Blast

Note: 3.78/5
(3.78/5 pour 32 avis)

2010 : Prix Canal BD 2011 : Grand prix RTL de la bande dessinée (tome 2). Un homme seul, obèse et sale, est amené au commissariat. Ce qu'il a fait, pourquoi il est là, nous n'en saurons encore rien. Il se lance dans une explication pour le moins étonnante.


BDs à offrir Grand prix RTL de la bande dessinée Il y a 10 ans... L'Île de Pâques Larcenet Les Losers Les meilleures séries terminées en 2014 Les prix lecteurs BDTheque 2009 Les SDF Prix des Libraires de Bande Dessinée

Un homme seul, obèse et sale, est amené au commissariat. Ce qu'il a fait, pourquoi il est là, nous n'en saurons encore rien. Au cours de l'interrogatoire, confession impudique, il va livrer sa vie et expliquer au lecteur passionné comment il a, un jour, lâché prise, et est parti sur les routes à la recherche du Blast - cet instant magique où tout s'illumine et sa vie devient parfaite.

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 06 Novembre 2009
Statut histoire Série terminée 4 tomes parus
Couverture de la série Blast
Les notes (32)
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08/11/2009 | Miranda
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Par gruizzli
Note: 5/5
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Blast ... Quelle puissance que cet ouvrage. Quelle idée, quel souffle. Encore une fois, un Larcenet qui surprend. Blast, c'est une histoire qui doit se lire dans son intégralité, et en une fois si possible. C'est une histoire noire et violente, mais qui marque par ses révélations successives. Le cliché du type interrogé au commissariat par deux flics est vite mis à mal par le talent de Larcenet. Loin des clichés du roman noir ou du polar, il nous entraîne dans une plongée psychologique tout en profondeur. C'est la découverte de ce personnage atypique, énorme et inquiétant. Une traversée de la folie de cet homme, de la nature magnifique et de l'humanité qui ne l'est pas. Blast renferme à nouveau les nombreux thèmes récurrents de Larcenet : mort du père, rapport à la nature, humanité et marginalité. C'est pourtant une nouvelle fois une lecture complètement différente qui est proposée. Ici, Larcenet joue sur l’ambiguïté de son héros. Malsain et dérangeant, j'ai pourtant eu envie de découvrir jusqu'au bout ce qui lui était arrivé. Ce roman graphique enchante par sa façon de dévoiler une personnalité atypique par petites touches. Il est dérangeant de se confronter au monde de Polza. Mais en même temps, il est aussi humain que chacun d'entre nous. Et rien ne nous dit que nous ne soyons pas nous même aussi fou que lui. C'est une lecture que je vous recommande chaudement. Prenez-vous le temps de le lire calmement, à tête reposée. Faites-vous une lecture intense, et j'espère que vous aussi vous en ressortirez changé. Ce roman graphique laisse des traces, indéniablement.

16/09/2018 (modifier)
Par Erik
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
L'avatar du posteur Erik

J'ai bien aimé ce dernier Larcenet qui sait se renouveler à chaque fois. C'est en effet un peu différent de ce qu'il fait d'habitude. L'humour est généralement son genre de prédilection. Là, nous avons droit à une enquête policière sur un mystérieux gros personnage qui a sans doute commis l'irréparable. Les deux policiers veulent connaître les causes profondes d'un tel acte. Le suspect raconte alors l'histoire de sa vie sur un mode éminemment subjectif et c'est bien triste... La maîtrise narrative est parfaite. Les dialogues ainsi que les réflexions formulées sont du haut de gamme. Nous avons encore une oeuvre supérieure à la moyenne. Pas étonnant vu son auteur assez talentueux. Il excelle véritablement. En ce qui me concerne, il est devenu le maître incontesté de la BD en France. Le talent n'est même plus à démontrer. C'est vrai qu'il agace par son arrogance. Cependant, il n'y a qu'à juger sur pièce pour voir ce dont il est capable. Les plus grands ont souvent été critiqués. Il est clair que la laideur est ici revendiquée. Il n'y a qu'à voir la couverture. Bref, les détracteurs ne manqueront pas pour descendre en flèche cette œuvre et qui nous expliqueront qu'ils se sont ennuyés. Mais comment peut-on s'ennuyer devant cela alors qu'on peut s'extasier devant des productions insipides ? Oui, il faut avoir un certain niveau pour juger et tout le monde ne l'a pas, c'est ainsi. Mais respect également pour la médiocrité qui fait également partie de ce monde et qu'il faut bien accepter. Ne vous laissez pas abuser car nous avons là l'ébauche d'un chef-d'œuvre. J'ai été touché par cette œuvre qui parle de différence et de solitude, du mécanisme implacable qui explique le passage à l'acte. Il y a de la profondeur qui fait défaut à tant d'autres réalisations. Plus qu'une explosion, Blast est un véritable cri qui vient de l'intérieur ! A noter l'existence d'une intégrale qui est parfaite sur la forme malgré ses 800 pages. On a l'impression de lire un très gros roman. Inutile de préciser que j'ai acquis cet objet magnifique. J'en ai profité pour relire cette œuvre. Au sortir de cette lecture, il n'y a pas photo: c'est véritablement culte. Je rehausse par conséquent ma note. Note dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.5/5

