Wéééééééééééééééééééé !!!!!!!!!!!!!!!! Ça y est ! Ce coup-ci, Jeff Lemire me l’a vraiment mis dans les dents !!!
Bon, après cet emballement, je me calme et m’explique.
Ça fait quelques temps que je suis le travail de Jeff Lemire, trouvant ses différents projets intéressants, intrigants, engageants. Seulement, voilà, rarement j’ai eu le sentiment que la promesse avait été tenue. Mais j’y retourne à chaque fois… Sa narration, son dessin… rahhh, il y a une fragilité, une fêlure, une humanité qui m’interpellent. Et puis, à un moment, je me dis : « mais pourquoi il fait ça ? Pourquoi ça part en couille ? Pourquoi ça devient tout mou ? »
Et bien, avec Winter Road, c’est jamais devenu tout mou. Et le final de l’album ! Le final, Jésus, Marie, Joseph, le bœuf, l’âne, les moutons, l’encens, les centwafers… tout ce que vous voulez !!! Ce final !! Hein ? Quoi ? Ça fait vachement penser à un film célèbre ? Oui, je sais… mais je m’en fous parce que ce final est parfait pour ces personnages !
Parce que Winter Road, c’est avant tout une histoire humaine, avec deux personnages brisés, qui vont se reconstruire en s’appuyant sur l’autre. Les silences sont nombreux et c’est tant mieux car ces personnages expriment bien plus en ne disant rien ! Rahhh, j’aime ces grandes gueules fêlées ! C’est classique, déjà-vu… mais chez moi, ça marche à tous les coups.
Et puis, il y a le décor aussi. Ce bled paumé du Canada, cette cabane isolée en pleine forêt, ces scènes de hockey sur glace. L’auteur est dans son élément et ça se sent !
La progression dramatique est parfaite à mes yeux. Les personnages se révèlent au détour de flash-backs (avec une utilisation intelligente de la couleur) tandis que le drame approche, petit à petit mais inexorablement.
Et puis, il y a ce final !
Putain de final !!
Tiens, je ne suis pas le seul à avoir préféré la première partie de ce récit : un conte noir, enfantin, et cruel (surtout sur la fin). Cette première partie aurait fait un chouette one-shot.
La deuxième partie est loin d’être mauvaise, et se déroule plusieurs années après les évènements du premier chapitre. A ce titre, il s’agit vraiment d’une suite, presque d’un tome 2. L’histoire reste belle, mais plus classique, voire un peu convenue. Les personnages sont un peu « clichés », même si je dois avouer que la toute fin a réussi à me toucher.
Cet album fut avant tout pour moi un coup de cœur graphique. La couverture m’a interpellé et un feuilletage rapide m’a convaincu d’investir, sans en savoir plus sur l’histoire. Et de ce côté-là je ne suis pas déçu : j’adore le style, le noir et blanc avec des touches de couleur, et les personnages, que je trouve très beaux.
Un chouette album, un peu plus classique sur la deuxième partie. A conseiller aux amateurs de contes un peu noirs.
PS : ceci est mon 1000ème avis :)
MAJ : Je baisse la note d'une étoile car la série est tout de même nettement mieux en anime qu'en manga (beaucoup de dialogues et une mise en page relativement peu dynamique).
Que dire?
LE manga du moment, incontournable, et vraiment très bien mené...
Le dessin est très bon, le design également et l'histoire est un quasi sans fautes (je dis quasi car il y a un ralentissement un peu gênant à un moment, mais ça repart ensuite de plus belle).
Bref, à lire absolument, et à acheter pour pouvoir le relire à loisir !
Et pour ceux qui douteraient de la longueur de la série : croyez-moi, vous n'avez encore rien vu ;)
Un des meilleurs shonen récents !
Alors oui, il faut aimer les shonen, mais c'est évident, non ? Rares sont les oeuvres qui transcendent les genres et celle-ci n'en fait pas partie.
Malgré tout, l'humour est bien présent, certaines critiques ci-dessous quant au côté "bourrin" de la série ne sont pas vraiment justifiées. Certes, il y a une bonne part de combats mais il s'agit tout de même de combats entre super héros et super vilains, donc c'est inévitable. Les combats, techniques, stratégies sont toujours très différentes et on est donc loin de quelque chose de bourrin.
Les dessins sont très bons et dynamiques et l'ensemble est agréable à lire.
Bref, du tout bon, pour peu que vous aimiez les shonen.
J'ai vraiment aimé ce Texas Jack, directeur de cirque catapulté dans l'Ouest sauvage où les grands propriétaires terriens règnent sans partage, où les bandits sont des crapules sans états d'âme. Dubois et Armand nous replongent dans une chevauchée sauvage où la route de Texas Jack croise celle du Marshal Sykes, le Marshal qui est toujours accompagné de ses deux acolytes O'Maley et Renard Gris, Texas Jack lui de ses 3 cascadeurs, Amy O'hara, Kwakengoo et Ryan Greed qui pour moi est un vrai pistolero pas juste un virtuose de la gâchette comme Texas Jack.
