« Shrimp » nouvelle série sur les piles B.D. des librairies dont les auteurs sont à mettre aux côtés des Sfar, Trondheim, Larcenet et Cie, et je n’exagère aucunement le grand talent dont ils font preuve dans ce premier opus, qui fait partie de mes grandes découvertes de ce début d’année. Comme avec l’autre bande de joyeux drilles les auteurs nous proposent une histoire décalée, qui tient la route et qui garde une trame totalement fluide et logique.
On est en plein dans de la S.-F. à tendance humoristique où l'humour n’est pas présent constamment et à chaque case certes, il se révèle souvent subtil, on le trouve dans une situation ou dans un détail du décor, une expression, une réplique, etc. on aurait plus tendance à sourire tout du long qu’à s’esclaffer.
Je ne sais pas ce que nous réservent Matthieu Donk (d’après son idée originale, et c’est peu dire) et Benjamin d’Aoust, mais je ne peux imaginer être déçue par la suite, ça me semble de l’ordre de l’impossible. Le récit est foutrement original (justement) entre voyage dans l’espace et cuisine aux crustacés, voici une vraie trouvaille délirante aux personnages hyper attachants.
Prévue en deux tomes seulement (sniff) j'espère qu'ils feront une suite histoire de rester le plus longtemps possible dans cet univers cocasse à souhait.
Visuellement Mathieu Burniat a un style tout en simplicité mais suffisamment détaillé et surtout très expressif, en quelques coups de crayons bien posés il nous fait des gueules de chez gueules. Les couleurs sont sobres voire peut-être même un peu trop, jouant sur le contraste entre blanc, marron et noir ; additionnées d‘un peu de vert par ci, un peu de gris par là, une chouille de bleu et une pointe d’orangé. Le résultat est reposant et raffiné et surtout il met bien en valeur les personnages et les décors dans lesquels ils évoluent.
Tome 2
Graphiquement ce tome est dans la continuité du premier, même style, même colorisation, même qualité, c'est un plaisir.
Concernant le scénario l'histoire avance, pas très vite certes, elle a même tendance à partir un peu à droite à gauche, mais le récit étant bien barré dès le début ça passe parfaitement bien. L'humour est toujours présent et les personnages aussi attachants qu'auparavant, si ce n'est plus.
A noter un temps d'attente très réduit entre ces deux premiers tomes, j'espère que la suite viendra tout aussi vite.
Une nouvelle série découverte par BDtheque, qui est en passe de devenir ma source presque exclusive de découverte de nouvelles BD.
Bravo aux superbes dessins de Michel Plessix, pleins de rondeur, de détails amusants, à ses cases solidement construites et à ses belles mises en page, qui rendent un belle hommage à ce roman vieux d'un siècle et apparemment bien plus connu outre-Manche qu'ici.
Plessix parvient d'ailleurs à le renouveler et à nous rendre actuels, dans leurs attitudes et leur expression, ces personnages de la Belle Époque, fussent-ils incarnés par des animaux.
Nous suivons donc les aventures de Rat et Taupe, deux sympathiques vieux garçons à l'anglaise, et de leurs amis Loutre et Crapaud. Les anecdotes plaisantes se suivent au fil des saisons, le fil conducteur étant fourni par Crapaud et sa passion de la vitesse, qui entraîne régulièrement toute la bande dans des péripéties heureusement sans grande gravité.
Peut-être suis-je un peu âgé pour goûter le plaisir simple d'un album qui ressemble à une suite d'illustrations, et pour m'attacher entièrement à ces personnages conçus pour un public d'enfants.
Mais je reconnais la qualité de l'adaptation, la fluidité de la transcription du roman en BD et j'apprécie, une nouvelle fois, ces dessins magnifiques et emplis de poésie, où la nature sous toutes ses formes est un personnage en soi.
Un 3,5 qui deviendra peut être un 4 à la relecture.
Encore un album découvert grâce à BDtheque et à son astucieux système de comparaison avec les autres inscrits.
Et cette fois ci, contrairement à quelques autres, la satisfaction est globalement au rendez-vous. Mon 3/5 est proche d'un 3,5/5. J'ai passé un bon moment de lecture. Je n'ai pas boudé mon plaisir. Mais je ne mettrai pas 4.
Cet hommage assumé au comte de Monte-Cristo est bien monté, bien rodé. Le scénario ne laisse rien au hasard. C'est presque trop professionnel : les rebondissements sont à la page où on les attend, presque prévisibles une fois qu'on a compris la mécanique générale de l'histoire, les 3 ou 4 scènes dénudées obligatoires sont toutes là, à intervalles hygiéniquement respectés. On a l'impression d'assister à l'exercice d'école d'un étudiant en BD particulièrement brillant, qui aurait bien étudié tout son Van Hamme. Je ne lance pas le nom au hasard et les ressemblances (jusqu'au choix d'une histoire en deux tomes !) ne sont sans doute pas fortuites : Yves Sente est le continuateur de Van Hamme sur la série Thorgal, dont le premier dessinateur fut Grzegorz Rosinski, dessinateur de la Vengeance du comte Skarbek...
Malgré tout, le charme opère, même si quelques faiblesses dans le déroulement du procès ou quelques passages dialogués un peu confus m'ont fait tiquer. L'histoire aurait sans doute gagné à occuper une vingtaine de pages de plus, pour laisser les personnages s'installer davantage, ouvrir quelques fausses pistes et masquer sous davantage de chair le squelette de l'intrigue.
Un mot sur le dessin, superbe, souple, jouant sur les contrastes de lumière et de couleur, mais qui peut dérouter les amateurs de ligne claire. On retrouve le Rosinski peintre, que laissent deviner les somptueuses couvertures de Thorgal.
