Ouhhh la belle surprise que voilà ! Les auteurs de l'album Le Trop Grand Vide d'Alphonse Tabouret nous reviennent avec ce magnifique album très original qui m'a rappelé les beaux livres de conte de mon enfance.
Avec "Rat et les animaux moches" nous suivons le destin de Rat qui, ne supportant plus de se faire jeter de toutes les maisons malgré les efforts faits pour se faire accepter, finit par fuir. Il cherche longtemps de ville en ville et finit par arriver dans un drôle d'endroit où se sont en fait réfugié toutes les créatures les plus étranges, moches et qui font peur. Araignée, Phasme, Scutigère, Bousier, Ver, pieuvre, Lamproie... Toutes ces créatures ont fui à cause du dégoût et de la peur qu'elles inspirent. Rat va donc s'installer avec toute cette ménagerie et commencer à réfléchir. Car si ici on les laisse tranquille, ce n'est pas non plus ce à quoi elles aspirent. Rat va donc chercher pour chacun une place où ils pourront être utile et appréciés pour leur qualité ou leur savoir-faire.
C'est tout simplement magnifique, très poétique et on se laisse porter par cette histoire comme lorsque enfant, bien calé sous la couette, nous écoutions nos parents nous lire un belle histoire mais qui fait un peu peur quand même. Le dessin de Jérôme d'Aviau est juste parfait pour illustrer ce récit malin et intelligent de Sibylline. Tout le monde a le droit à sa place, et c'est dans le mélange et l'échange que se révèle le meilleur de chacun. Voilà un bestiaire savoureux, véritable petit conte philosophique emprunt de poésie à mettre dans toutes les mains !
Avec cet album aussi instructif que drôle et bien raconté, Marion Montaigne nous permet de découvrir de l'intérieur, avec beaucoup d'humour et plein de détails aussi intéressants que savoureux, la carrière d'astronaute de Thomas Pesquet.
Devenir astronaute a toujours été mon rêve de gosse, et je continue à le voir comme un but ultime si j'avais un jour la chance d'y parvenir (on en sait jamais, hein ?). Mais d'une part Thomas Pesquet nous apprend que ce n'est pas franchement de la chance mais surtout énormément de travail et de dévouement. Mais aussi et surtout il casse grandement le mythe. Car autant il y a du grandiose dans ce que vit un astronaute, autant c'est aussi visiblement souvent... dégradant. Car l'homme n'est naturellement pas fait, physiquement parlant, pour aller dans l'espace. Et du coup, la préparation, l'entrainement et le résultat une fois dans l'espace sont... nettement moins romantiques qu'on peut les imaginer ou que les films américains nous les dépeignent.
J'ai appris énormément de choses à la lecture de cet album. Le parcours long et difficile pour avoir l'honneur d'être choisi pour une mission spatiale. Les anecdotes et traditions parfois étranges et amusantes des agences spatiales de tous les pays. Ce que les astronautes doivent endurer pour de vrai et que leurs interviews souriantes ne nous montrent pas. Et moi qui croyais m'y connaitre pas si mal en matière de missions spatiales, j'en ai découvert des aspects qui ont changé la vision que j'en avais.
Par exemple, j'étais surpris d'apprendre les heures de préparation nécessaires avant de pouvoir réaliser une sortie EVA. Je n'en savais rien. Je pensais qu'il suffisait d'enfiler la combinaison et de passer par le sas. Et pourtant, quand Marion Montaigne et Thomas Pesquet nous expliquent pourquoi c'est si compliqué, ça parait évident et logique quand on y réfléchit.
Et des informations aussi intéressantes et surprenantes, cet album en est rempli.
En plus de cela, Marion Montaigne est une véritable professionnelle de l'humour. Elle parsème son récit d'une multitude de gags percutants, bien vus et très drôles. Elle a parfaitement assimilé les informations transmises par Thomas Pesquet et a su à chaque fois les présenter sous un regard truculent et bien trouvé. Cela ne dénature pas le côté instructif du récit tout en apportant en permanence une légèreté et un côté décalé qui font qu'on s'instruit avec un grand sourire et même pas mal de vrais bons rires.
C'est un excellent album que je conseille sans hésiter !
Qui n’a toujours pas lu La ferme des animaux de George Orwell ? Court roman devenu un classique dénonçant le stalinisme et de façon plus générale les régimes totalitaires au travers d’une fable animalière où ces derniers après avoir renversé les humains qui les exploitaient, devenaient à leur tour les despotes de leurs congénères, l’oppressé d’hier devenant ironiquement l’oppresseur de demain.
Très clairement Le Château des animaux ne renient pas cette influence orwellienne et ce jusqu’à son introduction très similaire à quelques détails près : pour une raison inconnue les humains du château sont partis, laissant les animaux présents sur place à leur libre destinée, ceux-ci ayant très vite basculé dans un régime tyrannique qui ne dit pas son nom, à moins qu’il en est été ainsi depuis le début. Au sein de ce microcosme bestial, c’est la loi du plus fort qui règne en réalité : l’égalité n’est même plus une utopie, le partage des richesses n’est qu’un leurre, les valeurs d’entraide un mirage, tandis que la terreur règne au sein de la basse-cour. La masse composée des frêles lapins, canards, poules, moutons et autres vertébrés dociles, est dispersée. Faibles individuellement, ces derniers ne se rendent pas compte qu’ensemble en unissant leur volonté, ils peuvent déplacer des montagnes et pourquoi pas, renverser le joug implacable de celui qui incarne l’autorité, le « Duce », le taureau Silvio, entouré qu’il est de ses sbires, les chiens de garde du système, et du coq collabo figure du « vox princeps ». L’étincelle rallumant la flamme de l’indépendance viendra t-elle de l’oie Adélaïde, voix de la colère, d’Azelar le rat vagabond et séditieux, ou bien de Miss B la chatte mère-courage ?
