Les derniers avis (32297 avis)

Couverture de la série Qui est ce schtroumpf ?
Qui est ce schtroumpf ?

J'ai beaucoup ri à cette interprétation de l'univers Schtroumpf proposée par Tébo. Dans le sillage de son excellente relecture de la Jeunesse de Mickey, Tébo nous gratifie d'un numéro de haute créativité pour dépoussiérer le petit monde de Peyo. Je suis un fan de la première heure des petits hommes bleus. J'ai été enchanté par les propositions scénaristiques et graphiques de l'auteur. Le scénario reprend comme le veut l'usage les principaux codes de l'univers schtroumpf avec ses personnages emblématiques. Mais Tèbo réussit la prouesse de rendre un hommage drôle et détourné à ce qui fait toute la saveur et l'originalité de la création de Peyo : le langage. C'est la thématique centrale de l'opus bien entretenue d'un bout à l'autre d'un récit aventureux grâce à des rebondissements et une écriture à plusieurs degrés vraiment bien pensée. C'est vif, frais, dynamique et parsemé de fantaisie destinée aux petits et aux grands. Le graphisme de l'auteur ne pouvait pas mieux correspondre à son intention narrative. Sa déformation taquine des personnages nous donne cette impression de miroirs convexes ou concaves utilisés pour faire des grimaces qui amusent tout le monde. Le découpage est moderne comme la mise en couleur très réussie. Car si le bleu reste incontournable, la multiplication des teintes vives, lumineuses et gaies crée une harmonie chatoyante vraiment superbe. Une formidable création qui allie modernisme et tradition pour le plus grand plaisir d'un fan de Peyo et bientôt de Tébo.

13/05/2023 (modifier)
Couverture de la série CRA - Centre de Rétention Administrative
CRA - Centre de Rétention Administrative

Meybeck use de plusieurs styles graphiques, plus ou moins charbonneux – et lisibles. Mais je trouve qu’à chaque fois cela convient bien au sujet, puisque nous évoquons ici un peu de la noirceur humaine, les zones de non-droit (grises), des choses que l’on veut cacher aux regards curieux, d’un peu honteux. Disons-le tout de suite, apprécier ou pas le dessin n’est pas central, tant l’essentiel est ailleurs. Il s’agit ici de mettre en lumière ce qui est volontairement tenu dans l’ombre. A savoir le traitement inique, honteux de personnes qui sont détenues dans des Centres de Rétention Administratifs (d’où l’acronyme CRA). Détenues dans des conditions semblables à des prisons (avec encore moins de droits parfois puisque pas forcément d’avocat, pas informés de leurs droits, subissant humiliations, violences). Parfois pour des peccadilles, des hasards malencontreux, ou du fait d’une mauvaise fois de policiers poussés à « faire du chiffre », des gens sont envoyés dans ces centres, avocats, associations d’aides étant écartés, seuls des députés ou sénateurs pouvant visiter ces centres (on leur montre ce que l’on veut bien leur montrer alors). Certaines situations sont totalement absurdes, en plus d’être scandaleuses. Mais l’accumulation de ces témoignages, recueillis par des associations luttant pour les droits des personnes victimes de ces réclusions administratives montre à quel point, loin des discours idéalistes sur la « patrie des droits de l’homme », la France (mais d’autres pays européens jouent sans doute le même jeu) crée de l’injustice, emprisonne et humilie des gens qui n’ont commis aucun délit grave (parfois même aucune infraction). C’est ainsi que dans les dernières années la France a été plusieurs fois condamnée par des instances européennes de défense des droits de l’homme, en plus d’être dénoncée par des associations comme Amnesty international. Depuis les discours tonitruants et la politique du chiffre enclenchée par Sarkhozy, la situation s’est dégradée. L’album relate des faits de 2012. Mais on peut imaginer que le ministre actuel de l’Intérieur, Darmanin, poursuit cette politique de répression (il vient du même parti et des mêmes gouvernements que Sarkhozy), le droit, à défaut des principes des droits de l’homme, étant souvent mis de côté, brisant des vies.

