Les derniers avis (39892 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série L'Héritage fossile
L'Héritage fossile

Je connaissais déjà Philippe Valette pour son excellent Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle qui allie la parodie et l'hommage dans un ballet parfaitement maitrisé. Et il revient aujourd'hui avec une BD plus sombre, bien différente dans le fond et sur la forme. Ici, l'auteur a décidé de se lancer dans un dessin bien de son style pour les personnages mais en environnement numérique bien plus réaliste. C'est une belle réussite, la narration passe parfaitement dans des visages simples et peu de personnages, tandis que les environnements permettent une immersion réelle. Petite aparté, mais je trouve qu'il y a de nouveau un engouement vers la hard-SF, orientée vers des histoires sombres, plus documentée techniquement et aux sujets d'actualités (changements climatiques, fin du monde, questions politiques, grosses sociétés ...). Bref, "L'héritage fossile" se pose dans un paysage de SF en renouvellement et je dois dire qu'il s'inscrit pleinement dans les thématiques d'aujourd'hui. L'histoire a deux trames qui se croisent vers le final, mais je dois dire qu'elle évolue d'une façon qui est inattendu pour les deux. J'ai compris vers le milieu la façon dont les trames se croiseraient, mais j'ai tout de même eu des surprises sur la façon dont ça arriverait. Et pour le coup, les détails de la fin m'ont étonné comme jamais. C'est glauque et sombre, avec une finalité qui m'a semblé en écho du réchauffement climatique actuel. Et quelle fin, quelle claque ! Je trouve que le développement de l'intrigue conduit logiquement à ce point mais sans pour autant être prévisible. Je recommande la BD. Elle est surprenante, mais aussi addictive. Les premières pages passées, il est assez difficile de lâcher l'affaire. On sent des sources d'inspirations diverses (je dirais Inception et La route pour les visuels, mais je suis sur que d'autres aussi) et pourtant l'histoire m'a semblé franchement innovante. Je n'attendais pas un tel récit, une façon de raconter qui insiste autant sur une nature foncièrement mauvaise de l'homme. Et surtout insister sur sa capacité de nuisance ... Lecture perturbante, aucun doute, et qui m'a beaucoup plu. Je recommande la lecture

13/09/2024 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Héritage fossile
L'Héritage fossile

C'est avec ce nouvel album que je découvre le travail de Philippe Valette (oui, shame on me, je n'ai pas lu Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle, mais promis je vais me rattraper ! ). Déjà, on appréciera le travail de maquette réalisé, c'est un très bel objet qui nous est proposé. Format simili carré, titre en relief, et très belle couverture intrigante qui ne demande qu'à ce que nous engagions notre lecture. Le récit s'ouvre sur un duo composé d'une jeune fille et d'un vieil homme couvert de cicatrices qui avancent péniblement dans ce qui ressemble à un désert en pleine tempête de sable. Flashback... Nous voilà au milieu d'une équipe d'astronautes ; leur vaisseau est en mission pour réaliser la première colonisation d'une exoplanète. Petit détail, le voyage est prévu sur une durée de... 20 000 ans !!! C'est donc au fil des recherches de notre jeune Nova et de son père Reiz pour retrouver les modules de leur vaisseau éparpillé sur cette exoplanète que nous allons découvrir les péripéties de ce voyage improbable et qui ne s'est forcément pas se passer comme prévu. On se fait rapidement happer par le récit et les réflexions et questionnement fourmillent au fil de cette épopée. Philippe Valette a indéniablement le sens du récit et de la narration ! Si le lecteur de SF que je suis y a retrouvé des thèmes et réflexions "classiques" du genre, c'est fait de façon complètement maitrisée et efficace. Côté graphisme, il mélange habillement un dessin minimaliste et 3D pour ses décors. La colorisation surprend un peu au début, mais je m'y suis fait et j'ai même fini par la trouver agréable ; elle donne à cet album un petit côté "animé" qui n'est pas déplaisant (on sent que l'auteur a travaillé dans l'animation). Bref, un très bon récit de SF servi dans un très bel écrin !

13/09/2024 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Au-Dedans.
Au-Dedans.