Le récit est égrainé de quelques saynètes cocasses qui donnent un ton léger à cette chasse à l'homme impitoyable.
Pour ce qui est du dessin, il correspond parfaitement à l'ambiance générale, la fusillade finale en est le parfait exemple : une seule grande scène en un seul plan en double page.
Texas Jack pour moi est une réussite.
Ahhhh ba voilà du bon Doggybag comme je les aime !!! Si j'avais apprécié les derniers opus sortis sous le label 619, il me manquait la petite fièvre et l'étincelle qui font la différence que je retrouve enfin avec délectation dans cet album ! 150 pages de bon gros délire chez les tarés de l’Amérique profonde, ça vaut son pesant de Mapple Square, ces caramels collants qui firent la richesse et la renommée de ce bled paumé américain.
Suite à de nombreuses disparitions, deux agents du FBI sont donc dépêchés sur place pour mener l'enquête. Commence alors un défilé de personnages tous plus hallucinants les uns que les autres ! Entre le garagiste à qui je ne confierais pas ma trottinette, le tenancier du bar qui doit être le cousin pas si éloigné de Jabba the Hutt, et son frère en cuisine dont je ne voudrais même pas serrer la main, on se demande qui est le plus inquiétant du lot ! Et encore je ne vous ai pas parlé du shériff...
Bref, notre duo de choc va rapidement tomber sur un os (voire plusieurs) et tout va rapidement partir en couille ! Mais de la couille maîtrisée môôôssieur ! On sent le doigté, on sent le savoir faire et le travail rondement mené de nos deux auteurs !
Que ce soit la trame narrative que nous pose sur des rails David Hasteda ou le dessin singulier et cartoonesque de Ludovic Chesnot, nous sommes comblés ! Dur de lâcher l'objet qu'on nous donne à ronger tel un os tant on est embarqué dans ce récit hypnotique et barré ! Alors oui, les références sont nombreuses et multiples, oui l'histoire pourrait ressembler à d'autres, mais ce petit grain de folie inhérent à cet album est juste jubilatoire ! Alors si vous êtes du genre adepte du Label 619, sachez que vous tenez là un de leurs meilleurs albums !
A lire !
John Carlin et Oriol Malet signent avec cet album une des biographies les plus intéressantes qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps. Tout du moins, c'est une biographie partielle dont il s'agit plutôt, mais qui traite de l'un des moments clés de la vie de Nelson Mandela : sa libération en 1990 et les tractations qu'il va devoir alors mener pour éviter à l'Afrique du Sud de basculer dans une guerre civile.
Car si la libération de Nelson Mandela en 1990 résonne pour beaucoup comme la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, il faudra encore cinq ans au pays pour sortir de ce système discriminatoire de la pire espèce. Cet ouvrage nous permet d'appréhender toute la finesse et la diplomatie que Nelson Mandela va devoir déployer envers le général Viljoen.
Ce dernier, issu d'une famille d'afrikaners, va faire carrière dans l'armée et monter les échelons pour finir général ; il prend finalement sa retraite et se retire dans sa ferme familiale. C'est là que les chefs d’extrême droite des différentes milices qui ont commencées à se former mais sont divisées vont venir le chercher pour lui proposer de prendre la tête de cette pseudo armée pour empêcher que l'apartheid ne tombe. Le pays est alors prêt à exploser, avec d'un côté cette armée de type néo-nazi et de l'autre des radicaux noirs qui veulent aussi en découdre pour gagner le pouvoir.
Malgré tout cela, Nelson Mandela réussira au fil de rencontres discrètes avec le général Viljoen à lui faire comprendre que l'intérêt supérieur du pays réside dans le fait d'empêcher l'affrontement d'avoir lieu. Reste à ce dernier à faire passer le message dans son camps ce qui ne fut, on l'imagine, pas chose aisée.
John Carlin, grand reporter international pour le quotidien espagnol El Pais nous propose un récit limpide et saisissant de ce moment clé de l'histoire de l'Afrique du Sud. Étant correspondant de presse pour le journal The Independant à l'époque, c'est sur le terrain et en ayant eu la chance d'interviewer Nelson Mandela qu'il tire sa matière pour nous restituer l'essentiel. La narration est impeccable, et le trait singulier de l'auteur espagnol Oriol Malet est juste parfait pour nous rendre compte de cette période charnière. Son trait et son encrage épais est mis en valeur par une colorisation déroutante au début mais d'une grande subtilité. En effet son noir et blanc est juste colorisé d'aplats de gris, de rouge ou d'orange qui mettent en valeur les détails importants de certaines scènes et de certaines cases.
