Une série qui se passe dans les années 60 et qui rend hommage aux films de gangsters de l'époque écrits par Michel Audiard. Ce n'est pas mon genre de polar français préféré (Audiard écrit bien, mais il ne m'a jamais fait vraiment rigoler et j'aime plus les polars sérieux avec Serrault qu'il a fait à la fin de sa vie), mais ça me fait pas de mal de regarder un film de ce genre de temps en temps.
Ses films sont à l'image de cette BD qui leurs rend hommage: sympathique et divertissant, mais sans plus. Il faut dire qu'au final l'intrigue de ce premier tome est un peu banale et routinière, comme plusieurs films dialogués par Audiard d'ailleurs. Les dialogues pleins d'argot m'ont fait sourire et lorsque je les lisais j'avais carrément les voix des acteurs fétiches d'Audiard dans ma tête. Le personnage principal est attachant et le dessin est pas mal.
En gros, c'est divertissant, mais ça ne m'a pas trop marqué.
En premier lieu, je voudrais dire que je trouve la couverture de cet album tout simplement superbe, énigmatique, envoutante. Difficile de résister à l’achat mais mes attentes s’en retrouvent d’autant plus élevées, et avec elles le risque d’être déçu.
Et c’est un peu ce qui m’est arrivé, car autant je trouve que Philippe Pelaez nous propose un bon récit de science-fiction, autant le style graphique de Guénaël Grabowski m’a plu, autant l’un comme l’autre n’ont pas réussi à me surprendre dès lors que j’aurai entamé ma lecture.
Au niveau du scénario, Pelaez développe un récit assez classique du genre, avec plusieurs sauts temporels et autant de possibilités d’interférer avec le passé ou le futur. Le scénariste maîtrise bien son concept et l’originalité de la construction du récit lui permet de nous égarer dans un premier temps avant de nous donner les clés de l’intrigue. Seule la toute fin du récit demeure une énigme à mes yeux. Plus qu’un récit centré sur l’action, le scénario s’attache surtout à nous décrire un homme, avec ses blessures intimes, ses rêves, ses craintes. Le personnage dispose du charisme suffisant pour porter le récit et le mystère qui entoure certaines scènes nous pousse à poursuivre notre lecture. C’est efficace… pourtant il m’aura manqué quelque chose, ce petit twist original qui transforme un bon récit en un récit marquant.
Au niveau du dessin, Guénaël Grabowski nous livre de belles planches. Son style est assez classique et plaira à un large public. C’est très lisible avec des encrages marqués et une mise en page variée. Les personnages sont bien typés, les décors sont soignés lorsque c’est nécessaire. C’est du bon boulot… mais sans prise de risque. Et la couverture me laissait espérer encore meilleur !
Lecture achevée, je trouve donc qu’il s’agit d’un bon récit, mais trop classique à mon goût, trop mainstream pour vraiment me marquer. Ceci dit, si vous êtes amateurs du genre et pas encore blasés par ce type de concept, c’est un album dont je vous recommande la lecture. C’est vraiment pas mal… mais j’espérais plus !
On ne criera pas au génie mais cette série me semble des plus recommandables dans sa catégorie. Il s’agit de recueils de gags qui forment une histoire suivie. Cette histoire, c’est celle de Chocochat, un chaton qui vit dans un univers semblable au nôtre sauf que les chats y occupent la place de l’homme. Un soir, en revenant de l’école, Chocochat découvre un humain et décide de l’adopter. Il l'emmènera ensuite à l'école puis tentera de lui apprendre à devenir un vrai chat.
Vous l’aurez compris, l’humour réside dans l’inversion des rôles. C’est gentil, sympathique, bourré de bons sentiments, enfantin mais pas infantilisant. Plusieurs gags m’auront fait largement sourire alors que mon grand âge ne me désigne plus vraiment comme le cœur de cible. Bien sûr, on peut regretter l’humour parfois pipi caca (la litière et les crottes se croisent fréquemment) mais, a contrario, je trouve qu’il y a aussi une vraie réflexion sur la place que nous donnons à nos animaux de compagnie, à leur importance et à leurs caractéristiques.
Le dessin va à l’essentiel et convient parfaitement au public visé. C’est très lisible, caricatural et expressif.
A destiner bien entendu prioritairement au public visé (les 6-8 ans).
C’est surtout la première moitié de l’album qui m’a fait l’effet d’une madeleine de Proust. Né en 1968, j’ai en effet été marqué par le développement des jeux d’arcades (j’y ai dépensé quelques sous et heures), puis par celui des premières consoles et du développement des PC (j’allais jouer chez des copains qui en possédaient après mes cours de collège et de lycée).
La période suivante, je la connais d’un peu plus loin. Certes, j’ai joué à certains jeux (combien d’heures passées à jouer à « Pirates » - même s'il n'est pas évoqué ici ?), et je m’y suis remis un tout petit peu avec l’arrivée de mes enfants et celle de la Nintendo DS (et de ses dérivés), en jouant avec eux à Mario Kart. Mais depuis longtemps je m’étais écarté de cet univers, et je ne suis donc pas du tout un « gamer » (désolé Alix !).
Ce qui ne m’empêche pas de conseiller cet album, qui s’adresse bien sûr aux « gamers » actuels, mais aussi et surtout je pense à tous ceux qui veulent comprendre la genèse d’un phénomène de société – et, disons-le, d’un « business » avant tout. Il n’est pas nécessaire d’être passionné ou acteur de ce milieu pour apprécier cette lecture, qui propose une vision historique, avec ses héros, ses entreprises et ses « produits phares ».
