Depuis le succès de Undertaker et Sykes notamment, il y a un vrai renouveau du western dans la BD ces dernières années, avec pas mal de vraiment bons albums et bonnes séries. Et "Jusqu'au dernier" vient s'y ajouter, en bonne place parmi les meilleurs à mes yeux.
L'histoire se déroule à la fin du 19e siècle, alors que l'Ouest est en plein bouleversement avec l'arrivée du chemin de fer qui va conduire à la fin de l'ère des cow-boys, ces hommes dont la mission consistait à faire traverser les états à des troupeaux de bovins en direction des abattoirs de Chicago notamment. Russell est l'un de ces cow-boys, un vieux de la vieille qui sent le vent tourner pour lui. Accompagné de Kirby, un jeune cow-boy débrouillard en qui il place toute sa confiance, et de Bennett, l'enfant un peu simplet qu'il a recueilli, il décide de prendre sa retraite et de monter un petit ranch bien à lui. Mais la mort de Bennett, à qui il tenait tant sans le montrer clairement, va changer la donne et l'entraîner dans une fuite en avant sans retour possible.
D'emblée, j'ai été épaté par le dessin. Paul Gastine a mis trois ans à dessiner cet album et, pfiou, ça en valait la peine. Chaque planche est superbe, à la toute petite exception de la planche titre dont la colorisation trop orangée m'a un peu dérangé. Mais hormis celle-là, il n'y a pas une page que je n'ai pas trouvée époustouflante. La mise en scène est très cinématographique, avec des prises de vue en plans éloignés sur des paysages grandioses, réalistes et détaillés. Les personnages sont réalistes eux aussi et en même temps plein de vie, d'expressivité et de dynamisme. Et la colorisation est aussi particulièrement maîtrisée. Par plusieurs aspects et même si le trait est ici plus fin, j'ai retrouvé dans ce dessin des touches me rappelant le style de Ralph Meyer et comme j'adore cet auteur et son graphisme, c'est un vrai compliment que je fais là.
L'histoire n'est pas en reste. Elle est très bonne et offre un one-shot dense, qui sort des sentiers battus. Le contexte est intéressant, celui d'un pays en plein bouleversement où le cow-boy classique ne trouve plus sa place. Les personnages sont très bons, avec un trio original qui fonctionne bien. Et les protagonistes secondaires sont également bien trouvés. L'intrigue, quant à elle, se révèle pleine de surprises, avec quelques passages, retournements de situations et décisions des personnages plutôt inattendus. On n'y trouvera finalement pas vraiment de bons ni de méchants et pourtant le déroulé se révélera tragique. Je note qu'on aura droit à un passage rappelant un peu l'intrigue du Rige, le troisième tome de La Quête de l'Oiseau du Temps, et là encore c'est pour moi un compliment manifeste. La conclusion du récit est forte car elle laissera le lecteur sur un sentiment mi-figue mi-raisin, à la fois triste et désabusé mais aussi finalement optimiste pour la relève qui se présente. La fin d'une ère laisse la place à un nouveau monde, avec sa lumière et son obscurité.
Indéniablement un chouette one-shot ! Bravo aux auteurs.
Le 4ème de couverture de ce splendide ouvrage parle à juste titre "d'un conte doux-amer sur l'art, la nature et le consumérisme."
On ne saurait ainsi mieux résumer cette jolie histoire racontant le quotidien d'un jeune apprenti sculpteur, Ilian aux mains de son tyrannique maître l'exploitant sans vergogne pour créer de magnifiques cages d'oiseaux.
Solidor est une ville commerçante en bord de mer dans des époques reculées et ressemblant fortement à la région paradisiaque du lac de Côme en Italie. Les plus nobles de ses habitants se pressent pour mettre en cage tout oiseau exotique. Lorsqu'Illian va sculpter un oiseau de bois plus vrai que nature, toute l'économie de Solidor va en être bouleversée... En effet, chaque habitant va relâcher les oiseaux pour les remplacer par les sculptures en bois du jeune prodige et Solidor va devenir bien triste en préférant de vulgaires reptiles pour animaux de compagnie.
Si l'histoire parait volontairement désuète, il faut louer le talent de Hubert pour insuffler la poésie et la grâce nécessaire à cette histoire somme toute banale. Le Boiseleur dégage toute la noirceur de Beauté ou de Les Ogres-Dieux pour une ambiance aussi désinvolte qu'agréable.
Et un talent en entraînant un autre, ce Boiseleur ne serait sans doute rien sans le talent hallucinant de l'autrice Gaëlle Hersent. La voir créer de splendides et nombreuses doubles pages richement détaillées confère un charme immédiat et permanent à l'ensemble de cet ouvrage. La ville de Solidor purement fictive n'a jamais semblé être aussi vivante. Le grand format inhabituel régale les rétines.
Avec une portée discrète mais bien présente sur l'art, la nature et le consumérisme comme annoncé et une véritable prouesse graphique, le duo emporte l'adhésion avec un récit certes classique mais dont il nous tarde de lire la fin dans le second et ultime opus. Un joli coup de coeur qui mériterait amplement d'être offert pour toute personne sensible de votre entourage.
Bastien Vivès est un de ces auteurs avec lequel on ne sait jamais à quoi réellement s'attendre... D'un côté il est le co-auteur de l'époustouflant et sous-estimé série Pour L'Empire et par ailleurs d'un tas de bouquins dispensables au trait souvent haché et/ou bâclé.
Et il y a ce "Polina", bardé de prix et de critiques souvent prestigieuses qui ont du grandement aider à sa renommée. La peur de lire un ouvrage bobo prisé des salons bien pensants parisiens a du reculer durablement la lecture de cet ouvrage et bien mal m'en a pris. Polina est une jolie surprise.