13/05/2023 (modifier)
Couverture de la série Croke Park - Dimanche sanglant à Dublin
Croke Park - Dimanche sanglant à Dublin

Le Bloody Sunday le plus célèbre – en tout cas le seul connu de moi – est celui que j’avais découvert au travers de la chanson de U2. Cet album en fait sortir un autre du grenier de l’Histoire, les deux étant assez proches en fait (les victimes sont un peu les mêmes). En tout cas il a le mérite de me l’avoir fait connaitre. J’ai bien aimé cet album. Le dessin, relativement simple, comme la colorisation, est plutôt agréable. En tout cas efficace, dynamique, très lisible. Sylvain Gâche prend le temps, dans une longue approche, de présenter les évènements, les protagonistes, les enjeux, jusqu’au déchaînement final, rapide mais brutal, durant lequel l’armée britannique va pratiquer un massacre de civils. La narration est fluide, et cette longue mise en place est importante pour tout comprendre, mais aussi elle montre mieux au lecteur la brutalité de l’action, avec ce changement de rythme à la fois attendu et redouté. Le massacre de Croke Park est représentatif de ce qu’un État colonial peut faire, dès lors qu’il rencontre une résistance, et qu’il dénie à « l’autre » l’égalité des droits. En ce sens, le Bloody Sunday du 30 janvier 1972 n’est qu’une réplique/répétition de celui de 1920. On imagine que ceci a dû se passer dans d’autres colonies (anglaises, françaises, etc.). Et la politique israélienne en Palestine ou au Liban (je pense aux massacres de Sabra et Chatilla par exemple) poursuit sur cette voie je pense. En tout cas, Sylvain Gâche a bien reconstitué ce triste épisode. Mon seul bémol concerne le match de rugby opposant l’Irlande et l’Angleterre durant le tournoi des cinq nations de 2007. Pour des problèmes logistiques, ce match est délocalisé dans le stade de sports gaéliques de Croke Park, là-même où le massacre a eu lieu, avec évidemment pour beaucoup de gens (Irlandais surtout), un côté symbolique – et parfois dur à accepter (entendre l’hymne anglais là où des Anglais ont massacré des civils irlandais). Ce match apparait en plusieurs épisodes, entrecoupant le récit qui mène au massacre de 1920. Je ne trouve pas que ce soit en soi une mauvaise idée. Je trouve juste que ce match occupe trop de place (cela hache un peu la lecture, mais surtout ça fait un peu perdre de vue le cœur du sujet, qui est bien 1920). J’aurais personnellement opté pour le placer en épilogue, et moins développé. Mais bon, je chipote, j’ai bien aimé ma lecture. J’ajoute que le dossier final est vraiment intéressant et bien fichu. Il reconstitue très bien le contexte, explique les termes et les enjeux (avec des documents d’époque reproduits). C’est un réel plus pour le lecteur. Comme pour la partie BD de l’album, je trouve que tout ce qui concerne le match de 2007 est un peu long par rapport au cœur du sujet. Mais là, c’est moins gênant. Note réelle 3,5/5.

13/05/2023 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
Couverture de la série Bakamon !
Bakamon !

3.5 L'avis de Ro est juste... pour qui n'est pas fan inconditionnel de Pokemon. Certains gags tiennent des private joke et peuvent paraître évidemment faciles. Pour reprendre l'exemple de la carte d'identité saccagée, certains joueurs des jeux vidéo se remémereront le dur jour où ils avaient baptisé leur héros stupidement au début du jeu, qui sera sauvegardé et utilisé durant tous les dialogues, sans jamais pouvoir le modifier à nouveau. Le dessin est simple mais beau (les mains par exemple) et donne une tonalité franchouillarde au récit, certains lieux comme la Bretagne, ou références comme celle parodiant le capitaine Igloo. En parlant des lieux, les décors ont l'air parfois désespérement vides, dommage car le dessinateur saurait sûrement s'y prendre, flemmardise ? Très immersif donc pour les lecteurs français. Malheureusement, le vocabulaire grossier est en décalage avec le public en partie visé, à savoir les enfants (mais il est vrai que la franchise a 25 ans et que des trentenaires vont également lire cette série, dédicace à eux de certaines créatures pour "grands" comme Tentaïcule ou les potentientels dangers des Wiphins), dommage... Pour être entouré de garçons baignant nuit et jour dans l'univers Pokemon, je peux vous garantir que cette série fait tilt auprès d'eux. Et j'avoue ne pas être insensible aux trouvailles de certains Bakamon. Si vous avez déjà joué et aux jeux vidéo et collectionné quelques cartes, vous ne pouvez pas rester insensible à cette série.

