lisent facilement et j'ai lu les deux tomes d'un trait ! Il y a tout de même deux ou trois scènes qui ne m'ont pas captivé ce qui explique qu'au final je ne mets 'que' 4 étoiles, mais peut-être que je vais augmenter ma note après une relecture.
Très bonne surprise que ce premier volume qui certes ne renouvelle pas le genre en western mais qui apporte un vent de fraicheur avec ce mystérieux révérend (qui, si mes souvenirs sont exacts, ne va pas sans rappeler un autre révérend dans la série Comanche d'Herman).
Tous les codes du genre sont présents dans cet opus : le saloon, le shériff, les filles, les duels et une série de meurtres dans une bourgade pas si tranquille que cela.
Bref un scénario inventif et une fin de premier tome qui me donne furieusement envie de connaître la suite.
Quant au dessin, il faut tout simplement saluer la performance d'Augustin Lebon qui signe là son premier album avec une parfaite maîtrise.
Histoire prévue en seulement deux volumes, il faut souhaiter que la suite soit aussi réussie.
Il y a des BD parfois qu'on ne peut pas s'empêcher d'aimer. C'est ainsi, et celle-ci fait partie du lot.
J'ai eu une belle surprise sous le sapin avec ce tome. Une belle surprise, car Cuba est un pays sur lequel j'aime beaucoup me pencher. Cet attrait soudain m'est venu avec la BD Le Tueur (eh oui, parfois les BD sont instructives).
C'est donc tout guilleret que je me suis plongé dans ce pavé de plus de 300 pages, en noir et blanc, qui allait retracer la vie et l’œuvre de Fidel Castro. Un pari qui s'annonçait bien.
Et un pari totalement remporté par l'auteur je trouve ! Tout est franchement bon dans la BD. Le dessin est excellent, en noir et blanc mais avec des têtes parfaitement reconnaissables, très proches d'une réalité photographique. Un grand soin a été apporté aux paysages je trouve, les rues de La Havane et les montagnes cubaines donnent l'impression de se plonger dedans.
Ensuite, la narration est excellente, et tellement proche d'une interview que j'ai bien cherché pour vérifier que le narrateur n'est qu'une invention de la part de l'auteur. J'avais fermé le livre en étant persuadé qu'il existait véritablement, tant l'auteur lui a donné une âme et une cohérence. Un double de l'auteur, certes, mais un double parfaitement exécuté.
Et à travers ses yeux, l'histoire de Cuba se dessine. Au début timidement présent, juste spectateur des événements, le héros y prend progressivement part, choisit de rester sur Cuba alors qu'il pourrait rentrer, ne retournera plus jamais dans son pays.
Ce narrateur interne est d'ailleurs très intéressant, car embrassant totalement les idéaux de Castro, on sent qu'il lui pardonne tout, et surtout que l'homme le fascine. Le portrait qu'il brosse n'est pas des plus reluisants, mais on ne peut que se sentir envahi de sympathie envers lui. Charismatique au possible, idéaliste et humain, attaché à ses principes, et ne trahissant jamais ses propos ou ses idées, Castro est une gueule du siècle, incontestablement. Un homme qui attire et fascine. Difficile à cerner, mais en même temps presque prévisible, beau parleur, se faisant ami et ennemi, impitoyable avec les premiers comme avec les seconds, il est le type même de la figure révolutionnaire.
Mais le récit n'est pas uniquement centré sur Castro, et c'est ce qui fait sa grande force. Car nous verrons également le quotidien des petites gens de Cuba, autant pendant que après la révolution. Les rationnements, les privations, la liberté de presse bâillonnée. Cuba ne devient pas le paradis rêvé. Des amitiés se brisent, des gens partent, et au final le narrateur lui-même semble se dire que la révolution a échoué. La faute aux autres, aux Américains qui tentèrent de les renverser, de les asphyxier ; aux Russes qui ne firent que les exploiter, mais un peu aussi aux décisions internes. Castro lui-même reconnaît des erreurs lors de ses discours. Pour autant, il avouera qu'il recommencerait, si besoin est. La révolution est sa vie.
D'autres portraits sont brossés dans le livre, tout autant intéressants. La mythique figure du Che, bien évidemment, mais également le frère Raul Castro, qui aura une importance que je ne lui aurais pas soupçonnée. Et tant d'autres révolutionnaires, déchus ou assassinés, importants ou traîtres, partisans de la première heure ou convertis.
Et les femmes également. Celle du héros en premier lieu, mais celles de Castro également. Quelle(s) histoire(s) ! Changeant de femmes, tombant amoureux, trahi par elles, Castro connaîtra des heures aussi mouvantes que dans sa politique.
Et pour conclure en beauté un récit prenant, l'auteur fera à la fin une "interview", réelle ou imaginaire, de Castro lui-même. Sa véracité importe au final peu, tant elle colle à la peau de l'homme décrit dans les pages précédentes. Un homme qui fascine, c'est certain. Mais en même temps, une tristesse semble sortir de ces dernières pages, de cette révolution qui semble avoir échoué, de Castro en vêtements Adidas qui regarde tristement la fenêtre en maintenant qu'il recommencerait si c'était à recommencer.
Vous aurez compris : j'ai été conquis par l’œuvre. Une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres, une tranche d'histoire méconnue pour moi mais qui m'intéresse décidément de plus en plus, une île rejetée du monde entier qui se maintient coûte que coûte, et un personnage qui s'attache à elle, qui veut la défendre dans les mots.
Et Castro. Le titre du livre est vraiment le titre du propos : Castro est le centre. Il transparaît partout, est le centre de tout. Ses discours ponctuent le tout d'une façon magistrale, on le voit presque faire ses grands gestes et la vie l'animer lorsqu'il pousse son cri de victoire : "La patrie ou la mort ! Nous vaincrons !". Et ses idéaux, ses volontés de créer la société équitable ne le rendent que plus noble. Tout comme son attachement vaille que vaille à ses principes.
