Les derniers avis (9609 avis)

Par Chéreau
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Sept Nains
Sept Nains

La série Sept, qui semble destiner à tester des dessinateurs, des scénaristes ou des tandems, est de qualité assez inégale. L'injonction de faire tenir une histoire complète en 46 pages conduit certains auteurs à des ellipses maladroites ou à des fins bâclées. Ce n'est pas le cas ici. L'album revisite d'une manière assez robuste le conte de Blanche-Neige, en retrouvant finalement sa vocation d'origine, qui n'était certainement pas d'endormir les petits enfants... Les personnages se retrouvent tous, à un moment ou à un autre, dans un contre-emploi réjouissant, du prince plus si charmant à la fin du livre aux nains, bien plus dégourdis que ceux de Walt Disney. La douce et naïve Blanche-Neige semble échapper un temps au cynisme ambiant ? Un temps seulement... Les auteurs prennent des libertés avec les personnages. Ils s'en accordent aussi avec l'histoire, les nains fomentant un cambriolage du château royal depuis leur tunnel. Je ne vous en dis pas plus. Lisez cet album drôle et méchant, vous n'aurez plus jamais envie de chanter "un jour mon prince viendra".

25/07/2016 (modifier)
Par Chéreau
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Vol du Corbeau
Le Vol du Corbeau

J'ai hésité longtemps à ouvrir cet album, dont j'attendais une histoire un peu ennuyeuse et convenue, entrecoupée de scènes un peu affriolantes. J'avoue m'être trompé. Gibrat produit une vraie histoire, charpentée et articulée par plusieurs coups de théâtre qui relancent l'intrigue. Mais le récit n'est pas tout. Les personnages sont creusés, bien plus adultes, complexes et intéressants que la plupart des héros de papier, dont la personnalité est hélas souvent aussi épaisse que la feuille qui leur sert de support. Le personnage de Jeanne, surtout, est une heureuse surprise, bien loin des héroïnes exclusivement décoratives de trop de BD, qui n'ont pour seule psyché que les fantasmes de leur auteur. Jeanne a ses forces et ses failles, elle ne subit pas l'histoire mais prend des initiatives, s'intéresse au théâtre, à la politique... C'est un beau personnage, dans tous les sens du terme. Derrière Jeanne et François, le second héros de l'histoire, s'épanouit tout un monde de personnages secondaires bien campés, notamment le commissaire et la famille de bateliers. Et Gibrat finit par nous raconter tout autant la vie quotidienne des Français dans l'effervescence de l'été 44 que l'histoire particulière de ses personnages. Le dessin est d'ailleurs extrêmement documenté, sans que cette érudition soit pesamment didactique ou démonstrative. Le décor est là, riche et réaliste, le trait est souple et vivant et la colorisation très soignée, notamment sur les carnations, mais Gibrat ne fait pas plus oeuvre de peintre virtuose que d'historien. Il s'attache d'abord à des destins individuels, à des relations interpersonnelles, à la comédie humaine dans toute son inépuisable complexité. On quitte l'album et ses habitants à regret. Pour ma part, je vais partir en chasse des autres séries du sieur Gibrat, qui mérite décidément sa réputation de grand de la BD.

22/07/2016 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Pelote dans la fumée
Pelote dans la fumée

Cette histoire se déroulant en Croatie pendant la guerre (même si cette dernière n’est pas montrée) m’a captivé et beaucoup ému. Le ton est très sombre, la vie de ces enfants est vraiment épouvantable, et on ressent leur peine et désespoir… leur monde est dur, bâti à coup de bagarres et d’alcool. Il y a des notes d’optimismes parsemées çà et là, mais globalement la cruauté domine. J’adore le dessin de Miroslav Sekulic. Il est minutieux et fourmille de détails (sur certaines cases ca vire presque à l’obsessionnel !). Le style des personnages est vraiment original, et les couleurs directes sont belles (tantôt vives et colorées, tantôt grises et sombres, selon l’humeur). Un diptyque vraiment recommandable, prenant et touchant…

