Les derniers avis (39453 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série L'Accident de chasse
L'Accident de chasse

J'ai la chance de pouvoir lire plus de bandes-dessinées récemment, depuis que ma copine a découvert qu'elle pouvait piller la bibliothèque de sa faculté à foison et sans limite de temps (vive les thésards !). Dans cette manne de BD bienvenue, j'ai découvert celle-ci, qui m'intriguait par les prix reçus et son faible taux de lecture sur mon site préféré. Et la critique de doumé donnait envie de découvrir un peu plus, je me suis donc lancé dans la lecture. Sans aucun a priori, et en me méprenant complètement sur l'histoire que je découvrirais dans cette BD, je me suis plongé dans la lecture, et j'ai été cueilli. La BD commence en douceur, oscillant entre histoire familiale et histoire d'une ville de pègre où les miséreux se tournent bien vite vers la petite criminalité. Puis, vient l'évènement déclencheur et l'histoire commence réellement. Car même si nous avons plusieurs chapitres d'introduction, c'est l'histoire racontée par le père qui sera le centre de l'intrigue. Et celle-ci est dense, intense et prenante. L'intrigue se concentre autour de plusieurs thématiques, notamment la littérature et son pouvoir rédempteur, mais aussi l'amitié, le sens de la vie ou l'art. D'autre part, la BD est parsemée de petites touches de réflexions, sur les rapports père-fils, notamment, ou la vie des bas-quartiers. C'est bourré de petits détails, de réflexions et de pages qui méritent une relecture. A ce titre, je pense que la BD mérite une relecture, ne serait-ce que pour laisser décanter le sujet et replonger ensuite dedans. C'est dense, comme dit, et reprendre l'histoire à nouveau semblerait une bonne chose pour tout bien intégrer et tout bien assimiler. Le dessin est sublime, n'ayons pas peur des mots, avec un trait charbonneux hachuré, mais qui colle parfaitement à l'ambiance générale et sait nous retransmettre aussi bien la cécité de notre protagoniste que ses ressentis, les ambiances et les lieux. Entre les allégories, les représentations de l'enfer de Dante, la prison, les cases représentant la découverte de la cécité ... C'est une magnifique mise en images, qui nous plonge rapidement dans les méandres de cette vie assez peu commune. Si je dois noter un défaut, ça serait les longs passages de textes narrant le récit que le protagoniste a écrit. C'est très long, ampoulé et dans un style littéraire qui fait certes référence à Dante (du moins, en ai-je l'impression), mais qui alourdit le rythme de lecture. Un presque sans faute, pour ce récit qui mérite grandement qu'on s'attarde dessus. C'est dense, prenant et entrainant, donnant envie de lire chaque page qui s'ensuit. D'autre part l'histoire a de nombreux côtés touchants, et j'ai réellement apprécié la lire. Un personnage terriblement humain, une rédemption par la littérature et un dessin magnifiant le tout, je ne peux qu'être preneur. Lecture vivement conseillée !

08/06/2021 (modifier)
Couverture de la série La Patrie des frères Werner
La Patrie des frères Werner

La Patrie des frères Werner est une fiction qui s’enchâsse dans le fil de l’Histoire avec une telle plausibilité que je me suis longuement demandé où s’arrêtaient les faits véridiques et où commençaient les faits inventés. Le match au centre du récit a bien entendu eu lieu et, dans le dossier fouillé offert en fin d’album, plusieurs faits évoqués sont reprécisés (dont une malle qui devait permettre de rapatrier en toute discrétion tout Est-Allemand candidat à la fuite vers l’Ouest vers sa mère patrie). Par contre, ces frères et leur destin sont pures fictions. Et découvrir ce fait m’a finalement quelque peu frustré tant j’ai aimé leur histoire. Ceci dit ! Ceci dit, j’ai adoré ma lecture. L’aspect historique et le contexte politique et sportif, déjà, font partie des sujets qui naturellement m’attirent. Ensuite vient la relation entre ces deux frères, l’endoctrinement, les convictions, les aspirations –soit ce qui doucement va les séparer- les épreuves traversées ensemble, la solidarité, le soutien fraternel –soit ce qui les lie par-dessus tout- sont autant d’éléments qui nourrissent ce récit, rendant cette relation forte et poignante. Et comme j’ai bien aimé le dessin (personnages bien typés, décors riches et soignés, lisibilité jamais prise en défaut) et sa colorisation monochrome (qui simplifie encore la lisibilité de l’album), je ressors de ma lecture ravi. Il s’agit donc à mes yeux d’un très bon récit où les sentiments fraternels qui unissent les frères Werner s’opposent à leurs convictions idéologiques, reflet de ces deux Allemagnes de 1974, frères ennemis d’une coupe du monde historique.