13/05/2023 (modifier)
Par Titanick
Note: 4/5
Couverture de la série Contes et décomptes
Contes et décomptes

Cet opus me confirme tout le bien que je pense de l’Oubapo, et le fait que Lécroart en est un digne représentant. Les contraintes, ici basées sur la logique et les mathématiques sont vraiment bien exploitées et j’ai pris plaisir à lire, et même parfois relire avant de passer au suivant, chacun des chapitres portant sur une contrainte particulière. Certes, il y en a que j’ai préférés à d’autres, surtout parce que la contrainte était plus forte, et donc l’exercice plus périlleux et du coup plus jouissif, d’où la relecture pour bien apprécier l’effort. J’avoue que mon préféré est celui du logicien Boole, triple lecture nécessaire celui-là… J’ai moins aimé le chapitre où il s’impose des reprises d’autres œuvres, mais c’est parce qu’il me manque une partie des références nécessaires, je n’avais que celles de Pratt et Peyo sur les 5 oeuvres citées et je n’ai pas pu apprécier pleinement. Et le dessin de Lécroart n’est pas en reste, terriblement reconnaissable, parfait pour ce genre d’humour. À réserver à ceux qui aiment ce genre de jeu. Moi, ça m’amuse.

10/05/2023 (modifier)
Couverture de la série Nage libre
Nage libre

Je suis content de ma découverte. Bien avant La renarde, l’auteur brillait déjà. Un album anti déprime pour un résultat frais, drôle et original, j’ai succombé. La partie la moins engageante va pour le graphisme, un trait gras et pas vraiment esthétique, il en va de même pour le lettrage. Mais passé quelques pages, ces points ne sont plus un problème tant le récit possède des qualités et m’a embarqué. Je trouve déjà l’idée de base assez délicieuse, nous suivrons 3 saumons mâles au caractère bien distinct, ces derniers vivront une belle aventure, les péripéties sont fluides et s’enchaînent bien. Jusque là c’est cool mais ce qui relève véritablement l’ensemble, c’est le ton et les dialogues employés juste savoureux, on ne s’ennuie jamais, ça donne une bonne dynamique au récit. A noter que ce n’est pas axé jeunesse mais ce n’est pas trash non plus. Rien de bien sorcier mais j’ai eu le smile tout le long de ma lecture, c’est bien construit et parfaitement dosé, ni trop court ni trop long, avec un épilogue aux petits oignons. Un chouette album, sans être une œuvre maîtresse, vous passerez forcément un bon moment en sa compagnie. A lire si vous en avez l’occasion. 3,5

10/05/2023 (modifier)
Couverture de la série The Pro (La Pro)
The Pro (La Pro)

L’univers des super héros ne m’attire a priori pas, bien au contraire, pour plusieurs raisons. Mais le voir parodié, voire ridiculisé comme c’est le cas ici est assez jouissif. Tout ici est simple, voire simpliste, mais c’est une lecture que j’ai bien aimée, avec seulement quelques rares bémols. D’abord que ce soit très – trop – court. Ensuite que la dernière partie, à partir de la prise d’otages menaçant New-York soit moins drôle. Mais pour le reste, c’est assez amusant. Une prostituée cumulant les mouises, vulgaire, élevant à la va-comme-j ’te-pousse un malheureux chiard, se retrouve dotée de super pouvoir, et est intégrée (contre son gré) à une équipe de super héros, caricature molle des superman, wonderwoman et autre musclé en collant moulant. Autant ces super-héros sont niaiseux, naïf et purs dans leur défense des valeurs morales de l’occident blanc américain, autant leur nouvelle coéquipière, affublée d’une tenue grotesque a gardé sa vulgarité (maquillage outrancier, clope au bec), jurant, pissant sur ses victimes, usant de ses pouvoirs pour multiplier les pipes et ses revenus, etc. On le voit, Ennis joue la carte du trash, de la débilité, et s’en donne à cœur-joie avec cette super-héroïne brute de décoffrage. Il en profite aussi pour lui faire tenir des propos cinglants contre les super-héros déconnectés de la réalité (avec quelques outrances, comme lorsqu’elle parle de bombarder des hôpitaux pour « montrer ses couilles »). Rien n’est profond, c’est vite lu. Mais, sans être hilarant, ce condensé d’humour débile m’a bien plu. Malgré ses défauts, je succombe aux pouvoirs de cette super prostituée, et arrondis généreusement aux quatre étoiles (ne vous attendez quand même pas à un chef d’œuvre, hein, mais ça fait du bien de se défouler, des fois !). Note réelle 3,5/5