Une histoire prenante, bien que n’ayant parcouru pour le moment que 24 pages du récit, pleine de passions et de dramaturgie. C’est peut être là que se joue la différence avec la fiction d’Orwell car là où La Ferme... se « limitait » un peu à l’allégorie politique, Xavier Dorison la poule aux œufs d’or de la bd franco-belge, romance tout cela en y injectant des personnages bien campés, classiques dans leur genre mais néanmoins efficaces et attachants, du drama, un bon sens du rythme, ainsi qu’une tonalité réaliste et violente à ne pas mettre entre toutes les pattes. Pour illustrer cette rébellion, c’est vers un jeune espoir que s’est tourné Dorison, en la personne de Félix Delep. Inconnu au bataillon, ce jeune artiste n’est pas pour autant un lapin de six semaines tant ses dessins impressionnent sur tous les aspects par leur maturité et la maîtrise qu’il s’en dégage. Un trait semi-réaliste absolument nickel, dans la lignée des maîtres de l’anthropomorphisme que sont Juanjo Guarnido (Blacksad) ou Willem (L'Épée d'Ardenois) à la différence que les animaux d’ici n’ont pas une morphologie humaine, se sont juste des animaux à 2 ou 4 pattes capables de communiquer entre eux et d’interagir avec les éléments du décor. Le travail à la couleur directe façon aquarelle, le soin apporté aux décors, des cadrages alternant les différentes prises de vue, sans oublier le format gazette en 29,7 x 41,8 cm qui en met plein les mirettes, viennent parachever la bonne impression d’ensemble. Une vraie réussite pour le peu qu’on puisse en juger.
« Vous ne pouvez pas avoir une révolution si vous ne la faites pas pour votre compte ; une dictature bienveillante, ça n’existe pas ».
George Orwell.
Le graphisme et les décors ont éveillé ma curiosité, le 4e de couverture a fait le reste !
Chauvel, qui n’est pas un inconnu, propose un récit à la fois insolite et déroutant. L'environnement n'est pas daté mais il est clairement d’inspiration moyenâgeuse avec des incrustations d’éléments de HF et SF mélangés comme en témoignent la présence d’un robot (Trois-Trois), d’un drôle d’animal (Doubie), de dragons et de loups cracheurs de feu. Le rythme est lent mais pas soporifique. Chauvel place le lecteur au plus près des protagonistes. On a l’étrange sensation de faire partie du groupe, de vivre avec eux, de ressentir leurs peurs. Le final est clairement inattendu et permet de mieux comprendre les épreuves vécues par les deux orphelins ainsi que la présence de ce patchwork d’influences variées.
Kosakowski , dont c’est le premier album, propose un trait brut mais travaillé et lisible. On y sent certaines influences des comics. Après coup, à voir où vit notre dessinateur, je comprends mieux cette influence ressentie. Mention particulière aussi à Lou, le coloriste, pour ce travail difficile réalisé avec les décors neigeux.
Un bel album traitant d’un sujet dur et malheureusement intemporel.
Résumer "Il faut flinguer Ramirez" à Tarantino, Peckinpah (dont le titre fait écho à Alfredo Garcia) ou Rodriguez comme l'annonce fièrement Glénat serait une erreur...
Résumer l'oeuvre de Nicolas Pétrimaux à un revival des eighties à la mode Néon Rétro en serait une également...
Car si Ramirez puise autant dans les références passées, c'est davantage dans l'humour nonsensique d'un Fabcaro qu'il faudrait regarder en y ajoutant un soupçon de Tom et Jerry pour les courses poursuites haletantes.
"Il faut flinguer Ramirez" n'est ni plus ni moins qu'un gros coup de coeur, précisément la pépite sortie de nulle part en cette fin de semestre 2018 tant elle cumule les références classiques des mondes évoqués plus haut pour s'achever (provisoirement) sur un ovni fun et rafraichissant tout à fait original.
Cette traque par la mafia mexicaine d'un réparateur d'aspirateur au visage "particulier" et aussi bavard que Bernardo dans Zorro n'est qu'un prétexte pour dessiner des ambiances veloutées à la Miami Vice pour les quadras ou GTA Vice City pour les trentenaires avec une mise en scène rythmée qui n'aurait rien à envier aux autres média du grand comme du petit écran.
S'appropriant les codes en rigueur de cette époque pour mieux se les réapproprier (Coucou la Renault 5), Pétrimaux ne livre ni plus ni moins qu'un divertissement intelligent en se jouant la plupart du temps des clichés même si on n'évite pas un cast féminin sexy et bad ass.
Non il ne faut pas flinguer Ramirez car ce petit bonhomme muet et doué possède de quoi divertir longtemps le lecteur en attente d'autres titres aussi funs et mis en scène.
