Cet album est clairement une œuvre de commande, un de ces "albums du film" totalement dispensables.
Même si c'est un nom célèbre depuis comme Bill Sienkiewicz qui est au dessin, son style apparait ici très désuet, similaire à quelques autres adaptations sérieuses de film de l'époque telles que les comics Star Wars des années 80. Il colle autant que possible aux designs du film de David Lynch, qu'il s'agisse des décors, des véhicules ou des visages des acteurs. Au niveau de la mise en scène, il insiste sur les dialogues et les plans serrés sur les personnages, au détriment des décors, ce qui donne une sensation d'étouffement et coupe complètement l'intensité des paysages désertiques et de science-fiction. Ça pourrait être une bonne chose car le roman Dune est précisément axé sur l'intensité des échanges entre les personnages et tout ce qu'impliquent leurs discussions. Mais c'est aussi très fortement au détriment des scènes d'action qui sont ici réduites à leur plus simple expression, expédiées en deux ou trois cases maximum quand elles ne sont pas tout simplement éludées. Certaines apparaissent même risibles, comme l'empoisonnement de Pieter de Vries ou la mort du baron. Inversement, plusieurs pages sont dépensées sans compter pour raconter les visions de Paul, ce qui a probablement dû faire plaisir à Bill Sienkiewicz puisque ça correspond plus à son style graphique parfois abstrait.
Hormis les quelques textes narratifs qui décrivent les scènes et les lieux, la plupart des dialogues sont exactement ceux du film, monologues intérieurs inclus, même s'ils sont parfois assez mal mis en place dans les bulles et cases, avec l'impression que l'ordre des paroles a été chamboulé, et parfois qu'un interlocuteur répond à une question que l'autre a posée nettement plus tôt.
Quand ce n'en sont pas directement les mots du film, ce sont des ajouts assez poussifs destinés à palier aux manquements de la BD par rapport au média cinématographique. Parfois ils sont inclus pour donner plus de détails sur le contexte, ou expliquer par la parole des scènes que les vidéos du film permettaient de montrer directement. Et d'autres fois, ils servent à expliquer ce qu'il s'est passé durant les ellipses, quand la BD a dû couper certains passages du film pour gagner de la place et qu'un interlocuteur doit raconter brièvement ce qu'il s'est passé.
Quant à la narration, si les premières pages sont très fidèles au film dans leur rythme et leur mise en scène, le rythme s'accélère une fois arrivé sur Arrrakis et file à toute vitesse quand Paul et sa mère rencontrent les Fremen, pour reprendre finalement le rythme du film lors de la confrontation avec l'Empereur. J'ai été surpris toutefois par l'inclusion d'une scène en particulier, celle de la création de l'eau de la vie, alors qu'il s'agit d'un passage que David Lynch a supprimé au montage dans sa version cinéma.
Globalement, c'est une curiosité complètement désuète et sans intérêt, même pour un grand amateur de Dune tel que moi.
Je suis fan des romans du premier cycle de Dune (Dune, Le Messie de Dune et Les Enfants de Dune), et je m’intéresse également aux adaptations en tout genre (films, jeux vidéo, BDs). Je me devais donc de dénicher cette adaptation kitch du film de David Lynch sorti en 1984.
On retrouve l’ambiance bien particulière de cette adaptation cinématographique qui n’avait pas fait l’unanimité lors de sa sortie (c’est le moins qu’on puisse dire). J’ai trouvé le début de l’histoire lisible et compréhensible - peut-être suis-je trop familier avec l’intrigue - mais la pagination très réduite (64 pages, un record) nécessite des coupures grossières qui rendent la suite des évènements beaucoup plus difficile à suivre.
J’ai adoré la mise en image de Bill Sienkiewicz. Elle fait très « comics des années 80 », et les couleurs de Michael Higgins donne un ton « Métal Hurlant » que j’ai beaucoup apprécié. J’ai notamment adoré la représentation de la planète Arrakis. Par contre les rares scènes d’action m’ont semblé plutôt ridicules.
Cet album est une curiosité, une découverte amusante pour le complétiste de Dune que je suis… mais objectivement, il y a de meilleures façons de découvrir cette histoire (à commencer par l’adaptation plus récente du roman original : Dune - Le roman graphique).
Je me retrouve très bien dans l’avis de Ro.
Le début est assez classique, avec un détective privé bonnasse et revenu de tout (et forcément ancien flic), sa secrétaire bimbo et désoeuvrée. Sans réels clients, il se trouve embarqué dans une affaire bizarre et violente via un ancien collègue flic. Rapidement, ça va prendre des proportions inquiétantes, et dépasser le cadre du polar poisseux classique, pour basculer dans le thriller international.
Le mélange des deux est maladroit et la greffe peine à prendre. D’autant que les facilités scénaristiques, les incohérences vont se multiplier (surtout dans le deuxième tome).
A commencer par les rapports entre le privé et sa secrétaire : au départ c’est elle qui lui fait du gringue et lui qui la rembarre, et par la suite, c’est inversé ?
Mais c’est surtout la facilité avec laquelle notre privé échappe aux tueurs surentrainés lancés à ses trousses qui fait perdre de la crédibilité à l’histoire : plusieurs tireurs d’élite le mitraillent avec sa secrétaire dans un coin paumé au fond des bois, puis attendent des heures sans rien faire alors qu’ils auraient pu les achever sans problème (et/ou les toucher dès le départ), jusqu’à l’arrivée tout aussi improbable de la police. De même, la façon avec laquelle il échappe à d’autres tueurs grâce à un gilet pare-balles et l’arrivée opportune d’un sauveur, puis au gros bonnet sur la fin (pourquoi n’a-t-il pas été abattu ? Le bluff du privé est un peu gros – et comment et pourquoi a-t-il piégé le CD pour tuer le commanditaire ???), tout ça m’est apparu hautement improbable.
Enfin, toute la partie thriller autour de Ben Laden n’est pas du tout convaincante, sur le fond et sur la forme (en plus de détonner dans un récit partant au départ sur un petit polar classique).
Bref, un scénario qui a vu trop grand, qui s’est écarté de la crédibilité nécessaire pour convaincre le lecteur d’avaler des couleuvres d’habitude pas trop grosses.
Au niveau du dessin, j’ai trouvé que c’était lisible, avec un trait gras et inégal dans le premier tome, et quelques visages ratés. Dans le deuxième tome, le trait devient plus fin et plus précis (au point que j’ai cru à un changement de dessinateur ou de coloriste, mais ça n’est pas le cas).
A noter que le second album conclut une sorte de cycle, et qu’un troisième était annoncé (« Le vaudou est toujours dehors »), mais il n’a semble-t-il jamais été publié.