N'ayant aucune affinité avec le monde de la danse, je redoutais l'ennui mais c'est la construction de cette relation entre cette jeune fille douée mais incertaine de son parcours artistique et de ce professeur strict et âpre, Bojinski, qui fait tout le sel de ces 200 pages de lecture.
N'allez pas croire par ailleurs que la danse et cette relation maître-élève sont les uniques moteurs de "Polina", Bojinski n’apparaît pas sur toutes les cases bien au contraire mais sa présence est si pesante que l'on devine l'impact de son enseignement sur l'évolution de cette jeune Russe discrète de son enfance à l'âge de raison. Il y a beaucoup de cases sans paroles mais la construction est parfaite. Vivès possède toujours ce trait épuré où l'on devine plus les formes que les détails mais à aucun moment le lecteur est perdu. Une certaine grâce en ressort même lors des scènes dites de danse. Polina parle peu mais vit, tombe amoureuse, hésite, semble perdue et persiste.
Les dernières pages sont absolument magnifiques et fort émouvantes. Par une belle astuce graphique, l'auteur nous dévoile même Bojinski tel qu'il est réellement et toutes les pièces du puzzle s’emboîtent pour délivrer finalement ce qui constitue le haut du panier de la longue bibliographie de Bastien Vivès. Il me tarde d'ailleurs de voir à présent l'adaptation ciné de ce petit bijou d'émotion.
La poignée de séries de la dessinatrice suédoise Anneli Furmark déjà référencées sur BDTheque n’ont pas enthousiasmé les foules, c’est donc à reculons que j’ai entamé ce pavé de plus de 200 pages… et paf, grosse claque dans la gueule.
J’ai trouvé l’histoire d’une justesse incroyable. J’ai cru en ces personnages tourmentés, en leurs doutes, et leurs combats intérieurs… cru en leur histoire d’amour adolescente qui m’a touché comme peu d’histoires du genre l’ont fait. J’ai tremblé avec eux, souri avec eux, pleuré avec eux… et la fin est juste parfaite. Vraiment, quelle maturité, quelle maitrise dans la narration…
Le dessin peut sembler « amateur » au premier abord, avec par exemple ce coloriage au feutre avec rayures visibles… mais encore une fois, il sert parfaitement le propos, il est clair, on reconnait parfaitement les personnages… et les quelques paysages norvégiens font voyager, malgré la simplicité de leur représentation.
Un gros coup de cœur… j’ai fini l’album hier, et j’y pense toujours beaucoup.
Je ne connaissais pas le roman d’Alain Damasio lorsque j’ai entendu parler de son adaptation en bd par Éric Henninot.
Tout de suite attiré par l’univers présenté, les différents avis donnés sur le livre ne laissaient aucune place au doute : j’en serai. Bande dessinée et œuvre originale.
Ma lecture du livre est fraîche de 48 heures, temps nécessaire à la digestion, à la distanciation et à une relecture de la bd. Et quelle bd ! 74 planches, précédées d’une longue préface d’Alain Damasio, qui a véritablement « hordonné » Eric Henninot. Et cela est mérité tant la route fut longue et difficile entre la prise de contact initiale et la publication de ce premier tome (je vous renvoie à l’interview de l’auteur par Spooky pour plus de détails).
Ayant conquis à la force du poignet l’adoubement de Damasio, il restait donc à Henninot à transformer l’essai. « On ne juge pas la valeur d’une adaptation à sa fidélité au support original ; on la juge à la fidélité de sa trahison », écrit le premier dans sa préface. Cette phrase prend tout son sens pour quiconque pourra comparer livre et roman.
Côté scénario : Henninot s’est attaché à montrer des événements évoqués mais non vécus dans le roman (sans en trahir l’esprit), ce qui permet de dynamiser le début de l’histoire. Je lui sais gré également d’avoir placé une scène d’ouverture nous exposant le contexte, quand le roman nous plonge abruptement au sein de la Horde.
Côté vocabulaire : exit les nombreux néologismes du livre lui apportant une touche poétique mais pouvant en rendre la lecture ardue. De nombreux passages sont néanmoins réutilisés à bon escient. Seul le conte de Caracole m’a paru bancal (un long monologue n’étant pas trop adapté au support bd, il me semble qu’il fait l’objet de coupes franches).
Côté dessin : là encore, bravo. Damasio étant assez avare en descriptions, faire parler son imagination était facilement casse-gueule. On y est, on y croit, on y vibre, tant sur les décors que les personnages. Il y a un côté parfois « sale », « gratté »... mais cela correspond tout à fait à l’atmosphère de cette planète fouettée par les vents. Ça ne pouvait pas être lisse. Je reconnais cependant que lire la bd avant de lire le roman fixe certains standards et évite l’affrontement entre mon imaginaire et la version de l’auteur. Essai transformé, donc.
La suite du livre est plus visuelle et le chapitrage découpe nettement les phases d’action, ce qui permettra peut-être d’en suivre plus fidèlement le développement. Je ne doute cependant pas qu’Eric Henninot continuera à parsemer son œuvre d’apports personnels (une Poursuite plus concrète et présente ? Voir la dernière case du tome 1). S’il parvient à conserver le souffle du roman, qui est avant tout une quête mystico-philosophique pour les hordiers, tout y ajoutant l’action nécessaire au rythme d’une bande dessinée, nul doute que la série figurera dans les incontournables de votre étagère.
MAJ T2 : Éric Henninot continue de fort belle manière dont adaptation de la Horde du Contrevent, ce second tome de plaçant, pour moi, au dessus du 1er.
L’auteur s’est totalement approprié le roman de Damasio, jouant avec tout en restant dans l’esprit. Il bénéficie sans doute de l’avancée de l’histoire pour nous proposer un récit d’une rare densité mais a su se mettre au niveau de l’œuvre originale. Le dessin est toujours excellent, le bateau fréole et l’approche de la Flaque de Lapsane offrant plus de diversité dans les décors.