L'objectif de satisfaction est coché à toutes les catégories, fun, dessin, scénario, action et humour sans céder aux facilités gore, cul, vulgarité.... Monsieur Pétrimaux nous vous tirons notre chapeau.
La sauce Mickey par Keramidas et Trondheim n'ayant visiblement pas pris, les auteurs ne se sont pas découragés et offrent une suite ou relecture de leurs délires avec cette fois Donald en personnage principal.
Rappelons que la principale originalité de Mickey's Craziest Adventures subsistait en ce procédé génial de livrer une histoire incomplète volontairement et d'utiliser les ellipses dans un but hautement culotté mais humoristique réussi selon moi qui le considère encore 2 ans après comme un énorme coup de coeur.
On prend les mêmes et on recommence ? Pas exactement cette fois car l'histoire est "complète" et le trait de Keramidas semble plus bâclé et moins travaillé que sur le précèdent opus curieusement.
Les pages gardent un look délicieusement vintage et abimé avec moult tâches et/ou erreurs grossières et volontaires d'impression.
La recherche du Bonheur par Donald pour le compte de l'Oncle Picsou est une trouvaille toute Trondheimienne avec de jolis gags absurdes dans un pays despote à 1000 lieues des univers Disney classiques.
Livrant parfois une réflexion pertinente sur la valeur de la vie, Donald va ouvrir la Boite de Pandore tout en rencontrant les personnages habituels de la série.
Peut être moins inventif dans le concept beaucoup plus linéaire que pour Mickey Craziest Adventures mais toujours drôle et rythmé, cette aventure réjouira les fans du précèdent opus et donnera paradoxalement du grain à moudre à ses détracteurs en argumentant que Trondheim a fait le tour de sa vision de Mickey et Donald et en ce sens ils n'ont peut être pas forcément tort.
Au demeurant un très joli diptyque et malgré un dessin moins léché, un chouette coup de coeur amplement mérité pour les amateurs de l'humour subtil de Trondheim.
Voilà un récit d’une simplicité déconcertante.
Des personnages proches de nous, arrivés dans le dernier tiers de leur existence. Une histoire d’amour naissante alors qu’ils n’attendaient plus grand-chose de leur vie. Une vie sexuelle simple, naturelle, abordée avec pudeur mais sans tabou. Un peu d’humour, beaucoup de douceur et, en filigrane des interrogations qui parleront à chacun d’entre nous.
Zidrou, une fois de plus, me séduit grâce à son écriture d’une justesse confondante. Ses dialogues, en particulier, me touchent systématiquement. J’aime l’humour discret, l’humilité des personnages et le fait que les sujets délicats ne sont pas contournés (ici la sexualité et le rapport au corps chez les personnes âgées).
Le dessin d’Aimée De Jongh (déjà remarquée avec « Le Retour de la Bondrée ») est très agréable à l’œil et convient parfaitement au propos. J’ai aimé son expressivité, sa grande lisibilité. Mais, plus que tout, j’ai aimé sa représentation de corps vieillissants. Là aussi, l’auteure ne contourne pas l’obstacle et pourtant ses planches sont tout sauf impudiques.
Un album à lire pour l’une des plus belles histoires d’amour que j’ai pu découvrir ces dernières années. Le final m’a un peu déstabilisé dans un premier temps mais il soulève des questions… que l’on est tous amené à se poser à un moment ou l’autre. Et si le choix des personnages ne sera très certainement pas partagé par tous les lecteurs, les auteurs parviennent à nous le faire accepter, ce qui est déjà un bel exploit.
Reste un titre qui pourrait refroidir et qui, à mes yeux, n’est pas du tout représentatif du contenu de l’album. Mais ne vous arrêtez pas à si peu ! Car cet album est vraiment à lire par tous ceux qui aiment les romans graphiques.
Naragam est un concept intriguant. Intriguant car comme sorti de nulle part dans une nouvelle collection Delcourt parrainée par David Chauvel (haut gage de qualité selon mes critères) au lettrage doré et à la couverture classieuse.
On pourrait vulgariser cette nouvelle œuvre comme un enfant de Donjon et du vieux film d’animation Dark Crystal mais ça ne serait pas lui rendre justice.
De Donjon, cette épopée d’héroic fantasy en conserve l’essence, l’humour noir et un nouvel univers, le monde de Naragam avec ses longs paysages arides. De Dark Crystal, on reconnait le style des créatures au bec recourbé comme Sajiral le Derkomaï.
Le tome introductif a autant de (grandes) qualités que de (moindres) défauts. En quelques pages, tout est mis en place et ce qui ne le sera pas va être expliqué par des flashbacks (avec gros clin d’œil à Highlander, vous verrez) ou dans la continuité de l’histoire. Mais dans le fond, ça parle de quoi Naragam ?
Naragam est un monde fictif, où « a priori » il n’y a pas d’espèce humaine mais des créatures comme les Twörb, peuple de petits bonhommes chauves aux grands yeux et aussi naïfs et chétifs (en apparence) que des Hobbits et un Derkomaï, guerrier sanguinaire au look de rapace.
Capturé par les Twörbs, le Derkomaï est promis à une mort sacrificielle mais promet à Geön le Twörb de le mener à la divine Cité des Primordiaux, dieux déchus et gigantesques peuplant également ce monde…
A l’issue d’une bataille notre infortuné duo s’échappe et commence son long périple au travers des vastes contrées sans vie de Naragam...
