Ils sont nombreux (et nombreuses) les grands hommes et les grandes femmes, oublié(e)s par l'Histoire parce qu'ils sont passé de peu à côté d'un exploit majeur, qu'ils ont failli être le premier/la première à faire ceci ou cela... Matthew Flinders fut de ceux-là. Aux premières heures du 19ème siècle, ce passionné d'exploration, qui avait déjà co-réalisé la première circumnavigation de l'île de Tasmanie (cela signifie qu'il en a fait le tour en bateau, pour prouver que c'était bien une île), est persuadé que les grandes terres situées au nord de celle-ci n'est en fait qu'une immense île, presque un continent. Il va donc faire des pieds et des mains pour convaincre un amiral de lui confier une mission d'exploration, au prix probable de sa vie de famille (il est sur le point de se marier). mais il pressent que c'est là l'oeuvre de sa vie, il DOIT y aller, même si une expédition organisée par l'ennemi héréditaire, la France, vient d'appareiller.
Comme on s'en doute, ça ne va pas se passer aussi facilement que prévu, Flinders ne va pas partir deux à trois ans, mais neuf ans et trois mois, se retrouvant pendant plus du tiers de cette période retenu sur une terre presqu'aussi éloignée, pour une sombre histoire d'espionnage présumé... En effet l'histoire de Flinders méritait bien qu'on en fasse une bande dessinée, et Laurent-Frédéric Bollée, passionné par l'Histoire de l'exploration de l'Australie (souvenons-nous des gros albums Terra Australis et Terra Doloris) était l'auteur idéal pour nous raconter cette histoire. Car dans chaque dialogue, on sent l'obsession de Flinders, reflet de celle de Bollée. Ce désir irrépressible d'aller au bout de son rêve, de son projet, faire enfin le tour de cette terre immense, et revenir en Angleterre avec cette fameuse preuve, contre vents et marées, contre la guerre, contre la vie, contre tout... Flinders était obnubilé, mais pas obsessionnel au dernier point. Par contre la naïveté l'a amené à faire des erreurs, qu'il paiera non pas de sa vie, mais de sa liberté des années durant, pris malgré lui dans le conflit presque millénaire (mais officiel à cette époque) entre la perfide Albion et ces satanés mangeurs de grenouilles.
Il résulte une nouvelle fois de cette passion de l'auteur et de cette histoire incroyable on nouveau gros album, dans lequel on parvient à ne jamais s'ennuyer, alors que Flinders y est présent presque à chaque case. Au-delà de la précision historique, il y a ce savoir-faire d'un désormais vieux routard de la BD (si mes calculs sont bons, il a dépassé la soixantaine d'albums publiés) qui fait qu'il sait tenir son lectorat.
Pour l'épauler dans la réalisation de cet album conséquent, il s'est adjoint les services de Laura Guglielmo, dessinatrice italienne dont je découvre le travail. Du peu que j'ai pu constater, elle a franchi un véritable palier en dessinant Les Horizons amers, dont le réalisme tranche avec ses travaux plus "pop", plus légers. Elle se révèle comme une maîtresse des ambiances -là aussi réalistes-, pour coller au mieux avec la dimension historique du récit. Pas de fioritures, pas de fantaisies, mais un talent certain pour poser des beaux décors, des personnages qui ont physiquement de la présence, de la prestance. Vraiment du beau boulot, même si je n'aime pas forcément les visages de tous ses personnages.
Là encore Laurent-Frédéric Bollée nous livre un album réalisé de façon impeccable, permettant de combler un manque de l'Histoire en bande dessinée, avec -très peu- de personnages marquants dans un récit dont l'importance historique est avérée. Bravo aux deux auteurs !
J’ai beaucoup aimé ce polar adapté d’un roman d’Olivier Norek. Ce récit cumule en effet les bons points.
