Cette BD est une plongée au "bon vieux temps des colonies", mais pas forcément au sens ou l'entendait Jules FERRY c'est à dire avec la volonté d'apporter la civilisation chez les "bons sauvages". Non ici il s'agit d'un temps ou les Européennes allaient piller sans vergogne les ressources de l'Afrique en n'hésitant pas à exterminer les populations locales, et en masse.
Epris par le gout de l'aventure et par l'envie de prendre le grand large MARLOW se porte volontaire pour se rendre au Congo du Roi des Belges Léopold. Sa mission: essayer de remettre de l'ordre dans un comptoir perdu au cœur de la forêt dirigé par un mystérieux KURTZ dont on ne connait pas grand-chose.
Bien sur rien ne se passe comme prévu et parvenir à ce fameux comptoir tourne au calvaire. MARLOW prend très vite la mesure du traitement infligé aux populations indigènes par les colonisateurs: un traitement inhumain fait de brimades, de remontrances et d'humiliations quotidiennes. Difficile dans ces conditions d'éprouver la moindre sympathie pour ceux qui pillent allègrement les ressources locales et notamment l'ivoire.
Et puis il y a la rencontre avec KURTZ, celui dont on ne voit jamais le visage, celui qui semble agoniser mais qui a conquis la confiance et l'estime des populations locales; un KURTZ dont on se demande s'il est vraiment réel ou s'il n'est pas la métaphore des noirceurs de l'âme humaine contenue en chacun de nous avec également ses bons côtés. Après l'adaptation du "joueur" de Dostoïevski, MIQUEL et GODART récidivent à nouveau sur le terrain de l'adaptation littéraire en bande dessinée. A lire avant de se plonger dans le roman de CONRAD.
Je suis reconnaissant à Emmanuel Lepage d’avoir publié cet ouvrage sur une région du monde dont je ne me souviens pas avoir vu aucun reportage. En effet, ces confettis d’empire rocailleux quasiment inhabitables, perdus aux confins de l’Océan indien, intéressent peu… Et pourtant… L’auteur nous ouvre généreusement la route vers un monde méconnu, indomptable et mystérieux, dont les secrets ne se révèlent que dans un silence millénaire où l’homme ne semble pas avoir sa place. Seuls ceux qui savent rester humbles devant cette immensité auront peut-être une chance d’avoir accès à ces secrets gardés par les géants couchés de Kerguelen… Kerguelen et son arche incroyable, ou ce qu’il en reste, immense porte vers le merveilleux… Lepage, lui, a su rester modeste devant la force des éléments qui l’ont forcé à dessiner dans l’urgence, et les planches en sont peut-être encore plus belles dans leur fragilité. D’un point de vue graphique, c’est une réussite. En noir et blanc ou en couleur, les aquarelles sont splendides, c’est de l’art dans le vrai sens du terme, qui fait que l’artiste devient chamane et sait s’effacer devant son œuvre. Mais devant cette nature à la fois omniprésente et menaçante, au milieu de ces solitudes arides et glaciales, les minuscules humains deviennent un réconfort, et l’on se rend compte que le mot fraternité prend ici tout son sens. L’auteur a su ainsi rendre hommage à ces hommes et femmes, membres d’équipage, marins, scientifiques ou cuisiniers, dont les conditions de vie peuvent s’avérer rudes, avec des portraits plein d’empathie et de respect.
Il ne faut pas être pressé pour lire ce carnet de voyage. C’est une expérience étrange et fascinante, hors du temps, parfois émouvante, par exemple lors de l’apparition d’une aurore australe magnifiquement représentée par l’artiste. Emmanuel Lepage est parvenu à nous immerger dans ce monde aux frontières de la civilisation, nous offrant un petit bol d’air loin du tumulte des humains, là où les heures et les jours s’égrènent beaucoup plus lentement, où la contemplation est de mise. Ce sont ainsi nos lectures d’enfance qui reviennent en surface, Hergé avec Tintin évidemment, mais aussi Jules Verne, Stevenson, Frison-Roche ou encore Maurice Herzog, ces derniers aventuriers de l’ère moderne (j’entends par là non équipés de GPS).
J'ai préféré Un Printemps à Tchernobyl , mais ce one-shot est de très bonne tenue tout de même !