La narration est très fluide et parvient très bien à mêler à côtés ludiques et connaissances factuelles (les deux auteurs se mettent en scène, et se retrouvent régulièrement embarqués dans l’univers des jeux qu’ils décrivent).
Vers la fin, quelques réflexions éthiques, sur la place des jeux vidéo dans nos vies, les conséquences de leur « emprise » éventuelle, sont plutôt bienvenues.
Seul le dessin n’est pas trop mon truc (mais il est adapté au sujet et passe bien finalement). En fait, ce sont surtout les personnages (les deux auteurs essentiellement donc) qui me semblent moins bien réussis. Pour ce qui est de l’univers graphique des jeux vidéo, c’est beaucoup mieux réussi, ce qui est l’essentiel ici.
On a donc là une lecture intéressante, où l’on apprend (ou révise) de façon ludique.
Le western revient en force chez les éditeurs ces dernières années, avec plus ou moins de succès. Il est vrai qu’il est difficile de faire preuve d’originalité dans un genre si balisé.
Avec ce « Wanted » on sort globalement satisfait de sa lecture.
Le récit est très rythmé, on ne s’ennuie jamais, et cette histoire de vengeance est plutôt bien menée. L’aspect fantastique n’est pas trop surjoué et passe bien ici, et les personnages principaux sont intrigants.
Il y a quelques petites facilités quand même (le jeune Cheyenne est franchement très doué avec son tomahawk, et les héros, mêmes plombés, s’en sortent miraculeusement). Mais ce western, sans être un must, procure une petite lecture détente agréable.
Nous suivons au plus près dans ce triptyque les combats désespérés de volontaires français de la SS dans les derniers jours d’avril 1945, dans Berlin en ruines démoli par les Soviétiques.
La reconstitution des combats est bien faite, on sent que les auteurs, au scénario et au dessin, maîtrisent leur sujet. C’est forcément dynamique, il n’y a pas de temps mort. Il n’y a d’ailleurs que le temps qui ne meure pas, puisque les uns après les autres disparaissent les soldats que nous croisons.
Sans que nous puissions nous attacher à eux ou en connaitre davantage (à part quelques flash-backs nous informant sur les causes de l’engagement de l’un d’entre eux). Du coup, si l’aspect militaire est bien traité, reste quand même le regret que ne soit évoqué que le courage et le sacrifice de ces Français, en mettant trop en sourdine les côtés nauséabonds de leurs idées (les SS n’étaient pas de simples boy-scouts !). On se trouve ici dans la lignée de certains bouquins d’Erwan Bergot par exemple (pas vraiment ma tasse de thé !).
L’enfer des derniers combats d’arrière-garde à Berlin est bien rendu, aussi par le dessin, très réaliste (un peu figé parfois).
Clairement pour amateurs de reconstitution militaire, mais il manque quand même un contexte et quelques choses pour étoffer les personnages et « l’histoire ».
Économiser sur le plaisir, tu parles d'un placement !
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Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2021. Il a été réalisé par Pascal Rabaté pour le scénario, les dessins, les lavis de gris et de brun, le lettrage. Il s'agit d'une bande dessinée de 134 pages. L'édition Canal BD comprend un cahier supplémentaire de 7 pages, avec une interview de l'auteur et des planches à différents stades réalisation.
Albert et son père flânent dans la grande rue de la cité balnéaire Kertudy, en regardant ce que proposent les différents étals de la brocante. le père s'arrête pour examiner une petite statuette d'un dieu crocodile, mais la repose quand le brocanteur lui indique qu'il s'agit d'un souvenir des colonies. Un peu plus loin, ils s'arrêtent devant un joli meuble. Marius, un type avec un béret, en train de fumer la pipe, leur en propose mille francs. le père commence à marchander : le vendeur se justifie de quatre francs par année, pour un meuble qui date du dix-huitième siècle. le père continue de négocier et ils se mettent d'accord sur cinq cents francs. Ils repartent avec le meuble et le père fait observer à son fils qu'il faut toujours marchander : c'est comme ça qu'on économise et qu'on peut épargner. Ils rentrent jusqu'à la résidence secondaire de la famille et installent le meuble. Les deux enfants plus jeunes finissent d'installer la bâche sur la remorque et la fixer avec des tendeurs. le père et la mère font leur au revoir à Albert, en lui remettant les clés de la maison : il reste encore quelques jours alors que le reste de la famille rentre. Peu de temps après, Édouard passe à vélo pour saluer son ami et s'assurer du départ de ses vieux. Ceux de Francis sont également partis. Les trois amis se retrouvent sur la plage. Édouard propose que le soir ils fassent un sort à la cave de son père. Dans la mesure du raisonnable, ils peuvent lui tirer quatre bouteilles au max, plus, il verrait. Édouard et Francis se mettent à faire une partie de badminton.
Le soir venu, les trois amis viennent de finir leur plat de pâtes et ils terminent la deuxième bouteille. La première était un Morgon la deuxième un Juliénas. Édouard indique qu'il n'a pas fait la différence entre les deux. Albert cherche dans la collection de disque : il en sort un peu déçu car il n'y a que du classique. Francis indique que le lendemain ils pourront aller chez ses parents qui ont des disques de jazz. Ils décident d'aller descendre la troisième bouteille, sur la plage. Ils s'y installent et font un petit feu, avec la mer devant eux, et leur héritage derrière. Ils commencent à faire tourner la bouteille, et ils entendent un bruit derrière eux : des gens qui se tiennent à l'entrée d'une villa, sûrement des résidents. Albert trouve ça bizarre, et il décide d'aller voir. Il se lève et avance vers la villa mais une personne allume sa lampe torche braquée sur lui, puis l'éteint. C'est une jeune femme qui leur demande si elle peut se joindre à eux. Ils acceptent. Elle boit un coup. Ils se présentent. Odette se déshabille pour aller prendre un bain de minuit. Les garçons la rejoignent.