Une BD que je trouve vraiment très bien faite. Autant sur le dessin que sur le propos, et sur l'histoire. Certes, elle n'est pas partiale, mais finalement, qui est véritablement partial sur Cuba et sur Castro ? L'auteur fait ressortir son amour pour l'île, sa fascination pour l'homme et ses regrets pour les échecs répétés. Toutes ces émotions ont transpiré des pages et m'ont atteint. Une réussite incontestable.
Je mets allègrement un 5/5 car j'ai vraiment beaucoup aimé, et je pense que je le relirai souvent. Il me reste encore beaucoup à découvrir à l'intérieur je crois. Et c'est vraiment un coup de cœur du moment. Non, je ne peux que me réjouir de l'avoir eu. C'est vraiment une belle BD.
Voici un ensemble de 5 contes très cruels, que j'ai trouvés très beaux !
D'abord, il faut dire que les éditions Cornélius font vraiment du bon travail ! Et qu'elles sont ici à l'unisson du travail de Blanquet.
Les personnages et les décors sont uniquement des jeux d'ombres, avec des arrière- plan usant des nuances de vert, de mauve: c'est superbe je trouve.
Très peu de texte ici, mais chacun de ces petits contes se laisse lire très facilement. On y trouve tous les thèmes - j'allais dire les obsessions ! habituels de Stéphane Blanquet. Le difforme, le morbide, la noirceur y sont bien présents, mais comme atténués par les jeux d'ombres.
Plein d'influences, des Expressionistes (la "princesse en kit" du dernier conte me fait penser à la petite fille démantibulée de la "Prager Strasse" d'Otto Dix) au surréalisme, en passant par certaines créatures du cinéaste Tod Browning ("Freaks"). Mais Blanquet a bien construit un univers très personnel.
Cet album constitue, je trouve, une excellente entrée en matière pour qui ne connaîtrait pas l'oeuvre de Blanquet. Non pas fadasse, mais moins "brutale" peut-être et par la même plus facile d'approche.
Je reste admiratif de ce créateur, dérangeant, mais vraiment à découvrir !
Ce qui m'a le plus frappé reste le parrallèle avec la guerre du Vietnam.
Des recrues qui s'entrainent dans un univers totalement différent de ce qui les attendra sur le futur champ de bataille ; un ennemi méconnu et insaisissable ; la rage, la peur et l'angoisse lors des combats ; les drogues pour échapper à la réalité ; l'indifférence de l'opinion publique pour cette guerre ; le malaise des vétérans devant un monde qu'ils trouvent complètement transformé lors de leur retour au pays ; ce sentiment d'énorme gachis devant tant de vies brisées.
Autant de ressemblances reflètant simplement le vécu de l'auteur qui réussit, pour le coup, à nous faire ressentir bon nombre de sentiments ; et c'est bien là la force de cette série car l'histoire en elle même reste plutôt simple. Malgrs cette sorte de banalité scénaristique, le récit reste très prenant toujours grâce à ce partage de sentiments.
Niveau dessin c'est du tout bon, je déplore simplement un certain manque de fluidité lors des scènes de combats.
Bref, une oeuvre assez atypique sur le fond car pleine de réalisme, ce qui nous donne un très bon récit de science-fiction malgré une histoire assez convenue.
Après avoir mis le nez dans la réédition Akileos de Tales from the crypt et de son équivalent policier Crime Suspenstories, il m’a fallu quelques temps avant de vouloir me délecter d’une collection parallèle également exhumée des archives des publications EC Comics…
Et bien mal m’en a pris car ce Weird Science est le pendant science-fiction des deux autres collections dont on retrouve les mêmes auteurs et la même ligne éditoriale à savoir de courtes histoires de 7 à 8 pages environ avec à la clé une conclusion bien souvent ironique ou faisant preuve d’un humour noir pince sans rires totalement rafraichissant au regard de l’époque où ces récits ont été écrits.
Car oui il faut se replonger dans le contexte des années 50 américaines d’après-guerre où le contexte était fort différent de la situation sociale et de crise économique de notre triste époque contemporaine…
A l’époque, les barbecues Weber et le rockabilly enflammaient les banlieues middle class américaines qui profitaient sereinement d’«happy days » et d’un contexte social favorable.
Le vernis serait parfaitement lisse sans cette peur de l’envahisseur russe et la guerre froide qui fustigent les deux mondes est/ouest ainsi que la chasse aux sorcières inventée de toutes parts par le bien tristement célèbre sénateur Mac Carthy…
Heureusement une équipe de joyeux drilles va utiliser ces codes pour mieux les détourner dans ces contes macabres sur fond d’invasion extra-terrestre, de futur pas si certain et de sciences loin d’être maitrisées..
Weird Science pose donc les bases de ce qui sera par après repris dans la fameuse série « La Quatrième Dimension » avec ces histoires de martiens, de savants fous et de menace atomique.
Ca commence très fort avec l’histoire d’un homme qui rétrécit à l’infini ou cette menace d’invasion extra-terrestre sous couvert de blague digne d’Orson Welles…
Les histoires sont inégales mais dans l’ensemble on passe un excellent moment à lire ces contes noirs par portion ou à la suite. Je me suis délecté de ces dessins noir et blanc plutôt détaillés et bien ancrés dans leur époque avec les postures raides des personnages, leurs nœuds papillons ou leur addiction au tabac ! Cela confère un charme fou à l’ensemble qui se lit avec plaisir…
Tranchant avec le politiquement correct, le fameux Comics Code va censurer et avoir raison de ces publications mais la courte période pendant laquelle cette série et les autres seront éditées marqueront l’histoire du comics de façon durable et serviront de base à bien des lecteurs des générations fifties jusqu’aux notres sans oublier d’imprimer de façon durable les auteurs contemporains de Tim Burton à
Au terme des 240 pages de cet épais volume, je n’avais qu’un seul mot en bouche : encore ! ;)
Mon seul regret est l’oubli des couvertures en couleur d’origine que l’on retrouve au verso mais en miniature. Pour le reste l’édition est comme souvent chez Akileos en un seul mot : parfaite !
