Les derniers avis (9603 avis)

Par sloane
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Nobody - saison 1
Nobody - saison 1

Une lecture rapide mais dans le bon sens du terme, c'est à dire que j'ai été tellement pris par l'histoire que je n'ai pas lâché l'affaire avant d'arriver à la fin. Du coup un peu plus tard j'ai tout relu cette fois en prenant mon temps et bien m'en a pris. Une intrigue qui vous scotche d'entrée de jeu. Le démarrage nous l'avons déjà vu dans le Silence des agneaux comme le fait justement remarquer PAco, mais très vite le récit de ce prisonnier nous fait sortir des sentiers battus habituels. Bougrement efficace avec un personnage à la psychologie complexe, nul doute que ce thriller restera dans les mémoires. Pour moi il est du même tonneau que le "corps perdu" de Jef et W. Hill. Le dessin n'est pas en reste, puissant avec des visages acérés et une colorisation idoine. Faites tourner vous m'en direz des nouvelles, une future valeur sûre. Majoration après la sortie du tome 3 Pfiou mes aïeux!! Mr De Metter sait mener sa barque, ce troisième tome est encore une fois excellent. Après dans le tome deux avoir fait une incursion dans le monde des bikers, oh combien plus efficace que dans Sons of Anarchy, nous voici dans la ruralité américaine ou une petite bourgade est la proie d'un serial killer. Toute la science scénaristique de C. De Metter est ici à l’œuvre pour nous concocter une intrigue fascinante avec un cliffhanger du feu de dieu . Si vous avez lu l'interview de cet auteur récemment mise en ligne sur notre site chéri, vous verrez quelles sont les influences du monsieur notamment en matière télévisuelles. Je retrouve avec grand plaisir un montage digne de "True detective" ou de "Mindhunter". Je m'emballe mais c'est pour une cause juste et vraiment vous invite à plonger dans une histoire foutrement bien fichue avec un dessin ad hoc. Nul doute que si le dernier opus de cette saison 1 est du même tonneau je passerais ma note en culte. Jamais l'expression "A lire d'urgence" n'a autant pris tout son sens . Amateurs de séries policières de hautes tenues ruez vous sur la chose. Majoration après sortie du tome 4. Pfiou!! Pour avoir rencontré l'auteur à l'occasion je sais qu'il ne s'en offusquera pas si je dis que Christian De Metter est un putain de scénariste de policier/thriller. A l'occasion de la sortie de ce dernier tome de la série je me suis bien entendu refait la totale. Mais quel talent les gars les filles!. C'est ce qui s’appelle une montée en puissance comme on aimerait en voir plus souvent, et maitrisé je vous dis pas. Au travers de l'histoire de ce flic infiltré ce sont tous les coups tordus de l'Amérique qui ressurgissent sous nos yeux, mais aussi celui d'un homme dont on ne sait si l'on doit le plaindre ou l'envoyer à la chaise, ce qu'il semble désirer plus que tout. Une qualité d'écriture assez exceptionnelle, une construction aux petits oignons oscillant entre scènes plus calmes et un déchainement de violence. Dans un autre avis sur un tome précédent je disais lecture rapide encore une fois oui tellement ce récit est prenant. Pour autant une lecture sérieuse et attentive s'impose tant le récit est dense et touffu. Pour moi il est évident que la note se hisse au niveau de culte. Dans le genre en effet j'ai rarement lu mieux et aussi intense. En comparaison cinématographique je rapproche la chose d'une série comme "True Detective". Si cette série fait partie des immanquables ce n'est pas un hasard. A lire d'urgence.

