Le Rapport de Brodeck

Note: 4.47/5
(4.47/5 pour 15 avis)

Manu Larcenet s'attaque pour la première fois à une adaptation, celle du chef-d'oeuvre de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck. Mais lorsque l'auteur de Blast et du Combat ordinaire s'empare du texte, c'est pour le faire sien et lui donner une nouvelle vie, éclatante, sombre et tragique. Des pages d'une beauté stupéfiante, magnifiant la nature sauvage et la confrontant à la petitesse des hommes ; une plongée dans les abîmes servie par un noir et blanc sublime et violent.


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Manu Larcenet s'attaque pour la première fois à une adaptation, celle du chef-d'oeuvre de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck. Le héros de ce roman, Brodeck, revient dans son village après avoir été déporté dans un camp. Dans ce texte, les thèmes du crime, de la lâcheté, de la mauvaise conscience et de la xénophobie sont abordés. Le rapport de Brodeck est une sorte de parabole, de fable. L'action se déroule dans un village de montagne, située près de la frontière allemande. Le narrateur, Brodeck est chargé de rédiger un rapport sur la mort d'un étranger, der Anderer (l'autre), qui séjournait dans le village. Son exécution par tous les hommes du village, sauf Brodeck est appelée l'Ereigniës. D'où vient ce mot ? Das Ereignis siginifie en allemand l'événement, il fait référence au meurtre perpétré dans le village. L'Anderer, par son comportement, ses dessins, est un miroir de ce qu'ils sont vraiment, au-delà des apparences et des statuts sociaux. Il leur renvoie leur lâcheté et leurs trahisons, leurs compromissions avec l'occupant de la guerre passée et cela, ils ne peuvent pas l'accepter

Scénariste
Auteur oeuvre originale
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 10 Avril 2015
Statut histoire Série terminée 2 tomes parus
Couverture de la série Le Rapport de Brodeck
Les notes (15)
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13/04/2015 | Jetjet
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Par Alix
Note: 5/5 Coups de coeur du moment
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Adapter une œuvre d’un medium à un autre est souvent casse-gueule (combien de romans retranscrits en films ou séries télé déçoivent les fans ?). Les adaptations de romans en BD sont courantes (766 séries référencées sur le site au moment où j’écris ces lignes) mais l’exercice est difficile et « casse gueule ». Manu Larcenet réussit pour moi un sans-faute, et évite les pièges classiques (textes trop abondants et grosses coupures scénaristiques). Le dessin n’est pas « juste » magnifique, avec ce noir et blanc d’une précision remarquable, et ces scènes contemplatives d’une poésie rarement égalée. Non, ce qui est remarquable selon moi dans le dessin, c’est qu’il accomplit parfaitement son rôle dans l’adaptation : il capture le texte original, les descriptions, les émotions, et les retranscrit dans le medium de la BD : le dessin. Les regards et les silences en disent long, les paysages sont un personnage à part entière. Seuls les dialogues factuels ont été conservés, ce qui donne une narration légère et fluide. L’histoire de Philippe Claudel est sombre au possible, et parle de l’âme humaine, de la peur de l’autre, de la lâcheté face au danger… bref, vous voyez le tableau. Je suis ressorti de ma lecture bouleversé. « Le Rapport de Brodeck » est pour moi un diptyque parfait. Je me retrouve complètement incapable de justifier une note autre que 5/5… et je vois que je ne suis pas le seul.

