Les derniers avis (32298 avis)

Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Les Jeux vidéo et nos enfants
Les Jeux vidéo et nos enfants

Tiens, voilà une ouvrage didactique des plus intéressants. En effet l'addiction des jeunes aux jeux video est une réalité, voire un fléau auquel sont confrontés de nombreux parents de nos jours. Sans savoir parfois comment réagir, et s'en sortir. Cookie Kalkair, dont j'avais bien aimé Pénis de table chez le même éditeur, nous propose donc d'en savoir plus sur le sujet, et amorce des pistes pour agir efficacement. Il décide tout d'abord de tordre le cou à diverses idées reçues. Non, les jeux video ne rendent pas violents. Non, ça ne rend pas idiot, etc. Pour illustrer son propos, Cookie Kalkair a découpé son argumentaire en trois gros chapitres : le temps, le budget, la violence. Comme je l'ai déjà indiqué, il dézingue les idées reçues, ou plutôt il les nuance, et c'est déjà une bonne chose. Il propose par exemple de ne pas limiter l'utilisation des JV en temps "sec", mais plutôt en séquences. Du style "tu passes ce niveau" ou "tu réussis cette quête (ou pas) et tu vas te coucher." Un minimum de compréhension des mécanismes du jeu permet aux parents de mieux dialoguer. Quant au budget, il propose de passer en revue les différents "types" budgétaires des jeux, comme les free-to-play, les jeux avec DLC, les Battle pass, etc. Quant au sujet -casse-gueule" de la violence, il rappelle qu'aucune étude n'est arrivée à la conclusion que la pratique d'un jeu video rend un enfant violent. Tout au long de l'album, Cookie Kalkair fait passer son didactisme par de l'humour, des métaphores simples mais très parlantes, cela rend son propos très très clair. A la fin de chaque gros chapitres, trois questions permettent d'acquérir des points pour savoir si on a bien saisi les tenants, les aboutissants et les bonne pratiques en termes de gestion des jeux video pour les enfants. Malin.

07/05/2023 (modifier)
Couverture de la série Ulysse (Graph Zeppelin)
Ulysse (Graph Zeppelin)

J'applique la même note à cette version expurgée de toute scène érotique parce que ça se lit très bien sans ça, peut-être mieux même, car Ferri respecte Homère et arrive à bien se concentrer sur son sujet qui est de raconter l'Odyssée. Je n'ai donc pas grand chose à ajouter sur ce que j'ai dit sur la version hard, je ne vais quand même pas copier-coller mon avis, je dirai simplement que Ferri se débrouille bien dans son montage et ses mises en page où l'on devine qu'il peut insérer des scènes érotiques, tout en racontant la même histoire. Parfois, il ne peut éviter un sein qui déborde, mais dans l'ensemble, c'est une sorte de tour de force au niveau composition du récit. De toute façon, ce type de récit mythologique a toujours une connotation sensuelle. Son dessin est donc identique, on retrouve comme dans Achille ces mecs aux corps d'athlètes bodybuildés et ces femmes hyper sexuées et glamour, mais ça participe à l'oeuvre, ça fait partie d'un tout et on sait qu'à cette époque antique, ça devait être à peu près comme ça, les canons de la beauté masculine se retrouvent dans les statues antiques de kouros, on sait aussi par des écrits d'auteurs antiques que les femmes grecques aimaient les hommes très virils. Cette version reste donc comme sa version sexe, du très beau travail, aussi bien narrativement que graphiquement.

07/05/2023 (modifier)
Couverture de la série Ulysse (Tabou)
Ulysse (Tabou)