J'ai une relation très inégale avec John Constantine. Il y a certaines de ses aventures que j'aime beaucoup comme celles scénarisées par Mike Carrey ou encore la majeure partie et surtout la fin du film avec Keanu Reeves. Et il y en a pas mal d'autres qui m'ennuient voire que je n'ai vraiment pas aimées. Et malheureusement, ces aventures scénarisées par Paul Jenkins font partie du second lot.
Il s'agit d'histoires courtes, allant de 1 à 5 épisodes chacune. Si la première se déroule en Australie, les autres se passent en Grande Bretagne, décor plus typique pour ce héros très londonien ancré dans une ambiance punk des années 80. Il se retrouve confronté à diverses divinités mineures, des fantômes et autres entités surnaturelles, ainsi qu'à quelques humains mauvais. Et il débrouille les situations par ses connaissances ésotériques et surtout son esprit retors à même d'embrouiller et coincer ses adversaires, ne leur laissant pas d'autre choix que de faire ce qu'il veut.
Présentés ainsi, ces ingrédients avaient tout pour me plaire, mais c'est la mise en scène et la narration qui ont plombé ma lecture.
Pour commencer, le graphisme n'est pas ma tasse de thé. Ancré dans un style sérieux et réaliste des années 90, un peu underground, il est convenable techniquement. Mais comme pour le dessin des premiers épisodes de Sandman auquel je serais tenté de le comparer, il lui faut une bonne histoire pour lui permettre de me satisfaire. Et ce ne fut pas le cas ici.
Les histoires sont très verbeuses, très ambiance polar noir avec ce héros nonchalant qui monologue souvent et parle par non-dits et sous-entendus quand il ouvre la bouche. Outre le fait que le rythme lent et bavard peine à captiver, j'ai décroché trop souvent, mal compris les enjeux et pas saisi comment Constantine sauvait la plupart des situations. Et c'est là le principal souci : quand le concept d'un personnage est de débrouiller les conflits par son esprit et ses connaissances et qu'on n'y comprend pas grand chose, on passe complètement à côté de l'histoire, comme ce fut mon cas. En outre, l'esprit sérieux années 80-90 de cette série, en partie politique, et sa sociologie britannique de l'époque m'ennuient, de même que les différents protagonistes.
Bref, je n'ai pas apprécié ces aventures là de Constantine.
J’ai un peu de mal avec certains scénarios de Christin, et cette série tombe un peu dans ce qui me gêne parfois chez lui. On y retrouve en tout cas certaines de ses marottes : une aventurière bourlingueuse, la traversée des frontières (thème récurrent chez Christin) – au cœur du premier tome, mais le dernier tourne aussi autour de la (re)définition de frontières –, et la décomposition/recomposition politique, en Europe de l’Est, ou au Proche-Orient).
Il y a un peu de certaines séries publiées en collaboration avec Bilal, ou Puchulu.
La narration prend son temps. C’est clair que ça n’est pas du récit d’espionnage à la James Bond ! L’action est avant tout cérébrale, et il n’y a pas non plus les bimbos habituelles dans ce type d’histoire.
Des longueurs, un rythme presque engourdissant. Pourquoi pas ?
Le premier tome est une très longue exposition (qui ne nous livre pas trop d’informations sur les protagonistes et leurs motivations), pour arriver à une fin brutale (dans tous les sens du terme). Le deuxième tome réserve lui aussi sa seule scène d’action pour la fin, mais dès le départ on sait où et avec qui l’on va contrairement au tome précédent. Le troisième tome est une sorte de huis-clos durant une conférence internationale plus ou moins secrète pour aboutir à la fin des tensions au Proche-Orient.
Les choix narratifs de Christin ne rendent pas forcément palpitants les récits (et le dessin de Juillard, académique et avec des visages un peu figés accentue sans doute le ressenti de lenteur de l’ensemble). Disons que les premier et troisième albums se laissent lire (et sans doute ceux qui sont moins rétifs que moi au style de Christin apprécieront davantage), le deuxième m’est apparu trop artificiel et trop peu crédible.
Tout tourne autour du personnage de Lena. Femme d’un diplomate français mort dans un attentat à l’étranger, elle se retrouve enrôlé par les services secrets français pour mener quelques missions d’infiltration. Bon, là aussi pourquoi pas ? Sur le premier tome, elle n’est qu’une messagère, ça reste crédible (même si elle fait preuve d’un grand sang-froid, qu’elle a une mémoire énorme – et accessoirement qu’elle garde les mêmes vêtements durant les semaines que dure son voyage !).
Par contre dans le deuxième tome, cette femme au foyer qui infiltre un réseau djihadiste menaçant de commettre des attentats suicide, je n’y ai pas cru un instant ! D’autant plus qu’en sus du sang-froid déjà évoqué, elle montre des capacités dignes des meilleurs agents secrets.
Son rôle dans le dernier album est lui aussi dur à accepter, et l’intrigue elle-même ne m’a pas convaincu.
Les scénarios sont trop longs, faussement alambiqués, et le personnage central manque trop souvent de crédibilité.
Je n'ai pas accroché à ce pavé de plus de 300 pages sur l'histoire de la famille de Jordan Mechner.
Comme le souligne pol dans son avis, la vie autour de la conception du jeu vidéo "Prince au Persia", ses anecdotes et son évolution sont la porte d'entrée du livre.
Comme je ne m'intéresse pas du tout à cette thématique, la porte est restée fermée pour moi et j'ai trouvé le récit ennuyeux.
De plus j'ai trouvé la structure du récit chaotique avec des thématiques très visitées en BD et ici traitées d'une façon très froide.
Comme Mechner travaille sur 3 générations (4 si on compte ses enfants) j'ai eu du mal à m'y retrouver entre le père ou le grand-père à différentes époques.
De plus j'ai trouvé toute la partie intimiste assez fade et ennuyeuse.
Le graphisme est typiquement celui d'un documentaire assez simpliste pour les visages plus abouti pour les décors.
Une lecture qui ne m'a pas séduit et trop longue.
Un one-shot rempli d’histoires contemplatives qui vont sans doute plaire aux amateurs du genre.
Les histoires mettent en scène des adolescentes dans leurs vies quotidiennes (sauf la dernière histoire bonus) et si je n'ai rien contre les histoires qui racontent la vie de tous les jours, cela devient vite ennuyeux si rien d'intéressant se produit, et c'est le cas. La vie de ces adolescentes est banale, je n'ai ressenti aucune poésie et parfois la fin était un peu trop abrupte. C'est vraiment le type de manga où il ne se passe rien et on est censé ressentir les émotions du personnage principal et je n'ai rien ressenti sauf l'ennui. Peut-être que ça va plus parler aux lectrices qu'à moi, mais je pense que plusieurs vont s'ennuyer aussi.