Tout d’abord des personnages intéressants dont aucun n’est tout blanc ou tout noir. L’héroïne, bien sûr, Noémie Chastain, marquée tant dans son corps que dans sa tête par une terrible agression et dont les sautes d’humeur la rendent extrêmement cassante même avec ses collègues. Mais à mes yeux les personnages les plus marquants demeurent encore les criminels tant ce polar prend des accents de fait divers sordide plongeant des gens ordinaires dans une situation inextricable.
Ensuite une intrigue très bien menée. On plonge progressivement dans l’horreur avec d’abord une scène choc puis la découverte de ce petit coin de paradis si paisible. Enfin, à l’image de ce cadavre surgissant des flots, l’écrivain gratte la surface de ses personnages pour nous en révéler d’autres facettes et cette mentalité toute villageoise où l’on préfère préserver la tranquillité au détriment de toute justice.
Autre point fort, les révélations finales qui nous arrivent en deux temps et même si l’on s’y attend un peu, on ne peut que saluer la manière dont Olivier Norek mène sa barque pour nous emmener là où il le voulait.
L’adaptation du script est signée Matz, auteur routinier du genre polar. Même si l’on sent ici ou là que le scénariste a dû couper dans la masse, la narration reste extrêmement fluide et l’enquête ne perd jamais de sa logique. Les dialogues sonnent juste et les personnages demeurent extrêmement humains, tous gardant une réelle profondeur.
Le dessin est signé Luc Brahy. Si je lui reproche des personnages dont la tête a tendance à changer d’une case à l’autre, je trouve qu’il reproduit très agréablement le théâtre de ce drame. Que ce soit le nouveau village, le lac et son barrage ou les scènes de plongée, ses décors sont pleinement immersifs. Petit bémol au niveau des personnages donc. Le trait est parfois un peu approximatif et les visages sont à l’occasion un peu trop figés… mais les émotions passent et les risques de confusion de personnages demeurent quasi nuls.
La colorisation d'Antoine Kompf m'aura principalement marqué par sa lumière et son bleu pénétrant, qui viennent parfaitement s'opposer à la noirceur des crimes. J'aime cette option qui accentue encore le choc né de l'opposition entre un cadre idyllique et un fait divers tragique.
En définitive, je peux dire que j’ai vraiment beaucoup aimé ce récit.
Avec cette mini-série en 2 albums, vous vous glisserez peu à peu dans une histoire effrayante. Mais qui est ce tueur qui semble sortir de nulle part qui laisse des cadavres démembrés ou décapités ? Les mystères du passé resurgissent. Le scénario ne laisse aucun répit aux lecteurs. Les meurtres horribles s’accumulent à Paris tandis qu’en Syrie un tombeau moyenâgeux est découvert. Il y aurait-il un rapprochement à faire ? L’enquête policière est menée tambour battant jusque dans les dédales des catacombes. L’horreur et la peur font que ce thrilleur à un goût presque … satanique ! hummm que c’est bon au final. Cela aurait pu être histoire imaginée par Christophe Bec !
Le trait est travaillé. Les scènes d’horreur sont particulièrement réussies. Beaucoup de cases très sombres du meilleur effet.
Si vous voulez frissonner, si vous voulez osciller entre le « j’arrête de lire cette histoire épouvantable» et « non je veux connaitre absolument la suite du récit même si par moment c’est un peu gore », ou encore si vous voulez que votre petit cœur s’emballe plus l’histoire avance … cette série est pour vous ! Allez y, plongez sans hésitation dans Dark ! Un régal sanglant bien noir !
Nous sommes dans la veine de l'intimisme. Une plongée sans fard dans l'addiction d'une mère. Bien sûr, c'est dur, sordide parfois. Mais la qualité des dessins et de la narration nous happent dans l'histoire, les épisodes chronologiques s'enchaînent. Les caractères se dévoilent, les pièces du puzzle s'assemblent, mais la dernière à l'origine de tout nous échappe. Et comme l'auteur, on reste en suspens sur ce vide : "mais pourquoi?"
Un des plus beaux récits autobiographiques qu'il m'a été donné de lire.
Nouveau one-shot de Tatsuki Fujimoto et nouvelle réussite bien que de mon point de vue en deçà de Look Back. Le postulat de départ étant un peu malaisant à mon goût (Filmer la mort d'une personne...).
