Les derniers avis (9709 avis)

Couverture de la série Dans la combi de Thomas Pesquet
Dans la combi de Thomas Pesquet

Cet album est aussi instructif qu’amusant. Je pense même ne jamais avoir autant ri devant un documentaire, et c’est bien là la grande force de Marion Montaigne ! Le dessin, caricatural à souhait et d’aspect brouillon s’avère d’une redoutable efficacité tant pour reproduire un environnement pourtant souvent technique que pour dérider les zygomatiques des lecteurs. Les explications scientifiques pourtant rigoureuses sont facilement digérées grâce aux multiples anecdotes amusantes qui émaillent cet album. Et puis, l’univers des astronautes, cosmonautes, spationautes et autres taïkonautes a de tous temps fasciné les humains de tous bords. Y pénétrer en compagnie d’un personnage qui ne se prend pas pour un dieu, réaliser l’inconfort de leur métier et les compétences techniques, physiques et psychiques dont ils doivent disposer est tout simplement passionnant. Alors, si en plus l’autodérision et l’art de l’anecdote inutile mais hilarante s’en mêlent, comment résister ? Une perle, à mes yeux.

27/07/2018 (modifier)
Couverture de la série Charlotte Impératrice
Charlotte Impératrice

Cet album se propose de revisiter le destin de Charlotte de Belgique, fille de Léopold 1er (le premier roi des Belges) et épouse de Maximilien d’Autriche (le frère cadet de François-Joseph). Revisiter car, les auteurs l’annoncent d’emblée, certains faits ont été remaniés et d’autres inventés. Je ne sais que penser de ce type de procédé, le problème étant de pouvoir distinguer le vrai du faux. La fiction ne me dérange pas, la réalité historique non plus mais mélanger les deux, c’est prendre le risque de propager des mensonges à propos de personnages réels (même si morts depuis longtemps) et donc de désinformer. A titre personnel, même si je connais un peu l’histoire de la famille royale belge, je suis loin d’être calé en la matière. Du coup, je fais partie de ces lecteurs qui seront incapables de faire le tri dans les multiples informations livrées par cet album. Et, pour être tout à fait franc, de ce que je connais et au vu du caractère extrêmement crédible de cet excellent récit… et bien, je le trouve tout à fait réaliste. Et donc je ne peux m’empêcher de me demander à partir de quand je me fais manipuler. Ceci dit ! Ceci dit, j’ai adoré cet album. La Charlotte de Belgique version Fabien Nury est un personnage extrêmement attachant. Adolescente romantique et pragmatique en même temps, épouse trahie et fragilisée, femme de caractère : elle est tout ça à la fois, et bien plus encore ! C’est un personnage historique incroyablement moderne que nous proposent de découvrir les auteurs. Et à ses côtés Maximilien, le faible, s’en prend plein la tronche. Lui qui voudrait être mais qui n’est pas offre un personnage tout aussi fascinant que Charlotte. Le récit débute, après une rapide évocation de la mort de sa mère, lorsqu’à 16 ans Charlotte doit penser à se marier. Mariage plus ou moins arrangé, orienté en fonction des intérêts politiques du moment (son père n’avait-il pas lui-même consenti à prendre pour épouse Louise d’Orléans afin de ne pas se mettre à dos des Français pas spécialement ravis de la naissance de la Belgique ?) Et nous sommes directement plongés au cœur de cet univers où les intérêts personnels doivent s’effacer devant les devoirs et ambitions politiques des uns et des autres. Le tour de force des auteurs est de rendre cela extrêmement prenant et profondément humain. Loin d’être un récit historique bourré de dates, de faits et de personnages, cette histoire est avant tout celle d’êtres humains, avec leurs forces et leurs faiblesses. Avec un sens de la famille ou du devoir plus ou moins fort selon les personnages, leur éducation et l’amour qu’on leur porte. Et puis comment ne pas se régaler devant une Sissi odieuse et à mille lieux de l’image policée que Romy Schneider lui a offerte le temps de quelques films ? Mais ce récit n’aurait jamais eu pareil effet sur moi sans le dessin de Matthieu Bonhomme ! Ces grandes cases épurées, cette simplicité dans le trait, à l’opposé du dessin historique lambda, apportent une dimension supplémentaire à l’album. Peut-être justement parce que l’attention est portée sur l’émotion, sur le ressenti plutôt que sur la reproduction fidèle d’images figées. Et pourtant les décors ne sont pas oubliés, les cadrages sont soignés, mais ces éléments indispensables sont là pour mettre l’humain en avant plutôt que le contexte historique. De ce point de vue la mise en garde des auteurs en début d’album prend tout son sens : nous sommes devant une re-création plutôt que devant une reproduction. Au final, ce premier tome m’a conquis, malgré les réserves émises au début de cet avis, et je me réjouis de lire la suite ! Un must-have, selon moi, qui devrait plaire tant aux amateurs de récits historiques qu’aux lecteurs de romans graphiques ou de récits d’aventure.

