Petit livre, mais belle réussite que ce Cercle Vicieux, dont le titre et la couverture nous narguent, nous promettent la solution à la petite énigme délivrée par l'histoire.
Le procédé, proche des idées de l'oubapo, n'est peut-être pas nouveau, mais il est ici très bien exploité. Et n'étouffe pas la narration, loufoque à souhait. Un exercice de style, mais avec du style !
Les personnages rondouillards, assez récurrents chez Lécroart (en tout cas dans ses livres de la collection Mimolette de l'Association), collent je trouve très bien à cette histoire.
C'est vraiment une des plus belles réussites de l'auteur (dont je vous encourage fortement à découvrir les autres productions !!!), dont je recommande la lecture et l'achat (peu coûteux), comme une porte d'entrée vers d'autres œuvres proches par l'esprit (du même auteur ou de M. A. Mathieu par exemple).
Magnifique ! Quel plaisir de lire une suite au Pouvoir des innocents, première série de Luc Brunschwig et Laurent Hirn (1er tome paru en 1992 – ça ne nous rajeunit pas) qui n’a pas pris une ride (je l’ai relue avant de m’attaquer aux Enfants de Jessica).
Pourtant ce n’était pas gagné. L’attente fut longue, et j’attendais beaucoup de cette suite. Un début un peu mou sur fond de campagne électorale ne fit que renforcer mes craintes… et puis l’intrigue décolle après quelques pages et mes doutes volèrent en éclats... que c’est bon !
D’une certaine façon cette nouvelle série parvient même à consolider la série originale : tout y était millimétré, certes, mais certains lecteurs avaient remarqué (peut-être avec raison) que « c’est bien gentil tout ça, mais c’est trop beau, trop facile, dans la vraie vie, ça ne marcherait jamais ». Et bien « Les enfants de Jessica » nous ramène justement à la réalité, et nous propose de découvrir l’implémentation difficile des projets fous de Jessica, et les conséquences parfois spectaculaires de sa politique « tout social ».
Le 2eme tome approfondit l’intrigue et développe brillamment les bases posées dans le premier. L’histoire avance à grands pas, avec une aisance remarquable. Vraiment, Luc et Laurent ont peaufiné leur art depuis la série originale. L’écriture est habile, on est à des années lumières du manichéisme de nombreuses histoires du genre. Un début de révolte du peuple en fin d’album va-t-elle peser lourd contre la machine capitaliste mondiale ? Impossible de savoir où nous mène Luc.
On suit certains personnages depuis maintenant 7 tomes (8 si on compte le premier tome de l’autre série parallèle Car l'enfer est ici), donc inutile de préciser que leur personnalité est développée et souvent complexe, comme dans toutes les séries récentes de l’auteur d’ailleurs.
Une série à la fois politisée et humaine (preuve que les deux ne sont pas incompatibles), prenante et remarquablement écrite. Vivement la suite !
De prime abord, Big Baby n'avait rien d'attirant à mes yeux, ni ce titre peu évocateur, ni cette couverture limite hideuse avec cet enfant monstrueux à tête de foetus ou d'alien de l'area 51 !!!
Seule la 4ème de couverture avec ses jouets mélimélo me rappelant un vieil album des Cocteau Twins et l'espoir de lire un nouveau titre de Charles Burns m'ont convaincu d'aller au delà des apparences... Et bien mal m'en a pris car voici à nouveau une petite pépite du catalogue Cornelius...
D’ailleurs une fois le bouquin refermé, j’ai beaucoup pensé au film « Blue Velvet » de David Lynch qui n’avait pas son pareil pour dépeindre une violence désincarnée et absurde derrière les volets d’une petite bourgade américaine tranquille et « propre » sur elle… Big Baby, c’est un peu tout cela au travers des yeux volontairement obliques d’un enfant de la classe moyenne.
Tony est un enfant unique et choyé par ses parents malgré son physique peu engageant et guère charismatique. Ce « Big Baby » raffole de comics qu’il lit à la tombée de la nuit seul dans son lit et rompt consciemment ou inconsciemment les limites de son imaginaire en ne faisant plus qu’un seul univers avec le réel.