Comme pour le t1, seule une scène m’a paru un peu confuse. Mais j’étais fatigué et cela m’a paru plus fluide en seconde lecture. Je ne chipoterai donc pas pour un petit accro en 68 planches.
Une telle adaptation ne pouvait être prise à la légère. Pour un rendu de cette qualité, je suis prêt à attendre 2 ans entre chaque tome et, si Henninot ne faiblit pas, la 5ème étoile est au bout du chemin.
Pour un premier album, ce fut véritablement un coup de maître. « Le Sourire des marionnettes » publié il y a dix ans, révélait le talent d’un auteur au style bien à lui. Par la suite, Jean Dytar confirmera que s’il devait être classé dans une catégorie, cela ne pourrait être que celle des explorateurs capables de se renouveler. On verra aussi que les ouvrages de cet ancien prof d’arts plastiques ont tous un lien avec la peinture des siècles passés. Le dernier en date, Les Tableaux de l'ombre, didactique et orienté « jeunesse », est d’ailleurs inspiré d’un souvenir d’enfance avec pour lieu d’action le musée du Louvre.
Dans le cas présent, on ne peut être que subjugué devant la qualité éditoriale de l’objet. Delcourt a su parfaitement mettre en valeur le travail de Dytar, inspiré des peintures de l’art islamique de l’époque, où la perspective n’existait pas encore. L’impression à l’or, en ne se limitant pas à la couverture, vient rehausser de fort belle manière la merveilleuse combinaison de couleurs vives et chatoyantes. On est littéralement transporté vers le pays mythique des Mille et une nuits. Bien plus qu’une bande dessinée, c’est un objet d’art d’une grande finesse auquel nous avons affaire.
Le récit, se référant à un chapitre de l’Histoire du monde islamique au XIe siècle, nous amène à une réflexion philosophique sur la croyance religieuse et le fanatisme, toujours aussi prégnante mille ans après… On y apprend que le dissident Hassan Ibn Sabbah serait le concepteur du fameux paradis aux 70 vierges auquel accédaient à leur mort, en guise de récompense, les assassins des ennemis du gourou chiite, un paradis à l’origine des attentats djihadistes qui de nos jours ont pour but de répandre l’enfer terrestre pour les « impies »…
Si le point fort n’est certes pas le scénario, assez peu élaboré, les joutes verbales entre Hassan Ibn Sabbah et Omar Khayyâm sont passionnantes, permettant un comparatif pertinent des arguments entre deux points de vue diamétralement opposés. La tolérance contre l’obscurantisme. Mais comme toujours, les doutes du philosophe n’auront pas le dernier mot face aux certitudes du fanatique… Tout en plaidant pour la tolérance et le respect des croyances en nos temps troublés, Jean Dytar nous offre une œuvre admirable, dans tous les sens du terme, qui mérite une place de choix dans nos bibliothèques.
Little Suzie est une jeune fille espiègle aux cheveux roux indisciplinés qui vit seule avec sa mère célibataire et l'ombre d'un père qu'elle n'a jamais connu.
Mais elle ne manque pas d'imagination pour troubler quelque peu la monotonie de son quotidien en bravant l'autorité de sa mère (trop cool) mais qui ne lui offre pas de téléphone portable (pas cool), en défiant également celle d'une maîtresse trop stricte et à s'adonnant à des jeux de garçon manqué dans la proche campagne qui lui sert d'immense terrain de jeu.
Les aventures désopilantes et fantastiques commencent lors d'une rencontre inopinée avec une petite chauve-souris qui décide de s'installer dans la chevelure de Suzie (ou Zizi). L'animal est doté de paroles et ne garde pas sa langue en poche. C'est parti pour ce duo improbable qui va affronter toutes sortes de monstres nocturnes magiques....
Le pitch de l’infatigable Trondheim vous rappelle une autre série célèbre avec un petit garçon et son tigre ? Bingo et pas bingo car s'il y a effectivement quelques similitudes entre Zizi et Calvin et Hobbes par l'animal perçu uniquement par l'enfant et le modèle de strips, on s'en éloigne suffisamment pour avoir une aventure différente qui ravira les amateurs de l'humour acerbe du papa de Ralph Azham.
Effectivement tout n'est pas drôle ou hilarant mais suffisamment haletant pour tenir en haleine avec une véritable construction de l'intrigue et une alternance assez loquace entre quotidien banal mais perturbé par les deux trublions et séquences diurnes emplies de fantastique et de poésie.
Tout ne serait pas si agréable à la rétine sans le trait de Guillaume Bianco qui reprend ses meilleurs pinceaux pour nous offrir des illustrations du même calibre que sa propre série Billy Brouillard et les mêmes influences "timburtonesques".
L'histoire s'emballe même en offrant quelques nouvelles possibilités dont celle fort intéressante pour Zizi de se transformer en jeune femme pour chaque pleine lune (et aller en discothèque par la même occasion) ou une intrigue amoureuse entre la chauve-souris et une simple souris. Il y a suffisamment de quoi se réjouir à la lecture de ces 3 tomes dont la conclusion semble assez ouverte.
C'est en définitive un régal avec quelques personnages secondaires tout aussi bargeots les uns que les autres et un agréable moment à passer que vous offre ce duo de talents bien inspirés.
Cà et Là avait déjà publié un album de cet auteur sur le thème de l’esclavage au Brésil : Cumbe… ce dernier proposait des histoires courtes, et peut donc être vu comme un album « bonus » de la pièce de résistance que constitue « Angola Janga ». Voyez plutôt : 432 pages, glossaire détaillé de 4 pages, mini reportage en fin d’album proposant des textes, des cartes, une chronologie des évènements, une bibliographie de deux pages… Il s’agit vraiment d’un reportage détaillé, presque d’une thèse sur le sujet.