Bref, un coup de cœur, oui. Mais pas un récit inoubliable. Un bon moment, une lecture à recommander. Mais à lire dans le même esprit de détente amusée que lorsqu'on aborde un Largo Winch.
Cela fait maintenant de nombreuses années que je ne lis plus de comics de super héros, en fait depuis les « Strange » de mon adolescence. Toutefois, j’ai toujours gardé une affection particulière pour Batman, surement parce que justement il ne possède pas de pouvoir particulier, et qu’il est peut-être le plus humain des héros costumés. Je dois dire aussi que la trilogie cinématographique de Nolan a beaucoup aidé dans mon regain d’intérêt pour ce personnage.
La belle réédition de Urban comics à un prix raisonnable, a fini de me convaincre d’acheter cette genèse de Batman, scénarisé par Frank Miller. Et je dois dire que les premières pages m’ont littéralement happé, grâce à une narration d’une fluidité et d’une sobriété redoutable. La force du récit captive rapidement, le parallèle entre le retour de Bruce Wayne et les premiers pas de Gordon dans la ville tentaculaire de Gotham City est parfaitement scénarisé.
Les doutes et questionnements de ces deux personnages charismatiques, leurs rencontres et leurs évolutions donnent une force incroyable à ce récit, difficile de décrocher une fois lancé dans ses pages. On découvre également les premiers pas d’une certaine Catwoman, qui se révèle d’ailleurs assez surprenante.
Thriller psychologique noir et haletant, ce récit initiatique est une petite pépite qui donne envie de se pencher davantage sur les aventures du chevalier noir.
Petit moment de magie et d'irréalité : (re)lire le Peter Pan de Loisel calé au coin du feu...
Est-ce le temps pluvieux du moment ou le besoin de replonger dans quelque fantastique "classique" série qui peuple ma bibliothèque qui me guida dans ce choix ? Toujours est-il que je me retrouvais nez au vent, dans les venelles lugubres et sordides du Londres de cette fin de XIXe siècle, période que j'affectionne particulièrement.
Car c'est ça la magie d'une très bonne BD ; que dis-je, d'une BD culte ! Même déjà lue, on sait qu'à la relecture, même les années ayant passé, le plaisir sera toujours au rendez-vous ! Avec un peu de chance et en ayant été patient, on aura même "la chance" d'avoir oublié quelques scènes clés du scénario et quelques rebondissements...
C'est donc dans cet état d'esprit que je me suis attelé à cette relecture, confortablement installé, à goûter artificiellement la morsure du fog londonien en suivant les pas agiles de ce Peter et son talent de conteur. Et si Peter est doué pour faire rêver son jeune public à une mère idéalisée, Loisel n'est pas en reste question talent pour nous embarquer dans ses histoires. Car c'est ici en solo qu'il s'attaque à cette adaptation de "Peter Pan". Conte classique parmi les classiques, c'est le genre de morceau qui, même pour les plus grands, peut vite devenir indigeste et vous faire regretter ce choix.
Mais là, pas de citrate de betaïne à prévoir, Loisel en impose. D'une part il réussit le tour de force de nous retranscrire l'essence de ce conte merveilleux sur le rejet du monde adulte. Mais il se l'approprie pleinement pour en faire une œuvre à part et très personnelle. Le gnangnan disneyien n'a ici pas sa place et c'est la triste réalité du monde des hommes, des adultes et de leurs travers qu'il nous dépeint froidement et cruellement. Pour ça, le Londres fin XIXe est formidablement bien rendu ; les personnages et le quotidien qu'ils mènent sont criants de vie... et parfois de mort.
Et c'est au fil des pages de cette comédie humaine que le fantastique pointe petit à petit son nez pour nous pousser vers l'épique. C'est là que la fée Clochette fait irruption... Clé de voute entre ces deux mondes que tout oppose, c'est elle et son fichu caractère qui assurera le lien entre ces deux univers et les personnages de son entourage.
Sauf que la petite clochette peut aussi bien jouer la mignonnette que la fieffée (haha ! quel jeu de mot !) salope ! Et que sous ses airs de sainte nitouche, la Clochette n'est pas si droite que ça. Ses intérêts passent avant le reste, quitte à ce que certains sombrent dans le pourcentage de pertes autorisées que toute bonne série BD doit savoir gérer avec parcimonie...
Peter avance, découvre un nouvel univers et se découvre par la même occasion. Sauf qu'être chef et prendre des décisions, ce n'est pas toujours aussi facile qu'on le croit… Devenir Peter Pan n’advient pas à n’importe qui.
Graphiquement, y’a pas à dire c’est du Loisel. Original comme point de vue me direz-vous… Mais en même temps, que voulez y rajouter ? Son trait et sa façon de dessiner sont si personnels qu’on reconnaît sa patte au premier coup d’œil. Je rajouterai qu’il a toujours un sens de la narration impeccable et que ses compositions de planche sont toujours magnifiques à mes yeux. Bref : du tout bon !
Sans rentrer dans le détail des six albums qui constituent cette série, j'ai un faible pour le second "Opikanoba". L'ambiance retranscrite est palpable et la magie du lieu prenante. Mais à mes yeux, tous sont formidables et constituent un tout qu’on ne pourrait dissocier. Après, si certains trouvent la fin de cette série un peu bâclée, je n'ai pas du tout ce sentiment. Oui, certains points restent sans réponse, mais bon... Est-ce bien grave ? L'essentiel est dans la magie et la force des personnages qui composent ce conte cruel. Après, comme dans la vie, chacun fait son petit bout de chemin, même si certains se perdent en cours de voyage.
Peter Pan ? Sans doute une des meilleures adaptation BD que j’ai l’occasion de lire à ce jour !