10/05/2023 (modifier)
Couverture de la série Johnny Jungle
Johnny Jungle

Que voilà une chouette lecture ! L’idée de départ est assez simple (encore faut-il l’avoir – et bien la développer !) : le personnage dont nous allons suivre la vie complète est une fusion de Tarzan et de son interprète le plus célèbre, Johnny Weissmuller. Johnny Jungle emprunte donc aux deux, mais son personnage ne souffre d’aucun déséquilibre, ça fonctionne très bien pour le lecteur. De la jungle aux studios hollywoodiens, du bonheur simple avec Jane aux artifices des starlettes, de la renommée du star-système à la déchéance de la vieillesse et de l’anonymat dans la pauvreté, les deux albums nous retracent la trajectoire complète du bonhomme. Le dessin de Jouvray est sympathique, dynamique, très agréable en tout cas. Et la narration est elle-aussi agréable, fluide. Drame et humour se complètent très bien. En plus de la partie « biographie », Deveney nous peint là une belle fresque du temps de l’âge d’or d’Hollywood, c’est une belle et triste illustration de l’envers du décor, des affres du star-système. Et du coup le lecteur est embarqué dans l’histoire sans pouvoir la lâcher. Surtout, toute la partie fictive se trouve « légitimée », renforcée par une bonne dose de réel (le fonctionnement des studios, des anecdotes liées à Weissmuller, etc.). Bref, un diptyque dont je vous encourage fortement la lecture.

10/05/2023 (modifier)
Couverture de la série Le Château des Animaux
Le Château des Animaux

Je dois avouer que j'ai eu du mal à entrer dans cette série. Pourtant, une série qui prend pour thématique centrale la non-violence a tout pour me séduire. La seule autre série que je connaisse sur ce thème étant l'excellent Wake up America. Je connais l'ouvrage d'Orwell ainsi que les vies de Mendela, King et Gandhi suffisamment bien pour comprendre les références-hommages développées par les auteurs. Mais j'ai quand même eu de la difficulté à accrocher à certains partis pris de Dorison et Delep. La situation initiale m'a semblé assez bancale et la position de Silvio (B mamma mia ?) repose sur peu de choses autres qu'une force bien isolée. Or un culte de la personnalité se construit sur des éléments bien plus puissants (idéologie, tradition, appartenance au groupe, intelligence de la situation historique). Cette histoire de troc avec les humains ne m'a pas vraiment convaincu. J'ai trouvé le choix de la personnalité de César pas vraiment en phase avec l'esprit du récit. Ensuite j'ai trouvé le développement des passages sur la non-violence assez confus et pas très convaincants. Il faut reconnaître que les auteurs travaillent sur des thèmes assez compliqués à réduire en quelques cases. La liberté, la vérité et la justice sont au centre du scénario. Définir la légitimité d'une action même contestataire n'est pas si simple car elle fait appel à des interprétations du droit naturel vs le droit positif dans ce type de situation. Pour autant, les auteurs tombent juste dans leur démonstration des difficultés d'utilisation de la non-violence. C'est un hommage aux différents mouvements historiques mais qui se sont inscrit sur des bases de droits défendables (Gandhi était avocat) dans des environnements acceptables. De plus la charmante miss Bengalore n'est qu'une porte-parole de la pensée d'Azelar ce qui amoindrit à mon avis sa puissance charismatique et sa crédibilité. Malgré toutes ces réserves j'ai trouvé le projet ambitieux d'autant plus que la volonté de garder la ligne réconciliatrice jusqu'au bout est bien marquée et pas facile à mettre en oeuvre. Le graphisme est vraiment excellent. C'est très dynamique et les attitudes donnent aux animaux des expressions très crédibles avec l'ambiance du récit. Les scènes d'extérieurs sont très bien travaillées avec des paysages d'hiver et des ambiances de faim et de froid très touchantes. Certaines scènes renvoient aux punitions des prisonniers d'Auschwitz qui devaient se tenir nus toute la nuit dans le froid de l'hiver polonais. C'est poignant. Je n'ai pas trouvé cette lecture si facile car les idées proposées sont compliquées quand on veut les approfondir. Malgré tout c'est une oeuvre intéressante pour un large public. 3.5