21/07/2016 (modifier)
Couverture de la série The Time Before
The Time Before

Gros coup de coeur. Avec La belle image, Bonin avait déjà sorti un chef-d'oeuvre de fantastique mélancolique et amer (mais l'histoire n'était pas de son cru, étant une adaptation d'un roman de Marcel Aymé). Cette fois, il est bien l'auteur complet de ce The Time Before que j'ai beaucoup apprécié. Comme pour La Belle Image, le postulat fantastique est simple et classique. C'est la manière intelligente et sensible de le développer qui rend l'album prenant. Et Bonin a su éviter les facilités scénaristiques auxquels on pense tout de suite avec cette idée de départ (du genre : faire fortune facilement) car le personnage n'abuse pas outre mesure de son pouvoir. Alors, certes, le sujet n'est pas nouveau et, outre les références déjà citées ici, j'ajouterai le roman Replay de Ken Grimwood (dont je conseille fortement la lecture à ceux qui ont aimé cette BD). Mais Bonin est un auteur qui semble revendiquer un certain classicisme, autant dans les sujets abordés que dans la manière de raconter. A part peut-être Amorostasia (que je n'ai pas encore lu), son oeuvre n'est pas franchement originale et/ou novatrice. Mais en quoi serait-ce un défaut ? Une bonne histoire, bien racontée et élégamment illustrée peut suffire à passer un agréable moment de lecture. Et lorsqu'il choisit (souvent) l'angle du fantastique, celui-ci est toujours chargé de sens, un peu à la manière d'un Dino Buzzatti. Quant à la conclusion, je l'ai trouvée correcte et satisfaisante ; là encore j'ai envie d'utiliser, quitte à me répéter, le mot "élégance" qui résume bien à mon sens tout le travail de Bonin. Par ailleurs, j'ai une raison plus personnelle d'aimer cet album : le fait qu'il se situe, par une étrange coïncidence, entre 1958 et 1962, une période qui a engendré plusieurs de mes oeuvres fétiches dans le domaine du cinéma, du roman, de la BD, de la musique, etc... et que Bonin restitue fort bien.

18/07/2016 (modifier)
Par Chris
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Macaroni !
Macaroni !

Lue aussi à mon tour et vraiment beaucoup aimé aussi ! Tout d'abord ce sont les dessins et plus particulièrement les couleurs qui séduisent, chaque case est un régal pour les yeux, un travail graphique de premier ordre vraiment magnifique. La richesse de la palette de couleurs sert ici totalement l'ambiance, elle laisse le temps à la contemplation, comme le récit laisse le temps aux personnages de partir dans leurs pensées, dans les non-dits, leur apportant toute l'épaisseur nécessaire pour les rendre vivants. Heureusement que Zabus a pu finalement écrire cette histoire dans une pagination libre et non en 62 planches comme il l'explique à la fin dans une très intéressante genèse de l'œuvre, sans quoi le résultat n'aurait absolument pas été le même... J'avais émis le doute que le récit se lise trop vite. Il n'en est rien, du fait de l'aspect contemplatif de l'œuvre mais aussi parce les émotions qui naissent au fil des cases se prolongent entre les cases en quelque sorte, c'est une des grandes forces du talentueux narrateur qu'est Zabus. On a donc la forme, le fond n'est pas en reste. L'histoire touche à bien des égards car les thèmes abordés sont — malheureusement pour certains — assez universels et on se retrouve donc impliqué dans cette histoire à laquelle on peut facilement s'identifier à un moment ou à un autre forcément. C'est une histoire réaliste de toute façon, et pour adultes comme il l'explique en fin d'ouvrage aussi, abandonnant le côté onirique/fantasmagorique du scénario initial pour finalement ne laisser que la substantifique moelle : une œuvre profondément humaine. Chacun des personnages ayant la place de nous faire découvrir sa propre humanité, son lot de questions et d'épreuves, de petits bonheurs et de tracas ou de plus grands aléas de la vie, de ceux qui modifient le chemin que l'on suit et de ceux qui le suivent avec nous dans notre entourage proche. J'avais déjà beaucoup apprécié Les Larmes du Seigneur Afghan du même duo d'auteurs (Zabus/Campi), "Macaroni" est une autre de leur réussite à mettre avec tous les honneurs mérités sur nos étagères ! 17/20