Et bien je le dis franchement, j’ai adoré.
Les éléments qui décevront sans doute une partie du lectorat sont passés, de mon côté, comme une lettre à la poste. Le récit est un excellent moment de divertissement, avec de l’action, des rebondissements et tous ces éléments qui font d’une histoire – somme toute archi connue – très réussie. D’aucuns diront que c’est poussif et que le récit présente des très grosses ficelles. Ok, mais si ça marche ?
Le côté graphique m’a un peu déboussolé au début. Je ne voyais pas ce genre de dessin associé à ce genre de récit. Et puis, au fil des planches, la lecture est de plus en plus prenante et le trait est rapidement adopté.
Une vraie réussite, un bon vent de fraicheur dans mes lectures. Un coup de coeur!
Ce sont les différents avis très positifs postés sur ce présent site qui m’ont donné l’envie de découvrir « Le Singe de Hartlepool ». Après lecture, je confirme tout le bien que les autres bédéphiles ont relevé sur cette bande dessinée.
« Le Singe de Hartlepool » est une histoire extrêmement loufoque qui s’est réellement déroulée au début du XIXème siècle pendant le règne de Napoléon 1er. Je ne vous raconterai pas davantage la trame de cette aventure. Sachez toutefois que ce récit nous conte la bêtise humaine dans toute sa splendeur ! A la décharge des protagonistes qui ont participé à cette anecdote, l’époque à laquelle se déroulait cette histoire n’était pas du tout propice à une belle information et par conséquent, la population n’était pas aussi instruite que nous le sommes de nos jours mais… quand même ! Je tombe des nues !
Vu son thème, cette histoire aurait pu être racontée d’une manière dramatique mais le scénariste nous la présente finalement avec des moments assez comiques grâce à la présence de personnages enfantins. Ce choix de la part de Wilfrid Lupano est assez justifié car ça dédramatise le récit sans pour autant que ça soit hilarant et ça nous permet de suivre les péripéties des principaux protagonistes avec intérêt et avec plaisirs malgré tout. Au final, le lecteur se retrouvera face à une histoire dynamique et très intéressante à suivre, bien aidée par le bon coup de crayon de Jérémie Moreau.
Je trouve que le style de ce dessinateur se rapproche énormément de David François, auteur de « De Briques & de Sang ». C’est un coup de patte qui j’apprécie beaucoup parce qu’il m’apparaît personnel et très expressif, ces qualités vont –à mon avis- très bien avec ce récit riche en scènes muettes. En plus, la narration m’est apparue irréprochable : je n’y ai ressenti aucun ennui de lecture et aucune incompréhension à son feuilletage. La mise en couleurs ne souffre d’aucun défaut, elle s’accroche avec efficacité à l’intensité dramatique de chaque scène.
« Le Singe de Hartlepool » est une anecdote historique telle que je les aime : intéressante historiquement et reflet des mœurs de l’époque. C’est le genre de récit qui peut être mis en avant dans un programme scolaire afin de nous faire comprendre à quel point l’homme peut en arriver à se ridiculiser et peut nous permettre à travers son exemple de mieux nous « comporter » si nous nous retrouvons devant ce même genre de situation à l’avenir. Cette bande dessinée s’inscrit dans la même veine que le one shot « Malet » de Nicolas Juncker qui utilise une anecdote pour nous plonger dans un passage de notre histoire avec gravité, humour et intérêt.
Bref, une réussite !
Le jour où j’ai appris que la série L'Autre Monde reprenait j’ai pensé à un canular, un blague de mauvais goût, et même en constatant la véracité de l’info, en regardant la couverture de ce premier tome je croyais avoir une hallucination, c’était trop beau pour être vrai.
Passé l’effet de surprise, la question que l’on se pose est de savoir si elle sera à la hauteur de la première histoire. Pour parer à une éventuelle déception, j’ai estimé que d’avoir le premier cycle est déjà un cadeau des dieux, alors si le second est moins bon, finalement peu importe. Et je vous rassure, tout va bien. Cette « suite » qui peut se lire tout à fait indépendamment de l’autre, est toutefois un petit moins originale mais mon plaisir de lecture a été similairement le même. Similairement car sa colorisation est un poil en dessous, tout comme celle de L'héritage d'Emilie, ce qui n’est pas le cas de Mary la Noire, disons que c'est moins fin, c'est léger mais étant une adoratrice de Florence Magnin ça m'a tout de suite sauté aux yeux. Cela dit ce n’est pas bien grave car ça reste infiniment beau.
Le scénario comme je l’ai dit il est un peu moins original ou disons moins surprenant. Il reprend le thème des vampires, avec un clin d’œil au fameux conte du « Joueur de flûte », un personnage de la Mort, fort drôle par ailleurs, le tout agrémenté d’une petite histoire d’amour, bien évidemment. Le mélange est bien construit et j’ai adoré. D’ailleurs la touche humoristique est je crois plus présente que dans le cycle précédent.
Suite et fin
Déjà j'ai été un peu moins emballée à la relecture du premier tome, ma première lecture étant sans doute encore un peu éclaboussée par l’originalité du premier cycle. Mais ce qui m'a nettement moins plu dans ce second tome, c'est l'étalage et l'enfilade de thèmes mythologiques, ainsi qu'une une chute qui à la façon d'un miroir est l’exact reflet du premier cycle mais inversé, on ne regarde plus le ciel mais le sous-sol. Pour l'originalité donc on repassera. Et puis tout commence mal qui finit bien, pas de surprise non plus de ce côté-là.
Le graphisme est de même qualité que le premier tome, il y a aussi quelques très jolies planches.
Ça se lit toutefois agréablement. Achat réservé aux fans des auteurs.
