L'Héritage fossile
Après Jean Doux et Georges Clooney, Philippe Valette quitte le registre de l'humour pour un récit de SF sombre et parfaitement maîtrisé. Entre huis clos et road trip, une épopée humaine et métaphysique qui questionne les limites de la civilisation.
Consensus sur une BD Delcourt Les prix lecteurs BDTheque 2024 One-shots, le best-of Science-Fiction, le best-of Vaisseaux de colonisation interstellaire
Nova et son père, Reiz, un vieil astronaute, cheminent à la surface d'une planète désertique, à la recherche des vestiges de son vaisseau. La jeune fille profite du périple pour rédiger les mémoires de son père : 20 000 ans plus tôt, son équipage a quitté la Terre pour tenter d'établir la toute première colonie humaine sur une exoplanète propice à la vie. Mais au fil des siècles, l'expédition a pris une tournure inattendue.
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| Date de parution | 18 Septembre 2024 |
| Statut histoire | One shot 1 tome paru |
Les avis
Adapté d'un sujet que la science-fiction récente semble affectionner tout particulièrement, celui des vaisseaux générationnels chargés d'emporter l'humanité vers une exoplanète afin d'assurer sa survie, L'Héritage fossile s'inscrit dans une tendance qui reflète sans doute les inquiétudes actuelles concernant l'avenir de la Terre et les conséquences de l'action humaine sur notre environnement. Le récit alterne entre deux époques. D'un côté, l'errance d'un homme et d'une jeune fille sur une planète désertique balayée par une tempête permanente. Cette partie m'a évoqué à plusieurs reprises La Route, avec son ambiance post-apocalyptique et sa relation entre un adulte et un enfant dans un monde hostile. C'est un type de récit qui ne me passionne pas particulièrement, même s'il sert ici efficacement à expliquer la situation de ces deux derniers survivants et leur quête pour permettre à l'humanité de renaître. C'est surtout le second fil narratif qui m'a captivé. On y suit quatre astronautes engagés dans un voyage interstellaire de 20 000 ans à bord du Heritage One. Grâce à un procédé de biostase, ils ne se réveillent que cinq jours tous les vingt-cinq ans, ce qui ne les fera vieillir que d'une dizaine d'années au terme du trajet. J'ai beaucoup aimé cette idée ainsi que les conséquences imprévues que ce procédé entraîne sur leur organisme. Toute la réflexion autour du temps gigantesque qui les sépare de leur destination, de l'isolement absolu, des choix impossibles qu'ils doivent faire pour survivre et poursuivre leur mission constitue à mes yeux la véritable force de l'album. J'ai trouvé les dilemmes moraux intéressants, même si certaines réactions m'ont parfois semblé excessivement épidermiques ou moralistes. Face aux circonstances, j'étais souvent davantage du côté du protagoniste principal, même si ses méthodes sont loin d'être irréprochables. C'est toute la force d'une telle œuvre que de faire réfléchir aux décisions qu'on prendrait soi-même dans une telle situation. L'intrigue m'a tenu en haleine du début à la fin. La résolution reste relativement classique pour une œuvre de science-fiction traitant de voyages interstellaires sur des échelles de temps démesurées, mais elle fonctionne bien et m'a satisfait, même si j'aurais sans doute aimé une conclusion un peu plus optimiste. Graphiquement, l'album possède une identité très particulière. Philippe Valette mélange personnages modélisés en 3D puis dessinés en 2D et décors entièrement réalisés en 3D photoréaliste. Le résultat surprend au départ, notamment lors des premières scènes spatiales où le contraste est très marqué entre les personnages et leur vaisseau. Mais ce contraste se fait bien plus naturel dans les séquences à bord du vaisseau ou sur cette planète balayée par les tempêtes. J'ai apprécié l'originalité de cette approche graphique. La simplicité des personnages a la qualité d'alléger la dureté de ce qu'ils traversent, tandis que les décors renforcent le sentiment d'immensité et de solitude. Sans révolutionner les grands thèmes de la SF, L'Héritage fossile propose une variation intelligente et assez captivante sur ces questions. J'ai été emporté par son idée centrale, par les problèmes auxquels sont confrontés les astronautes et par les réflexions qu'elle suscite.