Voilà donc un album que je recommande chaudement pour tous les curieux de l'histoire de ce pays, de ce grand bonhomme que fût Nelson Mandela et cet inconnu que fût aussi le général Viljoen, mais sans qui l'Afrique du Sud ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.
A quarante ans, Pierre-Henry Gomont est devenu, en l’espace de six albums publiés en moins d’une décennie, une figure incontournable du 9ème art, et ce dernier opus ne fait que confirmer ce statut. Si Pereira prétend, qui avait rencontré un certain succès, était une adaptation de roman, « Malaterre » relève plutôt de l’autobiographie. En effet, pour concevoir ce one-shot, l’auteur s’est inspiré de sa propre famille tout en resituant les événements et les lieux par rapport à la réalité, les personnages de l’album eux-mêmes « des agrégats de plein de personnages réels », comme il le dit dans une interview.
Avec un scénario extrêmement bien charpenté, des personnages également très bien campés, P.-H. Gomont réussit à nous embarquer totalement dans cette « aventure » au parfum d’exotisme, en majeure partie grâce à ce personnage haut en couleurs qu’est Gabriel Lesaffre et qui constitue la force gravitationnelle du récit, omniprésent même dans les scènes où il est absent. Tout détestable soit-il, l’homme exerce une fascination puissante sur son entourage, sans que l’on puisse vraiment l’expliquer. En premier lieu, ses deux aînés, arrachés à leur mère suite à une action en justice du père pour obtenir leur garde, alors que ce dernier, aimant l’argent et la vie facile, a rarement été présent dans le passé. La mère restera seule à Paris avec le plus jeune enfant, les aînés Mathilde et Simon suivant leur père sans broncher vers cette destination exotique, l’Afrique équatoriale, dont ils ne connaissent rien. Une fois sur place, ils découvriront en pleine jungle le vaste domaine que Gabriel a racheté suite à la faillite des illustres aïeux dans les années 1920 : une imposante demeure coloniale, une serre monumentale ainsi qu’une scierie. Gabriel s’est mis en tête de restaurer et entretenir le patrimoine familial pour le léguer plus tard à ses enfants, dont il exige en retour qu’ils en soient les dignes héritiers. Dans les premiers temps, ceux-ci seront vite envoûtés par la beauté des lieux et l’environnement luxuriant. Une nouvelle liberté va s’offrir à eux dans cet endroit paradisiaque, contrastant fortement avec la grisaille parisienne. Très vite, ils seront contraints par leur père de suivre leurs études dans le lycée français d’une ville côtière. Plus ou moins livrés à eux-mêmes, ces adolescents s’endurciront au contact de leurs nouveaux amis, et feront malgré eux l’apprentissage de la vie, sans parents, préférant leur nouvelle vie à un retour à Paris, même s’ils finissent par honnir ce père caractériel. Absent comme à son habitude, Gabriel ne les verra plus qu’occasionnellement. En effet, obsédé par son projet, il dirige de façon chaotique le domaine, en jouant plus sur l’esbroufe qui lui a d’ailleurs permis de s’enrichir que grâce à ses compétences de gestionnaire, plus que limitées. Et d’avance, on pressent que tout cela est voué à l’échec…
Côté dessin, on est servis ! P.-H. Gomont maîtrise parfaitement son coup de crayon. Par les poses ou les expressions du visage, il sait faire ressortir les traits de caractère et les humeurs des protagonistes. À l’image du tumultueux Gabriel, le mouvement est permanent dans cette épopée virevoltante. De façon pertinente et audacieuse, l’auteur exploite pleinement les codes de la BD. C’est surtout la représentation du père qui frappe le lecteur. Les yeux exorbités de Gabriel et son visage émacié trahissent son désordre intérieur, renforcés par cette cigarette crachant des flammes plutôt que de la fumée, telle une extension organique de lui-même.
L’ambiance graphique est bien différente du placide Pereira prétend. Tour à tour lumineux et sombre, l’environnement exotique, très bien représenté dans son foisonnement, accompagne parfaitement cette histoire de passion humaine où les gouffres psychiques ne sont jamais loin. Inévitablement, on pense à l’œuvre de James Conrad, « Au cœur des ténèbres », où là encore la jungle africaine semblait agir comme révélateur des pulsions enfouies de l’Homme blanc. Une jungle réfractaire et incompatible avec l’esprit de conquête, qui finit toujours par engloutir ceux qui cherchent à la dompter, telle une malédiction lancée par les dieux de la forêt. Et Gabriel n’y échappera pas davantage, malgré toute l’énergie qu’il aura déployée pour maintenir à flot son frêle esquif « mal sur terre », perdu dans l’immensité forestière.