Tout comme Look Back, le livre est très riche dans son contenu, ici, c'est le cinéma qui est mis à l'honneur et ça se ressent au niveau de la mise en page et des différents cadrages utilisés.
Coté thématiques, on est pas très loin de Satoshi Kon dans l'esprit. L'auteur se plait en effet à mélanger et jouer avec fiction et réalité.
Après Look Back, Adieu Eri confirme, c'est un très bon manga qui mérite d'être lu par le plus grand nombre. Beaucoup de thématiques sont communes à Look Back et ne font qu'enrichir l'oeuvre de l'auteur car de ces deux mangas, c'est bien un véritable auteur majeur qui s'affirme.
Superbe réussite que ce one-shot de Tatsuki Fujimoto (Mangaka très reconnu avec sa série à succès Chainsaw Man).
Ici, nous avons affaire à une très belle histoire d'amitié. A l'origine, deux jeunes filles assez différentes, naturellement rivales, que la passion commune pour le dessin va rassembler.
C'est raconté avec beaucoup de finesse et de subtilité, j'ai cru lire du Inio Asano. Ce manga très court (en terme de pagination) bien que très peu bavard, se révèle très riche. Sans spoiler, la deuxième moitié du titre est juste admirable. C'est court mais percutant, une véritable claque qui saura satisfaire tout public et pas uniquement les aficionados du manga.
Comment parler d’amitié, d’amour et de dignité en enfer ? Eh bien cette série réussit à le faire, alors que ça semblait une gageure a priori difficile à tenir.
L’enfer, c’est le bagne de Guyane. Ou plutôt ce sont les bagnes, puisque l’on nous fait bien comprendre qu’il y a plusieurs lieux – et donc plusieurs degrés – dans cet enfer, vers lequel sont envoyés des délinquants de divers ordres, ayant en commun la volonté de la – bonne – société de la faire disparaître.
Paco, le personnage principal, et de ceux-là. Il est aussi le narrateur – on devine donc qu’il va en réchapper. Mais pour cela il va devoir éviter un certain nombre d’obstacles, la mort guettant en permanence, la violence étant omniprésente, les détenus étant transformés en bêtes sauvage, l’espoir de sortir de cet enfer leur ayant été retiré.
La chance de Paco est de faire partie des exceptions, mais aussi et surtout d’avoir su y nouer des relations saines, d’amitié, voire d’amour.
La narration est équilibrée, fluide, la lecture est agréable. Le dessin moderne est dynamique, et colle très bien avec le ton adopté pour cette histoire où l’on croise, au détour d’une phrase, des détenus célèbres (Seznec, Papillon). L’intrigue est bien menée, crédible, et on ne s’ennuie jamais à la lecture de ce diptyque, que j’ai vraiment apprécié.
Note réelle 3,5/5.
Bon, je m'en vais relever la note de cette BD tout à fait honorable, lue et relue quand j'étais minot.
A l'époque, j'ai adoré cette lecture. Les histoires sont bonnes, énigmatiques, étranges. On est immergé dans la sorcellerie de l'arrière-pays. Mais comme dans Le Marquis d'Anaon, tout reste à hauteur d'homme, c'est à dire que le fantastique effleure la réalité. C'est une porte ouverte sur l'âme humaine, la psyché, la conscience des choses, le monde invisible et ondulatoire dans lequel nous sommes tous baignés. Toutes se tiennent et s'achèvent (ou au contraire s'ouvrent) sur une chute énigmatique qui laisse le lecteur sur un promontoire : le vertige dispute à la vue magnifique à 360°C le monopole des sensations...
Une très bonne lecture, graphiquement certes un peu datée, mais qu'importe le flacon, finalement.