13/11/2009 (MAJ le 31/10/2017) (modifier)
Par sagera
Note: 4/5

Blast est une oeuvre terriblement sombre et foisonnante. Elle plonge littéralement dans la psyché d'un homme dont on se demande, tout au long des quatre tomes, de quel bois il est fait. Personnellement, j'ai oscillé sans cesse entre un sentiment de compassion entre ce personnage singulier et une forme de répulsion, provoquée par la noirceur d'un parcours qui renvoie à toute la misère humaine. Avec cette BD, Larcenet frappe fort, quoi qu'il en soit. Prolongeant le regard social et l'analyse de la condition humaine déjà présents dans ses histoires passées, il franchit avec Blast un palier supérieur. Je dirai même qu'il est passé du statut simple d'auteurs de bd, à celui de véritable romancier, même s'il reste bien ancré dans l'univers de la bande dessinée. On sent en effet, qu'il est animé du souci de fouiller dans la psychologie et l'âme de ses personnages. On sent qu'il cherche à donner à ces derniers une épaisseur et une densité qui n'est pas aussi courante que ça dans le neuvième art. Pour autant, Larcenet n'oublie pas les arguments graphiques. Son graphisme est irréprochable. En parfaite adéquation avec son propos, il participe à donner chair aux tourments de son personnage principal. D'une noirceur impressionnante, il semble amplifier le malaise et le mal être qui collent à la peau de cet homme à la dérive. En refermant Blast, en bouclant le dernier tome, l'histoire m'a poursuivi les jours suivants. Des "scènes" me revenaient en mémoire et continuaient à me questionner à propos du parcours et de la dérive de ce personnage à la fois monstrueux et terriblement humain. Le signe que cette BD, est une véritable oeuvre car elle continue à vivre, bien après le mot fin.

09/09/2016 (modifier)
Par JAMES RED
Note: 4/5

Blast est une vaste fresque de 800 pages signée Larcenet, où celui-ci se penche sur le destin de Polza Mancini au physique pour le moins singulier. Polza est gardé à vue suspecté d'avoir tué une jeune femme. Ce Polza est un homme qui ne s'aimait pas et pour qui la vie a été une lutte sans fin. A travers de nombreux flash-back (raconté par Polza), on cherche à comprendre comment a pu se produire ce drame. Polza raconte une histoire, son histoire et l'on a bien dû mal à démêler le vrai du faux, tant les fausses pistes se succèdent. Et l'on en vient à se demander si peut-être la vérité n'est pas ailleurs et si elle ne se niche pas dans cet instant où Polza rentre dans une sorte de transe dans ce qu'il appelle le blast et où il voit les statues de l'île de Pâques… Polza, c'est l'histoire d'un être défait, inadapté, qui fuit sans cesse, mais montre une indéniable force de survie. Au cours de ses dérives Polza croisera toute la lie de l'humanité, à commencer par son père agresseur sexuel… Parfois, Polza se montre humain, plus souvent violent ; il est lui-même victime des autres dans des scènes parfois d'une extrême violence ; croisant plus dégueulasse que lui. On sent que Larcenet a mis beaucoup de lui dans cette œuvre, y compris, ces propres névroses ; finalement je crois que l'on peut ressentir une certaine cohérence avec certaines de ces autres œuvres qui traitaient de manière plus humoristique de la difficulté de communiquer, ou de la solitude. Cependant, jamais Larcenet n'avait traité d'un sujet aussi sombre. Le livre est presque entièrement en noir et blanc, hormis quelques effets de couleur qui montrent le moment où Polza atteint le blast. Ce dessin accentue la noirceur de l'ensemble.