Je rejoins l'enthousiasme général concernant cet album, que je n'aurais sans doute pas lu sans les critiques ici... et si je n'avais pas déjà lu et beaucoup aimé Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle du même auteur. Changement radical d'ambiance et de style ici. Exit le genre loufoque de Jean-Doux, on embarque dans un récit de SF pur, à la découverte d'une planète à l'autre bout du système solaire. L'humanité doit la coloniser pour assurer la survie de notre espèce. Ca ressemble à un pitch déjà lu pas mal de fois, et ce n'est pas forcément le type de récit qui m'attire de prime abord. Pourtant ça fonctionne hyper bien ici et on se prend vraiment à l'histoire. La narration est sacrément bien fichue. C'est pas dense en dialogue, on suit un homme et une petite fille qui déambulent sur cette planète. On ne sait pas trop ce qu'ils recherchent, la petite fille est curieuse et questionne l'homme sur ses origines. Il est plutôt avare en réponse et cela entretien un vent de mystère plutôt agréable. En alternance avec ces passages, on a droit a un autre arc narratif qui raconte le voyage spatial des 4 colons originaux. Evidement le voyage ne va pas se passer comme prévu. L'auteur a su me séduire avec son idée de fossilisation à travers le temps. Les situations qui en découlent et les questions éthiques que doivent se poser nos astronautes pour assurer, non pas leur propre survie, mais celle de l'espèce humaine sont saisissantes. La tension va crescendo, et l'envie de connaitre le dénouement ne fait qu'augmenter avec les pages qui défilent. Evidement les 2 histoires se rejoignent vers la fin. Et de quelle manière ! La aussi j'ai trouvé ça hyper malin, hyper efficace. Que dire des dernières pages ? Brutales, elles offrent un final majestueux à ce récit. Un sans faute, lecture vivement recommandée.
C'est un peu dur pour moi d'écrire un avis positif parce que je ne sais pas quoi ajouter de plus à ce qui a déjà été écrit. Cela va donc être un avis assez court. Le récit traite de thèmes actuels que j'ai déjà lus au moins une bonne douzaine de fois en BD, mais le traitement est tellement original que cela ne m'a pas gêné. Non seulement le scénario est prenant, mais il est aussi très surprenant. Je ne savais jamais ce qui allait se passer ensuite. La fin est à la fois surprenante et logique. En fait, tout le récit est bien construit du début jusqu'à la fin. Le caractère des personnages est bien défini et ils se complètent bien. Le dessin est pas mal non plus. J'ai bien hâte de voir les prochaines productions de cet auteur très talentueux !
Je ne dérogerais pas à la moyenne, c’est franchement sympa à suivre. Philippe Valette surprend et régale, j’avais déjà succombé au mystère de la disquette molle. Il frappe cette fois dans un registre et genre où on ne l’attendais pas, une s-f plutôt dure et réaliste où son dessin fait merveille. Ses personnages peuvent faire un peu peur de prime abord, un rendu un peu « naïf » dans le trait mais force et de constater qu’il sait nous embarquer. Ses décors en jettent, ses couleurs sont réussies et la narration « carré » est immersive pour ce récit à plusieurs temporalités. On n’est jamais perdu et on est vraiment intrigué tout le long de l’aventure. La fin, sans qu’elle fasse Whoua, reste très satisfaisante et interroge sur beaucoup de choses sans que ce soit moralisateur. Du bien bel ouvrage.
