Avec l'album La Voiture d'Intisar moi qui était resté sur un avis positif mais très en retrait à cause d'un graphisme pas du tout à mon goût, c'est LA bonne surprise avec ce nouvel opus des tribulations de notre yéménite préférée mis en scène par le toujours très bon Pedro Riera, mais qui confie cette fois-ci le dessin à un nouvel auteur, Sagar.
Et pour moi ça change tout ! D'une part parce que le trait de Sagar est ce qui manquait à l'album précédent et que sa mise en couleur est tout simplement sublime. On est pleinement immergé dans le quotidien d'Intisar, on ressent l'amour de son pays le Yemen malgré sa condition de femme, mais aussi celle de la Jordanie où elle a du s'exiler.
Et c'est toute la réussite une nouvelle fois de cet album qui derrière le personnage fictif mais très inspiré d'Intisar nous fait comprendre à travers son quotidien tous les enjeux sociétaux et politiques de cette région complexe. Mis sur le devant de la scène internationale ces derniers jours après l'assassinat d'un journaliste dans son consulat, l'Arabie Saoudite qui mène cette guerre au Yemen est placée face à ses responsabilités et ses absurdités macabres. Les Yéménites (qui en ont les moyens) en sont réduits à l’exil, dont une grande partie se fait vers la Jordanie. Intisar est l'une de ces exilés...
J'ai beaucoup apprécié la construction du récit qui derrière moult anecdotes qui pourraient sembler triviales, permettent surtout de comprendre la réalité et le quotidien des femmes au Yemen. Réalité toute en contradictions avec d'un côté la chape de plomb religieuse qui pèse sur elles en société et ce qu'elles font grâce aux réseau sociaux en intimité par exemple. C'est ce plafond de verre que voudrait bien pouvoir briser Intisar pour pouvoir enfin vivre librement. Et c'est paradoxalement ce que va timidement permettre cette guerre tragique : se libérer de l'emprise masculine qui les maintient dans cette condition.
Alors ne voyons pas pour autant cette guerre comme une "bénédiction", mais permet-elle au moins aux femmes de desserrer la bride qu'elles subissent au quotidien.
Un très bon album que je recommande chaudement pour son intelligence et tout autant pour son graphisme chaleureux et expressif qui sied parfaitement à notre chère Intisar et son pays.
Il est toujours difficile de juger l’adaptation d’une œuvre que l’on n’a pas lue, mais à en juger par la qualité de cette bande dessinée, le materiau "Sostiene Pereira" a quelques atouts pour y contribuer. L’écrivain italien Antonio Tabucchi, dont le Portugal était la seconde patrie, évoque à travers ce roman l’engagement politique et la responsabilité de chacun face à un contexte politique particulier, en l’occurrence ici la dictature qui a sévi près de quarante années dans la péninsule ibérique. Le livre et son principal protagoniste, le Pereira du titre, sont d’ailleurs devenus une référence pour les opposants à Berlusconi dans l’Italie des années 90. Tabucchi y cite une théorie à la fois séduisante et troublante, celle des « médecins-philosophes » selon laquelle il y a plusieurs âmes cohabitant en l’Homme. Celles-ci délibèrent pour imposer un moi hégémonique qui définira le contour de sa personnalité, jusqu’à ce qu’un autre moi prenne sa place...
Pierre-Henri Gomont, dessinateur et accessoirement scénariste, a non seulement donné corps au personnage de Pereira avec un certain brio, mais s’est complètement approprié ce livre d’un auteur engagé, démontrant indubitablement son admiration pour ce dernier. Gomont reprend les codes du neuvième art avec originalité et humour en se gardant de tout académisme. Il possède un trait semi réaliste flamboyant et dynamique, restituant avec bonheur, grâce à une colorisation très bien sentie, l’ambiance chaude et lumineuse de la « ville aux sept collines » avec son tram sillonnant le quartier pittoresque de l’Alfama. De façon nuancée, il a su rendre le personnage pataud de Pereira attachant dans ses questionnements existentiels et son obsession pour la mort.
Avec « Pereira prétend », ce bédéaste au style très affirmé n’en est pas à son coup d’essai (il s’agit de son sixième album depuis 2011) et n’est pas très loin du coup de maître… Cette adaptation réussie n’est d’ailleurs pas passée inaperçue lors de sa sortie en 2016, récompensée notamment par le Grand prix RTL de la bande dessinée. Un auteur que l’on va donc forcément suivre avec intérêt…
Oh la très belle BD que voici. Adaptation d'un roman dont je ne connais rien, je me suis plongé dans cette oeuvre qui va nous dépeindre une femme forte dans un environnement et une époque où elles étaient plus reléguées à la portion congrue.
Pemberton est le propriétaire d'une concession de bûcheronnage dans les Smoky Mountains, Caroline du Nord au début des années 30. Il va faire débarquer dans cet îlot de sueur, de sang et de mecs son épouse, Serena. Et loin de l'image d'Epinal de la femme précieuse, celle ci va d'abord se révéler une redoutable manager avant, progressivement, d'avaler ce cher Pemberton dans son ambition démesurée, en laissant ici puis là les cadavres des gens qui la dérangent. Ce qui est prégnant avec Serena, c'est qu'elle n'a aucun scrupule, aucun remord. Une personne est utile ou pas. Et si elle devient inutile, elle est mieux morte. A l'image de sa façon de gérer le cas de Galloway qui perd sa main, elle se révèle redoutable dans la lecture de l'âme humaine, elle qui semble en être dépourvue.
