Les derniers avis (9605 avis)

Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Nerval l'inconsolé
Nerval l'inconsolé

Très réussie, la couverture résume assez bien à elle seule le personnage de Gérard de Nerval et la fantaisie de l’album. La BD historique ou biographique recourant plus souvent à un style de dessin académique (généralement très réaliste), il est toujours agréable de découvrir une œuvre sortant des canons habituels, et c’est complètement le cas ici. On pense plus aux Pieds Nickelés voire à certains moments aux caricatures de Daumier (contemporain de Nerval, né également en 1808 !), et d’emblée, on peut être déconcerté par le décalage entre le graphisme « cartoon » et le personnage évoqué : un auteur du mouvement romantique du XIXe, sujet au spleen et qui ne prêtait guère au burlesque. Et contre toute attente, on finit pas adhérer très vite. On découvre que Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval, était un être fantasque, nerveux, toujours « intranquille » et aux abois, ce qui colle assez bien au trait enlevé et imprécis. Et que finalement, son côté lunaire en fait un parfait personnage de BD… La narration bénéficie d’un rythme enlevé. Les scènes sans paroles, souvent oniriques, constituent des respirations poétiques bienvenues alternant avec les passages textuels plus ordinaires. Chaque scène est introduite par des citations ou extraits épistolaires de Nerval ou de ses proches (son grand ami Théophile Gautier principalement). On suit donc avec intérêt la biographie de cet auteur, certes méconnu, mais qui se révèle attachant dans ses tourments existentiels – accrus par une grosse déception amoureuse avec la chanteuse Jenny Colon - auxquels il ne semblait y avoir aucun remède, aucune consolation… sauf peut-être celle, pour le moins étrange, de se suspendre par le cou aux poignées de porte afin d’atteindre l’ivresse sexuelle. « Nerval l’inconsolé » dégage un charme certain, avec une restitution historique crédible malgré la fantaisie qui parcourt l’histoire. Le lecteur ne peut qu’être séduit devant la magnifique évocation des voyages en Méditerranée de notre Gérard. Daniel Casanave semble décidément à l’aise dans les biographies de romanciers (Flaubert, Baudelaire, Verlaine…) ou adaptations de leurs œuvres (Shakespeare, Alfred Jarry). Ce n’est pas la première fois qu’il travaille avec le scénariste David Vandermeulen (Shelley, Chamisso (L'Homme qui a perdu son ombre)), et au vu de ce bel ouvrage, on ne peut qu’espérer une longue et fructueuse collaboration. Un des meilleurs albums de l’année sans aucun doute.

25/11/2017 (modifier)
Couverture de la série Paracuellos
Paracuellos

Même si cette série est classée en Humour, ne vous attendez pas en la lisant à pleurer de rire ! C’est plutôt la tristesse et la rage qui risquent de vous arracher des larmes. En effet, le sujet est des plus glauques, porte en lui un vent de révolte contre toute vision rigoriste de la société, et en particulier contre la morale et l’action castratrice de l’Eglise, surtout l’Eglise catholique espagnole (des années 1920 à la fin du régime de Franco en 1975). De nombreux scandales ont depuis éclaté à propos de la violence de cette Eglise (enfants volés à leur mère par des institutions religieuses…), sans bien sûr que personne ne soit renvoyé devant les tribunaux… La force des albums de Gimenez – qui se met en scène, car ayant lui-même vécu ce calvaire – est de ne pas faire d’attaque brutale, frontale. Bien au contraire, les petites historiettes (deux pages généralement chacune) sont toutes en nuance, usant d’une douceur froide, d’un réalisme glacial, d’une ironie mordante, avec des chutes à la fois simples et terribles. Qui peuvent parfois ressembler à de l’humour, certes. Mais un humour noir, tranchant, un rire jaune. Toutes ces histoires sont en tout cas émouvantes, prenantes. Le dessin de Gimenez est très bon, le Noir et Blanc convient parfaitement à ce qui s’apparente souvent à une chronique de la haine ordinaire, les institutions religieuses/orphelinats/pensionnats (il est vrai au cœur d’une société franquiste fasciste et castratrice par essence) ressemblant pas mal à des camps de concentration pour gamins. Quelle horreur ! (au nom de l’ordre, de Dieu ou de je ne sais quoi de bien-pensant évidemment). Un autre auteur de chez Fluide Glacial a aussi décrit, dans une vision finalement presque aussi noire, même s’il y a des différences (un peu plus de « vrai » humour), cet univers affreux des pensionnats catholiques : n’hésitez pas à lire L'Institution de Binet, pour compléter avec un exemple français le témoignage espagnol de Gimenez. Edifiant. Note réelle 4,5/5.