Cette version hard de la Mythologie grecque sur Ulysse est du même niveau graphique et qualitatif que sur Achille du même Cosimo Ferri, je me souviens que sur le stand Tabou cette année à Angoulême (où je suis resté plus d'une heure en attendant mon dessin de Di Caro sur Les Arcanes de la Maison Fleury), il était inépuisable sur le sujet, on sent que ça le passionne et qu'il est très impliqué dans son travail. Cette fois, il raconte l'Odyssée et d'après ce premier album, il a l'air d'être fidèle au vieil aède, on y voit des épisodes connus comme la prise de Troie ou la captivité sensuelle chez Calypso. Sa narration n'est pas linéaire, elle est décomposée, nourrie de flashbacks, j'aime pas toujours ce procédé en BD, mais ça dépend comment c'est traité, ici ça ne me dérange pas des masses, je suppose qu'il fera pareil dans les albums suivants et j'espère qu'il arrivera à tout rassembler comme il faut. Ce qui semblait bizarre sur Achille l'est tout autant ici, à savoir que ça surprend un peu la première fois de voir du récit sérieux entrecoupé d'un seul coup par des séquences copulatoires d'une très grande audace par endroits, les dieux et les héros grecs avaient déjà inventé certaines pratiques sexuelles... mais une fois qu'on a franchi le cap, on s'y habitue très vite, la Mythologie sied bien au sexe, après tout avec les Romains, c'est aussi hot, y'a qu'à voir Messalina ou Inguinis, en plus à cette époque, les vêtements ne sanglaient pas le corps avec une lingerie compliquée comme on en verra au XIXème siècle. Le dessin de Ferri est également de bonne qualité, il a trouvé à présent une maturité, mais il ne peut éviter parfois de petites erreurs anatomiques ou de proportions, des visages un peu bizarres, mais ce n'est pas bien méchant, c'est vraiment pour faire mon chieur. Les scènes de cul sont bien dosées, sans trop d'exagération, comme dans Inguinis, on sent que Ferri a quand même envie de se concentrer sur son sujet, en fait il ne met du sexe que pour satisfaire certains lecteurs, je comprends pourquoi il sort 2 versions de ses Bd, une hard et une expurgée. Et puis ce qui me fait sourire, ce sont plutôt ces dialogues ridicules lors des étreintes sulfureuses, du genre "tu es belle, quel homme pourrait te résister?", je crois que ces scènes pourraient souvent se passer de ce genre de dialogue ; sinon le dialogue dit sérieux est remarquable, avec un beau vocabulaire, limite théâtral et poétique, ça fait plaisir de lire une Bd avec de si belles formules, dommage qu'il y ait parfois quelques coquilles, y'a pas de correcteurs chez Tabou ? Voila donc du bel ouvrage, de la bande dessinée érotique de très grande qualité comme on aimerait en voir plus souvent.

07/05/2023 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série La Fille et le Kibrille
La Fille et le Kibrille

Alors ça c'est vraiment très bien ! Nous voilà avec une nouvelle petite série fantastique américaine à destination des préados. Maxine vient d'arriver dans un nouveau collège, et cela ne va pas être facile pour elle. Petite, elle est la cible de harceleurs scolaires. Accolée malgré elle à une autre collégienne que l'on traite de sorcière, elle va devoir faire avec la sagacité de cette dernière. Elle rencontre un autre collégien qui semble ne pas exister ; et pire encore, elle "voit" des créatures qui semblent tenir certaines personnes sous leur emprise... Mais aussi trouver leur versant bienveillant. Des ingrédients que l'on trouve dans pas mal d'histoires ces dernières années, mais plus rarement ensemble, et encore plus rarement avec succès. Car c'est plutôt bien ficelé : les dialogues me semblent faire mouche. Les parents de Maxine, sans être des monstres d'indifférence, sont un peu accaparés par leur installation dans leur nouvel environnement, et il y a fort à parier que le camarade harceleur ait quelques soucis personnels... Bref, cette histoire d'India Swift, qui a aussi une carrière d'animatrice 2D après avoir été formée aux Gobelins, est d'autant plus sympathique qu'elle bénéficie d'un dessin aussi nerveux qu'expressif, aussi à l'aise dans les scènes d'action que dans les séquences intimistes. A suivre, car même s'il n'en est fait aucune mention dans ce premier tome, c'est bien une série en plusieurs volets qui débute.