27/07/2018 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Super sons
Super sons

C'est une des rares séries DC Rebirth que j'étais impatient de lire. Après avoir découvert l'existence du fils de Superman, j'ai tout de suite adoré ce personnage et sa relation avec Damien, le fils de Batman. J'ai donc voulu lire la série les mettant en vedette. Je ne fus pas déçu après la lecture du premier tome. Superboy et Robin sont des personnages attachants (même si ce Robin-ci agit souvent comme un connard) et l'opposition de leurs deux personnalités est bien utilisée. Il y a un bon mélange d'action, d'aventure et d'humour et le scénario est palpitant à lire. Le dessin est dynamique et ne parait pas sans vie comme dans plein de comics modernes (quoique plus je lis des comics récents, plus je me demande si ce n'est pas un style qu'on voyait surtout dans les années 2000). Bref, du bon comics de divertissement. C'est le genre de série qui est parfait pour faire connaitre les comics de super-héros à ses enfants quoique je préviens que parfois Damien fait de l'humour noir.

25/07/2018 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Traqueurs
Les Traqueurs

De la belle et bonne aventure comme j'aimerais en lire plus souvent. Et bien, et bien qu'il est rafraîchissant de retrouver le souffle de la grande aventure. Certains esprits chagrins pourraient me rétorquer que tous les poncifs sont au rendez-vous. Et alors ? Que l'on en juge : En ce milieu du XVIIème siècle, la guerre fait rage entre l'Angleterre et la Hollande pour le contrôle des routes maritimes. Depuis la mort de son père le jeune Jonas vit avec son oncle et s'adonne aux joies de la botanique. Quand son oncle lui demande de le suivre pour une expédition au Yucatán, le jeune homme y voit une occasion de vivre enfin une grande aventure. Il y a la belle Mara qu'il ne pourra jamais aimer car mariée au capitaine Toledano. Le but de la quête du petit groupe ? Capturer une bête mythique créée par les divinités mayas et gage d’invincibilité pour ceux qui pourront la conquérir. Une griffe de la bête a été ramenée par un homme mystérieusement assassiné, le "cerbère des Dieux" est cependant convoité par d'autres groupes. Au chapitre des poncifs vous voyez donc que nous sommes gâtés : un jeune premier un peu naïf, une belle inaccessible aux yeux de braises, un capitaine pirate à cheval sur les principes et fortement jaloux, des vaisseaux, un abordage, une jungle moite et hostile et bien sûr des indiens farouches et vindicatifs. Moi je dis génial, j'en redemande même. David Muñoz au scénario et Tirso Cons au dessin -déjà rencontrés sur Le Manoir des Murmures- franchissent ici un cap ! Feuilletant le susdit album je ne peux qu'applaudir ici au fantastique travail de ces deux auteurs. Concernant le scénario celui-ci lorgne franchement vers le fantastique mais il n'est pas prégnant, il faut attendre une dernière planche hallucinante de maîtrise et de beauté qui laisse présager du grandiose pour la suite. Certes tout cela reste assez classique mais dépaysant, de l'Angleterre au Yucatán en passant par les Indes, la narration n'en reste pas moins fluide émaillée de flash-backs. Ce premier tome place l'intrigue sur ses rails, l'approfondissement des personnages reste à venir, (l'oncle présente des cicatrices qui, si elles sont du plus bel effet, n'en cachent pas moins un soupçon de mystère). Le dessin de Tirso Cons est particulier dans ce sens où il a tendance à allonger les visages. Cela n'est pas gênant, les fonds de cases sont travaillés avec un découpage virevoltant et original. A mon sens l’intérêt principal réside dans la colorisation de Felideus juste parfaite qui donne à l'ensemble une atmosphère en adéquation totale avec le récit. Un scénario pas le plus original du monde mais où souffle le parfum de l'aventure avec un grand A, que demander de plus ? Quand s'y ajoute un trait plus que virtuose l'on s'approche de la note maximale. Ah, cette dernière planche ! Elle promet du lourd. Majoration après la sortie du tome 2 : Avec la sortie de ce deuxième tome ma note ne varie pas. Je persiste et signe : c'est de la bonne aventure. C'est sympa, divertissant, rondement mené et le dessin mais particulièrement la colorisation sont au top. Moi, je suis preneur de ce genre d'histoire qui certes reprend certains poncifs vus ici ou là mais dès l'instant où l'ensemble est bien tricoté pourquoi bouder notre plaisir ? L'autre point que je mets en avant, ce sont ces "Clifhangers". Déjà à la fin du premier tome je disais tout le bien que je pensais de cette dernière planche qui promettait du lourd. Que dire ici aussi sur la dernière planche qui pourrait laisser supposer une autre histoire sous d'autres cieux ? Mais ne soyons pas trop gourmands et faisons bosser notre imaginaire. Et une histoire en diptyque c'est plutôt bien non ? Pas de changement de note donc et une grosse incitation à ce que le plus grand nombre aille y jeter un œil.

15/09/2017 (MAJ le 22/07/2018) (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Carnet de voyage (Un américain en balade)
Carnet de voyage (Un américain en balade)

