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Habibi

Note: 3.53/5
(3.53/5 pour 19 avis)

Au fil de ce grand récit tour à tour onirique, érudit et sensuel, dans une capiteuse atmosphère orientale digne des Mille et Une Nuits, Craig Thompson livre un travail graphique d’une impressionnante sophistication, traversé par de multiples réminiscences issues des traditions sacrées chrétiennes et musulmanes.


Esclavage Gros albums Il y a 10 ans... Les prix lecteurs BDTheque 2011 Spiritualité et religion

Vendue à un scribe alors qu’elle vient tout juste de quitter l’enfance, puis éduquée par celui-ci, une très jeune femme voit son mari assassiné sous ses yeux par des voleurs. Elle parvient pourtant à leur échapper et trouve refuge sur une improbable épave de bateau échoué en plein désert, en compagnie d’un enfant nommé Habibi. Ensemble, dans des décors souvent nimbés de magie, ils vont grandir et vivre leur vie au sein de cet étrange endroit, en s’efforçant autant que possible de se protéger de la violence et de la dureté du monde, au rythme des contes, histoires, mythes et légendes racontés par la jeune femme… Texte : Editeur.

Scénariste
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 26 Octobre 2011
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Habibi

01/12/2011 | Alix
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L'avatar du posteur ThePatrick

Le dessin de Craig Thompson dans cet album est véritablement superbe. Non seulement dans l'ornementation ciselée de chacune de ces pages, mais aussi plus généralement dans son trait, que je ne pourrai que qualifier d'extrêmement sensuel, quel qu'en soit le sujet. Une fois ce point de vénération établi, que m'a raconté Habibi ? Eh bien cet album ne m'a pas raconté une histoire, mais plutôt une juxtaposition d'histoires. Si les histoires de Dodola et Zam - car même là il y a plusieurs histoires - traversent l'album de part en part, se croisant, divergeant, se recroisant puis se rejoignant, de nombreuses autres histoires faisant souvent référence au Coran ou à la Bible viennent s'y greffer. On y trouvera aussi quelques contes et légendes, et un certain nombre de passage traitant d'ésotérisme, concernant les nombres et carrés magiques, la calligraphie ou plus fondamentalement la mystique religieuse. Ayant plutôt un penchant agnostique (et au vu des noeuds au cerveau que la religion donne ici je m'en félicite), cette partie ésotérique n'a présenté aucun intérêt pour moi, s'avérant même pénible, et de mon point de vue stérile et vaine, et ce malgré une véritable beauté graphique. Au-delà de l'ésotérisme, l'aspect religieux est assez présent. L'aspect culturel aussi, les deux étant parfois difficilement distinguables, liés qu'ils sont au sein de la tradition. Et pourtant on n'apprendra à peu près rien sur l'Islam, ou alors je dormais les yeux ouverts lors de ces passages. Autre histoire encore, celle de l'appropriation des ressources rares et précieuses - en l'occurrence l'eau. Et enfin, dans un registre voisin, la destruction de l'environnement et ses conséquences sur la vie pour l'Homme. La thématique est certes intéressante et d'actualité (!), mais elle est pour moi arrivée un peu comme un cheveu sur la soupe en fin d'album. Au milieu de tout ce méli-mélo, la sexualité est omniprésente. Physique (surtout) ou spirituelle (un peu), elle prend beaucoup de formes. Souvent peu ragoûtantes, d'ailleurs. Relations pédophiles, prostitution consentie ou forcée, viols, absence de consentement à un point tel qu'on ne pense même pas que la femme peut avoir un avis sur le sujet (il faut attendre la page 440 pour que Zam demande à Dodola si elle est d'accord pour qu'il la déshabille alors même qu'elle est très mal en point), la liste est longue. Et le dessin, magnifique et très sensuel y compris sur ces scènes parfois pénibles prend alors bien souvent un goût teinté d'amertume. Au final, je ne suis pas convaincu par le fait que cet album parte dans plein de directions et manque donc vraiment d'unité. Utiliser 660 pages pour raconter quelque chose dont on ne se souviendra pas, était-ce vraiment le meilleur choix ? Je ne suis pas non plus très attiré par de nombreux aspects de la sexualité qui me paraissent carrément malsains, ou présentés maladroitement. Je pense pour ce dernier point au choix des eunuques que croise Zam. Les questions du choix et de ses raisons, de la sexualité physique et spirituelle, et de l'écart entre la réalité de la chose et "l'idéal" sont intéressantes, mais finalement juste survolées. Et bien sûr je me suis juste profondément ennuyé lors des passages ésotériques. Le machin qui se fait des noeuds au cerveau pour ne rien dire. Dans le même registre, From Hell et en particulier son chapitre 4, avait une tout autre portée... Cela étant, graphiquement c'est magnifique, et il s'agit là d'une lecture riche. Note réelle : 2,5 / 5.

