Un homme est mort

Note: 3.62/5
(3.62/5 pour 29 avis)

2007 : Prix du jury œcuménique de la bande dessinée. 2007 : Prix France Info de la Bande dessinée d’actualité et de reportage. 1950, la guerre est finie depuis cinq ans. De Brest il ne subsiste plus rien. Des bombardements massifs et des combats acharnés de presque un mois ont anéanti la ville, son port, son arsenal. Brest est un désert.


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1950, la guerre est finie depuis cinq ans. De Brest il ne subsiste plus rien. Des bombardements massifs et des combats acharnés de presque un mois ont anéanti la ville, son port, son arsenal. Brest est un désert. Il faut tout reconstruire. 1950, Brest est un immense chantier. De la ville fortifiée, aux ruelles étroites, une nouvelle ville va surgir, orthogonale, rectiligne, ordonnée, moderne, ce sera Brest-la-Blanche, qui deviendra très vite, Brest-la-grise. Des milliers d'ouvriers travaillent sur les chantiers. 1950. C'est la grève. Les chantiers sont immobilisés, les ouvriers de l'Arsenal rejoignent le mouvement. De violents affrontements surviennent lors des manifestations. Le 17 avril, le drame se produit. La police tire sur la foule, blessant plus de vingt personnes et tuant un homme. Édouard Mazé. Le lendemain, appelé par la CGT pour tourner un film sur le mouvement, René Vautier débarque clandestinement à Brest (il est alors recherché par la police suite à un premier film documentaire, Afrique 50, témoignage sans concessions du système colonial français d'après guerre). René arrive dans une ville en état de siège. Le lendemain, ont lieu les obsèques d'Édouard Mazé. Une foule immense, un peuple entier accompagnera son cercueil.

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 12 Octobre 2006
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Un homme est mort
Les notes (29)
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14/10/2006 | herve
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Par sloane
Note: 4/5
L'avatar du posteur sloane

Les grèves et autres mouvements sociaux n'ont que peu été traiter dans la bande dessinée et c'est donc avec un certain plaisir que j'ai découvert cette histoirequi c'est passé dans ma région au sortir de la guerre. A cette époque le Parti Communiste est une force politique avec laquelle il faut compter, on trouve en son sein de nombreux anciens résistants dont beaucoup ont payé leurs actions de leur vie. Quelques années après la guerre des dissensions idéologiques éclatent, notamment parce que le PC d'URSS et les cadres français s'enfoncent dans le stalinisme pur et dur. Je ne résumerais pas l'histoire, d'autres l'ont fait, mais s'il est vrai qu'un certain manichéisme se dégage de la lecture, je trouve qu'il faut, et ce qu'elle que soit la couleur politique des combattants, rendre un hommage à ces ouvriers, en fait à toute une population, qui se sont battus pour faire valoir leur droit. Et puis ce poème d'Eluard "adapté" par un ouvrier en colère possède une force incontestable qui donne à ce combat ses lettres de noblesse. Assurément à lire pour se replonger dans une époque et peut être en prendre de la graine.

25/09/2015 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Certes, on pourrait reprocher aux auteurs d’être de parti pris, et d’occulter le rôle qu’a pu jouer la CGT dans ce début de guerre froide (l’action se passe en 1950), alors que la direction du PC qui la contrôlait virait au stalinisme. Et donc de ne présenter que « le bon côté » de ses militants. Mais ce serait en fait à la fois injuste et une erreur. En effet, il n’est pas question ici des appareils dirigeants, mais de militants de base, souvent à la pointe de la résistance durant les années d’occupation – et qui faisaient face parfois en 1950 aux mêmes policiers qui les traquaient sous Vichy (au moment où la lutte contre les communistes prenait le pas sur toute autre considération) ! Et surtout, les auteurs donnent un éclairage signifiant avec en exergue un extrait d’ « Une histoire populaire des Etats-Unis », d’Howard Zinn. Ils suivent son exemple en choisissant les luttes populaires – victorieuses pour narrer l’histoire (ici d’une ville, Brest, au temps de la reconstruction). Ceci étant dit, c’est un bel album, qui se lit très bien, et qui rend vraiment un bel hommage au combat de ces hommes, de ces militants (qu’ils soient ouvriers ou documentariste). Et le dossier final, conséquent, est vraiment un réel plus, en présentant les faits et protagonistes à qui l’album redonne vie, mais aussi le travail des auteurs (documentation, croquis). Voilà un album à lire – et ce d’autant plus que de nos jours, la notion d’engagement, à la fois galvaudée et méprisée, aurait de bonnes raisons de se voir redonner ses lettres de noblesse.