Il faut ajouter à tout cela la plaisante tournure littéraire des textes, qui contribue à ériger « Malaterre » comme une référence parmi tout ce que le roman graphique a produit de meilleur. D’ailleurs, le talent narratif dont fait preuve Gomont n’est pas sans rappeler le maître dans sa catégorie, j’ai nommé Will Eisner… L’émotion n’est pas absente, en particulier vers la fin, et celle-ci est d’autant plus puissante qu’elle reste sobre, sans pathos. Car au final, le personnage de Gabriel révèle un côté attachant avec sa folie et ses paradoxes, une fragilité qu’il masque bien souvent derrière sa colère. Ses enfants, dans leur détestation commune, réalisent qu’au fond ils l’aimaient ce père que l’on voit mourir au début de ce récit en forme de flashback. Un père hors du commun qui suivait ses instincts envers et contre tout, en lutte contre tout le monde mais aussi contre lui-même.
Que l’on aimerait avoir à lire plus souvent de tels ouvrages ! Symbiose parfaite entre bande dessinée et littérature, ce récit flamboyant place la barre très haut, ne négligeant aucun aspect tant dans le fond que dans la forme. Pour faire simple, P.-H. Gomont nous offre avec « Malaterre » un véritable chef d’œuvre à qui l’on peut souhaiter tout le succès qu’il mérite.
Hit incontesté du jeu vidéo depuis sa sortie en 2015, Bloodborne n'est pourtant pas à considérer comme un titre grand public fédérateur. En incombe son ambiance horrifique particulière bercée par un mélange d'influences lovecraftiennes et victoriennes mais surtout une attention de tous les moments tant sa difficulté légendaire a pu repousser plus d'un joueur occasionnel.
L’assistanat n'étant pas de mise dans sa prise en main, le monde décrit dans Bloodborne n'est pas en reste avec une histoire des plus cryptiques et aux interprétations les plus diverses.
Il s'agit en condensé d'une chasse aux monstres dans une nuit de pleine lune sans fin où se côtoient humains infectés belliqueux et entités surnaturelles proches des Grands Anciens.
Résolument très gore et brutal dans ses affrontements, le sang joue un rôle essentiel dans le sens où il s'agit à la fois d'une malédiction qui avilit les âmes humaines et leur permet également de côtoyer les divinités.
Est-ce la réalité ? Un rêve permanent ou un cauchemar ? Ales Kot, grand fan du jeu, s'est battu pour s'attribuer les droits de cette adaptation officielle qui se veut davantage une vision personnelle de cet univers bien particulier qu'une parfaite adaptation ou d'un énième produit dérivé.
Et c'est peut-être là où le bat blesse car tout lecteur séduit par cet univers se sentira irrémédiablement perdu dans une histoire truffée de références aux joueurs et dont il faudra surmonter les premières pages énigmatiques pour mieux s'en détacher par la suite et offrir un récit mélancolique transcendé par le travail graphique exemplaire d'un Piotr Kowalski en état de grâce.
Bloodborne raconte la nuit de cauchemar éternelle d'une chasseuse dont on ignorera jusqu'au nom et presque jusqu'à sa propre apparence masquée sous ses oripeaux de guerrière.
Ignorant même son propre passé, la Chasseuse se contente de survivre à une nuit de massacre sans fin en acceptant même sa propre mort pour apprendre de ses erreurs et recommencer sa tâche : guider une enfant élue à la peau blafarde et aux pouvoirs psychiques surnaturels vers un monde meilleur.
Exit donc les superbes massacres des premières pages vers une ballade nous entrainant aux confins de la solitude dans d'écrasants décors sans vie.
En reprenant le style romantique de Caspar David Friedrich, Kowalski propose de superbes planches dont la menace sourde ou invisible n'est jamais très loin.
De cette histoire sans fin (comme le film du même nom), Kot s'approprie un jeu video pour en faire sien son univers: il y a quelque chose d'hypnotique et de hautement séduisant dans cette histoire aux contours aussi flous qu'effrayants.
Sans disposer volontairement de toutes les clés pour en saisir toutes les subtilités, il est fortement conseillé de s'abandonner à cet univers très sombre pour n'en retenir que les qualités, Bloodborne plaira davantage finalement aux amateurs de Lovecraft qu'aux férus de Playstation et ce n'est pas forcément pour nous déplaire.
Enfin ! Enfin un nouvel album de Yann & Juillard consacré à l'aviation.
Si vous avez aimé Mezek, foncez ! C'est de la même qualité.
Un choix original de traiter des épisodes assez peu connus autour de la 2nde Guerre Mondiale : Mezek nous emmenait sur les terres du tout jeune Etat d'Israël juste après guerre. Double 7 nous invite à découvrir la Guerre d'Espagne.
J'avais découvert Juillard comme tout le monde au travers du cultissime Les 7 vies de l'épervier. Mezek m'avait enchanté. Si ce double 7 confirme une volonté de sortir encore d'autres One Shot sur l'époque moderne on va continuer à se régaler !