11/11/2019 (modifier)
Par gruizzli
Note: 5/5
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Larcenet fait aujourd'hui figure d'autorité dans le paysage de la BD française, avec des sorties d'albums toujours plus remarquées, des critiques élogieuses et une omniprésence dans les ventes, les articles et les festivals. C'est un monstre de la BD, et à ce titre j'essaye de rester encore plus neutre lorsque j'en parle. Il est beaucoup trop facile de tomber dans les louanges faciles quand on aime quasiment tout de l'auteur. Pourtant, le rapport de Brodeck m'a happé à nouveau. Comme tout les autres ouvrages de l'auteur. Implacablement. Je ne pourrais pas dire grand chose que les autres avis n'ont déjà soulignés. Tout est bon, du dessin à l'histoire, les cadrages, les partis pris et les représentations, ce qui s'en dégage ... Tout ! Rien ne semble laissé au hasard, et j'ai une envie de le relire alors même que je rédige cet avis. Mais je crois qu'il faut prendre le temps pour le lire, parce que cette œuvre est dense et noire. Très noire. Pas seulement au niveau du trait. C'est ici l'humanité dans toute son horreur à laquelle on assiste. Et ça n'est vraiment pas beau. D'ailleurs Larcenet renforce cette horreur par la contemplation de la nature qui environne ce village. Une nature qui gagne toujours à la fin, recouvrant tout, les crimes et l'horreur. Des thèmes chers à l'auteur et qu'on retrouve dans bon nombre d’œuvres. Larcenet signe ici un chef-d’œuvre (et je ne pourrais dire si c'est SON chef-d’œuvre, tant les autres me semblent légitimes à concourir aussi), et l'adaptation est une réussite à tout point. Je n'ai nul envie de lire le livre, convaincu que je n'en tirerais rien de plus. La BD est suffisante à elle-même sur tout. Elle n'appelle nulle lecture supplémentaire. Je m'arrêterais ici, en suggérant simplement la lecture de cet œuvre. Elle est traversée d'une noirceur et d'une fatalité, mais elle marque. Larcenet à plus que réussi son coup, et prouve encore une fois la mesure de son talent. Un monstre sacré, cet auteur.

02/07/2018 (modifier)
Par Ju
Note: 5/5
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J'ai lu le rapport de Brodeck sur la base des avis du site. Et je dois avouer qu'à la fin du premier tome, j'étais un peu déçu. Bien sûr, la beauté graphique et la profondeur de l'oeuvre faisait déjà leur effet, mais il y avait un je ne sais quoi qui me dérangeait. Avec le recul, je pense que c'est dû d'une part à la faible présence physique de l'Anderer dans ce tome, qui fait que j'ai eu du mal à me mettre à fond dans l'intrigue, et au fait que l'ambiance est vraiment spécifique, il m'a fallu un temps d'adaptation pour y rentrer. Car avec la lecture du tome 2, j'ai été subjugué, passionné. J'ai donc relu le tome 1 une deuxième fois, et je l'ai trouvé excellent, en le mettant en parallèle avec le second. Je pense que j'aurais dû les lire directement à la suite. Car l'ensemble est magnifique. Le scénario, tiré du roman de Philippe Claudel, est profond, intelligent. Il permet de se pencher sur la nature humaine dans ce qu'elle a de plus profond, ses vices, ses lâchetés, mais aussi son humanité (qui transperce quand même chez certains villageois). Et la peur de l'autre, aujourd'hui encore d'actualité (comme à toutes les époques malheureusement) est très bien traitée, sans en rajouter et avec intelligence. En parallèle, j'ai trouvé le personnage de Brodeck très réussi, finement dépeint. L'horreur de ce qu'il a vécu et de sa situation sont décrites sans minimiser ni en rajouter,et cela rend très bien. Et puis il y a le dessin. C'est magnifique. Le noir et blanc n'a jamais été aussi bien utilisé et se prête parfaitement à l'ambiance de la BD. Le texte est résolument noir, le dessin l'accompagne dans cette voie. En ce qui concerne le style, c'est très propre, les personnages sont dessinés sans détour, avec tous leurs défauts, comme des hommes ordinaires. "Le Rapport de Brodeck" fait partie des bds où le dessin a un rôle fondamental, essentiel dans l'oeuvre. Et si, quand je lis une adaptation d'un roman en bd, j'aime bien aller jeter un oeil au dit roman, je n'en ressens pas le besoin ici. Car Manu Larcenet a réalisé un chef-d'oeuvre, et je ne pense pas, vu le niveau de cette bd, que la lecture du seul roman puisse m'apporter quelque chose en plus, sans aucune offense pour Philippe Claudel, dont le scénario m'a enchanté.