08/06/2021 (modifier)
Par Tourenne
Note: 2/5

Après la délicatesse de Blankets, j'ai gardé un goût amer suite à cette lecture. Trop... Voilà. Trop dense, et pourtant trop éparse, trop glauque... Je n'arrive pas à me gargariser avec les pires noirceurs de l'humanité. Les illustrations en noir et blanc sont pour autant magnifiques, et cette focale sur les religions monothéistes intéressante.

03/10/2014 (modifier)
Par bab
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Dernière œuvre fleuve de Craig Thompson qui ne laisse pas indiffèrent. Et ce ne sont pas les avis ci dessous qui vont me faire dire le contraire…. Graphiquement, on retrouve le style qui caractérise maintenant l’auteur avec sa maitrise du noir et blanc qui va grandissant au fil de ses albums et des années qui passent. Le travail est tel que certaines planches de ce roman me laissent en extase pendant plusieurs minutes et Dieu sait que ce n’est pas facile vu le poids du bouquin. On est dans du Thompson pur jus et moi je trouve ça beau. Côté scénario, c’est assez déstabilisant. D’abord parce que je n’ai pas su me situer dans le temps : contemporain ou 50 ans en arrière ? Et puis au fil de la lecture, j’ai laissé tomber, car un conte n’a pas de repère temporel. En 600 pages, Graig Thompson aborde un peu tout ce qui lui tient à cœur. Ça fait beaucoup, mais pour moi, le liant à fonctionné. Peut-être pas aussi bien que pour un Blanket, mais j’ai lu Habibi sans rechigner, ni m’embêter. Scénaristiquement peut-être pas le meilleur de Thompson, mais graphiquement il n’a jamais été aussi bon.

06/03/2013 (modifier)
Par Gaston
Note: 3/5
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2.5 Encore une lecture qui me déçoit et où je ne suis pas sûr de savoir si j'aime ou non. Il y a des choses que j'ai aimées et d'autres que je n'ai pas aimées. Tout d'abord, je précise que je n'ai aucun problème pour lire les longues histoires, mais il faut que ça soit passionnant. Ici, je trouve que l'auteur aurait très bien pu couper certains passages et vers la fin j'en avais un peu marre de cette histoire d'amour mettant en vedettes deux personnages que je ne trouve pas attachants. Le symbolisme présent dans l'album ne m'a pas du tout intéressé et j'ai trouvé certaines informations inutiles au récit. Est-ce que j'avais vraiment besoin de savoir ce que disent certains passages de livres religieux ? Et puis pourquoi vers le 3/4 de l'ouvrage on tombe dans l'époque moderne ? Je pensais que l'action se passait dans le passé. Enfin, il y a quand même des trucs pas mal et la mise en scène est souvent bien faite. Le dessin de Thompson est toujours aussi excellent et dynamique. Cela permet de lire l'album sans trop de problèmes même lorsque je trouvais un passage ennuyeux.

22/11/2012 (modifier)
Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Blue boy