Une piscine en construction chez le voisin ? Tony y voit une sombre invasion d’hommes taupes dans ce carré mystérieux chaque nuit…
Deux ados en proie à une maladie vénérienne ? L’enfant perçoit une menace extra-terrestre digne des EC Comics ou autres 4ème dimension.
Les récits sont palpitants et suffisamment bien construits pour y semer le doute. Burns est un maître de la narration et il sait rendre extraordinaire une histoire à priori banale sans jamais remettre en cause le surnaturel qui intervient presque de façon insidieuse dans le quotidien.
Quelle est la part de vérité ou de fantasme ? Difficile de le dire ou de le prévoir mais là où certains trouvent ce style « glacial », je le vois plus comme une ode à la jeunesse avec cette peur du noir et toutes ces histoires que tout enfant inventait au fond de son lit pour se faire frisonner ou se rassurer.
Le point d’orgue intervient avec la dernière histoire « Blood Club » avec une maitrise absolue dans la description de ces camps d’ados où il fallait faire un tas de trucs débiles pour se rendre intéressant auprès des autres…
Aucun doute possible : Big Baby c’est Charles Burns lui-même, un « grand enfant » qui signe avec ce bel ouvrage une sortie en apothéose vers l’âge adulte.
Non content de livrer un dessin impeccable et des histoires dont on a de cesse de vouloir en connaitre le dénouement, j’ai ressenti de la tendresse et une certaine poésie plus mélancolique que macabre.
De surcroit l’histoire relatant les « maladies » des deux ados est une ébauche qui servira plus tard de base à l’auteur pour établir son gigantesque Black Hole.
Big Baby est une grande œuvre méconnue et une introduction parfaite au monde de Charles Burns dont vous gouterez et savourerez ses histoires décalées. Voici une excellente entrée en matière dans les comics underground de qualité.
Vraiment excellent comme le dit Piehr en plus de proposer un hommage alternatif et respectueux aux années 50.
Avec ce nouveau recueil, Charles Burns s’empare de l’intérêt du lecteur de la première page pour ne plus le lâcher à l’issue de la dernière… Ces trois histoires semblent inégales (de par leur substance ou nombre de pages) mais sont toutes reliées entre elles par un fil conducteur narratif tendant à uniformiser l’ensemble de l’œuvre de Burns dans un seul et même univers (comme Criminal ou Sin City).
C’est d’ailleurs « Big Baby » qui ouvre le bal des festivités en observant les mœurs bizarres de son nouveau voisin, Dog Boy.
En effet ce dernier est un jeune homme aimable et discret mais a tendance à se comporter comme un chien depuis une greffe coronaire issue de cet aninal !
Une fois les présentations faites, on quitte complètement Big Baby pour se consacrer aux difficultés pour Dog Boy de s’intégrer en tant qu’individu différent et surtout de se trouver l’âme sœur…
La seconde histoire, bien plus dense va s’attarder sur la vie complète de Bliss Blister devenu prédicateur malgré lui sous l’égide d’un dieu ou d’un extra-terrestre et ses méthodes pour préparer les foules à une fin du monde.
La dernière histoire risque de refroidir plus d’un jeune couple récemment uni avec la non-consommation du mariage par John Dough qui inquiète de plus en plus son épouse par ses absences répétées… Que cachent donc tous ces mystères ?
Chaque histoire commence là où la précédente s’arrête par un jeu de miroirs reflétés. Il y a même une légère référence à la maladie évoquée dans la seconde histoire de Big Baby (et qui amorce encore plus celle de Black Hole à venir) et comme presque un automatisme avec cet auteur, chacune de ces histoires est tout simplement passionnante à lire…
Bien plus encore que El Borbah et Big Baby, le malaise se fait plus présent. D’une histoire d’amour presque classique avec Dog Boy, on passe à une histoire mystique aussi terrifiante qu’elle pourrait être réelle, dangers d’une « foi »aveugle en sus pendant que la dernière est aussi courte qu’elle devient angoissante…
Comme pour mieux enrober son discours, Charles Burns se joue d’une narration très fluide, nous rendant chacun de ses protagonistes attachants et sans porter un seul jugement. Dog Boy est attachant alors qu’on est pris de pitié pour la vie sentimentale et familiale loupée de Bliss Blister et qu’on souhaiterait le meilleur pour Linda, jeune épouse éconduite.