05/11/2016 (MAJ le 28/04/2018) (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Bluebells wood
Bluebells wood

Somptueuse BD que celle ci. En même temps ce n'est pas bien difficile avec Guillaume Sorel au dessin qui excelle dans le domaine du fantastique, pour preuve son "Ile des morts". Cette BD possède tout pour me plaire, un dessin somptueux donc et une ambiance que Lovecraft n'aurait pas reniée. En quatrième de couverture quelques lignes tirées de l’œuvre du maître annoncent d'ailleurs la couleur. Une préface de Pierre Dubois replace dans son contexte le travail de G. Sorel. Ajoutez une postface de l'auteur accompagnée de plusieurs pages de croquis et l'objet ne demande plus qu'à être lu. William, peintre qui se cherche, vit depuis la disparition de sa femme dans une maison isolée au bord de la plage d'un côté, de l'autre une forêt de contes de fées où poussent les fameuses Bluebells. Pour seules visites son ami et agent et Rosalie qui lui sert de modèle. Un jour William fait la rencontre d'une sirène pour qui il éprouve bientôt des sentiments mitigés. Est elle vraiment réelle ? Ou bien n’est ce qu'une illusion venue pour pallier à l'absence de sa femme disparue ? Avec son dessin en couleurs directes G. Sorel instille une ambiance d’où nait très vite ce sentiment que le fantastique va surgir de manière subtile. Par petites touches celui ci vient insidieusement frapper à la porte de notre héros. Certains pourraient ne voir là qu'une énième resucée du conte d'Andersen et de la mièvre version qu'en donna Disney. Ici point de gentilles bestioles chantantes mais plutôt des monstres avides et assoiffés de sang, William ne devra sa survie que grâce à l'intervention de l'une d'elles. A mon sens peu d'auteurs auraient pu être à la hauteur pour dessiner cette histoire, ici point de mièvrerie mais une exploration assez fine du travail créatif, de la solitude et surtout de la perte d'un être cher. Ces thèmes ne sont pas pesants, le tout se liant dans une alchimie poétique qui est aussi une ode à la nature. Autre détail qui n'est pas pour me déplaire, une allusion au monde de Lovecraft avec une créature aquatique qui rappelle furieusement un certain Dagon. Une belle BD pour tout amoureux du fantastique qui ne peut être pour moi qu'un coup de cœur.