17/08/2016 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

Larcenet est un auteur prolixe et protéiforme, qui produit une œuvre des plus intéressantes, et qui s’éloigne de plus en plus de l’humour plus ou moins con de ses débuts chez Fluide Glacial. Avec ce « Blast », on est assez proche de ce qu’il publie chez Les Rêveurs, au moins pour ce qui est de la noirceur – des propos comme du trait. J’ai trouvé le dessin très beau – avec des dégradés de gris superbes. Simple, noir, mais aussi lumineux. Un dessin ressemblant parfois à celui de Gipi (en particulier dans Vois comme ton ombre s'allonge). Le côté graphique est vraiment plus que chouette ! Et les dessins des enfants de Larcenet, qui apparaissent pour matérialiser le « Blast » de Polza, avec leur côté atypique et leur explosion colorée, sont bien choisis. Une bonne claque visuelle donc. Pour ce qui est de l’histoire, Larcenet prend son temps (quatre album de plus de deux cents pages !), le temps se dilate, au fur et à mesure que Polza raconte son histoire aux enquêteurs : un long flash-back occupant les quarante-huit heures de garde à vue (on n’apprend que très lentement de quoi il est accusé). Mais malgré cette enquête, ce n’est pas un album policier – et on a d’ailleurs du mal à classer cet album… Alors, même si la fin est un peu brutale, Polza Mancini garde une bonne part de son mystère, et reste, malgré la dureté, la bestialité du personnage, quelqu’un d’intrigant, de sauvage et d’attachant, plein de vie – et d’humanité, si ce terme ne paraît pas trop galvaudé. Le quatrième et dernier tome ne lève donc pas tous les voiles – même si l’on en sait un peu plus sur ces Moaï surgissant au gré des pages et des rêves de Polza. Le texte est plus « littéraire » que d’habitude chez Larcenet, essentiellement dans le récit de Polza, et il colle parfaitement au dessin et au parti pris graphique. C’est clairement une des œuvres maîtresses, les plus fortes, de Larcenet, dont je ne peux que vous recommander la lecture. Un lyrisme noir, le triste destin d’un écorché, à découvrir !

02/04/2016 (modifier)

Bon, j'ai mis 5/5, je sais ça doit être rare. Cet avis n'engage que moi, mais j'ai rarement été autant frappé et marqué par une bande dessinée, si ce n'est pas des grands incontournables, et encore. Vous avez ici, un raisonnement profond sur la marginalisation, la folie, le normal. Une portée philosophique profonde entachée d'un personnage principal à la psychologie malade ! Je me suis permis de faire une chronique vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=wzM-9qOZ9X4&feature=gp-n-y&google_comment_id=z12vvnfhslfazvgrq04cjrnykzmls1mp3lg0k A lire d'urgence, mais en prenant son temps quand même ^^. Sans doute à lire 2 fois d'ailleurs. Je précise que la lecture des 4 tomes est importante, lire 3 tomes sur 4 n'a aucun intérêt !