Le Ventre de la Hyène fait partie de ces bandes dessinées qui vous filent un coup de poing en pleine face.
Une histoire d'enfant soldat. Histoire au sens large, le récit montre le cheminement de Talino, son passé, sa vie, sa famille et les rencontres qui laisseront une marque profonde en lui.
Les guerres de clans, la manipulation des esprits en entretenant les espoirs et les désillusions des gosses perdus. Ceux qui rêvent d'un monde meilleur, qui permettrait d'envisager un avenir. C'est par la violence qu'il semble le plus simple de l'obtenir...
L'inéluctable l'amène à sombrer dans une violence où les limites semblent ne pas exister.
Le scénario est ultra dynamique, pas le temps de souffler. Le trait précis, incisif et tranchant d'Alliel et la colorisation de Facio viennent soutenir le propos de Clément Balou.
Une BD coup de poing.
L’adolescence est un vaste débat. Déjà parce qu’il s’agit d’une période particulière que tout le monde vit de façon très brutale ou effacée mais toujours très personnelle.
Après parce qu’on n’en sort jamais réellement de ce douloureux passage de l’enfance à l’age adulte (j’en suis un bel exemple ;) ).
Enfin parce que toutes les œuvres consacrées à l’adolescence sont toujours passionnantes à mes yeux et riches d’instructions.
Après avoir refermé Vacuum du méconnu mais talentueux Lukas Jüliger, on se remémore forcément certaines images imprimées à vie sur nos rétines de Virgin Suicides, Donnie Darko (encore et toujours ce film) sans oublier Elephant de Gus Van Sant.
Malgré les nombreuses références évoquées (Vacuum pourrait être effectivement une adaptation littéraire de Donnie Darko et de son apocalypse en compte à rebours), le présent bouquin n’est pas un plagiat de plus mais possède sa propre identité s’affranchissant tour à tour de ses références par un univers qui lui est propre et distinct.
Aidé par un dessin tout en substances et en douceurs tirant vers le beige et le gris, on nous prend par la main sans brusquer les choses, aidé il est vrai par un rythme calme et précédant la tempête qu’on nous promet en fin d’ouvrage (il s’agit de relater la dernière semaine avant la fin du monde chapitrée par les jours). Quelques vignettes sont tout à fait sublimes et évoquent autant la contemplation que la mélancolie qui habite chaque page comme chaque cœur de nos jeunes protagonistes.
Car l’auteur n’a pas son pareil pour dépeindre une révolte passive mais bien présente. Les « héros » déjà n’ont pas de prénom afin de mieux s’en identifier à part Sho qui a trop abusé de drogues et s’invente un monde alternatif dont lui seul possède les clés d’entrée comme de sortie.
A côté de cela une histoire d’amour perturbée et complexe s’installe entre le narrateur et la « girl next door » qui lui ouvrira certaines voix de perception rajoutant un peu de fantastique et surtout de poésie par petites touches là où Charles Burns cherchait à installer un électrochoc « cronenbergien » avec les mutants isolés de Black Hole.
Ici les actes violents sont évoqués et effleurés là où le duo Mezzo/Pirus usait et abusait d’ironie et de provocation dans le Roi des Mouches.
On peut trouver l’histoire immobile mais son côté figé amène une véritable progression sur l’ensemble des personnages dont on pourra comprendre leur passé dans une narration complètement maîtrisée de l’auteur.
Les ellipses peuvent paraître brutales mais l’ensemble est d’une telle cohérence et évidence au final qu’il est difficile de ne pas y adhérer pour peu que l’on soit sensible au sujet.
Le choc ressenti à la fin de l’ouvrage découle même d’une logique implacable là où tout parait flotter et donne envie de s’y replonger plus tard, le cœur un peu plus vide des sensations évoquées.
Il s’agit surement d’un des plus beaux romans graphiques que Rackham nous fait l’honneur d’éditer dans un format approprié sur un papier de qualité. Difficile de résister à ces jolis dessins au contenu finalement pas si anodin.
Un très chouette album qui nous emmène là où on ne s’y attend pas du tout avec du suspense, du mystère et des scènes bien cocasses.
Les protagonistes sont attachants et ont de la personnalité, révélant leur humanité au fur et à mesure du récit.
