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Le Rapport de Brodeck

Note: 4.44/5
(4.44/5 pour 18 avis)

Manu Larcenet s'attaque pour la première fois à une adaptation, celle du chef-d'oeuvre de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck. Mais lorsque l'auteur de Blast et du Combat ordinaire s'empare du texte, c'est pour le faire sien et lui donner une nouvelle vie, éclatante, sombre et tragique. Des pages d'une beauté stupéfiante, magnifiant la nature sauvage et la confrontant à la petitesse des hommes ; une plongée dans les abîmes servie par un noir et blanc sublime et violent.


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Manu Larcenet s'attaque pour la première fois à une adaptation, celle du chef-d'oeuvre de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck. Le héros de ce roman, Brodeck, revient dans son village après avoir été déporté dans un camp. Dans ce texte, les thèmes du crime, de la lâcheté, de la mauvaise conscience et de la xénophobie sont abordés. Le rapport de Brodeck est une sorte de parabole, de fable. L'action se déroule dans un village de montagne, située près de la frontière allemande. Le narrateur, Brodeck est chargé de rédiger un rapport sur la mort d'un étranger, der Anderer (l'autre), qui séjournait dans le village. Son exécution par tous les hommes du village, sauf Brodeck est appelée l'Ereigniës. D'où vient ce mot ? Das Ereignis siginifie en allemand l'événement, il fait référence au meurtre perpétré dans le village. L'Anderer, par son comportement, ses dessins, est un miroir de ce qu'ils sont vraiment, au-delà des apparences et des statuts sociaux. Il leur renvoie leur lâcheté et leurs trahisons, leurs compromissions avec l'occupant de la guerre passée et cela, ils ne peuvent pas l'accepter

Scénariste
Auteur oeuvre originale
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 10 Avril 2015
Statut histoire Série terminée 2 tomes parus
Couverture de la série Le Rapport de Brodeck

13/04/2015 | Jetjet
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Par Seube
Note: 5/5
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Mes avis peuvent être assez courts quand il s’agit de décrire ce que je considère comme un chef d’œuvre. Et là encore, je perds les mots pour expliquer les choses. Je m'excuse donc par avance si l'avis n'apporte pas grand chose de factuel. Les planètes sont alignées, l’auteur a certainement tout compris du roman, à tel point que la lecture de l’œuvre originale m’apparaît inutile. Des adaptations réussies comme celle-ci me fait penser à ce qu’Otis Redding disait d’Aretha Franklin, avant de chanter sur scène la célèbre chanson « Respect » : « La prochaine chanson est une chanson qu’une fille a emmenée loin de moi. Une bonne amie, cette fille, elle m’a juste pris la chanson. Mais je vais quand même la jouer. » Je comprendrais si Philippe Claudel ressent la même chose. Lire le roman pour confirmer. J'ai bien l'impression que Manu Larcenet a tout simplement « pris » cette histoire à son propriétaire. Comme Aretha Franklin, l’adaptation ici apporte un supplément d’âme. Bien sûr, le dessin y est forcément pour quelque chose. Impossible pour moi de parcourir cette histoire à la hâte (en soi, le récit n’est pas dense). Toute la profondeur qui se cache derrière chaque case amène à s’arrêter un moment pour contempler. Et comme l’histoire est très (très) sombre et chaotique, une lecture éclatée ne fait pas de mal non plus. La dernière fois que j’ai lu d’une traite une histoire BD visant la noirceur que peut avoir l’humanité, c’était Le Roi des Mouches, et je me souviens avoir pris cher émotionnellement. La comparaison est bancale, mais tout ça pour dire que j’ai préféré ne pas tout ingurgiter. C'est un récit marquant, implacable et bouleversant. J’ai déjà envie de le relire… Bravo à l’auteur, un talent qui laisse sans voix.

21/01/2022 (modifier)
Par karibou79
Note: 3/5
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Magnifique Noir&Blanc qui rend à la perfection la nature enneigée sombre de même que les hommes. Une ambiance lourde et pesante s'installe, prend pied puis étouffe. Rien à reprocher, le décor est solidement posé et se consolidera au fur et à mesure de l'avancée de ce rapport. Seulement j'ai eu du mal à m'attacher à ce pauvre homme peut-être parce que l'ambiance prime justement sur le reste. Et sans empathie pour l'ensemble des personnages, ma lecture fut poussive. Mais je continue de supporter les choix toujours plus exigeants de Manu!