25/11/2017 (modifier)
Par bab
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Spectaculaires
Les Spectaculaires

Une troupe de saltimbanques parisiens du début du siècle dernier est contactée par le professeur Pipolet afin de remplir des missions d’investigations de haute volée. Supers justiciers revisités. Mais attention ici, pas de super pouvoir. On est à la mode des gadgets, des costumes, des masques, des armures, … qui fonctionnent plus ou moins ! Le tout créé par un savant docteur Pipolet doucement allumé et à la mémoire courte. Ce qui marque d’abord à la lecture des deux tomes déjà parus, c’est l’objet : Le livre est beau et la couverture, avec ses effets de matières, est une invitation pour la suite. Graphiquement, Arnaud Poitevin maitrise ses personnages, avec un style dynamique, tant par son sens du cadre que par la mise en scène de ses cases. Les personnages pourraient presque sortir des meilleurs Tex Avery tant par leurs expressivités parfois exagérées, que par leurs mises en actions, qui nous posent rapidement un sourire sur les lèvres. Sourire que Régis Hautière entretient tout au long de ses histoires en alliant finesse et rocambolesque dans les situations auxquelles seront confrontées nos apprentis justiciers. Un humour qui fait mouche. Les –mes-aventures de nos Spectaculaires sont enlevées, pleines de rebondissement et forces de suspens pour nous amener au dénouement final. Le tout avec un second degrés affiché auquel j’adhère totalement. Envie d’aventures, de grands spectacles et de rebondissements ? Les spectaculaires sont là pour vous servir.

23/11/2017 (modifier)
Couverture de la série Buckson
Buckson

Le principal point fort de cette série tient dans ce fameux buckson, création graphique et anticipation malicieuse de la médecine du futur. Ce buckson apporte toute son originalité à un récit qui, par ailleurs, n’est finalement qu’un polar violent (bien fait mais prévisible). Le deuxième point fort du récit est esthétique. J’ai, de fait, beaucoup aimé le trait de Victor Araque. Ce semi-réalisme est singulier, très lisible, expressif et dynamique. Ce style donne une identité propre à l’album. Je regrette juste l’excès de rouge dans la colorisation. Un peu plus de nuance dans les scènes sanglantes aurait, je pense, permis d’en augmenter l’impact sans perdre de force visuelle. Le récit policier en lui-même n’est pas vraiment original. On retrouve en guise de personnage central un simple quidam pris dans un engrenage qui le dépasse, les seconds rôles vont du mafieux ambitieux et cruel au traitre cupide. Des images d’Epinal qui, si elles ne renouvellent pas le genre, permettent au lecteur de nager dans des eaux certes troubles mais qu’il connait bien. Alors oui, il y a quelques longueurs par ci par là et l’excès de violence démonstrative de certaines scènes a finalement un effet inverse à celui escompté mais, dans l’ensemble, j’avoue avoir pris plaisir à lire cet album. Et puis chapeau pour l’excellente idée du buckson, pas si fantaisiste que cela lorsqu’on connait l’usage de certains insectes et autres larves dans la médecine moderne. Une lecture que je recommanderai avec plaisir aux amateurs de récits policiers sanglants et disposant d’une touche de singularité.

22/11/2017 (modifier)
Couverture de la série La Guerre des Lulus
La Guerre des Lulus