Cet album trouvé chez un bouquiniste à Becherel – la Mecque des bd d’occasion - mérite les feux des projecteurs. L’atmosphère des polars noirs post prohibition est juste magnifique. C’est un vrai kiff de retrouver New York et le célèbre coupe-gorge de Bowery. Tout est réuni dans cette histoire pour que le lecteur soit immédiatement happé et que la lecture ne se fasse que d’une seule traite. Un anti-héros qui le devient malgré lui, une femme infidèle, le chantage, les intimidations, les tensions sous-jacentes, la mafia, des coins ignominieux et bien poisseux de big apple… Au final un scénario classique sans surprise mais qui tient la route porté par graphisme admirable.
J’ai savouré cette BD vieille de presque 40 ans et gouté avec énormément de plaisirs aux charmes surannées de ces vieux albums presque inconnus trouvés par hasard. Belle découverte. Je recommande aux amateurs de polars bien noirs.
Wachs et Richelle ont très bien su reconstituer la période de l’occupation, c’est le principal atout de ce diptyque.
J’ai eu un peu de mal au début avec le dessin de Wachs, je trouvais son trait un peu trop gras. Mais je m’y suis fait, et il faut reconnaitre qu’il a un chouette coup de crayon. Les décors urbains, le Paris de l’époque sont bien rendus. Et ses personnages aussi – il y a un peu du trait de Gibrat (dans Le Vol du Corbeau par exemple, pour rester dans le même cadre historique), en particulier pour la sensualité de ses personnages féminins.
L’action se déroule à Paris durant l’occupation. Nous suivons quelques protagonistes, qui se croisent, au moment où les rafles contre les Juifs se multiplient.
La narration est fluide, agréable. Il ne se passe pas grand-chose en termes d’action, mais on ne s’ennuie jamais. Les personnages ne sont pas manichéens, il n’y a pas des héros entourés de salauds – même si certains comme ce policier qui démissionne pour ne pas avoir à arrêter les Juifs ou cette grande gueule thuriféraire de Déat (puis de de Gaulle à la Libération) sont aux deux extrémités de l’honneur.
Sur un sujet passablement rabattu, on a là une courte série bien fichue et recommandable.
Note réelle 3,5/5.
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Les Horizons amers
Ils sont nombreux (et nombreuses) les grands hommes et les grandes femmes, oublié(e)s par l'Histoire parce qu'ils sont passé de peu à côté d'un exploit majeur, qu'ils ont failli être le premier/la première à faire ceci ou cela... Matthew Flinders fut de ceux-là. Aux premières heures du 19ème siècle, ce passionné d'exploration, qui avait déjà co-réalisé la première circumnavigation de l'île de Tasmanie (cela signifie qu'il en a fait le tour en bateau, pour prouver que c'était bien une île), est persuadé que les grandes terres situées au nord de celle-ci n'est en fait qu'une immense île, presque un continent. Il va donc faire des pieds et des mains pour convaincre un amiral de lui confier une mission d'exploration, au prix probable de sa vie de famille (il est sur le point de se marier). mais il pressent que c'est là l'oeuvre de sa vie, il DOIT y aller, même si une expédition organisée par l'ennemi héréditaire, la France, vient d'appareiller. Comme on s'en doute, ça ne va pas se passer aussi facilement que prévu, Flinders ne va pas partir deux à trois ans, mais neuf ans et trois mois, se retrouvant pendant plus du tiers de cette période retenu sur une terre presqu'aussi éloignée, pour une sombre histoire d'espionnage présumé... En effet l'histoire de Flinders méritait bien qu'on en fasse une bande dessinée, et Laurent-Frédéric Bollée, passionné par l'Histoire de l'exploration de l'Australie (souvenons-nous des gros albums Terra Australis et Terra Doloris) était l'auteur idéal pour nous raconter cette histoire. Car dans chaque dialogue, on sent l'obsession de Flinders, reflet de celle de Bollée. Ce désir irrépressible d'aller au bout de son rêve, de son projet, faire enfin le tour de cette terre immense, et revenir en Angleterre avec cette fameuse preuve, contre vents et marées, contre la guerre, contre la vie, contre tout... Flinders était obnubilé, mais pas obsessionnel au dernier