Pour ce qui est de l’histoire, je dois dire qu’elle n’est pas super crédible surtout en ce qui concerne François le gynécologue qui est prêt à faire tout et n’importe quoi pour une jolie inconnue et les situations sont quand même un peu tirées par les cheveux mais c’est tellement bien écrit/maîtrisé qu’on se prête au jeu sans se soucier de la vraisemblance de l’histoire.
Le dessin est spécial, on aime ou pas, il peut rebuter au premier abord mais il faut savoir passer le cap au risque de vraiment rater un très bon moment de lecture.
Comme le suggère le titre de cet album, il est question de ce passé rêvé auquel on se raccroche souvent pour oublier un mal-être trop présent. Cette BD road-moviesque raconte comment un homme (Giovanni) va profiter de la mort de son père pour obliger son frère aîné (Fabio) à la confrontation, après des années d’exil et de silence. Au début, l’aîné passe pour le salaud, celui qui a laissé derrière toute sa famille et son Italie natale pour réaliser ses rêves de voyage, sans donner aucun signe de vie… mais au fil des pages, le lecteur comprendra que les choses ne sont pas aussi simples, que les petites histoires sont souvent mises à mal par la grande Histoire, et que même chez un macho comme Fabio, les failles intérieures ne peuvent jamais longtemps être dissimulées…
Par l’entremise d’un graphisme aux allures poétiques, le récit est traversé par une douce nostalgie, contrastant avec les sentiments violents qui habitent les personnages. Alfred m’avait déjà bluffé avec Le Désespoir du Singe, par sa faculté à poser des ambiances par le jeu des couleurs. Représentées telles des fresques naïves aux teintes chatoyantes, les Alpes et l’Italie évoquent les voyages de l’enfance, suscitant un certain émerveillement, par ailleurs renforcé par la présence de la petite Fiat 500. L’auteur semble à l’aise dans des styles différents même si certaines mauvaises langues en concluront peut-être qu’il n’en a pas. Son trait au contraire respire la liberté, se veut plus stylisé que dans Le Désespoir, encore plus zen dans les interludes consacrés au passé des personnages où seules interviennent trois couleurs désaturées, soulignant cette quête du retour aux sources et ses corolaires, pureté des sentiments et sérénité.
Chacun pourra se retrouver d’une façon ou d’une autre dans cette intrigue familiale tumultueuse non exempte d’émotion. Une intrigue qui prend son temps pour exposer la psychologie de ses personnages – qui conduisent une Fiat 500 et non une Ferrari ! - avec des rencontres imprévues et anecdotiques mais toujours porteuses de sens, qui influeront les deux frères de façon plus ou moins consciente pour le dénouement de l’histoire. La narration souffre parfois d’imprécisions (je n’ai pas compris si Giovanni habitait en France ou en Italie), et aurait gagné à être un peu plus ramassée, mais ce bémol ne suffira pas à en déconseiller la lecture, bien au contraire.
(Avertissement : j'accorde toujours plus d'importance au scénario qu'au dessin)
Dans un futur proche, un ancien capitaine d’armée ukrainien, à la retraite (mais encore plutôt jeune et bien conservé, hein, faut bien justifier les scènes d’action), doit retrouver son volage voyageur frère pour toucher l’héritage de leur mère.
Et là, c’est le début des emmerdes. Mais Vlad se fera aussi des amis et des amours, ça compense, on connait la chanson.
Notre ex-militaire se retrouve embringué dans un énorme complot, mettant en scène les présidents des plus grandes nations (avec un gros clin d’œil à notre Schwarzy international puis Georges W.B.).
Ne nous y trompons pas, l’histoire est bien foutue, tout cela est tendu et j’ai pris un vrai plaisir à avaler ces sept tomes. J’ai trouvé les deux albums se déroulant dans la Zone Rouge (3 & 4) un peu longs pour ce qu’ils apportent (j’en veux pour preuve qu’il n’en est même pas fait mention dans le résumé au début du tome 5, juste un laconique "après de nombreuses péripéties…").
Dans les reproches, je dirai aussi que ces 7 albums sont censés constituer un cycle : moi je veux bien, mais avec leur tendance à nous mettre des cycles de partout, histoire de rassurer l’acheteur sur une fin promise, les éditeurs veulent nous faire avaler quelques couleuvres. Car pour moi nous sommes ici en présence d’une série clairement pas finie, et vu que l’album 7 date de 2006, je ne sais pas si nos auteurs envisagent de continuer. J’aurais pourtant bien aimé qu’ils nous fassent une belle anticipation de cet avenir entrevu.