Après le superbe Blankets, je n’imaginais pas que Craig Thompson puisse faire mieux… et pourtant c’est le cas avec cet autre pavé, encore plus épais (665 pages). Si pour moi Blankets représente l’archétype du roman graphique, je dirais qu’avec Habibi, Thompson a inventé la formule idéale du « roman graphique picaresque ». Que dire, c’est tout simplement époustouflant, tant au niveau de l’histoire que du graphisme, encore plus poussé. L’auteur s’est littéralement surpassé, son trait élégant semble avoir fusionné avec l’Art islamique traditionnel, intégrant un luxe incroyable de détails (on reste abasourdi devant ces frises et motifs orientaux qui n’ont clairement pas été trafiqués par ordinateur). La mise en page est toujours surprenante et souligne judicieusement le contexte. C’est du grand art, et une fois encore, le noir et blanc se suffit largement à lui-même. L’histoire est complexe, alternant flashbacks, références bibliques et coraniques, évocation des légendes et poèmes orientaux, digressions sur la calligraphie arabe et ses aspects symboliques, avec des ouvertures vers la science et l’ésotérisme. Mais Thompson réussit pourtant, par une alchimie subtile, à faire tenir tout ça debout. Certes on ne rentre pas dans cette histoire comme dans un moulin, et il m’a fallu moi-même quelques pages pour m’habituer à ce mode de récit, mais une fois passé le cap, quel délice ! Il s’agit d’un conte épique et débridé, où l’auteur ne s’interdit aucun thème ni aucune représentation. Entre Blankets et Habibi, le lieu de l’action (Midwest américain et terre orientale indéfinie) et le genre (autobiographie et conte) diffèrent, mais on y retrouve les mêmes questionnements philosophiques et religieux, sur l’amour, le couple et la sexualité. Et malgré les nombreuses références à la religion, il n’y a aucune trace de bigoterie dans cette démarche : l’humour et les scènes de sexe (parfois tendres et sensuelles, parfois dures et rebutantes) viennent souvent équilibrer le propos. S’ajoutent à cela des préoccupations écologiques qui contemporanisent l’ouvrage. Si ce récit à la fois actuel et intemporel recèle un message humaniste de portée universelle, il est aussi un très bel hommage à la civilisation arabe, où l’auteur nous fait apprécier la beauté et la subtilité de son art, notamment la calligraphie qui tient une place très importante tout au long du livre. Il faudrait plusieurs lectures pour en absorber toute la richesse, mais en ce qui me concerne, ma vision d’occidental lambda en a été indéniablement modifiée, et il a fallu que ce soit grâce à un Américain ! Cette culture, malgré sa proximité géographique avec l’Europe, reste au final assez méconnue et toujours en proie aux préjugés. Et cela ne s’applique pas seulement à l’électorat perméable aux discours racistes. Craig Thompson a vraiment placé la barre très haut avec cet Habibi, qui pour moi tient à la fois du chef d’œuvre et du coup de cœur.

14/10/2012 (modifier)
Par PAco
Note: 2/5
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J'avoue que j'attendais beaucoup de cette lecture et que du coup ma déception est à la hauteur de celle-ci, d'où ma note peut-être sévère aux yeux de certains. C'est avec "Habibi" que je découvre le travail de Craig Thompson. Et vu les avis plutôt élogieux que j'avais vu passer, mon goût prononcé pour les romans graphiques, je m'étais dit que cette BD devrait me plaire. Raté... Si le graphisme et le travail de recherche sont considérables pour construire ce pavé de plus de 600 pages, je n'en ai pas moins ressenti un ennui grandissant au fil de ma lecture. J'ai été gêné par la multitude de messages que Thompson voulait faire passer. Sa vision de l'islam mise en perspective avec les deux autres grandes religions monothéistes prédominantes ; sa critique du monde moderne et de notre société de consommation ; l'égoïsme des gens ; sa vision des hommes par rapport aux femmes... Tout ça fait beaucoup de choses entremêlées qui au final se diluent l'une l'autre et perdent un peu le lecteur dans un nombre de pages trop important. J'ai par moment commencé à m'ennuyer ; le rythme ne tient pas la longueur. Thompson a beau vouloir jouer avec les codes du conte et du mystique, j'ai trouvé qu'il en faisait un peu trop. Dommage car son trait est magnifique et sa maîtrise du noir & blanc impressionnante. Reste qu'il faut pour produire une bonne BD savoir emmener TOUS les lecteurs à bon port, et ne pas en perdre en route dans le désert des messages et des symboles trop nombreux.

08/10/2012 (modifier)
Par Erik
Note: 4/5
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J'attendais depuis longtemps une autre oeuvre de Craig Thompson. Il faut dire que Blankets - Manteau de neige fut l'une de mes toutes premières lectures dans le roman graphique. J'avais beaucoup apprécié son talent de conteur. Après des années d'attente, voici Habibi qui nous libre une histoire totalement différente même si l'amour reste le thème central. Habibi est presque une révolution ultime: celle des sens, de la calligraphie qui épouse avec merveille le dessin au rythme d'un royaume imaginaire sorti des mille et une nuits. C'est le Moyen-Orient dans toute sa splendeur et sa décadence. On voit à l'horizon les problèmes de pollution qu'engendre une urbanisation à outrance. Il y a également le problème du traitement des eaux et de sa rareté. On pouvait craindre l'enlisement au bout de 600 pages. Ce fut tout le contraire ! C'est un récit qui monte en puissance pour nous délivrer d'un message au-delà des religions. Une œuvre forte et encore une belle réussite qui donne ses lettres de noblesse à la bande dessinée. De belles trouvailles graphiques avec un trait sombre, nerveux et puissant. On atteint presque le chef d'oeuvre annoncé avec un message fort et une conclusion idéale.