Je serais aussi enthousiaste que la plupart des précédents posteurs pour vanter les mérites de cette magnifique série. Il est clair que la grande majorité des avis postés avant le mien ont fait l'éloge de cette histoire policière sur fond de guerre des tranchées et en ont dit l'essentiel.
L'histoire est assez originale : un officier, ancien policier dans le civil et gendarme dans l'armée, se retrouve envoyé sur le front durant le premier hiver de la Première Guerre Mondiale, pour résoudre une bien étrange affaire , plusieurs femmes sont retrouvées assassinées dans les tranchées en première ligne.
Ceci le pousse à approcher une escouade de très jeunes soldats qui sont tous d'anciens délinquants, étrange n'est-ce pas ?
L'idée de départ m'a tout de suite fait penser au film La Nuit des Généraux mais avec des différences bien sûr car l'action se passait en Pologne durant la Seconde Guerre Mondiale.
C'était alors un officier allemand (joué par Omar Shariff) qui enquête sur le meurtre d'une prostituée dont l'assassin, d'après un témoin, serait un général allemand.
Bien sûr l'action de cette bd ne se déroule pas durant le même conflit, mais la trame pouvait paraître assez proche, puis finalement on s'aperçoit le long de notre lecture que l'on n'est pas du tout dans le même genre d'enquête .
Notre "gendarme" se doute bien que nos jeunes soldats de l'unité de Peyrac (qu'il a connu dans le civil) sont sans doute impliqués dans ces meurtres (même si ce sont plus des délinquants que des tueurs en série), mais à quel point, mais surtout lequel d'entre eux en particulier.
En ce qui concerne le contexte historique on ne peut qu'être admiratif sur le travail effectué par les auteurs. Maël et Kris réussissent à replonger le lecteur avec brio dans le plus meurtrier des conflits (en pertes militaires) que la France ait connu.
La terreur sur le visage des poilus est palpable tout au long de notre lecture. De plus il nous fait revivre toute la noirceur de cette guerre en nous dessinant magnifiquement un paysage dévasté par " Le Feu " comme le dirait si bien Henri Barbusse.
Les scènes se déroulent souvent de nuit, sous la pluie, ce qui renforce encore plus le sentiment d'horreur qui peut apparaître dans une guerre de cette ampleur.
Les scènes de combat sont époustouflantes et d'un réalisme rare.
Durant mon cursus universitaire j'ai eu l'occasion d'étudier la Première Guerre Mondiale et j'avoue que j'ai été conquis par le réalisme de ce récit, car on y retrouve de nombreuses anecdotes qui ont pu être racontées par les contemporains de cette guerre. On peut citer les insultes entre les soldats français et allemands d'une tranchée à l'autre, mais aussi l'utilisation "d'appâts "par les deux camps comme le signale le caporal Peyrac, le lynchage de deux gendarmes, le refus de certains combattants de retourner au combat et j'en passe.
Pour en venir au dessin, il est tout simplement très réussi et il nous permet de rentrer au coeur du récit et de nous inciter à dévorer les quatre tomes d'une seule traite.
Je ne peux donc que conseiller l'achat ou en tout cas la lecture de cette série qui nous replonge dans un conflit monstrueux qui malheureusement est encore ancré dans nos mémoires.
La recette est classique et connue de tous…
Un looser, une existence morne et puis un choix. Un choix crucial ou manifeste tentant d’améliorer son quotidien ou de réparer certaines choses…
Ed Brubaker nous rappelle dans Criminal comment il est facile de basculer dans l’illégalité, le vol, les meurtres ou essayer simplement de s’extraire de situations facheuses…
On a peut-être tous connu ça également dans notre existence. Un coup de foudre pour une belle inconnue, la facilité de profiter d’une situation, d’aller un cran trop loin puis de vouloir tout résoudre dans l’urgence…
Je vous souhaite sincèrement de ne pas vivre les évènements sombres que subissent les protagonistes de Criminal mais de vous délecter de leurs aventures parfaitement mises en scène par Brubaker et Philips.
A base d’actes crapuleux, de femmes fatales et de trahisons, ces portraits de gangsters se révèlent particulièrement jouissifs à suivre et à lire comme n’importe quel roman noir captivant.
Chaque tome pose une histoire pouvant être lue comme un one shot mais utilisant de multiples connections avec d’autres personnages à l’instar du travail de Frank Miller dans Sin City, le fantastique en moins et l’immersion réaliste en plus.
Ce qui rend ces gens tour à tour humains ou monstrueux, c’est la narration toute en souplesse et qui gagne en intérêt au fur et à mesure de la lecture et de l’appréhension générale de l’environnement.
La lecture devient donc ludique au fur et à mesure que les chapitres se succèdent en faisant se succèder un voleur prudent mais lache, une famille de brutes sanguinaires et un veuf pas si irréprochable. L’appât du gain ne constitue pas seulement la toison d’or de ces « hommes ordinaires » mais également l’espoir d’un monde idéal où une relation sensuelle n’est jamais à exclure.
Le trait réaliste et accessible de Philips (apprécié dans 7 psychopathes mais moins dans Marvel Zombies) aide à l’identification d’un cadre aussi attirant que glauque. La voix off propre aux vieux polars restitue une ambiance unique et on est vite alpagué dans un monde violent et accrocheur.
Criminal constitue une référence accessible et de qualité qui devrait toucher beaucoup d’amateurs et mériterait une adaptation cinématographique. Ce mélange de gueules cassées et de pinups mérite amplement que l’on s’y intéresse et donne diablement envie de voir les autres travaux de ce tandem.
Classique mais chaudement recommandé et recommandable !