Et le sujet est passionnant : l’esclavage au Brésil au 17ème siècle, et le fait que de nombreux esclaves s’étaient échappés et regroupés dans la jungle et avaient formé une sorte de royaume improvisé… avec une population de 30 000 habitants à un moment donné ! Vous imaginez bien que les colons des plantations ne voyaient pas ça d’un bon œil, et de nombreuses vagues d’attaques sanglantes ont finalement eu raison de ce rêve… au prix d’horreurs inimaginables, parfaitement retranscrites dans cet album.
432 pages, c’est long, mais pas aussi long qu’on pourrait le croire… il y a de nombreuses planches contemplatives et muettes, et l’ensemble est structuré en courts chapitres assez faciles à « digérer ». Je note quand même des petits soucis de narration qui rendent la lecture inutilement éprouvante : des enchainements pas très clairs, des scènes d’action souvent confuses, des sauts temporels sans aucun repère graphique, et de nombreux termes « techniques » nécessitant des aller-retours un peu pénibles entre l’histoire et le glossaire en fin d’album.
La mise en image est donc mitigée : les planches sont belles, le noir et blanc est vraiment élégant… mais je note les petits soucis de lisibilité et clarté suscités.
Une lecture pas forcément « facile », mais je suis content d’en être venu à bout. J’ai trouvé le dernier chapitre très beau, et rempli de symbolisme. J’ai appris beaucoup de choses sur cette période assez peu connue de l’Histoire de l’esclavage (même si l’auteur explique dans la postface qu’il y a une importante part de fiction, les faits rapportés officiellement étant maigres, et servant donc plutôt de pistes, d’indices). Un album remarquable.
« Zaï Zaï Zaï Zaï », c’est une page et demi de relative normalité avant de sombrer dans un flot jouissif de situations cocasses et absurdes.
Fabcaro, auteur et anti-héros de cette histoire, fait tranquillement ses courses au supermarché. Au moment de passer à la caisse, il réalise qu’il a oublié sa carte de fidélité (ooouuuh le fourbe !)… il échappe de peu au vigile et parvient à fuir. S’engage alors une traque policière et médiatique pour le retrouver, l’arrêter et le condamner. La société observe la course-poursuite et chacun y va de son commentaire ou de son jugement. Cette chasse à l’homme débute plus ou moins comme ça :
- Fais pas le con, lâche ce poireau…
- Écoutez, je suis pas un bandit, je l’ai ma carte…
- Du calme, pose ce poireau et tout se passera bien…
- C’est juste qu’elle est dans mon autre pantalon…
- Mais oui, du calme, pose ce poireau… Ne m’oblige pas à faire une roulade arrière…
- Ne m’approchez pas !
- Attention il s’enfuit ! Roselyne, prévenez la direction… Il ne pourra pas aller bien loin…
Symptomatique du ton général de « Zaï Zaï Zaï Zaï », ce type de dialogue m’éclate totalement ! C'est tellement con, mais si bon !
Quand on prend cet album dans les mains, sa sobriété ne présage pas du tout de son contenu. Après quelques pages, il serait même permis de se demander où l’auteur veut en venir, à tout le moins de se sentir désarçonné. Mais plus les pages défilent, plus le contenu et la force du scénario se révèlent. Avec ce one shot, Fabcaro ne se contente pas d'enchaîner des blagues absurdes. Il raconte surtout la traque d’un homme et le traitement de cet événement par les forces de l’ordre, les médias et l’opinion publique. Quel sens de l’observation ! La critique sociale est acerbe et tombe toujours juste. À chaque page, on sourit, on rit même.
Le dessin constitue, malgré son côté austère, l’un des points forts de l’album et donne à l’ensemble un côté pince-sans-rire original et efficace. Le fait que les personnages soient peu détaillés permet de s’identifier et/ou de mieux relier ce que nous avons sous les yeux à sa propre vie/expérience.
« Zaï Zaï Zaï Zaï » est certainement la meilleure bande dessinée d’humour absurde que j’aie pu lire. À découvrir et faire découvrir absolument !
Note réelle : 4.25/5
En 1977, à deux endroits différents aux États-Unis se produisent des faits étranges et inexplicables. C'est une période de canicule assez intense et ces deux évènements vont peut-être changer la face du monde.
Ce Luminary tome 1, c'est quand même un grand coup de soleil dans ta face ! Aussi bien du côté graphique, que du côté du scénario. Et c'est un beau duo que forment Luc Brunschwig et Stéphane Perger pour cet album marquant. Nous lirons l'album comme si nous étions en train de construire un puzzle puisque l'intrigue sera complètement exponentielle. Le récit s'articulera autour de 5 chapitres, composés chacun d'une vingtaine de pages, entrecoupés de différentes époques ce qui donnera du rythme à notre lecture. Ces changements d'époque seront bien mis en valeur, puisque Stéphane Perger adaptera sa mise en couleur et ses tons lumineux passeront en bichromie. Nous suivrons donc nos trois protagonistes principaux, souvent mis à mal, et nous redouterons pour eux la suite de leurs aventures car niveau émotion forte, nous serons servis. Puisque dans ce récit, tout feu tout flamme, Luc Brunschwing y mêle différents ingrédients assez pimentés comme de secrètes expériences gouvernementales, du racisme latent et délétère, du désir de vengeance, mais aussi une bonne dose de sentiments nobles et émouvants. C'est également une bel hommage au personnage Photonik, créé par Ciro Tota et publié dans le magazine Mustang, un super-héros français qui a marqué beaucoup de monde à l'époque de sa publication.
Du coup, nous n'avons pas du tout le temps de nous ennuyer ! C'est très beau, lumineux (^^), la coloration est DINGUE, et l'histoire complètement captivante. Puis j'ai vraiment apprécié le format de l'album, un genre de comics prestige cartonné ! TOP ! Et bien évidemment, j'attends la suite avec impatience.