A la fin de ce que je ne peux m'empêcher de ne considérer que comme un premier cycle, la Guerre des Lulus est à mes yeux ni plus ni moins que la meilleure série tous publics dédiée à la première guerre mondiale. Et pour ce faire, elle dispose de solides arguments ! Tout d’abord, l’aspect visuel accroche d’emblée. Franc, net, direct, expressif et dynamique en diable, ce type de trait convient parfaitement au ton de la bande dessinée. Les différents personnages ont tous une identité propre et bien marquée, les décors sont soignés sans étouffer l’aspect « aventure » du récit, la colorisation est nette et sans bavure. C’est vraiment du très beau travail qui permet à un large public de rentrer dans l’histoire sans rencontrer d’obstacles visuels. Ensuite vient la galerie des personnages. Ces Lulus deviennent rapidement extrêmement attachants. Régis Hautière use de ficelles bien connues mais diantrement solides pour nous offrir un panel de personnalités aussi complémentaires que familières. Là encore, le public se retrouve en pays de connaissance et l’envie de se plonger dans ces aventures est d’autant plus grande que les personnages qui nous serviront de guide nous rappellent nos lectures d’enfance. Enfin, le cadre historique est loin d’être oublié. La série nous parle de la première guerre mondiale et, même si elle le fait au travers d’un prisme d’aspect enfantin, les années défilant la perte d’innocence s’accentue au fur et à mesure des tomes, nous rappelant toute la gravité du contexte. Les différents lieux traversés sont l’objet de choix judicieux qui nous permettent de découvrir diverses régions sans que cela ne nous paraisse étrange tout en apportant régulièrement une certaine originalité au récit. Seul bémol : au terme de ces cinq tomes, il m'est difficile d'affirmer que la série est terminée. J'ai bien plus le sentiment d'avoir refermé un chapitre plutôt qu'un livre en bonne et due forme. Tout d'abord, une suite en deux tomes est annoncée, qui reviendra sur un fait marquant peu développé dans la série. Ensuite, et surtout, une après-guerre des Lulus s'annonce. Honnêtement, je ne sais pas si c'est une bonne idée. Je trouve qu'à un moment, il faut laisser les personnages vivre leur vie, il faut pouvoir les oublier et passer à autre chose. C'est la raison pour laquelle j'aurais aimé une conclusion plus... conclusive. Mais bon, je ne vais pas bouder mon plaisir alors que la série est vraiment agréable à lire. Un série que je vous recommande vivement donc, quel que soit votre âge.

08/11/2016 (MAJ le 22/11/2017) (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dr. Slump
Dr. Slump

Difficile de croire qu'une telle série comme Dr. Slump ait réussi à tenir sur 15 tomes (dans son édtion dite Ultimate) tant le pitch d'origine tient sur un ticket de métro. Et pourtant... En 1980, Toriyama n'est pas encore l'auteur confirmé (et milliardaire) que tout le monde connait par Dragonball. Non c'est un jeune auteur qui publie de petites histoires de 6 à 8 pages environ dans Shonen Jump de façon hebdomadaire sur un Savant pervers et génial qui crée un robot autonome parfait par pur ennui. Ainsi nait Arale, androide féminin de 13 ans à la fois candide et myope mais dotée d'une force surhumaine que le fameux Docteur fait passer pour sa fille et qui va enchainer les gaffes et les bévues en tout genre. Et ? Et c'est tout ! Toriyama profite de ce postulat à la Léonard (de Turk et de Groot) pour imaginer un village rempli de personnages les plus dingues possibles et d'un humour nonsensique propre à Gotlieb ou aux bouffonneries des Monty Python. S'il est difficile de comprendre le but réel de toute cette histoire, Toriyama en fait le laboratoire idéal pour ses nombreux délires... Sur base d'humour scato (Aralé a une fascination pour le Caca), pervers (Dr. Slump ne pense qu'à mater des petites culottes) et idiot (tout le reste), Dr. Slump est un sacré mélange d'écriture automatique où tout peut basculer d'une case à une autre. Brisant régulièrement le 4ème mur entre ses personnages de papier conscients d'être dans un manga et son lectorat, l'auteur se met aussi régulièrement en scène en n'hésitant jamais à fustiger son manque d'imagination ou ses limites graphiques (il confesse ne pas savoir dessiner les demoiselles de façon disctincte et variée d'où un gag récurrent où les personnages échangent leurs rôles). Jamais méchant et constamment inventif en faisant évoluer ses personnages dans la durée et en créant de nouveaux mémorables qui interviennent régulièrement dans ce beau bordel de village Pingouin, Dr. Slump a rapidement acquis un statut culte mérité rafraichissant pour qui sait abandonner ses préjugés sur ce genre d'ouvrages vendu pour adolescent décérébré mais taillé pour divertir et surprendre. Le style bien caractéristique de Toriyama avec ses arrondis cartoon rend l'ensemble hautement fréquentable et la série ne souffre pas trop d’essoufflement en cours de route même s'il est préférable de lire par doses homéopathiques l'ensemble comme tout récit humoristique prépublié dans un hebdomadaire. Le seul reproche à l'ensemble serait pour ma part certains conclusions bien trop hâtives (dont l'auteur a souvent conscience, en rappelant parfois au lecteur qu'il ne lui reste plus qu'une case ou deux pour conclure ;) ) mais pour une œuvre aussi inclassable et irracontable, il aurait été dommage de rester dans la normalité ! King Nikochan forever !

