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Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Club des anxieux qui se soignent - Comment combattre l'anxiété
Le Club des anxieux qui se soignent - Comment combattre l'anxiété

Souvent les indécis surestiment les conséquences d'un mauvais choix. - Ce tome contient une présentation complète, ne nécessitant pas de lecture préalable pour être comprise. Sa première édition date de 2023. L'exposé a été réalisé par le docteur Frédéric Fanget, médecin psychiatre, enseignant à l‘université de Lyon I, expert de l'anxiété, et Catherine Meyer, scénariste et éditrice dans le domaine de la psychologie depuis près de trente ans. Les dessins et les couleurs ont été réalisés par la bédéiste Pauline Aubry. Chapitre 1. Avec la silhouette de Lyon en arrière-plan et une quinzaine de personnes debout, le docteur Frédéric Fanget se tient au premier plan et se présente face au lecteur : médecin psychiatre, depuis trente ans, il soigne toutes sortes de personnes souffrant d'anxiété. Il commence par donner quelques exemples : les grands anxieux qui se font des films (catastrophe) en permanence, les anxieux paniqueurs (dans les moments d'angoisse, ils ont l'impression qu'il va leur arriver quelque chose de grave, ils pensent qu'ils ne seront pas secourus ; d'autres déclenchent des crises d'angoisse sans raison, n'importe où, n'importe quand), des anxieux agoraphobes, ceux qui ont peur d'être seuls, les phobiques, les anxieux contrôlants, ceux qui ont une mauvaise estime de soi, les insécures, etc. Chapitre 2 : des clés pour comprendre. La mécanique du cerveau est complexe. Derrière tous ces visages (grand anxieux, paniqueuse, agoraphobe, anxieuse contrôlante), il y a cependant des mécanismes communs. Le psychiatre commence d'abord par donner quelques clés pour aider à comprendre ce qui se passe. Les patients viennent le voir et lui demandent : est-ce qu'il peut les débarrasser de cette chose pas normale qui les fait souffrir ? L'anxiété, c'est normal, et c'est aussi très utile. S'il les débarrasse de l'anxiété, ils se feraient écraser sur la quatre-voies devant son cabinet. Tout est une question de réglage. L'anxiété, ça sert à se protéger, du danger comme une alarme qui prévient l'individu. Si le lecteur a besoin de lire cet ouvrage, c'est qu'il y a un problème. le problème, c'est sans doute que le système d'alarme est déréglé. Exactement comme si l'alarme d'une maison se mettait en marche dès qu'une mouche vole. Alors qu'elle doit se mobiliser seulement en cas d'effraction d'un cambrioleur. Une mouche, ce n'est pas un danger. Sans compter qu'elle risque de déclencher l'alarme toutes les deux secondes. On a tous un système d'alarme intérieur. le problème, c'est quand il se déclenche trop souvent et trop fort. Provoquant une anxiété disproportionnée qui prend toute la place. Une maladie de l'anticipation et de la rumination. Outre ce mécanisme biologique, il y a des facteurs psychologiques qui varient selon les cas. On peut vivre sa vie plusieurs fois. Avant : l'anxieux anticipe tout. Lorsqu'il a un rendez-vous médical, il imagine le pire. Pendant : l'anxieux continue à angoisser. Réaliser des examens confirme qu'il doit avoir quelque chose. Après : l'anxieux n'est toujours pas rassuré. Même après des bons résultats, l'anxieux recommence à être persuadé qu'il doit avoir une pathologie grave, voire très grave. Le texte de la quatrième de couverture explicite la nature de l'ouvrage : Cette BD permet de dédramatiser et de comprendre en quoi consiste la thérapie de l'anxiété. Les auteurs ont construit un ouvrage en sept parties : Les visages de l'anxiété, les clés pour comprendre, les films de l'anxiété, les causes de l'anxiété, en thérapie, le club des anxieux, pour aller plus loin. La narration se présente sous la forme d'un exposé réalisé par un avatar dessiné du psychiatre. Dans chaque chapitre, il utilise des mises en situation, des exemples très concrets de la vie de tous les jours, ainsi que des exemples relevant d'une pathologie plus lourde. Dans le chapitre cinq, le plus long (quarante-quatre pages), il prend trois exemples fictifs : Ismaël petit anxieux, Mona paniqueuse, François souffrant d'un Trouble Anxieux Généralisé (TAG). Pour chacun d'entre eux il expose comment se manifeste leur anxiété, les faits concrets, ainsi que les conséquences dans la vie de tous les jours, puis l'analyse de la manifestation de l'emballement de cette alarme psychique, et les outils mis en place pour permettre au patient de reprendre le dessus, de vivre avec, de devenir capable de ramener les symptômes à un niveau vivable. le psychiatre souligne qu'il explique essentiellement des méthodes relevant de thérapies cognitives et comportementales. Il suffit au lecteur d'ouvrir l'ouvrage à une page au hasard, pour se faire une idée juste de type de bande dessinée dont il s'agit, et plus particulièrement du rôle de la narration visuelle. À l'évidence, il s'agit d'un exposé construit par un expert sur son domaine d'activité. de ce point de vue, la mise en images ne peut se concevoir que comme entièrement asservie au discours, c'est-à-dire venant l'illustrer. L'artiste ne recourt pas à des plans séquences ou à des prises de vue sophistiquées, mais il vient montrer ce que dit le texte, et beaucoup plus. le lecteur voit rapidement qu'il ne s'agit pas d'un exposé sous format texte qui aurait été confié à une dessinatrice courageuse, et bonne chance à elle pour apporter des éléments supplémentaires sous forme visuelle. L'ouvrage a bien été conçu avec le principe d'utiliser les images pour montrer