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« Shrimp » nouvelle série sur les piles B.D. des librairies dont les auteurs sont à mettre aux côtés des Sfar, Trondheim, Larcenet et Cie, et je n’exagère aucunement le grand talent dont ils font preuve dans ce premier opus, qui fait partie de mes grandes découvertes de ce début d’année. Comme avec l’autre bande de joyeux drilles les auteurs nous proposent une histoire décalée, qui tient la route et qui garde une trame totalement fluide et logique. On est en plein dans de la S.-F. à tendance humoristique où l'humour n’est pas présent constamment et à chaque case certes, il se révèle souvent subtil, on le trouve dans une situation ou dans un détail du décor, une expression, une réplique, etc. on aurait plus tendance à sourire tout du long qu’à s’esclaffer. Je ne sais pas ce que nous réservent Matthieu Donk (d’après son idée originale, et c’est peu dire) et Benjamin d’Aoust, mais je ne peux imaginer être déçue par la suite, ça me semble de l’ordre de l’impossible. Le récit est foutrement original (justement) entre voyage dans l’espace et cuisine aux crustacés, voici une vraie trouvaille délirante aux personnages hyper attachants. Prévue en deux tomes seulement (sniff) j'espère qu'ils feront une suite histoire de rester le plus longtemps possible dans cet univers cocasse à souhait. Visuellement Mathieu Burniat a un style tout en simplicité mais suffisamment détaillé et surtout très expressif, en quelques coups de crayons bien posés il nous fait des gueules de chez gueules. Les couleurs sont sobres voire peut-être même un peu trop, jouant sur le contraste entre blanc, marron et noir ; additionnées d‘un peu de vert par ci, un peu de gris par là, une chouille de bleu et une pointe d’orangé. Le résultat est reposant et raffiné et surtout il met bien en valeur les personnages et les décors dans lesquels ils évoluent. Tome 2 Graphiquement ce tome est dans la continuité du premier, même style, même colorisation, même qualité, c'est un plaisir. Concernant le scénario l'histoire avance, pas très vite certes, elle a même tendance à partir un peu à droite à gauche, mais le récit étant bien barré dès le début ça passe parfaitement bien. L'humour est toujours présent et les personnages aussi attachants qu'auparavant, si ce n'est plus. A noter un temps d'attente très réduit entre ces deux premiers tomes, j'espère que la suite viendra tout aussi vite.
Le Vent dans les Saules
Une nouvelle série découverte par BDtheque, qui est en passe de devenir ma source presque exclusive de découverte de nouvelles BD. Bravo aux superbes dessins de Michel Plessix, pleins de rondeur, de détails amusants, à ses cases solidement construites et à ses belles mises en page, qui rendent un belle hommage à ce roman vieux d'un siècle et apparemment bien plus connu outre-Manche qu'ici. Plessix parvient d'ailleurs à le renouveler et à nous rendre actuels, dans leurs attitudes et leur expression, ces personnages de la Belle Époque, fussent-ils incarnés par des animaux. Nous suivons donc les aventures de Rat et Taupe, deux sympathiques vieux garçons à l'anglaise, et de leurs amis Loutre et Crapaud. Les anecdotes plaisantes se suivent au fil des saisons, le fil conducteur étant fourni par Crapaud et sa passion de la vitesse, qui entraîne régulièrement toute la bande dans des péripéties heureusement sans grande gravité. Peut-être suis-je un peu âgé pour goûter le plaisir simple d'un album qui ressemble à une suite d'illustrations, et pour m'attacher entièrement à ces personnages conçus pour un public d'enfants. Mais je reconnais la qualité de l'adaptation, la fluidité de la transcription du roman en BD et j'apprécie, une nouvelle fois, ces dessins magnifiques et emplis de poésie, où la nature sous toutes ses formes est un personnage en soi. Un 3,5 qui deviendra peut être un 4 à la relecture.
La Vengeance du Comte Skarbek
Encore un album découvert grâce à BDtheque et à son astucieux système de comparaison avec les autres inscrits. Et cette fois ci, contrairement à quelques autres, la satisfaction est globalement au rendez-vous. Mon 3/5 est proche d'un 3,5/5. J'ai passé un bon moment de lecture. Je n'ai pas boudé mon plaisir. Mais je ne mettrai pas 4. Cet hommage assumé au comte de Monte-Cristo est bien monté, bien rodé. Le scénario ne laisse rien au hasard. C'est presque trop professionnel : les rebondissements sont à la page où on les attend, presque prévisibles une fois qu'on a compris la mécanique générale de l'histoire, les 3 ou 4 scènes dénudées obligatoires sont toutes là, à intervalles hygiéniquement respectés. On a l'impression d'assister à l'exercice d'école d'un étudiant en BD particulièrement brillant, qui aurait bien étudié tout son Van Hamme. Je ne lance pas le nom au hasard et les ressemblances (jusqu'au choix d'une histoire en deux tomes !) ne sont sans doute pas fortuites : Yves Sente est le continuateur de Van Hamme sur la série Thorgal, dont le premier dessinateur fut Grzegorz Rosinski, dessinateur de la Vengeance du comte Skarbek... Malgré tout, le charme opère, même si quelques faiblesses dans le déroulement du procès ou quelques passages dialogués un peu confus m'ont fait tiquer. L'histoire aurait sans doute gagné à occuper une vingtaine de pages de plus, pour laisser les personnages s'installer davantage, ouvrir quelques fausses pistes et masquer sous davantage de chair le squelette de l'intrigue. Un mot sur le dessin, superbe, souple, jouant sur les contrastes de lumière et de couleur, mais qui peut dérouter les amateurs de ligne claire. On retrouve le Rosinski peintre, que laissent deviner les somptueuses couvertures de Thorgal. Bref, un coup de cœur, oui. Mais pas un récit inoubliable. Un bon moment, une lecture à recommander. Mais à lire dans le même esprit de détente amusée que lorsqu'on aborde un Largo Winch.
