Je ne pense pas prendre beaucoup de risques en « boostant » Storm Dogs , j’ai trouvé ce premier tome de SF excellent.
Le monde mis en place par les auteurs est débordant d’imagination, on retrouve sur Amarante, planète située aux confins de la civilisation, une faune et une flore très riches et très étonnantes. Une colonie terrienne peuplée d’aventuriers exploite le sous-sol de la lointaine planète.
Le scénario est solide et prenant, l’histoire débute avec une enquête policière orchestrée par le pouvoir central mais on bascule assez vite vers le fantastique, Amarante recèle de lourds secrets que les auteurs nous dévoilent pour l’instant à dose homéopathique.
Une histoire assez fouillée qui demande un minimum de concentration, néanmoins la lecture est passionnante.
Le dessin est très bien travaillé, les couleurs sont étonnantes mais l’ensemble est original et agréable.
La BD est munie d’un addendum expliquant de façon assez détaillée les caractéristiques des différents protagonistes, comme quoi les auteurs prennent à cœur le jeu des personnages.
Je m’attendais à trouver un récit austère et limite larmoyant avec ce sujet. J’ai trouvé tout le contraire. Les auteurs parviennent à rendre très vivante cette biographie d’une des plus grandes égéries de l’entre-deux-guerres. Le trait est alerte, vif, et les dialogues sont spontanés et sonnent juste.
Pourtant, de biographie il est bien question puisque l’on suivra Kiki de sa naissance jusqu’à sa mort. Mais le récit est très vivant, jamais lourd… parfois un peu longuet et répétitif mais ces deux petits reproches n’en sont pas vraiment puisqu’ils permettent au lecteur que je suis de mieux appréhender encore la trajectoire de cette sulfureuse personne.
Après La Casati - la Muse égoïste et Violette Nozière Vilaine chérie, c’est le troisième portrait de femme en quête d’admiration (et qui auraient pu se croiser dans la vie réelle puisque toutes trois furent actives dans l’entre-deux-guerres) que je lis. Les similitudes entre elles sont nombreuses (mœurs libérées, besoin de reconnaissance, destin tragique) mais Kiki est celle qui m’est apparue comme la plus sympathique, celle qui me semble s’être le mieux acceptée. Et le mérite en revient certainement aux auteurs.
Par ailleurs, cette biographie est un bon prétexte pour nous replonger dans les milieux artistiques de l’époque puisque le modèle croisera plus d’un artiste notoire.
Un chouette album, définitivement, pour un personnage que j’ai trouvé attachant et détestable à la fois, extrême dans ses choix de vie mais cohérente avec elle-même.
L’exercice ne me semblait pas évident de prime abord et le risque de tomber sur une œuvre finalement plus commerciale qu’artistique me semblait grand. Pourtant, Nob relève le défi avec une déconcertante facilité.
Les recettes s’intègrent avec naturel au cœur de petites scénettes au ton humoristique et bon enfant des plus sympathiques. Les inconditionnels de la série mère (dont je suis) retrouveront avec plaisir différents personnages au charisme indéniable.
Le dessin est toujours aussi rond et expressif.
Au final, et alors qu’il aurait pu ne s’agir que d’une manœuvre commerciale surfant sur la vague de la cuisine à toutes les sauces (uh uh, … désolé), cette cuisine de Mamette m’a offert un agréable moment de lecture, des recettes simples et bien expliquées (accessibles aux enfants) et un petit cours de cuisine régionale (à l’occasion).
Je n'avais qu'un très vague souvenir de ma lecture de ce roman que j'ai lu il y a plus de 20 ans. Pas spécialement attiré par le dessin de Jacques Ferrandez, et pas spécialement fan des adaptations de romans, surtout quand elles sont estampillées "classiques de la littérature", c'est donc avec assez peu de ferveur et pas plus que ça de motivation que je me suis lancé dans cette lecture.
Comme quoi, passer au dessus de ses a priori, ça a du bon.
