Gaston Lagaffe (Delaf d'après Franquin)

Note: 3.62/5
(3.62/5 pour 13 avis)

La reprise de la saga culte de Franquin par Delaf.


Auteurs canadiens Autour de Gaston Lagaffe

Panique à la rédaction ! Gaston Lagaffe revient de vacances ! Et il apporte avec lui tout un lot de nouvelles inventions délirantes... Avec son lot d'intrigues au suspense brûlant : Cette signature que Mesmaeker appose au bas des contrats est-elle définitive ? Gaston arrivera-t-il au bout de la patience de Prunelle et de Fantasio ? L'ami insistant de Gaston réussira-t-il à publier ses planches atrocement laide dans Spirou ? Et surtout, que vont devenir les planches de Franquin que Gaston a malencontreusement égarées ?

Scénario
Dessin
Couleurs
Editeur
Genre / Public / Type
Date de parution 22 Novembre 2023
Statut histoire Strips - gags 1 tome paru

Couverture de la série Gaston Lagaffe (Delaf d'après Franquin) © Dupuis 2023
Les notes
Note: 3.62/5
(3.62/5 pour 13 avis)
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22/11/2023 | Josq
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Par Onidream
Note: 2/5

Il m'a fallu un temps immense pour me décider ou non à émettre mon opinion sur le retour de Gaston sous la plume de Delaf. Au delà de l'aspect polémique de son retour, cette BD a été une succession de réflexions avant de l'avoir ouverte puis après l'avoir refermée. C'est en voyant l'annonce d'un nouveau Gaston dans les starting blocks que je me suis décidée à donner mon avis. Et il y a beaucoup de choses à dire. La patte de Delaf, son trait "élastique" et rond pourtant aux antipodes de Franquin parvient à faire illusion sur plusieurs planches et il faut l'avouer, c'est un exercice de style difficile. Même si on retrouve parfois cette morphologie caoutchouteuse, proche du cartoon dans certaines expressions et postures, on sent la profonde envie de coller au mieux au style graphique rugueux et organique de Franquin. Comme dit précédemment, l'exercice est difficile, mais sur ce niveau c’est réussi ! Et ce n'est pas un scoop, c'est le premier point ressorti par la plupart des critiques, et à raison. Pourtant un petit quelque chose cloche. Mais continuons. On retrouve nombre de personnages iconiques. A la façon d'une immense fresque destinée aux fans de Gaston, Delaf arrose de références, de visages connus, ressuscitant même un Raoul Cauvin croisé au détour de quelques rares planches dans l’œuvre de Franquin ! De quoi faire plaisir à voir des visages longtemps laissés aux cartons. Encore un petit quelque chose qui cloche... mais quoi ? Pour les gags, c'est là que ça commence à coincer. En vérité, ce sont des détails mais qui sautent aux yeux quand on y fait attention il y a quelque chose sur lequel il est difficile de mettre le doigt. Ce n'est pourtant pas la première reprise chez Dupuis d'un héros culte. Mais là c’est différent. Alors parlons-en. Spriou (que Franquin a popularisé grâce à sa reprise) a été re-repris par d'autres auteurs, et cela s'est fait sans trop de douleurs. À vrai dire, le petit groom était suffisamment malléable pour s'insinuer partout et être accordé à toutes les sauces, de l'exploration à l'aventure à l'uchronie, au drame ou à d'autres genres avec autant de styles, d'écritures et de réécriture différentes, une sorte de Spirou Cinématic Universe, existant dans de nombreux univers parallèles et diverses temporalités. Chaque album ayant ses forces et ses faiblesses, il ne devenait plus l'incarnation d'un auteur, mais permettait au contraire l'exploration d'un univers et d'une aventure où chacun pouvait faire jouer ses talents. Peut-être que le Gaston de Delaf a le "désavantage" de n'être que le premier exercice de ce style sur Gaston, mais un début de réponse se profile : Gaston est une œuvre profondément ancrée dans son temps et -pire- ancrée à son auteur. Delaf a fait le choix conscient de laisser évoluer son Gaston dans un univers rétro, où rien n'a réellement changé dans la rédaction. Les années 70. Là où le Gaston de Franquin faisait irruption au milieu des pages de Spirou chaque semaine, provoquant moult catastrophes et retards, justifiant la mal-impression de certaines pages et autres impondérables, le Gaston de Delaf apparaît anachronique. Loin des thèmes chers à Franquin, de ses angoisses et de ses réflexions (discrètes chez Gaston, elles sont exacerbées dans les fameuses Idées Noires), le Gaston de Delaf est plat, et les personnages font la part belle à un sentiment que je n'ai pas vu dans les Gaston de Franquin : un profond cynisme et une forme de agressivité à la fois latente et passive. Cela se ressent dans certaines expressions, dans certains dialogues et c'est probablement là où j'ai le plus tiqué. Malgré l'aspect gaffeur de Gaston et sa mauvaise foi évidente dans sa responsabilité, Gaston Lagaffe est un personnage profondément tendre, évoluant dans un univers inadapté pour lui (le travail), dans le rôle de celui qui va bousculer les codes, critiquer le militarisme, s’associer à GreenPeace ou à Amnesty. Et malgré sa présence presque parasite, personne n’a envie de le voir partir. On surprend Prunelle, Lebrac ou Fantasio sourire, ou rire franchement, apprécier sincèrement sa candeur et sa personnalité vive ou même apprécier ses inventions. Et ce malgré son manque évident d’implication. En vérité, ses gaffes ne font jamais mal bien longtemps car on finit par en rire en y repensant. La