Dès la première page, le lecteur est conquis par la narration visuelle. Une vue en plongée sur la rue principale de Kertudy où se tient la brocante. le dessin est de nature réaliste et descriptif, avec un degré de simplification pour le rendre plus rapidement lisible par l’œil, et des détails marqueurs du lieu et de l'époque. le lecteur peut voir une affiche avec une graphie des années 1960, et des vespasiennes dans le coin en bas à droite de la première case. L'allure d'Albert et son père est étonnante de maintien et d'une forme d'assurance donnant une impression de supériorité, avec leur polo Lacoste immaculé et boutonné jusqu'en haut. Dès le départ, le lecteur ressent visuellement le décalage temporel. Il fait connaissance de Marius, avec sa veste à rayures horizontales et verticales, un béret sur la tête, une pipe et un chandail à col montant : une sorte de beatnik à la française. Les tenues vestimentaires sont encore assez strictes. de temps à autre, le lecteur voit passer un figurant : une femme avec un beau chapeau, un scout de France avec son uniforme caractéristique. Une jeune femme avec une belle robe aux motifs imprimés. Un homme bedonnant se promenant sur la plage avec sa chemise et son pull sans manche. Il en devient presque difficile de croire que Francis ou Edmond puissent porter des teeshirts sans col. L'artiste sait insuffler de la vie et de la personnalité à chaque protagoniste, avec des traits de contour pas forcément jointifs, parfois comme tracés sur le vif. le lecteur ressent leur état d'esprit : l'assurance militaire du père d'Albert, l'assurance très différente de Marius qui donne l'impression d'une étonnante liberté par rapport aux contraintes de la société, les expressions vives d'Albert et de ses amis qui découvrent la vie sans être blasés, les expressions plus ambigües d'Odette dont il n'est pas possible de deviner le fond de sa pensée ou la réalité de ses émotions, etc. Rien qu'à regarder chaque personnage, le lecteur perçoit une partie de son caractère, voit les différences entre l'un et l'autre.
Le lecteur remarque rapidement la qualité de la mise en scène, en particulier au travers des scènes de dialogue où le bédéiste ne se contente pas d'alterner des champs et contrechamps, mais montre l'activité à laquelle se livrent les personnages en même temps, ou comment ils changent de posture en fonction de l'évolution de leur état d'esprit, ou encore la façon dont ils prennent une mimique étudiée quand ils se livrent à une forme de séduction, de manipulation plus ou moins consciente. Dans un premier temps, le lecteur éprouve l'impression qu'il y a même régulièrement des pages muettes, sans aucun mot ni de dialogue, ni dans un cartouche. En réalité, il n'y en a que douze, mais l'auteur laisse souvent parler des cases uniquement par le dessin. En fonction de sa sensibilité, le lecteur le remarque plus ou moins rapidement. Cela peut être en page 27, quand Odette se déshabille devant les trois garçons sur la plage de nuit, pour aller prendre un bain de minuit, dans une bande de trois cases, où à l'évidence Albert, Francis et Édouard ne disposent pas des mots nécessaires pour exprimer l'intensité de ce qu'ils ressentent. Cela peut survenir plus loin quand Albert connaît sa première expérience sexuelle en pages 67 & 68. Page 100, il découvre une autre planche sans mot, Albert allongé sur le dos profitant du moment présent, de la sensation de bien-être et même de bonheur. le lecteur ressent cette sensation et se retrouve à sourire doucement de contentement. Page 80, un monsieur bedonnant promène son chien sur la plage : sympathique, évident de naturel, mais qu'est-ce que ça vient faire là ?
C'est un peu la question que le lecteur finit par se poser. La narration visuelle est douce empathique, les personnages sont sympathiques et complexes. La narration visuelle lui permet de se promener : sur une plage sans personne, dans des intérieurs de résidence secondaire, dans un magasin d'alimentation général, à vélo au beau milieu d'une route de campagne déserte, dans une vieille grange immense servant d'entrepôt à des meubles, etc. le lecteur apprécie ce moment hors du temps, de jeunes hommes tout juste adultes, livrés à eux-mêmes dans une station balnéaire en arrière-saison, les rues étant vides, les habitants très peu nombreux et comme inexistants, car les jeunes gens ne les croisent jamais. le récit devient à la fois une histoire alternant les environnements, et presque un huis-clos entre une demi-douzaine d'individus, car il n'y a pas de petits rôles et très peu de figurants. Dans un premier temps, le lecteur est donc séduit par ce supplément de vacances hors du temps et de l'agitation du monde, puis par le mystère d'Odette, cette jeune femme qui n'a pas froid aux yeux, tout en en ne semblant pas fréquentable. Puis il se retrouve happé par le chantage que subissent les trois jeunes gens. Il se prend au jeu de l'intrigue, pour savoir si les trois jeunes hommes s'en sortiront. Il apprécie l'approche naturaliste de l'auteur : le récit ne verse pas dans le roman d'aventure, ni dans le mélodrame. Il n'y a que l'histoire personnelle d'Odette et celle d'Edmond qui sont un peu appuyées, tout en restant plausible, et peut-être que celui qui les évoque n'est pas forcément entièrement fiable.