Car même si effectivement j'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire, passé l'enterrement de la mère de Meursault (le personnage principal), Ferrandez a réussi à me faire rentrer dans son récit. D'une part, grâce à son dessin tout en aquarelle qui rend à merveille la chaleur écrasante qui domine cette histoire qui se déroule en Algérie, mais aussi grâce à l'histoire écrite par Albert Camus que Ferrandez retranscrit de façon plus que concluante. S'il est difficile de mettre en image et en page un roman, Ferrandez le fait ici avec art et manière, en restant fidèle à ce qui fait l'essence du roman de Camus.
C'est donc une bonne surprise et une très bonne lecture que cet album, dont je recommande la lecture, qu'on ait lu ou non le roman de Camus.
Crépusculaire et violent western, Junk est une vraie réussite.
S'appuyant sur l'héritage Spaghetti du cinéma, cette mini série en compile tous les ingrédients pour sortir une histoire passionnante de chasse au trésor réunissant une vieille bande de bandits en prise avec leurs démons intérieurs.
Les péripéties s’enchaînent sans fausse note ni manque de rythme jusqu'au final fort et bien amené (à l'exception d'un fait inexpliqué et bien trop mystérieux pour ne pas gêner) qui apportera à chacun des charismatiques personnages une conclusion personnelle contrastée.
Une partition quasi impeccable même si je regrette personnellement le dessin, particulier mais jamais dérangeant non plus, permettant au moins une identification claire du fil de l'histoire et des personnages. Pas très fan du style, mais il y a du style, donc c'est déjà suffisant, j'aurais voulu voir ce western croqué par des illustrations plus réalistes pour décrire Junk comme un chef d'oeuvre.
Pour le reste, il s'agit assurément d'un des meilleurs récits du genre, à la maîtrise parfaite et autorisant des relectures sans lassitude.
15 ans après, les Editions de la Pastèque rééditent le premier album de Michel Rabagliati, point de départ d'un énorme succès au Québec de celui qui était alors un graphiste qui griffonnait ses histoires à ses moments perdus. Une réédition grand format, en A3, pour profiter au maximum du trait si simple, si naïf, mais si efficace de l'auteur.
Car très vite on se laisse prendre dans ces souvenirs au parfum d'authenticité, cette simplicité, cette joie de vivre, cette légèreté qui confinent à la poésie. On comprend pourquoi, à la lecture de ces planches, le succès fut immédiat ou presque pour le double de papier de Rabagliati...
A ne pas rater.
Vous en avez assez des commémorations de la guerre de 1914 ? Et bien lisez Madame Livingstone de Barly Barruti et de Christophe Cassiau-Haurie, vous découvrirez un aspect méconnu de la grande guerre, celle qui se déroulait au Congo Belge.
Certes, ce n’est pas la première fois que la bande dessinée aborde la guerre de 14 sous d’autres cieux que celui de la Somme (on se souvient de Papeete 1914 de Sébastien Morice et de Didier Quella-Guyot, ou encore La Grippe Coloniale d’Appolo et d’Huo Chao Si- sur l’après guerre dans l’Ile de la Réunion) mais là nous sommes plongés dans la région des Grands Lacs où l’unique mission des hommes de l’armée royale belge est de couler un cuirassé allemand (lisez le dossier en fin d’album, et vous découvrirez l’étonnant destin de ce navire de guerre).
Sur une idée d'Appolo (tiens, tiens, le revoilà !), ce récit nous retrace l’histoire d’un aviateur, Gaston Mercier, pris entre son engagement militaire et son amitié pour le fameux « Madame Livingstone », son fixeur, comme on dit dans l’armée, métis de surcroit et se disant fils du grand explorateur.
Entre absurdité de cette guerre entre troupes coloniales, humanisme, et bravoure militaire se glisse une amitié profonde entre ces deux personnages ; parfaitement mis en image par Barly Baruti ; le tout avec des paysages du Tanganyika.
Malgré une édition dans un format plus réduit que les albums Glénat habituels, la force du dessin reste puissante. Même dans les scènes nocturnes, le dessin est précis, parfaitement maitrisé et d’une grande beauté. Quelques pleines pages viennent renforcer, pour ceux qui en doutaient encore, le talent du dessinateur.