28/04/2018 (modifier)
Couverture de la série Gagner la Guerre
Gagner la Guerre

Je ne suis pas trop adepte des tirages en noir et blanc à la base. Non pas que je n’apprécie pas la chose mais si la couleur est réalisée par un artiste sachant utiliser sa palette, j’ai tendance à me tourner vers une version normale. Toutefois, comme Benvenuto Gesufal le personnage principal et narrateur de cette série intitulée Gagner la Guerre, j’arrive à sentir le bon filon lorsque j’en flaire un. Si on me dit « Frédéric Genêt », « Tirage limité à 1000 exemplaires », « adaptation du cycle majeur de Jaworski, le best-seller de la fantasy française de ces dernières années », et « pour la modique somme de 17,95 euros », je ne vais pas gamberger des masses. Alors pour les néophytes, de quoi que ça cause ? Le premier tome intitulé Ciudalia d’après la cité où se déroule les tribulations de notre anti-héros, est l’adaptation d’une nouvelle de l’écrivain Jean-Philippe Jaworski : Mauvaise Donne. Bien que ne figurant pas dans le roman Gagner la Guerre, elle peut néanmoins lui être rattachée car personnages et décor en constituent ce qu’on pourrait appeler couramment un préquel. On peut même y voir un prototype ou galop d’essai de ce qui deviendra Gagner la Guerre. Il s’agit principalement d’une histoire de Fantasy « à canaille », avec cependant des aspects politiques et militaires très présents. Entendez par là que complots, coups tordus d’assassins en scred, appât du gain, entourloupes et retournements de veste constituent la sève du récit, mais pas que… Le tout bien entendu saupoudré d’une légère pointe de fantastique, bien que cet aspect pourtant fondamentale en Fantasy (bah ouais quand même…) constitue malheureusement un des points faibles de l’univers car trop peu présent à mon goût. Le décorum est disons inspiré par l’Italie époque du quattrocento, tandis que le système politique régissant Ciudalia ressemble grosso modo à celui de l’antique République romaine avec deux podestats gouvernants la cité. Bon maintenant que le décor est planté, je vais enfin en venir à pourquoi je juge cette nouveauté comme une très bonne adaptation et même tout simplement comme une très bonne BD. Déjà j’ai été très emballé par le level graphique proposé par Frédéric Genêt. C’est assez fouillé, l’encrage est surtout appuyé sur Benvenuto, mais tout ce qui gravite autour est plutôt bien travaillé et mis à part quelques cases, il nous propose des planches assez riches en détails et un trait net sans bavure. Vraiment il m’a donné envie de me mettre au N&B et pourquoi pas, de redécouvrir certains de mes artistes favoris dans des éditions sans couleurs, juste histoire de voir la différence et d’admirer encore plus la virtuosité de leur dessin. Après, j’ai aperçu quelques planches en couleurs, elles sont aussi très belles, ce n’est pas un problème. Après, que dire… Les Récits du Vieux Royaume (nom du cycle) sont un peu la grosse patate de forain dans le bide du paysage Fantasy sur la dernière décennie. J-P Jaworski avec sa plume hyper sophistiquée, sa quasi logorrhée inconsciente pourrait-on s’amuser à décrire le style, a créé un personnage devenu aujourd’hui iconique parmi les lecteurs de Fantasy : Benvenuto Gesufal, ou la rencontre improbable entre le poète-truand François Villon dont il est fortement inspiré (les lecteurs le découvriront dans la suite que notre tueur à gages Benvenuto a quelques talents artistiques picturales), et John MacLaine, le gars au mauvais endroit au mauvais moment qui se fourvoie dans les emmerdes. Les amateurs pourront regretter de ne pas retrouver dans ce premier jet toute la gouaille et le langage argotique dont use le personnage, et qui en faisait justement une de ces grandes forces et un fort point d’attachement. Mais patience… le vocabulaire argotique médiéviste a, pour l’instant, volontairement été mis de côté pour j’imagine faciliter la fluidité de la narration et des dialogues. Cela-dit j’y ai retrouvé la tonalité sinistre, grim&gritty du roman, ce qui démontre une adaptation plutôt fidèle. Même si c’est un cycle que j’ai adoré lire je le trouvais, notamment dans le roman, assez longuet et il m’était arrivé parfois de piqué du nez, et je m’attendais à retrouver cet aspect plus « jactance » que « action ». Je ne pouvais plus mal me tromper car comme je l’ai mentionner plus haut il y a à boire et à manger pour tout le monde. Entre deux phases de courses-poursuites et de tractations politiques, Genêt use du flash-back pour remonter dans le passé de Benvenuto à l’époque où il servait comme soldat dans l’armée ciudalienne, ce qui offre des moments épiques, guerriers, de l’action très musclée. Franchement il faut rester, acheter cet album, faire vivre cette série, parce que oui il y aura quelques creux mais aussi des batailles navales, du cape et épée, des elfes tolkieniens, plus de magie, plus d’action par la suite, toujours autant de traits d’humour cynique, des dialogues de soudards, ainsi que des plans machiavéliques encore plus fourbes.

21/04/2018 (MAJ le 21/04/2018) (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Et si l'amour c'était aimer ?
Et si l'amour c'était aimer ?

Le meilleur album de Fabcaro que j'ai lu jusqu'à présent. Cet album me fait penser à 'Gilles la Jungle' qui lui aussi parodiait les romans photos avec un dessin réaliste, des personnages qui ont toujours un visage sérieux et un humour très con quoique si Gilles parodiait Tarzan, ici on a droit à une parodie des histoires romantiques du genre que l'on retrouve dans des trucs comme Les feux de l'amour. Cela faisait longtemps que je n'avais pas autant rigolé en lisant une bande dessinée. Franchement il y a même plusieurs pages où je riais à chaque case tellement j'étais embarqué dans le délire et l'humour de l'auteur. L'humour ne m'a pas semblé lourd du tout et l'auteur arrête son histoire avant que la qualité des gags baisse. Un bon moment de détendre.