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Depuis le succès de Undertaker et Sykes notamment, il y a un vrai renouveau du western dans la BD ces dernières années, avec pas mal de vraiment bons albums et bonnes séries. Et "Jusqu'au dernier" vient s'y ajouter, en bonne place parmi les meilleurs à mes yeux. L'histoire se déroule à la fin du 19e siècle, alors que l'Ouest est en plein bouleversement avec l'arrivée du chemin de fer qui va conduire à la fin de l'ère des cow-boys, ces hommes dont la mission consistait à faire traverser les états à des troupeaux de bovins en direction des abattoirs de Chicago notamment. Russell est l'un de ces cow-boys, un vieux de la vieille qui sent le vent tourner pour lui. Accompagné de Kirby, un jeune cow-boy débrouillard en qui il place toute sa confiance, et de Bennett, l'enfant un peu simplet qu'il a recueilli, il décide de prendre sa retraite et de monter un petit ranch bien à lui. Mais la mort de Bennett, à qui il tenait tant sans le montrer clairement, va changer la donne et l'entraîner dans une fuite en avant sans retour possible. D'emblée, j'ai été épaté par le dessin. Paul Gastine a mis trois ans à dessiner cet album et, pfiou, ça en valait la peine. Chaque planche est superbe, à la toute petite exception de la planche titre dont la colorisation trop orangée m'a un peu dérangé. Mais hormis celle-là, il n'y a pas une page que je n'ai pas trouvée époustouflante. La mise en scène est très cinématographique, avec des prises de vue en plans éloignés sur des paysages grandioses, réalistes et détaillés. Les personnages sont réalistes eux aussi et en même temps plein de vie, d'expressivité et de dynamisme. Et la colorisation est aussi particulièrement maîtrisée. Par plusieurs aspects et même si le trait est ici plus fin, j'ai retrouvé dans ce dessin des touches me rappelant le style de Ralph Meyer et comme j'adore cet auteur et son graphisme, c'est un vrai compliment que je fais là. L'histoire n'est pas en reste. Elle est très bonne et offre un one-shot dense, qui sort des sentiers battus. Le contexte est intéressant, celui d'un pays en plein bouleversement où le cow-boy classique ne trouve plus sa place. Les personnages sont très bons, avec un trio original qui fonctionne bien. Et les protagonistes secondaires sont également bien trouvés. L'intrigue, quant à elle, se révèle pleine de surprises, avec quelques passages, retournements de situations et décisions des personnages plutôt inattendus. On n'y trouvera finalement pas vraiment de bons ni de méchants et pourtant le déroulé se révélera tragique. Je note qu'on aura droit à un passage rappelant un peu l'intrigue du Rige, le troisième tome de La Quête de l'Oiseau du Temps, et là encore c'est pour moi un compliment manifeste. La conclusion du récit est forte car elle laissera le lecteur sur un sentiment mi-figue mi-raisin, à la fois triste et désabusé mais aussi finalement optimiste pour la relève qui se présente. La fin d'une ère laisse la place à un nouveau monde, avec sa lumière et son obscurité. Indéniablement un chouette one-shot ! Bravo aux auteurs.
Le Boiseleur
Le 4ème de couverture de ce splendide ouvrage parle à juste titre "d'un conte doux-amer sur l'art, la nature et le consumérisme." On ne saurait ainsi mieux résumer cette jolie histoire racontant le quotidien d'un jeune apprenti sculpteur, Ilian aux mains de son tyrannique maître l'exploitant sans vergogne pour créer de magnifiques cages d'oiseaux. Solidor est une ville commerçante en bord de mer dans des époques reculées et ressemblant fortement à la région paradisiaque du lac de Côme en Italie. Les plus nobles de ses habitants se pressent pour mettre en cage tout oiseau exotique. Lorsqu'Illian va sculpter un oiseau de bois plus vrai que nature, toute l'économie de Solidor va en être bouleversée... En effet, chaque habitant va relâcher les oiseaux pour les remplacer par les sculptures en bois du jeune prodige et Solidor va devenir bien triste en préférant de vulgaires reptiles pour animaux de compagnie. Si l'histoire parait volontairement désuète, il faut louer le talent de Hubert pour insuffler la poésie et la grâce nécessaire à cette histoire somme toute banale. Le Boiseleur dégage toute la noirceur de Beauté ou de Les Ogres-Dieux pour une ambiance aussi désinvolte qu'agréable. Et un talent en entraînant un autre, ce Boiseleur ne serait sans doute rien sans le talent hallucinant de l'autrice Gaëlle Hersent. La voir créer de splendides et nombreuses doubles pages richement détaillées confère un charme immédiat et permanent à l'ensemble de cet ouvrage. La ville de Solidor purement fictive n'a jamais semblé être aussi vivante. Le grand format inhabituel régale les rétines. Avec une portée discrète mais bien présente sur l'art, la nature et le consumérisme comme annoncé et une véritable prouesse graphique, le duo emporte l'adhésion avec un récit certes classique mais dont il nous tarde de lire la fin dans le second et ultime opus. Un joli coup de coeur qui mériterait amplement d'être offert pour toute personne sensible de votre entourage.