Que voila une fort bonne surprise, et non je n'ai pas lu "la disquette molle", dont j'entends dire le plus grand bien. Ce qui m'a plu dans ce récit c'est tout d'abord le dessin qui a mon sens rend bien compte de l'immensité de la planète ou nos deux héros déambulent. L'espace y est rendu de belle manière et l'on sent bien la solitude, le côté interminable de cette quête à la recherche de morceau de vaisseau spatial. L'histoire est extrêmement bien construite et nous amène à ce dénouement pour le moins surprenant, mais qui est en accord parfait avec des thématiques fort actuelles. Pour moi une belle surprise que je ne saurais trop conseiller
Décidément, Valette est un auteur à suivre ! Qui développe une œuvre originale, et qui ne cherche pas à se répéter. En effet, on est ici très loin de ses autres productions. Mais c’est encore quelque chose de réussi. Ça doit être ça le talent, je suppose. Ce qui saute tout d’abord aux yeux, c’est le travail graphique encore original (après son impayable Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle). Il explique d’ailleurs son processus de création dans ce domaine en fin d’album, dessinant personnages et expressions, pour ensuite les intégrer à des décors 3D. Si le rendu est surprenant de prime abord, on s’y fait rapidement, et j’ai trouvé ça agréable à l’œil (quelques petits airs rétro de « Cosmos 1999 » parfois, le côté kitsch en moins. Pas désagréable me concernant). L’histoire est bien fichue, amenant par paliers la chute finale. Les rebondissements successifs empêchent le lecteur de s’ennuyer, et, avec un minimum d’action et de dialogues, Valette nous propose un album qui sort de l’ordinaire. Une des belles réussites de cette année, c’est certain !
Une très bonne lecture ! Si elle peut surprendre à première vue, la forme (superpositions et incrustations d'éléments avec un rendu 3D) n'est finalement pas du tout un souci, c'est même plutôt réussi je trouve (mention particulière pour les vues extérieures des vaisseaux). Quant à l'intrigue, elle est captivante (un grand auteur de BD est décidément avant tout pour moi un conteur de talent). Je n'avais rien lu auparavant sur l'histoire et c'est très important à mon avis (voire indispensable) pour apprécier cet album de S.F relativement classique mais à la tension grandissante. A ce sujet, je viens de parcourir les autres avis très pertinents de mes camarades et je vous conseille de lire celui de Blueboy APRES votre découverte de cet album. Quoi qu'il en soit, je comprends mieux désormais le titre qui peut d'ailleurs avoir plusieurs significations. L'auteur a donc vraiment fait du bon travail et si la fin n'est peut-être pas à la hauteur de mes espérances, j'ai été happé par ma lecture jusqu'à la dernière page. Pour l'achat, comme l'intérêt de ce récit repose essentiellement sur les révélations successives, à vous de voir, mais je n'oublierai pas ma lecture de si tôt. Après un début d'année un peu décevant, voici un autre album marquant de 2024 ! Je n'avais fait que feuilleter Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle et j'avais trouvé que l'humour tombait souvent à plat, mais il faudra à l'occasion que je regarde ça de plus près.
Incontestablement, l’ouvrage intrigue par son aspect. Par son volume tout d’abord (près de 300 pages) mais surtout par sa couverture au format carré, de belle facture, à la fois sombre et mystérieuse, qui représente une fillette dans la paume d’un géant sans visage, avec en arrière plan l’espace infini. Philippe Valette, qui nous avait déjà étonnés avec Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle, fait preuve encore une fois d’une grande créativité doublée d’un perfectionnisme accompli. Mais la comparaison s’arrête là. Car si « Jean Doux » tenait de la comédie décalée et désopilante sur la vie en entreprise dans les années 90, « L’Héritage fossile » s’inscrit dans un tout autre registre, celui du space opera claustrophobique et désespéré. Qu’on se le dise, on est plus proche du récit d’anticipation où affleurent les questionnements de notre monde terrestre actuel (et donc pas toujours très gais) que de « Star Wars ». Au-delà du thème toujours attrayant de la conquête spatiale, c’est l’immortalité et la survie de l’humanité qui sont au centre de l’intrigue. Comme on va le