Rien de bien original mais Le Galli apprécie le monde de Naragam, lui fournit un bestiaire unique, des lois qui lui sont propres et également un humour plutôt « dark » et cruel par des actes fratricides, prophéties funestes et s’aide de Mike qui se surpasse dans des planches d’une page complète avec des plans de toute beauté. Le monde de Naragam semble vide de toute vie, ajoutant à l’isolement de ce « buddy movie » une certaine poésie mélancolique qui donne envie d’en savoir bien plus.
L’affaire est rondement menée avec l'apparition d'un nouveau compagnon d'infortune, le colosse et dévoué Bròg et cette envie irrésistible de braver les nombreux dangers pour parvenir à la cité de Drëk où échouent les Primordiaux, ces colosses antiques qui seraient à l'origine de toute vie et mort à Naragam
Le Galli a du piocher dans nombre de références pour constituer cet univers qui conservera bien des mystères à son issue. Qu'il s'agisse de classiques comme le merveilleux Légendes des Contrées Oubliées de Chevalier et Ségur à la série de jeux Dark Souls pour ses décors intérieurs pesants, Mike répond présent en alternant gros plans et scènes d’action bien rythmées par des plans silencieux écrasants.
Un régal de tous les instants pour les yeux entaché par une fin qui se prend les pieds dans le tapis : c'est bien simple, on ne sait plus à quel saint se vouer dans le tout dernier acte et le divertissement de qualité s'achève sur une note amère éludant bon nombre de questions légitimes.
Reste un travail formidable du dessinateur Mike qui aura su du début à la fin éclairer les ténèbres par la plus jolie des façons.
Eldo Yoshimizu, dont il s'agit du premier manga publié, n'est pourtant pas un débutant en la matière.
Peintre et sculpteur reconnu dans son pays d'origine du Soleil Levant, son désir de rendre hommage à la fois à l'oeuvre de Kazuo Koike (Lady Snowblood par exemple) et aux films de Yakuzas mélancoliques de Takeshi Kitano l'aurait naturellement amené à cette oeuvre complète en deux tomes dont il signe également le scénario.
Sur une histoire classique de revanche et de rédemption plus que de vengeance (la nuance est délicate mais est importante), Yoshimizu tisse une histoire au découpage et aux intrigues complexes en apparence mais finalement assez classique et linéaire.
Victime d'une coutume familiale ancestrale et cruelle, Ryuko et son équipe de bad guys vont tacher de retrouver la mère de cette dernière et de mettre fin à la convoitise d'un mystérieux bijou.
"Chaos Reigns" serait-on amené à murmurer dès les premières pages... Il y a en effet peu de temps pour la réflexion et les conversations, les nombreux protagonistes disposent de peu de place pour une narration posée et sont constamment pris entre deux feux inaugurant moult scènes d'action endiablées dont l'auteur se joue avec brio mélangeant furie et vitesse aux dépens parfois d'une lisibilité pour le lecteur.
Ce n'est qu'en de rares moments où la tension redescend d'un cran comme cet arc d'un assaut en Afghanistan rappelant certaines valeurs et choix moraux et paradoxalement également l'un des passages les plus réussis de Ryuko.
Car malgré une maitrise complète de son style entre véritables estampes japonaises ou pleines pages décrochant la machoire d'admiration, la multiplication de personnages secondaires pas forcément nécessaires à l'intrigue et de flashbacks disperse l'attention.
Se lisant rapidement et brouillant les repères il est difficile d'appréhender la lecture de Ryuko de manière totalement satisfaisante et il est appréciable d'accepter de s'y perdre pour mieux en savourer les vertus.
Cet album peut être considéré comme une biographie d’un grand musicien de blues, le guitariste et chanteur Robert Johnson. Mais il n’est pas nécessaire de connaître, ni même d’aimer ce style de musique pour apprécier à sa juste valeur ce « Love in vain ».
Et ce pour plusieurs raisons.
La première, c’est bien sûr le superbe Noir et Blanc de Mezzo, toujours proche du trait de Charles Burns. Un grand nombre de planches « tiennent toutes seules » ! C’est à la fois très bon techniquement, très beau, et aussi complètement raccord avec le sujet, et l’ambiance de ce Sud raciste dans lequel les Noirs souffraient en silence – ou alors jouaient du blues.
La seconde raison est justement ce décor, l’Amérique de la grande crise, le sud raciste, très bien rendu, et de manière enjouée, très dynamique, par Dupont. L’arrière-plan social est bien rendu et apporte une réelle auréole à la biographie de cet anti-saint, qui, comme la plupart des Noirs de l’époque et de la région, vivait l’enfer sur terre, et donc ne se souciait pas toujours de l’éviter pour l’au-delà.
Alors, si en plus vous aimez le blues, vous ne pouvez qu’apprécier cet album, qui ajoute aux qualités précédemment citées une vision parfois drôle, ironique d’une vie menée tambour battant par un homme, dont le cœur battait au rythme des conquêtes féminines, de ses doigts sur la guitare, et de ses paroles à la fois très crues et pleines de vie.
Une vraie réussite que je vous encourage à découvrir !