07/05/2023 (modifier)
Couverture de la série L'Ours Barnabé
L'Ours Barnabé

La série de Philippe Coudray est vraiment très singulière dans l'univers de la BD Jeunesse. Son graphisme très simple voire minimaliste autour d'un gros nounours peluche la classerait très vite dans le rayon petite enfance. Ce serait passer à côté de l'originalité profonde que délivre le fond de ces planches. En nous proposant des gags qui ont entre 3 et 6 cases j'ai eu l'impression d'être dans une formulation de strips reformulé en planches classiques pour les enfants. Dans un espace aussi court le message passe immédiatement grâce à la grande créativité de l'auteur. Créativité graphique qui utilise son trait simple pour aller à l'essentiel du contenu du gag. Mais aussi créativité du message que je ne lis pas si absurde que cela mais plutôt comme une invite à voir la réalité sous d'autres points de vue que dans une lecture prépensée. Je dois dire que même pour ma lecture adulte il y a un grand nombre de gags qui m'ont bluffé par leur inventivité et leur piste de réflexion. On y trouve du travail sur le vocabulaire, sur l'esprit logique, sur la dérision ou sur la poésie. C'est peu répétitif et propose une ouverture d'esprit aux jeunes lecteurs que je trouve vraiment intéressante. Une excellente série à posséder dans sa bibliothèque quand on a des enfants en âge de découvrir que l'on peut comprendre les choses de façons différentes.

07/05/2023 (modifier)
Couverture de la série La Jonque Fantôme, vue de l'orchestre
La Jonque Fantôme, vue de l'orchestre

Si j’en crois les rares – trop rares ! – avis postés sur cette série, elle est assez clivante. Franchement déroutante en tout cas. Force est de constater en tout cas que sa lecture est exigeante, le texte est très abondant, très dense – sans doute un peu trop parfois. On a presque l’impression de lire une nouvelle fantastique, illustrée par un dessin aux airs de gravures, la partie proprement BD étant réduite. En effet, la narration est au style indirect, le dessin est surtout là pour l’illustrer. Il le fait très bien d’ailleurs, le trait de Forest est ici bien plus fouillé et précis que ce qu’il fait le plus souvent. Son travail à base de hachures est vraiment très bon – en tout cas à mon goût. Un beau Noir et Blanc, dans un style classique qui colle bien à l’ambiance développée dans l’histoire. Histoire que l’on a du mal à situer précisément. Dans le temps, ce serait dans l’entre-deux guerres – même si certains détails peuvent être antérieurs ou postérieurs. Géographiquement, cela semble se situer dans une région imaginaire (même si des nationalités sont citées, Italienne, roumaine, française, etc.) qui ressemble à certaines parties de l’ex-Yougoslavie, vers la Bosnie-Herzégovine, sur la côte adriatique. C’est en fait l’ensemble de l’intrigue qui se refuse à se voir circonscrire trop facilement. Une sorte de conte fantastique (j’aurais personnellement placé cette série en inclassable) qui se développe, sur fond de guerre balkanique (le héros, Gaston, est un marin français rescapé d’une terrible bataille navale). Mais rapidement la guerre, pourtant omniprésente, se laisse repousser en arrière-plan, un récit étrange et fantastique prenant le dessus, autour d’une « fenêtre hygiénique » donnant sur quelque chose d’impalpable, de difficilement assimilable pour un esprit cartésien. De la poésie, pas mal de roman gothique dans l’errance de Gaston. On a là une histoire qui peut laisser de côté ceux qui attendaient quelque chose de plus cartésien. Pas plus que Gaston il n’est facile de tout expliquer, et comme lui il faut faire son deuil du rationnel : apprécier sans tout comprendre, voilà la clef ! Seul un texte trop abondant et parfois un peu « lourd » (indigeste » sur certains passages m’a un peu gêné. Mais pour le reste, j’ai bien apprécié cette histoire insolite. Note réelle 3,5/5.

06/05/2023 (modifier)
Couverture de la série Sous le tamarinier de Betioky
Sous le tamarinier de Betioky