16/07/2016 (modifier)
Couverture de la série Bob Marone
Bob Marone

Bob Marone rappelle à quel point l'irrévérence de Yann a marqué les années 1980… Chez Dupuis, avec son complice Didier Conrad, il a réussi à pourrir avec son humour impertinent les hauts-de-page du sage magasine Spirou durant quelques années (Dans l'enfer des hauts de pages). À la même époque et chez différents éditeurs, il a lancé un ensemble de séries qui sous des dehors trompeurs de récits pour enfants, ont renouvelé la BD d'humour en lui donnant un ton résolument adulte : • La Patrouille des Libellules, Lolo et Sucette et Croqu' la vie avec Marc Hardy (avant que celui-ci ne se spécialise dans les histoires plus conventionnelles – et nettement moins drôles – de Raoul Cauvin) ; • Les Exploits de Yoyo avec Franck Le Gall ; • Celestin Speculoos et Nicotine Goudron avec Denis Bodart ; • et surtout Les Innommables et Bob Marone avec son vieux complice Didier Conrad. Les séries de Yann, c'était un peu le télescopage d'Hara Kiri et de Tintin… Tous ces albums ne sont sans doute pas de purs chefs-d'œuvre, j'en conviens. Mais j'apprécie toujours de les relire. Il faut admettre que la liberté de ton adopté par les auteurs, leur facilité à ironiser sur les sujets les plus divers et politiquement incorrects (homophobie, racisme, misogynie, “roucisme” ou antisémitisme…) et l'absence de retenue dont ils firent preuve sont représentatives d'une époque bénie où les auteurs pouvaient encore faire de l'humour au énième degré sans être immédiatement accusés de discrimination ni se voir menacés d'un procès. Pour preuve du changement survenu, il n'y a qu'à voir ce qu'il est advenu du pourtant gentillet Gringos locos. O tempora, O mores… Bob Marone est une parodie qui assume son mauvais goût, sans frein pseudo-moral. Il faut dire que l'interminable série originale qui narre les aventures de Bob Morane est gratinée dans son genre. Accumulant clichés de toutes sortes, situations absurdes, rebondissements foireux et coups de théâtre invraisemblables, elle cultive l'art du ridicule. Alors oui, Bob Marone se moque de tous les travers de cette bande dessinée d'un autre âge, aux scénarios bâclés car écrits au kilomètre. Et il le fait de manière plus que convaincante ; en tous cas, Le dinosaure blanc me fait toujours marrer. Je suis plus dubitatif sur le retour du personnage dans l'album de 2010. Un quart de siècle a passé et les auteurs se sont essoufflés. Ça m'a fait plaisir de retrouver leur univers, mais je n'ai pas autant ri. Néanmoins, si un jour Yann et Marc Hardy trouvaient le temps de conclure La Patrouille des Libellules, ou si Franck Le Gall ressuscitait Yoyo, ça m'arrangerait aussi.

14/07/2016 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série East of West
East of West

Prenez une bonne tranche de Akira, quelques louches de Game of Throne, tassez très fort dans un mortier et pilonnez bien fort pour servir bien chaud et saignant façon Comics et vous commencez à avoir une petite idée de ce que vous réserve East of West. Car cette série a de sérieux atouts pour me plaire ! Déjà, l’uchronie de départ est intéressante : la Guerre de Sécession américaine n’a pas été gagnée par le Nord, mais interrompue par la chute d’un corps céleste en plein milieu des Etats Unis. Cet événement va forger un nouveau futur et découpage du territoire. Sept Super Etats vont émerger de ce cataclysme et se partager pouvoir et espaces. Sauf que, et oui il faut toujours un « mais », naît au même moment une nouvelle religion annonçant la fin du monde, avec pour « ambassadeurs » les Quatre Chevaliers de l’Apocalypse. Tout cela peut paraître un brin capilotracté au début et un peu fouillis, mais tout se met en place petit à petit au fil de ces quatre premiers tomes pour donner une solide assise à ce récit. Les différentes sociétés qui ont plus ou moins prospéré dans chaque état ont chacune leurs caractéristiques qui leur confère avantages militaires, économiques ou sociétaux. Mais ce sont surtout les personnages qui sont à la tête de ces états qui m’ont vraiment plu ! Tout comme les Trois Chevaliers de l’Apocalypse d’ailleurs… Oui, on en a perdu un en route ^^ Le scénario accorde la part belle à ces personnages que j’ai trouvé vraiment bien approfondis et qui donne toute la saveur à ce comics.