21/12/2015 (modifier)
Par sloane
Note: 5/5
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Voyage dans un esprit malade et déglingué. Quoique l'on puisse penser d'un tel ouvrage, l'évidence même est que cela ne peut laisser indifférent. N'ayons pas peur des mots il s'agit d'une œuvre magistrale qui nous décortique la folie d'un homme qui après ingestion d'alcool et de drogues se trouve en proie à des visions, "le blast", qui le mettent dans un état quasi orgasmique. Cet état lui fera commettre des crimes abominables tout au long d'un parcours erratique a travers le campagne. Il serait intéressant de se pencher sur les raisons qui font que la majorité des avis décrivent une telle addiction à cette histoire et le sentiment diffus mais oh combien présent d'avoir ressenti, à tel ou tel passage du récit, une sorte d'empathie pour un personnage qui considéré froidement ne devrait pas susciter cette sorte de sentiment. Finalement, sans faire de la psychologie de bas étage, n'y aurait-il pas dans ce Polza Mancini un peu de nous même ? Ce n'est un secret pour personne que l'homme, animal civilisé, n'en reste pas moins un animal. Au delà de l'histoire, Larcenet nous donne à voir un homme qui s’exonère d'une vie toute tracée et insipide pour vivre ses pulsions les plus morbides et les plus noires. Passé de l'autre côté, Polza ne peut qu'aller de l'avant dans sa quête d'absolu libéré de toutes les contraintes morales, civilisées qui nous permettent, nous quidams lambda, d'avancer sans faire trop de vagues. Le travail de l'auteur est d'évidence fantastique, par petites touches, par d'imperceptibles détails du quotidien ou de l’environnement nous sommes face à une inexorable fuite en avant. Dès le premier tome où pourtant rien n'est révélé, le lecteur pressent une fin inéluctable et forcément dramatique. Comme dit dans un autre avis, tout ici est hors norme, de l’œuvre elle même aux personnages, le sujet comme son traitement. Et puis Larcenet ne juge pas, il expose froidement des faits, l'enchainement d'évènements qui conduisent à une fin prévisible mais sublime. Gageons que cette série qui ne peut laisser indifférent restera comme un grand moment dans l'histoire de la BD, celle ou un auteur aura su saisir et montrer comme jamais avant lui l'intérieur d'une psychose complexe et torturée. Évidemment à lire mais ce "voyage" en compagnie de Polza n'est pas innocent à faire.

11/10/2015 (modifier)
Par PAco
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
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J'ai toujours été amateur de Larcenet, que ce soit pour son humour (avec des séries comme Nic Oumouk, Bill Baroud ou La Loi des Series), ou sa série la plus connue Le Combat ordinaire. Bon y'a bien quelques accidents de parcours du genre Guide de la survie en entreprise, mais dans l'ensemble ça se tient, tout en travaillant sur une large palette, tant dans les genres, les publics (Superbes Cosmonautes du futur !) que graphiquement, avec le surprenant Presque de 1998. C'est là que "Blast" tombe. On croyait connaître l'étendue du talent de Larcenet, et voilà qu'il nous pond une œuvre hors norme. Hors norme, oui c'est vraiment l'expression qui me semble coller parfaitement à cet OVNI. Tout d'abord l'objet. Une couverture qui interpelle et qui est un véritable appel à la lecture. Vient ensuite le traitement graphique : tout simplement sublime ; un encrage qui convient à merveille à l'ambiance sombre et profonde de ce récit, avec ce Blast et ses bulles de couleur qui font véritablement l'effet d'un arc-en-ciel un jour d'orage : à n'importe quel âge, ça reste magique ! Et puis, il y a ces planches pleine page qui jalonnent le tout et ajoutent encore à sa beauté. Ensuite, réaliser un premier tome de 200 pages où au final il ne s'y passe pas grand chose, ce n'est pas donné à tout le monde : quelle narration ! On ne quittera pas cette salle de garde à vue, et pourtant quel voyage dans ce récit... C'est l'incertitude qui nous tient en haleine et sera le moteur de ce premier tome. Quel est le crime de notre prévenu ? Nous n'en sauront rien pour le moment... mais on s'en fout, même si on ne sait que penser de ce personnage parfois sympathique, parfois dérangeant. Rien n'est pour l'instant définitif... Hors norme enfin, de par le fond même de cette BD : son protagoniste Polza, bien sûr, mais aussi tous les étranges personnages qu'il va croiser. Sans tomber dans la sociologie de bas étage, Larcenet nous propose à travers Polza une vision acérée et décalée de notre société qui ne supporte pas les écarts et de ce qui ne rentre pas dans ses cases. Fondus dans notre quotidien, une part de ce qui nous entoure nous échappe... ou plutôt, fermer les yeux sur ce qui nous dérange est souvent plus facile. La meute ne supporte pas la différence : soit elle l'abandonne, soit elle l'achève. C'est le constat de la vie de Polza, qui à la mort de son père baisse la garde et décide de lâcher prise face à ce combat ordinaire des personnes qui ne rentrent pas dans les modèles imposés par nos sociétés. On ne sait pas où nous mènera ce Blast, mais il est certain que ce premier tome très déroutant est une des grande BD de cette année, et que Larcenet a décidément beaucoup de talent. Sans s'assoir sur une renommée établie, il sait se renouveler et apporter beaucoup au 9e art : chapeau ! ***Après lecture des 3 autres tomes*** Voilà c'est fait. Je viens de me relire les trois premiers tomes et le dernier que je n'avais pas encore lu. J'ai fini "Blast"... Et quel coup de massue !!! Je crois que rarement une série BD m'aura autant travaillé, retourné et emmené aussi loin. Que ce soit graphiquement ou dans le récit qu'il construit, Manu Larcenet nous hypnotise sur plus de 800 pages. Il sait appuyer là où ça fait mal, sans faire semblant. A chaque tome on se dit que ça ne pourra pas être pire ; on se dit qu'il ne pourra pas nous entraîner plus loin... Si. Cette descente en enfer ou dans les abîmes de la folie d'un homme et de tout ce qui l'aura conduit à tout ça est juste hallucinante... N'est-ce pas d'ailleurs ce que recherche Polza ? Ce Blast. Cet instant où son corps ne lui appartient plus et où il n'est plus qu'esprit et ne fait plus qu'un avec la nature... Sauf que cette quête n'est pas gratuite, que ce soit pour lui ou les rares personnes qu'il va croiser. Moi qui après son premier tome me demandait vers où Manu Marcenet allait nous embarquer, j'avoue ne pas avoir été déçu... On frôle le traumatisme là ! L'adage dit que c'est le voyage qui compte et pas la destination... Yep ! Larcenet nous prouve ici qu'il a tout compris du bad trip... Alors, oui je comprends que certains resteront définitivement hermétique à cette série, que ce soit à cause de son graphisme si marqué ou de son contenu à la noirceur sans nom, mais rien que pour être allé jusqu'au bout de cet enfer, moi je dis chapeau m'sieur Larcenet ! "Blast" rejoint donc tranquillement le petit panthéon de mes quelques BD que je considère comme "cultes" et dont je ne peux évidement que vous conseiller la lecture, tout en sachant que beaucoup se demanderont certainement pourquoi et comment on peut apprécier un tel album. Ca ne s'explique pas ; ça se vit dans les tripes.