Pemberton va d'abord suivre cette soif d'ambition et de pouvoir, avant lui aussi finalement de lâcher.
La force du récit, outre la peinture de cette femme incroyable (belle, blessée, redoutable et froide), est aussi de souligner, par touches ténues mais subtiles, la grande dépression et ses conséquences sur l'emploi et les conditions sociales de l'époque, renforcée par une Amérique encore marquée par la violence où les explorateurs économiques remplacent progressivement les cowboys. De même, nous y découvrons l'absence totale d'équilibre pour l'homme blanc entre dollars et gestion maîtrisée de l'environnement. Ici, une forêt est rasée puis on se déplace, à l'instar de crickets à 2 pattes.
Le dessin n'est pas très joli de prime abord. Pour autant il n'est pas non plus désagréable et il va finalement s'avérer excellemment choisi pour "optimiser" les éléments climatiques, pour démonter cette massive déforestation, pour amplifier les comportements et caractères des protagonistes.
Vraiment du très très bon.
Chauzy nous livre sa vision du monde post-apocalyptique tel que souvent exploré dans les récits de genre. Et si sa vision n’a rien de révolutionnaire, il n’empêche que son récit a réussi à m’accrocher au point que j’attends maintenant chaque nouveau tome avec impatience.
Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, il y a l’aspect visuel du récit. Et là, clairement, certaines planches fichent le tournis tant elles ont une gueule infernale ! Notamment la scène du déluge orageux en pleine montagne qui sonne véritablement le début des hostilités. La composition et les couleurs choisies m’ont immergé dans cette nature fascinante et effrayante à la fois. Mais si ces scènes grandioses existent, elles ne composent pas la majeure partie de l’album, l’accent étant souvent mis sur les relations entre les personnages. Là aussi, Chauzy livre un beau travail même si moins spectaculaire. Les personnages sont bien typés, expressifs, vivants. Les compositions sont bien pensées, toujours lisibles, bien équilibrées. Le découpage ne casse jamais le rythme du récit. Du point de vue visuel, je pense que nous sommes face à une très grande bande dessinée.
Du point de vue du scénario, je trouve que la série est peut-être un peu en-deçà du niveau que son aspect visuel laissait espérer. Non que ce soit mauvais, loin de là même, mais ce scénario n’offre fondamentalement pas grand-chose d’original. Le destin de cette mère de famille et de ses enfants est prenant mais pas poignant. On s’attache aux personnages sans qu’ils ne nous deviennent proches. Pourtant, les rebondissements ne manquent pas et le travail sur la psychologie de certains personnages est très intéressant. En conséquence, le scénario tient la route, la progression narrative est bien maîtrisée mais il manque ce choc qui m’émouvrait au point de réellement craindre pour les personnages. Après trois tomes, je continue de rester témoin de cette histoire. J’aime la lire, j’attends le prochain tome avec impatience… mais je ne peux pas dire que je me sente proche des personnages comme c’est le cas pour d’autres séries.
En résumé, voici une très bonne série, avec un dessin parfois tout simplement grandiose et un scénario certes classique mais qui, dans le genre post-apocalyptique, fait mieux que simplement tenir la route. Cerise sur le gâteau : le premier diptyque nous offre une conclusion satisfaisante. Du coup, si vous n’accrochez pas, il n’est pas obligatoire de continuer l’aventure. Ceci dit, le troisième tome est très bon et offre l’un ou l’autre rebondissement qui me fait penser que vous rateriez quelque chose si vous vous en arrêtiez là…
Mieux que « pas mal » mais « franchement bien » est peut-être un peu excessif. Bien, tout simplement bien. A lire et à posséder.
Andy et Gina pourrait passer pour une ènième série Fluide Glacial que l'on pouvait lire dans le mensuel avec ces petites histoires de quelques pages pour passer le temps et sourire sans s'en remémorer davantage une fois le canard refermé.
Il n'en est rien.
Andy et Gina est une série singulière et unique pour un public bien particulier friand d'histoires (très) drôles, (très) gore et (très) trash. La série a ainsi perduré sur 5 tomes enfin réunis dans une jolie intégrale bardée d'inédits et la mettant à la disposition de tous.
De tous ? Pas vraiment, il faut avoir le coeur accroché devant les tribulations de cette famille dégénérée dont chaque membre a du être amputé d'une grande partie de ses neurones.
Andy est un petit garçon d'une dizaine d'années avec une certaine sensibilité mise à mal par sa soeur à peine plus agée qui l'utilise à toutes fins possibles et impossibles en n'ayant pas une seule idée politiquement correcte en tête.
Leurs parents ne sont pas en reste avec un clone raté d'Elvis Presley sur ses vieux jours (comprenez obèse et ridicule) qui aurait un certain penchant pour l'alcool, le sexe et aucune responsabilité parentale. Ginette, la mère, est un peu en retrait et va être très sérieusement amputée de la plupart des membres de son corps.
On y ajoute Roudoudou le Loup Garou Vegan et un oncle efféminé pour parfaire le tableau et tenir une famille de bargeots aux moeurs déplacées qui ferait passer la Famille Adams pour une fratrie catholique.