Ou alors, si la série est finie, il faut qu’on imagine nous-mêmes ce qui peut arriver dans ce monde proposé. Dans ce cas, autant que je me lance dans la scénarisation de BD ou romans.
Je suis aussi très dubitatif, dans les dernières vignettes du dernier tome, quant à l’attitude de Vlad envers Manta, [(gâcheur) au vu des horreurs qu’elle a commises].
Mais soyons clair, ces défauts ne m’ont pas empêché de prendre un vrai grand plaisir de lecture, j’ai dévoré cette saga, je tiens à le dire.
J’ai adoré le dessin avec des visages expressifs au possible, des arrière-plans somptueux, des détails enchanteurs.
Une réussite.
14 / 20
Une très bonne série qui mélange habilement le fantastique et des faits historiques (guerre des Prussiens contre les Français, la Commune de Paris,...) de manière ludique, concrète et sans prise de tête.
C'est remarquable de la part de Dufaux car il arrive à rendre le récit captivant du début à la fin sans nous perdre dans les méandres du conflit franco/prussien. J'ai dévoré la série d'une traite!
Faut dire aussi que l'ambiance générale est fort réussie, c'est assez glauque, voire morbide avec cette Mort qui tourne autour des différents protagonistes, bien décidée à se rassasier de toute cette misère.
Au final, il y a toute une symbolique derrière cette intrigue très riche qui mérite franchement une certaine attention de la part du lecteur.
Les dessins de Jamar sont au top, il a le soucis du détail, c'est très recherché au niveau des décors, costumes, visages et la qualité reste constante tout au long de l'aventure.
A découvrir ou redécouvrir.
Aïe aïe aïe, voici une série méconnue qui pourtant, malgré quelques dialogues parfois un peu maladroits, vaut franchement le détour.
Entre New-York et Bangkok, l’agent Martin Penn fera tout pour retrouver celui qui a décimé sa famille, n’hésitant pas à s’abandonner, à ses risques et périls aux effets pervers de l’opium.
Complots, meurtres, têtes coupées, vieille légende, actions à gogo font partie du programme et je peux vous dire qu'on ne s'emmerde pas.
Cette BD réalisée par 2 auteurs italiens que je ne connaissais pas, s’avère finalement être d’un bon niveau, tant au niveau des dessins en couleurs directes assez douces (ça change des couleurs informatiques qui piquent aux yeux) que de l’intrigue.
Le scénariste nous concocte une histoire de vengeance somme toute assez conventionnelle, mais terriblement cruelle, attrayante et sans détour.
Seul petit bémol : La dernière case à la fin qui m’a semblé bizarre avec une pirouette un peu légère…
Je n'ai encore lu que très peu des albums de Frederik Peeters, mais je dois avouer que ce qu'il fait ne me laisse pas insensible, même si je n'ai pas forcément été convaincu par tout. Comme le souligne PAco, c'est dans son exploration de l'âme humaine qu'il semble faire ses histoires, et là encore, avec Aâma, il propose un récit de très haut niveau.
Dans Lupus il donnait plutôt l'impression de ne pas y toucher, mais dans cette nouvelle série la science-fiction, et plus précisément la planet fantasy, sert de cadre à sa réflexion. Déployant une faune et une flore réellement enchanteresses, il nous propose donc un voyage aux confins de la galaxie et de l'âme humaine. Avec cette dimension sociale et cette exploration des peurs et des sentiments les plus intimes, il y a là de quoi faire une oeuvre incontournable.
Et force est de dire qu'après deux tomes, le contrat est rempli, ou du moins en passe de l'être. Les personnages gardent un peu leur part d'ombre, le voyage est dépaysant et excitant, et l'Helvète se révèle diabolique dans sa manipulation. La fin du second tome me laisse terriblement frustré. La lecture du troisième apporte des réponses aux questions, mais il semble être un tome de transition, sans grande avancée dans l'intrigue principale.
