Les Vieux Fourneaux

Note: 3.88/5
(3.88/5 pour 25 avis)

Angoulême 2015 : Prix du public Cultura 2014 : Prix des Libraires de bande dessinée Vous êtes la pire génération de l'histoire de l'humanité !


Angoulême : récapitulatif des séries primées Les prix lecteurs BDTheque 2014 Prix des Libraires de Bande Dessinée Troisième âge

Pierrot, Mimile et Antoine, trois septuagénaires, amis d'enfance, ont bien compris que vieillir est le seul moyen connu de ne pas mourir. Une comédie sociale aux parfums de lutte des classes et de choc des générations, qui commence sur les chapeaux de roues par un road-movie vers la Toscane, au cours duquel Antoine va tenter de montrer qu'il n'y a pas d'âge pour commettre un crime passionnel.

Scénariste
Dessinateur
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 10 Avril 2014
Statut histoire Série en cours 5 tomes parus
Dernière parution : Moins de 2 ans
Couverture de la série Les Vieux Fourneaux
Les notes (25)
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13/04/2014 | jurin
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Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Au départ, j'avoue que je n'étais pas spécialement attiré. Les dessins sont sympathiques mais pas exceptionnels, l'histoire ne me paraissait pas incroyablement originale, bref, je préférais m'orienter vers d'autres titres. Et puis, à force de voir les albums exposés partout, je me suis laissé tenter. Et j'ai eu bien raison. Les aventures de ces papys ronchons et désabusés sont étonnamment rafraîchissantes, et je me suis plusieurs fois franchement fendu la poire. Le premier tome est vraiment génial. Si l'histoire se concentre sur un personnage (Antoine), le développement des autres protagonistes n'est absolument pas bâclé, et tous sont incroyablement attachants. J'ai véritablement dévoré ce tome et me suis donc logiquement pressé pour lire les autres. Je n'ai pas été déçu non plus. Si le tome 1 reste, à mon goût, le meilleur, les tomes 2 et 3, qui se concentrent chacun sur un personnage différent (Antoine pour le tome 1, Pierre pour le tome 2 et Mimile pour le tome 3), utilisent la même recette, et ça marche : une bonne dose d'humour, teintée d'une critique de la société et d'aspects plus personnels de la vie de nos héros. J'appréhendais le tome 4 (le fait que la bd ne porte pas sur un des personnages principaux comme c'était le cas pour les albums précédents me laissait craindre un scénario moins prenant), et j'ai été agréablement surpris : l'esprit de la bd est intact, et j'ai encore passé un bon moment à la lire. Cet album ne se focalise pus sur un de nos trois héros, mas sur l’héroïne, Sophie, et le résultat est très appréciable. Enfin, le 5e tome change encore de type de narration et tente de donner aux quatre héros une couverture identique, alors même qu'ils ne sont pas ensemble. Ca marche à peu près, même si le résultat est que certains personnages ont la part belle (Antoine ou Mimile) quand d'autres sont plus anecdotiques, comme Sophie qui avait pourtant une place de choix dans les précédents opus. Mais l'essentiel reste là : on rigole, on sourit, on se prend d'affection pour tout ce joli monde. Encore un album réussi. J'avoue avoir préféré les tomes 1, 2 et 3 aux deux derniers, mais je ne dirais pas que la série se dégrade. Elle évolue et a su garder son identité et sa fraicheur intacts. Une série à lire.