des choses supplémentaires par rapport au texte. C'est visible dès la deuxième page avec une série de six affiches de films catastrophes fictifs (Supercondriaque attention c'est psychosomatique, Métro le Koh-Lanta quotidien, Tunnel de la perte de contrôle, Panique attacks, Serez-vous prêts à affronter le Supermarché, Survivre en réunion), une utilisation amusante des images. L'artiste réalise des dessins avec des formes simplifiées afin d'éviter d'ajouter des sens non voulus, de rendre des personnages trop spécifiques au risque que le lecteur ne s'y reconnaisse pas, voire quand elle représente des personnes connues (Freddie Mercury ou Gloria Gaynor) il n'est pas certain que le lecteur les aurait reconnus s'ils n'avaient pas été nommés. Cette réserve mineure mise à part, elle fait preuve d'une grande inventivité pour montrer les situations et les principes développés par le psychiatre et la scénariste : outre les affiches de films fictifs, des schémas avec des flèches, l'anxiété sous la forme d'un spectre, des roues dentées pour un mécanisme, le détournement du tableau La liberté guidant le peuple (1830) d'Eugène Delacroix (1798-1863), des mats avec des panneaux de direction, des jeux sur les bordures de phylactère (avec petites fleurs, un fond de couleur, une forme différente), l'inclusion de tableau avec des colonnes de chiffres, des facsimilés de photographies, l'usage de métaphores visuelles, etc. Même si la majorité des pages présente des personnes en train de parler, le lecteur n'éprouve jamais de sensation d'uniformité ou de facilité. En page quatorze, le psychiatre déclare que si le lecteur a besoin de lire ce livre, c'est qu'il y a un problème. Mais sur la page juste avant il indique que l'anxiété, c'est normal et qu'il vaut mieux être capable de la ressentir pour simplement survivre (l'exemple de percevoir le danger qu'il y a à traverser une quatre-voies). Quelle que soit sa situation personnelle, le lecteur peut trouver de l'intérêt à cet ouvrage. Outre une lecture plaisante grâce à des dessins vivants et portant leur part d'humour, il bénéficie d'un tour d'horizon qui dépasse un peu la simple vulgarisation. La dimension pédagogique apparaît en creux, quand le lecteur se rend compte que l'exposé apporte les réponses à ces interrogations : les différentes formes d'anxiété et d'anxieux, les critères pour déterminer quand l'anxiété relève de la pathologie, les différentes formes de techniques que le psychiatre propose à ses patients en fonction de leur situation personnelle. le choix des exemples, depuis l'angoisse qui empêche de dormir un jeune étudiant à l'incapacité de prendre le métro du fait de crises d'angoisse, jusqu'à l'obsession de tout prévoir avant de se lancer dans quelque action que ce soit, même la décision la plus anodine. Dans le chapitre suivant, le psychiatre montre concrètement les possibilités d'intervention pour Ismaël, puis Mona, puis François. le réglage de la radio mentale du premier : repérer sa radio mentale, prendre conscience des conséquences néfastes de cette radio mentale, dire Stop à cette radio mentale, essayer d'être son meilleur ami, arrêter de lutter, ne pas rester seul avec sa radio mentale, essayer de vivre dans le moment présent. Pour Mona : qualifier la crise d'angoisse et l'hyperventilation, décatastropher les pensées, apprendre le contrôle respiratoire et corporel, affronter les manifestations physiques de l'angoisse, affronter les situations angoissantes. Pour François qui souffre de la forme la plus grave (TAG), le thérapeute choisit une des trois portes d'entrée : les émotions ou les pensées ou le comportement. Puis il propose un premier outil : un tableau à cinq colonnes, à savoir la situation, les émotions qu'elle génère, les pensées automatiques (générées par l'angoisse), les pensées alternatives (avec une prise de recul). Ainsi quelle que soit sa situation personnelle, le lecteur peut se situer par rapport à ces trois exemples, et repérer par lui-même s'il a recours de manière consciente (il a déjà construit des embryons de stratégie mentale) ou inconsciente (en s'inspirant de l'exemple du comportement de ses parents) à ces méthodes ou une variante. le dernier chapitre se présente sous forme de texte et il développe plusieurs notions complémentaires. Que retenir de cette BD ? En savoir plus sur l'anxiété, une présentation de douze troubles anxieux différents. À partir de quel moment l'anxiété devient-elle pathologique ? Les médicaments : quand, quoi et quels sont les risques ? Comment choisir le bon psy ? Comment trouver le bon psy ? Les questions sur les psychothérapies. Une bande dessinée de nature pédagogique pour comprendre et combattre l'anxiété. Les auteurs ont pris le parti classique de mettre en scène un avatar du sachant, un psychiatre, pour dispenser les explications au lecteur. La narration visuelle s'inscrit dans un registre avec des formes un peu simplifiées, et par la force des choses des personnages en train de parler. Le lecteur se rend vite compte que la narration visuelle s'avère beaucoup plus riche que juste des discussions, avec l'usage de nombreuses possibilités visuelles. L'exposé est à la fois très clair et très vivant grâce à l'étude de trois cas particuliers. Les auteurs expliquent les différents types d'anxiété, la frontière avec l'anxiété ordinaire et l'anxiété qui relève d'une pathologie, montrent trois possibilités d'intervention dans le registre de thérapies cognitives et comportementales, et répondent franchement aux questions directes comme le recours aux médicaments, ou le choix d'une thérapie et d'un thérapeute.