04/05/2018 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5
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Noir, dur, beau. Cela rappelle les bouquins de Comes, comme Silence, où le mystère du noir et blanc, si absolument contrasté, très silencieux, maintient en nous toutes les craintes. Mais la qualité du dessin est ici plus subtile encore. Encre de chine mais peut-être sur du calque avec des blancs peut-être gagnés à la lame de rasoir. (qui figurent soit la brume, soit le vent, le froid, les souvenirs, les chevelures et les barbes à la lumière...) les fonds blancs sont toujours tachés, comme si la poussière restait toujours en suspension. Une sorte d'uniformité dans les visages qui rend l'identification des personnages difficile et inquiétante. toujours des ridules minuscules qui creusent les joues, le tour des yeux. Pour le scénario, il explore la noirceur de l'humain pris en meute, mais sans en faire un monstre. On peut se reconnaître dans ces faits affreux, et c'est cela qui n'est pas du tout confortable. Les témoignages des uns et des autres sont les facettes de nos faiblesses communes. Et Brodeck qui réunit tous ces points de vues et qui essaye de rester extérieur, n'y parvient jamais vraiment... Évidemment que c'est du grand art mais je comprends que beaucoup d'entre nous ne seront pas attiré par ce genre de regard lucide tourné contre soi-même. J'ai vu des comparaisons avec Blast, mais ici cela atteint une portée universelle, ce n'est plus un individu marginal, un éblouissement déviant. Ici les longueurs sont celles du drame humain tout entier. C'est pourquoi beaucoup ont misé sur l'appréciation "culte". Je ne vais pas jusque là parce que le message n'est pas de ceux que l'on pourra partager aussi facilement que ça. Cela restera quelque chose d'inconfortable, de personnel, dont on aura de la peine à parler finalement. Le contraire d'une référence à laquelle on se réfère pour expliquer quelque chose.

23/10/2016 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Ouaw ! Quelle claque visuelle ! De celles qui laissent des traces. Alors que Larcenet réservait plutôt ses "noirceurs" à sa maison d'éditions des Rêveurs, il en distille aussi de plus en plus chez Dargaud, comme on avait pu le découvrir avec l'excellent, le brillant Blast. C'est bien évidemment à Blast que j'ai pensé en lisant cet album. D'abord pour le dessin, superbe, tout en esquisses parfois, mais aussi d'une netteté quasi cristalline, qui m'a rappelé certains passages où Polza se baladait en forêt. Et, là aussi le Noir et Blanc est franchement superbement utilisé, et très à propos, collant à la peau d'une histoire déroulant toutes les nuances du Noir au Gris. C'est une sorte de reconstruction, de l'histoire d'un village, d'un meurtre collectif, mais aussi peut-être d'un homme, Brodeck, hanté par des peurs, des cauchemars. Sans que cela soit précisément situé, on devine une région d'Europe centrale, peu après la guerre (la "Seconde") et ses horreurs, Brodeck ayant échappé aux tueries des camps en abandonnant son humanité : c'est cette humanité qu'il reconstitue peu à peu, sur le papier en même temps que dans sa tête - j'allais dire dans sa quête. C'est un album épais, qui se lit vite, car de nombreuses cases sont muettes, mais sur lequel on revient. De plus, Larcenet prend son temps, et l'ambiance noire est traversée de longs passages bucoliques, qui étirent le temps. Album à lire, vraiment. ************* MAJ après lecture du second tome. L'indicible, qui donne son titre à ce second tome, cette parole difficile à libérer pour ceux qui gardent un lourd secret, mais aussi pour ceux qui n'ont plus foi dans les mots, eh bien Larcenet a réussi à la rendre tangible. Avec une économie de mots, il conclut brillamment cette histoire déchirante, qui révèle des hommes en jetant un voile sur l'humanité. C'est très noir, mais c'est très beau ! Et je ne parle pas ici que du texte (il faudrait aussi inclure les silences !), mais aussi du dessin, qui est pour beaucoup dans le côté bouleversant de cette œuvre. Pas grand chose à ajouter donc, si ce n'est une cinquième étoile. Comme pour Blast, ce pan nouveau de l'œuvre de Larcenet marquera tous ses lecteurs.