04/02/2018 (MAJ le 04/12/2018) (modifier)
Par Erik
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures dit le dicton qui semble inspirer cette œuvre que sont les vieux fourneaux. Etre vieux, c’est devenu très in de nos jours, question maturité et compétence sur les choses de la vie. Le pire reste pour moi les jeunes avec des goûts de vieux dans une attitude purement suiviste mais bon, il faut de tout pour faire un monde. Bref, c’est vrai que tout ce qui est âgé provoque chez moi une petite aversion. Tome 1: Ceux qui restent J’ai beaucoup apprécié la jeune fille Sophie qui hurle, à la barbe de cette génération qui a tout gâché, les quatre vérités dures à entendre. C’est vrai qu’ils nous laissent un monde pourri : le chômage, la crise et ils partent faire la retraite à 60 ans en vivant le plus longtemps possible. Et il faudrait encore s’extasier devant eux ! Non, merci ! En tout cas, j’ai bien aimé la pensée profonde de l’auteur qui les aime quand même. Oui, on leur doit le respect tout de même. Cependant, les vieux estiment qu’on leur doit tout. Ils n’hésitent pas à prendre la place dans le bus en faisant se lever un enfant de moins de 5 ans ou une femme enceinte. On a droit à une histoire plutôt touchante qui commence avec un décès et une mystérieuse lettre qui sera le point de départ à un road-movie maison de retraite attitude. D’ailleurs, cela conduit très mal un vieux (à 50km sur l’autoroute ou à 160 selon les cas). Rien ne leur sera épargné pour notre plus grand plaisir. Rien n’est d’ailleurs pire qu’un vieux riche qui s’exhibe avec une femme à forte poitrine afin de montrer leur insolente réussite. Cette comédie sociale entre amitié et amour traite aussi du thème de la finance facile. Il y a des piques bien pensées ici et là. Les personnages sont réellement attachants. Oui, on les aime quand même ces vieux septuagénaires car ils sont parfois très drôles. Je regrette juste la calligraphie choisie un peu illisible. C’est dommage car les dialogues sont de haute volée avec des références assez amusantes. Lupano est devenu en ce qui me concerne le meilleur scénariste de sa génération. Après Ma révérence, c’est véritablement la consécration ! Tome 2: Bonny and Pierrot Le second tome fait même l'exploit de dépasser le premier qui était déjà une bonne surprise. C'est dire ! On a droit à une histoire totalement indépendante du premier volume bien qu'il y ait une transition et un fil conducteur. J'ai bien apprécié la critique sans détour des travers de notre société et plus généralement du mode de vie capitaliste. L'exemple de l'évolution de l'île de Nauru au sein du Pacifique est assez caractéristique notamment son histoire économique basée sur l'exploitation du phosphate. Les habitants sont devenus parmi les plus riches du monde avant de connaître la ruine avec l'épuisement des ressources ou la maladie pour avoir adopté un mode de vie occidental pas adapté. Le taux de chômage est actuellement l'un des plus élevés au monde avec 90%. Bref, outre cet exemple assez marquant, il y a dans cette bd de nombreuses références assez amusantes. L'esprit est franchement contestataire. Cela rend nos trois vieux absolument sympathiques. Tome 3: Celui qui part Qu'est-ce qu'on aimerait bien être comme eux au 3ème âge ! C'est presque idéalisé. On les retrouve pour notre plus grand bonheur pour de nouvelles aventures toujours aussi truculentes. Notre société de consommation en prendra encore pour son grade. Pour le reste, tout semble bien fonctionner dans cette comédie sociale. A noter la présence de flashback qui éclaire un peu le passé de nos protagonistes. Pour autant, l'effet de surprise des premiers tomes est passé. Il ne faudra pas essouffler le lectorat en multipliant les tomes à tout va. Tome 4: La magicienne Lorsque l'on va apprendre qui est la magicienne, nul doute qu'on aura un petit choc. Le ton reste toujours aussi écolo-bobo tout en se moquant également de cette tendance nombriliste. La série a connu un grand succès au point d'intéresser le cinéma. Le filon est loin de s'éteindre. On est parti pour une suite à la fin de ce quatrième chapitre qui semble faire du surplace. Pour autant, les thèmes abordés sont plutôt d'actualité. Il y a toujours le plaisir qui reste intact de lire les vieux fourneaux. J'ai beaucoup aimé certaines trouvailles comme le fantasme imagé de Sophie sur deux pages où il y a cette double lecture avec la réalité. Du grand art ! Tome 5: Bons pour l'asile Cette série m'a presque fait réconcilier avec le troisième âge. Il faut dire qu'autour de moi, les vieux ne sont pas du tout les êtres bons et généreux avec la main sur le coeur. Je n'observe pour ma part que la plupart sont racistes et conservateurs ce qui ne reflètent pas de bonnes valeurs. Peut-être que la bd projette une version idéalisée. On aimerait en tout cas que cela soit la réalité. J'ai beaucoup aimé l'introduction avec la démonstration devant l'ambassade de Suisse. C'est toujours aussi drôle sauf sans aucun doute la conclusion de ce tome qui nous rappelle que nous sommes juste de passage en ce monde. On pourra sans doute reprocher un parti pris pour un camp politique facilement devinable mais les auteurs s'assument. Il y a en effet toute une caricature des syndicalistes et autres contestataires. Sans doute, le tome le plus engagé. Nous avons là une des meilleures séries comiques de ces dernières années ! Note Dessin : 4/5 – Note Scénario : 4,5/5 – Note Globale : 4,25/5