présence d’un gaffeur dans un récit qui entretient la frontière avec l’autofiction permettait à Franquin des gags savoureux où en substance, la mouette allait indirectement traiter Dupuis d'abruti, où Gaston balançait des ventouses à la figure du patron, où son Gaffophone détruisait et re(rererere)détruisait la rédaction du journal... cet aspect profondément cathartique et critique presque méta n'avait pas de conséquences : c'est la faute de Gaston, et mieux ! Ça fait rire les lecteurs ! Plus encore : Gaston permettait la critique et la réflexion, sur l'écologie, les droits de l'homme, le respect animal et l’émergence d’une contre-culture auquel le personnage paraît sensible. On le voit entouré d’amis de la mouvance hippie, s’inspirer d’un yogi, tenter d’améliorer le monde à son échelle, des inspirations clairement en phase avec les problématiques de son époque. Même si ça rate, on aime voir Gaston au moins essayer, parce qu'on sent sa bonne volonté. On se dit “dans l’idée, c’était bien trouvé”. Au fond, si c’est raté, ça ne l’est jamais de grand chose. Il est facile de remarquer qu’il invente avec les meilleures intentions du monde (son invention va faciliter la vie au bureau, va permettre d'être plus rapide, etc.) et lorsque ça rate, il en est le premier surpris. Ce qui rend Gaston heureux, c’est être utile. Et utile, au travail, d’un point de vue strict, évidemment qu’il ne l’est pas : il aspire à d’autres ambitions. Gaston c'est un ado rêveur et créatif qu'un stage en entreprise ne parvient pas à recadrer, un moment de détente dans un monde angoissé en pleine mutation, une bouffée d’air frais dans un univers carré et étouffant, tout comme Franquin n’a jamais pu vraiment cesser de dessiner, Gaston ne cesse jamais d’inventer. Le Gaston de Delaf s’inscrit dans l’univers plutôt “Nombrilesque” de son auteur. Mais la crème tranche. Déjà pour ce qui est de la période choisie, Gaston vit dans un univers où l’auteur vit dans son avenir. Loin de pouvoir proposer une réflexion sur des sujets de la société actuelle, de proposer des inventions irréalistes dignes des meilleurs bricoleurs du concours Lépine, Delaf propose plutôt des gags référencés qui prennent sens dans notre actualité (Spider-man, le vélo électrique...) qui amène parfois le lecteur à regretter des chutes un peu convenues. Je pense notamment au gag sur le littéral téléphone-mobile qui termine par un navrant “Aïe-phone”. Il n’est plus question de pouvoir se dire “certes l’exécution pêche, mais sur le fond ce n’est pas une mauvaise idée”. L’invention existe déjà. Autre extension de l’univers des Nombrils, un humour volontairement plus trash, parsemé de répliques qui touchent là où ça fait mal et qui ne manqueraient pas de charme dans les Nombrils, mais qui ne sied pas réellement à l’univers. Je pense à certaines répliques de Prunelle ou de Lebrac qui se montrent cassants, hautains, désagréables ou qui ont le “clash” facile avec des répliques du tac-au-tac. Pourquoi ça fonctionne à merveille dans les Nombrils ? Car on sent un profond désir de rendre des situations dramatiques et crues dans l’univers impitoyable d’adolescentes mal dans leur peau et qui cherchent à créer leur place, chercher ce qu’elles désirent vraiment dans un monde qui ne leur fait pas de cadeau. L’univers de Gaston est mû par une grande légèreté parfois teintée de mélancolie mais certainement jamais d’une violence latente, et si c’est le cas, il est le premier à en être peiné. Le Gaston de Delaf se rapproche d’un Léonard Génie où ses collègues font offices de disciples malheureux, servant à la science à leurs dépends face à un Gaston dénué de toute empathie. Le Gaston de Franquin fait figure de clown blanc, de l’auguste, d’un personnage de slapstick à la Chaplin ou les héros bien que caractériels, incompétents et maladroits connaissent de grands moments de poésie et de douceur dans le mouvements, dans les répliques, dans les interactions, dans les dynamiques. La couverture du Gaston semble d’ailleurs résumer le décalage : là où les couvertures des Gaston de Franquin ne montrent aucun geste violent envers les collègues, la couverture du Gaston de Delaf se permet une porte en pleine face sur le nez du pauvre Prunelle. Bref, exit les cases minimalistes, les ellipses, les gags où personne ne se fait mal ou ne souffre physiquement/psychiquement à cause de Gaston. A -quasi- chaque page semble résulter sa “chute” au sens physique et littéral, ce qui rend notre jeune utopiste plutôt détestable. On en vient à plaindre la rédaction de le garder dans ses bureaux. A contrario, Franquin se permettait des gags plus légers, absurdes, purement poétiques, des pages de calme ou sans réelle gaffe dans le sens physique du terme, justifiant d’ailleurs l’attachement des collègues de la rédaction pour ce garçon passionné et malgré tout extrêmement sympathique. Le Gaston de Franquin m'a émue. Le Gaston de Delaf m'a agacée. Pourtant, ce n'est pas faute de tenter de dépeindre un personnage bienveillant. Dans l'album de Delaf, on retrouve une planche avec un Gaston écolo dans l’âme et désireux de bien faire, militer contre la guerre, souhaiter le recyclage de son huile de moteur, aider ses amis, faisant contraste avec son attitude au travail. C’est un pas, mais trop peu pour comprendre que c’est son caractère qui est foncièrement bienveillant et non pas ses actions seules qui le sont. Là où d’autres caractères