Quand Craig Thompson a publié Blankets - Manteau de neige en 2004, il était encore un génie qui s’ignorait, du moins c’est ce qui ressort de ce « Carnet de voyage », publié dans une version augmentée de quelques pages par rapport à la version originale de 2005, intitulée « Un Américain en balade ». C’est donc l’occasion de revenir sur cet ouvrage au charme immense. L’auteur y relate sa tournée européenne pour la sortie de "Blankets", ce qui lui a permis, entre une interview et une séance de dédicaces, de revoir de vieux amis croisés ici et là dans les festivals de bande dessinée, notamment Blutch, Benoit Peeters et Lewis Trondheim. Il raconte aussi comment il traversé le Maroc, un pays qu’il ne connaissait qu’à travers la littérature ou le cinéma, un pays à mille lieues de sa personnalité introvertie d’Américain élevé dans la religion baptiste la plus stricte. Sans aucun doute, ce voyage a inspiré Habibi, son autre œuvre majeure, quelques années plus tard. Et cet Américain-là, il serait difficile de ne pas le trouver singulièrement attachant. D’une humilité rare pour un citoyen issu de la « Great America », Craig Thompson se met véritablement à nu dans ce récit, se livrant avec sincérité, sans faux semblants. Il ne joue pas, ne triche pas, ne se fait pas de cadeau à lui-même, énonce ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas, de façon factuelle, sans aucune trace de mépris même quand il est au Maroc. Car le petit « péquenaud » de Traverse City reste un homme curieux du monde qui l’entoure, même si parfois certaines expériences s’avéraient pénibles à vivre en Afrique du nord. Se confronter à d’autres cultures, seul qui plus est, relevait pour lui du défi, celui de sortir de sa coquille de préjugés familiaux et castrateurs pour s’ouvrir au monde extérieur, ailleurs qu’aux seuls USA. La rupture douloureuse avec sa petite amie, juste avant son voyage en Europe, n’arrangeait rien à l’affaire, mais Thompson, a pris son courage et ses pinceaux à deux mains, en allant jusqu’au bout de son « exil ». Cet artiste hypersensible, qui ne semble jamais se sentir vraiment à sa place, n’est d’ailleurs même pas né là où il aurait dû. En contemplant ses dessins si délicats, pourrait-on imaginer qu’il a grandi dans un trou perdu du Michigan, conduisant des tracteurs et nourrissant du bétail ? Craig Thompson est un dessinateur extrêmement doué, doublé d’un conteur hors-pair, mais sa timidité et son « background » ont longtemps obturé la prise de conscience de son talent. La particularité de ce récit est qu’il révèle davantage l’homme avec ses faiblesses qu’avec ses forces, empreint d’une autodérision freinant toute velléité d’auto-apitoiement. Le dessin l’accompagne à merveille, rendant hommage avec finesse à la beauté du monde, ainsi qu'à la gente féminine avec de jolis portraits. Son pinceau fluide et gracieux est un plaisir des yeux, exprimant toujours le mouvement même dans des représentations figées, avec un sens du détail révélant chez son auteur une curiosité innée. Ce « Carnet de voyage » reste un must du genre, Thompson réussissant à nous embarquer dans son périple sans forcer, sans promesses de découvertes extraordinaires ou de paysages splendides. A ce titre, le choix du noir et blanc est on ne peut plus adapté. Au final, aucun événement exceptionnel n’y est relaté, seulement le quotidien d’un homme peu enclin au voyage, lunaire et timoré, donc un peu à côté de ses pompes, davantage spectateur qu’acteur (il se plie à contrecœur à la tournée européenne d’interviews et de dédicaces), mais cet auteur attachant reste aussi ouvert aux rencontres et semble avoir le don de s’attirer des amis, ce qui nous le rend d’autant plus proche en tant que lecteur.

21/07/2018 (modifier)
Par Kanibal
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Or de Morrison
L'Or de Morrison

Prenez une bande de détrousseurs Us Army, des indiens, une milice, secouez le tout et vous obtenez un récit vraiment palpitant. L'action se déroule sans encombre et la solidarité qui semblait inébranlable au début de cette aventure s’étiole au fil des pages. L'Or De Morisson est un récit dense, pas forcément riche en rebondissements mais qui nous tiens en haleine durant les 2 tomes. Pour moi c'est un gros coup de cœur. Le dessin m'a paru étrange de prime abord mais en avançant dans ce périple je l'ai trouvé plutôt bon et tout cela m'a donné envie de lire Death Mountains du même dessinateur.

14/07/2018 (modifier)
Par Erik
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Chant des Stryges
Le Chant des Stryges