Son dessin ne cesse de progresser, il atteint ici un niveau de finesse, de pureté et d'efficacité qui lui font approcher certains maîtres. Jacobs n'est pas loin, et Moebius non plus.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Au coeur des ténèbres
Cette BD est une plongée au "bon vieux temps des colonies", mais pas forcément au sens ou l'entendait Jules FERRY c'est à dire avec la volonté d'apporter la civilisation chez les "bons sauvages". Non ici il s'agit d'un temps ou les Européennes allaient piller sans vergogne les ressources de l'Afrique en n'hésitant pas à exterminer les populations locales, et en masse. Epris par le gout de l'aventure et par l'envie de prendre le grand large MARLOW se porte volontaire pour se rendre au Congo du Roi des Belges Léopold. Sa mission: essayer de remettre de l'ordre dans un comptoir perdu au cœur de la forêt dirigé par un mystérieux KURTZ dont on ne connait pas grand-chose. Bien sur rien ne se passe comme prévu et parvenir à ce fameux comptoir tourne au calvaire. MARLOW prend très vite la mesure du traitement infligé aux populations indigènes par les colonisateurs: un traitement inhumain fait de brimades, de remontrances et d'humiliations quotidiennes. Difficile dans ces conditions d'éprouver la moindre sympathie pour ceux qui pillent allègrement les ressources locales et notamment l'ivoire. Et puis il y a la rencontre avec KURTZ, celui dont on ne voit jamais le visage, celui qui semble agoniser mais qui a conquis la confiance et l'estime des populations locales; un KURTZ dont on se demande s'il est vraiment réel ou s'il n'est pas la métaphore des noirceurs de l'âme humaine contenue en chacun de nous avec également ses bons côtés. Après l'adaptation du "joueur" de Dostoïevski, MIQUEL et GODART récidivent à nouveau sur le terrain de l'adaptation littéraire en bande dessinée. A lire avant de se plonger dans le roman de CONRAD.
Voyage aux îles de la Désolation
Je suis reconnaissant à Emmanuel Lepage d’avoir publié cet ouvrage sur une région du monde dont je ne me souviens pas avoir vu aucun reportage. En effet, ces confettis d’empire rocailleux quasiment inhabitables, perdus aux confins de l’Océan indien, intéressent peu… Et pourtant… L’auteur nous ouvre généreusement la route vers un monde méconnu, indomptable et mystérieux, dont les secrets ne se révèlent que dans un silence millénaire où l’homme ne semble pas avoir sa place. Seuls ceux qui savent rester humbles devant cette immensité auront peut-être une chance d’avoir accès à ces secrets gardés par les géants couchés de Kerguelen… Kerguelen et son arche incroyable, ou ce qu’il en reste, immense porte vers le merveilleux… Lepage, lui, a su rester modeste devant la force des éléments qui l’ont forcé à dessiner dans l’urgence, et les planches en sont peut-être encore plus belles dans leur fragilité. D’un point de vue graphique, c’est une réussite. En noir et blanc ou en couleur, les aquarelles sont splendides, c’est de l’art dans le vrai sens du terme, qui fait que l’artiste devient chamane et sait s’effacer devant son œuvre. Mais devant cette nature à la fois omniprésente et menaçante, au milieu de ces solitudes arides et glaciales, les minuscules humains deviennent un réconfort, et l’on se rend compte que le mot fraternité prend ici tout son sens. L’auteur a su ainsi rendre hommage à ces hommes et femmes, membres d’équipage, marins, scientifiques ou cuisiniers, dont les conditions de vie peuvent s’avérer rudes, avec des portraits plein d’empathie et de respect. Il ne faut pas être pressé pour lire ce carnet de voyage. C’est une expérience étrange et fascinante, hors du temps, parfois émouvante, par exemple lors de l’apparition d’une aurore australe magnifiquement représentée par l’artiste. Emmanuel Lepage est parvenu à nous immerger dans ce monde aux frontières de la civilisation, nous offrant un petit bol d’air loin du tumulte des humains, là où les heures et les jours s’égrènent beaucoup plus lentement, où la contemplation est de mise. Ce sont ainsi nos lectures d’enfance qui reviennent en surface, Hergé avec Tintin évidemment, mais aussi Jules Verne, Stevenson, Frison-Roche ou encore Maurice Herzog, ces derniers aventuriers de l’ère moderne (j’entends par là non équipés de GPS). J'ai préféré Un Printemps à Tchernobyl , mais ce one-shot est de très bonne tenue tout de même !