Cet album mérite donc toute votre attention, tant par le thème retenu, que par le dessin qui, pour ma part, m’a littéralement bluffé.
Une véritable bouffée d’air frais dans une période estivale de grand calme éditorial.
Je découvre cet été 2014 l'oeuvre de Jean-Claude Denis, avec deux albums, ces Quelques mois à l'Amélie et Zone blanche.
Celui-ci me plaît peut-être encore davantage que le second, même si les deux sont des coups de coeur.
On y suit Aloys Clark, un auteur en plein spleen, complètement à sec, n'arrivant plus à écrire une ligne et qui retrouve un jour, en mettant un peu d'ordre dans sa bibliothèque, un livre qu'il n'a jamais lu et qu'il ignorait posséder. "Le Coucou", d'un certain Dorian.
Ce roman étrange raconte les pérégrinations de son auteur, imposteur et série et jouisseur funambule. Clark décide de suivre ses pas, à la fois dans les lieux qu'il a fréquentés et dans son jeu de l'imposture, pour tenter de retrouver l'inspiration.
Cette quête hasardeuse l'amènera à des rencontres qu'il n'avait pas du tout prévues.
Le dessin de Denis, qu'on pourrait qualifier de ligne claire adulte, rappelle Martin Veyron, Gibrat ou Giardino. Le découpage est sage et classique, mais c'est surtout le sens de l'histoire, la qualité des personnages, en un mot le talent de novelliste de Denis qui séduit.
La BD est ici tout entière au service du récit. Non pas que le dessin soit faible, mais il est tout entier au service du propos.
Un auteur justement récompensé à Angoulême.
Une fois lancé dans cette histoire, j'ai foncé tête baissée. J'avais d'abord hésité parce que ça parlait encore de pirates, et les pirates, j'en avais un peu marre. Mais comme mon pote de la Fnac m'a prêté les albums, je m'y suis mis, et finalement je n'ai pas regretté. Je me méfiais aussi de Dufaux qui ces derniers temps m'avait tant déçu avec des séries comme Conquistador (Glénat), Croisade, Ombres ou Jaguar... Sa préface m'a un peu rassuré, il y dévoile sa passion pour un certain cinéma hollywoodien que j'ai moi aussi aimé, surtout son attirance envers Errol Flynn (que je partage) ; le personnage du capitaine Flynn est donc un joli clin d'oeil.
Dufaux renouvelle les histoires de pirates par un côté plus moderne et surtout plus sanglant, on y sent l'influence des films Pirates des Caraïbes (ce n'est pas forcément une bonne référence), on n'est donc plus dans Barbe-Rouge qui pour son époque, restait tout de même la référence en la matière. Ici, la violence, l'érotisme, le sang occupent les pages, et puis surtout, ça ne se réduit pas qu'à des abordages ennuyeux, toute l'action étant pratiquement concentrée sur l'île de Puerto Blanco. Dufaux revisite le genre de belle façon, avec une intrigue qui ressemble un peu à Captain Blood, un des plus célèbres films d'Errol Flynn.
Si je marche allègrement dans cette histoire, c'est non seulement pour cette relecture plus spectaculaire, mais aussi pour le dessin de Jérémy, un trait superbe, bien maîtrisé, envoûtant, précis, qui possède une évidente ressemblance avec celui de Delaby.
Hélas, Dufaux n'est pas fidèle à sa promesse de triptyque qu'il annonce dans sa préface du tome 1, l'aventure s'étire, ça sent la récup commerciale alors que les 3 premiers tomes se tiennent bien ; il y a des flash-back importants qui permettent de mieux comprendre les enjeux de cette aventure aux nombreux rebondissements.
Il y a aussi des incohérences : dans ce siècle dominé par les hommes, et même s'il y a eu des cas de femmes pirates, un poste de gouverneur tenu par une femme, même d'une île-repaire de pirates, ce n'est guère crédible. Même chose pour Ferrango : je doute qu'un marchand d'esclaves de sa trempe devienne le jouet des caprices de son ancienne esclave..