Cette BD rappelle la série X-Files dont j’étais un grand fan entre le polar et le fantastique teinté d’ésotérisme. J’ai aimé d’emblée cet univers. Comment ne pas frémir devant les terribles Stryges? C’est angoissant et très bien ficelé au niveau de l’intrigue. Très vite, cette série s’est imposée parmi mes préférées et je n’ai pas eu de mal à acquérir toutes les autres séries dérivées émanant de l’univers des Stryges à l'exception d'Asphodèle. Encore aujourd’hui, j’éprouve beaucoup de plaisir à la lecture. Il y a tout ce que j’aime dans la bande dessinée. Je dois être certainement le cœur de la cible visée parmi les lecteurs. Cependant, il est très dommage qu’en cours de série, le format de la BD a évolué au mépris des fidèles acheteurs qui avaient commencé par un format plus petit. Delcourt ne respecte pas ses fidèles lecteurs ! C’est vraiment caractéristique de cet éditeur ! De plus, les couvertures originales sont bien moins attractives que les nouvelles. Que dire également des tranches qui ont complètement évolué ! Nous avons ici « la totale » de ce qui peut être désagréable pour un collectionneur de bd. Mais il est vrai que selon Delcourt, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse avec comme leitmotiv "il faut respecter l’œuvre de l’auteur". J'ai éprouvé un peu de regret mais je ne pouvais me permettre de tout racheter à nouveau. Cette BD demeure toutefois indispensable dans toute collection de BD qui se respecte. Je considère le scénariste Corbeyran comme le meilleur de sa génération. C'est véritablement du grand art ! J'ai toutefois attendu la fin de la saison 2 pour décerner la note maximale à cette série. C'est tout simplement magistral dans le dénouement. Alors que les séries dérivées ont véritablement eu du mal à se conclure, voilà que le Chant des Stryges parvient à se bonifier. Une très belle réussite qui parvient à nous tenir en haleine ! La saison 3 se déroule 7 ans après les faits du remarquable tome 12 qui nous dévoile l'identité du fameux Sandor Weltman. Il était difficile d'assurer la relève pour relancer l'intrigue. Pourtant, le 13ème tome y parvient en introduisant une nouvelle problématique ainsi qu'un nouveau personnage assez psychopathe. Le 14ème tome va encore aller plus loin avec des scènes qui font froid dans le dos. On sent bien que c'est la dernière ligne droite avant le final général de toute une saga fantastique qui a réussi le pari de la cohérence. Au 15ème tome, on se rend compte qu'un personnage féminin introduit à la fin du précédent a totalement disparu des écrans sans en connaître la raison. Cela m'a chiffonné sur toute la lecture de cet album qui marque des retrouvailles mais qui est surtout l'occasion de faire une petite pause dans l'intrigue. Le 16ème tome voit la disparition d'un personnage central