Polina
Bastien Vivès est un de ces auteurs avec lequel on ne sait jamais à quoi réellement s'attendre... D'un côté il est le co-auteur de l'époustouflant et sous-estimé série Pour L'Empire et par ailleurs d'un tas de bouquins dispensables au trait souvent haché et/ou bâclé. Et il y a ce "Polina", bardé de prix et de critiques souvent prestigieuses qui ont du grandement aider à sa renommée. La peur de lire un ouvrage bobo prisé des salons bien pensants parisiens a du reculer durablement la lecture de cet ouvrage et bien mal m'en a pris. Polina est une jolie surprise. N'ayant aucune affinité avec le monde de la danse, je redoutais l'ennui mais c'est la construction de cette relation entre cette jeune fille douée mais incertaine de son parcours artistique et de ce professeur strict et âpre, Bojinski, qui fait tout le sel de ces 200 pages de lecture. N'allez pas croire par ailleurs que la danse et cette relation maître-élève sont les uniques moteurs de "Polina", Bojinski n’apparaît pas sur toutes les cases bien au contraire mais sa présence est si pesante que l'on devine l'impact de son enseignement sur l'évolution de cette jeune Russe discrète de son enfance à l'âge de raison. Il y a beaucoup de cases sans paroles mais la construction est parfaite. Vivès possède toujours ce trait épuré où l'on devine plus les formes que les détails mais à aucun moment le lecteur est perdu. Une certaine grâce en ressort même lors des scènes dites de danse. Polina parle peu mais vit, tombe amoureuse, hésite, semble perdue et persiste. Les dernières pages sont absolument magnifiques et fort émouvantes. Par une belle astuce graphique, l'auteur nous dévoile même Bojinski tel qu'il est réellement et toutes les pièces du puzzle s’emboîtent pour délivrer finalement ce qui constitue le haut du panier de la longue bibliographie de Bastien Vivès. Il me tarde d'ailleurs de voir à présent l'adaptation ciné de ce petit bijou d'émotion.
Au plus près
La poignée de séries de la dessinatrice suédoise Anneli Furmark déjà référencées sur BDTheque n’ont pas enthousiasmé les foules, c’est donc à reculons que j’ai entamé ce pavé de plus de 200 pages… et paf, grosse claque dans la gueule. J’ai trouvé l’histoire d’une justesse incroyable. J’ai cru en ces personnages tourmentés, en leurs doutes, et leurs combats intérieurs… cru en leur histoire d’amour adolescente qui m’a touché comme peu d’histoires du genre l’ont fait. J’ai tremblé avec eux, souri avec eux, pleuré avec eux… et la fin est juste parfaite. Vraiment, quelle maturité, quelle maitrise dans la narration… Le dessin peut sembler « amateur » au premier abord, avec par exemple ce coloriage au feutre avec rayures visibles… mais encore une fois, il sert parfaitement le propos, il est clair, on reconnait parfaitement les personnages… et les quelques paysages norvégiens font voyager, malgré la simplicité de leur représentation. Un gros coup de cœur… j’ai fini l’album hier, et j’y pense toujours beaucoup.
La Horde du contrevent
Je ne connaissais pas le roman d’Alain Damasio lorsque j’ai entendu parler de son adaptation en bd par Éric Henninot. Tout de suite attiré par l’univers présenté, les différents avis donnés sur le livre ne laissaient aucune place au doute : j’en serai. Bande dessinée et œuvre originale. Ma lecture du livre est fraîche de 48 heures, temps nécessaire à la digestion, à la distanciation et à une relecture de la bd. Et quelle bd ! 74 planches, précédées d’une longue préface d’Alain Damasio, qui a véritablement « hordonné » Eric Henninot. Et cela est mérité tant la route fut longue et difficile entre la prise de contact initiale et la publication de ce premier tome (je vous renvoie à l’interview de l’auteur par Spooky pour plus de détails). Ayant conquis à la force du poignet l’adoubement de Damasio, il restait donc à Henninot à transformer l’essai. « On ne juge pas la valeur d’une adaptation à sa fidélité au support original ; on la juge à la fidélité de sa trahison », écrit le premier dans sa préface. Cette phrase prend tout son sens pour quiconque pourra comparer livre et roman. Côté scénario : Henninot s’est attaché à montrer des événements évoqués mais non vécus dans le roman (sans en trahir l’esprit), ce qui permet de dynamiser le début de l’histoire. Je lui sais gré également d’avoir placé une scène d’ouverture nous exposant le contexte, quand le roman nous plonge abruptement au sein de la Horde. Côté vocabulaire : exit les nombreux néologismes du livre lui apportant une touche poétique mais pouvant en rendre la lecture ardue. De nombreux passages sont néanmoins réutilisés à bon escient. Seul le conte de Caracole m’a paru bancal (un long monologue n’étant pas trop adapté au support bd, il me semble qu’il fait l’objet de coupes franches). Côté dessin : là encore, bravo. Damasio étant assez avare en descriptions, faire parler son imagination était facilement casse-gueule. On y est, on y croit, on y vibre, tant sur les décors que les personnages. Il y a un côté parfois « sale », « gratté »... mais cela correspond tout à fait à l’atmosphère de cette planète fouettée par les vents. Ça ne pouvait pas être lisse. Je reconnais cependant que lire la bd avant de lire le roman fixe certains standards et évite l’affrontement entre mon imaginaire et la version de l’auteur. Essai transformé, donc. La suite du livre est plus visuelle et le chapitrage découpe nettement les phases d’action, ce qui permettra peut-être d’en suivre plus fidèlement le développement. Je ne doute cependant pas qu’Eric Henninot continuera à parsemer son œuvre d’apports personnels (une Poursuite plus concrète et présente ? Voir la dernière case du tome 1). S’il parvient à conserver le souffle du roman, qui est avant tout une quête mystico-philosophique pour les hordiers, tout y ajoutant l’action nécessaire au rythme d’une bande dessinée, nul doute que la série figurera dans les incontournables de votre étagère. MAJ T2 : Éric Henninot continue de fort belle manière dont adaptation de la Horde du Contrevent, ce second tome de plaçant, pour moi, au dessus du 1er. L’auteur s’est totalement approprié le roman de Damasio, jouant avec tout en restant dans l’esprit. Il bénéficie sans doute de l’avancée de l’histoire pour nous proposer un récit d’une rare densité mais a su se mettre au niveau de l’œuvre originale. Le dessin est toujours excellent, le bateau fréole et l’approche de la Flaque de Lapsane offrant plus de diversité dans les décors. Comme pour le t1, seule une scène m’a paru un peu confuse. Mais j’étais fatigué et cela m’a paru plus fluide en seconde lecture. Je ne chipoterai donc pas pour un petit accro en 68 planches. Une telle adaptation ne pouvait être prise à la légère. Pour un rendu de cette qualité, je suis prêt à attendre 2 ans entre chaque tome et, si Henninot ne faiblit pas, la 5ème étoile est au bout du chemin.