Ce premier volume sur 4 ou 5 prévus est une belle entrée en matière pour illustrer donc le célèbre proverbe : C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes !
Le coup de cœur a duré quatre tomes. Ça faisait un moment que je n'avais pas eu le plaisir de lire une série aussi adulte, aux personnages aussi élaborés et complexes, avec de vraies histoires humainement riches et pas une litanie de rebondissements rocambolesques.
Giroud utilise avec habileté un procédé narratif classique, en offrant quatre points de vue différents sur les mêmes évènements. Ceux de deux hommes et deux femmes aux origines et aux destins très différents, réunis pour quelques mois dans un petit orchestre de jazz improvisé. Ces quatre personnages, pris chacun dans leur propre destin, leurs propres obsessions, leur vision du monde, comprennent différemment ce qui les entoure et gardent en mémoire des épisodes différents d'une même histoire collective.
Le récit prend place dans un lieu et et un temps très précis et très scrupuleusement reconstitués : la Macédoine grecque, en novembre 1916, dans un petit village du nom de Pavlos. Le dossier offert à la fin de l'intégrale explique que Giroud y est allé recueillir une vaste documentation, complétée par des échanges avec des spécialistes de la période. D'où la grande qualité et la grande authenticité de la reconstitution du village.
Je ne saurais pas dire quelle histoire m'a le plus touché, celle de Dora Mars, la chanteuse de music-hall, celle d'Alban Méric, le lieutenant homosexuel passionné d'histoire byzantine, celle d'Elias Cohen, le mécanicien épris d'une grecque, ou celle de Nafsika Vasli, la jeune grecque amoureuse de la culture française et d'un bandit de grand chemin. Chacune se lit avec un grand plaisir, que l'on augmente encore à se promener d'une histoire à l'autre pour retrouver une vignette, revoir la scène qu'on vient de lire telle qu'elle a été vécue par un autre protagoniste.
Même difficulté à choisir entre les quatre dessinateurs, très différents, mais tous très bons. Un trait souple et sautillant pour Bonin, qui illustre l'histoire de la pétillante Dora Mars ; raphaëlique pour Gillon, chargé de l'histoire d'amour entre un bel officier et son jeune ordonnance ; rond et coloré pour Cuzor, qui croque un jeune mécanicien idéaliste et franc comme l'oeil ; hiératique en ligne claire pour Kraehn, à qui Giroud a confié le drame passionnel de Nafsika Vasli.
Mais hélàs, cette série qui aurait été parfaite si elle s'était intitulée quartett comporte un cinquième tome. Comme une clé de voûte trop lourde, il fait s'effondrer tout l'édifice. Le mieux est décidément l'ennemi du bien. Giroud a absolument tenu à clore en fanfare cette série qui commençait façon musique de chambre. Et pour expliquer quelques coïncidences qui pouvaient rester fortuites, le voilà qui retombe dans ce piège où trébuchent trop de scénaristes, où lui-même avait déjà chuté avec le Décalogue : celui des coups de théâtre à répétition, qui perdent toute saveur à force de surenchère.
Toute l'histoire se révèle une immense machination, ourdie par des esprits diaboliques. Et l'on n'échappe même pas au méchant ricanant avec un regard fou. Hélàs ! Quel dommage ! Dans une série qui commençait si bien !
Est-ce à cause de cette grande déception sur le scénario que j'ai trouvé le dessin aussi moins réussi dans ce dernier tome que dans les quatre premiers ?
Fort heureusement, on peut se dispenser de ce dernier tome. Les quatre premiers se suffisent à eux-mêmes.
Bref, je laisse quatre étoiles à la série, mais c'est tout juste. Et cette note globale se répartit ainsi :
Tomes 1 à 4 : ****
Tome 5 : **
Je serais peut-être un peu long mais pas autant qu'il le faudrait pour vanter les mérites de cette superbe série.
Comme l'a dit sagera dans son post (un peu plus bas) il est rare que la collaboration soit abordée en bande dessinée . Mais pas seulement en bd , c'est souvent le cas dans tous les genres, on parle plus souvent de résistance à l'occupant que de collaboration(même si c'est un peu moins le cas aujourd'hui que dans les années 60 à 80 ).
Traiter de collaboration équivaut à faire resurgir dans les mémoires la période la plus noire de l'histoire de France. L'occupation, la collaboration,la participation française à la déportation des Juifs sont restées durant une longue période des "sujets tabous". Aujourd'hui encore ces faits peuvent embarrasser certaines personnes.
Joseph Joanovici est une personnalité qui a été accusée de collaboration , c'est donc un personnage controversé de l'histoire de France et c'est sans doute pour cela que cette série est intéressante à lire et je dirai même vivement conseillée (par moi même , la plupart des posteurs de ce site et même par la revue Historia).
Comme le rappelle Fabien Nury Joanovici a quand même aidé la résistance mais malheureusement il avait profité de l'occupation pour s'enrichir(comme beaucoup d'autres).
Cette série jette un pavé dans la mare car elle peut faire comprendre aux lecteurs qu'à cette époque il était difficile de choisir son camp et de survivre.
Henri Lafont (le chef de la Carlingue , surnom de la Gestapo française) a dit à un de ces avocats qu'il avait choisi la Gestapo car il ne connaissait pas de résistants et qu'il ne savait pas ce que c'était.
C'est sans doute pour cela que ce thème est encore aujourd'hui difficile à aborder car si la situation se reproduisait est ce que tous les Français choisiraient le "bon camp"?
La série écrite par l'excellent scénariste qu'est Fabien Nury est vraiment une réussite car elle nous permet de retourner dans cette France d'avant, pendant et d'aprés guerre avec toutes ces horreurs qu'elle a pu connaître , comme la collaboration, la déportation , l'épuration.