Batman - Année Un (Year One)
Cela fait maintenant de nombreuses années que je ne lis plus de comics de super héros, en fait depuis les « Strange » de mon adolescence. Toutefois, j’ai toujours gardé une affection particulière pour Batman, surement parce que justement il ne possède pas de pouvoir particulier, et qu’il est peut-être le plus humain des héros costumés. Je dois dire aussi que la trilogie cinématographique de Nolan a beaucoup aidé dans mon regain d’intérêt pour ce personnage. La belle réédition de Urban comics à un prix raisonnable, a fini de me convaincre d’acheter cette genèse de Batman, scénarisé par Frank Miller. Et je dois dire que les premières pages m’ont littéralement happé, grâce à une narration d’une fluidité et d’une sobriété redoutable. La force du récit captive rapidement, le parallèle entre le retour de Bruce Wayne et les premiers pas de Gordon dans la ville tentaculaire de Gotham City est parfaitement scénarisé. Les doutes et questionnements de ces deux personnages charismatiques, leurs rencontres et leurs évolutions donnent une force incroyable à ce récit, difficile de décrocher une fois lancé dans ses pages. On découvre également les premiers pas d’une certaine Catwoman, qui se révèle d’ailleurs assez surprenante. Thriller psychologique noir et haletant, ce récit initiatique est une petite pépite qui donne envie de se pencher davantage sur les aventures du chevalier noir.
Peter Pan
Petit moment de magie et d'irréalité : (re)lire le Peter Pan de Loisel calé au coin du feu... Est-ce le temps pluvieux du moment ou le besoin de replonger dans quelque fantastique "classique" série qui peuple ma bibliothèque qui me guida dans ce choix ? Toujours est-il que je me retrouvais nez au vent, dans les venelles lugubres et sordides du Londres de cette fin de XIXe siècle, période que j'affectionne particulièrement. Car c'est ça la magie d'une très bonne BD ; que dis-je, d'une BD culte ! Même déjà lue, on sait qu'à la relecture, même les années ayant passé, le plaisir sera toujours au rendez-vous ! Avec un peu de chance et en ayant été patient, on aura même "la chance" d'avoir oublié quelques scènes clés du scénario et quelques rebondissements... C'est donc dans cet état d'esprit que je me suis attelé à cette relecture, confortablement installé, à goûter artificiellement la morsure du fog londonien en suivant les pas agiles de ce Peter et son talent de conteur. Et si Peter est doué pour faire rêver son jeune public à une mère idéalisée, Loisel n'est pas en reste question talent pour nous embarquer dans ses histoires. Car c'est ici en solo qu'il s'attaque à cette adaptation de "Peter Pan". Conte classique parmi les classiques, c'est le genre de morceau qui, même pour les plus grands, peut vite devenir indigeste et vous faire regretter ce choix. Mais là, pas de citrate de betaïne à prévoir, Loisel en impose. D'une part il réussit le tour de force de nous retranscrire l'essence de ce conte merveilleux sur le rejet du monde adulte. Mais il se l'approprie pleinement pour en faire une œuvre à part et très personnelle. Le gnangnan disneyien n'a ici pas sa place et c'est la triste réalité du monde des hommes, des adultes et de leurs travers qu'il nous dépeint froidement et cruellement. Pour ça, le Londres fin XIXe est formidablement bien rendu ; les personnages et le quotidien qu'ils mènent sont criants de vie... et parfois de mort. Et c'est au fil des pages de cette comédie humaine que le fantastique pointe petit à petit son nez pour nous pousser vers l'épique. C'est là que la fée Clochette fait irruption... Clé de voute entre ces deux mondes que tout oppose, c'est elle et son fichu caractère qui assurera le lien entre ces deux univers et les personnages de son entourage. Sauf que la petite clochette peut aussi bien jouer la mignonnette que la fieffée (haha ! quel jeu de mot !) salope ! Et que sous ses airs de sainte nitouche, la Clochette n'est pas si droite que ça. Ses intérêts passent avant le reste, quitte à ce que certains sombrent dans le pourcentage de pertes autorisées que toute bonne série BD doit savoir gérer avec parcimonie... Peter avance, découvre un nouvel univers et se découvre par la même occasion. Sauf qu'être chef et prendre des décisions, ce n'est pas toujours aussi facile qu'on le croit… Devenir Peter Pan n’advient pas à n’importe qui. Graphiquement, y’a pas à dire c’est du Loisel. Original comme point de vue me direz-vous… Mais en même temps, que voulez y rajouter ? Son trait et sa façon de dessiner sont si personnels qu’on reconnaît sa patte au premier coup d’œil. Je rajouterai qu’il a toujours un sens de la narration impeccable et que ses compositions de planche sont toujours magnifiques à mes yeux. Bref : du tout bon ! Sans rentrer dans le détail des six albums qui constituent cette série, j'ai un faible pour le second "Opikanoba". L'ambiance retranscrite est palpable et la magie du lieu prenante. Mais à mes yeux, tous sont formidables et constituent un tout qu’on ne pourrait dissocier. Après, si certains trouvent la fin de cette série un peu bâclée, je n'ai pas du tout ce sentiment. Oui, certains points restent sans réponse, mais bon... Est-ce bien grave ? L'essentiel est dans la magie et la force des personnages qui composent ce conte cruel. Après, comme dans la vie, chacun fait son petit bout de chemin, même si certains se perdent en cours de voyage. Peter Pan ? Sans doute une des meilleures adaptation BD que j’ai l’occasion de lire à ce jour !