23/12/2021 (modifier)
Par iannick
Note: 5/5
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Il y a des bandes dessinées que l’on classe en cultes pour deux raisons principales : soit ce sont des albums qu’on a toujours du plaisir à les relire maintes fois des années et des années après, soit ce sont des réalisations qui nous ont marqué à jamais mais qu’on ne pense pas les relire aussitôt à cause de la forte charge émotionnelle reçue lors de sa lecture. « Le rapport de Brodeck » fait incontestablement partie de cette seconde catégorie de ma liste des bds cultes au même titre que « Maus ». Déjà, rien que le fait de contempler les planches de ce livre, mon dieu, que c’est beau ! Quel boulot ! Et c’est du Manu Larcenet, ce dessin ??!! Et bien, il s’est vachement fait violence le bougre ! Quelle expressivité dans son coup de patte ! Quelle précision dans son trait ! Je savais que Manu Larcenet était capable de concevoir de tel dessin en noir et blanc mais pas tout au long des 360 pages de ce récit ! Au fait, ici, pas besoin de couleurs, le choix du noir et blanc est parfaitement justifié pour cette histoire. Idem pour le format à l’italienne car l’auteur utilise beaucoup des cases dites « horizontales ». Que dire aussi de la narration ? Certes, elle peut paraitre lente du fait d’un nombre impressionnant de cases muettes et d’un découpage très aéré mais cela permet une grande fluidité de lecture ; et surtout, de nous faire monter la pression, de nous faire glisser le récit vers une atmosphère de plus en plus tendue et malsaine. En effet, « Le rapport de Brodeck » n’est vraiment pas un récit rigolo, on assiste plutôt à un drame qui nous montre toute la cruauté et la bêtise de ce que l’être humain est capable de faire. Dans ce milieu nauséabond émerge Brodeck et sa petite famille ainsi qu’un autre personnage dont je vous laisse découvrir si vous avez le cœur bien accroché pour feuilleter ce récit. Il y a des gros relents liés à la seconde guerre mondiale dans cette histoire même si on ne sait pas où l’action se passe et quand se situe ce drame, ce qui fait classer ce recueil dans le genre « conte », ceci est accentué par la représentation de l’ennemi en monstres. J’avoue avoir refermé « Le rapport de Brodeck » avec un sentiment bizarre en me disant que ce conte ne peut être qu’invraisemblable, ce n’est pas possible ! Et pourtant, oui, ça a effectivement dû se passer ainsi et ce genre d’histoire doit malheureusement exister dans des contrées actuellement en guerre ou autres. J’avoue avoir eu plusieurs fois la chair de poule en lisant ce récit, surtout à l’approche du dénouement. « Le rapport de Brodeck » est une bande dessinée qui m’a beaucoup touché. Certes, j’ai eu quelques difficultés à suivre les démarches de Brodeck, non pas à cause de la narration qui m’est apparu parfaite, non pas à cause du graphisme qui est tout de même exceptionnel mais à cause de la charge émotionnelle que ce récit m’a procuré tout au long de sa lecture. Bref, culte !

06/10/2021 (modifier)
Par Alix
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
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Adapter une œuvre d’un medium à un autre est souvent casse-gueule (combien de romans retranscrits en films ou séries télé déçoivent les fans ?). Les adaptations de romans en BD sont courantes (766 séries référencées sur le site au moment où j’écris ces lignes) mais l’exercice est difficile. Manu Larcenet réussit pour moi un sans-faute, et évite les pièges classiques (textes trop abondants et grosses coupures scénaristiques). Le dessin n’est pas « juste » magnifique, avec ce noir et blanc d’une précision remarquable, et ces scènes contemplatives d’une poésie rarement égalée. Non, ce qui est remarquable selon moi dans le dessin, c’est qu’il accomplit parfaitement son rôle dans l’adaptation : il capture le texte original, les descriptions, les émotions, et les retranscrit dans le medium de la BD : le dessin. Les regards et les silences en disent long, les paysages sont un personnage à part entière. Seuls les dialogues factuels ont été conservés, ce qui donne une narration légère et fluide. L’histoire de Philippe Claudel est sombre au possible, et parle de l’âme humaine, de la peur de l’autre, de la lâcheté face au danger… bref, vous voyez le tableau. Je suis ressorti de ma lecture bouleversé. « Le Rapport de Brodeck » est pour moi un diptyque parfait. Je me retrouve complètement incapable de justifier une note autre que 5/5… et je vois que je ne suis pas le seul.