01/04/2015 (modifier)
Par Chéreau
Note: 2/5

De Davodeau, j'avais beaucoup apprécié les Mauvaises gens. J'ai donc ouvert ce Un homme est mort, dont il n'est cette fois que dessinateur, avec un a priori positif mais l'ai refermé avec une certaine déception. Un bon point toutefois : avec ce récit de Kris, Davodeau continue ici d'explorer les sentiers les moins fréquentés de l'histoire et de la géographique française, en prenant pour cadre la ville de Brest quelques années après la fin de la 2e guerre mondiale. J'apprécie cette volonté d'aller porter son projecteur là où il ne semble y avoir, à première vue, que morne quotidien et pauvreté sans espoir. Des milliers d'ouvriers œuvrent pour de mauvais salaires et dans des conditions éprouvantes à redresser Brest rasée par les bombes. Lors d'une énième grève, la police fait feu sur les manifestants désarmés. Un homme reste à terre. Une victime de plus de la violence policière et patronale, vite tué, vite oublié. Oublié ? Pas cette fois-ci. Un cinéaste proche de la CGT, tout juste débarqué d'Irlande, a fait quelques images des émeutes. Il va en tirer un film court et poignant, ajoutant en guise de bande-son un poème d'Eluard intitulé "Un homme est mort", lu par lui d'abord puis par un ouvrier brestois. Transporté en camionnette, projeté sur un drap ou un coin de mur blanc, le film est vu, en quelques semaines, par tous les ouvriers de la ville... L'idée de base est passionnante. Mais Kris et Davodeau, emportés par leur admiration des grands combats populaires, lui réserve hélas un traitement bien trop naïf et manichéen. Tous les ouvriers sont ici de braves gens tous simples, enfantins et généreux. Patrons et policiers s'avèrent sans exception d'immondes brutes sans scrupules. Et la CGT des années 50, entre lutte nécessaire et embrigadement, peuplée de vieux briscards de la Résistance mais noyautée par Moscou, aurait mérité un traitement plus riche et nuancé que ce récit qui la résume à un rassemblement spontané d'aimables philanthropes. Malgré l'intérêt du tableau historique, ce simplisme boy-scout finit par lasser. Et on ferme l'album, hélas, avec une émotion refroidie.

09/06/2013 (modifier)
Par Superjé
Note: 3/5

Les syndicalistes, les grèves et autres mouvements sociaux ne sont pas des sujets que je trouve forcément très intéressant lorsqu'il sont abordés dans une œuvre. Mais ça ne m'étonne pas que Davodeau s'occupe de la partie graphique de cet album, on connait l'engagement de l'homme lorsqu'on a lu des album comme Les Mauvaises Gens ou Rural !. Autant le dire tout de suite, cette histoire ne m'a pas forcément accroché, je ne l'ai pas trouvé passionnante (encore une fois, peut-être à cause du sujet, mais aussi peut-être est-ce du au fait de regarder, plusieurs fois, un "film" au travers d'une BD), mais je reconnais que la fin est assez touchante. Le dessin de Davodeau, même s'il n'est pas virtuose, est, comme souvent, plutôt juste, en plus d'être relativement agréable à regarder. Pour ceux qui ont adoré, il faut aussi reconnaitre que le dossier à la fin de l'album est un bon complément (et la BD aura néanmoins le mérite de me donner envie de voir des films de René Vautier).

27/02/2013 (modifier)
Par Tomeke
Note: 3/5

Aidé de Kris, Étienne Davodeau continue son œuvre particulièrement engagée et sensible au combat syndical, après Les Mauvaises Gens. Si l'auteur a choisi une manifestation à Brest dans les années 50 pour exposer un combat de plusieurs années et une situation socio-politique des plus difficiles, j'ai un peu moins apprécié le ton employé par-ci par-là, bien que ceci soit un autre débat mais au final, cela influence mon avis. Pas mal, en effet, mais je me lasse tout doucement de ce genre d'albums et souhaiterais redécouvrir un album de Davodeau aussi "neutre et bon" que Les Ignorants.