A part ces détails, il n'y a pas d'intervention directe du fantastique sur l'histoire comme Dufaux aime souvent à le faire, c'est déjà ça, et ça reste une bonne série de détente vers laquelle je peux lever l'ancre sans regrets.
Encore une série sur la guerre de 14-18, encore une série avec des avions... oui mais voila, voici l'exception qui confirme la règle, il se trouve que j'apprécie tout ce qui touche la "Grande guerre", et l'aviation de chasse de cette époque est plus attirante pour moi que celle de la Seconde guerre mondiale. Ces duels aériens, ces biplans, ces questions d'honneur, ces raids meurtriers m'ont toujours fasciné, même si je conçois qu'à la longue, ça peut sembler monotone, c'est pourquoi il faut en user avec parcimonie ; et ici, les auteurs ne se concentrent pas que là-dessus. Les scènes au sol, les relations entre les personnages, notamment avec les femmes, ont aussi leur place. On y voit aussi quelques images toujours aussi atroces dans les tranchées.
Ce qui m'a attiré en premier, c'est tout d'abord le dessin, dès que j'ai feuilleté en bibliothèque le tome 1, j'ai tout de suite été émerveillé par le talent graphique de ce dessinateur que je ne connaissais pas ; c'est tout simplement somptueux, la façon qu'il a de reproduire des séquences aériennes de façon très cinématographique, qui plus est dans de grandes cases, avec des plans vertigineux ébouriffants et des cadrages appropriés, c'est magnifique, et ça m'a beaucoup rappelé un très beau film hollywoodien de 1966, le Crépuscule des Aigles (The Blue Max), qui reste le prototype des films sur l'aviation de chasse allemande.
Malgré quelques cases que je n'ai pas bien compris, cette série se révèle excellente, elle ne vise pas l'aspect historique parfait et méticuleux, mais se sert du contexte pour offrir une histoire bien écrite et plaisante à lire.
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Storm Dogs
Je ne pense pas prendre beaucoup de risques en « boostant » Storm Dogs , j’ai trouvé ce premier tome de SF excellent. Le monde mis en place par les auteurs est débordant d’imagination, on retrouve sur Amarante, planète située aux confins de la civilisation, une faune et une flore très riches et très étonnantes. Une colonie terrienne peuplée d’aventuriers exploite le sous-sol de la lointaine planète. Le scénario est solide et prenant, l’histoire débute avec une enquête policière orchestrée par le pouvoir central mais on bascule assez vite vers le fantastique, Amarante recèle de lourds secrets que les auteurs nous dévoilent pour l’instant à dose homéopathique. Une histoire assez fouillée qui demande un minimum de concentration, néanmoins la lecture est passionnante. Le dessin est très bien travaillé, les couleurs sont étonnantes mais l’ensemble est original et agréable. La BD est munie d’un addendum expliquant de façon assez détaillée les caractéristiques des différents protagonistes, comme quoi les auteurs prennent à cœur le jeu des personnages.
Kiki de Montparnasse
Je m’attendais à trouver un récit austère et limite larmoyant avec ce sujet. J’ai trouvé tout le contraire. Les auteurs parviennent à rendre très vivante cette biographie d’une des plus grandes égéries de l’entre-deux-guerres. Le trait est alerte, vif, et les dialogues sont spontanés et sonnent juste. Pourtant, de biographie il est bien question puisque l’on suivra Kiki de sa naissance jusqu’à sa mort. Mais le récit est très vivant, jamais lourd… parfois un peu longuet et répétitif mais ces deux petits reproches n’en sont pas vraiment puisqu’ils permettent au lecteur que je suis de mieux appréhender encore la trajectoire de cette sulfureuse personne. Après La Casati - la Muse égoïste et Violette Nozière Vilaine chérie, c’est le troisième portrait de femme en quête d’admiration (et qui auraient pu se croiser dans la vie réelle puisque toutes trois furent actives dans l’entre-deux-guerres) que je lis. Les similitudes entre elles sont nombreuses (mœurs libérées, besoin de reconnaissance, destin tragique) mais Kiki est celle qui m’est apparue comme la plus sympathique, celle qui me semble s’être le mieux acceptée. Et le mérite en revient certainement aux auteurs. Par ailleurs, cette biographie est un bon prétexte pour nous replonger dans les milieux artistiques de l’époque puisque le modèle croisera plus d’un artiste notoire. Un chouette album, définitivement, pour un personnage que j’ai trouvé attachant et détestable à la fois, extrême dans ses choix de vie mais cohérente avec elle-même.