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Nos enjeux culturels et sociétaux
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Winter Road
Wéééééééééééééééééééé !!!!!!!!!!!!!!!! Ça y est ! Ce coup-ci, Jeff Lemire me l’a vraiment mis dans les dents !!! Bon, après cet emballement, je me calme et m’explique. Ça fait quelques temps que je suis le travail de Jeff Lemire, trouvant ses différents projets intéressants, intrigants, engageants. Seulement, voilà, rarement j’ai eu le sentiment que la promesse avait été tenue. Mais j’y retourne à chaque fois… Sa narration, son dessin… rahhh, il y a une fragilité, une fêlure, une humanité qui m’interpellent. Et puis, à un moment, je me dis : « mais pourquoi il fait ça ? Pourquoi ça part en couille ? Pourquoi ça devient tout mou ? » Et bien, avec Winter Road, c’est jamais devenu tout mou. Et le final de l’album ! Le final, Jésus, Marie, Joseph, le bœuf, l’âne, les moutons, l’encens, les centwafers… tout ce que vous voulez !!! Ce final !! Hein ? Quoi ? Ça fait vachement penser à un film célèbre ? Oui, je sais… mais je m’en fous parce que ce final est parfait pour ces personnages ! Parce que Winter Road, c’est avant tout une histoire humaine, avec deux personnages brisés, qui vont se reconstruire en s’appuyant sur l’autre. Les silences sont nombreux et c’est tant mieux car ces personnages expriment bien plus en ne disant rien ! Rahhh, j’aime ces grandes gueules fêlées ! C’est classique, déjà-vu… mais chez moi, ça marche à tous les coups. Et puis, il y a le décor aussi. Ce bled paumé du Canada, cette cabane isolée en pleine forêt, ces scènes de hockey sur glace. L’auteur est dans son élément et ça se sent ! La progression dramatique est parfaite à mes yeux. Les personnages se révèlent au détour de flash-backs (avec une utilisation intelligente de la couleur) tandis que le drame approche, petit à petit mais inexorablement. Et puis, il y a ce final ! Putain de final !!
Le Signe de la Lune
Tiens, je ne suis pas le seul à avoir préféré la première partie de ce récit : un conte noir, enfantin, et cruel (surtout sur la fin). Cette première partie aurait fait un chouette one-shot. La deuxième partie est loin d’être mauvaise, et se déroule plusieurs années après les évènements du premier chapitre. A ce titre, il s’agit vraiment d’une suite, presque d’un tome 2. L’histoire reste belle, mais plus classique, voire un peu convenue. Les personnages sont un peu « clichés », même si je dois avouer que la toute fin a réussi à me toucher. Cet album fut avant tout pour moi un coup de cœur graphique. La couverture m’a interpellé et un feuilletage rapide m’a convaincu d’investir, sans en savoir plus sur l’histoire. Et de ce côté-là je ne suis pas déçu : j’adore le style, le noir et blanc avec des touches de couleur, et les personnages, que je trouve très beaux. Un chouette album, un peu plus classique sur la deuxième partie. A conseiller aux amateurs de contes un peu noirs. PS : ceci est mon 1000ème avis :)
Death Note
MAJ : Je baisse la note d'une étoile car la série est tout de même nettement mieux en anime qu'en manga (beaucoup de dialogues et une mise en page relativement peu dynamique). Que dire? LE manga du moment, incontournable, et vraiment très bien mené... Le dessin est très bon, le design également et l'histoire est un quasi sans fautes (je dis quasi car il y a un ralentissement un peu gênant à un moment, mais ça repart ensuite de plus belle). Bref, à lire absolument, et à acheter pour pouvoir le relire à loisir ! Et pour ceux qui douteraient de la longueur de la série : croyez-moi, vous n'avez encore rien vu ;)
My Hero Academia
Un des meilleurs shonen récents ! Alors oui, il faut aimer les shonen, mais c'est évident, non ? Rares sont les oeuvres qui transcendent les genres et celle-ci n'en fait pas partie. Malgré tout, l'humour est bien présent, certaines critiques ci-dessous quant au côté "bourrin" de la série ne sont pas vraiment justifiées. Certes, il y a une bonne part de combats mais il s'agit tout de même de combats entre super héros et super vilains, donc c'est inévitable. Les combats, techniques, stratégies sont toujours très différentes et on est donc loin de quelque chose de bourrin. Les dessins sont très bons et dynamiques et l'ensemble est agréable à lire. Bref, du tout bon, pour peu que vous aimiez les shonen.