13/07/2016 (modifier)
Par McClure
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Maître de Benson Gate
Le Maître de Benson Gate

Comme pour mon avis sur Expérience mort, c'est une petite déception que cette série signée de l'un de mes scénaristes préférés. La première partie (sur les 2 premiers tomes) est assez agréable à suivre, ce retour à Benson Gate pour celui qui va vouloir se démarquer du patrimoine mafieux en rejoignant l'équipe du procureur mais qui progressivement va devoir devenir celui qu'il ne voulait pas être et fouler ses principes par obligation. Ces deux volumes nous offrent une histoire intéressante même si peu originale dans un environnement qui lui est fort intéressant et peu exploité, l'Amérique à l'entrée en guerre de 1914. Visuellement c'est plutôt bien dessiné, dynamique, la rythmique est bonne bref pas de bémol de ce côté là. Mais Nury a décidé ensuite de relancer la série plutôt que de la clore. Il nous ramène le frère perdu (et mort) pour un rebondissement final du T4 qui ouvre forcément encore sur une suite, que l'on n'a pas forcément envie de découvrir plus que cela vu la tournure de ce dernier tome. On est passé à une histoire de chasse aux trésors dans une Amérique centrale de folklore et les rebondissements s'enchaînent en faisant fi de la plus petite cohérence. On est passé d'un polar familial un peu à la Parrain à un remake d'A la poursuite du diamant vert, le charme et l'humour en moins, le sérieux en plus.... On n'y crois plus à ce frangin revenu de la guerre, et qui cherche la fortune en traficotant dans un seul but, reprendre le contrôle de la famille à son frère pour se venger...de quoi....ben du mariage de celui ci avec sa copine de l'époque..... Une lecture dispensable pour cet auteur pourtant si bon.

11/07/2016 (modifier)
Couverture de la série Le Loup des Mers
Le Loup des Mers

Après A bord de l'Etoile Matutine, avant Hommes à la mer, Riff Reb's poursuit ses adaptations des classiques du roman d'aventures maritimes. Cette fois, il met en image un récit de Jack London. Je ne connais pas le roman d'origine, et je suis d'accord pour admettre qu'il s'agit d'une histoire de mer, sans doute brillamment contée, mais comme il y en a bien d'autres. Le coup du capitaine tyrannique et obsessionnel qui poursuit son but sans prêter attention à la détresse de son équipage maltraité, on l'a déjà vu et lu moult fois, de Moby Dick aux Révoltés du Bounty. Comme Churchill l'a (peut-être) résumé en une formule lapidaire : « dans la marine, tout n'est que rhum, sodomie et fouet ». Rien de bien neuf sur le fond donc… Mais ce détail n'a aucune importance. Riff Reb's dépasse et transcende les auteurs qu'il adapte. Quel narrateur ! Il sait extraire la substantifique moelle des romans d'aventures, synthétiser les descriptions interminables des différents gréements et des manœuvres compliquées de la marine à voile qui alourdissent les récits maritimes, n'en garder que les épisodes marquants et les magnifier en quelques cases. Roman initiatique et picaresque, voyage au bout de l'enfer, peinture sociale, hommage aux marins perdus, histoire d'amour et de haine… Tout est là ! Quel illustrateur ! Comme il l'a avait déjà fait dans L'Étoile Matutine, il adopte un style monochrome, un genre de “virage sépia” à l'ancienne qui transforme la moindre case en eau forte. S'il avait vécu au XIXe siècle, à l'époque des grands romans feuilletons illustrés, il eût été un rude concurrent pour Gustave Doré. En somme Riff Reb's se fout de la mode. Il adapte des romans que plus personne ou presque ne lit, il dessine comme les illustrateurs d'avant la photographie… Mais son style n'appartient qu'à lui et ses dessins sont identifiables du premier coup d'œil. Chapeau !

10/07/2016 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ô vous, frères humains
Ô vous, frères humains

Un Luz different de sa production habituelle. Il n'y a aucun humour alors que même dans "Catharsis'" où il parle de l'attentat contre Charlie Hebdo il faisait quelques gags. Même son dessin me semble un peu plus réaliste que les caricatures qu'il faisait dans Charlie Hebdo. L'album est pratiquement muet et il n'y a que du texte que lorsque c'est essentiel (lorsque le pauvre Cohen se fait traiter de sale youpin) et à la fin de l'album lorsqu'il y a une reproduction du texte de Cohen. C'est vraiment un ouvrage très fort qui montre comment l'antisémitisme ordinaire peut affecter les gens. C'était l'anniversaire des 10 ans de Cohen et tout allait bien pour lui jusqu'à ce qu'un marchand ambulant l'humilie en public parce qu'il est juif. Le dessin est très expressif et Luz montre bien la douleur qu'a ressentie Cohen. C'est un ouvrage marquant à lire absolument.

10/07/2016 (modifier)