De cet immense n'importe quoi, Relom trouve toujours les bonnes intrigues pour déclencher les zygomatiques quitte à pousser très loin le curseur dans les situations absurdes les plus démentes !
On en redemanderait presque et on comprend mieux pourquoi Lupano l'a choisi pour illustrer Traquemage.
Le dessin est dans le pur jus Fluide Glacial avec ce défilé de trognes pas possibles et achève de faire de Andy & Gina un pur moment de lecture ludique culte.
Andy & Gina a beau être méconnu du grand public et à ne pas mettre dans toutes les mains, cette intégrale offre une occasion unique et complète de redécouvrir ce summum de l'humour trash et également de comprendre le mode de reproduction des petits lapins en tome4 :)
Cet album est une petite perle.
J’avais découvert son auteur via le tome 1 du « Petit traité d'écologie sauvage », un album très original qui nous propose d’inverser deux univers, les animistes étant aux commandes de nos sociétés. En découlaient situations cocasses et absurdes, qui prêtaient à rire tout en nous obligeant à réfléchir sur notre perception du monde et notre place sur la terre.
Anent est le versant « sérieux » du travail de l’auteur, ethnologue, philosophe et dessinateur de talent. Il nous relate ici son séjour chez les Achuars, peuple jivaro vivant au cœur de la forêt amazonienne. Mais « sérieux » ne veut pas dire « dénué d’humour », l’auteur pratiquant régulièrement l’autodérision.
Ce qui m’a d’abord marqué, c’est l’intelligence avec laquelle Alessandro Pignocchi utilise son dessin pour faire passer un message. Il alterne en effet des styles différents qui figurent avec finesse le niveau de compréhension entre les deux cultures. Au début, deux styles bien distincts. Puis un seul style dans lequel cohabitent les deux styles mais sans que la fusion ne soit parfaite. Enfin, un style propre dans lequel la couleur fait son apparition. A chaque changement de style correspond une évolution dans la compréhension par Alessandro Pignocchi du mode de pensée, et de vie, des Achuars. Des fourvoiements du début succèdent la compréhension puis l’assimilation. Au niveau de l’usage du dessin pour transmettre une idée, c’est digne à mes yeux d’un Scott McCloud ou du duo d’Enfin Libre : original et intelligent.
Et comme, en plus, le gaillard sait tenir un pinceau, certaines planches sont de pures splendeurs. Particulièrement celles qui illustrent des oiseaux, que je trouve magnifiques de précision et de vie, Alessandro Pignocchi parvenant à combiner la rigueur du trait à l’art de la suggestion par l’absence de traits.
Quant au contenu, il est intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord, parce que se développant sur deux époques, il permet de montrer l’évolution (ou la dévolution, question de point de vue) de la culture Achuar au contact de nos cultures occidentales. Ensuite, parce que, alors que comme lecteur, on se dit que cette culture est en net recul, l’auteur va nous montrer le contraire grâce à certains aspects de cette culture –dont les fameux anent, qui donnent leur nom à cet album- avec une explosion finale où l’on se dit que, à nouveau (à l’image du premier séjour de l’auteur en Amazonie), on a failli passer complètement à côté. Enfin, parce que les anecdotes surprenantes et amusantes se succèdent, relançant régulièrement notre curiosité et notre envie de finir ce copieux bouquin.
Intelligent, très bien illustré, amusant à l’occasion… voici un très beau récit sur la rencontre entre un ethnologue curieux et ouvert et un peuple qui n'a pas encore oublié qu'il n'était qu'un élément parmi tant d'autres de la planète Terre.
Ouh là là, mais c'est vachement bien, ça !
C'est suite à la sortie du tome 2 que je me suis décidé à m'y intéresser (j'avais loupé le tome 1 à l'époque). Du coup je me suis procuré les deux, et je ne regrette pas, la série fait partie de ma petite bibliothèque de classiques jeunesse désormais.
Imaginez une pré-adolescente qui vit -chichement- avec sa mère depuis le décès un brin mystérieux de son père. Imaginez cette enfant, plutôt débrouillarde mais pas forcément populaire au collège, qui se retrouve plus ou moins escortée par un trio croquignolet de fantômes de pirates. Imaginez cette gamine qui joue des tours pendables à son entourage, mais avec de bonnes intentions... Imaginez des personnages tapis dans l'ombre, qui semblent s'intéresser particulièrement à elle...
Sixtine c'est tout cela et plus encore. On ne vous dira pas tout, mais sachez qu'après Supers, qui est déjà une bien chouette BD, Frédéric Maupomé fait fort avec cette nouvelle série assez ambitieuse, qui nous propose des personnages hauts en couleurs, une histoire très bien ficelée avec plusieurs niveaux de lecture, et un long moment de lecture en perspective, puisque les deux premiers tomes comportent 78 pages chacun.
Sans oublier, bien sûr, le dessin énergique d'Aude Soleilhac, qui semble FAIT pour ce type d'histoire, entre aventure, fantastique et polar. Je me régale, même si j'ai 30 ans de trop.
Faudrait-il croire qu'en cette année 2018 les meilleures surprises proviennent d'auteurs français sous haute influence de comics pulp ?
Tout porte à le croire effectivement avec la publication du dernier tome de la série culte de Griffon Apocalypse sur Carson City et le premier tome de la série de Nicolas Pétrimaux Il faut flinguer Ramirez auquel s'ajoute cette histoire complète de la famille Doggybags "Mapple Squares" qui devrait faire date également.