27/07/2012 (modifier)
Par Blue boy
Note: 3/5
L'avatar du posteur Blue boy

Peu de gens ont en mémoire la grande grève qui a eu lieu à Brest en 1950 (et ce n’était pas mon cas avant la lecture de "Un homme est mort"). Tout en rendant hommage aux victimes de cette grève, cette BD raconte l’histoire d’un film documentaire par le cinéaste militant René Vautier, qui a à sa façon contribué à soutenir la lutte syndicale de ce mouvement négligé par l’Histoire officielle. Un petit film court et fragile au destin particulier que le monde ouvrier s’est approprié afin de faire entendre sa voix. L’histoire se situe donc entre la fiction et le documentaire (tous les personnages ont existé). A une époque où la guerre froide venait de succéder à la seconde guerre mondiale, où le mouvement communiste était à son apogée même si les méfaits de Staline commençaient à être connus, la répression des autorités extrêmement féroce n’entama en rien la détermination du peuple ouvrier brestois dans son combat pour de meilleurs salaires et contre l’injustice. Davodeau et Kris rendent un bel hommage aux protagonistes de cette lutte, on sent qu’il y a un gros travail de documentation derrière. De son coup de crayon élancé, Davodeau restitue avec sensibilité l’atmosphère et l’état d’esprit de ce mouvement populaire. La mise en couleur est élégante et les teintes rouges–sépia conviennent bien au récit. Et pourtant curieusement, même si je trouve la démarche éminemment sympathique et que j’ai eu du plaisir à lire cet ouvrage, je suis resté sur ma faim. Il manque quelque chose à cette histoire et j’ai du mal à l’expliquer. En fait, je me demande si le format de 63 pages est adapté à une histoire comme celle-ci, d’autant que Kris le scénariste dit avoir travaillé à ce projet pendant quatre ans ! Comme si la BD ne se suffisait pas à elle-même, une dizaine de pages de reportages et de témoignages accompagnés de photos succèdent au récit illustré (CQFD ?)… Pour le reste, je trouve ça très bien de publier ce genre de choses sur des événements que l’Histoire, la « grande », la « sérieuse », la bien-pensante, cherche à faire oublier, au même titre que la Commune ou plus récemment le combat des ouvriers de Lip à Besançon dans les années 70. A lire donc, pour tout homme ou toute femme de gauche qui se respecte.

21/05/2011 (MAJ le 21/05/2011) (modifier)
Par MONTANE
Note: 4/5

Nous sommes dans les années 50 à Brest, une ville détruite par les bombardements de la seconde guerre mondiale ; tout est à reconstruire et les ouvriers sont à l'ouvrage. Mais ceux-ci sont mal payés, logés dans des barraquements de fortune et forcément face à un patronat qui fait la sourde oreille, le seul moyen de se faire entendre est la grève. A l'occasion d'une de ces journées de protestation, un syndicaliste CGT est tué. Ses collègues se demandent alors comment lui rendre hommage. La solution trouvée ? Faire appel à un cinéaste pour réaliser un film sur "les luttes syndicales". Celui-ci réalisera un film poignant où la bande son sera un poème de Paul Eluard. Davodeau réalise une plongée dans la France ouvrière d'après guerre dans laquelle le Parti communiste disposait d'une réelle influence. Il dessine une belle histoire, non pas tant sur le mouvement ouvrier en tant que tel, mais sur la manière de lui rendre hommage, et la manière dont ce mouvement se percoit et est mis en valeur par l'image. Le texte est présent dans les cases de Davodeau quand la chose est nécessaire, absent lorsque les images parlent d'elles-même. Les auteurs réussissent à nous faire ressentir l'émotion qui habite ces ouvriers qui contemplent la mort de l'un des leurs et se voit rendre un hommage inattendu. Une narration très moderne de la part de Kris qui s'est déjà illustré avec Bailly chez le même éditeur. En ce qui concerne Davodeau, son talent de dessinateur me parait somme toute très relatif, mais s'avère toutefois suffisant pour mettre en image cette belle histoire militante. A lire pour les amateurs de politique et de belles histoires.

22/04/2011 (modifier)
Par Pasukare
Note: 2/5
L'avatar du posteur Pasukare

Mouais, bof. Je ne peux nier le côté pédagogique de la chose avec son rôle de mémoire de faits qui se sont déroulés en ce début des années 50, mais j’avoue ne pas avoir été emballée par ma lecture. A ma décharge (ou à ma charge, selon le point de vue), je n’avais pas fait gaffe que c’était du documentaire avant de l’emprunter et je me serais sans doute abstenue dans ce cas, car je ne lis pas vraiment de la BD pour m’instruire (ou alors sur des cultures différentes de la mienne, ce qui me permet de me dépayser en même temps) mais pour me divertir. En plus on a en plein milieu d’album cette répétition sans fin de la projection du film (qui m’a permis de passer plus vite puisque je savais déjà ce qu’on allait lire et voir) à tous les groupes de travailleurs du coin, alors oui, ça s’est passé comme ça dans les faits, mais à lire c’est lourd… Par dessus le marché je ne suis pas spécialement fan du trait de Davodeau, que j’ai découvert pour la première fois il y a peu en lisant « Lulu Femme Nue » et ici il ne me convainc pas plus. Pas pour moi.