03/09/2024 (modifier)
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Note: 4/5
Couverture de la série Zone 10
Zone 10

Classique et bien mené, mais pas exceptionnel - Ce tome fait partie de la collection Vertigo crime : il s'agit d'une histoire indépendante et terminée en un volume, les dessins sont en noir et blanc (sans nuances de gris pour cette histoire) et le tout était publié, à l'origine, dans un format plus petit que celui des comics traditionnels. Cette fois-ci, le scénario est confié à un habitué des comics (Christos Gage) et à un dessinateur (Chris Samnee) qui avait fait quelques comics de ci de là, et qui a gagné en notoriété par la suite. Un homme est pris de folie et il s'attaque à une famille dans leur appartement en voulant leur forer un trou dans le crâne. L'inspecteur Adam Kamen achetait son journal en bas de la rue et il intervient immédiatement. le meurtrier lui assène un grand coup de tournevis au milieu du front, perforant la boîte crânienne. Heureusement ses collègues arrivent sur ces entrefaites et maîtrisent le forcené. Après son rétablissement, Kamen est affecté à une enquête sur une série de meurtres atroces, dans lesquels les victimes ont été décapitées. Il reprend donc son travail de flic en menant les enquêtes de voisinages de routine, en rencontrant les familles, etc. En même temps, il se rend à ses rendez-vous avec sa psychiatre qui vérifie que la trépanation brutale qu'il a subi ne laisse pas de séquelles. Et puis dans ces moments de liberté, il essaye de retrouver un équilibre émotionnel mis à mal par son récent divorce et la perte de son enfant. Christos Gage sait mener son scénario comme un vrai professionnel. Son inspecteur fait son travail de manière efficace. Il est doté de traits de personnalité crédibles sans être forcés. Il ne traverse pas une crise existentielle digne d'un film dramatique ou d'une série télé. Il ne picole pas comme un alcoolique, il ne fréquente pas les prostituées. Il s'agit d'un individu normal avec des expériences désagréables. le récit se déroule dans une cadre plutôt réaliste. Pour autant, Gage sait faire avancer l'enquête à un rythme suffisant pour que le lecteur ne s'ennuie pas. Les meurtres sont vraiment atroces. le lien qui unit les victimes n'a rien d'évident. Les lieux où l'emmène son enquête peuvent très ordinaires (l'appartement d'une victime) ou inattendu (une boîte de nuit, un asile psychiatrique). Cotés dessins, Chris Samnee s'avère une bonne surprise. Ses illustrations ne vous transportent pas d'admiration devant sa technique ou sa capacité à créer un décor ou une atmosphère ; mais son talent le place largement au dessus d'un travail ordinaire. Malgré les limitations qui lui sont imposées (noir et blanc, petit format d'origine), il réussit à faire naître des personnages aisément reconnaissables, dotés d'une vraie identité visuelle, sans être caricaturaux. Les visages expriment des émotions, mais sans exagération. Les lieux visités présentent tous des particularités qui les rendent uniques, sans pour autant qu'ils en deviennent improbables. Les choix esthétiques et de mise en page sont à l'unisson de l'histoire sans explosion pyrotechnique, sans effet de manche, très ordinaires. de ce fait les moments d'horreur (découverte de cadavres, séance d'autopsie à la morgue) ressortent avec plus d'acuité par comparaison à l'environnement presque banal dans lequel se déroule l'enquête. Ce qui me retient de décerner une cinquième étoile à cette histoire, ce n'est pas le ton terre à terre (que j'ai bien apprécié), ce n'est pas l'irruption d'un élément surnaturel (qui est plutôt bien maîtrisé) et ce n'est pas la résolution finale (qui toute classique qu'elle soit reste très efficace). Ce qui me retient de mettre une cinquième étoile, c'est que le ressort de l'intrigue a déjà été utilisé en bandes dessinées avec une efficacité et une maestria que Gage ne soupçonne même pas. Si, comme moi, vous avez déjà été traumatisé par la lecture du manga d'Hidéo Yamamoto intitulé Homunculus, l'utilisation que fait Gage de cette pratique vous semblera bien fade. Si par contre vous n'avez jamais plongé dans l'horreur de ces récits, Zone 10 constitue un polar efficace, et si vous avez apprécié, essayez le manga.