26/09/2015 (MAJ le 28/09/2016) (modifier)
Par sloane
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
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Comment qualifie-t-on un chef d’œuvre? Lorsqu'il s'agit de littérature et plus particulièrement ici de BD, on parle d'une œuvre qui a été reconnue par son succès public, par les pairs de la communauté pour de multiples raisons. Qualité du dessin, sens du découpage, mise en images, rendu des expressions des différents protagonistes de l'histoire, bref je ne vais pas vous faire la totale, mais ici essayez d'imaginer tout ce qui vous fait apprécier une BD. Quelles qu'en soient les raisons, il reste ensuite ces petits riens, ou grandes choses, qui vos émeuvent. Des choses de l'ordre de l’indicible, du ressenti, du fameux subjectif. Il est des œuvres qui vont au delà de l'exprimable, qui réveillent, révèlent en nous des angoisses, des peurs, des souvenirs, des choses que l'on croyait réglées mais que ce livre font sournoisement ressortir. Subrepticement, insidieusement, à notre plus grand étonnement, ce détail au détour d'une case fait ressurgir l'âme humaine dans toute sa grandeur mais aussi sa bassesse. Que c'est noir, torturé, angoissant, en lisant ce livre je n'ai pu m'empêcher de penser à Conrad puis au colonel Kurtz d'"Apocalypse Now". Rappelez vous les derniers mots du roman et du film: "L'horreur!, l'horreur!". Cet album nous dit donc tout sur l'humain; l'horreur, la noirceur mais aussi la lumière. Pas une lumière christique ou de rédemption et à vrai dire plus une étincelle fragile qui ne demande qu'à être protégée contre la folie, la lâcheté, la veulerie des hommes. Sombres mais magnifiques pages sur la vie, ou plutôt la mort dans les camps de concentration. J'ai particulièrement apprécié le fait que les gardiens, les bourreaux soient traités comme des êtres sans visage. L'universalité de la machine de mort y prend tout son sens. Et ce dessin, ce trait!: Larcenet par ailleurs excellent sur ses œuvres précédentes nous fait ici du Chabouté. Par les Dieux, quel travail!, quel rendu, le format à l'italienne rend un hommage somptueux à son adaptation. Lecture pour dépressifs? Non, juste un constat sur l'état de l'homme. Ma critique peut sembler un peu grandiloquente, partir en live comme l'on dit, mais vraiment lorsque l'on ouvre ce bel album on se trouve comme happé par une histoire mais aussi une atmosphère, des ressentis comme rarement une lecture peut en procurer. Alors immanquable?, évidemment, il est rare de tomber sur un tel choc graphique et scénaristique. Je ne sais ce que vaut le roman dont cette histoire est tirée et peut être le lirai je un jour, quoi qu'il en soit j'attends avec un grande impatience la seconde partie de la BD. Tome 2 " L'indicible" Avais je des doutes concernant cette suite tant attendue du fameux rapport ?; à vrai dire pas franchement. La encore quelle claque mes amis, je ne sais si vous avez lu ce diptyque mais si ce n'est pas le cas un petit conseil allez y les yeux fermés ou plutôt grands ouverts. C'est beau à en pleurer, d'admiration, de rage contre la bêtise crasse, ici le terme de claque est tout sauf galvaudé. Alors oui la lecture n'est pas drôle, elle peut même vous gâcher un bel après midi d'arrière saison tant elle vient titiller les tréfonds de l'âme humaine, celle du lecteur bien sur posant la question de comment nous aurions agit confronté à la même situation. Ici le constat est impitoyable, l'homme est veule, lâche, recroquevillé sur sa petitesse. Sur le fond mes petits camarades ont tout dit, aussi ne redirais je que mon admiration pour la beauté des planches de Larcenet qui livre ici un travail époustouflant tant sur les paysages somptueux que sur les visages qui expriment toute la palette des sentiments les plus vils de l'âme humaine. Oui la bande dessinée est un art, j'en veux pour preuve cette magnifique adaptation. A l'heure du recroquevillement sur soi même d'une grande partie du genre humain je n'aurais qu'un souhait; faites tourner cette BD, faites là découvrir au plus grand nombre. Merci Mr Larcenet pour ce qui resteras une œuvre classée dans mon top 10