31/10/2014 (MAJ le 25/11/2018) (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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J'ai longuement hésité à acheter cette BD, apeuré par le syndrome de l'avis enthousiaste et l'engouement qu'avait provoqué le premier tome. J'ai donc patienté, et finalement, rappelé à l'ordre par les affiches du film sortant bientôt, j'ai été voir ce que valait cette série. Ce qui fait qu'au final, j'ai lu d'une traite les quatre tomes et j'ai eu beaucoup moins d'appréhension face aux tomes suivants. Ce fut une lecture d'une traite, et donc bien moins attentive sur les tomes suivants. Et j'ai été conquis. Oui, réellement, et sans aucune concession. Lupano, le fantastique conteur d'histoires, a encore une fois frappé juste. Il sait manier la plume pour faire des personnages profondément humains, des gens simples dans lesquels on croit et qui nous donnent envie de les aimer. Ce qui n'est pas sans risque lorsqu'on ne connait rien de leurs vies. L'humour ressort particulièrement bien de cette BD, et j'ai beaucoup ri à la lecture. Vraiment ri aux éclats, pas simplement souri. C'est déjà bon signe ! Les albums sont très différents les uns des autres, abordant tour à tour d'autres thématiques et mettant en avant d'autres aspects des personnages. Mais surtout, je crois bien qu'il s'agit de l'album de Lupano le plus engagé. L'auteur avait toujours un message social dans ses BDs, et souvent très engagé. Mais là, j'ai l'impression de lire un message bien plus politique et bien plus engagé. Avec des petites piques sur le monde de la politique, mais surtout sur l'engagement de chacun dans une société de tous. Et le dernier tome est particulièrement bien trouvé, sur une situation assez courante et peu manichéenne : agrandir une usine d'anti-dépresseur pour refaire des emplois dans une zone à sauvegarder, avec la possibilité d'un retour des jeunes et des magouilles politiques à la clé. Rien n'est blanc ou noir, c'est une situation qu'il n'est pas facile de juger. Et c'est là la force de ce récit, qui invite non pas à s'engager pour refaire le monde, mais qui semble inviter à s'en créer un nouveau. C'est un peu comme un souffle d'espoir qui passe dans cette BD, cette envie d'autre chose que ce qu'on a. C'est très orienté décroissance, nouvelle politique et engagement citoyen, mais ça fait du bien de voir comment cela se mêle avec des vieux combats, de vieilles idées et des vieilles aspirations. J'en ai peu parlé, mais le dessin est d'une très bonne efficacité. En vrai, je n'aurais pas grand chose à en dire, vu que je n'ai rien noté de particulier. Ça fonctionne parfaitement. Cette BD m'a beaucoup plu, et même si j'ai sans doute gardé une lecture très politique de l’œuvre, je trouve qu'elle mérite qu'on s'y attarde juste pour se faire plaisir. L'histoire reste très sympathique, on passe un agréable moment en compagnie de ce trio infernal de vieux. Je recommande la lecture de cette BD qui fait souffler un vent de fraicheur avec des aînés !