Il mêle l'histoire à la fiction avec brio, je pense en particulier aux scènes qui mettent en présence Joanovici au docteur Pétiot , elles sont absolument ahurissantes ( je ne suis pas sûr que ces deux personnages se soient plusieurs fois croisés , en tout cas je ne l'ai vu écrit nulle part, dans ce que j'ai lu bien sûr).
En ce qui concerne le dessin je ne pense pas qu'un autre style de dessin aurait aussi bien collé à l'histoire que celui de Sylvain Vallée. Les personnages sont tous d'un réalisme impressionnant.
Comment faire autrement que de conseiller la lecture et même l'achat de cette magnifique série qui n'est rien d'autre à mon sens qu'un remarquable travail de mémoire sur une période troublée et que tous doivent connaître.
1h40 en semaine, la nuit… CETTE nuit… Plus un bruit dans ma rue, tout le monde semble endormi…
Alors que je devrais l’être également depuis longtemps, la curiosité d’ouvrir la belle intégrale du Réseau Bombyce obsède mes pensées…
J’y trouve beaucoup de similitudes… Dans ce Bordeaux intemporel aux accents industriels de début de XXème siècle, Eustache et Mouche, deux montes-en-l ’air discrets et doués, profitent de la sérénité de leur ville pour y commettre des larcins via un système de câblage unique reliant les bâtiments entre eux.
Malheureusement ce qu’ils sont sur le point de trouver va leur ramener plus d’ennuis que de monnaie trébuchante en poche.. Un film interdit où de respectables notables s’adonnent au viol collectif sur des demoiselles d’une autre classe sociale avant de les achever dans la plus vaine cruauté…
Dès lors les deux compagnons n’auront de cesse d’échapper à un complot tentaculaire qui va bouleverser leurs vies respectives. Le réseau Bombyce, comme la « rousse », cette police locale les surnomme, va devoir jouer serré pour déjouer les pièges tendus par un nombre incalculable de prédateurs quitte à faire ressurgir le passé et remettre leurs propres convictions en jeu …
Difficile d’en dire davantage sans déflorer un scénario original mais clairement basé sur le désespoir d’une lutte inégale. Ce qu’il faut retenir de cette aventure concocté par le doué Cecil adoubé par un Corbeyran pas encore très connu et reconnu pour l’époque de sa parution initiale, c’est la force d’un récit qui vous happe dans un univers inédit, imaginaire et merveilleux mais qui s’effrite dès qu’on en relève les porosités et autres vices cachés.
Le duo inhabituel du grand farfadet romantique, Eustache et du petit nain mutilé, Mouche fait justement… mouche. Les dialogues sont ciselés au couteau pour nous faire apprécier un énième buddy movie avec des personnages charismatiques auquel tout peut arriver, l’action comme l’inattendu sous des relents de violence mal maitrisés. On peut ressortir éprouvé de cette lecture qui ne laisse peu de chance au hasard tout comme au destin inéluctable de cette guerre sociale et sombre.
Ce mélange de sentiments, d’action et de vengeance s’articule dans un univers steampunk suggéré et omniprésent mais jamais pesant pour le lecteur. Corbeyran ayant quitté l’aventure à l’issue du second tome pour des divergences diverses avec Cecil, ce dernier rectifie le tir d’une histoire partie pour s’étaler en offrant un dernier opus qui règle les comptes, soulève quelques surprises et en profite pour parfaire ses dessins, ses couleurs et une histoire qu’il inscrit dans le marbre.
Car il est impossible de refermer le bouquin sans y repenser un seul moment, charmé ou horrifié de tant de péripéties qui sont finalement uniques au 9ème art. Œuvre malade ou amputée pour certains ou parfait coup de cœur graphique et narratif, le réseau Bombyce ne laisse personne indifférent et c’est bien là tout sa force. Un bel ouvrage définitif que j’aurais pu facilement zapper et qui peut rester dispensable mais qui a tout à fait sa place dans ma collection et que je ne regrette pas un moment d’avoir lu. Une seconde lecture approfondira ce ressenti, un ressenti digne du Peter Pan de Loisel et qui en fait une œuvre contrariée, peut-être, vivante et cruelle surement. A recommander sans hésitations, il est grand temps pour moi de me coucher dans l’espoir de retrouver un peu de la magie et de la poésie macabre du réseau Bombyce dans des ouvrages de cette qualité…
Finalement terriblement humain et pas formaté…
Une "série" qui nous fait voir les super héros sous un jour différent.
Le scénario est plutôt sombre, addictif mais surtout très bien ficelé. Nous voilà devant une sorte d'enquète policière au déroulement atypique puisque menée sous la forme d'une alternance de moments passés et présents.
Chaque personnage y joue un role prépondérant et ils possèdent tous une psychologie propre et recherchée.
Le thème colle bien avec l'actualité de l'époque (milieu des années 80), cette peur de l'apocalypse nucléaire en pleine guerre froide qui traduit une sorte de sentiment de malaise que l'on ressent souvent dans les oeuvres de Moore.
Le seul défaut réside pour moi dans les dessins qui ne s'avèrent au demeurant pas mauvais mais d'un style assez vieillot et avec des couleurs beaucoup trop "flashy" à mon goût.
Bref, nous voilà devant une histoire de super héros aussi époustouflante que peu banale et comme seul Alan Moore sait les écrire. Un ensemble qui aurait pu atteindre la perfection si les dessins avaient été à la hauteur de ce scénario tout simplement génial du début à la fin.