27/06/2015 (MAJ le 17/09/2016) (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
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Cela fait quelques temps maintenant que Manu Larcenet s'est éloigné des rivages de la BD d'humour pour se consacrer quasi entièrement à son autre passion, les récits en bande dessinée bien plus sombres et sérieux. Or dans mon cas, c'était par le biais de Fluide Glacial que j'avais appris à l'aimer et déjà à l'époque, j'étais nettement moins fan de ses oeuvres plus intimistes publiées chez les Rêveurs. Et notamment, même si j'ai acheté les 4 tomes de Blast au fur et à mesure de leur parution, je n'ai pas encore trouvé le courage d'en lire davantage que le seul premier tome. C'est purement une question de goût. C'est la légèreté et l'évasion que je cherche en BD. De la légèreté, il n'y en a absolument pas dans Le Rapport de Brodeck. Et s'il y a de l'évasion, elle est limitée aux décors enneigés de ce village germanique perdu dans les montagnes. Car c'est un récit étouffant et lourd que nous offre ici Manu Larcenet avec l'adaptation de ce roman original se déroulant peu de temps après la seconde guerre mondiale. C'est un récit qui s'attache à dévoiler les tréfonds de l'âme humaine, la peur, le traumatisme, la suspicion, le rejet de l'inconnu et la haine qui en découle. Le tout est raconté avec maestria, avec une dose d'inconnu qui donne envie d'en savoir plus, et des révélations successives qui permettent de comprendre les tourments des protagonistes et comment on peut en arriver à l'impensable. Le graphisme est à la hauteur du défi. Très soigné, très beau sur le plan technique, il dégage cette même atmosphère suffocante qui imprègne le récit. Malgré sa beauté, malgré quelques paysages purement naturels et ouverts, j'ai ressenti un véritable étouffement à suivre ses planches et ses visages fermés et méfiants. Bref, sur le plan technique et sur la réussite à mettre en scène un récit complexe et intelligent, c'est réussi. Mais pour autant je n'ai pas accroché, toujours probablement pour cette question de goût. Car j'ai trouvé ça un peu trop intellectualisant, avec ce contexte si lourd, ces traumatismes qui s'entrecroisent et cette plongée au fond de l'esprit des personnages. Et surtout j'ai trouvé ça sombre et là il faut croire que c'est mon propre esprit traumatisé qui rejette cela. Non pas que je trouve ça mauvais, juste que je ne prends pas de réel plaisir à la lecture. Du coup, cette série a révélé pour moi une certaine fascination pour l'originalité et l'intelligence de son contenu et pour la beauté de sa forme, mais je n'ai pas été réellement captivé car le sujet n'a pas su me toucher et que le côté sombre tant du fond que du graphisme m'a un peu plombé le moral.

05/09/2016 (modifier)
Par PAco
Note: 5/5
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Encore une fois, Manu Larcenet place la barre très haute avec cette adaptation du roman de Philippe Claudel. Quelle claque graphique ! Et quelle narration ! Au sortir de « Blast » on aurait pu se dire qu’il allait être très dur de remettre en forme et de coucher sur le papier quelque chose d’aussi efficace et magnifique, mais il faut croire que le texte de Claudel était fait pour Larcenet et son noir et blanc. Car à bien y réfléchir on y retrouve la plupart des thèmes de prédilection traités dans Blast : les exclus, la folie humaine, la survie, la lâcheté, le meurtre, la beauté de la nature, l’art, le mensonge, la vérité… Tout autant de thèmes qu’on retrouve, par un biais différent, mais toujours avec la même force que lui confère son dessin qui balance entre l’impressionisme et l’hyperréalisme. C’est cette technique particulière qui lui permet d’imposer ces ambiances si singulières : très éthérées, à la limite du magique quand il s’agit de dépeindre cette nature si imposante et majestueuse ; très lourde au contraire dans les relations humaines avec les drames qu’on découvre au fil du récit. Et puis viennent les soldats… Wow ! Quelle force graphique dans cette représentation !!! C’est juste énorme de justesse et de ton. Ce côté monstrueux rendu au final de façon simple mais tellement évocatrice ! L’effroi a un visage… La monstruosité universelle de l’espèce humaine trouve son incarnation dans ces créatures plus proches de l’ogre que de l’homme et nous fait prendre la mesure terrifiante de ce dont nous sommes capables ou justement incapables. C’est donc encore du très grand Manu Larcenet qui nous sont livrés au travers de ces deux magnifiques tomes, d’autant que la présentation et le format à l’italienne (j’adore ce format) sont un plus non négligeables : deux très beaux objets au contenu non moins puissant, terrifiant et/mais magnifique.