08/06/2021 (modifier)
Couverture de la série Catherine Sforza - La Lionne de Lombardie
Catherine Sforza - La Lionne de Lombardie

J'avais eu un aperçu fort instructif de l'Italie agitée du Quattrocento dans La Toile et la Dague, et ne connaissant que moyennement l'histoire de cette femme et cette partie de la Renaissance italienne, j'étais plus attiré vers cette Bd que sur d'autres que j'ai lues dernièrement dans les Reines de Sang. Je ne sais pas trop si l'ensemble est très romancé ou déforme la réalité historique, mais Pécau a du crédit, en général c'est un gage de qualité même si parfois il m'a déçu sur d'autres bandes historiques. Cependant, l'intrigue qu'il tisse ici me semble conforme aux moeurs et à l'histoire mouvementée de cette Renaissance italienne, tortueuse et sanglante, ce caractère est même assez fascinant. Déja auteur de 2 portraits de femmes déterminées dans cette collection des Reines de Sang (Constance d'Antioche et Njinga, la lionne du Matamba), Pécau retrace le parcours de cette Catherine Sforza qui se vantait de défier les Borgia en défendant farouchement son petit territoire du Milanais et sa principauté d'Imola. En me renseignant sur cette femme, j'ai appris qu'elle était d'un caractère bien trempé et digne de figurer dans cette collection des Reines de Sang, car sa vie fut parsemée de massacres dus le plus souvent à sa vengeance implacable, son pouvoir fut même carrément tyrannique, et les Milanais furent bien réjouis d'apprendre sa mort en 1509. Femme dotée d'un tempérament volontaire et indépendant, elle représente l'idéal féminin de la Renaissance italienne, et aujourd'hui encore, son nom symbolise en Italie l'énergie et l'engagement des femmes face à l'adversité. Elle a fait l'objet d'un film inédit en France, en 1959 : Caterina Sforza, la leonessa di Romagna, avec Virna Lisi, et son personnage apparait dans la série les Borgia en 2011. Pécau retranscrit tout ceci de façon conforme à la tradition des intrigues tortueuses et violentes de l'Italie du Quattrocento, le sujet peu connu du public français était un risque qui est finalement bien surmonté, le projet est louable et se révèle très intéressant, j'y ai appris pas mal de trucs. Il y a tout ce qu'il faut à ce type d'intrigue semblable à ce qu'on a pu voir dans Aliénor, la légende noire ou Frédégonde la sanguinaire : jeu des alliances politiques retorses, complots, assassinats, trahisons, chasses au sanglier... autour d'une héroïne qui évolue au sein d'un univers très masculin, ce qui l'aidera à se forger un caractère dur et une poigne de fer. L'obstacle des noms italiens multiples est bien surmonté par une narration habile et linéaire, la compréhension est donc aisée. Le premier tome expose l'environnement, c'est une mise en place, mais Caterina révèle déjà des traits de caractère, le meilleur reste à venir dans le tome 2. Quoi de mieux qu'un dessinateur italien pour illustrer cette période de l'histoire d'Italie ? Le dessin de Gabriele Parma qui a déjà oeuvré dans cette collection (sur Constance d'Antioche, et aussi dans la série Champs d'honneur, sur l'album consacré à Castillon), est de bonne tenue, fluide et appliqué sur les décors et les perspectives, peut-être un peu moins joli sur les visages en gros plan ; d'ailleurs il ne magnifie pas toujours son héroïne qui pourtant passe pour avoir été une femme d'une grande beauté. Une bonne surprise et une bonne Bd si on aime ces périodes troublées de l'Histoire.