La Grande Odalisque
Et bien je le dis franchement, j’ai adoré. Les éléments qui décevront sans doute une partie du lectorat sont passés, de mon côté, comme une lettre à la poste. Le récit est un excellent moment de divertissement, avec de l’action, des rebondissements et tous ces éléments qui font d’une histoire – somme toute archi connue – très réussie. D’aucuns diront que c’est poussif et que le récit présente des très grosses ficelles. Ok, mais si ça marche ? Le côté graphique m’a un peu déboussolé au début. Je ne voyais pas ce genre de dessin associé à ce genre de récit. Et puis, au fil des planches, la lecture est de plus en plus prenante et le trait est rapidement adopté. Une vraie réussite, un bon vent de fraicheur dans mes lectures. Un coup de coeur!
Le Singe de Hartlepool
Ce sont les différents avis très positifs postés sur ce présent site qui m’ont donné l’envie de découvrir « Le Singe de Hartlepool ». Après lecture, je confirme tout le bien que les autres bédéphiles ont relevé sur cette bande dessinée. « Le Singe de Hartlepool » est une histoire extrêmement loufoque qui s’est réellement déroulée au début du XIXème siècle pendant le règne de Napoléon 1er. Je ne vous raconterai pas davantage la trame de cette aventure. Sachez toutefois que ce récit nous conte la bêtise humaine dans toute sa splendeur ! A la décharge des protagonistes qui ont participé à cette anecdote, l’époque à laquelle se déroulait cette histoire n’était pas du tout propice à une belle information et par conséquent, la population n’était pas aussi instruite que nous le sommes de nos jours mais… quand même ! Je tombe des nues ! Vu son thème, cette histoire aurait pu être racontée d’une manière dramatique mais le scénariste nous la présente finalement avec des moments assez comiques grâce à la présence de personnages enfantins. Ce choix de la part de Wilfrid Lupano est assez justifié car ça dédramatise le récit sans pour autant que ça soit hilarant et ça nous permet de suivre les péripéties des principaux protagonistes avec intérêt et avec plaisirs malgré tout. Au final, le lecteur se retrouvera face à une histoire dynamique et très intéressante à suivre, bien aidée par le bon coup de crayon de Jérémie Moreau. Je trouve que le style de ce dessinateur se rapproche énormément de David François, auteur de « De Briques & de Sang ». C’est un coup de patte qui j’apprécie beaucoup parce qu’il m’apparaît personnel et très expressif, ces qualités vont –à mon avis- très bien avec ce récit riche en scènes muettes. En plus, la narration m’est apparue irréprochable : je n’y ai ressenti aucun ennui de lecture et aucune incompréhension à son feuilletage. La mise en couleurs ne souffre d’aucun défaut, elle s’accroche avec efficacité à l’intensité dramatique de chaque scène. « Le Singe de Hartlepool » est une anecdote historique telle que je les aime : intéressante historiquement et reflet des mœurs de l’époque. C’est le genre de récit qui peut être mis en avant dans un programme scolaire afin de nous faire comprendre à quel point l’homme peut en arriver à se ridiculiser et peut nous permettre à travers son exemple de mieux nous « comporter » si nous nous retrouvons devant ce même genre de situation à l’avenir. Cette bande dessinée s’inscrit dans la même veine que le one shot « Malet » de Nicolas Juncker qui utilise une anecdote pour nous plonger dans un passage de notre histoire avec gravité, humour et intérêt. Bref, une réussite !
L'Autre Monde - Cycle 2
Le jour où j’ai appris que la série L'Autre Monde reprenait j’ai pensé à un canular, un blague de mauvais goût, et même en constatant la véracité de l’info, en regardant la couverture de ce premier tome je croyais avoir une hallucination, c’était trop beau pour être vrai. Passé l’effet de surprise, la question que l’on se pose est de savoir si elle sera à la hauteur de la première histoire. Pour parer à une éventuelle déception, j’ai estimé que d’avoir le premier cycle est déjà un cadeau des dieux, alors si le second est moins bon, finalement peu importe. Et je vous rassure, tout va bien. Cette « suite » qui peut se lire tout à fait indépendamment de l’autre, est toutefois un petit moins originale mais mon plaisir de lecture a été similairement le même. Similairement car sa colorisation est un poil en dessous, tout comme celle de L'héritage d'Emilie, ce qui n’est pas le cas de Mary la Noire, disons que c'est moins fin, c'est léger mais étant une adoratrice de Florence Magnin ça m'a tout de suite sauté aux yeux. Cela dit ce n’est pas bien grave car ça reste infiniment beau. Le scénario comme je l’ai dit il est un peu moins original ou disons moins surprenant. Il reprend le thème des vampires, avec un clin d’œil au fameux conte du « Joueur de flûte », un personnage de la Mort, fort drôle par ailleurs, le tout agrémenté d’une petite histoire d’amour, bien évidemment. Le mélange est bien construit et j’ai adoré. D’ailleurs la touche humoristique est je crois plus présente que dans le cycle précédent. Suite et fin Déjà j'ai été un peu moins emballée à la relecture du premier tome, ma première lecture étant sans doute encore un peu éclaboussée par l’originalité du premier cycle. Mais ce qui m'a nettement moins plu dans ce second tome, c'est l'étalage et l'enfilade de thèmes mythologiques, ainsi qu'une une chute qui à la façon d'un miroir est l’exact reflet du premier cycle mais inversé, on ne regarde plus le ciel mais le sous-sol. Pour l'originalité donc on repassera. Et puis tout commence mal qui finit bien, pas de surprise non plus de ce côté-là. Le graphisme est de même qualité que le premier tome, il y a aussi quelques très jolies planches. Ça se lit toutefois agréablement. Achat réservé aux fans des auteurs.