13/07/2016 (modifier)
Par herve
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
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Tome 1 Après le très sombre mais réussi Blast, Manu Larcenet nous revient avec un récit noir, dur adapté du roman éponyme de Philippe Claudel. Tout d'abord, en ouvrant cet ouvrage (judicieusement édité sous un format à l'italienne), j'ai eu une claque, une claque graphique. Quelle maîtrise du noir et blanc, quelle maîtrise de l'espace où les planches muettes sont toutes aussi, voire plus, expressives que les pages commentées par Brodeck. Certaines pages sont difficiles à supporter: celles consacrées aux camps de concentration par exemple. Le dessin de Larcenet, encore plus réaliste que celui qu'il avait adopté sur Blast, fait de ce premier volume le livre incontournable de cette année. Le parti pris de l'auteur (peu de dialogues, un récit à la première personne, et des planches muettes) est si bien dosé que je n'ose pas, et c'est un comble, découvrir la suite rapidement en lisant le roman, de peur d'être déçu. Une plongée très réussie dans les méandres de la noirceur humaine. PS: l'éditeur aurait dû prévoir un étui plus aisé à retirer !!! Tome 2 Dès la sortie du premier volume, j'avais souligné la beauté des planches, le plus souvent muettes. Changement de registre avec ce second volume, avec des dialogues beaucoup plus nombreux mais le talent de Manu Larcenet reste, heureusement, ici, intact. Alors que les paysages champêtres étaient légions dans le précédent volume, Larcenet se recentre ici autour de deux personnages, ou plutôt de deux destins, qui, en apparence sont différents, mais qui au final se rejoignent, celui de Brodeck évidemment, et celui de l'autre, dit "l'anderer". Larcenet, au fil des pages, réussit à nous transmettre une ambiance de plus en plus étouffante de ce village situé, situé où au fait... au cœur d'une Europe meurtrie par une guerre. Cela pourrait se dérouler en Pologne par exemple. A travers ce rapport, on en apprend autant sur cet "étranger" que sur Brodeck (et sa famille), qui n'est pas loin non plus d'être un étranger au village. Graphiquement Manu Larcenet est ici à son meilleur niveau, encore au dessus de ce qu'il nous avait livré pour Blast. Les planches en n&b sont sublimes à tel point que l'on se demande, après le formidable Blast et ce diptyque inoubliable, ce que nous réserve l'ami Larcenet l'année prochaine. Un sentiment étrange me traverse au travers de la lecture de ce second volume. Autant, je n'avais pas envie de connaître la conclusion de ce récit à l'issue du premier volume, en me plongeant dans le roman de Claudel, autant, après avoir lu ce second tome, je pense lire le roman éponyme de Claudel pour voir la plus-value que Larcenet a apporté à ce récit. Un second volume très sombre, très riche, illustré de façon magistrale, d'après un roman, il ne faut pas l'oublier, de Philippe Claudel...bref une bd indispensable ! J'ai dévoré les deux volumes ce week-end mais je ne cesse d'y retourner pour admirer les superbes planches de Larcenet. Un album à lire, à relire et à admirer...on est proche du chef d’œuvre, non? Pour l'anecdote, les éditions Dargaud ont tenu compte des critiques sur la présentation du premier volume en offrant aux lecteurs un étui plus facile à retirer pour ce second volume !

18/04/2015 (MAJ le 21/06/2016) (modifier)
Par Puma
Note: 5/5 Coups de coeur expiré

Qui aurait pu imaginer, après Le Retour à la terre avec scénario autobiographique bien sympa pour un dessin à deux balles, et Le Combat ordinaire avec pas davantage d'investissement graphique que la série précédente - soit le service minimum -, qui aurait pu croire donc, que Manu Larcenet au vu de ce qu'il avait produit, était aussi capable graphiquement tout simplement du meilleur ? Je n'aurais pas misé un demi-kopek sur cette éventualité. Et le miracle est bel est bien arrivé ! Quand cette BD est sortie en 2015, pour ma part, elle était tout simplement ma plus belle découverte et lecture de l'année. Que du noir et du blanc. Au point que le blanc devienne presqu'une couleur, que l'absence par le blanc devienne remplissage, comme le silence en musique qui parfois est encore la musique ! Et les personnages, ... des gueules incroyables, plus vraies qu'on puisse l'imaginer. Pour la plupart de celles de villageois, sombres, taciturnes, inquiétantes, voire mortifères. Pour les autres, un brun de jovialité point. L'histoire est plus que sombre, quasi noire totale, en parfait accord avec ce choix graphique du noir ou blanc. La maîtrise du noir ou blanc est parfaite, et Manu Larcenet rejoint ici, voire dépasse, les grands maîtres de cet art que sont Comès – Chabouté – M.-A. Matthieu Vivement le second volet qui devrait nous parvenir le mois prochain … et chapeau bas Monsieur Larcenet !

07/05/2016 (modifier)