Le Ventre de la Hyène
Le Ventre de la Hyène fait partie de ces bandes dessinées qui vous filent un coup de poing en pleine face. Une histoire d'enfant soldat. Histoire au sens large, le récit montre le cheminement de Talino, son passé, sa vie, sa famille et les rencontres qui laisseront une marque profonde en lui. Les guerres de clans, la manipulation des esprits en entretenant les espoirs et les désillusions des gosses perdus. Ceux qui rêvent d'un monde meilleur, qui permettrait d'envisager un avenir. C'est par la violence qu'il semble le plus simple de l'obtenir... L'inéluctable l'amène à sombrer dans une violence où les limites semblent ne pas exister. Le scénario est ultra dynamique, pas le temps de souffler. Le trait précis, incisif et tranchant d'Alliel et la colorisation de Facio viennent soutenir le propos de Clément Balou. Une BD coup de poing.
Vacuum
L’adolescence est un vaste débat. Déjà parce qu’il s’agit d’une période particulière que tout le monde vit de façon très brutale ou effacée mais toujours très personnelle. Après parce qu’on n’en sort jamais réellement de ce douloureux passage de l’enfance à l’age adulte (j’en suis un bel exemple ;) ). Enfin parce que toutes les œuvres consacrées à l’adolescence sont toujours passionnantes à mes yeux et riches d’instructions. Après avoir refermé Vacuum du méconnu mais talentueux Lukas Jüliger, on se remémore forcément certaines images imprimées à vie sur nos rétines de Virgin Suicides, Donnie Darko (encore et toujours ce film) sans oublier Elephant de Gus Van Sant. Malgré les nombreuses références évoquées (Vacuum pourrait être effectivement une adaptation littéraire de Donnie Darko et de son apocalypse en compte à rebours), le présent bouquin n’est pas un plagiat de plus mais possède sa propre identité s’affranchissant tour à tour de ses références par un univers qui lui est propre et distinct. Aidé par un dessin tout en substances et en douceurs tirant vers le beige et le gris, on nous prend par la main sans brusquer les choses, aidé il est vrai par un rythme calme et précédant la tempête qu’on nous promet en fin d’ouvrage (il s’agit de relater la dernière semaine avant la fin du monde chapitrée par les jours). Quelques vignettes sont tout à fait sublimes et évoquent autant la contemplation que la mélancolie qui habite chaque page comme chaque cœur de nos jeunes protagonistes. Car l’auteur n’a pas son pareil pour dépeindre une révolte passive mais bien présente. Les « héros » déjà n’ont pas de prénom afin de mieux s’en identifier à part Sho qui a trop abusé de drogues et s’invente un monde alternatif dont lui seul possède les clés d’entrée comme de sortie. A côté de cela une histoire d’amour perturbée et complexe s’installe entre le narrateur et la « girl next door » qui lui ouvrira certaines voix de perception rajoutant un peu de fantastique et surtout de poésie par petites touches là où Charles Burns cherchait à installer un électrochoc « cronenbergien » avec les mutants isolés de Black Hole. Ici les actes violents sont évoqués et effleurés là où le duo Mezzo/Pirus usait et abusait d’ironie et de provocation dans le Roi des Mouches. On peut trouver l’histoire immobile mais son côté figé amène une véritable progression sur l’ensemble des personnages dont on pourra comprendre leur passé dans une narration complètement maîtrisée de l’auteur. Les ellipses peuvent paraître brutales mais l’ensemble est d’une telle cohérence et évidence au final qu’il est difficile de ne pas y adhérer pour peu que l’on soit sensible au sujet. Le choc ressenti à la fin de l’ouvrage découle même d’une logique implacable là où tout parait flotter et donne envie de s’y replonger plus tard, le cœur un peu plus vide des sensations évoquées. Il s’agit surement d’un des plus beaux romans graphiques que Rackham nous fait l’honneur d’éditer dans un format approprié sur un papier de qualité. Difficile de résister à ces jolis dessins au contenu finalement pas si anodin.