11/11/2019 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5
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Larcenet fait aujourd'hui figure d'autorité dans le paysage de la BD française, avec des sorties d'albums toujours plus remarquées, des critiques élogieuses et une omniprésence dans les ventes, les articles et les festivals. C'est un monstre de la BD, et à ce titre j'essaye de rester encore plus neutre lorsque j'en parle. Il est beaucoup trop facile de tomber dans les louanges faciles quand on aime quasiment tout de l'auteur. Pourtant, le rapport de Brodeck m'a happé à nouveau. Comme tout les autres ouvrages de l'auteur. Implacablement. Je ne pourrais pas dire grand chose que les autres avis n'ont déjà soulignés. Tout est bon, du dessin à l'histoire, les cadrages, les partis pris et les représentations, ce qui s'en dégage ... Tout ! Rien ne semble laissé au hasard, et j'ai une envie de le relire alors même que je rédige cet avis. Mais je crois qu'il faut prendre le temps pour le lire, parce que cette œuvre est dense et noire. Très noire. Pas seulement au niveau du trait. C'est ici l'humanité dans toute son horreur à laquelle on assiste. Et ça n'est vraiment pas beau. D'ailleurs Larcenet renforce cette horreur par la contemplation de la nature qui environne ce village. Une nature qui gagne toujours à la fin, recouvrant tout, les crimes et l'horreur. Des thèmes chers à l'auteur et qu'on retrouve dans bon nombre d’œuvres. Larcenet signe ici un chef-d’œuvre (et je ne pourrais dire si c'est SON chef-d’œuvre, tant les autres me semblent légitimes à concourir aussi), et l'adaptation est une réussite à tout point. Je n'ai nul envie de lire le livre, convaincu que je n'en tirerais rien de plus. La BD est suffisante à elle-même sur tout. Elle n'appelle nulle lecture supplémentaire. Je m'arrêterais ici, en suggérant simplement la lecture de cet œuvre. Elle est traversée d'une noirceur et d'une fatalité, mais elle marque. Larcenet à plus que réussi son coup, et prouve encore une fois la mesure de son talent. Un monstre sacré, cet auteur.

02/07/2018 (modifier)
Par Ju
Note: 5/5
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J'ai lu le rapport de Brodeck sur la base des avis du site. Et je dois avouer qu'à la fin du premier tome, j'étais un peu déçu. Bien sûr, la beauté graphique et la profondeur de l'oeuvre faisaient déjà leur effet, mais il y avait un je ne sais quoi qui me dérangeait. Avec le recul, je pense que c'est dû d'une part à la faible présence physique de l'Anderer dans ce tome, qui fait que j'ai eu du mal à me mettre à fond dans l'intrigue, et au fait que l'ambiance est vraiment spécifique, il m'a fallu un temps d'adaptation pour y rentrer. Car avec la lecture du tome 2, j'ai été subjugué, passionné. J'ai donc relu le tome 1 une deuxième fois, et je l'ai trouvé excellent, en le mettant en parallèle avec le second. Je pense que j'aurais dû les lire directement à la suite. Car l'ensemble est magnifique. Le scénario, tiré du roman de Philippe Claudel, est profond, intelligent. Il permet de se pencher sur la nature humaine dans ce qu'elle a de plus profond, ses vices, ses lâchetés, mais aussi son humanité (qui transperce quand même chez certains villageois). Et la peur de l'autre, aujourd'hui encore d'actualité (comme à toutes les époques malheureusement) est très bien traitée, sans en rajouter et avec intelligence. En parallèle, j'ai trouvé le personnage de Brodeck très réussi, finement dépeint. L'horreur de ce qu'il a vécu et de sa situation sont décrites sans minimiser ni en rajouter,et cela rend très bien. Et puis il y a le dessin. C'est magnifique. Le noir et blanc n'a jamais été aussi bien utilisé et se prête parfaitement à l'ambiance de la BD. Le texte est résolument noir, le dessin l'accompagne dans cette voie. En ce qui concerne le style, c'est très propre, les personnages sont dessinés sans détour, avec tous leurs défauts, comme des hommes ordinaires. "Le Rapport de Brodeck" fait partie des bds où le dessin a un rôle fondamental, essentiel dans l'oeuvre. Et si, quand je lis une adaptation d'un roman en bd, j'aime bien aller jeter un oeil au dit roman, je n'en ressens pas le besoin ici. Car Manu Larcenet a réalisé un chef-d'oeuvre, et je ne pense pas, vu le niveau de cette bd, que la lecture du seul roman puisse m'apporter quelque chose en plus, sans aucune offense pour Philippe Claudel, dont le scénario m'a enchanté.