19/04/2018 (modifier)
Couverture de la série Fort Wheeling
Fort Wheeling

Avec Les Passagers du vent (dans un autre registre), « Fort Wheeling » a été pour moi l’une des portes d’entrée vers la Bande Dessinée adulte. C’est en tout cas une série qui m’avait beaucoup marqué lorsque je l’avais découverte en bibliothèque – il y a bien longtemps maintenant, au début des années 1980. Il faut dire que j’étais déjà intéressé, passionné par le monde indien, et que j’avais lu à la même époque le Cycle de Bas-de-Cuir de Fenimore Cooper : j’étais alors réellement passionné par ces coureurs des bois, à cheval sur plusieurs cultures et vivant une pleine mais sauvage liberté. J’ai depuis acheté l’intégrale. Les albums ont été colorisés (je ne sais que penser de ce changement). Mais de toute façon cette intégrale est bien fichue, puisqu’aux deux tomes elle ajoute un dossier final présentant les biographies des principaux protagonistes, des cartes, et plusieurs cahiers graphiques : de superbes dessins à l’aquarelle de Pratt, dans un style différent de Wheeling. Pratt s’est donc beaucoup documenté, pour nous narrer ces événements, qui se déroulent dans le dernier quart du XVIIIème siècle, au moment du début de la Guerre d’indépendance américaine. Au milieu de cet événement, pour lequel chacun doit choisir son camp, Pratt présente des protagonistes très divers, qu’ils soient Blancs ou Indiens. Ceux qui ont déjà lu Sergent Kirk savent que Pratt s’est depuis longtemps intéressé à cette région et ses sous-bois, ainsi qu’aux liens unissant/désunissant Blancs et Indiens, mais aussi les progrès de son dessin ! Pratt a d’ailleurs traité certains de ces aspects (avec moins d’amplitude il est vrai) dans plusieurs autres albums, que ce soit Ticonderoga ou Billy James (je n’ai toujours pas pu mettre la main sur ce dernier !). Et les amoureux du sujet pourront se référer à L'Homme de la Nouvelle Angleterre de Battaglia, ou aux très beaux mais plus récents albums de Prugne. Pour en revenir à « Fort Wheeling », si l’on fait abstraction du style graphique de Pratt (que je trouve ici très beau – mais qui semble faire débat), certains aspects de la narration peuvent dérouter. En particulier la volonté de Pratt de montrer « au plus près » les protagonistes, leurs relations, qu’elles soient amicales ou violentes, d’une manière dépassionnée. Il y a parfois un côté pointilliste, tout n’est pas expliqué ou développé : mais j’ai bien aimé cette narration. Certes, on aurait pu avoir quelques personnalités davantage développées, ou alors l’accent mis sur des types marquants de ces « frontaliers » (comme le tueur d’Indiens Lewis Wetzel, aussi intrigant que flippant). Mais ce n’était pas la volonté de Pratt. Mon seul réel bémol concerne essentiellement le second tome. Si celui-ci – réalisé quelques années après le premier est parfois plus « lisible » (cases plus grandes, avec un texte lui aussi moins dense et une police de caractères plus grande), j’ai trouvé qu’il était un chouia moins « enlevé » que le précédent. Plus linéaire, il prend moins les chemins de traverse, porte moins vers la rêverie je trouve. Par ailleurs le dessin a évolué – lorgnant parfois vers le trait de Tardi. Surtout, j’ai trouvé la fin un peu abrupte, comme si Pratt avait décidé brusquement de mettre fin à une intrigue sans avoir eu le temps de réellement la conclure (une suite était-elle envisagée par lui ?). Bon, sinon, le charme de ma première lecture n’est pas rompu, et je garde encore en tête le grand plaisir ressenti à découvrir cette série (d’où le coup de cœur). C’est probablement l’œuvre de Pratt qui m’a le plus marqué.