10/05/2023 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5
Couverture de la série Les Horizons amers
Les Horizons amers

Ils sont nombreux (et nombreuses) les grands hommes et les grandes femmes, oublié(e)s par l'Histoire parce qu'ils sont passé de peu à côté d'un exploit majeur, qu'ils ont failli être le premier/la première à faire ceci ou cela... Matthew Flinders fut de ceux-là. Aux premières heures du 19ème siècle, ce passionné d'exploration, qui avait déjà co-réalisé la première circumnavigation de l'île de Tasmanie (cela signifie qu'il en a fait le tour en bateau, pour prouver que c'était bien une île), est persuadé que les grandes terres situées au nord de celle-ci n'est en fait qu'une immense île, presque un continent. Il va donc faire des pieds et des mains pour convaincre un amiral de lui confier une mission d'exploration, au prix probable de sa vie de famille (il est sur le point de se marier). mais il pressent que c'est là l'oeuvre de sa vie, il DOIT y aller, même si une expédition organisée par l'ennemi héréditaire, la France, vient d'appareiller. Comme on s'en doute, ça ne va pas se passer aussi facilement que prévu, Flinders ne va pas partir deux à trois ans, mais neuf ans et trois mois, se retrouvant pendant plus du tiers de cette période retenu sur une terre presqu'aussi éloignée, pour une sombre histoire d'espionnage présumé... En effet l'histoire de Flinders méritait bien qu'on en fasse une bande dessinée, et Laurent-Frédéric Bollée, passionné par l'Histoire de l'exploration de l'Australie (souvenons-nous des gros albums Terra Australis et Terra Doloris) était l'auteur idéal pour nous raconter cette histoire. Car dans chaque dialogue, on sent l'obsession de Flinders, reflet de celle de Bollée. Ce désir irrépressible d'aller au bout de son rêve, de son projet, faire enfin le tour de cette terre immense, et revenir en Angleterre avec cette fameuse preuve, contre vents et marées, contre la guerre, contre la vie, contre tout... Flinders était obnubilé, mais pas obsessionnel au dernier point. Par contre la naïveté l'a amené à faire des erreurs, qu'il paiera non pas de sa vie, mais de sa liberté des années durant, pris malgré lui dans le conflit presque millénaire (mais officiel à cette époque) entre la perfide Albion et ces satanés mangeurs de grenouilles. Il résulte une nouvelle fois de cette passion de l'auteur et de cette histoire incroyable on nouveau gros album, dans lequel on parvient à ne jamais s'ennuyer, alors que Flinders y est présent presque à chaque case. Au-delà de la précision historique, il y a ce savoir-faire d'un désormais vieux routard de la BD (si mes calculs sont bons, il a dépassé la soixantaine d'albums publiés) qui fait qu'il sait tenir son lectorat. Pour l'épauler dans la réalisation de cet album conséquent, il s'est adjoint les services de Laura Guglielmo, dessinatrice italienne dont je découvre le travail. Du peu que j'ai pu constater, elle a franchi un véritable palier en dessinant Les Horizons amers, dont le réalisme tranche avec ses travaux plus "pop", plus légers. Elle se révèle comme une maîtresse des ambiances -là aussi réalistes-, pour coller au mieux avec la dimension historique du récit. Pas de fioritures, pas de fantaisies, mais un talent certain pour poser des beaux décors, des personnages qui ont physiquement de la présence, de la prestance. Vraiment du beau boulot, même si je n'aime pas forcément les visages de tous ses personnages. Là encore Laurent-Frédéric Bollée nous livre un album réalisé de façon impeccable, permettant de combler un manque de l'Histoire en bande dessinée, avec -très peu- de personnages marquants dans un récit dont l'importance historique est avérée. Bravo aux deux auteurs !

10/05/2023 (modifier)