08/06/2021 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série L'Anniversaire de Kim Jong-Il
L'Anniversaire de Kim Jong-Il

Je suis un peu embêté au niveau de ma note et de mon appréciation de cette BD, parce que je n'en aurais pas grand chose à dire. Les autres avis l'ont déjà dit, et je ne ferais qu'en rajouter une couche. Cette BD, c'est une histoire d'un des pays du monde au gouvernement le plus absurde : la Corée du nord. Et le tout vu par un citoyen du pays, un enfant qui plus est. J'espère de tout cœur que cette histoire n'est pas totalement vraie même si c'est une vision du quotidien des millions de citoyens du pays. A travers son enfance, et la famine que connue la Corée du Nord dans les années 90, c'est toute l'absurdité de ce pays qui nous est révélé : la corruption, les privations, la misère et le dévouement total au pays. J'ai, à ce titre, adoré les publicités vantant le fait de manger deux fois par jour, parce que trop manger nuit à la santé. Le dessin est très sympathique, et permet de nous distancier un peu du propos avec son trait peu réaliste et ses têtes très grosses. Mais elles augmentent aussi le contraste avec les faits sordides qui se déroulent parfois devant nos yeux. Car fuir la Corée ne sera pas synonyme de liberté pour autant. Et rien que pour cela, j'ai adoré la façon dont la BD se conclue, entre notes d'espoir et réalité crue qui se déroule devant nous. Bref, une BD qui est très bonne, instructive et glaçante d'effroi sur ce coin du monde où je n'ai, décidément, aucune envie d'aller. Je n'aurais pas grand chose à ajouter aux autres avis : c'est une très bonne lecture, recommandée à tous et à toutes.

07/06/2021 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tout ou rien
Tout ou rien

Avant toute chose sachez que les éditions Nada- Editions ne publient que des essais ou des récits ayant trait à la critique et à l’histoire sociale, à la littérature et aux arts. La question sociale, l’émancipation, les marginalités, les contre-cultures sont autant de thématiques qui sous-tendent sa ligne éditoriale. Aucune surprise donc de découvrir le parcours de vie dessiné de l’auteur. Une autobiographie touchante, émouvante et un brin désarmante. Nous suivons ainsi le chemin quelques fois tortueux de Thierry Guitard depuis son enfance jusqu’à ses 19 ans quand il est condamné à de la prison ferme. Ce garnement vit dans une cité de la région parisienne. C’est son univers. Entre les tragédies qui vont ponctuer son adolescente, ses difficultés scolaires, ses premiers larcins, la découverte de la drogue et de la musique psychédélique des punks, le jeune chenapan progresse dans la délinquance pour survivre et pour subvenir aux besoins de sa familles. La spirale est infernale. Et pourtant Thierry Guitard a déjà un rêve de dingue ! Malgré toutes les difficultés, il veut être dessinateur. Et vous savez quoi. Je crois bien que le garçon a réussi à réaliser son rêve ! La colère est en lui. Il est déterminé. Peu importe les obstacles. Il ne renoncera jamais. Son destin n’est pas écrit. Il n’est pas prédestiné à tomber dans la grande délinquance et à faire des allers et retours en prison. Il veut, il va s en sortir. Son crayon sera son salut. Belle histoire optimiste. La rudesse de son quotidien ne vient pas altérer son enthousiasme. Thierry Guitard ne tombe pas dans les clichés avec son album. Son histoire est d’une banalité affligeante tout compte fait, mais terriblement fascinante. Notre justice n’est pas la plus conciliante et juge souvent en ne prenant pas assez en compte le parcours de ses concitoyens brinquebalés entre un système scolaire non adapté et une vie sociale réduite à peau de chagrin. Le graphisme est un peu particulier. Peut-être un trait un peu gras. La colorisation par contre est magnifique. Peu de couleurs utilisées. Les nuances ne sont pas de mise. Au final c’est vraiment bien. On peut saluer et applaudir des deux mains le travail de ce dessinateur autodidacte. Un album qui ne se lit pas en coup de vent. Prenez votre temps. Par contre difficile de le lâcher avant la fin. Je vous invite chaudement à découvrir Thierry Guitard.

07/06/2021 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Raven & l'ours
Raven & l'ours