C'est en voyant que "Au-dedans." venait de recevoir le Prix Comics ACBD 2024 que j'ai réalisé que je n'avais pas laissé d'avis sur cet album. Et quel album ! Surprenant de bout en bout ! En attaquant ma lecture, j'ai commencé par me dire que cet OVNI de quelques 300 pages n'allait pas m'emballer plus que ça. Un trait sobre, des pages très aérées, une histoire personnelle sur la difficulté à s'intégrer, et surtout à communiquer en société ou comment exprimer sincèrement ses émotions... Bon, pourquoi pas, mais ça m'emballait pas plus que ça... Et c'est là toute la magie de cet album et du talent de Will McPhail. C'est cette fausse légèreté, ce minimalisme qui va a l'essentiel, tant dans la composition des planches que de son trait qui donne cette expressivité et cette justesse à cette réflexion. J'ai adoré l'expressivité qu'il arrive à faire passer sur le visage de son personnage (Nick) en un rien de traits ; j'ai adoré ces explosions de couleurs qui au détour d'une page vous éclaboussent et vous font partager le ressenti de Nick ; en fait, oui j'ai adoré cet album ! Une magnifique découverte d'un travail tout en finesse qui prend et donne sens au fil des pages. Bravo ! Un Prix ACBD largement mérité !

13/09/2024 (modifier)
Par Simili
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jours de sable
Jours de sable

Il n'est pas évident pour nous d'imaginer ce que pouvait être la vie au début du XXème siècle. Il est encore moins possible d'imaginer que la population américaine pouvait être à ce point en difficulté dans l'entre 2 guerres. Et pourtant c'est bien dans ce cadre, historiquement vrai que ce déroule la fiction d'Aimée De Jongh. "Jours de sable" nous conte l'histoire d'un jeune photographe envoyé au cœur des Etats Unis qui sont touchés par des tempêtes de sables et des sécheresses à répétition. Complétement ignorant de ces choses, je ne peux que louer le travail d'enquête réalisé par l'auteure pour arriver à caler sa fiction dans un contexte réel. La petite documentation en fin d'ouvrage me laisse à penser qu'elle y est arrivée de manière optimale. Le dessin est très plaisant à regarder et j'ai trouvé le choix des couleurs parfaitement adapté. Il n'y a aucune fausse note à ce niveau là. Pour ma part je serai un peu plus indulgent que Gruizzli sur le personnage de John. Son histoire combinée à sa mission et tout ce qu'il en a appris ne m'ont pas choqué. Comme si le Dust Bowl avait balayé ses illusions et enterré ses démons pour lui faire prendre conscience du réel sens de la vie. Sur moi ce point a parfaitement fonctionné. Ce qui a moins fonctionné c'est la fin dont j'ai trouvé l'arrivée très brutale, comme si il avait fallu conclure très rapidement car on manquait de pages. J'aurai préféré un développement un peu plus long de cette partie de l'histoire. "Jours de sable" est un belle BD à offrir et à l'aube d'un changement climatique majeur un bon rappel que nous ne sommes que des grains de poussières face aux forces de la nature. Il conviendrait donc de la respecter un peu plus si nous espérons continuer à pouvoir vivre.

13/09/2024 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Newburn
Newburn

Les comics « polar noir » ont le vent en poupe : Criminal et ses spin-offs (Un été cruel), Reckless, Pulp, Goodnight paradise, November… deux grosses pointures du comics (Chip Zdarsky de Stillwater et Sex Criminals, et Jacob Phillips, coloriste attitré de Criminal) lancent donc une nouvelle série, et un nouveau héros : Easton Newburn, détective privé ex-flic. Le résultat ? Et bien c’est pas mal du tout. Le début du premier tome un peu trop ordinaire et linéaire, malgré des personnages intéressants et bien campés. Et puis les derniers chapitres passent à la vitesse supérieure, et le tome 2 confirme ce décollage narratif. L’intrigue devient plus dense et intéressante, certains chapitres en dévoilent plus sur le passé de Newburn, et la fin est satisfaisante, tout en laissant la porte ouverte à un deuxième cycle. J’ai cependant parfois eu du mal à suivre l’intrigue. J’ai dû relire certaines pages, la faute à une narration et des dialogues confus, sans que cela ait gâché mon plaisir de lecture. La mise en image de Jacob Phillips est superbe, dans un style assez proche de Criminal. Un bon 3.5 arrondi à 4 pour l’amateur de polars noirs que je suis.

10/02/2023 (MAJ le 12/09/2024) (modifier)
Couverture de la série Mamma mia !
Mamma mia !