La Cuisine de Mamette
L’exercice ne me semblait pas évident de prime abord et le risque de tomber sur une œuvre finalement plus commerciale qu’artistique me semblait grand. Pourtant, Nob relève le défi avec une déconcertante facilité. Les recettes s’intègrent avec naturel au cœur de petites scénettes au ton humoristique et bon enfant des plus sympathiques. Les inconditionnels de la série mère (dont je suis) retrouveront avec plaisir différents personnages au charisme indéniable. Le dessin est toujours aussi rond et expressif. Au final, et alors qu’il aurait pu ne s’agir que d’une manœuvre commerciale surfant sur la vague de la cuisine à toutes les sauces (uh uh, … désolé), cette cuisine de Mamette m’a offert un agréable moment de lecture, des recettes simples et bien expliquées (accessibles aux enfants) et un petit cours de cuisine régionale (à l’occasion).
L'Etranger
Je n'avais qu'un très vague souvenir de ma lecture de ce roman que j'ai lu il y a plus de 20 ans. Pas spécialement attiré par le dessin de Jacques Ferrandez, et pas spécialement fan des adaptations de romans, surtout quand elles sont estampillées "classiques de la littérature", c'est donc avec assez peu de ferveur et pas plus que ça de motivation que je me suis lancé dans cette lecture. Comme quoi, passer au dessus de ses a priori, ça a du bon. Car même si effectivement j'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire, passé l'enterrement de la mère de Meursault (le personnage principal), Ferrandez a réussi à me faire rentrer dans son récit. D'une part, grâce à son dessin tout en aquarelle qui rend à merveille la chaleur écrasante qui domine cette histoire qui se déroule en Algérie, mais aussi grâce à l'histoire écrite par Albert Camus que Ferrandez retranscrit de façon plus que concluante. S'il est difficile de mettre en image et en page un roman, Ferrandez le fait ici avec art et manière, en restant fidèle à ce qui fait l'essence du roman de Camus. C'est donc une bonne surprise et une très bonne lecture que cet album, dont je recommande la lecture, qu'on ait lu ou non le roman de Camus.
Junk
Crépusculaire et violent western, Junk est une vraie réussite. S'appuyant sur l'héritage Spaghetti du cinéma, cette mini série en compile tous les ingrédients pour sortir une histoire passionnante de chasse au trésor réunissant une vieille bande de bandits en prise avec leurs démons intérieurs. Les péripéties s’enchaînent sans fausse note ni manque de rythme jusqu'au final fort et bien amené (à l'exception d'un fait inexpliqué et bien trop mystérieux pour ne pas gêner) qui apportera à chacun des charismatiques personnages une conclusion personnelle contrastée. Une partition quasi impeccable même si je regrette personnellement le dessin, particulier mais jamais dérangeant non plus, permettant au moins une identification claire du fil de l'histoire et des personnages. Pas très fan du style, mais il y a du style, donc c'est déjà suffisant, j'aurais voulu voir ce western croqué par des illustrations plus réalistes pour décrire Junk comme un chef d'oeuvre. Pour le reste, il s'agit assurément d'un des meilleurs récits du genre, à la maîtrise parfaite et autorisant des relectures sans lassitude.