J'ai entamé cette BD en pensant qu'il s'agissait d'une classique série pour la petite jeunesse avec un bon gros ours et une jeune fille espiègle. Ce sont bien là les personnages, et les premières pages de la série ainsi que le style graphique laissent bien penser à une série toute mignonne et un peu banale. Mais les surprises vont ensuite s'enchainer et transformer rapidement son ton pour la rendre véritablement destinée à tous publics, voire peut-être plus à des adultes qu'à des enfants pour mieux savourer les clins d'œil et idées originales. La série est à la base un webcomics publié par son auteure brésilienne à raison d'une page par semaine. Elle est ainsi structurée de manière à avoir une sorte de petite fin ou de rebondissement au bas de chaque planche. Et surtout, elle a une légère tendance à l'improvisation page après page. Non pas qu'elle parte dans tous les sens car l'intrigue de chaque tome reste cohérente, mais elle donne l'impression toutefois que l'auteur se laisse porter par ses envies et idées du moment ce qui amène quelques changements de ton et parfois quelques surprises. Et c'est très agréable. J'ai trouvé que le premier tome de la série offrait en effet une grande quantité d'originalités et d'étonnements. Ce sont parfois des planches ludiques, parfois des jeux sur le support BD, des moments où les protagonistes brisent le 4e mur, ou encore l'intégration dans l'histoire elle-même de références geeks assez détonantes, notamment à l'univers de Nintendo mais pas que. Et surtout, il y a un véritable humour qui marche souvent très bien et m'a régulièrement faire rire. J'ai trouvé les tomes 2 et 3 un peu moins marquants, peut-être car l'effet de surprise était passé, mais je pense aussi parce qu'ils se reposent davantage sur leur intrigue que le premier tome. Celles-ci sont du coup certes plus structurées, emplissant mieux les albums qui sont d'ailleurs plus épais, le dernier surtout, mais il y a un peu moins de liberté dans le ton et de moments décalés, même si le scénario reste plein d'humour, d'imagination et de rebondissements imprévus. J'ai cru à tort que la série se terminerait avec le tome 3 mais ce n'est pas le cas, nos héros n'ayant pas encore atteint leur objectif final. L'auteure a laissé sa création en suspens depuis 2017, promettant toutefois de revenir dessus un jour ou l'autre. Ce n'est pas très grave car chaque tome peut se lire comme une histoire complète, mais c'est un petit peu frustrant tout de même. J'ai donc beaucoup aimé le premier tome, un tout petit peu moins les deux suivants, mais j'ai globalement été très agréablement surpris cette série qui étonnera le lecteur qui pourrait s'attendre à un banal récit pour la jeunesse et qui lui apportera une belle dose de fraicheur, d'amusement, de clins d'œil et d'idées originales.

07/06/2021 (modifier)
Couverture de la série Et si l'amour c'était aimer ?
Et si l'amour c'était aimer ?

Mais à quelle force maléfique, quelle fée obscure, quel dieu oublié, quel grand ancien Fabcaro a-t-il donc sacrifié pour obtenir la recette magique du fou rire ?! La recette est la même qu'un Moins qu'hier (plus que demain) et qu'un Zaï Zaï Zaï Zaï, et pourtant ça marche ! Humour décalé, incongru, saugrenu, absurde, voire même parfois complètement con, le lecteur impuissant sera l'esclave spectateur de ses zygomatiques irrésistiblement contractés, et son rire incontrôlable résonnera comme un appel au secours face à cette terrible malédiction. Les situations ubuesques (et décalées, incongrues, saugrenues, absurdes, voire même parfois complètement cons) s'enchaînent implacabement. La facilité apparente avec laquelle elles sont écrites masque une jolie complexité dans le domaine du pince sans rire. Le dessin y est pour beaucoup, volontairement figé, et avec le sérieux des personnages, entrant en totale contradiction avec le burlesque, le ridicule des situations, il se révèle un puissant moteur de cet humour ravageur. Un excellent cru que cet album, et un très bon outil de musculation pour vos abdominaux.

06/06/2021 (modifier)
Couverture de la série Beauté
Beauté

Très belle histoire, Beauté nous raconte l'histoire de Morue, fille outrageusement laide et maltraitée par sa marraine qui en a fait une souillon. Croisant le chemin d'une fée à qui elle rend involontairement service, elle reçoit en récompense la beauté qu'elle désire tant. Plus précisément l'apparence de la beauté. Une beauté telle qu'elle surpasse celle de toutes les autres femmes. Bien évidemment, un tel don est à double tranchant, et son excès s'avère rapidement relever plus de la malédiction. Sans compter que Morue, désormais appelée Beauté, n'est pas devenue plus intelligente pour autant, ce qui ne l'aidera donc guère, et ne contribuera pas particulièrement à son bonheur. Cette histoire utilise avec brio les notions de beauté, d'intelligence, de bonheur, de bénédiction qui n'en n'est pas vraiment une et, reprenant tous les codes des contes de fée, va plus loin en montrant le côté obscur de ces fées et leurs intentions propres. Conservant tous les codes du conte avec ses aspects simplificateurs et ses portées morales, Beauté est aussi sombre, dur, cruel, et se révèle pourtant assez complexe et subtil dans ses ramifications - parfois à peine effleurées - et les thèmes qu'il explore. Dénué de manichéisme, cette histoire a été jusqu'à me rappeler Phénix - L'oiseau de feu de Tezuka. Malgré quelques longueurs parfois, toute l'histoire se déroule implacablement, et je n'ai quant à moi pu poser ces albums qu'après les avoir finis.