Mais reprenons, prévue à l'origine comme une anthologie de courts récits brassant la culture Pop dans un style Grindhouse assumée, le label 619 avait relevé un grand nombre de jeunes artistes méconnus talentueux pour sa collection irrévérencieuse Doggybags.
De qualité variable, cette série avait pour dénominateur commun un style graphique issu à la fois des trois écoles en cours selon les thèmes : franco-belge, manga et comics. Certaines histoires s'extirpaient sans mal du lot commun par exemple avec Neyef et ses "South Central Stories" à l'efficacité redoutable.
Mapple Squares parlera donc à tous les amoureux de récits policiers borderline.
Batie sur un pitch simplissime (un duo de flics du FBI s'embourbe dans une bourgade perdue à la recherches de personnes disparues), l'histoire se déroule sur plusieurs niveaux de narration qui vont venir s'entrechoquer de la plus belle des manières avec quelques retournements percutants de situation qui risquent de laisser plusieurs lecteurs bouche bée.
Conçu comme un redoutable manège de montagnes russes, David Hasteda assume le récit comme un brillant hommage au cinéaste John Carpenter dont il reprend le suspens, l'épouvante et la relecture sociale et même un lieutenant d'escouade physiquement similaire.
Heureusement Mapple Squares n'est pas uniquement une bible de références même si elle en regorge et parvient dans une ambiance glauque et anxiogène mille fois déjà vue ailleurs à en délivrer un récit tout à fait original dès sa première partie achevée et le twist principal relevé en plein milieu d'une intrigue déjà bien épicée.
Il faut également souligner le joli travail de Ludovic Chesnot sur le rendu général. Si tous les personnages ont des trognes pas possibles, sa mise en scène cartoonesque et ses couleurs variées font partie intégrante de l'ambiance générale.
Constamment au bord de la rupture sans jamais en perdre le fil, Mapple Squares est donc une petite perle d'humour noir, de violence et d'un mauvais goût assumé qui devrait ravir pleinement les amateurs du genre.
"Le monstre ici... l'anormal... c'est toi".
Bienvenu chez les nettoyeurs de la mort.
Des gens meurent souvent dans l'indifférence générale. Parfois il n'ont pas de famille, pas d'amis et ils vont parfois rester longtemps chez eux avant qu'on ne les découvre. Par bonheur la société qui emploie Derrick et ses collègues est chargée de faire le ménage avant que toute la famille défile. Seul souci, ce qu'ils trouvent n'est pas toujours beau à voir. Et puis il y a parfois des trouvailles qui sont faites et que l'on aurait mieux fait de laisser sur place.
Dans cette entreprise un peu particulière il y a Derrick bien sûr mais aussi ses collègues tous de sacrés loustics. Albert qui récupère chez les morts de vieilles cartes postales et des petits carnets, Eugène le gros dur, ancien taulard qui est en ménage avec Fanette plutôt jolie derrière le comptoir du bar où toute la bande vient finir sa journée après le taf, et puis Maurice le vieux dont on ne sait rien qui croupit là depuis trente ans, enfin Dédé qui reste à la boutique et qui répertorie mieux que quiconque tout ce qui a été trouvé.
Les damnés de la terre! Parfois nos nettoyeurs tombent sur des morts qui sont là depuis des années, c'est les collés, je vous laisse voir pourquoi. Franchement nos gars n'ont pas le plus beau métier du monde et à l’instar de Derrick ils n'ont plus de rêves, leur seul espoir : finir la journée et se retrouver au bar d'Eugène où les formes de Fanette les font encore un peu rêver.
Cette série prévue en 6 tomes est un véritable régal, elle peut d'ailleurs se lire comme un one shot mais à la manière de Criminal elle va nous entraîner dans un univers fouillé où nous découvrirons les antécédents des différents protagonistes croisés dans ce premier tome.
Ce n'est pas gai, pas comique mais le scénario de Gaet's est prenant, une fois l'histoire entamée impossible de lâcher l'affaire. Le dessin de Julien Monier est en adéquation parfaite avec le thème un peu glauque du récit. Ici la rédemption semble être un mot inconnu. Comme le dit Derrick en quatrième de couverture: "Ca vaut pas un cachou ma vie mais je suis prêt à parier que tu tiendras pas jusqu'au bout"
Plus qu'une accroche marketing cela résume l’irrémédiable sentiment d'impuissance de notre "héros" face à sa vie.
Gros coup de cœur pour moi, j'incite le plus grand nombre à lire cet excellent opus et j'attends la suite avec impatience.
Cela faisait longtemps que je voulais lire cette série vu que j'avais bien aimé les autres de Kang Full.
Son scénario est encore une fois très bon. On suit plusieurs personnages et plusieurs histoires se croisent sans que le scénario devienne inutilement compliqué. Les personnages sont attachants et j'ai bien aimé l’atmosphère 'vie de quartier' qui se dégage de l'oeuvre. Le scénario est bien maîtrisé et plusieurs scènes m'ont ému. On pourrait reprocher plusieurs grosses coïncidences dans le récit, mais cela ne m'a pas trop dérangé vu que l'action se passe dans le même quartier.
Une oeuvre exceptionnelle qui mérite d'être plus connue.