Ces récits, écrits juste avant Black hole, témoignent de la grande régularité de son auteur. L’œuvre est unique et continue. Le style d’encrages contrastés et de noirs profonds peut déplaire mais ce style figé que je retrouve également chez Mezzo et Pirus n’est pas pour me déplaire bien au contraire.
La lecture est complètement aisée grâce à un joli découpage des différentes actions et on ne s’ennuie pas une minute devant ces récits étranges et délicieusement délurés. La lecture me parait même trop rapide et j’en redemande.
Il serait surement amusant de trouver Charles Burns dans un registre plus léger et moins dramatique mais Dog Boy est justement là pour nous rappeler qu’il peut passer de l’humour noir acide à une ambiance bien plus pesante (avec Burn Again, la seconde histoire). Dommage que cet auteur ne soit pas plus productif pour le plaisir de mes lectures nocturnes mais c’est un fait finalement opportun pour mes économies :)
Gaston. Comme le gars Raoul des Tontons flingueurs, un simple prénom qui a la capacité d'étirer les zygomatiques.
Gaston Lagaffe. Une série "patrimoniale" de la bd franco-belge, et comme toute série qui "dure", il a connu des (très) hauts et quelques moins hauts. Mais, fait remarquable, le niveau s'est toujours maintenu élevé, et tous les strips m'ont au minimum arraché un sourire, et la plupart du temps une bonne rigolade, même après rererelecture !
Franquin. Un coup de crayon simple, mais au combien efficace, au service d'histoires, d'idées simples elles aussi, mais qui font mouche - peut-être suis-je trop cœur de cible?
Même si Franquin a eu recours à des collègues/copains de chez Dupuis (Jidéhem par exemple) pour certains gags, son imagination sans borne me laisse pantois.
Série commencée en catimini dans Spirou et qui s'est poursuivie sur un grand nombre d'années, Gaston Lagaffe permet de voir évoluer et se perfectionner le style de Franquin. Cela lui a aussi permis de créer une fabuleuse galerie de personnages secondaires, qui ne sont pas des faire valoir.
Le chat surexcité, la mouette rieuse déprimée, De Maesmeker et le running gag de ses contrats jamais signés, les alter égo de-chez-Smith-en-face ou d'ailleurs, Mademoiselle Jeanne et les représentants de l'autorité, du bon sens que sont Fantasio, Prunelle, mais aussi Longtarin, tout un univers, dans lequel Lagaffe traine son inadaptation au principe de réalité. Comme Franquin, nous avons tous un Gaston en nous, plus ou moins refoulé. Et quel visionnaire dans l'inutilité que ce Gaston !
Gaston Lagaffe n'est pas le premier ni le dernier anti-héros. Mais ce n'est pas un loser. On ne s'apitoie pas sur son sort, on l'envie. On envie sa soif de vivre, sa volonté de faire abstraction des contraintes : que du positif, pour ce personnage qui cumule les échecs ! L'achat de Gaston Lagaffe devrait être remboursé par la Sécurité sociale !
Sinon, je préfère la seconde période ou période Prunelle à la période Fantasio, pour les gags, mais aussi parce que le dessin est devenu plus abouti.
Mais je recommande la lecture et relecture de l'ensemble des Lagaffe, ce rêveur doux dingue qui ne voit le mal nulle part, alors qu'il semble être partout dans les Idées Noires (lecture au moins aussi réjouissante pour découvrir l'autre facette du génial Franquin).
Que voilà un album jouissif ! Un format à l'italienne - mais c'est un grand format pour cet éditeur, qui réalise par ailleurs de très bons flip books!- , plein de qualités.
Texte et illustrations sont souvent en décalage, mais c'est un des leviers de leur humour, plutôt grinçant et cynique.
D'ailleurs c'est cet effet chorale en canon qui m'a fait monter la note de 3 à 4 étoiles. En effet, l'Histoire dont il est question ici est souvent - raccourcis aidant- une compilation d'histoires, qui font sens, alors que les dessins, souvent minimalistes, laissent toute sa chance à notre imagination et/ou à nos connaissances pour aller plus loin qu'ils ont bien voulu nous amener.
Bref, loin d'un cours formaté, nous avons là une vision décapante - même si ce n'est pas un brûlot, de la marche en avant du "progrès". Et comme en plus on s'amuse en la lisant, je vous en conseille l'achat.