20/11/2017 (modifier)
Par herve
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ar-Men - L'Enfer des enfers
Ar-Men - L'Enfer des enfers

Cela finit par devenir une habitude, celle d'acheter "le dernier Lepage" les yeux fermés. Et bien, encore une fois, je n'ai nullement été déçu par son nouveau one-shot dédié au célèbre phare au large de l'île de Sein, Ar-Men, justement surnommée "l'Enfer des enfers". Emmanuel Lepage ne se contente pas ici de retracer l'histoire de la construction difficile du phare, à travers l'histoire du jeune Fouquet Moizez, mais il nous relate aussi la vie de gardien de phare avec Gabriel. Avec lui, nous retrouvons les grandes légendes de la Bretagne avec l'Ankou mais aussi celle de la ville d'Ys (pour aller plus loin, écoutez " Gwerz Kêr-Is" de Yann-Fanch Kemeneur, c’est une merveille) qui nous hantent toujours (ah ! J’oubliais de dire que j’étais breton). Outre le scénario où se mêlent histoires, légendes, documentaire et destin des hommes, ce qui fait la force de ce récit c’est évidemment le dessin d’Emmanuel Lepage qui prend toute sa démesure dans les planches de tempêtes nocturnes. Après l’Antarctique, et Tchernobyl, j’ai l’impression que Lepage fait partager aux lecteurs des éléments encore plus déchainés, au large des pointes bretonnes. Il faut noter qu’on peut prolonger le voyage avec le DVD (" les Gardiens de nos côtes ", documentaire de Herlé Jouon, avec Emmanuel Lepage ) qui est présent avec la première édition de cet album. Un très bel album qui mérite d’être lu et relu. Un régal pour les yeux, une très belle histoire d’hommes.

19/11/2017 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Grande Ourse
La Grande Ourse

Une fois encore, voilà une production qui me fournit l’occasion de dire tout le bien que je pense de la collection « Métamorphoses » de l’éditeur Soleil. Barbara Canepa et Clotilde Vu ne dérogent pas à leur ligne éditoriale en nous proposant un écrin graphiquement très soigné pour une histoire enchanteuse qui nous transporte dans un univers fantastique intemporel. Et au regard de la teneur du récit, il semblait plus que logique que « La Grande Ourse » fasse partie de cette collection, car c’est bien de métamorphose dont il est question ici… Louise, la jeune héroïne, reviendra en effet de son périple littéralement transformée. Entre livre jeunesse et conte philosophique, le récit nous entraîne vers une quête poétique aux accents subtils et littéraires. Rien d’étonnant quand on sait que la scénariste de l’ouvrage, Elsa Bordier, est passionnée d’écriture. En outre, le dessin de Sanoe sert magnifiquement l’histoire en mettant en images un monde féérique foisonnant de détails, indubitablement inspiré des œuvres de Miyazaki. Le travail sur la couleur est également sublime et rehausse encore davantage l’attractivité de l’objet. Les deux auteures semblent véritablement en symbiose parfaite. La narration va crescendo jusqu’à son apothéose, lorsque Louise et Phekda arrivent dans le palais céleste, où l’on assiste à une profusion enivrante de tons merveilleusement nuancés, en particulier dans les bleus. Au propre comme au figuré, le tout est à la fois sombre et lumineux. Dans cette atmosphère fortement imprégnée d'onirisme, on frissonne en retrouvant ses peurs d’enfants mais on les surmonte en prenant conscience de la beauté parfois terrifiante du monde qui nous entoure. Le passage dans la forêt est à ce titre très emblématique : la nature peut s’avérer aussi cruelle qu’admirable, et n’est pas vraiment l’endroit le plus approprié pour les Bisounours. « La Grande Ourse » est donc une vraie bonne surprise. Véritable ode philosophique à la vie et à la beauté, l’ouvrage se laisse autant lire que contempler. Et comme pourrait le laisser supposer la couverture, l’album n’est pas uniquement destiné aux jeunes filles en fleurs, car il traite aussi du deuil et de la mort. Bien entendu, il serait presque redondant de préciser que cela constitue une excellente idée-cadeau à l’approche des fêtes de fin d’année.