18/12/2009 (MAJ le 31/07/2014) (modifier)

Si Larcenet est connu et reconnu pour son oeuvre dans le domaine comique, il l'est aussi dans d'autres registres comme le roman graphique dramatique (Le Combat ordinaire) ou dans d'autres travaux d'un genre un peu plus onirique et abstrait comme (Une aventure rocambolesque de..., notamment le tome 2: "La ligne de front"). Ici on a droit à un mélange de ces deux aspects, qui a pour résultat une comédie dramatique avec des passages psychédéliques. C'est plutôt bien raconté, le rythme de la narration est bien maîtrisé, et les aller-retours entre le présent, c'est-à-dire l'interrogatoire policier, et le passé, c'est-à-dire le voyage initiatique de notre héros, se font tout naturellement, sans heurts. Larcenet a su hammeçonner mon attention pour me donner envie de connaitre l'histoire de Polza, et j'espère vraiment pouvoir lire la suite. Graphiquement, on reconnait le trait de Larcenet, bien qu'il soit plus grave que d'habitude, dans le ton de cette histoire, ce qui est renforcé par la quasi-absence de couleurs. Il y a des partis pris qui peuvent sans doute gêner certains, et qui m'ont même gêné moi-même au début. Par exemple, je trouvais très bizarre que le père de Polza apparaisse sous forme d'un oiseau. Avec le recul, je vois maintenant plutôt cela comme la façon dont le héros voyait son père. Ensuite, la personne a qui j'ai emprunté les 3 tomes était relativement désappointée par les "blasts", ces moments où notre principal protagoniste entre en transe, qui sont représentés par des dessins d'enfants multicolores. Ces passages-là ne m'ont par contre pas du tout déçu. Au contraire, le contraste qu'ils apportent avec le noir et blanc, les traits durs et secs des visages, est saisissant, et cela rend très bien l'impression de voyage spirituel, comme un trip sous LSD. Au final, Larcenet marque encore un point en démontrant qu'il maîtrise le genre comique et dramatique. Cette histoire tient en haleine, et, malgré un côté volontiers malsain, je dois reconnaitre que j'ai pris plaisir à me plonger dans ces albums tous les soirs. (265)