Lire une BD de la collection Bayou, c'est l'assurance de lire une BD au minimum différente mais souvent, d'une grande qualité (exemple Aya de Yopougon, Chaque chose, Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, etc...).
Cet album ne fait pas exception à la règle en proposant un western décalé mais se basant sur les clichés et codes du genre.
Le graphisme est extrêmement réussi, j'adore ce style. Sans fioriture mais assez éloigné de la ligne-claire, avec des personnages aux looks soignés et une colorisation subtile, astucieuse dans les décors et finalement assez chaude pour une histoire se passant en hiver. La narration est aussi de très bonne facture, donc la partie visuelle de l'album est d'une grande réussite.
Le scénario n'est pas en reste puisqu'il propose une bonne histoire, prenante et je dois le dire, assez poignante, qui nous conte, comme vous vous en doutez, les derniers jours d'Ellis Cutting, criminel notoire recherché.
Une réussite pour un premier album : 3.5/5 !
Peut-on faire du neuf avec du vieux ? Si elle s'était posée, la question ne se pose plus avec cette version de Pinocchio de l'excellent Winshluss.
Cette BD a plusieurs vertus. D'abord de ne pas laisser dans mon esprit le monopole à Disney pour alimenter mon imagination concernant la petite marionnette. Pour le coup on ne peut pas confondre les deux versions !
Ensuite peut-être de permettre à l'auteur d'élargir son lectorat ? Je fais ici cette hypothèse sans bien savoir si elle est pertinente. En tout cas, entre Wizz et Buzz et d'autres séries plus underground, la palette de Winshluss s'étend aux confins de l'infini...
Le livre renouvelle la vision de l'histoire et se refuse à ronronner, en multipliant les temps de respiration, les changements de rythme ou de style. C'est noir, parfois très noir, mais aussi drôle et poétique (une poésie noire là aussi évidemment): une relecture d'un classique qui a tout pour devenir elle-même classique, une très grande réussite !
Quant à l'objet livre en lui-même, Les Requins Marteaux ont fait fort: le ramage est au niveau du plumage.
A lire absolument (et ce d'autant plus facilement que j'ai cru voir récemment une version en format plus petit mais surtout au prix moins élevé réédité par Les Requins)...
Contrairement à l'avis précédent, je trouve que les dessins sont plus qu'attirants. Ces trois albums, sortis visiblement quasi en même temps, sont très originaux.
Originaux par rapport à leurs compagnons de Poisson Pilote, mais surtout originaux dans le genre péplum. Originaux tout court d'ailleurs ! C'est une quête qui mène à l'infini, qui ne finit pas - et laisse le lecteur avec ses interrogations.
Une ambiance qui m'a fait penser, allez savoir pourquoi, au film Dead Man, de Jim Jarmush. Comme une sorte de rêve éveillé (il ne manquait que la musique de Neil Young pour l'accompagner).
Les couleurs sont vraiment superbes, et habillent d'un halo de brume, de rouille, cette aventure, dont je recommande chaudement la lecture, et donc l'achat !
L'auteur dépeint avec justesse la vie d'un petit village français sous l'occupation. On a droit à tout le panel représentatif de la population si particulière que l'on pouvait trouver à l'époque : le milicien, le résistant, les passifs qui tendent vers la collaboration et au contraire ceux se portent plus du côté de la résistance, ainsi que les neutres purs et durs. Au milieu de tout ça, notre héros sorte d'amoureux transi qui tente d'échapper aux affres de la guerre en restant cloitré dans son cloché.
L'histoire générale est vraiment très bien écrite, on oscille en permanence entre humour, romance et drame ; de plus les dessins s'avèrent d'une excellente qualité.
Le seul petit reproche concerne la fin, j'aurais aimé quelque chose de plus tranché et qui ne laisse aucune ambiguïté quant au devenir du héros car même si on devine ce qu'il lui arrive il subsistera toujours dans mon esprit un petit doute.
Bref un très bon diptyque qui nous fait voir la seconde guerre mondiale sous un jour différent, autre que ces séries pleines de combats meurtriers.