02/09/2024 (modifier)
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Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Au temps des reptiles
Au temps des reptiles

Loi de la nature - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre. Il comprend les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2015, écrits, dessinés, et encrés par Ricardo Delgado. Ce dernier a également défini les couleurs qui ont été ensuite mises en œuvre par Ryan Hill. Le tome commence par une introduction de deux pages d'Alan Dean Foster louant la capacité de Delgado à donner vie aux dinosaures avec un minutie obsessionnelle. Suit un avant-propos de trois pages rédigé par Barbara S. Grandstaff (chercheuse en biologie) qui évoque les différentes races mises en scène par Delgado, ainsi que la Téthys et l'oasis Bahariya. En fin de tome, se trouvent les quatre articles rédigés par Delgado apparus dans chacun des comics, sur les films de sabre d'Akira Kurosawa et l'influence des westerns américains sur son œuvre, sur le film Yojimbo (1961) de Kurosawa, sur l'église de l'Agonie à Alajuela, et enfin sur les rencontres de réalisateurs et d'acteurs lors de sa carrière au cinéma. Au Crétacé, quelque part à proximité du paléo-océan Téthys, non loin de l'oasis Bahariya, un Spinosaurus égyptien avance tranquillement au milieu de tronc de bois éclatés, allant vers la lisière d'une forêt. Deux dinosaures plus petits sortent du bois, se disputant une patte sanguinolente que l'un d'eux tient dans sa gueule. le Spinosaurus les regarde, sans intervenir. Il avance dans la forêt et arrive au bord d'une rivière. Il avance dedans et nage, des Mawsonias passant sous lui, puis des ancêtres de tortue. du haut de quelques branches, des ptérodactyles observent le passage du Spinosaurus sans intervenir. Au fil de l'eau, le Spinosaurus passe devant des troncs éclatés ou couchés par terre, sous une voûte végétale d'arbres de très grande hauteur. Un plus petit dinosaure nage dans le même cours d'eau et passe au milieu d'un troupeau de Paralititan. Ceux-ci le repèrent immédiatement et se jettent sur lui lacérant sa peau de leurs dents : le sang se répand rapidement dans l'eau de la rivière. le troupeau de Paralititan reprend sa marche et hurle pour écarter de plus petits dinosaures qui sont arrivés. le Spinosaurus sort brusquement de l'eau, juste devant le troupeau de Paralititan. Ces derniers s'apprêtent à le piétiner comme ils ont exterminé le précédent dinosaure. le Spinosaurus décoche un coup de griffe tranchante contre la patte d'un Paralititan qui recule de suite. le Spinosaurus reprend tranquillement sa nage, alors que la forêt redevient calme. La nuit commence à tomber : le Spinosaurus trouve un coin qui le satisfait. Il fait quelques tours sur lui-même et finit par se coucher sur ses pattes pour dormir. Un groupe de quatre petits dinosaures nocturnes passe à proximité sans s'arrêter. le jour se lève et le Spinosaurus se réveille sous un soleil éclatant. Il baille et se relève, reprenant sa marche. Il voit un groupe d'ancêtres de crocodiles en train de dépecer un cadavre dans une partie peu profonde de la rivière. Lui-même se remet à l'eau et reprend sa nage tranquille. Plusieurs espèces de poissons passent auprès de lui sans chercher à interagir. La densité de poissons se fait de plus en plus grande, et le Spinosaurus en profite pour en happer un dans sa gueule et le manger. Sur la grève, un ancêtre de crocodile se bat contre 2 ancêtres de crabe. Sous l'eau un gros poisson en a repéré un petit et s'apprête à l'engloutir dans sa gueule, sans se rendre compte que lui-même va être happé dans la gueule d'un gros dinosaure aquatique. Ricardo Delgado avait déjà réalisé d'autres histoires de dinosaures, regroupées dans Age of Reptiles Omnibus (Tribal Warfare, The Hunt, The Journey). Ces trois récits présentent la caractéristique d'être sans parole, et de prouver sans conteste possible l'implication totale de l'auteur pour donner à voir des dinosaures plausibles, correspondant le plus possible à l'état des connaissances en la matière au moment de leur réalisation. Il en va de même pour ce nouveau récit. le lecteur suit donc un Spinosaurus de début jusqu'à la fin, dans ses déplacements, ses repas, d'autres activités, et bien sûr ses combats, sans aucun mot, ni même effet sonore. Il n'y a pas de cellule de texte, il n'y a pas d'onomatopée pour les cris produits par les dinosaures. Il appartient donc au lecteur de rétablir dans son esprit une narration, de faire l'effort d'ajouter une forme de voix intérieure qui vient expliciter certains liens de cause à effet d'une case à l'autre, ou de trouver les mots pour verbaliser une réaction émotionnelle. Cet exercice devient d'autant plus conscient que le lecteur ne peut