Au fur et à mesure des séquences, l'auteur oppose donc la jeunesse tranquille et assurée d'Albert, Édouard et Francis à celle d'Edmond et d'Odette, la vie bien rangée des parents des trois jeunes gens, à celle bohème de l'autre trio. D'un côté des vies qui semblent bien tracées dans la société, de l'autre des vies en marge de la société, du mauvais côté de la loi. Dans la dernière case, apparaît le A de l'anarchisme, seule échappatoire possible pour des individus refusant le carcan de la norme sociale, ou dont l'histoire personnelle ne leur permet pas de s'y conformer, en tout n'ayant aucune intention de l'entretenir, de la perpétrer. La situation échappe à une dichotomie simpliste, grâce au personnage d'Albert. À travers une scène terrifiante, l'auteur fait apparaître le prix que le jeune homme a à payer pour faire partie de la bonne société, la réalité des leçons à recevoir, à subir, à endurer, auxquelles se plier pour rentrer dans le moule. le lecteur peut supposer qu'il en coûte autant, d'une autre manière, à Édouard et à Francis. le récit sort alors d'une vague virée plus ou moins romanesque dans l'illégalité, pour une représentation plus nuancée et plus sombre des dessous de l'humanité, chaque personnage étant tout aussi façonné par les lois systémiques de la société, par les traumatismes historiques (par exemple seconde guerre mondiale) dont les séquelles sont encore des plaies ouvertes faisant souffrir les individus.
Pascal Rabaté propose un récit naturaliste entre thriller, polar et chronique sociale. Il installe très élégamment les circonstances : l'année, le lieu, l'époque, la classe sociale des personnages, tout cela façonnant l'intrigue de manière organique, à l'opposé d'un mécanisme d'intrigue artificiellement plaqué sur un contexte sans incidence. le lecteur est touché par la jeunesse des personnages, leurs choix, leur conformisme ou leur esprit de rébellion, de refus, le rôle et la place dans la société qui leur ont été attribués d'autorité, les cantonnant d'office à une vie ou à une autre. La narration visuelle est d'une rare élégance, évidente de bout en bout en bout, douce et consistante. L'histoire révèle progressivement ses saveurs sociales, peut-être pas assez affirmées, un peu en retrait de l'intrigue, empreintes d'une fatalité qui semble attribuer un monolithisme à la société française établie de l'époque, une société de plomb figée, plus une exagération qu'une réalité.
Andres J. Colmenares est un auteur colombien qui a créé son propre label, Wawawiwa, par le biais duquel il diffuse ses productions. Sur Instagram il est suivi par des millions de personnes et il arrive enfin chez nous.
Ce recueil comprend 135 gags, construits en 2, 4, 6 dessins, qui forment donc des gags. le point commun entre tous ces gags est la bienveillance, la gentillesse, l'esprit feel good. C'est assez sympa, ça détend, et je dois avouer que certaines trouvailles graphiques ou narratives m'ont bien plu, comme les objets, fruits ou animaux qui changent de forme selon les circonstances ou avec le temps, ou les noyaux d'avocat qui ont différents usages, les astres très joueurs, etc.
Le style graphique de Colmenares est très simple, plutôt naïf, ce qui colle bien au propos.
Sympathique.
J'ai lu l'édition originale chez 6 pieds sous terre, je précise car la réédition a bien été gonflée avec un nombre de pages qui a quasi doublé ... je suis un peu deug' d'ailleurs !! Un album sympathique pour qui aime l'auteur.
L'album se place comme un recueil de gags ou histoires courtes autour de la mort, ces derniers ayant étaient parus au préalable dans des revues.
L'exercice permet à Winshluss d'affiner tranquillement son style, il expérimente différents types de graphisme toujours sous fond d'humour noir.
Tout n'y est pas systématiquement réussi mais l'ensemble est plus qu'honorable, certains font même preuve d'une belle poésie.
Pas un indispensable de l'auteur mais on peut s'attarder dessus si vous souhaitez approfondir sa bibliographie.
Voilà le premier spin off de la série Les 5 Terres (car j'imagine qu'il y en aura d'autres...) et j'avoue être sorti légèrement déçu par ma lecture. Autant j'ai trouvé excellents les deux premiers cycles parus à ce jour, là c'est surtout l'histoire que j'ai trouvé un peu bancale.
Nous retrouvons le personnage de Demeus Lor, qui après son séjour à la capitale Angléon est revenu s'installer sur son île d'origine Etyrna où il a été engagé comme maître d'armes. Le bougre sait se battre, et les ours qui envahissent l'île en pleine nuit vont s'en rendre compte à leurs dépens. Mais les ours prennent rapidement le dessus et Demeus fuit la cité pour retrouver une partie de la population qui a décidé de prendre le maquis... S'ensuit une lutte sans merci entre maquisards et occupants, où trahisons et héroïsme vont se tirer la bourre.
Si le dessin de Sylvain Guinebaud reste parfaitement dans la veine de Jérôme Lereculay qui officie sur la série mère, c'est l'histoire qui m'a paru moins solide. Peut-être parce que les cycles de la série principale s'étirent sur 6 tomes et que là, en un seul tome, on doit tout faire rentrer dans 64 pages ? Mais pour moi le gros problème, c'est que je n'ai pas compris pourquoi les ours qui arrivent en trucidant tout ceux qu'ils croisent ne "finissent pas le boulot". Prendre le temps de gérer cette rébellion qui se cache dans la pampa, je trouve que ça ne cadre pas vraiment avec le caractère belliqueux de nos assaillants.
Sorti de ce point, qui n'est pourtant pas anecdotique, le récit est plaisant ; les rebondissements s'enchaînent jusqu'au dénouement du récit porté par cet élan épique qui caractérise l'univers des 5 Terres.
Pas mal, mais j'en attendais plus.