sont plus lourds, plus sérieux, c’est sur la détresse des personnages. Ils consultent un psy, tombent dans l’alcool, la dépression ou les crises de larme de manière répétée, non pas par le biais de leurs propres défauts que Gaston met en évidence, mais bien à cause de lui. Le problème de Prunelle n’est pas son implication outrancière à faire un bon travail ou son stress face à tout impératif ou son manque de sang froid face aux imprévus. Non. Il le verbalise: son souci c’est Gaston. Mademoiselle Jeanne n’est pas en reste en terme de détresse non plus ! En effet on retrouve une mademoiselle Jeanne qui a quitté sa candide attirance pour une attitude bien plus entreprenante, souhaitant clairement une relation concrète face à un Gaston stoïque à ses charmes, accusant clairement un retour en arrière dans leur relation. Même s’il est vrai que la relation entre Gaston et Jeanne n’est jamais explicitée et reste platonique (sauf en rêve, et encore !) elle semble dans le Gaston de Delaf n’être jamais allée au-delà d’une simple relation entre collègues et dans laquelle Gaston, visiblement grand ignorant des mystères amoureux, ne comprend aucun sous-entendus même les plus évidents. De même, l’ami dessinateur n’est plus simplement rembarré parce que ses dessins ne plaisent pas au rédacteur en chef. Ses dessins sont physiquement douloureux à regarder, au point d’en faire saigner des yeux. Exit la possibilité d’un dessin plus underground ou au contraire très académique qui ne cadre pas avec ce que le journal veut, ce n’est plus une question de goûts, c’est un simple fait. Peut-être était-ce ma lecture de ce personnage qui faisait que je le ressentais ainsi, mais dans “Franquin créa La Gaffe” un passage parle précisément de ce personnage et m'a conforté dans mon ressenti : Franquin avait pour projet de gag de montrer une oeuvre qu’il a fait chez lui et inviter Gaston à constater son art par lui-même... il s’avérera que ce cher ami dessinateur avait peint chez lui une grande fresque digne d’un Michelangelo ! Pourquoi je m’étends ainsi sur les différences avec le Gaston de Franquin ? Car il semble que tout ait été fait dans cet album pour être une BD “à la Franquin”, les principaux points forts étant "regardez comme c'est ressemblant et que ça respecte le matériel d'origine". Aussi la démarche de s'éloigner de Franquin n'est plus le sujet, au contraire, le sujet est justement de coller au plus près de Franquin en tout et pour tout. Même si l'auteur en joue dans quelques planches (qu'on devine faites après les premières critiques qui ont émergées après l'annonce de l'album), le fait reste que l'album a été marketé et mis en avant pour cela. La démarche de Dupuis me semble donc ambigue. D'autre part, même si Franquin n’a jamais posé son veto sur la reprise d’un Gaston, il semblait bien plus catégorique sur son style de dessin qualifié par lui même de “banal” et “ennuyeux”. La décision de recopier son style me paraît donc en opposition totale avec l’envie de Franquin de voir du sang neuf s’exprimer à travers son œuvre et c’est pourtant ce qui semblait motiver Dupuis pour proposer à Delaf de reprendre le flambeau. Avec une démarche proche d’un exercice de style, l’auteur n’a que peu de libertés créatives qui ne se remarquent que dans les attitudes non inspirées par un modèle. Pour les aficionados ou les plus attentifs, ces ruptures de style se remarquent et jurent un peu avec le reste. On en reste déçu de ne pas voir un Gaston plus “latex” et cartoon Nombrilesque, exploitant pleinement les talents de gestes, d’expressivité et de détails de Delaf sans devoir se conformer au plus près du maître Franquin qui avait une approche du geste et de la composition bien différente. L’oeuvre est comme entre deux feux : l’ambition de rendre un hommage mais aussi celle de continuer l’oeuvre en changeant le moins possible, notamment son aspect graphique, cela peut-être (et j’ose espérer que non) pour que le public reçoive mieux la BD et qu’on ne parle pas d’une œuvre “dénaturée” par un changement de style trop brutal et pour caresser un peu les fans réticents dans le sens du poil. Certes il a été maintes fois répété que Franquin n’avait jamais exprimé de "non" catégorique sur une potentielle suite à Lagaffe mais car cela semblait évident : la grande force de Lagaffe, c’était qu’il était le produit de son époque et de son auteur. De plus, ne pas dire "non" serait donc un gage de “oui” selon Dupuis ? La démarche pose question sur la gestion du monument de la BD qu’est Lagaffe et, par glissement, ce que chaque héros du plus multivisage comme Spirou au plus personnel comme Gaston représente réellement pour l’auteur, pour son public et pour sa maison d’édition. Bref, la BD en elle-même prise seule hors de l’oeuvre globale n’a rien de scandaleuse. Delaf a sûrement repris la BD avec les meilleures intentions du monde ainsi qu'un profond respect pour Franquin et un amour immense pour Gaston, il n'en faut point douter. Mais pourquoi maintenant, après un deuil qu'on avait tous et toutes fini par accepter : celui de ne plus jamais revoir ce cher Gaston ? Pour conclure, je ne puis que conseiller de lire ou relire le fabuleux “et Franquin créa Lagaffe” qui est une mine d’informations extraordinaire pour les fans de Gaston mais aussi un incroyable portrait de son créateur, tout en complexité, qui s'est bien souvent effacé derrière sa création.