pas se projeter aisément dans les personnages qui sont tous des animaux. Ricardo Delgado fait en sorte de ne pas les humaniser, de ne pas projeter des intentions humaines dans leur comportement. En outre, les dessins montrent des animaux qui n'ont rien d'anthropomorphe et qui ne sont pas semblables à ceux d'aujourd'hui. le lecteur ne peut même pas leur transposer les stéréotypes propres aux animaux familiers. Il retrouve des besoins basiques : se nourrir, se reposer, se reproduire, se défendre, attaquer une proie. Le lecteur peut également être décontenancé par le fait qu'il ne peut même pas identifier une partie de ces dinosaures. S'il n'a pas de connaissance particulière en la matière, qu'il a surtout été attiré par la reconstitution, il voit des espèces différentes, mais sans que son cerveau soit en mesure de les nommer. Il est donc passé en mode entièrement visuel. de l'avis de la spécialiste en biologie, le travail de l'auteur est exemplaire en termes de reconstitution, ou plutôt de recréation de ces représentations, totalement respectueuse de l'état des connaissances scientifiques en la matière. Les dessins sont très descriptifs, très détaillés que ce soit pour la morphologie de chaque espèce, la forme du crâne, les caractéristiques de la dentition, la manière de se déplacer en fonction des articulations du squelette, et même les supputations en ce qui concerne la couleur des carapaces, de la peau. le lecteur néophyte voit les différences entre chaque espèce, tout en devant penser en termes visuels pour les concevoir, sans recourir au langage parlé. le lecteur connaisseur éprouve un plaisir ineffable à voir ainsi ces espèces prendre vie sous ses yeux, avec un grand soin apporté pour les rendre de la manière la plus plausible possible, la plus exacte possible. Tout au long de ces cent-deux pages de bande dessinée, le lecteur effectue un voyage extraordinaire aux côtés de ce Spinosaurus, traversant des paysages depuis longtemps disparus, assistant aux formes de coexistence entre espèces, depuis l'indifférence jusqu'à la prédation la plus sauvage, en passant par un accouplement rendu délicat du fait de la crête dorsale du Spinosaurus. Effectivement, il éprouve la sensation de visionner un reportage animalier extraordinaire, d'une époque disparue à couper le souffle du fait de sa grande vitalité, le nombre d'espèces et leur caractère forcément exotique puisqu'elles sont toutes éteintes. Il regarde les différentes espèces se déplacer : la marche souple du Spinosaurus, la marche lourde des Paralititan, la dérive passive des Mawsonia dans le courant du fleuve. Il reste interdit devant ces poissons au regard indéchiffrable, incapable d'imaginer ce que peut être une vie de poisson préhistorique. Dans le même temps, il revient à l'état de nature, de nature très sauvage même, avec la loi de la chaîne alimentaire. Malgré lui, il se retrouve incapable de s'empêcher de projeter des émotions dans ces dinosaures : les deux en train de jouer avec le membre arraché d'un autre, la tranquillité de se laisser dériver dans l'eau du fleuve, la méchanceté d'un groupe de grands attaquant un petit, l'ambition d'un groupe de petits attaquant un grand, la confiance en soi d'un dinosaure laissant passer un petit groupe dans l'assurance qu'ils ne peuvent pas lui faire du mal, la dangerosité mortelle d'un coup de griffe acérée bien placé, l'instinct de protection des petits d'une portée, l'absence de toute culpabilité à se nourrir de la portée d'une espèce différente, etc. La mise en scène de ces comportements renvoie le lecteur à ses propres instincts, à ses comportements réflexes, à l'atavisme du genre humain, à sa part de cerveau reptilien. Il ne peut que constater que le danger ou la pression le ramène vite à ce type de comportements, de valeurs fondamentales, bien présente sous le vernis de la civilisation, et même structurantes de la société humaine. Avant de commencer ce tome, le lecteur se dit qu'il s'agit d'une lecture facile, une simple reconstitution, fut-elle de qualité, un divertissement à base de dinosaures spectaculaires. Mais l'ambition de Ricardo Delgado est bien supérieure : il effectue un reportage le plus exact possible, montrant des animaux disparus au comportement dénué de toute trace d'humanité, évoluant dans un monde disparu représenté avec soin par un artiste qui ne compte pas sa peine. L'expert peut aussi bien identifier des Spinosaurus, des Araripesuchus, des Carcharodontosaurus, des Deltadromus, des Paralititan, des Rugops, des Stomatosuchus, des Bahariasaurus, des Mawsonia, des Bawitius et d'autres encore. Confronté à une telle diversité de vie, le lecteur fait l'expérience de sa propre animalité et de sa fragilité face à une faune et une flore aussi foisonnante.