J'ai vraiment beaucoup apprécié la série de Geneviève Marot qui peint la jeunesse du musicien malgache Jean Piso (prononcez Pissou, le chat). À ce jour c'est une des séries qui parle de l'Afrique que je préfère. En effet une bonne partie des anecdotes de la jeune vie de Jean pourrait être facilement transcrite ailleurs sur le continent. En outre l'auteure ne s'attarde pas sur le côté carte postale exotique dans son excellent graphisme d'aquarelles. Elle préfère nous faire vivre une multitude de scènes intimes soit observées sur le terrain soit comprises à travers les souvenirs de Jean. Marot réussit la prouesse de comprendre les liens sociétaux du passé grâce à son observation contemporaine de la vie au village. Il a fallu probablement une relation de confiance très forte pour arriver à ce niveau de compréhension réciproque. Car derrière des anecdotes qui peuvent sembler un peu folkloriques pour nos yeux de vazahas (Blancs), c'est bien une démonstration des liens sociaux à base du droit coutumier que l'auteure nous fait découvrir. " C'est plus efficace que toutes les lois vazahas réunies" trouve-t-on pour expliquer le Fomba gasy qui assure le contrat social de la société malgache mais probablement de toute la société africaine. Perso les passages sur l'école, ou le Tromba (l'appel aux ancêtres) ont vraiment résonné très fort pour mon vécu. La peinture de Geneviève Marot est superbe de dynamisme et rend la vie au village à la fois drôle et touchante. De plus cette série rend hommage à tous ces artistes africains qui réussissent à faire vivre la création musicale ou autre, dans des conditions souvent très difficiles. Une très bonne lecture fraîche et lumineuse comme un rayon de soleil sur une terre meurtrie.

06/05/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Seven sons
Seven sons

Moralité, paix, prospérité. Voilà ce que promet le couronnement de la seconde incarnation du Christ sur Terre dans la nouvelle Canaan. Cette fête doit se dérouler le 7 juillet 1998 dans un stade spécialement construit pour l'occasion où pourront s'entasser un million de fidèles. Et pour ceux qui ne pourront y assister, il sera toujours possible de revoir la cérémonie en replay moyennant quelques dollars. Un récit qui m'a embarqué dès les premières planches et que je n'ai pas pu lâcher avant d'en connaître la conclusion. Sept enfants, des garçons, tous nés le 7 juillet 1977 de mères vierges, les Jésis, et l'un d'entre eux va devenir le fils de Dieu et guider le monde pour un nouvel âge d'or. Une prophétie qu'un homme, Nicolaus, avait prédit des années auparavant. Vérité ou supercherie ? Qu'importe, un récit sur la folie des hommes, sur la soif du pouvoir, sur le mensonge et la manipulation des foules, tout en n'oubliant pas de faire du bizness. Mais combien de morts pour de vrais ou faux prophètes ? La fin justifie-t-elle les moyens ? La religion, même s'il en est question, n'est que le prétexte pour créer une dystopie où les extrémistes sont pointés du doigt, les erreurs du passé sont toujours d'actualité. Une narration maîtrisée, non linéaire qui oscille des années 1965 à 1998, qui prend le temps de planter l'intrigue et les personnages. Un récit moderne, fort et dense. Une réussite ! Ce comics, c'est surtout le retour de Jae Lee après 9 ans d'absence. J'adore son style qui allie finesse, expressivité et puissance. Une mise en page destructurée où le génie de Lee explose. J'ai adoré le choix fait pour les Jésis, celui de visages de poupons, mais le sont-ils vraiment ? Magnifique ! Une lecture que je ne suis pas prêt d'oublier. A ne pas rater si vous êtes amateur de ce genre ! Surtout, ne pas regarder la dernière planche pour garder l'effet de surprise et sa fin ...

06/05/2023 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Visages - Ceux que nous sommes
Visages - Ceux que nous sommes