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Intisar en exil
Avec l'album La Voiture d'Intisar moi qui était resté sur un avis positif mais très en retrait à cause d'un graphisme pas du tout à mon goût, c'est LA bonne surprise avec ce nouvel opus des tribulations de notre yéménite préférée mis en scène par le toujours très bon Pedro Riera, mais qui confie cette fois-ci le dessin à un nouvel auteur, Sagar. Et pour moi ça change tout ! D'une part parce que le trait de Sagar est ce qui manquait à l'album précédent et que sa mise en couleur est tout simplement sublime. On est pleinement immergé dans le quotidien d'Intisar, on ressent l'amour de son pays le Yemen malgré sa condition de femme, mais aussi celle de la Jordanie où elle a du s'exiler. Et c'est toute la réussite une nouvelle fois de cet album qui derrière le personnage fictif mais très inspiré d'Intisar nous fait comprendre à travers son quotidien tous les enjeux sociétaux et politiques de cette région complexe. Mis sur le devant de la scène internationale ces derniers jours après l'assassinat d'un journaliste dans son consulat, l'Arabie Saoudite qui mène cette guerre au Yemen est placée face à ses responsabilités et ses absurdités macabres. Les Yéménites (qui en ont les moyens) en sont réduits à l’exil, dont une grande partie se fait vers la Jordanie. Intisar est l'une de ces exilés... J'ai beaucoup apprécié la construction du récit qui derrière moult anecdotes qui pourraient sembler triviales, permettent surtout de comprendre la réalité et le quotidien des femmes au Yemen. Réalité toute en contradictions avec d'un côté la chape de plomb religieuse qui pèse sur elles en société et ce qu'elles font grâce aux réseau sociaux en intimité par exemple. C'est ce plafond de verre que voudrait bien pouvoir briser Intisar pour pouvoir enfin vivre librement. Et c'est paradoxalement ce que va timidement permettre cette guerre tragique : se libérer de l'emprise masculine qui les maintient dans cette condition. Alors ne voyons pas pour autant cette guerre comme une "bénédiction", mais permet-elle au moins aux femmes de desserrer la bride qu'elles subissent au quotidien. Un très bon album que je recommande chaudement pour son intelligence et tout autant pour son graphisme chaleureux et expressif qui sied parfaitement à notre chère Intisar et son pays.
Pereira prétend
Il est toujours difficile de juger l’adaptation d’une œuvre que l’on n’a pas lue, mais à en juger par la qualité de cette bande dessinée, le materiau "Sostiene Pereira" a quelques atouts pour y contribuer. L’écrivain italien Antonio Tabucchi, dont le Portugal était la seconde patrie, évoque à travers ce roman l’engagement politique et la responsabilité de chacun face à un contexte politique particulier, en l’occurrence ici la dictature qui a sévi près de quarante années dans la péninsule ibérique. Le livre et son principal protagoniste, le Pereira du titre, sont d’ailleurs devenus une référence pour les opposants à Berlusconi dans l’Italie des années 90. Tabucchi y cite une théorie à la fois séduisante et troublante, celle des « médecins-philosophes » selon laquelle il y a plusieurs âmes cohabitant en l’Homme. Celles-ci délibèrent pour imposer un moi hégémonique qui définira le contour de sa personnalité, jusqu’à ce qu’un autre moi prenne sa place... Pierre-Henri Gomont, dessinateur et accessoirement scénariste, a non seulement donné corps au personnage de Pereira avec un certain brio, mais s’est complètement approprié ce livre d’un auteur engagé, démontrant indubitablement son admiration pour ce dernier. Gomont reprend les codes du neuvième art avec originalité et humour en se gardant de tout académisme. Il possède un trait semi réaliste flamboyant et dynamique, restituant avec bonheur, grâce à une colorisation très bien sentie, l’ambiance chaude et lumineuse de la « ville aux sept collines » avec son tram sillonnant le quartier pittoresque de l’Alfama. De façon nuancée, il a su rendre le personnage pataud de Pereira attachant dans ses questionnements existentiels et son obsession pour la mort. Avec « Pereira prétend », ce bédéaste au style très affirmé n’en est pas à son coup d’essai (il s’agit de son sixième album depuis 2011) et n’est pas très loin du coup de maître… Cette adaptation réussie n’est d’ailleurs pas passée inaperçue lors de sa sortie en 2016, récompensée notamment par le Grand prix RTL de la bande dessinée. Un auteur que l’on va donc forcément suivre avec intérêt…
Serena
Oh la très belle BD que voici. Adaptation d'un roman dont je ne connais rien, je me suis plongé dans cette oeuvre qui va nous dépeindre une femme forte dans un environnement et une époque où elles étaient plus reléguées à la portion congrue. Pemberton est le propriétaire d'une concession de bûcheronnage dans les Smoky Mountains, Caroline du Nord au début des années 30. Il va faire débarquer dans cet îlot de sueur, de sang et de mecs son épouse, Serena. Et loin de l'image d'Epinal de la femme précieuse, celle ci va d'abord se révéler une redoutable manager avant, progressivement, d'avaler ce cher Pemberton dans son ambition démesurée, en laissant ici puis là les cadavres des gens qui la dérangent. Ce qui est prégnant avec Serena, c'est qu'elle n'a aucun scrupule, aucun remord. Une personne est utile ou pas. Et si elle devient inutile, elle est mieux morte. A l'image de sa façon de gérer le cas de Galloway qui perd sa main, elle se révèle redoutable dans la lecture de l'âme humaine, elle qui semble en être dépourvue. Pemberton va d'abord suivre cette soif d'ambition et de pouvoir, avant lui aussi finalement de lâcher. La force du récit, outre la peinture de cette femme incroyable (belle, blessée, redoutable et froide), est aussi de souligner, par touches ténues mais subtiles, la grande dépression et ses conséquences sur l'emploi et les conditions sociales de l'époque, renforcée par une Amérique encore marquée par la violence où les explorateurs économiques remplacent progressivement les cowboys. De même, nous y découvrons l'absence totale d'équilibre pour l'homme blanc entre dollars et gestion maîtrisée de l'environnement. Ici, une forêt est rasée puis on se déplace, à l'instar de crickets à 2 pattes. Le dessin n'est pas très joli de prime abord. Pour autant il n'est pas non plus désagréable et il va finalement s'avérer excellemment choisi pour "optimiser" les éléments climatiques, pour démonter cette massive déforestation, pour amplifier les comportements et caractères des protagonistes. Vraiment du très très bon.