Texas Jack
J'ai vraiment aimé ce Texas Jack, directeur de cirque catapulté dans l'Ouest sauvage où les grands propriétaires terriens règnent sans partage, où les bandits sont des crapules sans états d'âme. Dubois et Armand nous replongent dans une chevauchée sauvage où la route de Texas Jack croise celle du Marshal Sykes, le Marshal qui est toujours accompagné de ses deux acolytes O'Maley et Renard Gris, Texas Jack lui de ses 3 cascadeurs, Amy O'hara, Kwakengoo et Ryan Greed qui pour moi est un vrai pistolero pas juste un virtuose de la gâchette comme Texas Jack. Le récit est égrainé de quelques saynètes cocasses qui donnent un ton léger à cette chasse à l'homme impitoyable. Pour ce qui est du dessin, il correspond parfaitement à l'ambiance générale, la fusillade finale en est le parfait exemple : une seule grande scène en un seul plan en double page. Texas Jack pour moi est une réussite.
Doggybags - Mapple squares
Ahhhh ba voilà du bon Doggybag comme je les aime !!! Si j'avais apprécié les derniers opus sortis sous le label 619, il me manquait la petite fièvre et l'étincelle qui font la différence que je retrouve enfin avec délectation dans cet album ! 150 pages de bon gros délire chez les tarés de l’Amérique profonde, ça vaut son pesant de Mapple Square, ces caramels collants qui firent la richesse et la renommée de ce bled paumé américain. Suite à de nombreuses disparitions, deux agents du FBI sont donc dépêchés sur place pour mener l'enquête. Commence alors un défilé de personnages tous plus hallucinants les uns que les autres ! Entre le garagiste à qui je ne confierais pas ma trottinette, le tenancier du bar qui doit être le cousin pas si éloigné de Jabba the Hutt, et son frère en cuisine dont je ne voudrais même pas serrer la main, on se demande qui est le plus inquiétant du lot ! Et encore je ne vous ai pas parlé du shériff... Bref, notre duo de choc va rapidement tomber sur un os (voire plusieurs) et tout va rapidement partir en couille ! Mais de la couille maîtrisée môôôssieur ! On sent le doigté, on sent le savoir faire et le travail rondement mené de nos deux auteurs ! Que ce soit la trame narrative que nous pose sur des rails David Hasteda ou le dessin singulier et cartoonesque de Ludovic Chesnot, nous sommes comblés ! Dur de lâcher l'objet qu'on nous donne à ronger tel un os tant on est embarqué dans ce récit hypnotique et barré ! Alors oui, les références sont nombreuses et multiples, oui l'histoire pourrait ressembler à d'autres, mais ce petit grain de folie inhérent à cet album est juste jubilatoire ! Alors si vous êtes du genre adepte du Label 619, sachez que vous tenez là un de leurs meilleurs albums ! A lire !
Mandela et le général
John Carlin et Oriol Malet signent avec cet album une des biographies les plus intéressantes qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps. Tout du moins, c'est une biographie partielle dont il s'agit plutôt, mais qui traite de l'un des moments clés de la vie de Nelson Mandela : sa libération en 1990 et les tractations qu'il va devoir alors mener pour éviter à l'Afrique du Sud de basculer dans une guerre civile. Car si la libération de Nelson Mandela en 1990 résonne pour beaucoup comme la fin de l'apartheid en Afrique du Sud, il faudra encore cinq ans au pays pour sortir de ce système discriminatoire de la pire espèce. Cet ouvrage nous permet d'appréhender toute la finesse et la diplomatie que Nelson Mandela va devoir déployer envers le général Viljoen. Ce dernier, issu d'une famille d'afrikaners, va faire carrière dans l'armée et monter les échelons pour finir général ; il prend finalement sa retraite et se retire dans sa ferme familiale. C'est là que les chefs d’extrême droite des différentes milices qui ont commencées à se former mais sont divisées vont venir le chercher pour lui proposer de prendre la tête de cette pseudo armée pour empêcher que l'apartheid ne tombe. Le pays est alors prêt à exploser, avec d'un côté cette armée de type néo-nazi et de l'autre des radicaux noirs qui veulent aussi en découdre pour gagner le pouvoir. Malgré tout cela, Nelson Mandela réussira au fil de rencontres discrètes avec le général Viljoen à lui faire comprendre que l'intérêt supérieur du pays réside dans le fait d'empêcher l'affrontement d'avoir lieu. Reste à ce dernier à faire passer le message dans son camps ce qui ne fut, on l'imagine, pas chose aisée. John Carlin, grand reporter international pour le quotidien espagnol El Pais nous propose un récit limpide et saisissant de ce moment clé de l'histoire de l'Afrique du Sud. Étant correspondant de presse pour le journal The Independant à l'époque, c'est sur le terrain et en ayant eu la chance d'interviewer Nelson Mandela qu'il tire sa matière pour nous restituer l'essentiel. La narration est impeccable, et le trait singulier de l'auteur espagnol Oriol Malet est juste parfait pour nous rendre compte de cette période charnière. Son trait et son encrage épais est mis en valeur par une colorisation déroutante au début mais d'une grande subtilité. En effet son noir et blanc est juste colorisé d'aplats de gris, de rouge ou d'orange qui mettent en valeur les détails importants de certaines scènes et de certaines cases. Voilà donc un album que je recommande chaudement pour tous les curieux de l'histoire de ce pays, de ce grand bonhomme que fût Nelson Mandela et cet inconnu que fût aussi le général Viljoen, mais sans qui l'Afrique du Sud ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.