16/04/2018 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Petites Distances
Les Petites Distances

Voici une BD que j'ai eu envie de lire juste par sa couverture, et je ne me suis pas planté dans mes choix. Les auteurs n'en sont plus à leurs coups d'essais, la scénariste a déjà réalisé l'excellente Betty Boob qui avait attiré toutes les éloges lors de sa sortie. Et cette BD confirme totalement le talent des deux conjugués ! La première chose que j'ai vraiment apprécié, c'est le dessin. Très beau, détaillé et attractif, il m'a fait rentrer dans l'histoire en moins de temps que je n'aurais cru. J'étais parti pour feuilleter deux pages, j'ai lu tout l'album d'une traite. Et j'en remangerais volontiers, tant j'ai été captivé par cette BD. L'histoire avait tout pour me plaire : une romance teinté de fantastique, c'est toujours un plaisir à lire. Et quand c'est bien manié comme ici, c'est un régal. Les auteurs jouent des codes qu'on pourrait pensé éculés (l'idée peut sembler être reprise de Ghost, le film avec Demi Moore), mais qui sont reprises d'une façon originale. Et qui d'ailleurs m'a surpris par sa fin, puisque je m'étais fourvoyé dans mon interprétation. C'est toujours un plaisir de découvrir que les auteurs peuvent surprendre. En partant d'une idée bien exploitée, le duo d'auteures parvient à nous pondre une BD traitant de bien des sujets, l'amour et le couple, la norme, les angoisses, la solitude et la maladie mentale. J'ai eu l'impression de plusieurs niveaux de lectures dans cette relation entre un fantôme et une solitaire. C'est beau et tendre, c'est très réussi sur tout les plans. J'ai fermé la BD avec une agréable sensation de merveilleux et le sourire aux lèvres pour la journée. Je crois que c'est largement suffisant pour justifier un conseil d'achat. Et puis, c'est quand même une belle histoire d'amour, quoi ! Je ne pouvais pas rester insensible !

13/04/2018 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série MeRDrE - Jarry, le père d'Ubu
MeRDrE - Jarry, le père d'Ubu

« Merdre ». C’est sur cette épenthèse scatologique que s’ouvre « Ubu Roi », la pièce d’Alfred Jarry qui déclencha les sifflets des spectateurs et l’ire de la critique lors de la première. Jarry, qui avait fini par s’identifier à son personnage d’Ubu, aimait à provoquer les milieux mondains de l’époque. Par son humour grinçant, il n’avait de cesse de bousculer les codes de bienséance en tendant un miroir pas toujours reluisant à ceux dont il croisait le chemin. De façon ostentatoire, cet être hors-norme, grand admirateur de Rabelais, revendiquait sa liberté et son attachement à la doctrine d’Epicure. Rodolphe et Daniel Casanave dressent ici un portrait original et extrêmement vivant de celui qui allait laisser une empreinte indélébile dans le monde des arts et lettres du début du XXe siècle, préfigurant le mouvement surréaliste avec ses néologismes déconcertants et sa fameuse « science » pataphysique… Etayé par une documentation fouillée, « MeRDrE » nous fait découvrir (ou re-découvrir) cet auteur original et attachant, au final assez méconnu, en nous livrant nombre d’anecdotes sur l’homme et ses contemporains. On y apprend notamment que le douanier Rousseau s’est lancé dans la peinture sous les injonctions de Jarry. Personnage fantasque et haut en couleur, irrévérencieux et imprévisible, Alfred Jarry fascinait tellement qu’il était devenu la coqueluche du Tout-Paris, un rôle qu’il acceptait de bonne grâce sans qu’il n’ait besoin de mentir et lui permettait de satisfaire son goût pour la bonne chère, lui qui était plus cigale que fourmi - et donc chroniquement désargenté. En dehors du Douanier Rousseau, il avait son cercle d’amis fidèles dont faisait partie Guillaume Apollinaire, ses pas avaient même croisé ceux d’Oscar Wilde, qui était alors sur le déclin après des années de harcèlement judiciaire, ce qui donnera lieu à une scène touchante entre les deux hommes accoudés au zinc. Mort à 34 ans, notre « surmâle », doté d’une énergie hors du commun, toujours muni d’un revolver, capable d’enfourcher son « Clément Luxe 96 » après avoir éclusé moult rasades d’absinthe, son « herbe sainte », eut une vie aussi courte que riche. Tel une sorte de punk avant l’heure, clown blanc à la fois aérien et frénétique, il a traversé le monde terrestre de façon fulgurante, trop vite usé par sa roide pesanteur. Avec cet ouvrage, c’est un bien bel hommage que lui ont rendu Rodolphe et Casanave. Rodolphe, vieux routier prolifique dans le scénario de BD, s’essaie pour la seconde fois au genre biographique après Stevenson, le pirate intérieur (une évocation de la vie de Robert-Louis Stevenson), et c’est une réussite. Très équilibrée, la narration évite une trop grande linéarité, maintenant la chronologie des événements tout en insérant plusieurs digressions fantaisistes sur l’œuvre de Jarry. Quant à Daniel Casanave, il poursuit sa voie dans l’exploration des grands écrivains. Fort logiquement, celui-ci, qui avait déjà adapté en bande dessiné « Ubu Roi », s’attaque cette fois-ci à son auteur, dont la vie avait quasiment fusionné avec l’œuvre. Comme il l’avait fait avec le récent Nerval l'inconsolé, Casanave nous entraîne une fois encore dans une folle sarabande qui nous rend Alfred Jarry très proche, comme si son époque était aussi la nôtre. Et son trait vif et virevoltant y est forcément pour quelque chose. Une biographie passionnante sur un artiste totalement fascinant qui a privilégié sa propre liberté sans compromission au détriment d’un confort anesthésiant, un vrai poète, à coup sûr invivable, mais qui savait dire « merdre » sans crainte des conséquences.