Le seul point fort est le dessin que j'ai bien aimé. Si je ne me trompe pas, la dessinatrice n'a pas encré son dessin et cela ressemble plus à des esquisses et c'est très beau à regarder vu que les cases sont plus grosses que dans un manga ordinaire. À la limite, cela fait un bel artbook, mais pas un bon manga.
Je suis fan de Franquin et donc assez circonspect à l'idée qu'un légitime hommage se transforme en une nouvelle et juteuse déclinaison en série. Pour autant, je n'estime pas fondamentalement que Gaston soit intouchable. J'ai récemment applaudi L'Espoir malgré tout et la transposition du marsupilami dans la Belgique d'après guerre dans La Bête. J'ai par ailleurs offert cette BD durant les fêtes.
Concrètement, les dessins de Delaf sont assez bons et en parcourant ces pages, on retombe bien dans l'univers si familier et apprécié de la rédaction de Spirou. On note néanmoins, comme toujours dans ce type de reprise, que la patte du nouvel illustrateur se ressent dans certaines postures/attitudes nouvelles des personnages, via certains nouveaux personnages créés... faisant, certes à la marge, perdre à l'ensemble son homogénéité visuelle. Rien de scandaleux, ce point-là, si décrié lors du procès pour plagiat, est plutôt une réussite.
C'est sur l'aspect gag que le bât blesse. Pourtant, Delaf respecte les "consignes" de départ : ne pas moderniser l'institution, procéder à quelqu'ingénieux clins d’œil contemporains, contextualiser ce retour, naviguer au sein de figures imposées (boîte Chimie facile, le gaffophone, la voiture, Jules de chez Smith en face, etc.). Tout est correctement respecté, ou presque (M'amezelle Jeanne est devenue une quasi nympho, misogynie évidente aussi côté attitudes des personnages féminins de la rédaction). Le retour de Fantasio pour suppléer un Prunelle en dépression, transformant l'ensemble en un quasi récit et non plus une suite de gags, est même une idée assez aventureuse plutôt convaincante en théorie. Mais la sauce ne prend globalement pas : les gags sont tout simplement médiocres et passée la joie de revoir Gaston en des pages inconnues, force est d'admettre que l'on sourit vaguement, mais ne rit jamais.
Un échec humoristique, mais une réussite visuelle... atteinte via de bien discutables procédés.
... Il y a décidément un malentendu manifeste au sujet de ce personnage séminal de l'univers Marvel, si fabuleusement "recréé" par Chris Claremont et Dave Cockrum dans les tous premiers épisodes de la série des "Nouveaux X-Men" ... Et ça m'énerve !
Apparue en même temps que ses petits camarades de l'équipe originelle des années soixante, elle est alors dépeinte comme une jeune fille au caractère trempé -l'inverse de la Susan Storm de l'époque-, douée du pouvoir de télékinésie (la capacité de déplacer les objets à distance grâce à la seule force de sa volonté). Ses capacités télépathiques n'apparaitront qu'à mi-chemin de la première série ; sorte "d'enseignement" (?!) prodigué par le Professeur Xavier, télépathe lui-même. Simple prétexte à différencier plus franchement les pouvoirs de Marvel-Girl (son alias Super-Héroïque) de ceux de l'Invisible Girl des Fantastic Four : télékinésie et "champs de force" ayant peu ou prou les mêmes applications et représentations graphiques. Une mise au point (bienvenue !) sera faite -une éternité plus tard !- précisant que Jean Grey, enfant, s'est retrouvée "connectée" mentalement à sa camarade de jeu, mourante à la suite d'un accident de la circulation ; les circonstances traumatiques du drame ayant révélé le pouvoir mutant, "traditionnellement" latent jusqu'à la puberté.
L'éveil incontrôlé -et surtout trop précoce !- de ce talent poussant la gamine à s'isoler le plus possible de son entourage pour finalement frôler la catatonie, amènera donc ses parents à consulter le professeur Charles Xavier, ce dernier se présentant en tant que psychiatre spécialisé (!).
Fidèle à son personnage originel (assez dominateur et imbu de lui-même !), il prend sur lui "d'inhiber" le pouvoir spécifique de la fillette, ce qui lui permet de retrouver la santé et de reprendre une vie normale -ce jusqu'à son enrôlement au sein des X-Men, aux alentours de ses seize/dix-sept ans... On imagine que les parents Grey ont une confiance assez déraisonnable envers celui qui a sorti leur fille de sa claustration... Les naïfs !
Apparemment "dopé" par la mise en berne de ses capacités télépathiques, le pouvoir télékinétique de Jean devient donc son atout numéro un jusqu'à ce que Xavier -ayant prévu de s'absenter un temps pour préparer sa riposte à la future invasion extra-terrestre "S'Nozz" (pas sûr de l'orthographe !)- décide de "réactiver" les centres Psi de la jeune fille...
Cette aptitude particulière fera donc qu'elle seule pourra sauver les X-Men, isolés sur la plate-forme orbitale du S.H.I.E.L.D. au beau milieu de "l'orage solaire" du siècle : elle "absorbera" les connaissances techniques de l'astronaute Peter Corbeau afin de pouvoir piloter leur navette spatiale et les ramener sur Terre. L'équipe réfugiée dans la soute blindée, elle s'installe aux commandes du poste de pilotage en espérant, grâce au "colmatage télékinétique" d'une brèche béante dans le fuselage, survivre assez longtemps pour remplir sa mission.
"Brûlée à mort" -je cite la traduction originelle !- "par les radiations solaires", son esprit refuse néanmoins l'anéantissement et, devenue une entité purement spirituelle, elle se re-matérialise sous une forme "sublimée" d'elle-même, faite d'"énergie cosmique".
Devenue quasi toute-puissante (elle peut désormais voler, émettre des rafales destructrices et se "réincarner" sous la forme d'un oiseau de feu -le Phénix, son nouvel alias si logique !), elle réalise rapidement qu'elle peut puiser sans limite dans ses réserves pour démultiplier ses pouvoirs originels. Devenue une télépathe quasi-égale à son instructeur, elle découvre surtout que sa télékinésie s'exerce dorénavant jusqu'au niveau moléculaire de la matière (!); la plus anecdotique manifestation de ce talent-ci étant ces changements instantanés de tenues vestimentaires qu'elle affectionne -au grand dam de son entourage !