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Le Grizzli
Une série qui se passe dans les années 60 et qui rend hommage aux films de gangsters de l'époque écrits par Michel Audiard. Ce n'est pas mon genre de polar français préféré (Audiard écrit bien, mais il ne m'a jamais fait vraiment rigoler et j'aime plus les polars sérieux avec Serrault qu'il a fait à la fin de sa vie), mais ça me fait pas de mal de regarder un film de ce genre de temps en temps. Ses films sont à l'image de cette BD qui leurs rend hommage: sympathique et divertissant, mais sans plus. Il faut dire qu'au final l'intrigue de ce premier tome est un peu banale et routinière, comme plusieurs films dialogués par Audiard d'ailleurs. Les dialogues pleins d'argot m'ont fait sourire et lorsque je les lisais j'avais carrément les voix des acteurs fétiches d'Audiard dans ma tête. Le personnage principal est attachant et le dessin est pas mal. En gros, c'est divertissant, mais ça ne m'a pas trop marqué.
Neuf
En premier lieu, je voudrais dire que je trouve la couverture de cet album tout simplement superbe, énigmatique, envoutante. Difficile de résister à l’achat mais mes attentes s’en retrouvent d’autant plus élevées, et avec elles le risque d’être déçu. Et c’est un peu ce qui m’est arrivé, car autant je trouve que Philippe Pelaez nous propose un bon récit de science-fiction, autant le style graphique de Guénaël Grabowski m’a plu, autant l’un comme l’autre n’ont pas réussi à me surprendre dès lors que j’aurai entamé ma lecture. Au niveau du scénario, Pelaez développe un récit assez classique du genre, avec plusieurs sauts temporels et autant de possibilités d’interférer avec le passé ou le futur. Le scénariste maîtrise bien son concept et l’originalité de la construction du récit lui permet de nous égarer dans un premier temps avant de nous donner les clés de l’intrigue. Seule la toute fin du récit demeure une énigme à mes yeux. Plus qu’un récit centré sur l’action, le scénario s’attache surtout à nous décrire un homme, avec ses blessures intimes, ses rêves, ses craintes. Le personnage dispose du charisme suffisant pour porter le récit et le mystère qui entoure certaines scènes nous pousse à poursuivre notre lecture. C’est efficace… pourtant il m’aura manqué quelque chose, ce petit twist original qui transforme un bon récit en un récit marquant. Au niveau du dessin, Guénaël Grabowski nous livre de belles planches. Son style est assez classique et plaira à un large public. C’est très lisible avec des encrages marqués et une mise en page variée. Les personnages sont bien typés, les décors sont soignés lorsque c’est nécessaire. C’est du bon boulot… mais sans prise de risque. Et la couverture me laissait espérer encore meilleur ! Lecture achevée, je trouve donc qu’il s’agit d’un bon récit, mais trop classique à mon goût, trop mainstream pour vraiment me marquer. Ceci dit, si vous êtes amateurs du genre et pas encore blasés par ce type de concept, c’est un album dont je vous recommande la lecture. C’est vraiment pas mal… mais j’espérais plus !
Chocochat & moi
On ne criera pas au génie mais cette série me semble des plus recommandables dans sa catégorie. Il s’agit de recueils de gags qui forment une histoire suivie. Cette histoire, c’est celle de Chocochat, un chaton qui vit dans un univers semblable au nôtre sauf que les chats y occupent la place de l’homme. Un soir, en revenant de l’école, Chocochat découvre un humain et décide de l’adopter. Il l'emmènera ensuite à l'école puis tentera de lui apprendre à devenir un vrai chat. Vous l’aurez compris, l’humour réside dans l’inversion des rôles. C’est gentil, sympathique, bourré de bons sentiments, enfantin mais pas infantilisant. Plusieurs gags m’auront fait largement sourire alors que mon grand âge ne me désigne plus vraiment comme le cœur de cible. Bien sûr, on peut regretter l’humour parfois pipi caca (la litière et les crottes se croisent fréquemment) mais, a contrario, je trouve qu’il y a aussi une vraie réflexion sur la place que nous donnons à nos animaux de compagnie, à leur importance et à leurs caractéristiques. Le dessin va à l’essentiel et convient parfaitement au public visé. C’est très lisible, caricatural et expressif. A destiner bien entendu prioritairement au public visé (les 6-8 ans).
Il était une fois le jeu vidéo
C’est surtout la première moitié de l’album qui m’a fait l’effet d’une madeleine de Proust. Né en 1968, j’ai en effet été marqué par le développement des jeux d’arcades (j’y ai dépensé quelques sous et heures), puis par celui des premières consoles et du développement des PC (j’allais jouer chez des copains qui en possédaient après mes cours de collège et de lycée). La période suivante, je la connais d’un peu plus loin. Certes, j’ai joué à certains jeux (combien d’heures passées à jouer à « Pirates » - même s'il n'est pas évoqué ici ?), et je m’y suis remis un tout petit peu avec l’arrivée de mes enfants et celle de la Nintendo DS (et de ses dérivés), en jouant avec eux à Mario Kart. Mais depuis longtemps je m’étais écarté de cet univers, et je ne suis donc pas du tout un « gamer » (désolé Alix !). Ce qui ne m’empêche pas de conseiller cet album, qui s’adresse bien sûr aux « gamers » actuels, mais aussi et surtout je pense à tous ceux qui veulent comprendre la genèse d’un phénomène de société – et, disons-le, d’un « business » avant tout. Il n’est pas nécessaire d’être passionné ou acteur de ce milieu pour apprécier cette lecture, qui propose une vision historique, avec ses héros, ses entreprises et ses « produits phares ». La narration est très fluide et parvient très bien à mêler à côtés ludiques et connaissances factuelles (les deux auteurs se mettent en scène, et se retrouvent régulièrement embarqués dans l’univers des jeux qu’ils décrivent). Vers la fin, quelques réflexions éthiques, sur la place des jeux vidéo dans nos vies, les conséquences de leur « emprise » éventuelle, sont plutôt bienvenues. Seul le dessin n’est pas trop mon truc (mais il est adapté au sujet et passe bien finalement). En fait, ce sont surtout les personnages (les deux auteurs essentiellement donc) qui me semblent moins bien réussis. Pour ce qui est de l’univers graphique des jeux vidéo, c’est beaucoup mieux réussi, ce qui est l’essentiel ici. On a donc là une lecture intéressante, où l’on apprend (ou révise) de façon ludique.