07/04/2018 (modifier)
Par Gabriel
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Banni
Le Banni

Une superbe série médiévale tant au niveau du scénario et du graphisme.Les dessins sont magnifiques. Les personnages sont charismatiques et le scénario est vraiment prenant. C'est une série aurait méritée d’être plus connue. .J'espère qu'il y aura une suite.Je l'attends avec impatience. Si elle est complète, cela pourrait être la meilleure série médiévale. Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 5/5 – Note Globale : 4.75/5

06/04/2018 (modifier)
Par herve
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Tyler Cross
Tyler Cross

Tome 1: Black Rock Avec Atar Gull ou le destin d'un esclave modèle, le duo Nury et Brüno nous avait déjà livré un album remarquable. Encore une fois, leur nouvelle collaboration débouche sur une histoire qui ne restera pas inaperçue pour cette rentrée. En rendant hommage au cinéma américain des années 50 - je pense en particulier à l'ambiance de "Traquenard" de Nicholas Ray (1958 ) ou encore de celle d'"Un homme est passé" de John Sturges (1954), références d'ailleurs rappelées dans la très belle édition en noir et blanc, limitée à 1 200 exemplaires, publiée chez Dargaud. L'ensemble des canons du polar américain est présent dans cet album : le gangster, la belle, la ville aux mains d'une famille, une vengeance qui se dessine et des tueries en série que ne renieraient certainement pas un certain Quentin Tarantino. Cet album est simplement jubilatoire. Le scénario de Fabien Nury, même s'il reste très éloigné de son chef d'oeuvre Il était une fois en France, est de très bonne qualité. Le tout servi sur un dessin très élégant de Brüno, qui prend toute son ampleur dans l'édition en noir et blanc proposé par Dargaud. Un scénario puissant, un dessin superbe, bref un album très réussi et qui marquera sans doute cette rentrée. En outre, la voix off, style Le Tueur vient renforcer l'aspect romanesque de l'aventure. C'est certes un scénario classique, assez loin de ce que nous avait proposé Brüno avec son irrévérencieux et très déjanté Lorna, paru en mai 2012. A noter que deux versions sont proposées ; une, mise superbement en couleur par Laurence Croix; l'autre, plus sobre, en noir et blanc, comme les éditions Dargaud l'avaient fait avec "Atar Gull". Pour ma part, je n'ai pu résister à l'achat des deux versions. Un second one shot est d’ores et déjà prévu, qui, aux dires des auteurs, pourrait se situer chronologiquement avant le présent opus, album que j'achèterai évidemment les yeux fermés. Tome 3 : Miami Troisième aventure de "Tyler Cross", et troisième réussite pour le duo Nury-Brüno. Ayant pour décors Miami, cet opus est truffé de références cinématographiques et littéraires comme le souligne sur un ton très humoristique, Fabien Nury, dans le dossier réservé à l'édition noir et blanc de Canal bd. Cette aventure reprend l'ensemble des canons du genre, avec des traitres, des truands hauts en couleurs, des fusillades et des jolies filles. L'incipit, par ailleurs, m'a