deviner assez vite, la Terre est en proie à un chaos dont on ne connaît pas la raison mais qui menace la vie à sa surface. Le vaisseau Heritage a donc pour mission de perpétuer la race humaine en allant coloniser une planète viable, selon les scientifiques. Celle-ci étant située à des années lumières, bien plus loin que Mars dont la colonisation s’est révélée être un échec cuisant (coucou Elon !), il faudra donc faire de trèèèèès longues siestes en « biostase » pour ne vieillir que de dix ans. Hélas, l’imprévu s’est invité à bord du vaisseau, lorsque ses passagers réalisent que leur peau prend un aspect minéral, tandis qu’il leur reste 19 000 années de voyage à travers l’espace pour atteindre leur « terre promise » baptisée Geminae ! Graphiquement parlant, Philippe Valette a fait une sorte de mix entre dessin et numérique. Son trait aux accents manga s’attache aux personnages, tandis que le vaisseau ou les décors ont été conçus par ordinateur. Le rendu est assez bluffant, sans les défauts propres à cette technique dont certains abusent parfois. Les vues du vaisseau géant ont un aspect très réaliste, mais Valette n’en fait pas non plus des tonnes pour épater la galerie, le recours au procédé restant plutôt discret. Le dit procédé a été utilisé également pour représenter la planète Geminae, dont on ne fait d’ailleurs que distinguer les reliefs à travers l’obscurité omniprésente, renforçant l’ambiance hautement anxiogène du récit. Tout cela fait de « L’Héritage fossile » une belle réussite, malgré son propos pour le moins pessimiste où la lumière semble être restée prisonnière de l’énigmatique et ténébreuse Geminae. Au même titre que le graphisme, la narration est très bien structurée, jusqu’à l’incroyable révélation finale. On pourra (peut-être) regretter la partition visuelle un peu froide, ainsi que la conclusion, qui, si elle est au demeurant tout à fait inattendue, aurait gagné à être un peu plus resserrée, plus concise. Mais ces quelques bémols n’empêcheront en rien ce one-shot de s’imposer comme l’un des musts de cette année.
Je connaissais déjà Philippe Valette pour son excellent Jean Doux et le Mystère de la Disquette Molle qui allie la parodie et l'hommage dans un ballet parfaitement maitrisé. Et il revient aujourd'hui avec une BD plus sombre, bien différente dans le fond et sur la forme. Ici, l'auteur a décidé de se lancer dans un dessin bien de son style pour les personnages mais en environnement numérique bien plus réaliste. C'est une belle réussite, la narration passe parfaitement dans des visages simples et peu de personnages, tandis que les environnements permettent une immersion réelle. Petite aparté, mais je trouve qu'il y a de nouveau un engouement vers la hard-SF, orientée vers des histoires sombres, plus documentée techniquement et aux sujets d'actualités (changements climatiques, fin du monde, questions politiques, grosses sociétés ...). Bref, "L'héritage fossile" se pose dans un paysage de SF en renouvellement et je dois dire qu'il s'inscrit pleinement dans les thématiques d'aujourd'hui. L'histoire a deux trames qui se croisent vers le final, mais je dois dire qu'elle évolue d'une façon qui est inattendu pour les deux. J'ai compris vers le milieu la façon dont les trames se croiseraient, mais j'ai tout de même eu des surprises sur la façon dont ça arriverait. Et pour le coup, les détails de la fin m'ont étonné comme jamais. C'est glauque et sombre, avec une finalité qui m'a semblé en écho du réchauffement climatique actuel. Et quelle fin, quelle claque ! Je trouve que le développement de l'intrigue conduit logiquement à ce point mais sans pour autant être prévisible. Je recommande la BD. Elle est surprenante, mais aussi addictive. Les premières pages passées, il est assez difficile de lâcher l'affaire. On sent des sources d'inspirations diverses (je dirais Inception et La route pour les visuels, mais je suis sur que d'autres aussi) et pourtant l'histoire m'a semblé franchement innovante. Je n'attendais pas un tel récit, une façon de raconter qui insiste autant sur une nature foncièrement mauvaise de l'homme. Et surtout insister sur sa capacité de nuisance ... Lecture perturbante, aucun doute, et qui m'a beaucoup plu. Je recommande la lecture
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