Son caractère aussi se trouve changé : déjà plutôt pêchue et volontaire, la voilà qui se surprend agressive et prenant un plaisir manifeste au moindre affrontement. Un épisode publié avec la réédition de la série -avant la "renaissance-bis" commerciale de l'ouvrage noté ici- est assez réussi, qui nous dépeint son trouble à assumer une vie "normale" (de Super-Héros, hein !) quand aucune des contraintes habituelles de l'humain moyen ne vous concernent plus vraiment...
L'aventure au sein du "Cristal De M'Kraan", qui lui offre l'occasion d'exprimer "à fond" son pouvoir incommensurable, la fait basculer dans un état de conscience inhumain, proprement extatique mais qui, une fois revenue su Terre, va lui laisser un sentiment de manque qui va aller en s'amplifiant au fil des épisodes suivants. Surtout que, dorénavant, ses aptitudes originellement infinies semblent lui faire défaut à plusieurs reprises et, ce qui est un comble, lors d'affrontements beaucoup plus anecdotiques... On apprendra plus tard, via les recherches de Xavier et du professeur Moïra Mc taggart, que Jean a inconsciemment -instinctivement !- mis elle-même en place des limites à sa capacité à manifester son "pouvoir de Phénix", tant il lui fait peur dans son absolu quasi divin.
Profondément malheureuse à la suite de la mort de son compagnon Scott Summers (twist de scénario, évidemment !), et traitée de manière assez démissionnaire par Xavier -trop effondré, apparemment, pour seulement se rappeler le dilemme spécifique plutôt sérieux de la jeune femme !- Jean, au fil d'errances estivales, va tomber sous l'influence séductrice du Cerveau, ennemi de la première heure des X-Men qui, sous l'apparence du bellâtre Jason Wingarde, va s'imaginer assujettir Phénix en lui faisant croire qu'elle est une autre, dans une autre réalité.
Radicalisant le côté dominant de la Super-Héroïne -à la personnalité déjà fortement altérée par la douleur de son récent deuil, et qui s'ajoute aux angoisses qu'elle nourrit envers son existence si manifestement inhumaine- le pauvre innocent va peu à peu réduire à néant les barrières mentales "d'auto-contrôle" de sa victime. Quand Jean émerge finalement de son état de suggestion, son identité fragmentée ne peut plus prétendre au moindre empire sur sa nature proprement divine et, soucieuse d'éliminer ses liens les plus profonds d'avec les restes de son humanité, elle affrontera les X-Men (sans conviction...) avant de s'envoler pour accomplir sa destiné (?!) dans l'infini cosmique, plus à sa démesure. Conclusion assez ratée qui, à cause de zèle de John Byrne -encore lui !- se soldera par le suicide de Jean pour obéir au exigences moralisatrices de l'éditeur. À posteriori, la relance du personnage sous le prétexte de la double identité "cosmique" (Byrne ! Toujours lui !) apparait comme une tentative de racheter la conclusion bâclée de l'arc originel -plus les gros sous, évidemment.
... Mais SI on s'en tient à la trame originelle, il s'agit bel et bien de la brillante mise en abîme Super-Héroïque (bien avant le ratage Sentry !) d'un cas de toxicomanie ; extrapolation ô combien plus originale et intéressante qu'une énième illustration du dilemme du docteur jeckyll.
Dépositaire involontaire d'une puissance la libérant des contraintes physiques -et donc éthiques- du commun des mortels, Jean Grey se retrouve ainsi capable d'éprouver -je cite la traduction : "... Une extase inaccessible à la compréhension humaine !" ! Luttant jusque dans son inconscient (les inhibiteurs auto-hypnotiques) contre son manque dévorant : "... J'ai faim, Scott. Ce besoin est devenu une partie de moi : il me consume...", elle ne faiblira qu'une fois dépouillée de sa dignité par le Cerveau, réduite à ses instincts les plus charnellement primaires.
La fin (éditoriale, précipitée et maladroite) de Phénix demeure très regrettable dans l'Historique X-Men ; cette Super-Héroïne ayant profité d'un des travail d'écriture les plus élaboré (car patient !) et réussi du MCG. La subtile dégradation identitaire de la jeune femme aimante, enjouée et volontaire, via cette puissance -irrésistible de séduction !- dont elle dispose librement de par sa "condition mutante", est une démonstration très claire du pouvoir de la dépendance et de ses conséquences inévitables. Et le fait qu'elle ne peut être "sevrée", car étant elle-même dépositaire de sa propre "drogue" (!), magnifie encore d'avantage la grandeur du personnage : noble jusqu'au bout dans son sacrifice ultime, elle n'abdiquera sa résistance à sa malédiction qu'une fois rendue insane par son manipulateur -si mal avisé !
J'éprouve un grand attachement pour Jean/Phénix, très bonne exploitation du concept mutant version MCG et véritable incarnation de l'esprit de la bande ; et -aussi !- personnage magnifiquement mis en images par Cockrum et Byrne. L'Oiseau de feu, qui se déploie derrière elle, n'a jamais vraiment été explicité dans la première Version, et semble avoir servi comme argument à l'existence d'une "entité cosmique", autonome et séparée de la Super-Héroïne, justifiant la relance des années quatre-vingt. Spectaculaire expression graphique de la puissance -surtout par Cockrum, Byrne le définissant progressivement de plus en plus nettement, affaiblissant son impact visuel- j'ai fini par imaginer qu'il s'agissait probablement de la perception que Jean a d'elle-même quand elle manifeste son pouvoir : héritage culturel Occidental oblige. Peut-être que si elle était née en Inde, c'est à une déesse aux bras multiples que nous aurions eu droit...
Quand à l'ouvrage cité pour ces avis, il a beau être très honnêtement illustré par John Byrne -...!-, son scénario échoue à dissimuler le prétexte éditorial manifeste et cette Jean Grey là, franchement dénuée de nuances (jusque dans son brushing impeccable !) ne saurait séduire qu'un novice dans l'univers des Super-Héros Marvel.
À lire si on est près à renier certaines des meilleures heures de la Boîte À Idées.
J'ai été déçu de cet album qui est plus une variation d'auteur sur Blake et Mortimer qu'un album de la saga. Peu de dialogues contrairement à Jacobs. On reste donc en dehors des personnages. Les cases sont trop grosses et on est à la limite du gros plan permanent. Figures immobiles. Peu expressives. Décors pas fouillés. A plat de couleurs. Le scénario est pas mal mais bon on a vu mieux même récemment. Le dessinateur s'est fait plaisir mais pas à nous. Pour le suivant retour aux fondamentaux. Décors fouillés, histoire à tiroirs et surtout des dessins pas des tableaux presque immobiles.