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Les Contes de l'ère du Cobra
Une excellente histoire que je n'aurais peut-être pas lue sans ce merveilleux site ! C'est le genre de conte que j'aime lire. Tout peut arriver et cela me semble normal et en plus je ne sais jamais ce qu'il va arriver ensuite. Après avoir lu autant de séries, je suis content de savoir que je peux être surpris par un scénario. Le dessin est vraiment excellent et il représente bien l'imagination de l'auteur. C'est un vrai plaisir pour les yeux ! Mais le point fort est sans aucun doute le découpage que j'ai trouvé dynamique et bien fait. Les deux tomes se lisent facilement et j'ai lu les deux tomes d'un trait ! Il y a tout de même deux ou trois scènes qui ne m'ont pas captivé ce qui explique qu'au final je ne mets 'que' 4 étoiles, mais peut-être que je vais augmenter ma note après une relecture.
Le Révérend
Très bonne surprise que ce premier volume qui certes ne renouvelle pas le genre en western mais qui apporte un vent de fraicheur avec ce mystérieux révérend (qui, si mes souvenirs sont exacts, ne va pas sans rappeler un autre révérend dans la série Comanche d'Herman). Tous les codes du genre sont présents dans cet opus : le saloon, le shériff, les filles, les duels et une série de meurtres dans une bourgade pas si tranquille que cela. Bref un scénario inventif et une fin de premier tome qui me donne furieusement envie de connaître la suite. Quant au dessin, il faut tout simplement saluer la performance d'Augustin Lebon qui signe là son premier album avec une parfaite maîtrise. Histoire prévue en seulement deux volumes, il faut souhaiter que la suite soit aussi réussie.
Castro
Il y a des BD parfois qu'on ne peut pas s'empêcher d'aimer. C'est ainsi, et celle-ci fait partie du lot. J'ai eu une belle surprise sous le sapin avec ce tome. Une belle surprise, car Cuba est un pays sur lequel j'aime beaucoup me pencher. Cet attrait soudain m'est venu avec la BD Le Tueur (eh oui, parfois les BD sont instructives). C'est donc tout guilleret que je me suis plongé dans ce pavé de plus de 300 pages, en noir et blanc, qui allait retracer la vie et l’œuvre de Fidel Castro. Un pari qui s'annonçait bien. Et un pari totalement remporté par l'auteur je trouve ! Tout est franchement bon dans la BD. Le dessin est excellent, en noir et blanc mais avec des têtes parfaitement reconnaissables, très proches d'une réalité photographique. Un grand soin a été apporté aux paysages je trouve, les rues de La Havane et les montagnes cubaines donnent l'impression de se plonger dedans. Ensuite, la narration est excellente, et tellement proche d'une interview que j'ai bien cherché pour vérifier que le narrateur n'est qu'une invention de la part de l'auteur. J'avais fermé le livre en étant persuadé qu'il existait véritablement, tant l'auteur lui a donné une âme et une cohérence. Un double de l'auteur, certes, mais un double parfaitement exécuté. Et à travers ses yeux, l'histoire de Cuba se dessine. Au début timidement présent, juste spectateur des événements, le héros y prend progressivement part, choisit de rester sur Cuba alors qu'il pourrait rentrer, ne retournera plus jamais dans son pays. Ce narrateur interne est d'ailleurs très intéressant, car embrassant totalement les idéaux de Castro, on sent qu'il lui pardonne tout, et surtout que l'homme le fascine. Le portrait qu'il brosse n'est pas des plus reluisants, mais on ne peut que se sentir envahi de sympathie envers lui. Charismatique au possible, idéaliste et humain, attaché à ses principes, et ne trahissant jamais ses propos ou ses idées, Castro est une gueule du siècle, incontestablement. Un homme qui attire et fascine. Difficile à cerner, mais en même temps presque prévisible, beau parleur, se faisant ami et ennemi, impitoyable avec les premiers comme avec les seconds, il est le type même de la figure révolutionnaire. Mais le récit n'est pas uniquement centré sur Castro, et c'est ce qui fait sa grande force. Car nous verrons également le quotidien des petites gens de Cuba, autant pendant que après la révolution. Les rationnements, les privations, la liberté de presse bâillonnée. Cuba ne devient pas le paradis rêvé. Des amitiés se brisent, des gens partent, et au final le narrateur lui-même semble se dire que la révolution a échoué. La faute aux autres, aux Américains qui tentèrent de les renverser, de les asphyxier ; aux Russes qui ne firent que les exploiter, mais un peu aussi aux décisions internes. Castro lui-même reconnaît des erreurs lors de ses discours. Pour autant, il avouera qu'il recommencerait, si besoin est. La révolution est sa vie. D'autres portraits sont brossés dans le livre, tout autant intéressants. La mythique figure du Che, bien évidemment, mais également le frère Raul Castro, qui aura une importance que je ne lui aurais pas soupçonnée. Et tant d'autres révolutionnaires, déchus ou assassinés, importants ou traîtres, partisans de la première heure ou convertis. Et les femmes également. Celle du héros en premier lieu, mais celles de Castro également. Quelle(s) histoire(s) ! Changeant de femmes, tombant amoureux, trahi par elles, Castro connaîtra des heures aussi mouvantes que dans sa politique. Et pour conclure en beauté un récit prenant, l'auteur fera à la fin une "interview", réelle ou imaginaire, de Castro lui-même. Sa véracité importe au final peu, tant elle colle à la peau de l'homme décrit dans les pages précédentes. Un homme qui fascine, c'est certain. Mais en même temps, une tristesse semble sortir de ces dernières pages, de cette révolution qui semble avoir échoué, de Castro en vêtements Adidas qui regarde tristement la fenêtre en maintenant qu'il recommencerait si c'était à recommencer. Vous aurez compris : j'ai été conquis par l’œuvre. Une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres, une tranche d'histoire méconnue pour moi mais qui m'intéresse décidément de plus en plus, une île rejetée du monde entier qui se maintient coûte que coûte, et un personnage qui s'attache à elle, qui veut la défendre dans les mots. Et Castro. Le titre du livre est vraiment le titre du propos : Castro est le centre. Il transparaît partout, est le centre de tout. Ses discours ponctuent le tout d'une façon magistrale, on le voit presque faire ses grands gestes et la vie l'animer lorsqu'il pousse son cri de victoire : "La patrie ou la mort ! Nous vaincrons !". Et ses idéaux, ses volontés de créer la société équitable ne le rendent que plus noble. Tout comme son attachement vaille que vaille à ses principes. Une BD que je trouve vraiment très bien faite. Autant sur le dessin que sur le propos, et sur l'histoire. Certes, elle n'est pas partiale, mais finalement, qui est véritablement partial sur Cuba et sur Castro ? L'auteur fait ressortir son amour pour l'île, sa fascination pour l'homme et ses regrets pour les échecs répétés. Toutes ces émotions ont transpiré des pages et m'ont atteint. Une réussite incontestable. Je mets allègrement un 5/5 car j'ai vraiment beaucoup aimé, et je pense que je le relirai souvent. Il me reste encore beaucoup à découvrir à l'intérieur je crois. Et c'est vraiment un coup de cœur du moment. Non, je ne peux que me réjouir de l'avoir eu. C'est vraiment une belle BD.