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Cercle vicieux
Petit livre, mais belle réussite que ce Cercle Vicieux, dont le titre et la couverture nous narguent, nous promettent la solution à la petite énigme délivrée par l'histoire. Le procédé, proche des idées de l'oubapo, n'est peut-être pas nouveau, mais il est ici très bien exploité. Et n'étouffe pas la narration, loufoque à souhait. Un exercice de style, mais avec du style ! Les personnages rondouillards, assez récurrents chez Lécroart (en tout cas dans ses livres de la collection Mimolette de l'Association), collent je trouve très bien à cette histoire. C'est vraiment une des plus belles réussites de l'auteur (dont je vous encourage fortement à découvrir les autres productions !!!), dont je recommande la lecture et l'achat (peu coûteux), comme une porte d'entrée vers d'autres œuvres proches par l'esprit (du même auteur ou de M. A. Mathieu par exemple).
Les Enfants de Jessica (Le Pouvoir des innocents - cycle 3)
Magnifique ! Quel plaisir de lire une suite au Pouvoir des innocents, première série de Luc Brunschwig et Laurent Hirn (1er tome paru en 1992 – ça ne nous rajeunit pas) qui n’a pas pris une ride (je l’ai relue avant de m’attaquer aux Enfants de Jessica). Pourtant ce n’était pas gagné. L’attente fut longue, et j’attendais beaucoup de cette suite. Un début un peu mou sur fond de campagne électorale ne fit que renforcer mes craintes… et puis l’intrigue décolle après quelques pages et mes doutes volèrent en éclats... que c’est bon ! D’une certaine façon cette nouvelle série parvient même à consolider la série originale : tout y était millimétré, certes, mais certains lecteurs avaient remarqué (peut-être avec raison) que « c’est bien gentil tout ça, mais c’est trop beau, trop facile, dans la vraie vie, ça ne marcherait jamais ». Et bien « Les enfants de Jessica » nous ramène justement à la réalité, et nous propose de découvrir l’implémentation difficile des projets fous de Jessica, et les conséquences parfois spectaculaires de sa politique « tout social ». Le 2eme tome approfondit l’intrigue et développe brillamment les bases posées dans le premier. L’histoire avance à grands pas, avec une aisance remarquable. Vraiment, Luc et Laurent ont peaufiné leur art depuis la série originale. L’écriture est habile, on est à des années lumières du manichéisme de nombreuses histoires du genre. Un début de révolte du peuple en fin d’album va-t-elle peser lourd contre la machine capitaliste mondiale ? Impossible de savoir où nous mène Luc. On suit certains personnages depuis maintenant 7 tomes (8 si on compte le premier tome de l’autre série parallèle Car l'enfer est ici), donc inutile de préciser que leur personnalité est développée et souvent complexe, comme dans toutes les séries récentes de l’auteur d’ailleurs. Une série à la fois politisée et humaine (preuve que les deux ne sont pas incompatibles), prenante et remarquablement écrite. Vivement la suite !
Big Baby
De prime abord, Big Baby n'avait rien d'attirant à mes yeux, ni ce titre peu évocateur, ni cette couverture limite hideuse avec cet enfant monstrueux à tête de foetus ou d'alien de l'area 51 !!! Seule la 4ème de couverture avec ses jouets mélimélo me rappelant un vieil album des Cocteau Twins et l'espoir de lire un nouveau titre de Charles Burns m'ont convaincu d'aller au delà des apparences... Et bien mal m'en a pris car voici à nouveau une petite pépite du catalogue Cornelius... D’ailleurs une fois le bouquin refermé, j’ai beaucoup pensé au film « Blue Velvet » de David Lynch qui n’avait pas son pareil pour dépeindre une violence désincarnée et absurde derrière les volets d’une petite bourgade américaine tranquille et « propre » sur elle… Big Baby, c’est un peu tout cela au travers des yeux volontairement obliques d’un enfant de la classe moyenne. Tony est un enfant unique et choyé par ses parents malgré son physique peu engageant et guère charismatique. Ce « Big Baby » raffole de comics qu’il lit à la tombée de la nuit seul dans son lit et rompt consciemment ou inconsciemment les limites de son imaginaire en ne faisant plus qu’un seul univers avec le réel. Une piscine en construction chez le voisin ? Tony y voit une sombre invasion