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Dune (Macchio/Sienkiewicz)
Cet album est clairement une œuvre de commande, un de ces "albums du film" totalement dispensables. Même si c'est un nom célèbre depuis comme Bill Sienkiewicz qui est au dessin, son style apparait ici très désuet, similaire à quelques autres adaptations sérieuses de film de l'époque telles que les comics Star Wars des années 80. Il colle autant que possible aux designs du film de David Lynch, qu'il s'agisse des décors, des véhicules ou des visages des acteurs. Au niveau de la mise en scène, il insiste sur les dialogues et les plans serrés sur les personnages, au détriment des décors, ce qui donne une sensation d'étouffement et coupe complètement l'intensité des paysages désertiques et de science-fiction. Ça pourrait être une bonne chose car le roman Dune est précisément axé sur l'intensité des échanges entre les personnages et tout ce qu'impliquent leurs discussions. Mais c'est aussi très fortement au détriment des scènes d'action qui sont ici réduites à leur plus simple expression, expédiées en deux ou trois cases maximum quand elles ne sont pas tout simplement éludées. Certaines apparaissent même risibles, comme l'empoisonnement de Pieter de Vries ou la mort du baron. Inversement, plusieurs pages sont dépensées sans compter pour raconter les visions de Paul, ce qui a probablement dû faire plaisir à Bill Sienkiewicz puisque ça correspond plus à son style graphique parfois abstrait. Hormis les quelques textes narratifs qui décrivent les scènes et les lieux, la plupart des dialogues sont exactement ceux du film, monologues intérieurs inclus, même s'ils sont parfois assez mal mis en place dans les bulles et cases, avec l'impression que l'ordre des paroles a été chamboulé, et parfois qu'un interlocuteur répond à une question que l'autre a posée nettement plus tôt. Quand ce n'en sont pas directement les mots du film, ce sont des ajouts assez poussifs destinés à palier aux manquements de la BD par rapport au média cinématographique. Parfois ils sont inclus pour donner plus de détails sur le contexte, ou expliquer par la parole des scènes que les vidéos du film permettaient de montrer directement. Et d'autres fois, ils servent à expliquer ce qu'il s'est passé durant les ellipses, quand la BD a dû couper certains passages du film pour gagner de la place et qu'un interlocuteur doit raconter brièvement ce qu'il s'est passé. Quant à la narration, si les premières pages sont très fidèles au film dans leur rythme et leur mise en scène, le rythme s'accélère une fois arrivé sur Arrrakis et file à toute vitesse quand Paul et sa mère rencontrent les Fremen, pour reprendre finalement le rythme du film lors de la confrontation avec l'Empereur. J'ai été surpris toutefois par l'inclusion d'une scène en particulier, celle de la création de l'eau de la vie, alors qu'il s'agit d'un passage que David Lynch a supprimé au montage dans sa version cinéma. Globalement, c'est une curiosité complètement désuète et sans intérêt, même pour un grand amateur de Dune tel que moi.
Dune (Macchio/Sienkiewicz)
Je suis fan des romans du premier cycle de Dune (Dune, Le Messie de Dune et Les Enfants de Dune), et je m’intéresse également aux adaptations en tout genre (films, jeux vidéo, BDs). Je me devais donc de dénicher cette adaptation kitch du film de David Lynch sorti en 1984. On retrouve l’ambiance bien particulière de cette adaptation cinématographique qui n’avait pas fait l’unanimité lors de sa sortie (c’est le moins qu’on puisse dire). J’ai trouvé le début de l’histoire lisible et compréhensible - peut-être suis-je trop familier avec l’intrigue - mais la pagination très réduite (64 pages, un record) nécessite des coupures grossières qui rendent la suite des évènements beaucoup plus difficile à suivre. J’ai adoré la mise en image de Bill Sienkiewicz. Elle fait très « comics des années 80 », et les couleurs de Michael Higgins donne un ton « Métal Hurlant » que j’ai beaucoup apprécié. J’ai notamment adoré la représentation de la planète Arrakis. Par contre les rares scènes d’action m’ont semblé plutôt ridicules. Cet album est une curiosité, une découverte amusante pour le complétiste de Dune que je suis… mais objectivement, il y a de meilleures façons de découvrir cette histoire (à commencer par l’adaptation plus récente du roman original : Dune - Le roman graphique).
Ultimate Agency
Je me retrouve très bien dans l’avis de Ro. Le début est assez classique, avec un détective privé bonnasse et revenu de tout (et forcément ancien flic), sa secrétaire bimbo et désoeuvrée. Sans réels clients, il se trouve embarqué dans une affaire bizarre et violente via un ancien collègue flic. Rapidement, ça va prendre des proportions inquiétantes, et dépasser le cadre du polar poisseux classique, pour basculer dans le thriller international. Le mélange des deux est maladroit et la greffe peine à prendre. D’autant que les facilités scénaristiques, les incohérences vont se multiplier (surtout dans le deuxième tome). A commencer par les rapports entre le privé et sa secrétaire : au départ c’est elle qui lui fait du gringue et lui qui la rembarre, et par la suite, c’est inversé ? Mais c’est surtout la facilité avec laquelle notre privé échappe aux tueurs surentrainés lancés à ses trousses qui fait perdre de la crédibilité à l’histoire : plusieurs tireurs d’élite le mitraillent avec sa secrétaire dans un coin paumé au fond des bois, puis attendent des heures sans rien faire alors qu’ils auraient pu les achever sans problème (et/ou les toucher dès le départ), jusqu’à l’arrivée tout aussi improbable de la police. De même, la façon avec laquelle il échappe à d’autres tueurs grâce à un gilet pare-balles et l’arrivée opportune d’un sauveur, puis au gros bonnet sur la fin (pourquoi n’a-t-il pas été abattu ? Le bluff du privé est un peu gros – et comment et pourquoi a-t-il piégé le CD pour tuer le commanditaire ???), tout ça m’est apparu hautement improbable. Enfin, toute la partie thriller autour de Ben Laden n’est pas du tout convaincante, sur le fond et sur la forme (en plus de détonner dans un récit partant au départ sur un petit polar classique). Bref, un scénario qui a vu trop grand, qui s’est écarté de la crédibilité nécessaire pour convaincre le lecteur d’avaler des couleuvres d’habitude pas trop grosses. Au niveau du dessin, j’ai trouvé que c’était lisible, avec un trait gras et inégal dans le premier tome, et quelques visages ratés. Dans le deuxième tome, le trait devient plus fin et plus précis (au point que j’ai cru à un changement de dessinateur ou de coloriste, mais ça n’est pas le cas). A noter que le second album conclut une sorte de cycle, et qu’un troisième était annoncé (« Le vaudou est toujours dehors »), mais il n’a semble-t-il jamais été publié.