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Rat et les animaux moches
Ouhhh la belle surprise que voilà ! Les auteurs de l'album Le Trop Grand Vide d'Alphonse Tabouret nous reviennent avec ce magnifique album très original qui m'a rappelé les beaux livres de conte de mon enfance. Avec "Rat et les animaux moches" nous suivons le destin de Rat qui, ne supportant plus de se faire jeter de toutes les maisons malgré les efforts faits pour se faire accepter, finit par fuir. Il cherche longtemps de ville en ville et finit par arriver dans un drôle d'endroit où se sont en fait réfugié toutes les créatures les plus étranges, moches et qui font peur. Araignée, Phasme, Scutigère, Bousier, Ver, pieuvre, Lamproie... Toutes ces créatures ont fui à cause du dégoût et de la peur qu'elles inspirent. Rat va donc s'installer avec toute cette ménagerie et commencer à réfléchir. Car si ici on les laisse tranquille, ce n'est pas non plus ce à quoi elles aspirent. Rat va donc chercher pour chacun une place où ils pourront être utile et appréciés pour leur qualité ou leur savoir-faire. C'est tout simplement magnifique, très poétique et on se laisse porter par cette histoire comme lorsque enfant, bien calé sous la couette, nous écoutions nos parents nous lire un belle histoire mais qui fait un peu peur quand même. Le dessin de Jérôme d'Aviau est juste parfait pour illustrer ce récit malin et intelligent de Sibylline. Tout le monde a le droit à sa place, et c'est dans le mélange et l'échange que se révèle le meilleur de chacun. Voilà un bestiaire savoureux, véritable petit conte philosophique emprunt de poésie à mettre dans toutes les mains !
Dans la combi de Thomas Pesquet
Avec cet album aussi instructif que drôle et bien raconté, Marion Montaigne nous permet de découvrir de l'intérieur, avec beaucoup d'humour et plein de détails aussi intéressants que savoureux, la carrière d'astronaute de Thomas Pesquet. Devenir astronaute a toujours été mon rêve de gosse, et je continue à le voir comme un but ultime si j'avais un jour la chance d'y parvenir (on en sait jamais, hein ?). Mais d'une part Thomas Pesquet nous apprend que ce n'est pas franchement de la chance mais surtout énormément de travail et de dévouement. Mais aussi et surtout il casse grandement le mythe. Car autant il y a du grandiose dans ce que vit un astronaute, autant c'est aussi visiblement souvent... dégradant. Car l'homme n'est naturellement pas fait, physiquement parlant, pour aller dans l'espace. Et du coup, la préparation, l'entrainement et le résultat une fois dans l'espace sont... nettement moins romantiques qu'on peut les imaginer ou que les films américains nous les dépeignent. J'ai appris énormément de choses à la lecture de cet album. Le parcours long et difficile pour avoir l'honneur d'être choisi pour une mission spatiale. Les anecdotes et traditions parfois étranges et amusantes des agences spatiales de tous les pays. Ce que les astronautes doivent endurer pour de vrai et que leurs interviews souriantes ne nous montrent pas. Et moi qui croyais m'y connaitre pas si mal en matière de missions spatiales, j'en ai découvert des aspects qui ont changé la vision que j'en avais. Par exemple, j'étais surpris d'apprendre les heures de préparation nécessaires avant de pouvoir réaliser une sortie EVA. Je n'en savais rien. Je pensais qu'il suffisait d'enfiler la combinaison et de passer par le sas. Et pourtant, quand Marion Montaigne et Thomas Pesquet nous expliquent pourquoi c'est si compliqué, ça parait évident et logique quand on y réfléchit. Et des informations aussi intéressantes et surprenantes, cet album en est rempli. En plus de cela, Marion Montaigne est une véritable professionnelle de l'humour. Elle parsème son récit d'une multitude de gags percutants, bien vus et très drôles. Elle a parfaitement assimilé les informations transmises par Thomas Pesquet et a su à chaque fois les présenter sous un regard truculent et bien trouvé. Cela ne dénature pas le côté instructif du récit tout en apportant en permanence une légèreté et un côté décalé qui font qu'on s'instruit avec un grand sourire et même pas mal de vrais bons rires. C'est un excellent album que je conseille sans hésiter !