Le Sourire des Marionnettes
Pour un premier album, ce fut véritablement un coup de maître. « Le Sourire des marionnettes » publié il y a dix ans, révélait le talent d’un auteur au style bien à lui. Par la suite, Jean Dytar confirmera que s’il devait être classé dans une catégorie, cela ne pourrait être que celle des explorateurs capables de se renouveler. On verra aussi que les ouvrages de cet ancien prof d’arts plastiques ont tous un lien avec la peinture des siècles passés. Le dernier en date, Les Tableaux de l'ombre, didactique et orienté « jeunesse », est d’ailleurs inspiré d’un souvenir d’enfance avec pour lieu d’action le musée du Louvre. Dans le cas présent, on ne peut être que subjugué devant la qualité éditoriale de l’objet. Delcourt a su parfaitement mettre en valeur le travail de Dytar, inspiré des peintures de l’art islamique de l’époque, où la perspective n’existait pas encore. L’impression à l’or, en ne se limitant pas à la couverture, vient rehausser de fort belle manière la merveilleuse combinaison de couleurs vives et chatoyantes. On est littéralement transporté vers le pays mythique des Mille et une nuits. Bien plus qu’une bande dessinée, c’est un objet d’art d’une grande finesse auquel nous avons affaire. Le récit, se référant à un chapitre de l’Histoire du monde islamique au XIe siècle, nous amène à une réflexion philosophique sur la croyance religieuse et le fanatisme, toujours aussi prégnante mille ans après… On y apprend que le dissident Hassan Ibn Sabbah serait le concepteur du fameux paradis aux 70 vierges auquel accédaient à leur mort, en guise de récompense, les assassins des ennemis du gourou chiite, un paradis à l’origine des attentats djihadistes qui de nos jours ont pour but de répandre l’enfer terrestre pour les « impies »… Si le point fort n’est certes pas le scénario, assez peu élaboré, les joutes verbales entre Hassan Ibn Sabbah et Omar Khayyâm sont passionnantes, permettant un comparatif pertinent des arguments entre deux points de vue diamétralement opposés. La tolérance contre l’obscurantisme. Mais comme toujours, les doutes du philosophe n’auront pas le dernier mot face aux certitudes du fanatique… Tout en plaidant pour la tolérance et le respect des croyances en nos temps troublés, Jean Dytar nous offre une œuvre admirable, dans tous les sens du terme, qui mérite une place de choix dans nos bibliothèques.
Zizi chauve-souris
Little Suzie est une jeune fille espiègle aux cheveux roux indisciplinés qui vit seule avec sa mère célibataire et l'ombre d'un père qu'elle n'a jamais connu. Mais elle ne manque pas d'imagination pour troubler quelque peu la monotonie de son quotidien en bravant l'autorité de sa mère (trop cool) mais qui ne lui offre pas de téléphone portable (pas cool), en défiant également celle d'une maîtresse trop stricte et à s'adonnant à des jeux de garçon manqué dans la proche campagne qui lui sert d'immense terrain de jeu. Les aventures désopilantes et fantastiques commencent lors d'une rencontre inopinée avec une petite chauve-souris qui décide de s'installer dans la chevelure de Suzie (ou Zizi). L'animal est doté de paroles et ne garde pas sa langue en poche. C'est parti pour ce duo improbable qui va affronter toutes sortes de monstres nocturnes magiques.... Le pitch de l’infatigable Trondheim vous rappelle une autre série célèbre avec un petit garçon et son tigre ? Bingo et pas bingo car s'il y a effectivement quelques similitudes entre Zizi et Calvin et Hobbes par l'animal perçu uniquement par l'enfant et le modèle de strips, on s'en éloigne suffisamment pour avoir une aventure différente qui ravira les amateurs de l'humour acerbe du papa de Ralph Azham. Effectivement tout n'est pas drôle ou hilarant mais suffisamment haletant pour tenir en haleine avec une véritable construction de l'intrigue et une alternance assez loquace entre quotidien banal mais perturbé par les deux trublions et séquences diurnes emplies de fantastique et de poésie. Tout ne serait pas si agréable à la rétine sans le trait de Guillaume Bianco qui reprend ses meilleurs pinceaux pour nous offrir des illustrations du même calibre que sa propre série Billy Brouillard et les mêmes influences "timburtonesques". L'histoire s'emballe même en offrant quelques nouvelles possibilités dont celle fort intéressante pour Zizi de se transformer en jeune femme pour chaque pleine lune (et aller en discothèque par la même occasion) ou une intrigue amoureuse entre la chauve-souris et une simple souris. Il y a suffisamment de quoi se réjouir à la lecture de ces 3 tomes dont la conclusion semble assez ouverte. C'est en définitive un régal avec quelques personnages secondaires tout aussi bargeots les uns que les autres et un agréable moment à passer que vous offre ce duo de talents bien inspirés.