02/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Le Patient
Le Patient

Je suis toujours happé par le travail de Timothé Le Boucher. L'histoire intrigante, la mise en scène cinématographique, les couleurs, la sensibilité et l'ambiguïté autour des relations humaines, tout m'a plu. Le milieu hospitalier permet de voir la complicité qui s'installe autour des différents handicaps, ça crée beaucoup de finesse dans la psychologie des personnages. J'ai déjà lu 47 Cordes et je ne suis pas déçu par cet autre oneshot.

02/09/2024 (modifier)
Par Canarde
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Gaston en Normandie
Gaston en Normandie

Étonnée et agréablement surprise par la lecture de Pauline à Paris de Benoît Vidal, j'avais découvert un roman-photo assez différent de ce que j'imaginais : malin, inattendu, il mêle - les ressources d'archives publiques, (journaux, revues pour enfant, catalogues, cartes, plans, affiches...) - le témoignage oral (avec une retranscription fidèle du souffle du récit grâce aux portraits photographiques qui se succèdent en attrapant les expressions, les phrases bien choisies, associées aux regards silencieux qui font apparaître toute la subtilité du message et la fragilité du personnage interviewé ; dans le précédent opus, il s'agissait surtout de Joséphine, la grand-mère de l'auteur.) - les archives photographiques familiales (les photos de mariage, de communion, de fratries...) - des images plus farfelues, jaillies de l'imagination de l'auteur au moment où il écoute, ou peut-être au moment où il assemble, en tout cas ces quelques incursions graphiques apportent un regard intrigant et personnel qui devient attachant au fil des pages... J'ai donc commandé aux éditions fblbl "Gaston en Normandie" et j'ai retrouvé toutes les qualités de ma première lecture. A la grand-mère se rajoute une seconde source, le père : Gaston. Les deux récits s'entremêlent pour nous présenter un récit du débarquement à Bayeux vu par celles et ceux qui ne combattent pas et qui semblent, dans la guerre des autres, comme des chiens dans un jeu de quilles. Ce récit très intéressant en lui-même, est émaillé de découvertes archivistiques, de photographies du grand-père qui apparait dans un coin, ou même parfois au premier plan. Ces victoires du chercheur lui donnent l'occasion de questionner son père, si effacé lorsque Benoit était petit, sur son propre père, Lucien , qui s'avère être le fils d'un alsacien implanté à Oran, Gustave. Ces destins enchâssés, dirigés par des décisions politiques qui les ont dépassés, contraints et dont ils ont transmis la frustration, la souffrance et même un peu de honte d'être ces fétus de paille dans le souffle de l'histoire. De la colonisation à la guerre d'Algérie en passant par les deux guerres mondiales, les familles françaises ont toutes laissé des plumes dans leurs relations familiales. Des pères traumatisés par des horreurs, absents, blessés voire morts, ont détricotés les rapports familiaux laissant des séquelles sur plusieurs générations; Cette histoire est très personnelle mais en réalité elle fait échos à toutes les familles, cherchez dans votre arbre généalogique et vous trouverez surement un arrière grand-père devenu alcoolique au retour de la guerre, un grand-oncle estropié qui ne s'est jamais marié, un autre qui a perdu un poumon à cause des gaz de combats... Dans tous les cas une douleur qui a rendu difficile la communication avec les enfants. Le plus touchant pour moi a été l'histoire de Lucien qui emmène son fils ado en train quelques années après la guerre, à la recherche du village natal de son père en Alsace et qui ne le trouve pas... Le village avait changé de nom... J'ai trouvé ça plus triste que tout ! Bref Cette BD est un voyage vers la compréhension du passé qui aide à la compréhension de nous-même : nous comprenons avec Benoît que nos sommes le réceptacle de tous ces destins tragiques, notre tristesse est légitime, mais j'ai ressenti ce récit comme une part de réparation envers ces générations sacrifiées... Restons vigilants parce que les politiques sont bien capables de nous remettre la tête sous l'eau guerrière...