Paul à la campagne
15 ans après, les Editions de la Pastèque rééditent le premier album de Michel Rabagliati, point de départ d'un énorme succès au Québec de celui qui était alors un graphiste qui griffonnait ses histoires à ses moments perdus. Une réédition grand format, en A3, pour profiter au maximum du trait si simple, si naïf, mais si efficace de l'auteur. Car très vite on se laisse prendre dans ces souvenirs au parfum d'authenticité, cette simplicité, cette joie de vivre, cette légèreté qui confinent à la poésie. On comprend pourquoi, à la lecture de ces planches, le succès fut immédiat ou presque pour le double de papier de Rabagliati... A ne pas rater.
Madame Livingstone
Vous en avez assez des commémorations de la guerre de 1914 ? Et bien lisez Madame Livingstone de Barly Barruti et de Christophe Cassiau-Haurie, vous découvrirez un aspect méconnu de la grande guerre, celle qui se déroulait au Congo Belge. Certes, ce n’est pas la première fois que la bande dessinée aborde la guerre de 14 sous d’autres cieux que celui de la Somme (on se souvient de Papeete 1914 de Sébastien Morice et de Didier Quella-Guyot, ou encore La Grippe Coloniale d’Appolo et d’Huo Chao Si- sur l’après guerre dans l’Ile de la Réunion) mais là nous sommes plongés dans la région des Grands Lacs où l’unique mission des hommes de l’armée royale belge est de couler un cuirassé allemand (lisez le dossier en fin d’album, et vous découvrirez l’étonnant destin de ce navire de guerre). Sur une idée d'Appolo (tiens, tiens, le revoilà !), ce récit nous retrace l’histoire d’un aviateur, Gaston Mercier, pris entre son engagement militaire et son amitié pour le fameux « Madame Livingstone », son fixeur, comme on dit dans l’armée, métis de surcroit et se disant fils du grand explorateur. Entre absurdité de cette guerre entre troupes coloniales, humanisme, et bravoure militaire se glisse une amitié profonde entre ces deux personnages ; parfaitement mis en image par Barly Baruti ; le tout avec des paysages du Tanganyika. Malgré une édition dans un format plus réduit que les albums Glénat habituels, la force du dessin reste puissante. Même dans les scènes nocturnes, le dessin est précis, parfaitement maitrisé et d’une grande beauté. Quelques pleines pages viennent renforcer, pour ceux qui en doutaient encore, le talent du dessinateur. Cet album mérite donc toute votre attention, tant par le thème retenu, que par le dessin qui, pour ma part, m’a littéralement bluffé. Une véritable bouffée d’air frais dans une période estivale de grand calme éditorial.
Quelques Mois à l'Amélie
Je découvre cet été 2014 l'oeuvre de Jean-Claude Denis, avec deux albums, ces Quelques mois à l'Amélie et Zone blanche. Celui-ci me plaît peut-être encore davantage que le second, même si les deux sont des coups de coeur. On y suit Aloys Clark, un auteur en plein spleen, complètement à sec, n'arrivant plus à écrire une ligne et qui retrouve un jour, en mettant un peu d'ordre dans sa bibliothèque, un livre qu'il n'a jamais lu et qu'il ignorait posséder. "Le Coucou", d'un certain Dorian. Ce roman étrange raconte les pérégrinations de son auteur, imposteur et série et jouisseur funambule. Clark décide de suivre ses pas, à la fois dans les lieux qu'il a fréquentés et dans son jeu de l'imposture, pour tenter de retrouver l'inspiration. Cette quête hasardeuse l'amènera à des rencontres qu'il n'avait pas du tout prévues. Le dessin de Denis, qu'on pourrait qualifier de ligne claire adulte, rappelle Martin Veyron, Gibrat ou Giardino. Le découpage est sage et classique, mais c'est surtout le sens de l'histoire, la qualité des personnages, en un mot le talent de novelliste de Denis qui séduit. La BD est ici tout entière au service du récit. Non pas que le dessin soit faible, mais il est tout entier au service du propos. Un auteur justement récompensé à Angoulême.