05/08/2010 (modifier)
Par cac
Note: 4/5

Un homme est mort est l'archétype de la bande dessinée « de militant » ou comment retracer les faits divers historiques, autrement appelée bande dessinée du réel par Kris en fin d'ouvrage. Etienne Davodeau commence à en faire sa spécialité. Le sujet de l'album traite ainsi de la mort d'un homme tué par la police dans une manifestation de travailleurs qui réclamaient des meilleures conditions. On se situe à Brest au début des années 50 après une guerre qui a ravagé la ville, méconnaissable. Un jeune cinéaste va venir soutenir la lutte des ouvriers et diffuser le film qu'il vint réaliser sur ce combat avec les écrits d'Eluard en bande-son. L'ensemble est d'un bon niveau, agréable à lire sans tomber dans le pathos et d'une longueur bien dosée sur un sujet de base qui a dû faire une manchette dans le journal. Reste que le dossier en fin d'album est très intéressant et complet, on prend autant de temps à le lire que l'album lui-même voire plus. On y comprend de manière plus développée le contexte historique de la ville en reconstruction, les tensions et les grèves. Il y a également les témoignages d'un homme amputé suite à cette fameuse journée et celui du cinéaste René Vautier toujours aussi militant pour dénoncer les injustices. On comprend également la joie de Kris aux racines locales d'avoir pu mener à terme ce projet de mémoire inspiré de son grand-père auquel il rend hommage.

21/07/2010 (modifier)
Par GiZeus
Note: 4/5

Avant toute chose, il me faut révéler que ce one-shot m'a demandé deux lectures. Une première avec mes préjugés d'homme de droite, convaincu de l'exagération de certains faits et du manichéisme voulu, une seconde faisant abstraction de mes opinions. Entre ces deux lectures s'est passé quelque chose, non que j'ai changé de bord, mais j'ai lu sur le forum de ce site que les événements rapportés dans cet album étaient bel et bien authentiques et que les opinions des auteurs n'altéraient en rien la vérité. Il me faut également souligner que ma relecture étant peu espacée de la découverte, j'ai logiquement éprouvé moins de plaisir à relire ce très joli documentaire. Ce qui frappe d'entrée lorsqu'on ouvre cette BD, c'est tout d'abord le graphisme de Davodeau. Élégant, chaleureux, fluide sont les premiers mots qui me viennent à l'esprit pour le désigner. Il émane des planches une sorte de douceur mélancolique qui m'a captivé immédiatement. Concernant l'histoire à proprement parler, Kris et Davodeau ont eu l'intelligence et surtout le talent de romancer leur propos. L'introduction est vite mais proprement expédiée et l'on plonge rapidement dans le cœur du sujet. On découvre ainsi une galerie de personnages très attachants. Ma première lecture m'avait beaucoup gêné à cause de la redondance du terme camarade, de sorte que je m'écartais des personnages au lieu de m'en rapprocher. Cette difficulté mise à part, les personnages sont à l'image du dessin : chaleureux, expressifs. Et malgré la reprise de quelques éléments qui m'apparaissaient comme clichés (des communistes qui font grève, des ouvriers qui dénoncent les avantages des patrons...), je pense après coup que c'était un mal nécessaire, ne serait-ce que par souci de vérité historique. En plus les auteurs n'insistent pas sur ces éléments, c'est donc facilement oublié. Mais ce qui m'a le plus ému, ou ce qui m'aurait ému encore plus si j'avais levé mes barrières, est bien entendu le point culminant de ce documentaire, les projections du film, notamment l'interprétation libre de 'ti Zef qui demeure le moment fort de l'album. Au final, on se retrouve avec une œuvre engagée et sincèrement humaine. Même si ce que j'ai ressenti à ma première lecture (la plus riche en émotions) n'atteignait pas forcément ce 4 étoiles, il me semble juste d'attribuer une étoile supplémentaire à cet album qui le mérite amplement.

25/12/2009 (modifier)