Paul Jenkins présente Hellblazer
J'ai une relation très inégale avec John Constantine. Il y a certaines de ses aventures que j'aime beaucoup comme celles scénarisées par Mike Carrey ou encore la majeure partie et surtout la fin du film avec Keanu Reeves. Et il y en a pas mal d'autres qui m'ennuient voire que je n'ai vraiment pas aimées. Et malheureusement, ces aventures scénarisées par Paul Jenkins font partie du second lot. Il s'agit d'histoires courtes, allant de 1 à 5 épisodes chacune. Si la première se déroule en Australie, les autres se passent en Grande Bretagne, décor plus typique pour ce héros très londonien ancré dans une ambiance punk des années 80. Il se retrouve confronté à diverses divinités mineures, des fantômes et autres entités surnaturelles, ainsi qu'à quelques humains mauvais. Et il débrouille les situations par ses connaissances ésotériques et surtout son esprit retors à même d'embrouiller et coincer ses adversaires, ne leur laissant pas d'autre choix que de faire ce qu'il veut. Présentés ainsi, ces ingrédients avaient tout pour me plaire, mais c'est la mise en scène et la narration qui ont plombé ma lecture. Pour commencer, le graphisme n'est pas ma tasse de thé. Ancré dans un style sérieux et réaliste des années 90, un peu underground, il est convenable techniquement. Mais comme pour le dessin des premiers épisodes de Sandman auquel je serais tenté de le comparer, il lui faut une bonne histoire pour lui permettre de me satisfaire. Et ce ne fut pas le cas ici. Les histoires sont très verbeuses, très ambiance polar noir avec ce héros nonchalant qui monologue souvent et parle par non-dits et sous-entendus quand il ouvre la bouche. Outre le fait que le rythme lent et bavard peine à captiver, j'ai décroché trop souvent, mal compris les enjeux et pas saisi comment Constantine sauvait la plupart des situations. Et c'est là le principal souci : quand le concept d'un personnage est de débrouiller les conflits par son esprit et ses connaissances et qu'on n'y comprend pas grand chose, on passe complètement à côté de l'histoire, comme ce fut mon cas. En outre, l'esprit sérieux années 80-90 de cette série, en partie politique, et sa sociologie britannique de l'époque m'ennuient, de même que les différents protagonistes. Bref, je n'ai pas apprécié ces aventures là de Constantine.
Léna (Le Long Voyage de Léna)
J’ai un peu de mal avec certains scénarios de Christin, et cette série tombe un peu dans ce qui me gêne parfois chez lui. On y retrouve en tout cas certaines de ses marottes : une aventurière bourlingueuse, la traversée des frontières (thème récurrent chez Christin) – au cœur du premier tome, mais le dernier tourne aussi autour de la (re)définition de frontières –, et la décomposition/recomposition politique, en Europe de l’Est, ou au Proche-Orient). Il y a un peu de certaines séries publiées en collaboration avec Bilal, ou Puchulu. La narration prend son temps. C’est clair que ça n’est pas du récit d’espionnage à la James Bond ! L’action est avant tout cérébrale, et il n’y a pas non plus les bimbos habituelles dans ce type d’histoire. Des longueurs, un rythme presque engourdissant. Pourquoi pas ? Le premier tome est une très longue exposition (qui ne nous livre pas trop d’informations sur les protagonistes et leurs motivations), pour arriver à une fin brutale (dans tous les sens du terme). Le deuxième tome réserve lui aussi sa seule scène d’action pour la fin, mais dès le départ on sait où et avec qui l’on va contrairement au tome précédent. Le troisième tome est une sorte de huis-clos durant une conférence internationale plus ou moins secrète pour aboutir à la fin des tensions au Proche-Orient. Les choix narratifs de Christin ne rendent pas forcément palpitants les récits (et le dessin de Juillard, académique et avec des visages un peu figés accentue sans doute le ressenti de lenteur de l’ensemble). Disons que les premier et troisième albums se laissent lire (et sans doute ceux qui sont moins rétifs que moi au style de Christin apprécieront davantage), le deuxième m’est apparu trop artificiel et trop peu crédible. Tout tourne autour du personnage de Lena. Femme d’un diplomate français mort dans un attentat à l’étranger, elle se retrouve enrôlé par les services secrets français pour mener quelques missions d’infiltration. Bon, là aussi pourquoi pas ? Sur le premier tome, elle n’est qu’une messagère, ça reste crédible (même si elle fait preuve d’un grand sang-froid, qu’elle a une mémoire énorme – et accessoirement qu’elle garde les mêmes vêtements durant les semaines que dure son voyage !). Par contre dans le deuxième tome, cette femme au foyer qui infiltre un réseau djihadiste menaçant de commettre des attentats suicide, je n’y ai pas cru un instant ! D’autant plus qu’en sus du sang-froid déjà évoqué, elle montre des capacités dignes des meilleurs agents secrets. Son rôle dans le dernier album est lui aussi dur à accepter, et l’intrigue elle-même ne m’a pas convaincu. Les scénarios sont trop longs, faussement alambiqués, et le personnage central manque trop souvent de crédibilité.
Replay - Mémoires d'une famille
Je n'ai pas accroché à ce pavé de plus de 300 pages sur l'histoire de la famille de Jordan Mechner. Comme le souligne pol dans son avis, la vie autour de la conception du jeu vidéo "Prince au Persia", ses anecdotes et son évolution sont la porte d'entrée du livre. Comme je ne m'intéresse pas du tout à cette thématique, la porte est restée fermée pour moi et j'ai trouvé le récit ennuyeux. De plus j'ai trouvé la structure du récit chaotique avec des thématiques très visitées en BD et ici traitées d'une façon très froide. Comme Mechner travaille sur 3 générations (4 si on compte ses enfants) j'ai eu du mal à m'y retrouver entre le père ou le grand-père à différentes époques. De plus j'ai trouvé toute la partie intimiste assez fade et ennuyeuse. Le graphisme est typiquement celui d'un documentaire assez simpliste pour les visages plus abouti pour les décors. Une lecture qui ne m'a pas séduit et trop longue.
Sans préambule
Un one-shot rempli d’histoires contemplatives qui vont sans doute plaire aux amateurs du genre. Les histoires mettent en scène des adolescentes dans leurs vies quotidiennes (sauf la dernière histoire bonus) et si je n'ai rien contre les histoires qui racontent la vie de tous les jours, cela devient vite ennuyeux si rien d'intéressant se produit, et c'est le cas. La vie de ces adolescentes est banale, je n'ai ressenti aucune poésie et parfois la fin était un peu trop abrupte. C'est vraiment le type de manga où il ne se passe rien et on est censé ressentir les émotions du personnage principal et je n'ai rien ressenti sauf l'ennui. Peut-être que ça va plus parler aux lectrices qu'à moi, mais je pense que plusieurs vont s'ennuyer aussi. Le seul point fort est le dessin que j'ai bien aimé. Si je ne me trompe pas, la dessinatrice n'a pas encré son dessin et cela ressemble plus à des esquisses et c'est très beau à regarder vu que les cases sont plus grosses que dans un manga ordinaire. À la limite, cela fait un bel artbook, mais pas un bon manga.