19/04/2026 (modifier)
L'avatar du posteur Steftheone

Voilà une bonne idée du site que de séparer la série mère de Franquin de cette reprise de Delaf car il est toujours difficile d'attribuer une note globale à des séries cultes qui se sont depuis étirées dans le temps avec d'autres scénaristes et dessinateurs (Astérix, Blake et Mortimer,etc.) En tant que fan du Gaston de Franquin et après les débats que cela a engendrés quand les éditions Dupuis ont souhaité relancer la série contre l'avis de la famille du créateur de Gaston, je dois dire que j'étais assez sceptique... Et comme beaucoup ici avant moi, je dois dire que suis ressorti de ma lecture plutôt agréablement surpris. Surpris tout d'abord par la qualité du dessin de Delaf, très proche de l’œuvre initiale. C'est vraiment un travail de copiste graphique de très grande qualité! On voit qu'il n'a pas pris ce travail à la légère et qu'il a bossé. Ensuite, le respect pour Franquin transpire dans chaque page de cette BD, autant dans le déroulé des gags que dans les nombreux clins d’œil envers l'auteur. Delaf s'en donne à cœur joie en reprenant un grand nombre d'objets loufoques de Gaston et des personnages mythiques de la série. Les gags sonnent pour la plupart justes et restent dans l'esprit de la série d'origine. En espérant que les tomes suivants conserveront la même qualité... SCENARIO (Originalité, Histoire, personnages) : 8/10 GRAPHISME (Dessin, colorisation) : 9/10 NOTE GLOBALE : 17/20