18/11/2017 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Extases
Extases

Parfait cet album pour mon 1000e avis ! :) Ou comment allier plaisir personnel et plaisir de partager. Car par certains aspects c’est un peu tout l’objet de cet album de Jean-Louis Tripp qui à travers un récit des plus personnels (sa vie sexuelle), s’interroge sur la notion de plaisir et sur la façon de le partager. Car s’il est bien un sujet universel par excellence, c’est bien la sexualité ! Mais s’il concerne chacun d’entre nous, aborder et traiter ce sujet sans tabous de façon intelligente et sans verser dans le vulgaire n’est pas à la portée de tout un chacun ; Jean-Louis Tripp s’en sort quant à lui à merveille ! Reprenant tout depuis le début, des simples émois amoureux du petit garçon qu’il fût, à la partouze entre amis, Jean-Louis Tripp n’occulte rien de ses expériences et de ce qu’elles ont provoqué chez lui. Car en effet, quel plus grand choc que celui de la découverte du plaisir lié à l’orgasme et par la suite sur la façon d’y conduire sa partenaire. Il nous parle avec simplicité, humour et sans pudeur de toutes ces découvertes qui jalonnent tout compte fait l’existence de chacun d’entre nous. C’est frais, sincère drôle et efficace, tout ce que devrait être la sexualité en somme ! Son dessin tout en noir et blanc, à la limite du crayonné par moment, gardant le trait de Magasin général sied parfaitement à cet album, qui malgré ses 272 pages se dévore d’une traite. Voilà un album que je donnerais d’ici peu à lire à mon fils histoire de palier à ce que nous avons appris de nos froids et scientifiques cours d’éducation sexuelle, à savoir pas grand-chose ! Merci Jean-Louis, et bonne bourre à tous ! :P

18/11/2017 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mademoiselle J. (Il s'appelait Ptirou)
Mademoiselle J. (Il s'appelait Ptirou)

Contrairement à ce que le personnage en couverture pourrait laisser croire, cet album n'est pas une histoire de Spirou mais celle, basée sur une histoire vraie, du garçon qui a inspiré Rob-vel, le créateur de Spirou. Le récit se présente comme une belle histoire que l'oncle Paul raconte à ses neveux un jour de réveillon de Noël 1959. L'histoire se passe en 1929 et met en scène deux parcours qui vont se croiser. Il y a d'un côté le patron de la Compagnie Générale Transatlantique, confronté à un mouvement social car ses actionnaires lui imposent de licencier, et qui doit voyager vers New York à bord de l'un de ses paquebots avec sa fille, jolie mais fragile car malade du coeur. De l'autre côté, il y a le jeune Ptirou, enfant acrobate dont la mère vient de mourir, qui veut se faire engager comme mousse sur le même paquebot pour aller en Amérique. Et à bord de ce dernier, il y a le steward Robert Velter qui va être témoin de l'héroïsme dramatique de ce dernier. Le dessin est de Laurent Verron et il est superbe. En digne héritier de l'école de Marcinelle, son style multiplie les influences, dont Roba, Franquin et Walthéry, pour un résultat parfait d'efficacité narrative et de beauté manifeste. Ses planches sont toutes soignées, esthétiques et elles offrent un récit dense et intense au long des 76 pages de cet album. Le cadre historique est mis en scène de belle manière, avec un réel soin apporté à la documentation. On ressent l'atmosphère de cette fin d'année 1929, avec les restes vacillants des années folles et sa déco Art Nouveau confrontés à la dureté de la crise économique et aux prémices des dangers du nazisme. Le jeune Ptirou fait le lien entre les différentes classes en lutte à bord de ce paquebot dont les occupants vont des jeunes crasseux travaillant à fond de cale jusqu'aux plus riches bourgeois en première classe. Il y a forcément un rappel au film Titanic dans cette brève idylle naissante entre Ptirou et la jolie Juliette. Les protagonistes sont variés et très intéressants sur le plan de leurs personnalités. L'intrigue est complexe mais prenante et dotée d'un vrai sens de l'aventure classique tout en étant parfaitement réaliste. Et puis il y a la fin dramatique, qui dégage une véritable émotion et qui rend à la fois un bel hommage au personnage de BD de Spirou et à ce jeune garçon qui l'a inspiré, Ptirou. Un bel album !

18/11/2017 (modifier)