d’hommes taupes dans ce carré mystérieux chaque nuit… Deux ados en proie à une maladie vénérienne ? L’enfant perçoit une menace extra-terrestre digne des EC Comics ou autres 4ème dimension. Les récits sont palpitants et suffisamment bien construits pour y semer le doute. Burns est un maître de la narration et il sait rendre extraordinaire une histoire à priori banale sans jamais remettre en cause le surnaturel qui intervient presque de façon insidieuse dans le quotidien. Quelle est la part de vérité ou de fantasme ? Difficile de le dire ou de le prévoir mais là où certains trouvent ce style « glacial », je le vois plus comme une ode à la jeunesse avec cette peur du noir et toutes ces histoires que tout enfant inventait au fond de son lit pour se faire frisonner ou se rassurer. Le point d’orgue intervient avec la dernière histoire « Blood Club » avec une maitrise absolue dans la description de ces camps d’ados où il fallait faire un tas de trucs débiles pour se rendre intéressant auprès des autres… Aucun doute possible : Big Baby c’est Charles Burns lui-même, un « grand enfant » qui signe avec ce bel ouvrage une sortie en apothéose vers l’âge adulte. Non content de livrer un dessin impeccable et des histoires dont on a de cesse de vouloir en connaitre le dénouement, j’ai ressenti de la tendresse et une certaine poésie plus mélancolique que macabre. De surcroit l’histoire relatant les « maladies » des deux ados est une ébauche qui servira plus tard de base à l’auteur pour établir son gigantesque Black Hole. Big Baby est une grande œuvre méconnue et une introduction parfaite au monde de Charles Burns dont vous gouterez et savourerez ses histoires décalées. Voici une excellente entrée en matière dans les comics underground de qualité. Vraiment excellent comme le dit Piehr en plus de proposer un hommage alternatif et respectueux aux années 50.
Fleur de peau
Avec ce nouveau recueil, Charles Burns s’empare de l’intérêt du lecteur de la première page pour ne plus le lâcher à l’issue de la dernière… Ces trois histoires semblent inégales (de par leur substance ou nombre de pages) mais sont toutes reliées entre elles par un fil conducteur narratif tendant à uniformiser l’ensemble de l’œuvre de Burns dans un seul et même univers (comme Criminal ou Sin City). C’est d’ailleurs « Big Baby » qui ouvre le bal des festivités en observant les mœurs bizarres de son nouveau voisin, Dog Boy. En effet ce dernier est un jeune homme aimable et discret mais a tendance à se comporter comme un chien depuis une greffe coronaire issue de cet aninal ! Une fois les présentations faites, on quitte complètement Big Baby pour se consacrer aux difficultés pour Dog Boy de s’intégrer en tant qu’individu différent et surtout de se trouver l’âme sœur… La seconde histoire, bien plus dense va s’attarder sur la vie complète de Bliss Blister devenu prédicateur malgré lui sous l’égide d’un dieu ou d’un extra-terrestre et ses méthodes pour préparer les foules à une fin du monde. La dernière histoire risque de refroidir plus d’un jeune couple récemment uni avec la non-consommation du mariage par John Dough qui inquiète de plus en plus son épouse par ses absences répétées… Que cachent donc tous ces mystères ? Chaque histoire commence là où la précédente s’arrête par un jeu de miroirs reflétés. Il y a même une légère référence à la maladie évoquée dans la seconde histoire de Big Baby (et qui amorce encore plus celle de Black Hole à venir) et comme presque un automatisme avec cet auteur, chacune de ces histoires est tout simplement passionnante à lire… Bien plus encore que El Borbah et Big Baby, le malaise se fait plus présent. D’une histoire d’amour presque classique avec Dog Boy, on passe à une histoire mystique aussi terrifiante qu’elle pourrait être réelle, dangers d’une « foi »aveugle en sus pendant que la dernière est aussi courte qu’elle devient angoissante… Comme pour mieux enrober son discours, Charles Burns se joue d’une narration très fluide, nous rendant chacun de ses protagonistes attachants et sans porter un seul jugement. Dog Boy est attachant alors qu’on est pris de pitié pour la vie sentimentale et familiale loupée de Bliss Blister et qu’on souhaiterait le meilleur pour Linda, jeune