07/02/2026 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
L'avatar du posteur Emka

Voilà une reprise qui a fait couler beaucoup d'encre et je suis ravi de lire beaucoup de modération et d'objectivité dans les critiques précédentes. J'ai en effet trouvé dans d'autres endroits la critique très sévère avec Delaf. Oui ce n'est pas Franquin, oui il touche à la légende mais 1/ ce n'est pas la première fois que ca arrive chez Dupuis quand même ? et 2/ objectivement, Delaf a fait du bon boulot. On voit que Delaf s'y est attelé avec beaucoup de respect et je ne sais franchement pas si j'aurais vu une différence à l'aveugle, sans savoir. Je trouve que Delaf a su capter l'essence de Gaston, car il ne s'agit pas de que de gags absurdes, il y a du charme en plus que Delaf a su maintenir de mon point de vue. Sur l'aspect graphique, ce n'était pas une mince affaire de reprendre Franquin et je trouve qu'on est bien dans le même esprit, avec peut être une petite touche de modernité. Oui ce n'est pas exactement le même dessin, mais c'est inévitable. La reprise de Gaston par Delaf est une agréable surprise, un hommage respectueux et rafraîchissant à un classique intemporel.

04/06/2024 (modifier)
L'avatar du posteur Tomdelapampa

Difficile de passer à côté, un des événements (si ce n’est le) de la fin 2023, notre célèbre gaffeur qui reprend du service, je découvre pour l’occasion Delaf. Alors que j’attendais une belle bouse, on va pas se mentir c’est plutôt pas mal, voire réussi. Comme le trait, les gags dans l’ensemble respectent l’esprit Franquin (même si j’ai trouvé le tout plus inégal). Pour essayer de se démarquer un chouïa, l’auteur propose une histoire longue en fin d’album. Sinon rien de foncièrement nouveau, on retrouve les expériences, les animaux et tout le microcosme gravitant autour de Gaston, d’ailleurs ça m’a fait plaisir de revoir Fantasio au bureau. Bref une reprise plus qu’honnête qui évitera le scandale ou la levée de boucliers des aficionados, pari difficile mais relativement gagné sur ce point. Alors que je suis plutôt friand de reprise (enfin surtout les collections vu par … qui permettent le temps d’un album à des auteurs de jouer avec un personnage), celle de Gaston ne m’apparaît pas pour autant indispensable, en partie dû à la formule gag. Bizarrement je n’y vois pas de gros intérêt (un peu comme avec "Gai luron", Cubitus, Iznogoud…), une impression de redite qui singe l’œuvre originale. 3,5 que j’arrondis à l’inférieur pour ce manque de pertinence.