Notre Mère la Guerre
Je serais aussi enthousiaste que la plupart des précédents posteurs pour vanter les mérites de cette magnifique série. Il est clair que la grande majorité des avis postés avant le mien ont fait l'éloge de cette histoire policière sur fond de guerre des tranchées et en ont dit l'essentiel. L'histoire est assez originale : un officier, ancien policier dans le civil et gendarme dans l'armée, se retrouve envoyé sur le front durant le premier hiver de la Première Guerre Mondiale, pour résoudre une bien étrange affaire , plusieurs femmes sont retrouvées assassinées dans les tranchées en première ligne. Ceci le pousse à approcher une escouade de très jeunes soldats qui sont tous d'anciens délinquants, étrange n'est-ce pas ? L'idée de départ m'a tout de suite fait penser au film La Nuit des Généraux mais avec des différences bien sûr car l'action se passait en Pologne durant la Seconde Guerre Mondiale. C'était alors un officier allemand (joué par Omar Shariff) qui enquête sur le meurtre d'une prostituée dont l'assassin, d'après un témoin, serait un général allemand. Bien sûr l'action de cette bd ne se déroule pas durant le même conflit, mais la trame pouvait paraître assez proche, puis finalement on s'aperçoit le long de notre lecture que l'on n'est pas du tout dans le même genre d'enquête . Notre "gendarme" se doute bien que nos jeunes soldats de l'unité de Peyrac (qu'il a connu dans le civil) sont sans doute impliqués dans ces meurtres (même si ce sont plus des délinquants que des tueurs en série), mais à quel point, mais surtout lequel d'entre eux en particulier. En ce qui concerne le contexte historique on ne peut qu'être admiratif sur le travail effectué par les auteurs. Maël et Kris réussissent à replonger le lecteur avec brio dans le plus meurtrier des conflits (en pertes militaires) que la France ait connu. La terreur sur le visage des poilus est palpable tout au long de notre lecture. De plus il nous fait revivre toute la noirceur de cette guerre en nous dessinant magnifiquement un paysage dévasté par " Le Feu " comme le dirait si bien Henri Barbusse. Les scènes se déroulent souvent de nuit, sous la pluie, ce qui renforce encore plus le sentiment d'horreur qui peut apparaître dans une guerre de cette ampleur. Les scènes de combat sont époustouflantes et d'un réalisme rare. Durant mon cursus universitaire j'ai eu l'occasion d'étudier la Première Guerre Mondiale et j'avoue que j'ai été conquis par le réalisme de ce récit, car on y retrouve de nombreuses anecdotes qui ont pu être racontées par les contemporains de cette guerre. On peut citer les insultes entre les soldats français et allemands d'une tranchée à l'autre, mais aussi l'utilisation "d'appâts "par les deux camps comme le signale le caporal Peyrac, le lynchage de deux gendarmes, le refus de certains combattants de retourner au combat et j'en passe. Pour en venir au dessin, il est tout simplement très réussi et il nous permet de rentrer au coeur du récit et de nous inciter à dévorer les quatre tomes d'une seule traite. Je ne peux donc que conseiller l'achat ou en tout cas la lecture de cette série qui nous replonge dans un conflit monstrueux qui malheureusement est encore ancré dans nos mémoires.
Criminal
La recette est classique et connue de tous… Un looser, une existence morne et puis un choix. Un choix crucial ou manifeste tentant d’améliorer son quotidien ou de réparer certaines choses… Ed Brubaker nous rappelle dans Criminal comment il est facile de basculer dans l’illégalité, le vol, les meurtres ou essayer simplement de s’extraire de situations facheuses… On a peut-être tous connu ça également dans notre existence. Un coup de foudre pour une belle inconnue, la facilité de profiter d’une situation, d’aller un cran trop loin puis de vouloir tout résoudre dans l’urgence… Je vous souhaite sincèrement de ne pas vivre les évènements sombres que subissent les protagonistes de Criminal mais de vous délecter de leurs aventures parfaitement mises en scène par Brubaker et Philips. A base d’actes crapuleux, de femmes fatales et de trahisons, ces portraits de gangsters se révèlent particulièrement jouissifs à suivre et à lire comme n’importe quel roman noir captivant. Chaque tome pose une histoire pouvant être lue comme un one shot mais utilisant de multiples connections avec d’autres personnages à l’instar du travail de Frank Miller dans Sin City, le fantastique en moins et l’immersion réaliste en plus. Ce qui rend ces gens tour à tour humains ou monstrueux, c’est la narration toute en souplesse et qui gagne en intérêt au fur et à mesure de la lecture et de l’appréhension générale de l’environnement. La lecture devient donc ludique au fur et à mesure que les chapitres se succèdent en faisant se succèder un voleur prudent mais lache, une famille de brutes sanguinaires et un veuf pas si irréprochable. L’appât du gain ne constitue pas seulement la toison d’or de ces « hommes ordinaires » mais également l’espoir d’un monde idéal où une relation sensuelle n’est jamais à exclure. Le trait réaliste et accessible de Philips (apprécié dans 7 psychopathes mais moins dans Marvel Zombies) aide à l’identification d’un cadre aussi attirant que glauque. La voix off propre aux vieux polars restitue une ambiance unique et on est vite alpagué dans un monde violent et accrocheur. Criminal constitue une référence accessible et de qualité qui devrait toucher beaucoup d’amateurs et mériterait une adaptation cinématographique. Ce mélange de gueules cassées et de pinups mérite amplement que l’on s’y intéresse et donne diablement envie de voir les autres travaux de ce tandem. Classique mais chaudement recommandé et recommandable !