17/08/2018 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5
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t.1 : Ceux qui restent Dans cette comédie à la fois légère et subversive, Lupano, scénariste très en vue depuis plusieurs années, nous démontre avec jubilation que le troisième âge n’est pas l’antichambre de la mort, loin s’en faut, avec des personnages hauts en couleur. Tout d’abord, il y a Pierrot, le plus déjanté, vieil anar à l’esprit de révolte intact malgré sa vue défaillante, qui prend un malin plaisir à perturber les soirées branchées et autres cocktails mondains, de préférence en compagnie de son groupe d’action « Ni yeux ni maître ». « C’est ça ou moisir du bulbe. » explique-t-il en guise d’excuse. Puis Antoine, l’ancien syndicaliste déprimé par la mort de sa femme Lucette mais dont la hargne anti patronale va vite se révéler plus virulente que jamais lorsqu’il apprendra que cette dernière a flirté de son vivant avec le PDG de sa boîte… Le troisième compère se prénomme Mimile. Sous son air jovial et bon vivant, il cache un passé de baroudeur globe-trotter, « seul blanc à avoir joué première ligne de rugby aux Îles Samoa ». Il y a enfin la jeune et jolie Sophie, artiste altermondialiste et nièce d’Antoine, portrait craché de sa tante jeune. Malgré son statut de femme enceinte, elle ne se débinera pas lorsqu’il sera question d’accompagner les vieux potes de tonton pour empêcher ce dernier de commettre l’irréparable en voulant buter son ancien patron. Ces papys flingueurs n’ont pas leur langue dans leur poche, et ils auraient bien tort, avec des dialogues qui dynamitent et dispersent avec une telle pétulance – l’esprit d’Audiard n’est pas bien loin… Sur le thème de l’adultère posthume, le scénario, en plus d’être original, est assez bien ficelé pour ce premier épisode en guise de – très bonne – mise en bouche. Pour ce qui est du dessin, Cauuet s’inspire avec virtuosité d’une certaine BD franco-belge semi-réaliste orientée « comique » : postures dynamiques, bouilles expressives, jeunes femmes bien « bidochées », enceintes ou pas (on ne pouvait pas non plus mettre que des vieux en scène…), et ça fonctionne à merveille. Et l’air de rien, ils sont rafraîchissants ces anciens et pourraient en remontrer à bien des « d’jeuns » de notre époque formatée par le rêve marketé et illusoire d’un paradis high-tech. De manière significative, nos héros chenus feraient presque une déprime en constatant que le trésor caché à proximité de la cabane de leur enfance n’a toujours pas été découvert… drôle d’époque où les enfants naissent avec des tablettes dans les mains tout en croyant que les poissons sont carrés et les vaches des animaux exotiques. Pour autant, les auteurs ne tombent pas dans le piège du « c’était mieux avant » en procédant à un rééquilibrage par l’entremise de la jeune Sophie au tempérament sanguin. Car si elle les aime bien, ces vieux « flibustiers », elle en veut aux ainés dans leur ensemble de n’avoir pas su ou pas voulu prévenir les problèmes du monde actuel, refilant le fardeau aux jeunes générations avec une insouciance consternante. La scène de la rencontre avec le groupe de retraités sur l’aire d’autoroute est parlante, si comique soit-elle dans son exagération. En somme, sous les apparences d’une joyeuse farce, les auteurs utilisent leurs personnages pour mieux mettre en lumière et dénoncer les dérives de notre monde où les valeurs humaines semblent chaque jour céder un peu plus de terrain au profit d’un conformisme déshumanisant. Il reste que ces portraits plein de tendresse sont à la fois touchants et tonifiants, un peu dans le même esprit que Les Petits ruisseaux de Rabaté, petit bijou de la BD séniorisante. ---------------------- t.2 : Bonnie and Pierrot On notera une moindre truculence des dialogues par rapport au premier épisode, mais compensée par quelques scènes tout à fait savoureuses (si l’on peut dire, car la scène de « l’attentat gériatrique » au meeting de Jean-François Coppé peut donner des haut-le-cœur) et franchement hilarantes. Et désormais, vous ne réagirez peut-être plus tout à fait de la même manière quand vous demanderez une baguette à votre boulanger et qu’il vous proposera de choisir entre quinze sortes… Avec ce deuxième volet au titre en forme de clin d’œil aux gangsters Bonnie and Clyde, Lupano réussit parfaitement à pointer du doigt les travers de notre époque consumériste et individualiste, où le jeunisme TGV finit par contaminer tous les domaines de la société en poussant au talus les déambulateurs de nos anciens. Ces « vieux fourneaux » pourraient se contenter de venger leur génération à la manière d’une Tatie Danielle, mais dans leur élan aussi altruiste que rageur, englobent les exclus et les opprimés tous âges confondus. C’est également un plaisir de retrouver le très efficace trait « franco-belge » de Cauuet et ses tronches expressives. Si la vieillesse vous inquiète, et que cette inquiétude est accentuée par un sentiment de révolte vis-à-vis de ce monde de brutes, voyez la vie du bon côté et fourbissez vos armes avec ces « Vieux Fourneaux ». Une véritable mine d’or pour votre âme d’insoumis, laquelle pourra inspirer vos opérations commando d’aujourd’hui et plus particulièrement de demain, à un âge où on vous commencerez à passer pour inoffensif, où on vous considérera comme un débris incontinent, charge pour la société pour les uns ou vieil aigri anti-jeune incapable de changer le monde pour les autres. Le tout dans la joie et la bonne humeur, ce qui ne gâche rien. ------------------ t.3 : Celui qui part Dès l’introduction, on comprend vite que nos vieux briscards n’ont pas l’intention de rendre les armes de leurs jeunes années rebelles ! Ils seraient même là pour durer, et plutôt que de briser leur pipe, ils semblent bien déterminés à la fumer jusqu’au bout… Ce tome 3 commence avec l’interpellation de Pierrot, affublé d’un magnifique costume d’abeille, alors qu’il vient de commettre avec ses potes un « attentat au miel » contre les producteurs de pesticides… Pourtant, la roue tourne et nos vioques préférés, qui se plaisent souvent à donner des leçons, vont à leur tour en recevoir une de la nièce d’Antoine, et pas piquée des vers, en particulier ceux qui les attendent avec impatience au fond du trou pour une joyeuse ripaille… Et c’est d’une vieille voisine recluse et bougonne que viendra la tempête, un « ange de la vengeance » dénommée Berthe. Par la voix de la nièce qui a sympathisé avec cette dernière, on apprendra que les trois vieux copains sont loin d’être des enfants de chœur et n’ont pas toujours été héroïques comme pourrait le laisser penser la BD depuis le premier tome… Sophie, en marionnettiste de profession, va leur rafraîchir la mémoire en leur contant cet épisode peu glorieux du village dont ils furent les principaux protagonistes durant la seconde guerre mondiale… Pour ce troisième volet, c’est donc un sujet grave (les représailles post-collaboration) qui est abordé mais le ton humoristique reste le même, preuve que l’on peut discuter de tout sans imposer pour autant une chape de plomb comme le voudrait la bienséance. Et c’est entre autres sur ce point précis qu’on perçoit l’intelligence des auteurs, qui parviennent à inclure un sujet sérieux dans un cadre burlesque sans en retirer la portée morale. A ce titre, la scène finale est très parlante. ----------------------- t.4 : La Magicienne Le projet d’extension de la firme pharmaceutique Garan-Servier était pourtant bien parti, mais c’était sans compter sur un petit insecte menacé d’extinction au nom évocateur – et malicieux dans ce contexte : la Magicienne dentelée. Cette magicienne va à elle seule attirer un climat révolutionnaire dans le paisible village du Sud-ouest où réside Antoine, avec l’implantation d’une ZAD sous les fenêtres des bâtiments ultramodernes de la multinationale. Malgré son passé de syndicaliste, Antoine apparaît ici comme la voix discordante, car il se réjouit curieusement du projet pharaonique de Garan-Servier, arguant que cela créerait des emplois dans la région et pestant contre ces « rastaquouères » de zadistes. Un prétexte des auteurs pour ne pas faire ressembler leurs « Vieux Fourneaux » à un porte voix de l’extrême-gauche tendance écolo ? A moins que cela ne soit qu’un simple parti pris objectif permettant de prendre en compte toutes les opinions… car en fin de compte, Antoine est un naïf qui reste attachant, convaincu comme beaucoup d’autres pourraient l'être, par le discours démagogique d’une entreprise cynique. Et les faits lui donneront bien évidemment tort... Grâce au talent des deux auteurs, Cauuet pour le pinceau et Lupano pour la plume, le lecteur aura droit à quelques trouvailles, tant graphiques que scénaristiques. Comme toujours, l’histoire est émaillée de « punchlines » truculentes qui sont un peu la marque de fabrique de la série. Le trait franquinien reste toujours aussi alerte, à l’image de nos héros octos bouillonnants, dont le plus excentrique reste Pierrot, débarquant dans la ZAD telle un météore dans un vieil autobus bringuebalant, rempli de ses frères et sœurs d’armes, tous hauts en couleurs. Ce volet évoque immanquablement une bataille de longue haleine – celle qui, hasard du calendrier, vient de prendre fin à Notre Dame des Landes. Et c’est bien le point fort de cette série vibrionnante, centrée autour de vieux briscards du troisième âge mais en prise directe avec l’actualité, qu’elle soit politique, économique, sociale ou technologique. Une série de son temps, comme son nom ne l’indique pas. Et tout en subversion habile sous une tonalité burlesque et bon enfant.