Le Château des Animaux
Qui n’a toujours pas lu La ferme des animaux de George Orwell ? Court roman devenu un classique dénonçant le stalinisme et de façon plus générale les régimes totalitaires au travers d’une fable animalière où ces derniers après avoir renversé les humains qui les exploitaient, devenaient à leur tour les despotes de leurs congénères, l’oppressé d’hier devenant ironiquement l’oppresseur de demain. Très clairement Le Château des animaux ne renient pas cette influence orwellienne et ce jusqu’à son introduction très similaire à quelques détails près : pour une raison inconnue les humains du château sont partis, laissant les animaux présents sur place à leur libre destinée, ceux-ci ayant très vite basculé dans un régime tyrannique qui ne dit pas son nom, à moins qu’il en est été ainsi depuis le début. Au sein de ce microcosme bestial, c’est la loi du plus fort qui règne en réalité : l’égalité n’est même plus une utopie, le partage des richesses n’est qu’un leurre, les valeurs d’entraide un mirage, tandis que la terreur règne au sein de la basse-cour. La masse composée des frêles lapins, canards, poules, moutons et autres vertébrés dociles, est dispersée. Faibles individuellement, ces derniers ne se rendent pas compte qu’ensemble en unissant leur volonté, ils peuvent déplacer des montagnes et pourquoi pas, renverser le joug implacable de celui qui incarne l’autorité, le « Duce », le taureau Silvio, entouré qu’il est de ses sbires, les chiens de garde du système, et du coq collabo figure du « vox princeps ». L’étincelle rallumant la flamme de l’indépendance viendra t-elle de l’oie Adélaïde, voix de la colère, d’Azelar le rat vagabond et séditieux, ou bien de Miss B la chatte mère-courage ? Une histoire prenante, bien que n’ayant parcouru pour le moment que 24 pages du récit, pleine de passions et de dramaturgie. C’est peut être là que se joue la différence avec la fiction d’Orwell car là où La Ferme... se « limitait » un peu à l’allégorie politique, Xavier Dorison la poule aux œufs d’or de la bd franco-belge, romance tout cela en y injectant des personnages bien campés, classiques dans leur genre mais néanmoins efficaces et attachants, du drama, un bon sens du rythme, ainsi qu’une tonalité réaliste et violente à ne pas mettre entre toutes les pattes. Pour illustrer cette rébellion, c’est vers un jeune espoir que s’est tourné Dorison, en la personne de Félix Delep. Inconnu au bataillon, ce jeune artiste n’est pas pour autant un lapin de six semaines tant ses dessins impressionnent sur tous les aspects par leur maturité et la maîtrise qu’il s’en dégage. Un trait semi-réaliste absolument nickel, dans la lignée des maîtres de l’anthropomorphisme que sont Juanjo Guarnido (Blacksad) ou Willem (L'Épée d'Ardenois) à la différence que les animaux d’ici n’ont pas une morphologie humaine, se sont juste des animaux à 2 ou 4 pattes capables de communiquer entre eux et d’interagir avec les éléments du décor. Le travail à la couleur directe façon aquarelle, le soin apporté aux décors, des cadrages alternant les différentes prises de vue, sans oublier le format gazette en 29,7 x 41,8 cm qui en met plein les mirettes, viennent parachever la bonne impression d’ensemble. Une vraie réussite pour le peu qu’on puisse en juger. « Vous ne pouvez pas avoir une révolution si vous ne la faites pas pour votre compte ; une dictature bienveillante, ça n’existe pas ». George Orwell.
La Route de Tibilissi
Le graphisme et les décors ont éveillé ma curiosité, le 4e de couverture a fait le reste ! Chauvel, qui n’est pas un inconnu, propose un récit à la fois insolite et déroutant. L'environnement n'est pas daté mais il est clairement d’inspiration moyenâgeuse avec des incrustations d’éléments de HF et SF mélangés comme en témoignent la présence d’un robot (Trois-Trois), d’un drôle d’animal (Doubie), de dragons et de loups cracheurs de feu. Le rythme est lent mais pas soporifique. Chauvel place le lecteur au plus près des protagonistes. On a l’étrange sensation de faire partie du groupe, de vivre avec eux, de ressentir leurs peurs. Le final est clairement inattendu et permet de mieux comprendre les épreuves vécues par les deux orphelins ainsi que la présence de ce patchwork d’influences variées. Kosakowski , dont c’est le premier album, propose un trait brut mais travaillé et lisible. On y sent certaines influences des comics. Après coup, à voir où vit notre dessinateur, je comprends mieux cette influence ressentie. Mention particulière aussi à Lou, le coloriste, pour ce travail difficile réalisé avec les décors neigeux. Un bel album traitant d’un sujet dur et malheureusement intemporel.
Il faut flinguer Ramirez
Résumer "Il faut flinguer Ramirez" à Tarantino, Peckinpah (dont le titre fait écho à Alfredo Garcia) ou Rodriguez comme l'annonce fièrement Glénat serait une erreur... Résumer l'oeuvre de Nicolas Pétrimaux à un revival des eighties à la mode Néon Rétro en serait une également... Car si Ramirez puise autant dans les références passées, c'est davantage dans l'humour nonsensique d'un Fabcaro qu'il faudrait regarder en y ajoutant un soupçon de Tom et Jerry pour les courses poursuites haletantes. "Il faut flinguer Ramirez" n'est ni plus ni moins qu'un gros coup de coeur, précisément la pépite sortie de nulle part en cette fin de semestre 2018 tant elle cumule les références classiques des mondes évoqués plus haut pour s'achever (provisoirement) sur un ovni fun et rafraichissant tout à fait original. Cette traque par la mafia mexicaine d'un réparateur d'aspirateur au visage "particulier" et aussi bavard que Bernardo dans Zorro n'est qu'un prétexte pour dessiner des ambiances veloutées à la Miami Vice pour les quadras ou GTA Vice City pour les trentenaires avec une mise en scène rythmée qui n'aurait rien à envier aux autres média du grand comme du petit écran. S'appropriant les codes en rigueur de cette époque pour mieux se les réapproprier (Coucou la Renault 5), Pétrimaux ne livre ni plus ni moins qu'un divertissement intelligent en se jouant la plupart du temps des clichés même si on n'évite pas un cast féminin sexy et bad ass. Non il ne faut pas flinguer Ramirez car ce petit bonhomme muet et doué possède de quoi divertir longtemps le lecteur en attente d'autres titres aussi funs et mis en scène. L'objectif de satisfaction est coché à toutes les catégories, fun, dessin, scénario, action et humour sans céder aux facilités gore, cul, vulgarité.... Monsieur Pétrimaux nous vous tirons notre chapeau.