épouse éconduite. Ces récits, écrits juste avant Black hole, témoignent de la grande régularité de son auteur. L’œuvre est unique et continue. Le style d’encrages contrastés et de noirs profonds peut déplaire mais ce style figé que je retrouve également chez Mezzo et Pirus n’est pas pour me déplaire bien au contraire. La lecture est complètement aisée grâce à un joli découpage des différentes actions et on ne s’ennuie pas une minute devant ces récits étranges et délicieusement délurés. La lecture me parait même trop rapide et j’en redemande. Il serait surement amusant de trouver Charles Burns dans un registre plus léger et moins dramatique mais Dog Boy est justement là pour nous rappeler qu’il peut passer de l’humour noir acide à une ambiance bien plus pesante (avec Burn Again, la seconde histoire). Dommage que cet auteur ne soit pas plus productif pour le plaisir de mes lectures nocturnes mais c’est un fait finalement opportun pour mes économies :)
Gaston Lagaffe
Gaston. Comme le gars Raoul des Tontons flingueurs, un simple prénom qui a la capacité d'étirer les zygomatiques. Gaston Lagaffe. Une série "patrimoniale" de la bd franco-belge, et comme toute série qui "dure", il a connu des (très) hauts et quelques moins hauts. Mais, fait remarquable, le niveau s'est toujours maintenu élevé, et tous les strips m'ont au minimum arraché un sourire, et la plupart du temps une bonne rigolade, même après rererelecture ! Franquin. Un coup de crayon simple, mais au combien efficace, au service d'histoires, d'idées simples elles aussi, mais qui font mouche - peut-être suis-je trop cœur de cible? Même si Franquin a eu recours à des collègues/copains de chez Dupuis (Jidéhem par exemple) pour certains gags, son imagination sans borne me laisse pantois. Série commencée en catimini dans Spirou et qui s'est poursuivie sur un grand nombre d'années, Gaston Lagaffe permet de voir évoluer et se perfectionner le style de Franquin. Cela lui a aussi permis de créer une fabuleuse galerie de personnages secondaires, qui ne sont pas des faire valoir. Le chat surexcité, la mouette rieuse déprimée, De Maesmeker et le running gag de ses contrats jamais signés, les alter égo de-chez-Smith-en-face ou d'ailleurs, Mademoiselle Jeanne et les représentants de l'autorité, du bon sens que sont Fantasio, Prunelle, mais aussi Longtarin, tout un univers, dans lequel Lagaffe traine son inadaptation au principe de réalité. Comme Franquin, nous avons tous un Gaston en nous, plus ou moins refoulé. Et quel visionnaire dans l'inutilité que ce Gaston ! Gaston Lagaffe n'est pas le premier ni le dernier anti-héros. Mais ce n'est pas un loser. On ne s'apitoie pas sur son sort, on l'envie. On envie sa soif de vivre, sa volonté de faire abstraction des contraintes : que du positif, pour ce personnage qui cumule les échecs ! L'achat de Gaston Lagaffe devrait être remboursé par la Sécurité sociale ! Sinon, je préfère la seconde période ou période Prunelle à la période Fantasio, pour les gags, mais aussi parce que le dessin est devenu plus abouti. Mais je recommande la lecture et relecture de l'ensemble des Lagaffe, ce rêveur doux dingue qui ne voit le mal nulle part, alors qu'il semble être partout dans les Idées Noires (lecture au moins aussi réjouissante pour découvrir l'autre facette du génial Franquin).
Petite histoire du grand Texas
Que voilà un album jouissif ! Un format à l'italienne - mais c'est un grand format pour cet éditeur, qui réalise par ailleurs de très bons flip books!- , plein de qualités. Texte et illustrations sont souvent en décalage, mais c'est un des leviers de leur humour, plutôt grinçant et cynique. D'ailleurs c'est cet effet chorale en canon qui m'a fait monter la note de 3 à 4 étoiles. En effet, l'Histoire dont il est question ici est souvent - raccourcis aidant- une compilation d'histoires, qui font sens, alors que les dessins, souvent minimalistes, laissent toute sa chance à notre imagination et/ou à nos connaissances pour aller plus loin qu'ils ont bien voulu nous amener. Bref, loin d'un cours formaté, nous avons là une vision décapante - même si ce n'est pas un brûlot, de la marche en avant du "progrès". Et comme en plus on s'amuse en la lisant, je vous en conseille l'achat.