23/09/2012 (modifier)

A l'instar de notre ami cac, je trouverais un peu salaud de ma part de mettre la note fatidique de 1/5, car je dois reconnaitre que le graphisme en noir et blanc est somptueux, et que j'ai réussi à lire assez facilement ce pavé jusqu'au bout. Cependant, je n'ai pas trop apprécié cette lecture... Mon premier grief envers cet ouvrage, c'est que je ne vois pas trop où l'auteur veut en venir... Histoire d'amour complexe ? Critique de la société de consommation effrénée ? Ouvrage ésotérique ??? J'ai trouvé que le mélange n'était pas si habile que ça, et j'ai parfois été un peu perdu dans les nombreux flash-backs moi aussi. Au début, je pensais trouver un ouvrage intéressant sur les nombreux points communs entre le Coran et l'Ancien Testament, mais non, tout est un peu mélangé, et je n'ai pas retrouvé la logique de la structure du récit que la table des matières initiale semblait suggérer. Je n'ai pas trop aimé le caractère un peu uchronique de cet ouvrage. Au début, on pense être dans des temps anciens, moyen-âgeux peut-être, mais finalement non, puisque l'on a de nombreux témoignages de l'époque moderne et de sa technologie. Cela a majoré mon déboussolement qui était déjà important. Il existe également une désorientation spatiale : dans quel lieu l'histoire se situe-t-elle ?? Hormis le fait qu'elle se situe visiblement dans un pays arabe, on n'en sait pas plus. Secundo, j'aime les lectures divertissantes... et cet ouvrage m'a un peu mis mal à l'aise... La faute à la relation quasi-incestueuse entre les principaux personnages, aux troubles identitaires de Zam, aux nombreux viols que subit Dodola, à la folie pure et écoeurante du pêcheur du bidonville, et à l'image très fréquente et pesante de la mort. Bref, malgré un travail manifeste au niveau graphique et au niveau théologique, je ne vois pas trop pourquoi on fait tout un foin autour de cet ouvrage. Je n'ai pas vu clairement où l'auteur voulait m'emmener et il m'a en fait carrément égaré. (147 - Trophée "Le lecteur de comics")

24/07/2012 (modifier)
Par herve
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur herve

Ce pavé, car il n'y a pas d'autre mot pour nommer ce livre, m'attendait dans ma bibliothèque depuis plus de 6 mois. Il faut, un , du courage pour s'y attaquer, et deux, du temps , beaucoup de temps pour venir à bout de ses 670 pages ! Alors je me suis lancé et puis je n'ai pas laché ce livre, hop ! une lecture presque d'une traite. Pff! tout d'abord il faut souligner le travail d'orfèvre de Graig Thompson. Le dessin est magnifique, les calligraphies superbes; cela ne m'étonne pas qu'il ait mis 6 ans je crois, à batir cette oeuvre, pour ne pas dire ce chef d'oeuvre. Enfin, le scénario est habile, fin et surtout très bien construit, très bien huilé derrière un désordre apparent. En mélant le Coran, l'Ancien testament, et les époques (sommes nous à l'époque des milles et une nuit ou alors à l'ére industrielle?), Graigh Thompson nous fait voyager dans le temps, dans l'espace mais essentiellement nous fait voyager tout court avec le destin de ces 2 enfants,Dodola et Zam. Certes, le récit est dur (les sévices imposés à Dodola), parfois drôle (le changement d'eau en or) mais surtout prenant. A lire d'urgence.

07/06/2012 (modifier)