Gaston Lagaffe (Delaf d'après Franquin)
Je suis fan de Franquin et donc assez circonspect à l'idée qu'un légitime hommage se transforme en une nouvelle et juteuse déclinaison en série. Pour autant, je n'estime pas fondamentalement que Gaston soit intouchable. J'ai récemment applaudi L'Espoir malgré tout et la transposition du marsupilami dans la Belgique d'après guerre dans La Bête. J'ai par ailleurs offert cette BD durant les fêtes. Concrètement, les dessins de Delaf sont assez bons et en parcourant ces pages, on retombe bien dans l'univers si familier et apprécié de la rédaction de Spirou. On note néanmoins, comme toujours dans ce type de reprise, que la patte du nouvel illustrateur se ressent dans certaines postures/attitudes nouvelles des personnages, via certains nouveaux personnages créés... faisant, certes à la marge, perdre à l'ensemble son homogénéité visuelle. Rien de scandaleux, ce point-là, si décrié lors du procès pour plagiat, est plutôt une réussite. C'est sur l'aspect gag que le bât blesse. Pourtant, Delaf respecte les "consignes" de départ : ne pas moderniser l'institution, procéder à quelqu'ingénieux clins d’œil contemporains, contextualiser ce retour, naviguer au sein de figures imposées (boîte Chimie facile, le gaffophone, la voiture, Jules de chez Smith en face, etc.). Tout est correctement respecté, ou presque (M'amezelle Jeanne est devenue une quasi nympho, misogynie évidente aussi côté attitudes des personnages féminins de la rédaction). Le retour de Fantasio pour suppléer un Prunelle en dépression, transformant l'ensemble en un quasi récit et non plus une suite de gags, est même une idée assez aventureuse plutôt convaincante en théorie. Mais la sauce ne prend globalement pas : les gags sont tout simplement médiocres et passée la joie de revoir Gaston en des pages inconnues, force est d'admettre que l'on sourit vaguement, mais ne rit jamais. Un échec humoristique, mais une réussite visuelle... atteinte via de bien discutables procédés.
X-Men - L'Envol du Phénix
... Il y a décidément un malentendu manifeste au sujet de ce personnage séminal de l'univers Marvel, si fabuleusement "recréé" par Chris Claremont et Dave Cockrum dans les tous premiers épisodes de la série des "Nouveaux X-Men" ... Et ça m'énerve ! Apparue en même temps que ses petits camarades de l'équipe originelle des années soixante, elle est alors dépeinte comme une jeune fille au caractère trempé -l'inverse de la Susan Storm de l'époque-, douée du pouvoir de télékinésie (la capacité de déplacer les objets à distance grâce à la seule force de sa volonté). Ses capacités télépathiques n'apparaitront qu'à mi-chemin de la première série ; sorte "d'enseignement" (?!) prodigué par le Professeur Xavier, télépathe lui-même. Simple prétexte à différencier plus franchement les pouvoirs de Marvel-Girl (son alias Super-Héroïque) de ceux de l'Invisible Girl des Fantastic Four : télékinésie et "champs de force" ayant peu ou prou les mêmes applications et représentations graphiques. Une mise au point (bienvenue !) sera faite -une éternité plus tard !- précisant que Jean Grey, enfant, s'est retrouvée "connectée" mentalement à sa camarade de jeu, mourante à la suite d'un accident de la circulation ; les circonstances traumatiques du drame ayant révélé le pouvoir mutant, "traditionnellement" latent jusqu'à la puberté. L'éveil incontrôlé -et surtout trop précoce !- de ce talent poussant la gamine à s'isoler le plus possible de son entourage pour finalement frôler la catatonie, amènera donc ses parents à consulter le professeur Charles Xavier, ce dernier se présentant en tant que psychiatre spécialisé (!). Fidèle à son personnage originel (assez dominateur et imbu de lui-même !), il prend sur lui "d'inhiber" le pouvoir spécifique de la fillette, ce qui lui permet de retrouver la santé et de reprendre une vie normale -ce jusqu'à son enrôlement au sein des X-Men, aux alentours de ses seize/dix-sept ans... On imagine que les parents Grey ont une confiance assez déraisonnable envers celui qui a sorti leur fille de sa claustration... Les naïfs ! Apparemment "dopé" par la mise en berne de ses capacités télépathiques, le pouvoir télékinétique de Jean devient donc son atout numéro un jusqu'à ce que Xavier -ayant prévu de s'absenter un temps pour préparer sa riposte à la future invasion extra-terrestre "S'Nozz" (pas sûr de l'orthographe !)- décide de "réactiver" les centres Psi de la jeune fille... Cette aptitude particulière fera donc qu'elle seule pourra sauver les X-Men, isolés sur la plate-forme orbitale du S.H.I.E.L.D. au beau milieu de "l'orage solaire" du siècle : elle "absorbera" les connaissances techniques de l'astronaute Peter Corbeau afin de pouvoir piloter leur navette spatiale et les ramener sur Terre. L'équipe réfugiée dans la soute blindée, elle s'installe aux commandes du poste de pilotage en espérant, grâce au "colmatage télékinétique" d'une brèche béante dans le fuselage, survivre assez longtemps pour remplir sa mission. "Brûlée à mort" -je cite la traduction originelle !- "par les radiations solaires", son esprit refuse néanmoins l'anéantissement et, devenue une entité purement spirituelle, elle se re-matérialise sous une forme "sublimée" d'elle-même, faite d'"énergie cosmique". Devenue quasi toute-puissante (elle peut désormais voler, émettre des rafales destructrices et se "réincarner" sous la forme d'un oiseau de feu -le Phénix, son nouvel alias si logique !), elle réalise rapidement qu'elle peut puiser sans limite dans ses réserves pour démultiplier ses pouvoirs originels. Devenue une télépathe quasi-égale à son instructeur, elle découvre surtout que sa télékinésie s'exerce dorénavant jusqu'au niveau moléculaire de la matière (!); la plus anecdotique manifestation de ce talent-ci étant ces changements instantanés de tenues vestimentaires qu'elle affectionne -au grand dam de son entourage ! Son caractère aussi se trouve changé : déjà plutôt pêchue et volontaire, la voilà qui se surprend agressive et prenant un plaisir manifeste au moindre affrontement. Un épisode publié avec la réédition de la série -avant la "renaissance-bis" commerciale de l'ouvrage noté ici- est assez réussi, qui nous dépeint son trouble à assumer une vie "normale" (de Super-Héros, hein !) quand aucune des contraintes habituelles de l'humain moyen ne vous concernent plus vraiment... L'aventure au sein du "Cristal De M'Kraan", qui lui offre l'occasion d'exprimer "à fond" son pouvoir incommensurable, la fait basculer dans un état de conscience inhumain, proprement extatique mais qui, une fois revenue su Terre, va lui laisser un sentiment de manque qui va aller en s'amplifiant au fil des épisodes suivants. Surtout que, dorénavant, ses aptitudes originellement infinies semblent lui faire défaut à plusieurs reprises et, ce qui est un comble, lors d'affrontements beaucoup plus anecdotiques... On apprendra plus tard, via les recherches de Xavier et du professeur Moïra Mc taggart, que Jean a inconsciemment -instinctivement !