04/05/2018 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
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Noir, dur, beau. Cela rappelle les bouquins de Comes, comme Silence, où le mystère du noir et blanc, si absolument contrasté, très silencieux, maintient en nous toutes les craintes. Mais la qualité du dessin est ici plus subtile encore. Encre de chine mais peut-être sur du calque avec des blancs peut-être gagnés à la lame de rasoir. (qui figurent soit la brume, soit le vent, le froid, les souvenirs, les chevelures et les barbes à la lumière...) les fonds blancs sont toujours tachés, comme si la poussière restait toujours en suspension. Une sorte d'uniformité dans les visages qui rend l'identification des personnages difficile et inquiétante. toujours des ridules minuscules qui creusent les joues, le tour des yeux. Pour le scénario, il explore la noirceur de l'humain pris en meute, mais sans en faire un monstre. On peut se reconnaître dans ces faits affreux, et c'est cela qui n'est pas du tout confortable. Les témoignages des uns et des autres sont les facettes de nos faiblesses communes. Et Brodeck qui réunit tous ces points de vues et qui essaye de rester extérieur, n'y parvient jamais vraiment... Évidemment que c'est du grand art mais je comprends que beaucoup d'entre nous ne seront pas attiré par ce genre de regard lucide tourné contre soi-même. J'ai vu des comparaisons avec Blast, mais ici cela atteint une portée universelle, ce n'est plus un individu marginal, un éblouissement déviant. Ici les longueurs sont celles du drame humain tout entier. C'est pourquoi beaucoup ont misé sur l'appréciation "culte". Je ne vais pas jusque là parce que le message n'est pas de ceux que l'on pourra partager aussi facilement que ça. Cela restera quelque chose d'inconfortable, de personnel, dont on aura de la peine à parler finalement. Le contraire d'une référence à laquelle on se réfère pour expliquer quelque chose.