Bouquet Bonheur
Voici un ensemble de 5 contes très cruels, que j'ai trouvés très beaux ! D'abord, il faut dire que les éditions Cornélius font vraiment du bon travail ! Et qu'elles sont ici à l'unisson du travail de Blanquet. Les personnages et les décors sont uniquement des jeux d'ombres, avec des arrière- plan usant des nuances de vert, de mauve: c'est superbe je trouve. Très peu de texte ici, mais chacun de ces petits contes se laisse lire très facilement. On y trouve tous les thèmes - j'allais dire les obsessions ! habituels de Stéphane Blanquet. Le difforme, le morbide, la noirceur y sont bien présents, mais comme atténués par les jeux d'ombres. Plein d'influences, des Expressionistes (la "princesse en kit" du dernier conte me fait penser à la petite fille démantibulée de la "Prager Strasse" d'Otto Dix) au surréalisme, en passant par certaines créatures du cinéaste Tod Browning ("Freaks"). Mais Blanquet a bien construit un univers très personnel. Cet album constitue, je trouve, une excellente entrée en matière pour qui ne connaîtrait pas l'oeuvre de Blanquet. Non pas fadasse, mais moins "brutale" peut-être et par la même plus facile d'approche. Je reste admiratif de ce créateur, dérangeant, mais vraiment à découvrir !
La Guerre Eternelle
Ce qui m'a le plus frappé reste le parrallèle avec la guerre du Vietnam. Des recrues qui s'entrainent dans un univers totalement différent de ce qui les attendra sur le futur champ de bataille ; un ennemi méconnu et insaisissable ; la rage, la peur et l'angoisse lors des combats ; les drogues pour échapper à la réalité ; l'indifférence de l'opinion publique pour cette guerre ; le malaise des vétérans devant un monde qu'ils trouvent complètement transformé lors de leur retour au pays ; ce sentiment d'énorme gachis devant tant de vies brisées. Autant de ressemblances reflètant simplement le vécu de l'auteur qui réussit, pour le coup, à nous faire ressentir bon nombre de sentiments ; et c'est bien là la force de cette série car l'histoire en elle même reste plutôt simple. Malgrs cette sorte de banalité scénaristique, le récit reste très prenant toujours grâce à ce partage de sentiments. Niveau dessin c'est du tout bon, je déplore simplement un certain manque de fluidité lors des scènes de combats. Bref, une oeuvre assez atypique sur le fond car pleine de réalisme, ce qui nous donne un très bon récit de science-fiction malgré une histoire assez convenue.
Weird Science
Après avoir mis le nez dans la réédition Akileos de Tales from the crypt et de son équivalent policier Crime Suspenstories, il m’a fallu quelques temps avant de vouloir me délecter d’une collection parallèle également exhumée des archives des publications EC Comics… Et bien mal m’en a pris car ce Weird Science est le pendant science-fiction des deux autres collections dont on retrouve les mêmes auteurs et la même ligne éditoriale à savoir de courtes histoires de 7 à 8 pages environ avec à la clé une conclusion bien souvent ironique ou faisant preuve d’un humour noir pince sans rires totalement rafraichissant au regard de l’époque où ces récits ont été écrits. Car oui il faut se replonger dans le contexte des années 50 américaines d’après-guerre où le contexte était fort différent de la situation sociale et de crise économique de notre triste époque contemporaine… A l’époque, les barbecues Weber et le rockabilly enflammaient les banlieues middle class américaines qui profitaient sereinement d’«happy days » et d’un contexte social favorable. Le vernis serait parfaitement lisse sans cette peur de l’envahisseur russe et la guerre froide qui fustigent les deux mondes est/ouest ainsi que la chasse aux sorcières inventée de toutes parts par le bien tristement célèbre sénateur Mac Carthy… Heureusement une équipe de joyeux drilles va utiliser ces codes pour mieux les détourner dans ces contes macabres sur fond d’invasion extra-terrestre, de futur pas si certain et de sciences loin d’être maitrisées.. Weird Science pose donc les bases de ce qui sera par après repris dans la fameuse série « La Quatrième Dimension » avec ces histoires de martiens, de savants fous et de menace atomique. Ca commence très fort avec l’histoire d’un homme qui rétrécit à l’infini ou cette menace d’invasion extra-terrestre sous couvert de blague digne d’Orson Welles… Les histoires sont inégales mais dans l’ensemble on passe un excellent moment à lire ces contes noirs par portion ou à la suite. Je me suis délecté de ces dessins noir et blanc plutôt détaillés et bien ancrés dans leur époque avec les postures raides des personnages, leurs nœuds papillons ou leur addiction au tabac ! Cela confère un charme fou à l’ensemble qui se lit avec plaisir… Tranchant avec le politiquement correct, le fameux Comics Code va censurer et avoir raison de ces publications mais la courte période pendant laquelle cette série et les autres seront éditées marqueront l’histoire du comics de façon durable et serviront de base à bien des lecteurs des générations fifties jusqu’aux notres sans oublier d’imprimer de façon durable les auteurs contemporains de Tim Burton à Au terme des 240 pages de cet épais volume, je n’avais qu’un seul mot en bouche : encore ! ;) Mon seul regret est l’oubli des couvertures en couleur d’origine que l’on retrouve au verso mais en miniature. Pour le reste l’édition est comme souvent chez Akileos en un seul mot : parfaite ! Ce premier volume sur 4 ou 5 prévus est une belle entrée en matière pour illustrer donc le célèbre proverbe : C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes !
Quintett
Le coup de cœur a duré quatre tomes. Ça faisait un moment que je n'avais pas eu le plaisir de lire une série aussi adulte, aux personnages aussi élaborés et complexes, avec de vraies histoires humainement riches et pas une litanie de rebondissements rocambolesques. Giroud utilise avec habileté un procédé narratif classique, en offrant quatre points de vue différents sur les mêmes évènements. Ceux de deux hommes et deux femmes aux origines et aux destins très différents, réunis pour quelques mois dans un petit orchestre de jazz improvisé. Ces quatre personnages, pris chacun dans leur propre destin, leurs propres obsessions, leur vision du monde, comprennent différemment ce qui les entoure et gardent en mémoire des épisodes différents d'une même histoire collective. Le récit prend place dans un lieu et et un temps très précis et très scrupuleusement reconstitués : la Macédoine grecque, en novembre 1916, dans un petit village du nom de Pavlos. Le dossier offert à la fin de l'intégrale explique que Giroud y est allé recueillir une vaste documentation, complétée par des échanges avec des spécialistes de la période. D'où la grande qualité et la grande authenticité de la reconstitution du village. Je ne saurais pas dire quelle histoire m'a le plus touché, celle de Dora Mars, la chanteuse de music-hall, celle d'Alban Méric, le lieutenant homosexuel passionné d'histoire byzantine, celle d'Elias Cohen, le mécanicien épris d'une grecque, ou celle de Nafsika Vasli, la jeune grecque amoureuse de la culture française et d'un bandit de grand chemin. Chacune se lit avec un grand plaisir, que l'on augmente encore à se promener d'une histoire à l'autre pour retrouver une vignette, revoir la scène qu'on vient de lire telle qu'elle a été vécue par un autre protagoniste. Même difficulté à choisir entre les quatre dessinateurs, très différents, mais tous très bons. Un trait souple et sautillant pour Bonin, qui illustre l'histoire de la pétillante Dora Mars ; raphaëlique pour Gillon, chargé de l'histoire d'amour entre un bel officier et son jeune ordonnance ; rond et coloré pour Cuzor, qui croque un jeune mécanicien idéaliste et franc comme l'oeil ; hiératique en ligne claire pour Kraehn, à qui Giroud a confié le drame passionnel de Nafsika Vasli. Mais hélàs, cette série qui aurait été parfaite si elle s'était intitulée quartett comporte un cinquième tome. Comme une clé de voûte trop lourde, il fait s'effondrer tout l'édifice. Le mieux est décidément l'ennemi du bien. Giroud a absolument tenu à clore en fanfare cette série qui commençait façon musique de chambre. Et pour expliquer quelques coïncidences qui pouvaient rester fortuites, le voilà qui retombe dans ce piège où trébuchent trop de scénaristes, où lui-même avait déjà chuté avec le Décalogue : celui des coups de théâtre à répétition, qui perdent toute saveur à force de surenchère. Toute l'histoire se révèle une immense machination, ourdie par des esprits diaboliques. Et l'on n'échappe même pas au méchant ricanant avec un regard fou. Hélàs ! Quel dommage ! Dans une série qui commençait si bien ! Est-ce à cause de cette grande déception sur le scénario que j'ai trouvé le dessin aussi moins réussi dans ce dernier tome que dans les quatre premiers ? Fort heureusement, on peut se dispenser de ce dernier tome. Les quatre premiers se suffisent à eux-mêmes. Bref, je laisse quatre étoiles à la série, mais c'est tout juste. Et cette note globale se répartit ainsi : Tomes 1 à 4 : **** Tome 5 : **
Il était une fois en France
Je serais peut-être un peu long mais pas autant qu'il le faudrait pour vanter les mérites de cette superbe série. Comme l'a dit sagera dans son post (un peu plus bas) il est rare que la collaboration soit abordée en bande dessinée . Mais pas seulement en bd , c'est souvent le cas dans tous les genres, on parle plus souvent de résistance à l'occupant que de collaboration(même si c'est un peu moins le cas aujourd'hui que dans les années 60 à 80 ). Traiter de collaboration équivaut à faire resurgir dans les mémoires la période la plus noire de l'histoire de France. L'occupation, la collaboration,la participation française à la déportation des Juifs sont restées durant une longue période des "sujets tabous". Aujourd'hui encore ces faits peuvent embarrasser certaines personnes. Joseph Joanovici est une personnalité qui a été accusée de collaboration , c'est donc un personnage controversé de l'histoire de France et c'est sans doute pour cela que cette série est intéressante à lire et je dirai même vivement conseillée (par moi même , la plupart des posteurs de ce site et même par la revue Historia). Comme le rappelle Fabien Nury Joanovici a quand même aidé la résistance mais malheureusement il avait profité de l'occupation pour s'enrichir(comme beaucoup d'autres). Cette série jette un pavé dans la mare car elle peut faire comprendre aux lecteurs qu'à cette époque il était difficile de choisir son camp et de survivre. Henri Lafont (le chef de la Carlingue , surnom de la Gestapo française) a dit à un de ces avocats qu'il avait choisi la Gestapo car il ne connaissait pas de résistants et qu'il ne savait pas ce que c'était. C'est sans doute pour cela que ce thème est encore aujourd'hui difficile à aborder car si la situation se reproduisait est ce que tous les Français choisiraient le "bon camp"? La série écrite par l'excellent scénariste qu'est Fabien Nury est vraiment une réussite car elle nous permet de retourner dans cette France d'avant, pendant et d'aprés guerre avec toutes ces horreurs qu'elle a pu connaître , comme la collaboration, la déportation , l'épuration. Il mêle l'histoire à la fiction avec brio, je pense en particulier aux scènes qui mettent en présence Joanovici au docteur Pétiot , elles sont absolument ahurissantes ( je ne suis pas sûr que ces deux personnages se soient plusieurs fois croisés , en tout cas je ne l'ai vu écrit nulle part, dans ce que j'ai lu bien sûr). En ce qui concerne le dessin je ne pense pas qu'un autre style de dessin aurait aussi bien collé à l'histoire que celui de Sylvain Vallée. Les personnages sont tous d'un réalisme impressionnant. Comment faire autrement que de conseiller la lecture et même l'achat de cette magnifique série qui n'est rien d'autre à mon sens qu'un remarquable travail de mémoire sur une période troublée et que tous doivent connaître.