Le Reste du monde
Chauzy nous livre sa vision du monde post-apocalyptique tel que souvent exploré dans les récits de genre. Et si sa vision n’a rien de révolutionnaire, il n’empêche que son récit a réussi à m’accrocher au point que j’attends maintenant chaque nouveau tome avec impatience. Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, il y a l’aspect visuel du récit. Et là, clairement, certaines planches fichent le tournis tant elles ont une gueule infernale ! Notamment la scène du déluge orageux en pleine montagne qui sonne véritablement le début des hostilités. La composition et les couleurs choisies m’ont immergé dans cette nature fascinante et effrayante à la fois. Mais si ces scènes grandioses existent, elles ne composent pas la majeure partie de l’album, l’accent étant souvent mis sur les relations entre les personnages. Là aussi, Chauzy livre un beau travail même si moins spectaculaire. Les personnages sont bien typés, expressifs, vivants. Les compositions sont bien pensées, toujours lisibles, bien équilibrées. Le découpage ne casse jamais le rythme du récit. Du point de vue visuel, je pense que nous sommes face à une très grande bande dessinée. Du point de vue du scénario, je trouve que la série est peut-être un peu en-deçà du niveau que son aspect visuel laissait espérer. Non que ce soit mauvais, loin de là même, mais ce scénario n’offre fondamentalement pas grand-chose d’original. Le destin de cette mère de famille et de ses enfants est prenant mais pas poignant. On s’attache aux personnages sans qu’ils ne nous deviennent proches. Pourtant, les rebondissements ne manquent pas et le travail sur la psychologie de certains personnages est très intéressant. En conséquence, le scénario tient la route, la progression narrative est bien maîtrisée mais il manque ce choc qui m’émouvrait au point de réellement craindre pour les personnages. Après trois tomes, je continue de rester témoin de cette histoire. J’aime la lire, j’attends le prochain tome avec impatience… mais je ne peux pas dire que je me sente proche des personnages comme c’est le cas pour d’autres séries. En résumé, voici une très bonne série, avec un dessin parfois tout simplement grandiose et un scénario certes classique mais qui, dans le genre post-apocalyptique, fait mieux que simplement tenir la route. Cerise sur le gâteau : le premier diptyque nous offre une conclusion satisfaisante. Du coup, si vous n’accrochez pas, il n’est pas obligatoire de continuer l’aventure. Ceci dit, le troisième tome est très bon et offre l’un ou l’autre rebondissement qui me fait penser que vous rateriez quelque chose si vous vous en arrêtiez là… Mieux que « pas mal » mais « franchement bien » est peut-être un peu excessif. Bien, tout simplement bien. A lire et à posséder.