Wanted - Portrait de sang
Le western revient en force chez les éditeurs ces dernières années, avec plus ou moins de succès. Il est vrai qu’il est difficile de faire preuve d’originalité dans un genre si balisé. Avec ce « Wanted » on sort globalement satisfait de sa lecture. Le récit est très rythmé, on ne s’ennuie jamais, et cette histoire de vengeance est plutôt bien menée. L’aspect fantastique n’est pas trop surjoué et passe bien ici, et les personnages principaux sont intrigants. Il y a quelques petites facilités quand même (le jeune Cheyenne est franchement très doué avec son tomahawk, et les héros, mêmes plombés, s’en sortent miraculeusement). Mais ce western, sans être un must, procure une petite lecture détente agréable.
Berlin sera notre tombeau
Nous suivons au plus près dans ce triptyque les combats désespérés de volontaires français de la SS dans les derniers jours d’avril 1945, dans Berlin en ruines démoli par les Soviétiques. La reconstitution des combats est bien faite, on sent que les auteurs, au scénario et au dessin, maîtrisent leur sujet. C’est forcément dynamique, il n’y a pas de temps mort. Il n’y a d’ailleurs que le temps qui ne meure pas, puisque les uns après les autres disparaissent les soldats que nous croisons. Sans que nous puissions nous attacher à eux ou en connaitre davantage (à part quelques flash-backs nous informant sur les causes de l’engagement de l’un d’entre eux). Du coup, si l’aspect militaire est bien traité, reste quand même le regret que ne soit évoqué que le courage et le sacrifice de ces Français, en mettant trop en sourdine les côtés nauséabonds de leurs idées (les SS n’étaient pas de simples boy-scouts !). On se trouve ici dans la lignée de certains bouquins d’Erwan Bergot par exemple (pas vraiment ma tasse de thé !). L’enfer des derniers combats d’arrière-garde à Berlin est bien rendu, aussi par le dessin, très réaliste (un peu figé parfois). Clairement pour amateurs de reconstitution militaire, mais il manque quand même un contexte et quelques choses pour étoffer les personnages et « l’histoire ».
Sous les galets la plage
Économiser sur le plaisir, tu parles d'un placement ! - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Sa première édition date de 2021. Il a été réalisé par Pascal Rabaté pour le scénario, les dessins, les lavis de gris et de brun, le lettrage. Il s'agit d'une bande dessinée de 134 pages. L'édition Canal BD comprend un cahier supplémentaire de 7 pages, avec une interview de l'auteur et des planches à différents stades réalisation. Albert et son père flânent dans la grande rue de la cité balnéaire Kertudy, en regardant ce que proposent les différents étals de la brocante. le père s'arrête pour examiner une petite statuette d'un dieu crocodile, mais la repose quand le brocanteur lui indique qu'il s'agit d'un souvenir des colonies. Un peu plus loin, ils s'arrêtent devant un joli meuble. Marius, un type avec un béret, en train de fumer la pipe, leur en propose mille francs. le père commence à marchander : le vendeur se justifie de quatre francs par année, pour un meuble qui date du dix-huitième siècle. le père continue de négocier et ils se mettent d'accord sur cinq cents francs. Ils repartent avec le meuble et le père fait observer à son fils qu'il faut toujours marchander : c'est comme ça qu'on économise et qu'on peut épargner. Ils rentrent jusqu'à la résidence secondaire de la famille et installent le meuble. Les deux enfants plus jeunes finissent d'installer la bâche sur la remorque et la fixer avec des tendeurs. le père et la mère font leur au revoir à Albert, en lui remettant les clés de la maison : il reste encore quelques jours alors que le reste de la famille rentre. Peu de temps après, Édouard passe à vélo pour saluer son ami et s'assurer du départ de ses vieux. Ceux de Francis sont également partis. Les trois amis se retrouvent sur la plage. Édouard propose que le soir ils fassent un sort à la cave de son père. Dans la mesure du raisonnable, ils peuvent lui tirer quatre bouteilles au max, plus, il verrait. Édouard et Francis se mettent à faire une partie de badminton. Le soir venu, les trois amis viennent de finir leur plat de pâtes et ils terminent la deuxième bouteille. La première était un Morgon la deuxième un Juliénas. Édouard indique qu'il n'a pas fait la différence entre les deux. Albert cherche dans la collection de disque : il en sort un peu déçu car il n'y a que du classique. Francis indique que le lendemain ils pourront aller chez ses parents qui ont des disques de jazz. Ils décident d'aller descendre la troisième bouteille, sur la plage. Ils s'y installent et font un petit feu, avec la mer devant eux, et leur héritage derrière. Ils commencent à faire tourner la bouteille, et ils entendent un bruit derrière eux : des gens qui se tiennent à l'entrée d'une villa, sûrement des résidents. Albert trouve ça bizarre, et il décide d'aller voir. Il se lève et avance vers la villa mais une personne allume sa lampe torche braquée sur lui, puis l'éteint. C'est une jeune femme qui leur demande si elle peut se joindre à eux. Ils acceptent. Elle boit un coup. Ils se présentent. Odette se déshabille pour aller prendre un bain de minuit. Les garçons la rejoignent. Dès la première page, le lecteur est conquis par la narration visuelle. Une vue en plongée sur la rue principale de Kertudy où se tient la brocante. le dessin est de nature réaliste et descriptif, avec