24/01/2024 (modifier)
L'avatar du posteur Noirdésir

J’étais plus que circonspect lorsque j’ai appris que les éditions Dupuis tentaient de relancer Gaston Lagaffe. D’abord parce qu’à ma connaissance Franquin lui-même ne le souhaitait pas vraiment. Ensuite parce que, contrairement à Spirou, c’était vraiment une série « personnelle » (même si quelques potes comme Delporte l’avaient aidé pour « confectionner » quelques gags). Mais bon, je me suis quand même fendu d’un achat dès sa sortie, « pour voir », et aussi parce que le gag publié par Delaf dans La Galerie des Gaffes était franchement bluffant. Ce gag est d’ailleurs repris dans cet album, et se révèle sans doute l’un des plus fidèles au style d’humour de Franquin. Celui-là pourrait sans doute tromper beaucoup de spécialistes du génial belge, pour la montée en tension et la chute, et aussi pour le dessin. A propos du dessin justement, je dois dire que c’est là où Delaf réussit le plus son pari sur la durée. On peut certes déceler quelques raideurs, quelques petits détails un peu moins fluides, mais Delaf ne trahit clairement pas le modèle. Et se rapprocher à ce point du dessin de Franquin, c’est franchement épatant. Pour le reste, Delaf a conservé tous les personnages de Franquin. Il les a d’ailleurs tous convoqués dès les premières pages, que ce soit les collègues/souffres douleur de bureau, Longtarin, De Mesmaeker ou les copains d’en face ou d’ailleurs, ses animaux hystériques, son attirail improbable (la boule de bowling, la boîte de Petite chimie amusante, le Gaston-latex, le tacot antédiluvien, etc.). Et sa vision très très personnelle du travail, ainsi que sa passion pour les inventions (aussi innovantes qu’inutiles et désastreuses au final). Le lecteur amateur de l’univers imaginé par Franquin n'est pas dépaysé. Delaf alterne avec Fantasio et Prunelle pour diriger/subir Gaston (usant donc des deux « périodes » – il les fait même apparaitre en même temps sur la fin). Il ajoute même Spirou, Spip et le Marsupilami sur quelques pages : cet empilement pas forcément utile est un peu artificiel je trouve, comme le sont les références appuyées au génie de Franquin. Bon, ceci dit, reste la mécanique des gags, ultime défi à relever par Delaf. Et quel défi, tant « Gaston Lagaffe » est la série qui m’a fait le plus rire au cours des multiples relectures de cette série des plus cultes. Si je dois faire le bilan de cette lecture, je dirais que c’est un album plutôt réussi, avec pas mal de gags drôles, la lecture est globalement très agréable. Mais je trouve que la grande majorité des gags, même s’ils sont amusants, ne sont pas exactement sur la même longueur d’onde utilisée par Franquin en son temps. Il y a une rupture de ton par rapport au Gaston initial – même si cette rupture n’est pas énorme. Delaf a changé aussi le format de Franquin sur la fin, avec une histoire longue (qu’un gag ponctue sur chaque fin de page). Hérésie ? Je ne sais pas. Je dirais plutôt que c'est une fausse bonne idée, car ça casse le rythme habituel et la force qu’avaient les gags de Franquin, qui arrivaient très vite, très fort, avant qu’on ne passe à autre chose. Au final, c’est un album intéressant en lui-même. S’il ne trahit pas l’œuvre d’origine, il s’en écarte quand même, et se situe clairement en dessous de la création de Franquin. Note réelle 3,5/5.

02/01/2024 (modifier)
Par Cleck
Note: 2/5
L'avatar du posteur Cleck

Je suis fan de Franquin et donc assez circonspect à l'idée qu'un légitime hommage se transforme en une nouvelle et juteuse déclinaison en série. Pour autant, je n'estime pas fondamentalement que Gaston soit intouchable. J'ai récemment applaudi L'Espoir malgré tout et la transposition du marsupilami dans la Belgique d'après guerre dans La Bête. J'ai par ailleurs offert cette BD durant les fêtes. Concrètement, les dessins de Delaf sont assez bons et en parcourant ces pages, on retombe bien dans l'univers si familier et apprécié de la rédaction de Spirou. On note néanmoins, comme toujours dans ce type de reprise, que la patte du nouvel illustrateur se ressent dans certaines postures/attitudes nouvelles des personnages, via certains nouveaux personnages créés... faisant, certes à la marge, perdre à l'ensemble son homogénéité visuelle. Rien de scandaleux, ce point-là, si décrié lors du procès pour plagiat, est plutôt une réussite. C'est sur l'aspect gag que le bât blesse. Pourtant, Delaf respecte les "consignes" de départ : ne pas moderniser l'institution, procéder à quelqu'ingénieux clins d’œil contemporains, contextualiser ce retour, naviguer au sein de figures imposées (boîte Chimie facile, le gaffophone, la voiture, Jules de chez Smith en face, etc.). Tout est correctement respecté, ou presque (M'amezelle Jeanne est devenue une quasi nympho, misogynie évidente aussi côté attitudes des personnages féminins de la rédaction). Le retour de Fantasio pour suppléer un Prunelle en dépression, transformant l'ensemble en un quasi récit et non plus une suite de gags, est même une idée assez aventureuse plutôt convaincante en théorie. Mais la sauce ne prend globalement pas : les gags sont tout simplement médiocres et passée la joie de revoir Gaston en des pages inconnues, force est d'admettre que l'on sourit vaguement, mais ne rit jamais. Un échec humoristique, mais une réussite visuelle... atteinte via de bien discutables procédés.