Franchement, Trondheim est bourré de talent ! Il touche à tous les genres, et réussit quand même très souvent des trucs chouettes. C’est le cas avec cet album tout public (les plus jeunes y trouveront leur compte, les adultes comprendront mieux certains détails, certains sous-entendus). C’est une suite d’histoire courtes/gags en une page, mais qui forment une sorte d’histoire, autour de 4 personnages (4 générations de femmes, de la gamine à l’arrière-grand-mère d’une même famille), avec chacune leur caractère, qui cohabitent de façon plus ou moins forcée et agréable. Le talent de Trondheim est de ciselé des dialogues souvent amusants, qui joue souvent sur du vachard gentil, il dose très bien son humour pour toucher un large public. Et le dessin d’Obion est lui aussi très bon, simple et efficace. Une lecture sans prétention, mais sympathique. Note réelle 3,5/5

12/09/2024 (modifier)
Couverture de la série Incredible India
Incredible India

Bess nous présente ici une sorte de carnet de voyage en Inde. Cela se présente comme une suite de longues lettres envoyées à un ami, lettres illustrées en BD. Plusieurs années auparavant, il s’était déjà livré dans Escondida. Mais ici, il n’y a pas les envolées poétiques et délirantes d’Escondida, c’est plus terre à terre (et sans doute cela déconcertera moins de lecteurs (moi j’avais plutôt apprécié les rêveries d’Escondida !). Comme le titre l’indique, il s’agit d’un carnet de voyage en Inde. D’un voyage merveilleux et émerveillé. Ceux qui connaissent l’œuvre de Georges Bess savent que l’Inde occupe une place énorme, nombreuses sont les séries (en solitaire ou avec Jodorowsky) qui lui ont permis de donner à voir sa vision de ce pays. Il y est allé plusieurs fois, et ça l’a marqué. Ici, même si j’ai commencé à dire que c’était un plus « réaliste » qu’Escondida, c’est quand même un peu décousu. Au fil de ses errances, au fil de ses pensées, Bess nous montre une Inde fascinante et énigmatique, belle et repoussante, étrange et difficile à apprivoiser – même s’il semble l’avoir fait. L'autre aspect intéressant de l'album, même si ça intéressera surtout les amateurs de l'auteur, c'est toute la partie autobiographique: Bess se livre beaucoup sur sa jeunesse et certains moments importants de sa vie. On ne peut en tout qu’être émerveillé par son dessin, que je trouve très beau. D’une limpidité et d’une précision captivante. Et son trait fin et réaliste use d’un beau Noir et Blanc : Bess est un très grand dessinateur ! Un album intéressant. Note réelle 3,5/5.

12/09/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5
Couverture de la série Les Maléfices du Danthrakon
Les Maléfices du Danthrakon