Donald's Happiest Adventures
La sauce Mickey par Keramidas et Trondheim n'ayant visiblement pas pris, les auteurs ne se sont pas découragés et offrent une suite ou relecture de leurs délires avec cette fois Donald en personnage principal. Rappelons que la principale originalité de Mickey's Craziest Adventures subsistait en ce procédé génial de livrer une histoire incomplète volontairement et d'utiliser les ellipses dans un but hautement culotté mais humoristique réussi selon moi qui le considère encore 2 ans après comme un énorme coup de coeur. On prend les mêmes et on recommence ? Pas exactement cette fois car l'histoire est "complète" et le trait de Keramidas semble plus bâclé et moins travaillé que sur le précèdent opus curieusement. Les pages gardent un look délicieusement vintage et abimé avec moult tâches et/ou erreurs grossières et volontaires d'impression. La recherche du Bonheur par Donald pour le compte de l'Oncle Picsou est une trouvaille toute Trondheimienne avec de jolis gags absurdes dans un pays despote à 1000 lieues des univers Disney classiques. Livrant parfois une réflexion pertinente sur la valeur de la vie, Donald va ouvrir la Boite de Pandore tout en rencontrant les personnages habituels de la série. Peut être moins inventif dans le concept beaucoup plus linéaire que pour Mickey Craziest Adventures mais toujours drôle et rythmé, cette aventure réjouira les fans du précèdent opus et donnera paradoxalement du grain à moudre à ses détracteurs en argumentant que Trondheim a fait le tour de sa vision de Mickey et Donald et en ce sens ils n'ont peut être pas forcément tort. Au demeurant un très joli diptyque et malgré un dessin moins léché, un chouette coup de coeur amplement mérité pour les amateurs de l'humour subtil de Trondheim.
L'Obsolescence programmée de nos sentiments
Voilà un récit d’une simplicité déconcertante. Des personnages proches de nous, arrivés dans le dernier tiers de leur existence. Une histoire d’amour naissante alors qu’ils n’attendaient plus grand-chose de leur vie. Une vie sexuelle simple, naturelle, abordée avec pudeur mais sans tabou. Un peu d’humour, beaucoup de douceur et, en filigrane des interrogations qui parleront à chacun d’entre nous. Zidrou, une fois de plus, me séduit grâce à son écriture d’une justesse confondante. Ses dialogues, en particulier, me touchent systématiquement. J’aime l’humour discret, l’humilité des personnages et le fait que les sujets délicats ne sont pas contournés (ici la sexualité et le rapport au corps chez les personnes âgées). Le dessin d’Aimée De Jongh (déjà remarquée avec « Le Retour de la Bondrée ») est très agréable à l’œil et convient parfaitement au propos. J’ai aimé son expressivité, sa grande lisibilité. Mais, plus que tout, j’ai aimé sa représentation de corps vieillissants. Là aussi, l’auteure ne contourne pas l’obstacle et pourtant ses planches sont tout sauf impudiques. Un album à lire pour l’une des plus belles histoires d’amour que j’ai pu découvrir ces dernières années. Le final m’a un peu déstabilisé dans un premier temps mais il soulève des questions… que l’on est tous amené à se poser à un moment ou l’autre. Et si le choix des personnages ne sera très certainement pas partagé par tous les lecteurs, les auteurs parviennent à nous le faire accepter, ce qui est déjà un bel exploit. Reste un titre qui pourrait refroidir et qui, à mes yeux, n’est pas du tout représentatif du contenu de l’album. Mais ne vous arrêtez pas à si peu ! Car cet album est vraiment à lire par tous ceux qui aiment les romans graphiques.