23/10/2016 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Ouaw ! Quelle claque visuelle ! De celles qui laissent des traces. Alors que Larcenet réservait plutôt ses "noirceurs" à sa maison d'éditions des Rêveurs, il en distille aussi de plus en plus chez Dargaud, comme on avait pu le découvrir avec l'excellent, le brillant Blast. C'est bien évidemment à Blast que j'ai pensé en lisant cet album. D'abord pour le dessin, superbe, tout en esquisses parfois, mais aussi d'une netteté quasi cristalline, qui m'a rappelé certains passages où Polza se baladait en forêt. Et, là aussi le Noir et Blanc est franchement superbement utilisé, et très à propos, collant à la peau d'une histoire déroulant toutes les nuances du Noir au Gris. C'est une sorte de reconstruction, de l'histoire d'un village, d'un meurtre collectif, mais aussi peut-être d'un homme, Brodeck, hanté par des peurs, des cauchemars. Sans que cela soit précisément situé, on devine une région d'Europe centrale, peu après la guerre (la "Seconde") et ses horreurs, Brodeck ayant échappé aux tueries des camps en abandonnant son humanité : c'est cette humanité qu'il reconstitue peu à peu, sur le papier en même temps que dans sa tête - j'allais dire dans sa quête. C'est un album épais, qui se lit vite, car de nombreuses cases sont muettes, mais sur lequel on revient. De plus, Larcenet prend son temps, et l'ambiance noire est traversée de longs passages bucoliques, qui étirent le temps. Album à lire, vraiment. ************* MAJ après lecture du second tome. L'indicible, qui donne son titre à ce second tome, cette parole difficile à libérer pour ceux qui gardent un lourd secret, mais aussi pour ceux qui n'ont plus foi dans les mots, eh bien Larcenet a réussi à la rendre tangible. Avec une économie de mots, il conclut brillamment cette histoire déchirante, qui révèle des hommes en jetant un voile sur l'humanité. C'est très noir, mais c'est très beau ! Et je ne parle pas ici que du texte (il faudrait aussi inclure les silences !), mais aussi du dessin, qui est pour beaucoup dans le côté bouleversant de cette œuvre. Pas grand chose à ajouter donc, si ce n'est une cinquième étoile. Comme pour Blast, ce pan nouveau de l'œuvre de Larcenet marquera tous ses lecteurs.

26/09/2015 (MAJ le 28/09/2016) (modifier)
Par sloane
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur sloane

Comment qualifie-t-on un chef d’œuvre? Lorsqu'il s'agit de littérature et plus particulièrement ici de BD, on parle d'une œuvre qui a été reconnue par son succès public, par les pairs de la communauté pour de multiples raisons. Qualité du dessin, sens du découpage, mise en images, rendu des expressions des différents protagonistes de l'histoire, bref je ne vais pas vous faire la totale, mais ici essayez d'imaginer tout ce qui vous fait apprécier une BD. Quelles qu'en soient les raisons, il reste ensuite ces petits riens, ou grandes choses, qui vos émeuvent. Des choses de l'ordre de l’indicible, du ressenti, du fameux subjectif. Il est des œuvres qui vont au delà de l'exprimable, qui réveillent, révèlent en nous des angoisses, des peurs, des souvenirs, des choses que l'on croyait réglées mais que ce livre font sournoisement ressortir. Subrepticement, insidieusement, à notre plus grand étonnement, ce détail au détour d'une case fait ressurgir l'âme humaine dans toute sa grandeur mais aussi sa bassesse. Que c'est noir, torturé, angoissant, en lisant ce livre je n'ai pu m'empêcher de penser à Conrad puis au colonel Kurtz d'"Apocalypse Now". Rappelez vous les derniers mots du roman et du film: "L'horreur!, l'horreur!". Cet album nous dit donc tout sur l'humain; l'horreur, la noirceur mais aussi la lumière. Pas une lumière christique ou de rédemption et à vrai dire plus une étincelle fragile qui ne demande qu'à être protégée contre la folie, la lâcheté, la veulerie des hommes. Sombres mais magnifiques pages sur la vie, ou plutôt la mort dans les camps de concentration. J'ai particulièrement apprécié le fait que les gardiens, les bourreaux soient traités comme des êtres sans visage. L'universalité de la machine de mort y prend tout son sens. Et ce dessin, ce trait!: Larcenet par ailleurs excellent sur ses œuvres précédentes nous fait ici du Chabouté. Par les Dieux, quel travail!, quel rendu, le format à l'italienne rend un hommage somptueux à son adaptation. Lecture pour dépressifs? Non, juste un constat sur l'état de l'homme. Ma critique peut sembler un peu grandiloquente, partir en live comme l'on dit, mais vraiment lorsque l'on ouvre ce bel album on se trouve comme happé par une histoire mais aussi une atmosphère, des ressentis comme rarement une lecture peut en procurer. Alors immanquable?, évidemment, il est rare de tomber sur un tel choc graphique et scénaristique. Je ne sais ce que vaut le roman dont cette histoire est tirée et peut être le lirai je un jour, quoi qu'il en soit j'attends avec un grande impatience la seconde partie de la BD. Tome 2 " L'indicible" Avais je des doutes concernant cette suite tant attendue du fameux rapport ?; à vrai dire pas franchement. La encore quelle claque mes amis, je ne sais si vous avez lu ce diptyque mais si ce n'est pas le cas un petit conseil allez y les yeux fermés ou plutôt grands ouverts. C'est beau à en pleurer, d'admiration, de rage contre la bêtise crasse, ici le terme de claque est tout sauf galvaudé. Alors oui la lecture n'est pas drôle, elle peut même vous gâcher un bel après midi d'arrière saison tant elle vient titiller les tréfonds de l'âme humaine, celle du lecteur bien sur posant la question de comment nous aurions agit confronté à la même situation. Ici le constat est impitoyable, l'homme est veule, lâche, recroquevillé sur sa petitesse. Sur le fond mes petits camarades ont tout dit, aussi ne redirais je que mon admiration pour la beauté des planches de Larcenet qui livre ici un travail époustouflant tant sur les paysages somptueux que sur les visages qui expriment toute la palette des sentiments les plus vils de l'âme humaine. Oui la bande dessinée est un art, j'en veux pour preuve cette magnifique adaptation. A l'heure du recroquevillement sur soi même d'une grande partie du genre humain je n'aurais qu'un souhait; faites tourner cette BD, faites là découvrir au plus grand nombre. Merci Mr Larcenet pour ce qui resteras une œuvre classée dans mon top 10