02/09/2024 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Brigade
La Brigade

Alea jacta est ! D'abord un grand bravo aux éditions La Joie de Lire pour la qualité du bouquin. Un magnifique écrin. Cette BD raconte l'histoire d'une quête, celle de Merlin l'enchanteur. Il est tombé dans l'oubli, son nom n'apparaît plus dans aucun grimoire. Pour retrouver sa gloire passée il va passer un pacte avec Pierrot, le magicien des mots. Celui-ci va lui concocter une quête chimérique où il devra réussir 26 épreuves pour retrouver son lustre d'antan. Merlin devra néanmoins être accompagné de valeureux guerriers qui eux aussi sont tombés en désuétude, ils seront au nombre de deux. Barbare, un molosse tout en muscle à l'esprit un peu simplet et de Fantôme, un spectre muet énigmatique. Ce trio hétéroclite sera rejoint au cours de ses aventures par Oiseau-Fusain, un bien étrange volatile. Victor Hussenot, que je découvre, a réalisé un travail de titan. Cette BD lui aura pris quatre ans pour en arriver au bout. Un scénario simple mais foisonnant d'idées pour créer un univers féerique, absurde et inquiétant. Un récit qui parodie le genre où l'humour décalé est omniprésent. Les personnages sont attachants et j'ai suivi avec délice leurs pérégrinations extravagantes. J'ai particulièrement aimé l'épilogue, l'amitié ne serait-elle pas plus importante que la renommée ? Mais le plaisir de lecture doit beaucoup à la proposition graphique de Hussenot. Un trait gras, souple et expressif de toute beauté. C'est surtout sa mise en page audacieuse et ses nombreuses trouvailles qui m'ont entraîné dans cette histoire foldingue C'est aussi les innombrables détails qui pullulent, ils sont un vrai plaisir pour les yeux. D'ailleurs, vous aurez plaisir à chercher les nombreux clins d'œil au cinéma, théâtre, bd... C'est enfin le choix judicieux des couleurs qui magnifie le tout. Très beau ! Un délicieux moment d'évasion. Foncez si vous aimez être surpris ! Gros coup de cœur.

02/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 5/5
Couverture de la série Quartier lointain
Quartier lointain

Voici, parait-il, une œuvre incontournable, non seulement pour les amateurs de mangas, mais aussi pour ceux qui apprécient la bande dessinée en général. N'étant pas dans la première catégorie, c'est ce qui m'a amené à lire un de mes rares mangas, et bien m'en a pris ! Ce récit nous transporte dans le Japon des années 60, où Hiroshi, un homme de 48 ans, se retrouve soudainement renvoyé dans son corps d’adolescent de 14 ans. Le thème du voyage dans le temps, pourtant classique, est ici abordé avec une sensibilité unique, sans artifice fantastique, mais avec une profonde réflexion sur le temps qui passe et les choix de vie. Le scénario de Taniguchi brille par sa simplicité apparente qui cache une grande profondeur. Le retour d’Hiroshi dans son passé lui offre une seconde chance de comprendre les événements qui ont marqué sa jeunesse, notamment la mystérieuse disparition de son père. L’histoire avance lentement, au rythme des souvenirs et des réflexions du personnage, ce qui laisse le temps d'une contemplation qui ne m'a pas lassée, au contraire. C’est précisément cette lenteur qui permet à l’œuvre de déployer toute sa richesse émotionnelle, en laissant au lecteur le temps de s’immerger dans les paysages du Japon d’antan et dans les dilemmes intérieurs du protagoniste. Graphiquement, Taniguchi livre un travail d’une grande élégance. Son trait fin et détaillé rend hommage à la beauté des décors urbains et naturels, tout en conservant une certaine sobriété dans les expressions des personnages. Cette retenue dans le dessin amplifie le côté introspectif du récit, laissant les émotions se dévoiler subtilement au fil des pages. Ce style, que j'ai personnellement moins typé manga et plus proche de la BD européenne, contribue à l’universalité de l'oeuvre. Je n'ai en tous cas pas eu l'impression de lire un manga. C’est une œuvre qui se lit lentement, qui s’apprécie dans le calme, et qui m'a laissé une empreinte durable. L’ensemble est d’une grande cohérence et d’une beauté rare. En définitive, Quartier Lointain est plus qu’un simple récit de voyage dans le temps : c’est une exploration de l’âme humaine, portée par une narration délicate et un dessin d’une grande finesse. Un indispensable pour toute bibliothèque, à découvrir absolument.

02/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5
Couverture de la série Chroniques Birmanes
Chroniques Birmanes