18/06/2014 (MAJ le 03/03/2018) (modifier)
Par herve
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
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Tome 1 J'avoue avoir mis du temps à acquérir ce volume. A cause peut-être de Lupano himself, sur lequel mon avis est toujours très partagé : selon moi, il publie du très bon comme L'Homme qui n'aimait pas les armes à feu mais aussi, du moins réussi comme L'Assassin qu'elle mérite. Et là il a fallu attendre de lire les critiques dithyrambiques ici ou là pour enfin me lancer dans la lecture. Et bien un seul mot me vient après avoir refermé ce premier opus : jubilatoire ! Un scénario très réussi, mêlant humour, nostalgie et dérision ; servi par un dessin très dynamique de Cauuet. Rien que le gag du fusil (page 42, planche quasi muette) m' a fait hurler de rire. Les dialogues font mouche à chaque fois et je n'attends qu'une seule chose : lire la suite (même si ce premier volume peut presque se suffire à lui même). Bien construite, drôle, cette équipée sauvage du 3ème âge est une des meilleures bandes dessinées de l'année, à mon humble avis. Tome 2 Certes j'avais mis du temps à acquérir le premier volume de cette série mais je m'étais régalé à la lecture. Pour la sortie du tome 2, je me suis littéralement précipité de l'acheter. Mais j'avoue que, comme certains, j'ai trouvé qu'une fois passé la bonne surprise du premier volume, cet opus n'en avait pas la fraicheur. Si certaines situations m'ont fait sourire ici (le running gag de la baguette de pain), les auteurs n'atteignent pas le niveau du volume précédent. En entrecoupant trop d'intrigues (la recherche d'un amour de jeunesse, la visite de l'île de la Tordue, le projet de Mimile...), Lupano casse un peu le rythme de la lecture (d'où une baisse de note). Dommage, mais la barre était plaçée bien haut. Cela reste tout de même une lecture plaisante. tome 4 Signe peut-être d'une lassitude, je ne me suis pas précipité vers l'achat de cet opus , me contentant de l'emprunter à la médiathèque plus d'un mois après sa sortie. Certes, la fraicheur du premier album n'y est plus mais ce quatrième volume se lit avec plaisir, multipliant le niveau de lectures (le côté politique avec les "zadistes", le côté familial avec l'histoire de la famille de Sophie, et le côté mystérieux avec "le trésor des papys") Je regrette quelque peu que notre vieux trio soit mis en second plan dans cette aventure qui privilégie ici l'histoire de Sophie, mais avec Jojo, le couvreur, j'ai retrouvé la verve du premier volume. Un album correct mais une série qui finit par s'essouffler tout de même