Le Réseau Bombyce
1h40 en semaine, la nuit… CETTE nuit… Plus un bruit dans ma rue, tout le monde semble endormi… Alors que je devrais l’être également depuis longtemps, la curiosité d’ouvrir la belle intégrale du Réseau Bombyce obsède mes pensées… J’y trouve beaucoup de similitudes… Dans ce Bordeaux intemporel aux accents industriels de début de XXème siècle, Eustache et Mouche, deux montes-en-l ’air discrets et doués, profitent de la sérénité de leur ville pour y commettre des larcins via un système de câblage unique reliant les bâtiments entre eux. Malheureusement ce qu’ils sont sur le point de trouver va leur ramener plus d’ennuis que de monnaie trébuchante en poche.. Un film interdit où de respectables notables s’adonnent au viol collectif sur des demoiselles d’une autre classe sociale avant de les achever dans la plus vaine cruauté… Dès lors les deux compagnons n’auront de cesse d’échapper à un complot tentaculaire qui va bouleverser leurs vies respectives. Le réseau Bombyce, comme la « rousse », cette police locale les surnomme, va devoir jouer serré pour déjouer les pièges tendus par un nombre incalculable de prédateurs quitte à faire ressurgir le passé et remettre leurs propres convictions en jeu … Difficile d’en dire davantage sans déflorer un scénario original mais clairement basé sur le désespoir d’une lutte inégale. Ce qu’il faut retenir de cette aventure concocté par le doué Cecil adoubé par un Corbeyran pas encore très connu et reconnu pour l’époque de sa parution initiale, c’est la force d’un récit qui vous happe dans un univers inédit, imaginaire et merveilleux mais qui s’effrite dès qu’on en relève les porosités et autres vices cachés. Le duo inhabituel du grand farfadet romantique, Eustache et du petit nain mutilé, Mouche fait justement… mouche. Les dialogues sont ciselés au couteau pour nous faire apprécier un énième buddy movie avec des personnages charismatiques auquel tout peut arriver, l’action comme l’inattendu sous des relents de violence mal maitrisés. On peut ressortir éprouvé de cette lecture qui ne laisse peu de chance au hasard tout comme au destin inéluctable de cette guerre sociale et sombre. Ce mélange de sentiments, d’action et de vengeance s’articule dans un univers steampunk suggéré et omniprésent mais jamais pesant pour le lecteur. Corbeyran ayant quitté l’aventure à l’issue du second tome pour des divergences diverses avec Cecil, ce dernier rectifie le tir d’une histoire partie pour s’étaler en offrant un dernier opus qui règle les comptes, soulève quelques surprises et en profite pour parfaire ses dessins, ses couleurs et une histoire qu’il inscrit dans le marbre. Car il est impossible de refermer le bouquin sans y repenser un seul moment, charmé ou horrifié de tant de péripéties qui sont finalement uniques au 9ème art. Œuvre malade ou amputée pour certains ou parfait coup de cœur graphique et narratif, le réseau Bombyce ne laisse personne indifférent et c’est bien là tout sa force. Un bel ouvrage définitif que j’aurais pu facilement zapper et qui peut rester dispensable mais qui a tout à fait sa place dans ma collection et que je ne regrette pas un moment d’avoir lu. Une seconde lecture approfondira ce ressenti, un ressenti digne du Peter Pan de Loisel et qui en fait une œuvre contrariée, peut-être, vivante et cruelle surement. A recommander sans hésitations, il est grand temps pour moi de me coucher dans l’espoir de retrouver un peu de la magie et de la poésie macabre du réseau Bombyce dans des ouvrages de cette qualité… Finalement terriblement humain et pas formaté…
Watchmen
Une "série" qui nous fait voir les super héros sous un jour différent. Le scénario est plutôt sombre, addictif mais surtout très bien ficelé. Nous voilà devant une sorte d'enquète policière au déroulement atypique puisque menée sous la forme d'une alternance de moments passés et présents. Chaque personnage y joue un role prépondérant et ils possèdent tous une psychologie propre et recherchée. Le thème colle bien avec l'actualité de l'époque (milieu des années 80), cette peur de l'apocalypse nucléaire en pleine guerre froide qui traduit une sorte de sentiment de malaise que l'on ressent souvent dans les oeuvres de Moore. Le seul défaut réside pour moi dans les dessins qui ne s'avèrent au demeurant pas mauvais mais d'un style assez vieillot et avec des couleurs beaucoup trop "flashy" à mon goût. Bref, nous voilà devant une histoire de super héros aussi époustouflante que peu banale et comme seul Alan Moore sait les écrire. Un ensemble qui aurait pu atteindre la perfection si les dessins avaient été à la hauteur de ce scénario tout simplement génial du début à la fin.