qu'on avait plaisir à suivre notamment dans les séries dérivées de cet univers. Le 17ème tome se termine de manière un peu abrupte. On se demande comment le scénariste va faire pour le dernier tome de la série qui va clôturer cette saga des Stryges. C'est un défi colossal à relever. S'il y parvient, la note culte sera bien justifiée. Le dernier tome confirme le talent de l'auteur qui met un terme à cette saga commencée il y a près de 20 ans. Nul doute qu'elle aura un peu marqué le monde de la bande dessinée moderne c'est à dire celle du XXIème siècle. Il y a certes eu des hauts et des bas mais au final une belle aventure. Note Dessin : 4.25/5 – Note Scénario : 4.75/5 – Note Globale : 4.5/5

14/02/2007 (MAJ le 13/07/2018) (modifier)
Couverture de la série Les Compagnons du Crépuscule
Les Compagnons du Crépuscule

Bourgeon a réalisé en solo trois séries superbes, que j’adore, et que j’ai relues de multiples fois. Et ce dans des univers très différents, avec la SF pour Le Cycle de Cyann, l’aventure maritime du XVIIIème siècle avec Les Passagers du vent, et donc du médiéval fantastique avec « Les compagnons du crépuscule ». De ces trois séries, « Les compagnons du crépuscule » est sans conteste celle qui est la moins facile à appréhender, qui nécessite le plus d’efforts pour entrer – et rester ! – dedans. D’abord parce que le texte est très abondant, très riche et dense, mais aussi parce que certaines parties de l’intrigue sont un peu plus obscures : c’est avant tout le cas du deuxième album, clairement le plus complexe, avec certains passages peut-être moins fluides – et jouant davantage sur le fantastique, la poésie, l’imaginaire. Mais, si vous vous accrochez, vous découvrirez une histoire à la fois riche et belle, prenante, que j’aime en tout cas beaucoup. Comme pour toutes ses productions, Bourgeon s’est documenté, et cela se voit. Dans les dialogues d’abord, abondants et riches, comme signalé plus haut, mais aussi remplis de termes moyenâgeux (cette force est aussi une des difficultés déjà signalées). En plus des dialogues, ce sont les décors qui font « que l’on s’y croit ». En effet, que ce soit les habits, les habitations (ville et châteaux), mais aussi les paysages, le dessin de Bourgeon est très bon et très beau, et en plus est très crédible. C’est une belle reconstitution de l’Europe de ces temps troublés. En cela le dernier tome (deux fois plus épais que les précédents avec près de 130 pages !) est vraiment superbe, alliant un scénario aux petits oignons à un dessin franchement très bon. Ajoutons que, fidèle à son habitude, Bourgeon a su créer des personnages féminins très forts - et très beaux (dans tous les sens du terme d'ailleurs), comme Mariotte. C'est une série exigeante, mais que je vous encourage à découvrir si ce n’est pas déjà fait !