28/04/2014 (MAJ le 25/02/2018) (modifier)
Par peckexcel
Note: 4/5

Je suis tombé sur le premier tome de la serie il y 6 mois , seulement j'ose dire. Je n'en attendais rien ne connaissant que les couvertures colorées. Je pensais lire une série de sketches d'une ou deux planches sur des vieux aigris. En fait j'ai compris mon erreur dès la première planche, cette planche est juste parfaite. Honnêtement il m'arrive encore de la regarder régulièrement il y a tout ce qu'on peut attendre d'une première planche, une exposition du lieu, le personnage qu'on découvre en plusieurs cases et le but de celui-ci dès le début, et tout cela en une planche un modèle du genre ! Une de mes planches préférées de tous les temps. Et la suite du tome dans tout ça? Le scénario est inattendu bien loin d'être naïf, profond et intelligent. Une chronique à la fois drôle et un peu dramatique, presque douce amer, pleine d'émotion, de pudeur et terriblement humaine... je n'ai vraiment pas envie d'en dire plus pour ne pas vous gâcher le scénario. Le tout soutenu par un dessin très expressif. Aller ! Un 5/5 sans problème. Le tome 2 : ... Cela ne pouvait qu'être moins bon... Cette histoire m'a beaucoup moins touché que la précédente, il y a bien sûr des passages très bons, mais je dois avouer que dans l'ensemble c'est vraiment en dessous, moins bien construit et avec des longueurs. Ça a l'air horrible dit comme ça, faut pas pousser non plus ça reste bon mais juste pas au niveau du premier : moins d'émotion et même le trait dans les premières planches je l'ai trouvé plus épais, moins fin, à l'image du scénario... Un 3,5/5, ça se lit mais... Tome 3 : celui qui part Eh bien celui qui part, ce n'est définitivement pas moi ! j'ai beaucoup beaucoup aimé le propos de cette histoire. Sans en dire trop, les flashback rendent ces personnages tellement humains. Seul le "pirate" m'a dérangé et m'a fait sortir de l'album en me disant non c'est trop gros, et c'est dommage car à part un manque de rythme, pas grand chose à reprocher. Un bel album qui se relira avec un grand plaisir. (ça reste moins bon que le premier quand même qui était vraiment exceptionnel) un 4/5 ! Une belle histoire humaine.