furieusement fait songer à l'épisode de la série Columbo, " Une ville fatale"(1971) où le pilier d'un immeuble en construction servait de tombeau. S'il fallait pinailler, je pourrai dire que certaines ellipses m'ont obligé de revenir parfois en arrière pour suivre l'histoire, que trop de gros plans coupent les visages, mais c'est juste pour relever un éventuel défaut. Depuis le lancement de cette série, je n'arrive pas à me départager entre l'achat de la version noir et blanc et celle en couleur, les deux versions ayant leur intérêt. J'ai donc opté pour les deux versions pour chaque volume. D'ailleurs, Brüno est un des dessinateurs dont j'achète systématiquement la version n&b, lorsqu'elle est disponible (comme Commando colonial ou encore Atar Gull). Il faut néanmoins souligner le travail de Laurence Croix qui, au niveau des couleurs, réalise un travail remarquable, j'en arrive même à découvrir une nouvelle histoire avec la version couleur, après avoir découvert cette aventure en n&b. Cet opus est digne des meilleurs polars des années 50, et le scénario se place, à mon avis au dessus du tome 1, et au niveau d'"Angola", le tome 2, qui avait placé la barre très haut. J'attendais ce troisième opus avec impatience, je n'ai pas été déçu.

28/08/2013 (MAJ le 29/03/2018) (modifier)
Couverture de la série Filles des Oiseaux
Filles des Oiseaux

J’ai beaucoup aimé le premier tome qui évoque la jeunesse des deux personnages principaux dans un internat catholique d’avant mai ’68. C’est vivant, souvent drôle, parfois touchant. Florence Cestac fait vraiment bien revivre cette époque et les anecdotes qu’elle nous livre m’auront remis en mémoire les souvenirs de ma propre mère. Ses personnages sont attachants et très complémentaires. Avec ce tome, l’auteure illustre merveilleusement une époque avec ses travers mais aussi ce vent de nostalgie. La lecture finie, je ne me suis certainement pas dit « c’était mieux avant ! » (bien au contraire) mais je ne peux m’empêcher de penser que ces années ont laissé quelques bons souvenirs, quelques belles anecdotes à celles et ceux qui les ont vécues. Le deuxième tome m’a par contre beaucoup déçu. Le principal reproche que je ferai à celui-ci est qu’il cherche à couvrir un bien trop grand espace temporel ! Du coup, les différentes époques traversées défilent sans nous laisser le temps de souffler. Tout est évoqué, rien n’est approfondi et la caricature se fait plus simpliste. Par conséquent, les personnages deviennent moins touchants, les seconds rôles deviennent franchement secondaires (à peine croisés et déjà derrière nous). Je suis vraiment triste du résultat final car, je le répète, le premier tome était vraiment agréable à lire. Même les très gros nez de Florence Cestac ne me choquaient pas alors qu’ils finissent par me fatiguer dans le deuxième opus. J’accorde une note globale de 3/5 mais le premier tome vaut franchement plus. A posséder… si vous savez vous arrêter à celui-ci (qui peut, à la limite, se lire comme un one-shot).

28/09/2016 (MAJ le 29/03/2018) (modifier)