Angola Janga
Cà et Là avait déjà publié un album de cet auteur sur le thème de l’esclavage au Brésil : Cumbe… ce dernier proposait des histoires courtes, et peut donc être vu comme un album « bonus » de la pièce de résistance que constitue « Angola Janga ». Voyez plutôt : 432 pages, glossaire détaillé de 4 pages, mini reportage en fin d’album proposant des textes, des cartes, une chronologie des évènements, une bibliographie de deux pages… Il s’agit vraiment d’un reportage détaillé, presque d’une thèse sur le sujet. Et le sujet est passionnant : l’esclavage au Brésil au 17ème siècle, et le fait que de nombreux esclaves s’étaient échappés et regroupés dans la jungle et avaient formé une sorte de royaume improvisé… avec une population de 30 000 habitants à un moment donné ! Vous imaginez bien que les colons des plantations ne voyaient pas ça d’un bon œil, et de nombreuses vagues d’attaques sanglantes ont finalement eu raison de ce rêve… au prix d’horreurs inimaginables, parfaitement retranscrites dans cet album. 432 pages, c’est long, mais pas aussi long qu’on pourrait le croire… il y a de nombreuses planches contemplatives et muettes, et l’ensemble est structuré en courts chapitres assez faciles à « digérer ». Je note quand même des petits soucis de narration qui rendent la lecture inutilement éprouvante : des enchainements pas très clairs, des scènes d’action souvent confuses, des sauts temporels sans aucun repère graphique, et de nombreux termes « techniques » nécessitant des aller-retours un peu pénibles entre l’histoire et le glossaire en fin d’album. La mise en image est donc mitigée : les planches sont belles, le noir et blanc est vraiment élégant… mais je note les petits soucis de lisibilité et clarté suscités. Une lecture pas forcément « facile », mais je suis content d’en être venu à bout. J’ai trouvé le dernier chapitre très beau, et rempli de symbolisme. J’ai appris beaucoup de choses sur cette période assez peu connue de l’Histoire de l’esclavage (même si l’auteur explique dans la postface qu’il y a une importante part de fiction, les faits rapportés officiellement étant maigres, et servant donc plutôt de pistes, d’indices). Un album remarquable.
Zaï Zaï Zaï Zaï
« Zaï Zaï Zaï Zaï », c’est une page et demi de relative normalité avant de sombrer dans un flot jouissif de situations cocasses et absurdes. Fabcaro, auteur et anti-héros de cette histoire, fait tranquillement ses courses au supermarché. Au moment de passer à la caisse, il réalise qu’il a oublié sa carte de fidélité (ooouuuh le fourbe !)… il échappe de peu au vigile et parvient à fuir. S’engage alors une traque policière et médiatique pour le retrouver, l’arrêter et le condamner. La société observe la course-poursuite et chacun y va de son commentaire ou de son jugement. Cette chasse à l’homme débute plus ou moins comme ça : - Fais pas le con, lâche ce poireau… - Écoutez, je suis pas un bandit, je l’ai ma carte… - Du calme, pose ce poireau et tout se passera bien… - C’est juste qu’elle est dans mon autre pantalon… - Mais oui, du calme, pose ce poireau… Ne m’oblige pas à faire une roulade arrière… - Ne m’approchez pas ! - Attention il s’enfuit ! Roselyne, prévenez la direction… Il ne pourra pas aller bien loin… Symptomatique du ton général de « Zaï Zaï Zaï Zaï », ce type de dialogue m’éclate totalement ! C'est tellement con, mais si bon ! Quand on prend cet album dans les mains, sa sobriété ne présage pas du tout de son contenu. Après quelques pages, il serait même permis de se demander où l’auteur veut en venir, à tout le moins de se sentir désarçonné. Mais plus les pages défilent, plus le contenu et la force du scénario se révèlent. Avec ce one shot, Fabcaro ne se contente pas d'enchaîner des blagues absurdes. Il raconte surtout la traque d’un homme et le traitement de cet événement par les forces de l’ordre, les médias et l’opinion publique. Quel sens de l’observation ! La critique sociale est acerbe et tombe toujours juste. À chaque page, on sourit, on rit même. Le dessin constitue, malgré son côté austère, l’un des points forts de l’album et donne à l’ensemble un côté pince-sans-rire original et efficace. Le fait que les personnages soient peu détaillés permet de s’identifier et/ou de mieux relier ce que nous avons sous les yeux à sa propre vie/expérience. « Zaï Zaï Zaï Zaï » est certainement la meilleure bande dessinée d’humour absurde que j’aie pu lire. À découvrir et faire découvrir absolument ! Note réelle : 4.25/5
Luminary
En 1977, à deux endroits différents aux États-Unis se produisent des faits étranges et inexplicables. C'est une période de canicule assez intense et ces deux évènements vont peut-être changer la face du monde. Ce Luminary tome 1, c'est quand même un grand coup de soleil dans ta face ! Aussi bien du côté graphique, que du côté du scénario. Et c'est un beau duo que forment Luc Brunschwig et Stéphane Perger pour cet album marquant. Nous lirons l'album comme si nous étions en train de construire un puzzle puisque l'intrigue sera complètement exponentielle. Le récit s'articulera autour de 5 chapitres, composés chacun d'une vingtaine de pages, entrecoupés de différentes époques ce qui donnera du rythme à notre lecture. Ces changements d'époque seront bien mis en valeur, puisque Stéphane Perger adaptera sa mise en couleur et ses tons lumineux passeront en bichromie. Nous suivrons donc nos trois protagonistes principaux, souvent mis à mal, et nous redouterons pour eux la suite de leurs aventures car niveau émotion forte, nous serons servis. Puisque dans ce récit, tout feu tout flamme, Luc Brunschwing y mêle différents ingrédients assez pimentés comme de secrètes expériences gouvernementales, du racisme latent et délétère, du désir de vengeance, mais aussi une bonne dose de sentiments nobles et émouvants. C'est également une bel hommage au personnage Photonik, créé par Ciro Tota et publié dans le magazine Mustang, un super-héros français qui a marqué beaucoup de monde à l'époque de sa publication. Du coup, nous n'avons pas du tout le temps de nous ennuyer ! C'est très beau, lumineux (^^), la coloration est DINGUE, et l'histoire complètement captivante. Puis j'ai vraiment apprécié le format de l'album, un genre de comics prestige cartonné ! TOP ! Et bien évidemment, j'attends la suite avec impatience.