Barracuda
Une fois lancé dans cette histoire, j'ai foncé tête baissée. J'avais d'abord hésité parce que ça parlait encore de pirates, et les pirates, j'en avais un peu marre. Mais comme mon pote de la Fnac m'a prêté les albums, je m'y suis mis, et finalement je n'ai pas regretté. Je me méfiais aussi de Dufaux qui ces derniers temps m'avait tant déçu avec des séries comme Conquistador (Glénat), Croisade, Ombres ou Jaguar... Sa préface m'a un peu rassuré, il y dévoile sa passion pour un certain cinéma hollywoodien que j'ai moi aussi aimé, surtout son attirance envers Errol Flynn (que je partage) ; le personnage du capitaine Flynn est donc un joli clin d'oeil. Dufaux renouvelle les histoires de pirates par un côté plus moderne et surtout plus sanglant, on y sent l'influence des films Pirates des Caraïbes (ce n'est pas forcément une bonne référence), on n'est donc plus dans Barbe-Rouge qui pour son époque, restait tout de même la référence en la matière. Ici, la violence, l'érotisme, le sang occupent les pages, et puis surtout, ça ne se réduit pas qu'à des abordages ennuyeux, toute l'action étant pratiquement concentrée sur l'île de Puerto Blanco. Dufaux revisite le genre de belle façon, avec une intrigue qui ressemble un peu à Captain Blood, un des plus célèbres films d'Errol Flynn. Si je marche allègrement dans cette histoire, c'est non seulement pour cette relecture plus spectaculaire, mais aussi pour le dessin de Jérémy, un trait superbe, bien maîtrisé, envoûtant, précis, qui possède une évidente ressemblance avec celui de Delaby. Hélas, Dufaux n'est pas fidèle à sa promesse de triptyque qu'il annonce dans sa préface du tome 1, l'aventure s'étire, ça sent la récup commerciale alors que les 3 premiers tomes se tiennent bien ; il y a des flash-back importants qui permettent de mieux comprendre les enjeux de cette aventure aux nombreux rebondissements. Il y a aussi des incohérences : dans ce siècle dominé par les hommes, et même s'il y a eu des cas de femmes pirates, un poste de gouverneur tenu par une femme, même d'une île-repaire de pirates, ce n'est guère crédible. Même chose pour Ferrango : je doute qu'un marchand d'esclaves de sa trempe devienne le jouet des caprices de son ancienne esclave.. A part ces détails, il n'y a pas d'intervention directe du fantastique sur l'histoire comme Dufaux aime souvent à le faire, c'est déjà ça, et ça reste une bonne série de détente vers laquelle je peux lever l'ancre sans regrets.
Le Pilote à l'Edelweiss
Encore une série sur la guerre de 14-18, encore une série avec des avions... oui mais voila, voici l'exception qui confirme la règle, il se trouve que j'apprécie tout ce qui touche la "Grande guerre", et l'aviation de chasse de cette époque est plus attirante pour moi que celle de la Seconde guerre mondiale. Ces duels aériens, ces biplans, ces questions d'honneur, ces raids meurtriers m'ont toujours fasciné, même si je conçois qu'à la longue, ça peut sembler monotone, c'est pourquoi il faut en user avec parcimonie ; et ici, les auteurs ne se concentrent pas que là-dessus. Les scènes au sol, les relations entre les personnages, notamment avec les femmes, ont aussi leur place. On y voit aussi quelques images toujours aussi atroces dans les tranchées. Ce qui m'a attiré en premier, c'est tout d'abord le dessin, dès que j'ai feuilleté en bibliothèque le tome 1, j'ai tout de suite été émerveillé par le talent graphique de ce dessinateur que je ne connaissais pas ; c'est tout simplement somptueux, la façon qu'il a de reproduire des séquences aériennes de façon très cinématographique, qui plus est dans de grandes cases, avec des plans vertigineux ébouriffants et des cadrages appropriés, c'est magnifique, et ça m'a beaucoup rappelé un très beau film hollywoodien de 1966, le Crépuscule des Aigles (The Blue Max), qui reste le prototype des films sur l'aviation de chasse allemande. Malgré quelques cases que je n'ai pas bien compris, cette série se révèle excellente, elle ne vise pas l'aspect historique parfait et méticuleux, mais se sert du contexte pour offrir une histoire bien écrite et plaisante à lire.