La Gueule du loup
Un très chouette album qui nous emmène là où on ne s’y attend pas du tout avec du suspense, du mystère et des scènes bien cocasses. Les protagonistes sont attachants et ont de la personnalité, révélant leur humanité au fur et à mesure du récit. Pour ce qui est de l’histoire, je dois dire qu’elle n’est pas super crédible surtout en ce qui concerne François le gynécologue qui est prêt à faire tout et n’importe quoi pour une jolie inconnue et les situations sont quand même un peu tirées par les cheveux mais c’est tellement bien écrit/maîtrisé qu’on se prête au jeu sans se soucier de la vraisemblance de l’histoire. Le dessin est spécial, on aime ou pas, il peut rebuter au premier abord mais il faut savoir passer le cap au risque de vraiment rater un très bon moment de lecture.
Come Prima
Comme le suggère le titre de cet album, il est question de ce passé rêvé auquel on se raccroche souvent pour oublier un mal-être trop présent. Cette BD road-moviesque raconte comment un homme (Giovanni) va profiter de la mort de son père pour obliger son frère aîné (Fabio) à la confrontation, après des années d’exil et de silence. Au début, l’aîné passe pour le salaud, celui qui a laissé derrière toute sa famille et son Italie natale pour réaliser ses rêves de voyage, sans donner aucun signe de vie… mais au fil des pages, le lecteur comprendra que les choses ne sont pas aussi simples, que les petites histoires sont souvent mises à mal par la grande Histoire, et que même chez un macho comme Fabio, les failles intérieures ne peuvent jamais longtemps être dissimulées… Par l’entremise d’un graphisme aux allures poétiques, le récit est traversé par une douce nostalgie, contrastant avec les sentiments violents qui habitent les personnages. Alfred m’avait déjà bluffé avec Le Désespoir du Singe, par sa faculté à poser des ambiances par le jeu des couleurs. Représentées telles des fresques naïves aux teintes chatoyantes, les Alpes et l’Italie évoquent les voyages de l’enfance, suscitant un certain émerveillement, par ailleurs renforcé par la présence de la petite Fiat 500. L’auteur semble à l’aise dans des styles différents même si certaines mauvaises langues en concluront peut-être qu’il n’en a pas. Son trait au contraire respire la liberté, se veut plus stylisé que dans Le Désespoir, encore plus zen dans les interludes consacrés au passé des personnages où seules interviennent trois couleurs désaturées, soulignant cette quête du retour aux sources et ses corolaires, pureté des sentiments et sérénité. Chacun pourra se retrouver d’une façon ou d’une autre dans cette intrigue familiale tumultueuse non exempte d’émotion. Une intrigue qui prend son temps pour exposer la psychologie de ses personnages – qui conduisent une Fiat 500 et non une Ferrari ! - avec des rencontres imprévues et anecdotiques mais toujours porteuses de sens, qui influeront les deux frères de façon plus ou moins consciente pour le dénouement de l’histoire. La narration souffre parfois d’imprécisions (je n’ai pas compris si Giovanni habitait en France ou en Italie), et aurait gagné à être un peu plus ramassée, mais ce bémol ne suffira pas à en déconseiller la lecture, bien au contraire.
Vlad
(Avertissement : j'accorde toujours plus d'importance au scénario qu'au dessin) Dans un futur proche, un ancien capitaine d’armée ukrainien, à la retraite (mais encore plutôt jeune et bien conservé, hein, faut bien justifier les scènes d’action), doit retrouver son volage voyageur frère pour toucher l’héritage de leur mère. Et là, c’est le début des emmerdes. Mais Vlad se fera aussi des amis et des amours, ça compense, on connait la chanson. Notre ex-militaire se retrouve embringué dans un énorme complot, mettant en scène les présidents des plus grandes nations (avec un gros clin d’œil à notre Schwarzy international puis Georges W.B.). Ne nous y trompons pas, l’histoire est bien foutue, tout cela est tendu et j’ai pris un vrai plaisir à avaler ces sept tomes. J’ai trouvé les deux albums se déroulant dans la Zone Rouge (3 & 4) un peu longs pour ce qu’ils apportent (j’en veux pour preuve qu’il n’en est même pas fait mention dans le résumé au début du tome 5, juste un laconique "après de nombreuses péripéties…"). Dans les reproches, je dirai aussi que ces 7 albums sont censés constituer un cycle : moi je veux bien, mais avec leur tendance à nous mettre des cycles de partout, histoire