point. Par contre la naïveté l'a amené à faire des erreurs, qu'il paiera non pas de sa vie, mais de sa liberté des années durant, pris malgré lui dans le conflit presque millénaire (mais officiel à cette époque) entre la perfide Albion et ces satanés mangeurs de grenouilles. Il résulte une nouvelle fois de cette passion de l'auteur et de cette histoire incroyable on nouveau gros album, dans lequel on parvient à ne jamais s'ennuyer, alors que Flinders y est présent presque à chaque case. Au-delà de la précision historique, il y a ce savoir-faire d'un désormais vieux routard de la BD (si mes calculs sont bons, il a dépassé la soixantaine d'albums publiés) qui fait qu'il sait tenir son lectorat. Pour l'épauler dans la réalisation de cet album conséquent, il s'est adjoint les services de Laura Guglielmo, dessinatrice italienne dont je découvre le travail. Du peu que j'ai pu constater, elle a franchi un véritable palier en dessinant Les Horizons amers, dont le réalisme tranche avec ses travaux plus "pop", plus légers. Elle se révèle comme une maîtresse des ambiances -là aussi réalistes-, pour coller au mieux avec la dimension historique du récit. Pas de fioritures, pas de fantaisies, mais un talent certain pour poser des beaux décors, des personnages qui ont physiquement de la présence, de la prestance. Vraiment du beau boulot, même si je n'aime pas forcément les visages de tous ses personnages. Là encore Laurent-Frédéric Bollée nous livre un album réalisé de façon impeccable, permettant de combler un manque de l'Histoire en bande dessinée, avec -très peu- de personnages marquants dans un récit dont l'importance historique est avérée. Bravo aux deux auteurs !
Surface
J’ai beaucoup aimé ce polar adapté d’un roman d’Olivier Norek. Ce récit cumule en effet les bons points. Tout d’abord des personnages intéressants dont aucun n’est tout blanc ou tout noir. L’héroïne, bien sûr, Noémie Chastain, marquée tant dans son corps que dans sa tête par une terrible agression et dont les sautes d’humeur la rendent extrêmement cassante même avec ses collègues. Mais à mes yeux les personnages les plus marquants demeurent encore les criminels tant ce polar prend des accents de fait divers sordide plongeant des gens ordinaires dans une situation inextricable. Ensuite une intrigue très bien menée. On plonge progressivement dans l’horreur avec d’abord une scène choc puis la découverte de ce petit coin de paradis si paisible. Enfin, à l’image de ce cadavre surgissant des flots, l’écrivain gratte la surface de ses personnages pour nous en révéler d’autres facettes et cette mentalité toute villageoise où l’on préfère préserver la tranquillité au détriment de toute justice. Autre point fort, les révélations finales qui nous arrivent en deux temps et même si l’on s’y attend un peu, on ne peut que saluer la manière dont Olivier Norek mène sa barque pour nous emmener là où il le voulait. L’adaptation du script est signée Matz, auteur routinier du genre polar. Même si l’on sent ici ou là que le scénariste a dû couper dans la masse, la narration reste extrêmement fluide et l’enquête ne perd jamais de sa logique. Les dialogues sonnent juste et les personnages demeurent extrêmement humains, tous gardant une réelle profondeur. Le dessin est signé Luc Brahy. Si je lui reproche des personnages dont la tête a tendance à changer d’une case à l’autre, je trouve qu’il reproduit très agréablement le théâtre de ce drame. Que ce soit le nouveau village, le lac et son barrage ou les scènes de plongée, ses décors sont pleinement immersifs. Petit bémol au niveau des personnages donc. Le trait est parfois un peu approximatif et les visages sont à l’occasion un peu trop figés… mais les émotions passent et les risques de confusion de personnages demeurent quasi nuls. La colorisation d'Antoine Kompf m'aura principalement marqué par sa lumière et son bleu pénétrant, qui viennent parfaitement s'opposer à la noirceur des crimes. J'aime cette option qui accentue encore le choc né de l'opposition entre un cadre idyllique et un fait divers tragique. En définitive, je peux dire que j’ai vraiment beaucoup aimé ce récit.