Ils préfèrent la passion partie du cœur, au par cœur de la partition. - Ce tome constitue une suite de la trilogie Danthrakon : Le grimoire glouton (2019), Lyreleï la fantasque (2020), Le marmiton bienheureux (2020), consacrée à Lerëh & Nuwan, qu'il n'est pas indispensable d'avoir lu avant pour saisir toutes les aspects de la présente histoire. Sa première parution date de 2022. Il a été réalisé par Christophe Arleston & Olivier Gay pour le scénario, par Olivier Boiscommun pour les dessins, et par Claude Guth pour la mise en couleurs. Il compte cinquante pages de bande dessinée. Karyelle, un joli nom pour une cité perchée sur un pic montagneux. Pourtant, la ville est surnommée Carie-du-Ciel, en raison des réseaux de grottes, de tunnels et d’habitations troglodytes qui abritent les moins favorisés. Son opéra en plein air jouit depuis toujours d’une formidable réputation. Parmi les habitués, le merveilleux baron Sigle-Hume, et l’archimage Modrevol. En ce moment la cantatrice Ptolomelle est en train de donner un récital, accompagnée de sa sœur Meliandre à la harpe, chantant : Ah, amour contrarié, ah, ironie cruelle, qui pour donc aimer la pauvre Ptolomelle. Les spectateurs sont enchantés, près à aimer la pauvre Ptolomelle. Le baron la trouve boul-ver-si-fiante, et il demande à l’archimage comment elle s’appelle. Ce à quoi son interlocuteur répond que s’il en croit les paroles, elle se prénomme Ptolomelle. Sigle-Hume demande alors à Modrevol d’inviter la soprano à sa réception ce soir. Après le récital, les deux sœurs se retrouvent dans leur chambre, les petits oiseaux blancs voletant gracieusement autour de la cantatrice, et la harpiste s’entraînant sur son instrument. Meliandre énonce à haute voix son constat : le public adore sa sœur car elle a plus qu’une voix magnifique, elle sait les faire vibrer. Alors qu’elle a beau jouer à la perfection, elle ne les touche pas, c’est comme si elle était transparente. Son tempo était excellent, ses notes impeccables. Alors que Ptolomelle a accroché son contre-ut et personne n’a entendu. Sa sœur confirme qu’ils préfèrent la passion partie du cœur, au par cœur de la partition. On toque à la porte : un laquais vient apporter un message de son maître l’archimage Modrevol. Il l’énonce : La belle Ptolomelle et sa sœur sont cordialement invitées à la réception qu’il donne ce soir en son manoir. Postscriptum : elle doit veiller à ce que ses oiseaux se soient soulagés avant. Meliandre comprend que cette dernière partie est un ajout du laquais, ce qu’il confirme, c’est son métier. La cantatrice répond qu’elle vient, la harpiste décline l’invitation car elle a du solfège à réviser. Le laquais sort, un autre individu fait son entrée : Brusus. Ptolomelle fait sortir sa sœur en prétextant qu’il s’agit d’un admirateur. Dès qu’elle est sortie, le visiteur change d’attitude : il malmène la soprano et l’informe que le chef a fait enlever ses parents. Ce soir, pendant la réception, elle devra laisser une fenêtre ouverte pour qu’ils puissent y réaliser un cambriolage. Les soirées de l’archimage sur le rocher sont toujours un succès. Le tout-Carie-du-Ciel se bat pour pouvoir y assister. Le texte de la quatrième de couverture précise qu’il s’agit d’une histoire complète en un tome. Celui-ci commence par un texte introductif de deux pages expliquant l’origine du Danthrakon telle que le lecteur a pu la découvrir dans l’histoire de Lerëh et Nuwan. Il précise également que La seule certitude à son sujet est qu’il est sensible à la beauté, à l’art. en présence d’un ou d’une virtuose, il exulte et se laisse aller à sa vraie nature, […] c’est son histoire, et les étonnantes aventures survenues à ceux qui l’ont eu entre les mains, qui sont racontées ici… Le lecteur est fort aise de retrouver les créateurs du récit initial. Il se dit que Arleston a souhaité travailler avec un coscénariste vraisemblablement par manque de temps. Il est tout aussi rassuré de voir le retour du coloriste initial, s’il a trouvé un peu en deçà, la prestation de sa remplaçante dans le tome trois. De fait, le lecteur retrouve la palette de couleurs vives et chaudes, très agréables à l’œil. Le soin méticuleux apporté à suivre chaque forme détourée, aussi fine soit-elle, la capacité à habiller les fonds de case vides avec des camaïeux à base de dégradés consistants, les effets spéciaux efficaces et à bon escient, par exemple les notes de musique pour les mélopées chantées. Son travail complémente les dessins avec une pertinence telle que le lecteur éprouve la sensation que les couleurs auraient pu être posées par l’artiste lui-même. De la même manière, l’artiste donne l’impression d’avoir bénéficié du temps nécessaire pour peaufiner chaque page. Le lecteur commence par se délecter de cette magnifique couverture avec ce ciel aux superbes dégradés, les deux sœurs en train de se produire pour le Danthrakon, et les petits oiseaux blancs entre colombe et moineau, ceux-là même qui suivent Ptolomelle partout, entre poésie visuelle et gag, avec derrière cette cité