un degré de simplification pour le rendre plus rapidement lisible par l’œil, et des détails marqueurs du lieu et de l'époque. le lecteur peut voir une affiche avec une graphie des années 1960, et des vespasiennes dans le coin en bas à droite de la première case. L'allure d'Albert et son père est étonnante de maintien et d'une forme d'assurance donnant une impression de supériorité, avec leur polo Lacoste immaculé et boutonné jusqu'en haut. Dès le départ, le lecteur ressent visuellement le décalage temporel. Il fait connaissance de Marius, avec sa veste à rayures horizontales et verticales, un béret sur la tête, une pipe et un chandail à col montant : une sorte de beatnik à la française. Les tenues vestimentaires sont encore assez strictes. de temps à autre, le lecteur voit passer un figurant : une femme avec un beau chapeau, un scout de France avec son uniforme caractéristique. Une jeune femme avec une belle robe aux motifs imprimés. Un homme bedonnant se promenant sur la plage avec sa chemise et son pull sans manche. Il en devient presque difficile de croire que Francis ou Edmond puissent porter des teeshirts sans col. L'artiste sait insuffler de la vie et de la personnalité à chaque protagoniste, avec des traits de contour pas forcément jointifs, parfois comme tracés sur le vif. le lecteur ressent leur état d'esprit : l'assurance militaire du père d'Albert, l'assurance très différente de Marius qui donne l'impression d'une étonnante liberté par rapport aux contraintes de la société, les expressions vives d'Albert et de ses amis qui découvrent la vie sans être blasés, les expressions plus ambigües d'Odette dont il n'est pas possible de deviner le fond de sa pensée ou la réalité de ses émotions, etc. Rien qu'à regarder chaque personnage, le lecteur perçoit une partie de son caractère, voit les différences entre l'un et l'autre. Le lecteur remarque rapidement la qualité de la mise en scène, en particulier au travers des scènes de dialogue où le bédéiste ne se contente pas d'alterner des champs et contrechamps, mais montre l'activité à laquelle se livrent les personnages en même temps, ou comment ils changent de posture en fonction de l'évolution de leur état d'esprit, ou encore la façon dont ils prennent une mimique étudiée quand ils se livrent à une forme de séduction, de manipulation plus ou moins consciente. Dans un premier temps, le lecteur éprouve l'impression qu'il y a même régulièrement des pages muettes, sans aucun mot ni de dialogue, ni dans un cartouche. En réalité, il n'y en a que douze, mais l'auteur laisse souvent parler des cases uniquement par le dessin. En fonction de sa sensibilité, le lecteur le remarque plus ou moins rapidement. Cela peut être en page 27, quand Odette se déshabille devant les trois garçons sur la plage de nuit, pour aller prendre un bain de minuit, dans une bande de trois cases, où à l'évidence Albert, Francis et Édouard ne disposent pas des mots nécessaires pour exprimer l'intensité de ce qu'ils ressentent. Cela peut survenir plus loin quand Albert connaît sa première expérience sexuelle en pages 67 & 68. Page 100, il découvre une autre planche sans mot, Albert allongé sur le dos profitant du moment présent, de la sensation de bien-être et même de bonheur. le lecteur ressent cette sensation et se retrouve à sourire doucement de contentement. Page 80, un monsieur bedonnant promène son chien sur la plage : sympathique, évident de naturel, mais qu'est-ce que ça vient faire là ? C'est un peu la question que le lecteur finit par se poser. La narration visuelle est douce empathique, les personnages sont sympathiques et complexes. La narration visuelle lui permet de se promener : sur une plage sans personne, dans des intérieurs de résidence secondaire, dans un magasin d'alimentation général, à vélo au beau milieu d'une route de campagne déserte, dans une vieille grange immense servant d'entrepôt à des meubles, etc. le lecteur apprécie ce moment hors du temps, de jeunes hommes tout juste adultes, livrés à eux-mêmes dans une station balnéaire en arrière-saison, les rues étant vides, les habitants très peu nombreux et comme inexistants, car les jeunes gens ne les croisent jamais. le récit devient à la fois une histoire alternant les environnements, et presque un huis-clos entre une demi-douzaine d'individus, car il n'y a pas de petits rôles et très peu de figurants. Dans un premier temps, le lecteur est donc séduit par ce supplément de vacances hors du temps et de l'agitation du monde, puis par le mystère d'Odette, cette jeune femme qui n'a pas froid aux yeux, tout en en ne semblant pas fréquentable. Puis il se retrouve happé par le chantage que subissent les trois jeunes gens. Il se prend au jeu de l'intrigue, pour savoir si les trois jeunes hommes s'en sortiront. Il apprécie l'approche naturaliste de l'auteur : le récit ne verse pas dans le roman d'aventure, ni dans le mélodrame. Il n'y a que l'histoire personnelle d'Odette et celle d'Edmond qui sont un peu appuyées, tout en restant plausible, et peut-être que celui qui les évoque n'est pas forcément entièrement fiable. Au fur et à mesure des séquences, l'auteur oppose donc la jeunesse tranquille et assurée d'Albert, Édouard et Francis à celle d'Edmond et d'Odette, la vie bien rangée des parents des trois jeunes gens, à celle bohème de l'autre trio. D'un côté des vies qui semblent bien tracées dans la société, de l'autre des vies en marge de la société, du