Dark
Avec cette mini-série en 2 albums, vous vous glisserez peu à peu dans une histoire effrayante. Mais qui est ce tueur qui semble sortir de nulle part qui laisse des cadavres démembrés ou décapités ? Les mystères du passé resurgissent. Le scénario ne laisse aucun répit aux lecteurs. Les meurtres horribles s’accumulent à Paris tandis qu’en Syrie un tombeau moyenâgeux est découvert. Il y aurait-il un rapprochement à faire ? L’enquête policière est menée tambour battant jusque dans les dédales des catacombes. L’horreur et la peur font que ce thrilleur à un goût presque … satanique ! hummm que c’est bon au final. Cela aurait pu être histoire imaginée par Christophe Bec ! Le trait est travaillé. Les scènes d’horreur sont particulièrement réussies. Beaucoup de cases très sombres du meilleur effet. Si vous voulez frissonner, si vous voulez osciller entre le « j’arrête de lire cette histoire épouvantable» et « non je veux connaitre absolument la suite du récit même si par moment c’est un peu gore », ou encore si vous voulez que votre petit cœur s’emballe plus l’histoire avance … cette série est pour vous ! Allez y, plongez sans hésitation dans Dark ! Un régal sanglant bien noir !
Mal de mère
Nous sommes dans la veine de l'intimisme. Une plongée sans fard dans l'addiction d'une mère. Bien sûr, c'est dur, sordide parfois. Mais la qualité des dessins et de la narration nous happent dans l'histoire, les épisodes chronologiques s'enchaînent. Les caractères se dévoilent, les pièces du puzzle s'assemblent, mais la dernière à l'origine de tout nous échappe. Et comme l'auteur, on reste en suspens sur ce vide : "mais pourquoi?" Un des plus beaux récits autobiographiques qu'il m'a été donné de lire.
Adieu Eri
Nouveau one-shot de Tatsuki Fujimoto et nouvelle réussite bien que de mon point de vue en deçà de Look Back. Le postulat de départ étant un peu malaisant à mon goût (Filmer la mort d'une personne...). Tout comme Look Back, le livre est très riche dans son contenu, ici, c'est le cinéma qui est mis à l'honneur et ça se ressent au niveau de la mise en page et des différents cadrages utilisés. Coté thématiques, on est pas très loin de Satoshi Kon dans l'esprit. L'auteur se plait en effet à mélanger et jouer avec fiction et réalité. Après Look Back, Adieu Eri confirme, c'est un très bon manga qui mérite d'être lu par le plus grand nombre. Beaucoup de thématiques sont communes à Look Back et ne font qu'enrichir l'oeuvre de l'auteur car de ces deux mangas, c'est bien un véritable auteur majeur qui s'affirme.
Look Back
Superbe réussite que ce one-shot de Tatsuki Fujimoto (Mangaka très reconnu avec sa série à succès Chainsaw Man). Ici, nous avons affaire à une très belle histoire d'amitié. A l'origine, deux jeunes filles assez différentes, naturellement rivales, que la passion commune pour le dessin va rassembler. C'est raconté avec beaucoup de finesse et de subtilité, j'ai cru lire du Inio Asano. Ce manga très court (en terme de pagination) bien que très peu bavard, se révèle très riche. Sans spoiler, la deuxième moitié du titre est juste admirable. C'est court mais percutant, une véritable claque qui saura satisfaire tout public et pas uniquement les aficionados du manga.