02/01/2024 (modifier)
Par Ro
Note: 3/5
L'avatar du posteur Ro

Je vais commencer par la fin en donnant ma conclusion : alors que je suis un fan complet de Franquin et que l'idée que la série Gaston soit reprise un jour me hérissait au plus haut point car c'est une oeuvre très personnelle de l'auteur, eh bien après lecture je ne serais finalement pas choqué de voir d'autres albums ainsi réalisés par Delaf. Mais ce n'est pas parfait pour autant. Le gag que Delaf avait réalisé pour le collectif La Galerie des Gaffes (et qui est repris ici) m'avait déjà convaincu qu'il était capable de restituer non seulement le graphisme mais aussi l'esprit et l'humour de Gaston. Il y a la même recherche d'un gag de situation qui se combine aux dialogues pour des chutes en trois temps : la mise en place amusante en elle-même, puis le gag, et enfin ces petites phrases de conclusion, avec parfois un ou deux jeux de mots, qui accentuent encore l'humour. Quant au dessin, au premier coup d'oeil, on croirait vraiment des planches des albums de Franquin. Certes, quand on regarde de près, il n'y a pas le même génie des pleins et déliés, et il y a quelques modernités et simplifications ça et là qui détonnent avec le style devenu classique de Franquin. Concrètement, le trait parait plus lisse, et j'ai aussi ce sentiment que les personnages s'intègrent moins bien dans leur décor, comme s'ils étaient dessinés à part puis ensuite posés sur la planche. Mais c'est tout de même du beau boulot et ces pages ne choqueraient pas vraiment si elles étaient intégrées à la série originelle. Côté humour, c'est un peu inégal. Globalement, j'ai aimé la majorité des gags en une page. Parmi ceux-là, il y en a de vraiment excellents, des gags tout à fait du niveau de Franquin et qui m'ont fait bien rire. D'autres sont moins bons, qu'ils soient plus déjà vus comme celui du téléphone qui fonce dans les couloirs, ou qui m'ont paru forcés, un peu lourds, comme celui des animaux sous vitamines ou du vélo électrique qui décolle. Mais même les gags de Franquin n'ont pas tous été aussi formidables les uns que les autres. Puis vient la dizaine de pages en fin d'album qui forment une sorte d'histoire à suivre. Je salue l'audace de Delaf de ne pas se limiter au carcan imposé par l'oeuvre originelle de Franquin et de proposer une forme un peu neuve. Toutefois je n'ai pas été vraiment convaincu par cet essai. L'histoire en elle-même n'est pas des meilleures et surtout c'est nettement moins drôle et plus poussif que les gags en une page bien structurés et percutants. Malgré mes grosses réticences à l'idée de voir la série Gaston reprise, j'ai pris plaisir à lire cet album, à retrouver Gaston et son univers, et à rire à pas mal de très bons gags imaginés par Delaf avec un dessin très respectueux de Franquin, tout en répétant que j'y ai nettement préféré les gags en une planche que la tentative d'histoire à suivre.

31/12/2023 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
L'avatar du posteur Alix

J’ai moi aussi beaucoup aimé ce nouvel album de Gaston Lagaffe, avec qui j’avais appris à lire (en compagnie de Boule & Bill également). J’y ai retrouvé tous les ingrédients de l’époque : la galerie de personnages inoubliables, les expériences qui tournent mal, les contrats de Mesmaeker, les inventions débiles, la boule de bowling rouge… Je trouve que l’humour fait presque toujours mouche, et que Delaf a réussi à capturer l’essence de l’univers de Franquin (même si j’ai moins apprécié l’histoire plus longue en fin d’album). J’ai passé un excellent moment de lecture. Vivement le prochain tome.