de rassurer l’acheteur sur une fin promise, les éditeurs veulent nous faire avaler quelques couleuvres. Car pour moi nous sommes ici en présence d’une série clairement pas finie, et vu que l’album 7 date de 2006, je ne sais pas si nos auteurs envisagent de continuer. J’aurais pourtant bien aimé qu’ils nous fassent une belle anticipation de cet avenir entrevu. Ou alors, si la série est finie, il faut qu’on imagine nous-mêmes ce qui peut arriver dans ce monde proposé. Dans ce cas, autant que je me lance dans la scénarisation de BD ou romans. Je suis aussi très dubitatif, dans les dernières vignettes du dernier tome, quant à l’attitude de Vlad envers Manta, [(gâcheur) au vu des horreurs qu’elle a commises]. Mais soyons clair, ces défauts ne m’ont pas empêché de prendre un vrai grand plaisir de lecture, j’ai dévoré cette saga, je tiens à le dire. J’ai adoré le dessin avec des visages expressifs au possible, des arrière-plans somptueux, des détails enchanteurs. Une réussite. 14 / 20
Voleurs d'Empires
Une très bonne série qui mélange habilement le fantastique et des faits historiques (guerre des Prussiens contre les Français, la Commune de Paris,...) de manière ludique, concrète et sans prise de tête. C'est remarquable de la part de Dufaux car il arrive à rendre le récit captivant du début à la fin sans nous perdre dans les méandres du conflit franco/prussien. J'ai dévoré la série d'une traite! Faut dire aussi que l'ambiance générale est fort réussie, c'est assez glauque, voire morbide avec cette Mort qui tourne autour des différents protagonistes, bien décidée à se rassasier de toute cette misère. Au final, il y a toute une symbolique derrière cette intrigue très riche qui mérite franchement une certaine attention de la part du lecteur. Les dessins de Jamar sont au top, il a le soucis du détail, c'est très recherché au niveau des décors, costumes, visages et la qualité reste constante tout au long de l'aventure. A découvrir ou redécouvrir.
Les Larmes d'opium
Aïe aïe aïe, voici une série méconnue qui pourtant, malgré quelques dialogues parfois un peu maladroits, vaut franchement le détour. Entre New-York et Bangkok, l’agent Martin Penn fera tout pour retrouver celui qui a décimé sa famille, n’hésitant pas à s’abandonner, à ses risques et périls aux effets pervers de l’opium. Complots, meurtres, têtes coupées, vieille légende, actions à gogo font partie du programme et je peux vous dire qu'on ne s'emmerde pas. Cette BD réalisée par 2 auteurs italiens que je ne connaissais pas, s’avère finalement être d’un bon niveau, tant au niveau des dessins en couleurs directes assez douces (ça change des couleurs informatiques qui piquent aux yeux) que de l’intrigue. Le scénariste nous concocte une histoire de vengeance somme toute assez conventionnelle, mais terriblement cruelle, attrayante et sans détour. Seul petit bémol : La dernière case à la fin qui m’a semblé bizarre avec une pirouette un peu légère…
Aâma
Je n'ai encore lu que très peu des albums de Frederik Peeters, mais je dois avouer que ce qu'il fait ne me laisse pas insensible, même si je n'ai pas forcément été convaincu par tout. Comme le souligne PAco, c'est dans son exploration de l'âme humaine qu'il semble faire ses histoires, et là encore, avec Aâma, il propose un récit de très haut niveau. Dans Lupus il donnait plutôt l'impression de ne pas y toucher, mais dans cette nouvelle série la science-fiction, et plus précisément la planet fantasy, sert de cadre à sa réflexion. Déployant une faune et une flore réellement enchanteresses, il nous propose donc un voyage aux confins de la galaxie et de l'âme humaine. Avec cette dimension sociale et cette exploration des peurs et des sentiments les plus intimes, il y a là de quoi faire une oeuvre incontournable. Et force est de dire qu'après deux tomes, le contrat est rempli, ou du moins en passe de l'être. Les personnages gardent un peu leur part d'ombre, le voyage est dépaysant et excitant, et l'Helvète se révèle diabolique dans sa manipulation. La fin du second tome me laisse terriblement frustré. La lecture du troisième apporte des réponses aux questions, mais il semble être un tome de transition, sans grande avancée dans l'intrigue principale. Son dessin ne cesse de progresser, il atteint ici un niveau de finesse, de pureté et d'efficacité qui lui font approcher certains maîtres. Jacobs n'est pas loin, et Moebius non plus.