06/06/2021 (modifier)
Par Ubrald
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Brooklyn Dreams
Brooklyn Dreams

C’est typiquement le genre de roman graphique que j’affectionne tant en termes de contenu que de dessin. J’ai tout d’abord savouré la façon dont John Marc DeMatteis introduit son témoignage autobiographique, en philosophant sur le degré limité de vérité que nous réussissons à transmettre, notre perception humaine étant imparfaite. Une fois cette précaution liminaire prise, il se lance dans un récit introspectif, frisant parfois la psychanalyse, pas une démarche purement mentale, mais quelque chose de beaucoup plus vivant, de son enfance jusqu’à son année de terminale. C’est admirablement réalisé, via la superposition de 2 codes graphiques distincts, d’une part un narrateur adulte crayonné ou en aquarelle sombre quelque peu brumeuse, et d’autre part un dessin plus classique ligne claire représentant son enfance, sa vie qui défile. Ces 2 frises s’enchevêtrent de façon subtile et pertinente, l’adulte portant un regard que l’on ressent compréhensif, bienveillant, sur le jeune en souffrance qu’il était alors. L’adulte est d’ailleurs parfois seul dans le noir, assis ou dans une posture pouvant suggérer qu’il est en train de suivre une psychanalyse. J’ai adoré la profondeur et la richesse de cette histoire : toute l’évolution psychique du jeune John Marc DeMatteis, de par les cahots de sa vie, ses expériences notamment psychotropes, ses passions solitaires, ses rencontres déterminantes, ses premiers émois amoureux puis surtout son questionnement mystique et existentiel. Il évoque aussi les 15 années qu’il lui a fallu pour guérir ses souffrances intérieures, ce qui pourrait faire l’objet d’un nouveau roman graphique. Niveau dessin, c’est un superbe noir & blanc, il y a du Eisner dans la façon dont Glenn Barr croque les travers familiaux, c’est jubilatoire, cela m’a rappelé Affaires de famille (Une affaire de famille). Son dessin me fait aussi penser à l’argentin Eduardo Risso, que j’apprécie beaucoup, notamment pour la réalisation de la couverture. J’espère ardemment que l’auteur nous offrira une suite à ce premier opus !

06/06/2021 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Alim le tanneur
Alim le tanneur

En quatre tomes seulement - Bravo ! - Wilfrid Lupano nous propose une histoire complète, riche en événements et en sublimes dessins. A mon sens, cette bande dessinée a deux qualités majeures : d’abord, l’univers graphique imaginé et réalisé par Virginie Augustin. C’est somptueux, quel talent ! On sent que le dessin d’animation n’est pas loin. C’est créatif, riche sans être surchargé, les couleurs sont douces ce qui donne à l’ensemble un bel équilibre et une grande élégance. Il y a foule de petits détails que l’on découvre dès que l’on prend le temps de s’attarder un peu sur une planche. Le tout est harmonieux et laisse apparaître une grande imagination. Ensuite, les personnages. Bien sûr, il y a les bons et les méchants, les violents et les pacifiques. Chacun a un physique parfaitement reconnaissable, une culture, un parcours cohérent dans l’histoire. Bref, ils ont de la profondeur et il est intéressant de comprendre à quelles règles, à quelle idéologie chacun appartient. D’autant plus, qu’à travers eux, on n’a aucun mal à reconnaître les peuples des continents de notre monde à nous ! Le moins bien concerne le scénario. Il ne faut rien exagérer quand même ! C’est clair, classique, un peu prévisible et sans beaucoup d’espoir. Là encore, on retrouve en transparence des systèmes politiques bien connus de notre monde et c’est intéressant de le replacer dans un contexte différent. Excellente série, bien maîtrisée, bien équilibrée et super agréable à lire.

06/06/2021 (modifier)