29/12/2023 (modifier)
Par karibou79
Note: 4/5
L'avatar du posteur karibou79

Après Les Aventures de Lucky Luke d'après Morris , les derniers Blake et Mortimer ou Astérix un autre monstre sacré revient pour nous faire vivre de nouvelles histoires, Gaston Lagaffe! Oui, personne n'y croyait mais il est sorti, désormais entre les mains de jeunes et de moins jeunes, constatatant les catstrophes du serial gaffeur. Comme beaucoup, j'ai senti le coup de marketing, pour surfer sur un nom qui parle à tout le monde et livrant du fan service. Et puis Delaf = Les Nombrils , la série qui doit faire d'jeun... Mais sachant que cela sera lu par pas mal d'enfants ou adultes de passage chez moi, hop je l'embarque et le lis... et me retrouve des décennies en arrière, je crois entendre l'accordéon de Giscard derrière ma porte. Le sourire s'élargit et les ricanements débutent et les rires s'enchaînent. C'est génial, il a remporté le pari! Le temps est resté figé, les parcmètres, les cendars au bureau... back to the future. Et pourtant l'auteur glisse discrétement des référence aux tendances actuelles (comme l'aïe-phone ou le vélo électrique) moins pointées en gros comme les charettes lutéçoises du dernier Asterix par exemple. Et puis arrivent en scène l'un après l'autre tous les personnages de la série, emblématiques ou secondaires, tous ayant droit à leurs 3 cases de gloire. Chapeau l'artiste! Bref un sans faute pour la première partie. Car il y a la deuxième, sous forme de mini-histoire sur une douzaine de pages, séquencée par page pour respecter le quto de gag de fin de page. C'est intéressant... mais ça ne colle pas, à mon sens, à l'univers de Gaston. Gaston, c'est le bordel, le changement permanent, les choses n'y ont ni queue ni tête donc ni début ni fin. Mais la fin est heureusement belle et relativise la frustration. Et puis, cela renforce le respect que j'ai pour Delaf: reprendre une série iconique en respectant ses codes pour en faire une copie parfaite tout en y greffant ensuite une nouvelle manière de lecture, ça en impose.

06/12/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
L'avatar du posteur gruizzli

Comme beaucoup, je suis assez réticent à la reprise de séries par d'autres auteurs, ce qui semble se multiplier ces dernières années. On dirait une sorte de crise de nécromancie par des éditeurs toujours avide de traire la vache jusqu'au bout. Je suis bien plus client de la démarche prise avec Spirou, où chaque auteur est d'une totale liberté tant qu'on ne touche pas à la série-mère, ce qui permets d'avoir droit à de belles propositions. Gaston, donc, est repris. Un monument de l'humour qui me fait littéralement pleurer de rire rien qu'à repenser à des gags. Qu'on y touche et je hurle ! Mais la reprise s'est faite, et je l'ai lu. Et j'ai ... bien aimé. Franchement, ça m'a plu. Pas au point de le considérer comme immanquable, culte ou inégalable, mais ça m'a vraiment plu. Et même ... Ca m'a frustré. Tout comme voir des personnes tenter de rentrer dans le moule d'une série culte, j'ai eu l'impression que l'auteur aurait pu aller plus loin si on lui avait laissé la possibilité de faire ce qu'il veut. S'il n'était pas tenu de faire simplement du Gaston Lagaffe. A la lecture de la BD, après les quelques gags qui avaient déjà fuités, j'ai trouvé le tout franchement bien. J'ai éclaté de rire sur plusieurs gags, je l'avoue, je le confesse. Oui, c'est drôle et bien trouvé (le gag du hamac est particulièrement savoureux), c'est inventif et on retrouve une ambiance qui rappelle très fortement la série d'origine. Quelques ajouts supplémentaires sont excellents : le psy, notamment, qui m'a aussi beaucoup fait rire. Simple mais efficace, ponctué de bons mots dans des situations parfaites. Il y a bien quelques écueils : la relation avec Mademoiselle Jeanne m'a paru un peu trop unilatérale (et pas très en phase avec les albums de Franquin qui allaient plus loin dans leur couple), le fait de nouer une trame sur l'ensemble qui ne m'a pas semblé indispensable, et la fin qui est certes un bel hommage à Franquin, mais m'a semblé trop verser dans l'hommage. J'avais apprécié les petits clins d’œil simple, notamment lorsque Lebrac refait une planche détruite et que tout le monde souligne que Franquin aurait fait mieux. C'est parfaitement bien dosé dans l'humour, l'hommage et l'univers de Gaston. La fin est une belle idée, montrant presque un lien de tout ceux que Franquin a inspiré, mais je pense que je l'aurais préféré plus subtile. J'ajouterais que l'humour cartoonesque est parfois trop présent, notamment en gag final qui fait forcé. Mais voila, c'est des détails et je retiens de l'ensemble quelques bons fous rires et des bons mots qui m'ont vraiment plu. Le dessin reste dans la veine de Franquin, même si le trait est plus rond que la plume qu'il utilisait dans les derniers albums. En fin de compte, c'est de l'excellent boulot que je ne peux que saluer. Dans l'idée, je serais tenté de mettre un 3.5 que j'arrondis au-dessus parce que l'exercice était diablement périlleux et que Delaf s'en est admirablement sorti ! Alors fallait-il le faire ? Je ne suis toujours pas sur. Est-ce une BD que je recommande ? Oui, je pense que c'est le cas. Simple non ?

29/11/2023 (modifier)