28/03/2017 (MAJ le 11/01/2018) (modifier)
Par Puma
Note: 4/5

Lupano nous sert là un scénario drôle et à contre-pieds des héros ; ici, les anti-héros sont le gang de trois quadragénaires quelque peu, et partiellement, grabataires, et relativement réactionnaires, voire carrément anarchistes. C'est vraiment un plaisir de lire ce triptyque atypique parfois un soupçon trop enclin à virer vers la caricature. Mais comme on baigne dans l'humour ... Pour le dessin, il n'est pas très beau en soi, mais efficace, et on l'oublie vite, une fois le lecteur dévoré par le récit. Un très chouette moment de lecture badine.

03/05/2016 (modifier)
Par Pasukare
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
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Cette fois c’est sûr et je le répète haut et fort (et gras) : mon scénariste préféré en BD est Wilfried Lupano ! Une fois encore, et après de jolies pépites et autres séries cultes comme, entre autres, Alim le tanneur, Le Droit Chemin, Ma révérence, Le Singe de Hartlepool ou L'Assassin qu'elle mérite, Lupano signe ici un scénario drôle et bien ficelé mettant en scène des personnages grandes gueules et attachants dont la vie trépidante ne connait pas le repos, physique ou psychologique. Les vieux fourneaux ce sont trois « séniors » pas du tout rangés, qui se retrouvent au début de la série à la triste occasion de l’enterrement de la femme de l’un d’eux. Cette dernière a laissé à son mari une lettre à n’ouvrir, chez le notaire, qu’après sa mort… Et pour cause, la révélation qui y est faite est un vrai coup de tonnerre qui va bouleverser bien des certitudes. Aux côtés de nos trois vieux, on trouve la jeune Sophie (enceinte jusqu’aux yeux au début du tome 1), petite fille d’un des trois compères, qui ne fera pas mentir le dicton « les chiens ne font pas des chats ». Cette dernière a tout quitté pour revenir aux sources, et va se retrouver mêlée à l’aventure en y apportant sa lucidité, sa raison et son franc parler (mention spéciale pour les épisodes « boulangerie » ou la rencontre avec le groupe de vieux promus « pire génération de l’histoire de l’humanité »). Au dessin, Cauuet illustre admirablement le scénario du sieur Lupano avec un style qui colle parfaitement à l’ambiance : très expressif, très coloré, très dynamique. J’aime beaucoup également les sauts dans le passé qui nous montrent la jeunesse de nos vieux briscards, tout aussi animée que leur vie actuelle d’ailleurs. Une série à ne louper sous aucun prétexte !

29/02/2016 (modifier)
L'avatar du posteur Eric2Vzoul

Trois vieux papis lancés dans un road movie ! C'est vrai qu'ils sont attachants ces ancêtres, qui refusent de vieillir malgré leurs rhumatismes. Réunis pour un enterrement, les voilà partis pour une course-poursuite en quête de l'éternelle jeunesse. La pire génération de l'histoire ? Peut-être… N'empêche qu'ils n'ont jamais cessé de se battre, eux ! Pour des causes sociales, puis pour passer le temps et enfin pour le plaisir d'emmerder les cons. “Ceux qui vivent sont ceux qui luttent”, et ce n'est pas la jeune Sophie, enceinte jusqu'aux yeux, qui va les contredire. Les personnages son drôles et attachants. Les réparties fusent. L'histoire est simple mais passionnante. Lupano réussit encore un joli scénario, tout en tendresse caustique. Le dessin de Cauuet est très réussi. Il a déjà travaillé avec Lupano sur L'Honneur des Tzarom et adopte cette fois un style plus caricatural, qui colle merveilleusement au sujet. J'ai jubilé en accompagnant Les vieux fourneaux dans leur périple et j'espère qu'ils reviendront bientôt pour de nouvelles aventures. La fin ouverte promet un bel avenir à ces nouveaux héros. •••••• 3 albums et j'apprécie toujours autant les trois papys •••••• Je lis que certains posteurs font la fine bouche : « pas original », « convenu », « sans surprise »… Je vous trouve bien sévères mes amis, alors je reprends la plume (enfin le clavier) pour les défendre. Peut-être que le thème des ancêtres turbulents n'est pas neuf ; c'est vrai que ceux-ci rappellent nombre d'œuvres antérieures comme Les Vieux de la Vieille (les anars de René Fallet plutôt que les cabotins d'Audiard et Grangier), ou encore La Vieille de Patrick Font. Les pépés indignes sont des figures littéraires récurrentes, et alors ? Ces Vieux fourneaux ne font pas exception au genre, mais quel plaisir de les voir évoluer ! Par leurs facéties, si absurdes soient-elles, ils ressuscitent un univers à la Brassens et ça me fait chaud au cœur. Parce qu'en ces temps de repli individualiste et de politiquement correct, ça fait foutrement plaisir de contempler ces dinosaures gauchistes semer le désordre dans la bonne humeur. Qui ose encore s'en prendre aux travers d'une société qui s'auto-satisfait de sa perversité tout en la déplorant ? Qui à part des Pierrot, Antoine, Mimile et Mamie Fanfan ? Il y a bien Revanche dans un genre un peu différent, mais on ne peut pas dire que l'esprit gauchiste fasse florès de nos jours. Il faut de vieux farceurs au bord de la tombe pour nous offrir la vision jubilatoire et optimiste d'un avenir possiblement radieux. Et il est faux de dire qu'ils sont enferrés dans leurs certitudes et leurs dogmes passéistes. Au fil des albums Lupano a l'intelligence de les bousculer, de les mettre face à leurs contradictions, de les prendre en faute, de raviver leurs regrets, de les amener à doute d'eux-mêmes. Des caricatures, sans doute, mais plus humaines que bien des vivants ! Longue vie aux Vieux Fourneaux et à leurs aventures salutaires !