Malaterre
A quarante ans, Pierre-Henry Gomont est devenu, en l’espace de six albums publiés en moins d’une décennie, une figure incontournable du 9ème art, et ce dernier opus ne fait que confirmer ce statut. Si Pereira prétend, qui avait rencontré un certain succès, était une adaptation de roman, « Malaterre » relève plutôt de l’autobiographie. En effet, pour concevoir ce one-shot, l’auteur s’est inspiré de sa propre famille tout en resituant les événements et les lieux par rapport à la réalité, les personnages de l’album eux-mêmes « des agrégats de plein de personnages réels », comme il le dit dans une interview. Avec un scénario extrêmement bien charpenté, des personnages également très bien campés, P.-H. Gomont réussit à nous embarquer totalement dans cette « aventure » au parfum d’exotisme, en majeure partie grâce à ce personnage haut en couleurs qu’est Gabriel Lesaffre et qui constitue la force gravitationnelle du récit, omniprésent même dans les scènes où il est absent. Tout détestable soit-il, l’homme exerce une fascination puissante sur son entourage, sans que l’on puisse vraiment l’expliquer. En premier lieu, ses deux aînés, arrachés à leur mère suite à une action en justice du père pour obtenir leur garde, alors que ce dernier, aimant l’argent et la vie facile, a rarement été présent dans le passé. La mère restera seule à Paris avec le plus jeune enfant, les aînés Mathilde et Simon suivant leur père sans broncher vers cette destination exotique, l’Afrique équatoriale, dont ils ne connaissent rien. Une fois sur place, ils découvriront en pleine jungle le vaste domaine que Gabriel a racheté suite à la faillite des illustres aïeux dans les années 1920 : une imposante demeure coloniale, une serre monumentale ainsi qu’une scierie. Gabriel s’est mis en tête de restaurer et entretenir le patrimoine familial pour le léguer plus tard à ses enfants, dont il exige en retour qu’ils en soient les dignes héritiers. Dans les premiers temps, ceux-ci seront vite envoûtés par la beauté des lieux et l’environnement luxuriant. Une nouvelle liberté va s’offrir à eux dans cet endroit paradisiaque, contrastant fortement avec la grisaille parisienne. Très vite, ils seront contraints par leur père de suivre leurs études dans le lycée français d’une ville côtière. Plus ou moins livrés à eux-mêmes, ces adolescents s’endurciront au contact de leurs nouveaux amis, et feront malgré eux l’apprentissage de la vie, sans parents, préférant leur nouvelle vie à un retour à Paris, même s’ils finissent par honnir ce père caractériel. Absent comme à son habitude, Gabriel ne les verra plus qu’occasionnellement. En effet, obsédé par son projet, il dirige de façon chaotique le domaine, en jouant plus sur l’esbroufe qui lui a d’ailleurs permis de s’enrichir que grâce à ses compétences de gestionnaire, plus que limitées. Et d’avance, on pressent que tout cela est voué à l’échec… Côté dessin, on est servis ! P.-H. Gomont maîtrise parfaitement son coup de crayon. Par les poses ou les expressions du visage, il sait faire ressortir les traits de caractère et les humeurs des protagonistes. À l’image du tumultueux Gabriel, le mouvement est permanent dans cette épopée virevoltante. De façon pertinente et audacieuse, l’auteur exploite pleinement les codes de la BD. C’est surtout la représentation du père qui frappe le lecteur. Les yeux exorbités de Gabriel et son visage émacié trahissent son désordre intérieur, renforcés par cette cigarette crachant des flammes plutôt que de la fumée, telle une extension organique de lui-même. L’ambiance graphique est bien différente du placide Pereira prétend. Tour à tour lumineux et sombre, l’environnement exotique, très bien représenté dans son foisonnement, accompagne parfaitement cette histoire de passion humaine où les gouffres psychiques ne sont jamais loin. Inévitablement, on pense à l’œuvre de James Conrad, « Au cœur des ténèbres », où là encore la jungle africaine semblait agir comme révélateur des pulsions enfouies de l’Homme blanc. Une jungle réfractaire et incompatible avec l’esprit de conquête, qui finit toujours par engloutir ceux qui cherchent à la dompter, telle une malédiction lancée par les dieux de la forêt. Et Gabriel n’y échappera pas davantage, malgré toute l’énergie qu’il aura déployée pour maintenir à flot son frêle esquif « mal sur terre », perdu dans l’immensité forestière. Il faut ajouter à tout cela la plaisante tournure littéraire des textes, qui contribue à ériger « Malaterre » comme une référence parmi tout ce que le roman graphique a produit de meilleur. D’ailleurs, le talent narratif dont fait preuve Gomont n’est pas sans rappeler le maître dans sa catégorie, j’ai nommé Will Eisner… L’émotion n’est pas absente, en particulier vers la fin, et celle-ci est d’autant plus puissante qu’elle reste sobre, sans pathos. Car au final, le personnage de Gabriel révèle un côté attachant avec sa folie et ses paradoxes, une fragilité qu’il masque bien souvent derrière sa colère. Ses enfants, dans leur détestation commune, réalisent qu’au fond ils l’aimaient ce père que l’on voit mourir au début de ce récit en forme de flashback. Un père hors du commun qui suivait ses instincts envers et contre tout, en lutte contre tout le monde mais aussi contre lui-même. Que l’on aimerait avoir à lire plus souvent de tels ouvrages ! Symbiose parfaite entre bande dessinée et littérature, ce récit flamboyant place la barre très haut, ne négligeant aucun aspect tant dans le fond que dans la forme. Pour faire simple, P.-H. Gomont nous offre avec « Malaterre » un véritable chef d’œuvre à qui l’on peut souhaiter tout le succès qu’il mérite.