- mis elle-même en place des limites à sa capacité à manifester son "pouvoir de Phénix", tant il lui fait peur dans son absolu quasi divin. Profondément malheureuse à la suite de la mort de son compagnon Scott Summers (twist de scénario, évidemment !), et traitée de manière assez démissionnaire par Xavier -trop effondré, apparemment, pour seulement se rappeler le dilemme spécifique plutôt sérieux de la jeune femme !- Jean, au fil d'errances estivales, va tomber sous l'influence séductrice du Cerveau, ennemi de la première heure des X-Men qui, sous l'apparence du bellâtre Jason Wingarde, va s'imaginer assujettir Phénix en lui faisant croire qu'elle est une autre, dans une autre réalité. Radicalisant le côté dominant de la Super-Héroïne -à la personnalité déjà fortement altérée par la douleur de son récent deuil, et qui s'ajoute aux angoisses qu'elle nourrit envers son existence si manifestement inhumaine- le pauvre innocent va peu à peu réduire à néant les barrières mentales "d'auto-contrôle" de sa victime. Quand Jean émerge finalement de son état de suggestion, son identité fragmentée ne peut plus prétendre au moindre empire sur sa nature proprement divine et, soucieuse d'éliminer ses liens les plus profonds d'avec les restes de son humanité, elle affrontera les X-Men (sans conviction...) avant de s'envoler pour accomplir sa destiné (?!) dans l'infini cosmique, plus à sa démesure. Conclusion assez ratée qui, à cause de zèle de John Byrne -encore lui !- se soldera par le suicide de Jean pour obéir au exigences moralisatrices de l'éditeur. À posteriori, la relance du personnage sous le prétexte de la double identité "cosmique" (Byrne ! Toujours lui !) apparait comme une tentative de racheter la conclusion bâclée de l'arc originel -plus les gros sous, évidemment. ... Mais SI on s'en tient à la trame originelle, il s'agit bel et bien de la brillante mise en abîme Super-Héroïque (bien avant le ratage Sentry !) d'un cas de toxicomanie ; extrapolation ô combien plus originale et intéressante qu'une énième illustration du dilemme du docteur jeckyll. Dépositaire involontaire d'une puissance la libérant des contraintes physiques -et donc éthiques- du commun des mortels, Jean Grey se retrouve ainsi capable d'éprouver -je cite la traduction : "... Une extase inaccessible à la compréhension humaine !" ! Luttant jusque dans son inconscient (les inhibiteurs auto-hypnotiques) contre son manque dévorant : "... J'ai faim, Scott. Ce besoin est devenu une partie de moi : il me consume...", elle ne faiblira qu'une fois dépouillée de sa dignité par le Cerveau, réduite à ses instincts les plus charnellement primaires. La fin (éditoriale, précipitée et maladroite) de Phénix demeure très regrettable dans l'Historique X-Men ; cette Super-Héroïne ayant profité d'un des travail d'écriture les plus élaboré (car patient !) et réussi du MCG. La subtile dégradation identitaire de la jeune femme aimante, enjouée et volontaire, via cette puissance -irrésistible de séduction !- dont elle dispose librement de par sa "condition mutante", est une démonstration très claire du pouvoir de la dépendance et de ses conséquences inévitables. Et le fait qu'elle ne peut être "sevrée", car étant elle-même dépositaire de sa propre "drogue" (!), magnifie encore d'avantage la grandeur du personnage : noble jusqu'au bout dans son sacrifice ultime, elle n'abdiquera sa résistance à sa malédiction qu'une fois rendue insane par son manipulateur -si mal avisé ! J'éprouve un grand attachement pour Jean/Phénix, très bonne exploitation du concept mutant version MCG et véritable incarnation de l'esprit de la bande ; et -aussi !- personnage magnifiquement mis en images par Cockrum et Byrne. L'Oiseau de feu, qui se déploie derrière elle, n'a jamais vraiment été explicité dans la première Version, et semble avoir servi comme argument à l'existence d'une "entité cosmique", autonome et séparée de la Super-Héroïne, justifiant la relance des années quatre-vingt. Spectaculaire expression graphique de la puissance -surtout par Cockrum, Byrne le définissant progressivement de plus en plus nettement, affaiblissant son impact visuel- j'ai fini par imaginer qu'il s'agissait probablement de la perception que Jean a d'elle-même quand elle manifeste son pouvoir : héritage culturel Occidental oblige. Peut-être que si elle était née en Inde, c'est à une déesse aux bras multiples que nous aurions eu droit... Quand à l'ouvrage cité pour ces avis, il a beau être très honnêtement illustré par John Byrne -...!-, son scénario échoue à dissimuler le prétexte éditorial manifeste et cette Jean Grey là, franchement dénuée de nuances (jusque dans son brushing impeccable !) ne saurait séduire qu'un novice dans l'univers des Super-Héros Marvel. À lire si on est près à renier certaines des meilleures heures de la Boîte À Idées.
Blake et Mortimer - L'Art de la guerre
J'ai été déçu de cet album qui est plus une variation d'auteur sur Blake et Mortimer qu'un album de la saga. Peu de dialogues contrairement à Jacobs. On reste donc en dehors des personnages. Les cases sont trop grosses et on est à la limite du gros plan permanent. Figures immobiles. Peu expressives. Décors pas fouillés. A plat de couleurs. Le scénario est pas mal mais bon on a vu mieux même récemment. Le dessinateur s'est fait plaisir mais pas à nous. Pour le suivant retour aux fondamentaux. Décors fouillés, histoire à tiroirs et surtout des dessins pas des tableaux presque immobiles.