troglodyte fantastique qui évoque par certains aspects celle de Kompiam, elle aussi construite à flanc de montagne, mais un peu moins abrupte. La première page du récit offre une autre vue de cette cité remarquable, en particulier de sa grande scène en surplomb avec ses colonnes et ses gradins. Par la suite, le lecteur prend le temps d’admirer la vue du ciel de la propriété de l’archimage, plusieurs pièces de sa demeure comme la salle aux miroirs déformants, le zoo personnel, et bien sûr l‘immense bibliothèque où repose le précieux volume du Danthrakon, puis les fragiles passerelles en bois pour relier différents points de la cité, les passages dans les cavernes (un vrai labyrinthe menant au royaume secret des voleurs), la balancelle au-dessus du vide, et une dernière vision de Karyelle cette fois-ci en direction de la mer. Olivier Boiscommun est tout aussi en forme, en verve même pour les personnages, qu’il s’agisse d’anonymes dans la foule (par exemple les spectateurs applaudissant au récital de Ptolomelle), ou des premiers et des seconds rôles. La soprano dispose d’une superbe silhouette élancée, d’un joli minois expressif, que ce soit quand elle fait œuvre de séduction, quand elle est sous l’emprise de la boisson, de la peur, ou sous le coup d’une décision irrévocable. Le physique de Méliandre s’avère très similaire à celui de sa sœur, mais son langage corporel diffère montrant qu’elle est aussi introspective que sa sœur peut être expansive. Difficile de résister à son désappointement quand elle tente de se faire consoler en se serrant contre un beau garde : elle s’adresse à lui en lui demandant de ne rien dire, de la serrer contre lui, car il paraît que ça aide en cas de souffrance intérieure. Bon. Constat : en réalité, c’est assez inconfortable. Arnulf, le jeune garde, fait montre d’une certaine assurance avec une touche raisonnable de virilité, tout en se montrant parfois un peu boudeur quand une personne de plus se moque encore de sa coiffure, ou quand il est dépassé par les initiatives de l’une ou l’autre sœur. Le lecteur finit même par compatir avec Brusus, l’homme de main qui bouscule et fait chanter Ptolomelle, car il se retrouve lui aussi dépassé plus souvent qu’à son tour avec un air désemparé très parlant sur son visage et dans sa posture corporelle. Chaque personnage dispose de sa tenue vestimentaire spécifique avec de nombreux détails, en phase avec sa personnalité et sa position sociale. Le dessinateur est tout aussi en verve pour les scènes d’action que ce soit la tentative pour récupérer le Danthrakon qui s’est envolé dans la bibliothèque, l’équipe de ménage qui constate les dégâts après la réception chez l’archimage, Ptolomelle en train d’utiliser son pouvoir vocal, l’inondation dans les passages troglodytes, ou encore le combat aérien final. Les coscénaristes semblent avoir pris grand plaisir à imaginer cette aventure, et ils savent le communiquer au lecteur. Difficile de résister à l’exubérance de la cantatrice, à la résignation de Méliandre au fait d’être émotionnellement handicapée, ou encore à la bravoure contrariée du garde Arnulf. Ils concoctent également des réparties qui font mouche, à base d’ironie et cynisme de bon aloi (qui ne semble ni artificiel, ni forcé). Ils ont le sens de la formule, par exemple : ils préfèrent la passion partie du cœur, au par cœur de la partition. De la moquerie, avec par exemple une caricature de critique d’art : Magnifique tableau ! Quelle œuvre ! Et cette tache ! Un éclair de génie qui vient transcender comme un cri primal la vision transréelle de la multiplicité des émotions opaques d’une société hermétique à ses sens. Bouleversant, tripal. Ou encore un retour au principe de réalité, par exemple : Même les plus terribles des nuits finissent par laisser place au jour. Qui n’est pas toujours mieux, d’ailleurs. Ils n’en oublient pas leur intrigue pour autant : le Danthrakon donnant des pouvoirs à Ptolomelle, un chantage avec l’enlèvement des parents, une introspection sur l’atrophie émotionnelle de Méliandre, et une histoire d’amour un peu contrariée dans laquelle l’homme n'a pas l’initiative. Après une histoire en trois tomes, les auteurs ont opté pour des histoires complètes en un tome, avec l’adjonction d’un coscénariste. Le lecteur se rend compte qu’il en a pour son argent. Le dessinateur a retrouvé son niveau optimal, créant de magnifiques paysages, des personnages attachants, amusants, avec une réelle épaisseur, des scènes d’action bien mises en scène, une narration visuelle pleine d’entrain, où le plaisir de l’artiste se transmet au lecteur, avec une mise en couleurs sophistiquée et en phase. Les coscénaristes racontent une histoire avec une intrigue bien ficelée, des personnages bien développés, le sens du merveilleux, et une verve combinant humour sous différentes formes (Quoi ? Qu’est-ce qu’elle la coiffure d’Arnulf ?), et des personnages avec un caractère propre. Chouette, il y a un deuxième tome de cette série Les maléfices du Danthrakon, par les mêmes auteurs.