Attention, voici un quadriptyque plutôt ambitieux ! Il s'agit en effet d''une saga familiale (ou de ce qui aurait pu être une famille), étalée sur la première moitié du XXème siècle, avec ses secrets, ses rancoeurs, ses combats, ses petits et grands bonheurs... L'histoire est née de la rencontre de Nathalie Ponsard-Gutknecht, graphiste française mariée à un Allemand et de Miceal Beausang-o'Griafa, scénariste et interprète français né des amours d'une Chilienne et d'un irlandais. Lui-même marié à une Corse. Je vous laisse imaginer la diversité culturelle des échanges. Des échanges qui ont débouché sur ce projet, racontant les histoires d'un couple franco-allemand qui se rencontre, se fait et se défait sur le front de la première guerre mondiale. De cette union naît un garçon, arraché à sa mère à la naissance, et qui conçoit une haine sans bornes pour ses géniteurs... Dès le premier volume les bases sont posées : Lieselotte et Louis sont en quelque sorte des légendes dans leurs camps respectifs, et leur enfant est un symbole. un signe qui montre que malgré la guerre, on peut se retrouver, s'aimer, même si cet amour est sans lendemain, balayé par le vent de l'Histoire... Mais au-delà de ce synopsis somme toute classique, il y a un vrai questionnement de fond : qu'est-ce qui nous construit, qui nous définit ? Quelle est notre identité ? Notre nationalité, notre langue, notre éducation, nos gènes ? Ce n'est encore qu'effleuré dans ce premier tome, mais au travers de communiqués, de rencontres et de présentations divers, on sent que les auteurs veulent juste mettre le sujet sur le tapis, sans forcément juger, cataloguer, classer... Le premier tome se termine sur un énorme cliffhanger, qui laisse présager une histoire très chahutée... Le deuxième tome nous montre entre autres comment ce moment de crise a été surmonté, sans pour autant que la suite soit sereine, la haine de Georg envers ses parents n'étant pas éteinte. Le tome 2 nous montre différentes séquences de la vie des trois personnages principaux, chacun de leur côté, des années 1910 à 1940. Des passages très intéressants, qui s'insèrent dans des moments cruciaux de l'Histoire de l'Europe. Des moments qui permettent, en outre, de bien saisir la personnalité et l'identité complexe de Lieselotte, Louis et Georg. Au vu des backgrounds de Nathalie Ponsard-Gutknecht et Miceal Beausang-O'Griafa, on peut même deviner qui a contribué à quelle séquence. Cela reste très prenant. Les co-scénaristes, qui ont travaillé pendant 7 ans sur ce projet, ont pris le temps de le peaufiner, et ça se sent. Ils ont fait appel à l'industrieux et talentueux Aurélien Morinière, particulièrement doué pour les ambiances avec un style réaliste nerveux, et parfois polymorphe. Des capacités d'adaptation héritées de son activité d'illustrateur et de peintre. Ici il livre en outre une palette chromatique avec des dominantes bleu et rouille, parfaite pour coller à l'ambiance particulière de la deuxième guerre mondiale. Afin de donner une plus grande dimension à leur histoire et la replacer dans son contexte, les auteurs proposent en annexes plusieurs petits articles relatifs aux évènements de l'époque : la bataille du Hartmannswillerkopf, le traité de Versailles, l'émancipation des Allemandes par les urnes, mais aussi, plus curieusement, l'artisanat des tranchées, un aspect que j'avais encore peu vu dans les différentes histoires rencontrées jusque-là, et qui fait l'objet de plusieurs passages dans la BD, entre autres sujets... Cela continue sur le tome 2, avec en particulier des articles courts sur l'histoire de l'Allemagne dans l'immédiat après-guerre, rarement raconté en fiction française. Précieux.

23/01/2023 (MAJ le 05/05/2023) (modifier)
Couverture de la série La Cuisine du Diable
La Cuisine du Diable

Je suis toujours assez réticent sur les oeuvres qui exposent beaucoup de violences. Je trouve qu'un attrait malsain pour les Bad Boys amènent beaucoup d'auteurs à verser dans l'empathie illégitime pour des monstres. Dans "La cuisine du diable" il n'y a rien de tel. L'excellent scénario de Damien Marie nous plonge dans une lecture contemporaine d'un conte où les ogres et les monstres s'entredévorent grâce à la rouerie d'un petit Anthony Poucet de Little Italy. Il faut accepter le parti pris de Marie, qui s'appuie sur l'esprit du conte, pour admettre qu'un enfant de 13 ans puisse se jouer des ogres, des Barbes Bleues ou des Chats sanguinaires tout au long d'un récit parsemé d'horreurs plus suggérées qu'explicitées. La vitesse de la narration est telle que l'on a pas trop le temps de se poser des questions. Cette fluidité dans le récit est un des charmes de la série. L'autre grand atout de la série est le graphisme de Karl T qui nous propose un décor de NY 1931 d'un réalisme saisissant. Les costumes, les ruelles de Little Italy, les gestuelles des personnages nous plongent dans une ambiance digne des meilleurs films sur cette période de la prohibition. Le final se déplace vers Chicago, Poucet intervient au moment de l'épilogue entre Ness et Capone. Marie nous concocte une conclusion détournée du fameux " ils vécurent heureux et eurent de nombreux enfants" en forme de happy end amer. Du travail bien fait.

05/05/2023 (modifier)