Andy & Gina
Andy et Gina pourrait passer pour une ènième série Fluide Glacial que l'on pouvait lire dans le mensuel avec ces petites histoires de quelques pages pour passer le temps et sourire sans s'en remémorer davantage une fois le canard refermé. Il n'en est rien. Andy et Gina est une série singulière et unique pour un public bien particulier friand d'histoires (très) drôles, (très) gore et (très) trash. La série a ainsi perduré sur 5 tomes enfin réunis dans une jolie intégrale bardée d'inédits et la mettant à la disposition de tous. De tous ? Pas vraiment, il faut avoir le coeur accroché devant les tribulations de cette famille dégénérée dont chaque membre a du être amputé d'une grande partie de ses neurones. Andy est un petit garçon d'une dizaine d'années avec une certaine sensibilité mise à mal par sa soeur à peine plus agée qui l'utilise à toutes fins possibles et impossibles en n'ayant pas une seule idée politiquement correcte en tête. Leurs parents ne sont pas en reste avec un clone raté d'Elvis Presley sur ses vieux jours (comprenez obèse et ridicule) qui aurait un certain penchant pour l'alcool, le sexe et aucune responsabilité parentale. Ginette, la mère, est un peu en retrait et va être très sérieusement amputée de la plupart des membres de son corps. On y ajoute Roudoudou le Loup Garou Vegan et un oncle efféminé pour parfaire le tableau et tenir une famille de bargeots aux moeurs déplacées qui ferait passer la Famille Adams pour une fratrie catholique. De cet immense n'importe quoi, Relom trouve toujours les bonnes intrigues pour déclencher les zygomatiques quitte à pousser très loin le curseur dans les situations absurdes les plus démentes ! On en redemanderait presque et on comprend mieux pourquoi Lupano l'a choisi pour illustrer Traquemage. Le dessin est dans le pur jus Fluide Glacial avec ce défilé de trognes pas possibles et achève de faire de Andy & Gina un pur moment de lecture ludique culte. Andy & Gina a beau être méconnu du grand public et à ne pas mettre dans toutes les mains, cette intégrale offre une occasion unique et complète de redécouvrir ce summum de l'humour trash et également de comprendre le mode de reproduction des petits lapins en tome4 :)
Anent - Nouvelles des Indiens jivaros
Cet album est une petite perle. J’avais découvert son auteur via le tome 1 du « Petit traité d'écologie sauvage », un album très original qui nous propose d’inverser deux univers, les animistes étant aux commandes de nos sociétés. En découlaient situations cocasses et absurdes, qui prêtaient à rire tout en nous obligeant à réfléchir sur notre perception du monde et notre place sur la terre. Anent est le versant « sérieux » du travail de l’auteur, ethnologue, philosophe et dessinateur de talent. Il nous relate ici son séjour chez les Achuars, peuple jivaro vivant au cœur de la forêt amazonienne. Mais « sérieux » ne veut pas dire « dénué d’humour », l’auteur pratiquant régulièrement l’autodérision. Ce qui m’a d’abord marqué, c’est l’intelligence avec laquelle Alessandro Pignocchi utilise son dessin pour faire passer un message. Il alterne en effet des styles différents qui figurent avec finesse le niveau de compréhension entre les deux cultures. Au début, deux styles bien distincts. Puis un seul style dans lequel cohabitent les deux styles mais sans que la fusion ne soit parfaite. Enfin, un style propre dans lequel la couleur fait son apparition. A chaque changement de style correspond une évolution dans la compréhension par Alessandro Pignocchi du mode de pensée, et de vie, des Achuars. Des fourvoiements du début succèdent la compréhension puis l’assimilation. Au niveau de l’usage du dessin pour transmettre une idée, c’est digne à mes yeux d’un Scott McCloud ou du duo d’Enfin Libre : original et intelligent. Et comme, en plus, le gaillard sait tenir un pinceau, certaines planches sont de pures splendeurs. Particulièrement celles qui illustrent des oiseaux, que je trouve magnifiques de précision et de vie, Alessandro Pignocchi parvenant à combiner la rigueur du trait à l’art de la suggestion par l’absence de traits. Quant au contenu, il est intéressant à plus d’un titre. Tout d’abord, parce que se développant sur deux époques, il permet de montrer l’évolution (ou la dévolution, question de point de vue) de la culture Achuar au contact de nos cultures occidentales. Ensuite, parce que, alors que comme lecteur, on se dit que cette culture est en net recul, l’auteur va nous montrer le contraire grâce à certains aspects de cette culture –dont les fameux anent, qui donnent leur nom à cet album- avec une explosion finale où l’on se dit que, à nouveau (à l’image du premier séjour de l’auteur en Amazonie), on a failli passer complètement à côté. Enfin, parce que les anecdotes surprenantes et amusantes se succèdent, relançant régulièrement notre curiosité et notre envie de finir ce copieux bouquin. Intelligent, très bien illustré, amusant à l’occasion… voici un très beau récit sur la rencontre entre un ethnologue curieux et ouvert et un peuple qui n'a pas encore oublié qu'il n'était qu'un élément parmi tant d'autres de la planète Terre.
Sixtine
Ouh là là, mais c'est vachement bien, ça ! C'est suite à la sortie du tome 2 que je me suis décidé à m'y intéresser (j'avais loupé le tome 1 à l'époque). Du coup je me suis procuré les deux, et je ne regrette pas, la série fait partie de ma petite bibliothèque de classiques jeunesse désormais. Imaginez une pré-adolescente qui vit -chichement- avec sa mère depuis le décès un brin mystérieux de son père. Imaginez cette enfant, plutôt débrouillarde mais pas forcément populaire au collège, qui se retrouve plus ou moins escortée par un trio croquignolet de fantômes de pirates. Imaginez cette gamine qui joue des tours pendables à son entourage, mais avec de bonnes intentions... Imaginez des personnages tapis dans l'ombre, qui semblent s'intéresser particulièrement à elle... Sixtine c'est tout cela et plus encore. On ne vous dira pas tout, mais sachez qu'après Supers, qui est déjà une bien chouette BD, Frédéric Maupomé fait fort avec cette nouvelle série assez ambitieuse, qui nous propose des personnages hauts en couleurs, une histoire très bien ficelée avec plusieurs niveaux de lecture, et un long moment de lecture en perspective, puisque les deux premiers tomes comportent 78 pages chacun. Sans oublier, bien sûr, le dessin énergique d'Aude Soleilhac, qui semble FAIT pour ce type d'histoire, entre aventure, fantastique et polar. Je me régale, même si j'ai 30 ans de trop.