27/06/2015 (MAJ le 17/09/2016) (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

Cela fait quelques temps maintenant que Manu Larcenet s'est éloigné des rivages de la BD d'humour pour se consacrer quasi entièrement à son autre passion, les récits en bande dessinée bien plus sombres et sérieux. Or dans mon cas, c'était par le biais de Fluide Glacial que j'avais appris à l'aimer et déjà à l'époque, j'étais nettement moins fan de ses oeuvres plus intimistes publiées chez les Rêveurs. Et notamment, même si j'ai acheté les 4 tomes de Blast au fur et à mesure de leur parution, je n'ai pas encore trouvé le courage d'en lire davantage que le seul premier tome. C'est purement une question de goût. C'est la légèreté et l'évasion que je cherche en BD. De la légèreté, il n'y en a absolument pas dans Le Rapport de Brodeck. Et s'il y a de l'évasion, elle est limitée aux décors enneigés de ce village germanique perdu dans les montagnes. Car c'est un récit étouffant et lourd que nous offre ici Manu Larcenet avec l'adaptation de ce roman original se déroulant peu de temps après la seconde guerre mondiale. C'est un récit qui s'attache à dévoiler les tréfonds de l'âme humaine, la peur, le traumatisme, la suspicion, le rejet de l'inconnu et la haine qui en découle. Le tout est raconté avec maestria, avec une dose d'inconnu qui donne envie d'en savoir plus, et des révélations successives qui permettent de comprendre les tourments des protagonistes et comment on peut en arriver à l'impensable. Le graphisme est à la hauteur du défi. Très soigné, très beau sur le plan technique, il dégage cette même atmosphère suffocante qui imprègne le récit. Malgré sa beauté, malgré quelques paysages purement naturels et ouverts, j'ai ressenti un véritable étouffement à suivre ses planches et ses visages fermés et méfiants. Bref, sur le plan technique et sur la réussite à mettre en scène un récit complexe et intelligent, c'est réussi. Mais pour autant je n'ai pas accroché, toujours probablement pour cette question de goût. Car j'ai trouvé ça un peu trop intellectualisant, avec ce contexte si lourd, ces traumatismes qui s'entrecroisent et cette plongée au fond de l'esprit des personnages. Et surtout j'ai trouvé ça sombre et là il faut croire que c'est mon propre esprit traumatisé qui rejette cela. Non pas que je trouve ça mauvais, juste que je ne prends pas de réel plaisir à la lecture. Du coup, cette série a révélé pour moi une certaine fascination pour l'originalité et l'intelligence de son contenu et pour la beauté de sa forme, mais je n'ai pas été réellement captivé car le sujet n'a pas su me toucher et que le côté sombre tant du fond que du graphisme m'a un peu plombé le moral.

05/09/2016 (modifier)