mauvais côté de la loi. Dans la dernière case, apparaît le A de l'anarchisme, seule échappatoire possible pour des individus refusant le carcan de la norme sociale, ou dont l'histoire personnelle ne leur permet pas de s'y conformer, en tout n'ayant aucune intention de l'entretenir, de la perpétrer. La situation échappe à une dichotomie simpliste, grâce au personnage d'Albert. À travers une scène terrifiante, l'auteur fait apparaître le prix que le jeune homme a à payer pour faire partie de la bonne société, la réalité des leçons à recevoir, à subir, à endurer, auxquelles se plier pour rentrer dans le moule. le lecteur peut supposer qu'il en coûte autant, d'une autre manière, à Édouard et à Francis. le récit sort alors d'une vague virée plus ou moins romanesque dans l'illégalité, pour une représentation plus nuancée et plus sombre des dessous de l'humanité, chaque personnage étant tout aussi façonné par les lois systémiques de la société, par les traumatismes historiques (par exemple seconde guerre mondiale) dont les séquelles sont encore des plaies ouvertes faisant souffrir les individus. Pascal Rabaté propose un récit naturaliste entre thriller, polar et chronique sociale. Il installe très élégamment les circonstances : l'année, le lieu, l'époque, la classe sociale des personnages, tout cela façonnant l'intrigue de manière organique, à l'opposé d'un mécanisme d'intrigue artificiellement plaqué sur un contexte sans incidence. le lecteur est touché par la jeunesse des personnages, leurs choix, leur conformisme ou leur esprit de rébellion, de refus, le rôle et la place dans la société qui leur ont été attribués d'autorité, les cantonnant d'office à une vie ou à une autre. La narration visuelle est d'une rare élégance, évidente de bout en bout en bout, douce et consistante. L'histoire révèle progressivement ses saveurs sociales, peut-être pas assez affirmées, un peu en retrait de l'intrigue, empreintes d'une fatalité qui semble attribuer un monolithisme à la société française établie de l'époque, une société de plomb figée, plus une exagération qu'une réalité.
Bulles de tendresse
Andres J. Colmenares est un auteur colombien qui a créé son propre label, Wawawiwa, par le biais duquel il diffuse ses productions. Sur Instagram il est suivi par des millions de personnes et il arrive enfin chez nous. Ce recueil comprend 135 gags, construits en 2, 4, 6 dessins, qui forment donc des gags. le point commun entre tous ces gags est la bienveillance, la gentillesse, l'esprit feel good. C'est assez sympa, ça détend, et je dois avouer que certaines trouvailles graphiques ou narratives m'ont bien plu, comme les objets, fruits ou animaux qui changent de forme selon les circonstances ou avec le temps, ou les noyaux d'avocat qui ont différents usages, les astres très joueurs, etc. Le style graphique de Colmenares est très simple, plutôt naïf, ce qui colle bien au propos. Sympathique.
Welcome to the Death Club
J'ai lu l'édition originale chez 6 pieds sous terre, je précise car la réédition a bien été gonflée avec un nombre de pages qui a quasi doublé ... je suis un peu deug' d'ailleurs !! Un album sympathique pour qui aime l'auteur. L'album se place comme un recueil de gags ou histoires courtes autour de la mort, ces derniers ayant étaient parus au préalable dans des revues. L'exercice permet à Winshluss d'affiner tranquillement son style, il expérimente différents types de graphisme toujours sous fond d'humour noir. Tout n'y est pas systématiquement réussi mais l'ensemble est plus qu'honorable, certains font même preuve d'une belle poésie. Pas un indispensable de l'auteur mais on peut s'attarder dessus si vous souhaitez approfondir sa bibliographie.
Les 5 Terres - Demeus Lor
Voilà le premier spin off de la série Les 5 Terres (car j'imagine qu'il y en aura d'autres...) et j'avoue être sorti légèrement déçu par ma lecture. Autant j'ai trouvé excellents les deux premiers cycles parus à ce jour, là c'est surtout l'histoire que j'ai trouvé un peu bancale. Nous retrouvons le personnage de Demeus Lor, qui après son séjour à la capitale Angléon est revenu s'installer sur son île d'origine Etyrna où il a été engagé comme maître d'armes. Le bougre sait se battre, et les ours qui envahissent l'île en pleine nuit vont s'en rendre compte à leurs dépens. Mais les ours prennent rapidement le dessus et Demeus fuit la cité pour retrouver une partie de la population qui a décidé de prendre le maquis... S'ensuit une lutte sans merci entre maquisards et occupants, où trahisons et héroïsme vont se tirer la bourre. Si le dessin de Sylvain Guinebaud reste parfaitement dans la veine de Jérôme Lereculay qui officie sur la série mère, c'est l'histoire qui m'a paru moins solide. Peut-être parce que les cycles de la série principale s'étirent sur 6 tomes et que là, en un seul tome, on doit tout faire rentrer dans 64 pages ? Mais pour moi le gros problème, c'est que je n'ai pas compris pourquoi les ours qui arrivent en trucidant tout ceux qu'ils croisent ne "finissent pas le boulot". Prendre le temps de gérer cette rébellion qui se cache dans la pampa, je trouve que ça ne cadre pas vraiment avec le caractère belliqueux de nos assaillants. Sorti de ce point, qui n'est pourtant pas anecdotique, le récit est plaisant ; les rebondissements s'enchaînent jusqu'au dénouement du récit porté par cet élan épique qui caractérise l'univers des 5 Terres. Pas mal, mais j'en attendais plus.