Naragam
Naragam est un concept intriguant. Intriguant car comme sorti de nulle part dans une nouvelle collection Delcourt parrainée par David Chauvel (haut gage de qualité selon mes critères) au lettrage doré et à la couverture classieuse. On pourrait vulgariser cette nouvelle œuvre comme un enfant de Donjon et du vieux film d’animation Dark Crystal mais ça ne serait pas lui rendre justice. De Donjon, cette épopée d’héroic fantasy en conserve l’essence, l’humour noir et un nouvel univers, le monde de Naragam avec ses longs paysages arides. De Dark Crystal, on reconnait le style des créatures au bec recourbé comme Sajiral le Derkomaï. Le tome introductif a autant de (grandes) qualités que de (moindres) défauts. En quelques pages, tout est mis en place et ce qui ne le sera pas va être expliqué par des flashbacks (avec gros clin d’œil à Highlander, vous verrez) ou dans la continuité de l’histoire. Mais dans le fond, ça parle de quoi Naragam ? Naragam est un monde fictif, où « a priori » il n’y a pas d’espèce humaine mais des créatures comme les Twörb, peuple de petits bonhommes chauves aux grands yeux et aussi naïfs et chétifs (en apparence) que des Hobbits et un Derkomaï, guerrier sanguinaire au look de rapace. Capturé par les Twörbs, le Derkomaï est promis à une mort sacrificielle mais promet à Geön le Twörb de le mener à la divine Cité des Primordiaux, dieux déchus et gigantesques peuplant également ce monde… A l’issue d’une bataille notre infortuné duo s’échappe et commence son long périple au travers des vastes contrées sans vie de Naragam... Rien de bien original mais Le Galli apprécie le monde de Naragam, lui fournit un bestiaire unique, des lois qui lui sont propres et également un humour plutôt « dark » et cruel par des actes fratricides, prophéties funestes et s’aide de Mike qui se surpasse dans des planches d’une page complète avec des plans de toute beauté. Le monde de Naragam semble vide de toute vie, ajoutant à l’isolement de ce « buddy movie » une certaine poésie mélancolique qui donne envie d’en savoir bien plus. L’affaire est rondement menée avec l'apparition d'un nouveau compagnon d'infortune, le colosse et dévoué Bròg et cette envie irrésistible de braver les nombreux dangers pour parvenir à la cité de Drëk où échouent les Primordiaux, ces colosses antiques qui seraient à l'origine de toute vie et mort à Naragam Le Galli a du piocher dans nombre de références pour constituer cet univers qui conservera bien des mystères à son issue. Qu'il s'agisse de classiques comme le merveilleux Légendes des Contrées Oubliées de Chevalier et Ségur à la série de jeux Dark Souls pour ses décors intérieurs pesants, Mike répond présent en alternant gros plans et scènes d’action bien rythmées par des plans silencieux écrasants. Un régal de tous les instants pour les yeux entaché par une fin qui se prend les pieds dans le tapis : c'est bien simple, on ne sait plus à quel saint se vouer dans le tout dernier acte et le divertissement de qualité s'achève sur une note amère éludant bon nombre de questions légitimes. Reste un travail formidable du dessinateur Mike qui aura su du début à la fin éclairer les ténèbres par la plus jolie des façons.
Ryuko
Eldo Yoshimizu, dont il s'agit du premier manga publié, n'est pourtant pas un débutant en la matière. Peintre et sculpteur reconnu dans son pays d'origine du Soleil Levant, son désir de rendre hommage à la fois à l'oeuvre de Kazuo Koike (Lady Snowblood par exemple) et aux films de Yakuzas mélancoliques de Takeshi Kitano l'aurait naturellement amené à cette oeuvre complète en deux tomes dont il signe également le scénario. Sur une histoire classique de revanche et de rédemption plus que de vengeance (la nuance est délicate mais est importante), Yoshimizu tisse une histoire au découpage et aux intrigues complexes en apparence mais finalement assez classique et linéaire. Victime d'une coutume familiale ancestrale et cruelle, Ryuko et son équipe de bad guys vont tacher de retrouver la mère de cette dernière et de mettre fin à la convoitise d'un mystérieux bijou. "Chaos Reigns" serait-on amené à murmurer dès les premières pages... Il y a en effet peu de temps pour la réflexion et les conversations, les nombreux protagonistes disposent de peu de place pour une narration posée et sont constamment pris entre deux feux inaugurant moult scènes d'action endiablées dont l'auteur se joue avec brio mélangeant furie et vitesse aux dépens parfois d'une lisibilité pour le lecteur. Ce n'est qu'en de rares moments où la tension redescend d'un cran comme cet arc d'un assaut en Afghanistan rappelant certaines valeurs et choix moraux et paradoxalement également l'un des passages les plus réussis de Ryuko. Car malgré une maitrise complète de son style entre véritables estampes japonaises ou pleines pages décrochant la machoire d'admiration, la multiplication de personnages secondaires pas forcément nécessaires à l'intrigue et de flashbacks disperse l'attention. Se lisant rapidement et brouillant les repères il est difficile d'appréhender la lecture de Ryuko de manière totalement satisfaisante et il est appréciable d'accepter de s'y perdre pour mieux en savourer les vertus.
Love in Vain
Cet album peut être considéré comme une biographie d’un grand musicien de blues, le guitariste et chanteur Robert Johnson. Mais il n’est pas nécessaire de connaître, ni même d’aimer ce style de musique pour apprécier à sa juste valeur ce « Love in vain ». Et ce pour plusieurs raisons. La première, c’est bien sûr le superbe Noir et Blanc de Mezzo, toujours proche du trait de Charles Burns. Un grand nombre de planches « tiennent toutes seules » ! C’est à la fois très bon techniquement, très beau, et aussi complètement raccord avec le sujet, et l’ambiance de ce Sud raciste dans lequel les Noirs souffraient en silence – ou alors jouaient du blues. La seconde raison est justement ce décor, l’Amérique de la grande crise, le sud raciste, très bien rendu, et de manière enjouée, très dynamique, par Dupont. L’arrière-plan social est bien rendu et apporte une réelle auréole à la biographie de cet anti-saint, qui, comme la plupart des Noirs de l’époque et de la région, vivait l’enfer sur terre, et donc ne se souciait pas toujours de l’éviter pour l’au-delà. Alors, si en plus vous aimez le blues, vous ne pouvez qu’apprécier cet album, qui ajoute aux qualités précédemment citées une vision parfois drôle, ironique d’une vie menée tambour battant par un homme, dont le cœur battait au rythme des conquêtes féminines, de ses doigts sur la guitare, et de ses paroles à la fois très crues et pleines de vie. Une vraie réussite que je vous encourage à découvrir !