Paco les mains rouges
Comment parler d’amitié, d’amour et de dignité en enfer ? Eh bien cette série réussit à le faire, alors que ça semblait une gageure a priori difficile à tenir. L’enfer, c’est le bagne de Guyane. Ou plutôt ce sont les bagnes, puisque l’on nous fait bien comprendre qu’il y a plusieurs lieux – et donc plusieurs degrés – dans cet enfer, vers lequel sont envoyés des délinquants de divers ordres, ayant en commun la volonté de la – bonne – société de la faire disparaître. Paco, le personnage principal, et de ceux-là. Il est aussi le narrateur – on devine donc qu’il va en réchapper. Mais pour cela il va devoir éviter un certain nombre d’obstacles, la mort guettant en permanence, la violence étant omniprésente, les détenus étant transformés en bêtes sauvage, l’espoir de sortir de cet enfer leur ayant été retiré. La chance de Paco est de faire partie des exceptions, mais aussi et surtout d’avoir su y nouer des relations saines, d’amitié, voire d’amour. La narration est équilibrée, fluide, la lecture est agréable. Le dessin moderne est dynamique, et colle très bien avec le ton adopté pour cette histoire où l’on croise, au détour d’une phrase, des détenus célèbres (Seznec, Papillon). L’intrigue est bien menée, crédible, et on ne s’ennuie jamais à la lecture de ce diptyque, que j’ai vraiment apprécié. Note réelle 3,5/5.
La Tchalette
Bon, je m'en vais relever la note de cette BD tout à fait honorable, lue et relue quand j'étais minot. A l'époque, j'ai adoré cette lecture. Les histoires sont bonnes, énigmatiques, étranges. On est immergé dans la sorcellerie de l'arrière-pays. Mais comme dans Le Marquis d'Anaon, tout reste à hauteur d'homme, c'est à dire que le fantastique effleure la réalité. C'est une porte ouverte sur l'âme humaine, la psyché, la conscience des choses, le monde invisible et ondulatoire dans lequel nous sommes tous baignés. Toutes se tiennent et s'achèvent (ou au contraire s'ouvrent) sur une chute énigmatique qui laisse le lecteur sur un promontoire : le vertige dispute à la vue magnifique à 360°C le monopole des sensations... Une très bonne lecture, graphiquement certes un peu datée, mais qu'importe le flacon, finalement.
Les Soleils de faïence
Cet album trouvé chez un bouquiniste à Becherel – la Mecque des bd d’occasion - mérite les feux des projecteurs. L’atmosphère des polars noirs post prohibition est juste magnifique. C’est un vrai kiff de retrouver New York et le célèbre coupe-gorge de Bowery. Tout est réuni dans cette histoire pour que le lecteur soit immédiatement happé et que la lecture ne se fasse que d’une seule traite. Un anti-héros qui le devient malgré lui, une femme infidèle, le chantage, les intimidations, les tensions sous-jacentes, la mafia, des coins ignominieux et bien poisseux de big apple… Au final un scénario classique sans surprise mais qui tient la route porté par graphisme admirable. J’ai savouré cette BD vieille de presque 40 ans et gouté avec énormément de plaisirs aux charmes surannées de ces vieux albums presque inconnus trouvés par hasard. Belle découverte. Je recommande aux amateurs de polars bien noirs.
Opération Vent Printanier
Wachs et Richelle ont très bien su reconstituer la période de l’occupation, c’est le principal atout de ce diptyque. J’ai eu un peu de mal au début avec le dessin de Wachs, je trouvais son trait un peu trop gras. Mais je m’y suis fait, et il faut reconnaitre qu’il a un chouette coup de crayon. Les décors urbains, le Paris de l’époque sont bien rendus. Et ses personnages aussi – il y a un peu du trait de Gibrat (dans Le Vol du Corbeau par exemple, pour rester dans le même cadre historique), en particulier pour la sensualité de ses personnages féminins. L’action se déroule à Paris durant l’occupation. Nous suivons quelques protagonistes, qui se croisent, au moment où les rafles contre les Juifs se multiplient. La narration est fluide, agréable. Il ne se passe pas grand-chose en termes d’action, mais on ne s’ennuie jamais. Les personnages ne sont pas manichéens, il n’y a pas des héros entourés de salauds – même si certains comme ce policier qui démissionne pour ne pas avoir à arrêter les Juifs ou cette grande gueule thuriféraire de Déat (puis de de Gaulle à la Libération) sont aux deux extrémités de l’honneur. Sur un sujet passablement rabattu, on a là une courte série bien fichue et recommandable. Note réelle 3,5/5.