Bloodborne
Hit incontesté du jeu vidéo depuis sa sortie en 2015, Bloodborne n'est pourtant pas à considérer comme un titre grand public fédérateur. En incombe son ambiance horrifique particulière bercée par un mélange d'influences lovecraftiennes et victoriennes mais surtout une attention de tous les moments tant sa difficulté légendaire a pu repousser plus d'un joueur occasionnel. L’assistanat n'étant pas de mise dans sa prise en main, le monde décrit dans Bloodborne n'est pas en reste avec une histoire des plus cryptiques et aux interprétations les plus diverses. Il s'agit en condensé d'une chasse aux monstres dans une nuit de pleine lune sans fin où se côtoient humains infectés belliqueux et entités surnaturelles proches des Grands Anciens. Résolument très gore et brutal dans ses affrontements, le sang joue un rôle essentiel dans le sens où il s'agit à la fois d'une malédiction qui avilit les âmes humaines et leur permet également de côtoyer les divinités. Est-ce la réalité ? Un rêve permanent ou un cauchemar ? Ales Kot, grand fan du jeu, s'est battu pour s'attribuer les droits de cette adaptation officielle qui se veut davantage une vision personnelle de cet univers bien particulier qu'une parfaite adaptation ou d'un énième produit dérivé. Et c'est peut-être là où le bat blesse car tout lecteur séduit par cet univers se sentira irrémédiablement perdu dans une histoire truffée de références aux joueurs et dont il faudra surmonter les premières pages énigmatiques pour mieux s'en détacher par la suite et offrir un récit mélancolique transcendé par le travail graphique exemplaire d'un Piotr Kowalski en état de grâce. Bloodborne raconte la nuit de cauchemar éternelle d'une chasseuse dont on ignorera jusqu'au nom et presque jusqu'à sa propre apparence masquée sous ses oripeaux de guerrière. Ignorant même son propre passé, la Chasseuse se contente de survivre à une nuit de massacre sans fin en acceptant même sa propre mort pour apprendre de ses erreurs et recommencer sa tâche : guider une enfant élue à la peau blafarde et aux pouvoirs psychiques surnaturels vers un monde meilleur. Exit donc les superbes massacres des premières pages vers une ballade nous entrainant aux confins de la solitude dans d'écrasants décors sans vie. En reprenant le style romantique de Caspar David Friedrich, Kowalski propose de superbes planches dont la menace sourde ou invisible n'est jamais très loin. De cette histoire sans fin (comme le film du même nom), Kot s'approprie un jeu video pour en faire sien son univers: il y a quelque chose d'hypnotique et de hautement séduisant dans cette histoire aux contours aussi flous qu'effrayants. Sans disposer volontairement de toutes les clés pour en saisir toutes les subtilités, il est fortement conseillé de s'abandonner à cet univers très sombre pour n'en retenir que les qualités, Bloodborne plaira davantage finalement aux amateurs de Lovecraft qu'aux férus de Playstation et ce n'est pas forcément pour nous déplaire.
Double 7
Enfin ! Enfin un nouvel album de Yann & Juillard consacré à l'aviation. Si vous avez aimé Mezek, foncez ! C'est de la même qualité. Un choix original de traiter des épisodes assez peu connus autour de la 2nde Guerre Mondiale : Mezek nous emmenait sur les terres du tout jeune Etat d'Israël juste après guerre. Double 7 nous invite à découvrir la Guerre d'Espagne. J'avais découvert Juillard comme tout le monde au travers du cultissime Les 7 vies de l'épervier. Mezek m'avait enchanté. Si ce double 7 confirme une volonté de sortir encore d'autres One Shot sur l'époque moderne on va continuer à se régaler !