12/09/2024 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Elon Musk - Enquête sur un nouveau maître du monde
Elon Musk - Enquête sur un nouveau maître du monde

Elon Musk est bien sur un homme d'affaire que je connais, mais je n'avais pas une vue d'ensemble sur sa vie et sur ses réalisations alors cette biographie m'intéressait grandement. Je ne fus pas du tout déçu. Certes, Cunningham n'a pas le dessin le plus beau au monde et il est orienté, mais cela reste une biographie claire et précise et on voit qu'il a fait un gros travail de recherche au vu des sources bibliographiques présentes en fin d'album. On dégonfle la figure d'Elon Musk, le self-made man surdoué pro-liberté d'expression qui se révèle être encore une fois un riche qui reçoit l'argent des gouvernements, prend tout le mérite du travail de ses employés et qui n'a aucun problème pour travailler avec des dirigeants pas très connus pour aimer la liberté d'expression. On voit entre-autre que Musk a tendance à rendre incroyable des trucs qui existent déjà ou promettre plus que ce que ses employés peuvent faire. C'est un vrai maitre de l'illusion et le fait qu'il y a autant de richesses entre les mains d'un même homme est vraiment un problème bien détaillé par l'auteur. Un album instructif car j'en ai appris des choses et je pense que c'est le type de documentaire qui va plaire aux gros fans des questions politiques.

11/09/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Batman - Amère victoire (Dark Victory)
Batman - Amère victoire (Dark Victory)

Prise de pouvoir par les monstres - Il faut savoir rendre grâces à Frank Miller et David Mazzuchelli pour avoir remis à la mode (avec Batman année un) les histoires centrées autour d'un Batman débutant. Jeph Loeb a tellement apprécié (et eu de succès) avec Un long halloween (histoire qui reprend les personnages de Année un) qu'il ne lui a pas fallu très longtemps pour écrire une suite en 13 épisodes et convaincre Tim Sale que Robin constitue un personnage intéressant. Un tueur se faisant appeler Hangman exécute des officiers de police en les pendant. Il laisse derrière lui des jeux de pendus à moitié renseignés. Sofia Falcone Gigante a repris les rênes de l'empire de son défunt père. Alberto Falcone est libéré et assigné à résidence dans le manoir familial. Janice Porter succède à Harvey Dent au poste de District Attorney et elle semble motivée par autre chose qu'une saine ambition. Batman se méfie de James Gordon et de Catwoman. Toutes ces intrigues permettent à Jeph Loeb de donner au lecteur une vision complète de Gotham et des difficultés auxquelles se heurte Batman dans sa guerre contre le crime. Jeph Loeb continue de prouver sa maîtrise du personnage de Batman et de son environnement. Tout est parfaitement à sa place et si le déroulement des événements est complexe, il n'est jamais compliqué. En grand professionnel, Loeb sait entremêler différentes intrigues autour du mystère principal qui est de découvrir qui est ce tueur de flics. Sa description du profil psychologique de Bruce Wayne et de son alter ego est entièrement en phase avec Year One. La montée progressive de sa paranoïa sonne juste et l'irruption de Dick Grayson (au chapitre 9) dans ce contexte devient plausible. Ce qui est également admirablement rendu réside dans la prise de pouvoir progressive et irrésistible des monstres (Two-Face, Penguin, Joker, Poison Ivy, Solomon Grundy…). le scénario transcrit admirablement leur emprise grandissante sur la pègre aux dépends de la mafia traditionnelle qui ressemble de plus en plus à une espèce en voie de disparition. Les illustrations de Tim Sale sont dans la continuité de ce qu'il a fait sur le tome précédent. Il continue à apposer de grands aplats de noir, à recourir à des cases très large et en nombre restreint sur chaque page. Son rendu des personnages reste stylisé et tire parfois vers l'abstraction (aux dépends du réalisme). Ce parti pris augmente l'impact visuel des personnages et tire les illustrations vers une forme iconique qui transporte l'histoire vers un affrontement entre forces primordiales. Ce tome est aussi réussi que Un long Halloween que je vous conseille d'avoir lu avant car on y retrouve la majorité des personnages. Jeph Loeb et Tim Sale ont réussi leur pari de narrer une histoire de Batman qui compte et qui soit prenante. Pour savoir ce que devient Selina Kyle en cours d'histoire, il vous suffit de lire Catwoman à Rome des mêmes auteurs. Ce tome s'achève avec une histoire bonus d'une demi-douzaine de pages mettant en scène Catwoman et Batman, écrite par Darwyn Cooke et dessinée par Tim Sale.

11/09/2024 (modifier)