J'ai l'impression que certains auteurs aiment s'ancrer dans certaines parties du globe. Guy Delisle continue ici son exploration de l'est de l'Asie, option dictatures. A l’instar de ses précédents récits tels que Shenzhen et Pyongyang, G. Delisle nous plonge dans le quotidien d’un expatrié en terre inconnue. Mais cette fois, l’auteur nous emmène plus au sud, dans une Birmanie (aujourd’hui Myanmar) marquée par la répression d’une junte militaire, offrant une vision à la fois personnelle et informée de ce pays méconnu sous nos lattitudes. À travers son style graphique épuré et fluide habituel, Delisle capture l’essence des situations quotidiennes avec une simplicité qui me convient très bien. Son dessin, toujours aussi efficace, permet une lecture agréable et rapide, tout en laissant place à l’humour et à la réflexion.Son trait a gagné en maturité depuis Shenzhen. Contrairement à ses précédentes œuvres, "Chroniques birmanes" adopte une structure plus fragmentée, composée de courtes séquences thématiques qui dévoilent autant d’anecdotes de son séjour de 14 mois en Birmanie avec sa femme, membre de Médecins Sans Frontières, et leur jeune fils. Cette approche rend l’album un peu plus décousu par moments, certains passages étant moins percutants que d’autres, mais elle n’enlève rien à l’intérêt général de l’œuvre. Ce qui peut distinguer Chroniques birmanes de ses prédécesseurs, c’est la présence plus marquée de la vie privée de l’auteur. On découvre un Delisle en père de famille, gérant les défis du quotidien tout en explorant un environnement culturellement et politiquement complexe. Ces moments plus personnels ajoutent une dimension touchante et parfois comique à l’ensemble, c'est quelque chose que j'apprécie particulièrement dans les bibliographies. Malgré quelques anecdotes de "saveur variable", comme l’évoquent certains retours, l’album reste vraiment instructif. Delisle parvient à rendre compte de la réalité birmane avec lucidité, sans jamais sombrer dans le didactisme. Que ce soit les absurdités d’un régime militaire qui décide soudainement de déplacer la capitale, ou les rencontres avec des locaux attachants, Delisle nous offre une perspective unique sur un pays souvent fermé au monde extérieur. Pour les fans de Delisle, "Chroniques birmanes" est un incontournable, même s’il peut sembler légèrement en deçà de Pyongyang en termes d’impact. Néanmoins, sa capacité à combiner humour, observation pointue et critique sociale en fait une lecture vraiment intéressante et enrichissante. Cet album se lit d’une traite, difficile à refermer avant la dernière page, et confirme le talent de Delisle pour transformer ses expériences personnelles en œuvres à la fois divertissantes et profondes. Que vous soyez déjà familier avec les récits de voyage de Delisle ou que vous découvriez son travail pour la première fois, Chroniques birmanes vous embarquera dans une aventure à la fois banale et extraordinaire, offrant une fenêtre sur l’une des dictatures les plus opaques du monde avec une légèreté apparente qui cache une véritable profondeur.

02/09/2024 (modifier)
Par Emka
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Petits Riens
Les Petits Riens

Voilà ce que je qualifierais de série bonbon, chocolat ou saucisson (selon les goûts), c’est l’incarnation même du plaisir de lecture que l’on picore de temps à autre. Des bribes de vie, des observations, des anecdotes glanées au fil des jours, que Trondheim rassemble avec un talent incontestable et son coup d'oeil si particulier. Ca a été ma porte d'entrée dans l'univers de Lewis Trondheim et reste un grand plaisir à chaque nouvelle sortie. Ce qui pourrait n’être que des "petits riens" pour d’autres se transforme sous sa plume en véritables moments de bonheur, capturés avec une finesse et une légèreté qui font mouche. À l’origine, ces histoires étaient publiées sous forme de strips sur un blog, chaque planche offrant un instantané de son quotidien. Mais là où certains pourraient se contenter d’anecdotes légères et sans conséquence, Trondheim parvient à transcender ces moments en créant des récits à la fois drôles et touchants. Il faut un œil exercé pour capter le comique de ces situations souvent banales, et c’est là tout le talent de l’auteur : faire rire à partir de presque rien, mais aussi susciter l’empathie et parfois une réflexion plus profonde. Une sorte d'équivalent BD de Vivian Maïer en photographie. L’album marque aussi un tournant technique pour Trondheim, qui se charge lui-même des couleurs. Les aquarelles qu’il utilise apportent une douceur particulière aux planches, renforçant l’atmosphère chaleureuse et familière de ces petites aventures du quotidien. Le trait, épuré et précis, accompagne parfaitement cette ambiance. Au-delà de l’aspect narratif, l’édition elle-même mérite d’être saluée. Complètement d'accord avec iannick sur ce sujet, le format poche est idéal , et la qualité du papier offre une expérience de lecture agréable. Que ce soit pour le rire, pour la réflexion ou simplement pour le plaisir de retrouver l’univers de Trondheim, ces albums sont toujours en priorité sur ma liste lors de leur sortie. Une série qui ravira certainement autant les amateurs de longue date que ceux qui découvrent le travail de Trondheim à travers ces petites pépites de vie quotidienne.

02/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Anuki
Anuki

Anuki est un concentré de poésie muette. La narration est exclusivement visuelle mais l'absence de texte ne diminue en rien la compréhension du récit. Au contraire c'est l'occasion pour des lecteurs ou lectrices débutant(e)s de faire travailler leur imagination créative. On retrouve les thématiques traditionnelles en milieu de petits indiens dans leurs rapports à la nature, aux animaux, aux rites et croyances et la relation fille-garçon. Les scénarii sont très accessibles et toniques. Ils sont merveilleusement mis en valeur grâce au dessin très expressif de Stéphane Sénégas qui multiplie les angles de vues et les séquences gestuelles quasi stroboscopiques. Cela crée des effets de mouvements qui rendent la série débordante de vitalité et de fraicheur. Une très belle lecture pour les plus jeunes.

02/09/2024 (modifier)