15/04/2014 (MAJ le 26/12/2015) (modifier)
L'avatar du posteur Agecanonix

Depuis l'an dernier, cette Bd est très appréciée du public et des libraires, il fallait donc que je vois de quoi il est question. C'est une série atypique dans la mesure où elle prend pour héros des septuagénaires, personnages peu utilisés en BD comme héros de premier plan, si ce n'est pour épauler des personnages plus jeunes ou servir de mentor.. Les auteurs que je ne connaissais pas, parviennent à communiquer une vraie dynamique avec ces vieillards qui n'ont rien oublié de leur passé, d'une certaine anarchie, et de la révolte syndicaliste. C'est d'ailleurs une vraie chronique sociale où l'humour permanent désamorce l'amertume, la gravité et les regrets ; le scénario est inventif, avec de l'émotion, un humour ravageur, des dialogues ciselés, incisifs et percutants qui lorgnent parfois vers le style d'Audiard. On prend tout de suite en sympathie ces 3 vieux briscards qui donnent une image totalement différente des "vieux" amorphes ou rachitiques assis devant leur télé ou passant leur temps à dormir dans un fauteuil. Les auteurs ont su très bien capter la nouvelle image des séniors, ainsi que le choc des générations avec le personnage de Sophie, qui illustre ce rapprochement générationnel au travers du road-trip qu'elle vit dans le tome 1 auprès d'Antoine son grand-père, et ses 2 potes de toujours, Pierrot et Mimile. Le succès de cette Bd s'explique donc par cette alchimie particulière développée par Lupano, et aussi Cauuet dont le dessin très expressif apporte une grande justesse et un aspect comique indéniable aux dialogues et aux situations drolatiques imaginées par son scénariste. Lupano prend le contrepied du stéréotype, de l'idée que les jeunes et les quadras se font aujourd'hui des "vieux", en créant des antihéros attachants, plein de fougue, survoltés et qui refusent la décrépitude. Cette Bd dont je n'attendais pas grand chose, m'a plu sans être renversante, dans la mesure où à mon âge, je marche (très doucement cependant) sur les traces de ces 3 Pieds Nickelés du 3ème âge, je me reconnais un peu en eux parce que je serai probablement comme eux à 77 ans (âge limite pour lire Tintin), refusant de m'avouer vaincu, ayant la rage de vivre, toujours passionné par différents centres d'intérêt, et toujours sur la brèche. Je ne sais pas si je prendrai des cours de hacking, mais j'aurai toujours l'esprit farceur, la passion de la BD, du ciné, de la photo... et je serai toujours contre l'injustice et la malbouffe. D'un autre côté, cette série n'a rien de novateur par son sujet, il suffit de voir le film les Vieux de la vieille (sur dialogue d'Audiard d'ailleurs) pour comprendre que des pépés savoureux et anticonformistes étaient déjà en vedette.. Enfin, voila donc une Bd qui peut réconcilier pas mal de gens avec la frayeur du vieillissement, en tout cas moi, j'aimerais bien ressembler plus tard à Pierrot avec ses attentats gériatriques, rien que pour faire chier des administrations ou des sociétés qui se foutent de nous... Une grande dose de bonne humeur en images !

27/08/2015 (modifier)