20/11/2013 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5
L'avatar du posteur Blue Boy

Larcenet, on ne le présente plus. On sait qu’il est capable d’appréhender plusieurs genres très différents, qui vont des simples délires potaches à gros nez où le dessin se pare de couleurs vives à des récits introspectifs plus sombres recourant à un trait noir et épais proche de l’abstraction. Deux facettes à l’extrême opposé qui en font une personnalité aussi ambivalente qu’intéressante, une sorte de clown triste de la bédé. Ici on est évidemment plus dans la seconde approche. Le trait est parfois épuré à l’extrême, grossier ou abstrait, parfois glauque, mais cette « laideur » plus ou moins voulue colle à l’âpreté du sujet et sait se faire oublier, contrebalancée par la poésie qui imprègne le récit, avec un lavis noir et blanc donnant une touche très artistique à l’ensemble. Toujours cette fameuse ambivalence… J’ai été vraiment captivé par cette drôle d’histoire avec ce personnage hors du commun, Polza Mancini, énorme baudruche quasi difforme, en apparence primaire et innocent mais beaucoup plus complexe qu’il ne veut le laisser paraître, plongeant les deux inspecteurs de police qui l’interrogent dans des abîmes de perplexité. C’est ainsi que Polza, soupçonné d’être à l’origine d’un acte monstrueux dont on ne sait quasiment rien, va dérouler le fil de son histoire, forçant par là même le lecteur à approcher au plus près son âme noircie par une enveloppe meurtrie. Au départ rebuté par ce héros au corps monstrueux, vaguement inquiétant, dont on ne sait s’il est lucide ou fou (quoique lucidité et folie ne sont jamais si éloignées), on finit par s’y attacher. Comme lui, on finit par ressentir les souffrances qu’il a traversé, lui, cet être intrinsèquement pacifique qui ne demande rien à personne, élevé par un père à la fois protecteur et austère. On finit par comprendre sa rage face à la bêtise et la cruauté du monde, une rage intériorisée mais qu’on devine prête à se déchainer à un moment ou à un autre… Et puis il y a le fameux « blast » visiblement à l’origine de sa garde à vue, sorte d’orgasme psychique intervenant sous l’emprise de l’alcool ou d’une émotion forte, modifiant son état de conscience, un « instant en suspension » où le corps et l’esprit se dissolvent dans un absolu originel et sans limites, où surviennent ces visions obsédantes des moïas, ces fameuses statues de l’île de Pâques… Il faut vraiment avoir le cœur bien accroché pour suivre cette odyssée âpre et mystique, où le sordide est à la hauteur du mystère. Cherchant à échapper au monde prétendument rationnel et civilisé qui le croit fou et requiert son internement, Mancini ne sera pas pour autant tranquille à l’extérieur. La communion avec la nature a un prix : l’errance, le froid et la cruauté humaine pour les parias comme lui…. Ce récit en quatre tomes est à la fois lent et immersif. Les pages se contemplent plus qu’elles ne se lisent, mais le texte, d’une qualité littéraire évidente, n’en est pas moins soigné. C’est véritablement la métamorphose d’un dessinateur à laquelle on assiste avec cette série, comme si Larcenet se débarrassait peu à peu de ses oripeaux d’ado régressif pour entrer de plein pied dans l’âge mûr. Une mue qui avait commencé avec Le Combat ordinaire, où, si le dessin s’apparentait au Larcenet première époque, le propos devenait peu à peu beaucoup plus grave malgré les quelques saillies humoristiques ça et là. Un questionnement toutefois : même si la série reste captivante de bout en bout, on peut se demander si quatre tomes étaient réellement justifiés. Certes, le talent de l’auteur fait qu’on ne s’ennuie pas avec cette œuvre mi-polar mi-contemplative, très puissante et avec risques d’effets secondaires… Sans doute avait-il besoin de ce format pour poser son intrigue. Mais le scénario en lui-même ne me semble pas si complexe pour le délayer sur 800 pages. Bref, chacun pourra se faire son propre avis sur la question. Mais il ne fait aucun doute que « Blast » restera une des œuvres marquantes de cet auteur et une référence du neuvième art.

02/11/2013 (modifier)