Les Derniers jours d'Ellis Cutting
Lire une BD de la collection Bayou, c'est l'assurance de lire une BD au minimum différente mais souvent, d'une grande qualité (exemple Aya de Yopougon, Chaque chose, Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, etc...). Cet album ne fait pas exception à la règle en proposant un western décalé mais se basant sur les clichés et codes du genre. Le graphisme est extrêmement réussi, j'adore ce style. Sans fioriture mais assez éloigné de la ligne-claire, avec des personnages aux looks soignés et une colorisation subtile, astucieuse dans les décors et finalement assez chaude pour une histoire se passant en hiver. La narration est aussi de très bonne facture, donc la partie visuelle de l'album est d'une grande réussite. Le scénario n'est pas en reste puisqu'il propose une bonne histoire, prenante et je dois le dire, assez poignante, qui nous conte, comme vous vous en doutez, les derniers jours d'Ellis Cutting, criminel notoire recherché. Une réussite pour un premier album : 3.5/5 !
Pinocchio (Winshluss)
Peut-on faire du neuf avec du vieux ? Si elle s'était posée, la question ne se pose plus avec cette version de Pinocchio de l'excellent Winshluss. Cette BD a plusieurs vertus. D'abord de ne pas laisser dans mon esprit le monopole à Disney pour alimenter mon imagination concernant la petite marionnette. Pour le coup on ne peut pas confondre les deux versions ! Ensuite peut-être de permettre à l'auteur d'élargir son lectorat ? Je fais ici cette hypothèse sans bien savoir si elle est pertinente. En tout cas, entre Wizz et Buzz et d'autres séries plus underground, la palette de Winshluss s'étend aux confins de l'infini... Le livre renouvelle la vision de l'histoire et se refuse à ronronner, en multipliant les temps de respiration, les changements de rythme ou de style. C'est noir, parfois très noir, mais aussi drôle et poétique (une poésie noire là aussi évidemment): une relecture d'un classique qui a tout pour devenir elle-même classique, une très grande réussite ! Quant à l'objet livre en lui-même, Les Requins Marteaux ont fait fort: le ramage est au niveau du plumage. A lire absolument (et ce d'autant plus facilement que j'ai cru voir récemment une version en format plus petit mais surtout au prix moins élevé réédité par Les Requins)...
Pour l'Empire
Contrairement à l'avis précédent, je trouve que les dessins sont plus qu'attirants. Ces trois albums, sortis visiblement quasi en même temps, sont très originaux. Originaux par rapport à leurs compagnons de Poisson Pilote, mais surtout originaux dans le genre péplum. Originaux tout court d'ailleurs ! C'est une quête qui mène à l'infini, qui ne finit pas - et laisse le lecteur avec ses interrogations. Une ambiance qui m'a fait penser, allez savoir pourquoi, au film Dead Man, de Jim Jarmush. Comme une sorte de rêve éveillé (il ne manquait que la musique de Neil Young pour l'accompagner). Les couleurs sont vraiment superbes, et habillent d'un halo de brume, de rouille, cette aventure, dont je recommande chaudement la lecture, et donc l'achat !
Le Sursis
L'auteur dépeint avec justesse la vie d'un petit village français sous l'occupation. On a droit à tout le panel représentatif de la population si particulière que l'on pouvait trouver à l'époque : le milicien, le résistant, les passifs qui tendent vers la collaboration et au contraire ceux se portent plus du côté de la résistance, ainsi que les neutres purs et durs. Au milieu de tout ça, notre héros sorte d'amoureux transi qui tente d'échapper aux affres de la guerre en restant cloitré dans son cloché. L'histoire générale est vraiment très bien écrite, on oscille en permanence entre humour, romance et drame ; de plus les dessins s'avèrent d'une excellente qualité. Le seul petit reproche concerne la fin, j'aurais aimé quelque chose de plus tranché et qui ne laisse aucune ambiguïté quant au devenir du héros car même si on devine ce qu'il lui arrive il subsistera toujours dans mon esprit un petit doute. Bref un très bon diptyque qui nous fait voir la seconde guerre mondiale sous un jour différent, autre que ces séries pleines de combats meurtriers.