Après la lecture de ce chef d’œuvre, je fus bloqué, incapable d’écrire le moindre avis tant il me semblait que tout ce qui pourrait être écrit sur cet opus serait futile, incomplet et ne saurait rendre hommage à l’œuvre. Alors j’ai relu, la relecture fut encore plus agréable, comme si on découvrait certaines saveurs qui nous avaient échappé dans un premier temps. De bombe assourdissante en lecture initiale, l’opus se couvrait de miel, ce qui devenait nettement plus digeste pour tenter de faire partager cette expérience narrative. Tout au long des pages vont se mêler trois thèmes principaux. L’amour tout d’abord, thème majeur et perpétuel fil d’Ariane du récit, le soufisme ensuite qui se verra très largement représenté, aussi bien dans sa partie mystique que dans une inspiration graphique, l’écologie enfin comme vecteur de l’évolution humaine des relations sociales. Cet étrange mélange se construit dans la déclinaison mystique du carré magique issu de l’analyse numérique en base 10 chère à nombre d’amateurs ésotériques à l’époque médiévale. Ce carré magique connu dès le VIIème siècle par les mathématiciens arabes l’apprenant en Inde, repris au cours du temps pour trouver une signification magique au XIIeme siècle. Et voici pourquoi je parle de soufisme et non d’islam au sens plus large, cet opus est rempli de la logique soufi de distinction entre l’aspect extérieur apparent et l’aspect intérieur caché. Nos protagonistes sont toujours en quête de se mettre en état de comprendre cet aspect mystique sacré. Et là nous arrivons dans le pur soufisme et cette croyance que Mahomet avait reçu en même temps que le Coran des révélations ésotériques qu’il n’aurait partagées qu’avec quelques compagnons… De fait présenter cet opus comme une recherche sur l’Islam me semble erroné, il s’agit plus à mon sens de monter ce chemin entre Eros et Agape (concept très chrétien) par le biais de la culture soufi, l’important résidant dans le cheminement du rapport au corps et à l’amour de nos deux héros illustrés dans des extraits coraniques et leurs interprétations. Au premier degré le récit nous parle de la difficile condition de deux orphelins tous deux contraints de vendre leur corps pour survivre. S’attachant l’un à l’autre ils développeront des relations de protection mutuelle évoluant d’un mère-fils à un homme-femme unis. Le tout se fait au milieu d’une civilisation traditionnelle arabe présentant à terme une conscience écologique contemporaine en montrant les conséquences de l’appropriation des ressources naturelles par une logique capitaliste et les conséquences de la focalisation de l’attention sur le « palais de cristal » (Cf Peter Sloterdijk) en omettant toute la périphérie nécessaire qui tente simplement de survivre. A ce niveau le récit paraitra certainement un peu trop conte de fées, mais cela reste du bon roman. Mais la lecture de l’évolution de la relation amoureuse de nos deux héros me semble nettement plus intéressante et riche. Il y a tout d’abord cette découverte de la sexualité, brutale pour elle, inhibée pour lui. Celle-ci s’accompagne par cette recherche du caché à l’intérieur de l’apparent, par le biais de la mise en parallèle des sagesses coraniques. A ce propos la majeure partie des mythes repris figurent dans les trois monothéismes et ne sont pas spécifiques au Coran. La mise en branle poétique se fait par le graphisme envoutant et la mystique soufi qui permet de sortir d’une condition matérielle pour rêver à l’immatériel et transcender un contexte. Toute la violence, tout le besoin tous les questionnements se mêlent dans une frise infinie. Puis vient la séparation, chacun suit sa route en se rappelant de cet éros initial un peu tabou encore. Les tribulations sont une fois encore soumises au principe d’initiation des choses cachées et trouvent un sens poétique là où il n’est que misère au premier degré. Les retrouvailles sont tragiques, car elles signifient pour les deux protagonistes la fin de l’Eros pur rêvé car souillé par le réel. Pourtant, par la découverte d’une relation non physique ils parviendront à ce don mutuel d’Agape qui sera explosion des sens bien au-delà d’un simple rapport physique. Question de vie et de mort, rapport à l’autre, tout ce qui nourrit l’amour sera exploré dans des conditions extrêmes pour finir par solidifier ce couple qui a la fin du récit démarrera enfin sa relation consentie amoureuse dans toutes ses conséquences et non sur le simple côté sensuel. Chaque planche est un poème, chaque partie, une évolution ciselée, l’auteur ne fait pas de la reproduction, il donne un sens graphique au contenu des réflexions de ses personnages. La perpétuelle recherche de Dieu se retrouve dans les multiples fresques du récit. L’ensemble forme donc un tout cohérent et sublime, message d’amour universel. Il en profite pour dénoncer au passage l’exploitation de ressources naturelles par des capitaux au détriment des hommes. Du fond à la forme cet opus se dévore, le lecteur pourra toujours trouver ce qui lui parlera tant le discours est multiple. Romanesque, poétique, symbolique, politique, graphique, mystique, didactique, fantastique, initiatique, Habibi est tout cela à la fois pour le plus grand plaisir du lecteur qui tient là un authentique chef d’œuvre. (500)

23/05/2012 (modifier)