Doggybags - Mapple squares
Faudrait-il croire qu'en cette année 2018 les meilleures surprises proviennent d'auteurs français sous haute influence de comics pulp ? Tout porte à le croire effectivement avec la publication du dernier tome de la série culte de Griffon Apocalypse sur Carson City et le premier tome de la série de Nicolas Pétrimaux Il faut flinguer Ramirez auquel s'ajoute cette histoire complète de la famille Doggybags "Mapple Squares" qui devrait faire date également. Mais reprenons, prévue à l'origine comme une anthologie de courts récits brassant la culture Pop dans un style Grindhouse assumée, le label 619 avait relevé un grand nombre de jeunes artistes méconnus talentueux pour sa collection irrévérencieuse Doggybags. De qualité variable, cette série avait pour dénominateur commun un style graphique issu à la fois des trois écoles en cours selon les thèmes : franco-belge, manga et comics. Certaines histoires s'extirpaient sans mal du lot commun par exemple avec Neyef et ses "South Central Stories" à l'efficacité redoutable. Mapple Squares parlera donc à tous les amoureux de récits policiers borderline. Batie sur un pitch simplissime (un duo de flics du FBI s'embourbe dans une bourgade perdue à la recherches de personnes disparues), l'histoire se déroule sur plusieurs niveaux de narration qui vont venir s'entrechoquer de la plus belle des manières avec quelques retournements percutants de situation qui risquent de laisser plusieurs lecteurs bouche bée. Conçu comme un redoutable manège de montagnes russes, David Hasteda assume le récit comme un brillant hommage au cinéaste John Carpenter dont il reprend le suspens, l'épouvante et la relecture sociale et même un lieutenant d'escouade physiquement similaire. Heureusement Mapple Squares n'est pas uniquement une bible de références même si elle en regorge et parvient dans une ambiance glauque et anxiogène mille fois déjà vue ailleurs à en délivrer un récit tout à fait original dès sa première partie achevée et le twist principal relevé en plein milieu d'une intrigue déjà bien épicée. Il faut également souligner le joli travail de Ludovic Chesnot sur le rendu général. Si tous les personnages ont des trognes pas possibles, sa mise en scène cartoonesque et ses couleurs variées font partie intégrante de l'ambiance générale. Constamment au bord de la rupture sans jamais en perdre le fil, Mapple Squares est donc une petite perle d'humour noir, de violence et d'un mauvais goût assumé qui devrait ravir pleinement les amateurs du genre. "Le monstre ici... l'anormal... c'est toi".
RIP
Bienvenu chez les nettoyeurs de la mort. Des gens meurent souvent dans l'indifférence générale. Parfois il n'ont pas de famille, pas d'amis et ils vont parfois rester longtemps chez eux avant qu'on ne les découvre. Par bonheur la société qui emploie Derrick et ses collègues est chargée de faire le ménage avant que toute la famille défile. Seul souci, ce qu'ils trouvent n'est pas toujours beau à voir. Et puis il y a parfois des trouvailles qui sont faites et que l'on aurait mieux fait de laisser sur place. Dans cette entreprise un peu particulière il y a Derrick bien sûr mais aussi ses collègues tous de sacrés loustics. Albert qui récupère chez les morts de vieilles cartes postales et des petits carnets, Eugène le gros dur, ancien taulard qui est en ménage avec Fanette plutôt jolie derrière le comptoir du bar où toute la bande vient finir sa journée après le taf, et puis Maurice le vieux dont on ne sait rien qui croupit là depuis trente ans, enfin Dédé qui reste à la boutique et qui répertorie mieux que quiconque tout ce qui a été trouvé. Les damnés de la terre! Parfois nos nettoyeurs tombent sur des morts qui sont là depuis des années, c'est les collés, je vous laisse voir pourquoi. Franchement nos gars n'ont pas le plus beau métier du monde et à l’instar de Derrick ils n'ont plus de rêves, leur seul espoir : finir la journée et se retrouver au bar d'Eugène où les formes de Fanette les font encore un peu rêver. Cette série prévue en 6 tomes est un véritable régal, elle peut d'ailleurs se lire comme un one shot mais à la manière de Criminal elle va nous entraîner dans un univers fouillé où nous découvrirons les antécédents des différents protagonistes croisés dans ce premier tome. Ce n'est pas gai, pas comique mais le scénario de Gaet's est prenant, une fois l'histoire entamée impossible de lâcher l'affaire. Le dessin de Julien Monier est en adéquation parfaite avec le thème un peu glauque du récit. Ici la rédemption semble être un mot inconnu. Comme le dit Derrick en quatrième de couverture: "Ca vaut pas un cachou ma vie mais je suis prêt à parier que tu tiendras pas jusqu'au bout" Plus qu'une accroche marketing cela résume l’irrémédiable sentiment d'impuissance de notre "héros" face à sa vie. Gros coup de cœur pour moi, j'incite le plus grand nombre à lire cet excellent opus et j'attends la suite avec impatience.
L'Idiot (Kang Full)
Cela faisait longtemps que je voulais lire cette série vu que j'avais bien aimé les autres de Kang Full. Son scénario est encore une fois très bon. On suit plusieurs personnages et plusieurs histoires se croisent sans que le scénario devienne inutilement compliqué. Les personnages sont attachants et j'ai bien aimé l’atmosphère 'vie de quartier' qui se dégage de l'oeuvre. Le scénario est bien maîtrisé et plusieurs scènes m'ont ému. On pourrait reprocher plusieurs grosses coïncidences dans le récit, mais cela ne m'a pas trop dérangé vu que l'action se passe dans le même quartier. Une oeuvre exceptionnelle qui mérite d'être plus connue.