12/07/2018 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Lumières de l'Aérotrain
Les Lumières de l'Aérotrain

Ça démarre gentiement, presque poétiquement, avec cette histoire de deux gamins un peu livrés à eux-mêmes, dont un est complètement fondu d'un mythe français oublié... Et puis assez vite, c'est la marque de fabrique de Ducoudray qui s'installe, on voit que le social n'est pas rose, et même un peu glauque par moments. Mais ça ce n'est que le début, car au bout d'un moment on bascule carrément dans le drame. Le vrai, le fait divers qui met mal à l'aise. Et qu'on n'a pas du tout senti venir. Aurélien Ducoudray, pour nous conter ce drame, s'est attaché le talent de Johann Corgié, jusqu'ici connu pour son excellent travail en tant que coloriste. Et puis là, sur son premeir album officiel en tant que dessinateur, c'est une belle découverte, on sent que le bonhomme a fourbi ses armes dans son coin, attendant le moment propice pour les sortir et nous faire béer d'admiration. Il ira loin. C'est un bon album, mais il lui manque quelque chose pour le faire basculer dans la catégorie des classiques, je ne saurais dire quoi. En tous les cas je vous le recommande.

11/07/2018 (modifier)
Couverture de la série Gilgamesh (Harder)
Gilgamesh (Harder)

Jens Harder est un habitué des projets atypiques, pour lesquels il mène un long travail de recherche, et qui l’amènent à traiter d’une période ancienne (voir "Alpha… directions"). Une nouvelle fois Actes Sud recueille le fruit de son travail. Même si ce n’est pas absolument nécessaire, je vous recommande de commencer par la fin, c’est-à-dire l’important (dans tous les sens du terme) dossier de fin de volume. En plus d’une iconographie très riche, d’un lexique et d’un index des noms cités, Jens Harder y explique comment lui est venu l’idée de traiter de ce sujet, ses questionnements, et les réflexions que son travail a entrainées. Très riche, instructif, et intéressant ! L’épopée de Gilgamesh est un texte fondateur et, par-delà ses qualités « littéraires », c’est aussi une mine de renseignements sur la pensée des peuples mésopotamiens d’il y a quelques millénaires. Jens Harder a pris le parti dans son traitement graphique, de coller au maximum au niveau du rendu à ce que l’on peut voir sur les sculptures, fresques que nous connaissons de cette époque (vues au Louvre par exemple), en particulier en représentant la plupart du temps les personnages de profil, avec un rendu proche de la sculpture : c’est vraiment original et très réussi ! Pour ce qui est de « l’histoire » en elle-même, il suit celle que les études des 12 tablettes aujourd’hui découvertes et analysées nous ont livrée (il signale juste par des pointillés lorsque le texte est lacunaire) : mais la narration ne souffre pas de cette volonté d’être fidèle à un texte assez éloigné de prime abord des canons narratifs contemporains. Toujours est-il que les aventures du roi Gilgamesh et de son compagnon Enkidu, au milieu des dieux et des hommes, avec un Gilgamesh qui pourrait prétendre – bien avant Héraclès ! – à être le premier super-héros, se laissent lire très agréablement. Il faut juste être réceptif à ce genre de texte – mais c’est mon cas. Et je trouve que le traitement de Harder est très adapté au sujet, en ne sacrifiant pas le texte et son cheminement à une réécriture artificielle. Harder garde bien la naïveté, et la force du texte d’origine, ses « adaptations » se faisant de manière très discrète. C’est en tout cas une belle transcription de ce grand texte en BD !

10/07/2018 (modifier)